‹ Histoire de l'antique cité d'AutunChapitre 35 sur 43 · ACHILLES · texte numérisé non relu

ACHILLES

Ou plutôt je me persuade que comme tous les Gaulois, selon les préceptes et Tinstruction des Druides, n'adoraient aucun simulacre ni aucune statue de divinités , ils se contentaient de consacrer des bois et des forêts et d'y choisir les plus grands arbres qu'ils appellent du nom de Dieu. Lucain, livre i/% décrit ainsi ces divinités :

simulacraque mœsta Deorum

I Arte carent, csesisque estant informîa truncis.

Ipse situ putrique facit jam robore pallor Attonitos.

Et comme il est constant, par la lecture des écrivains de l'histoire, que la religion et la cérémonie des sacrifices gaulois ont passé aux Germains, il ne faut pas s'étonner s'ils ne souffraient point de simulacres. Tacite en son livre des mœurs des Germains , en rapporte la raison en ces termes : — Ceterum nec cohibere parietibus Deos ^ neque in ulla humant oris speciem adsimulare, ex magnitudine cœlestium arbitrantur : lucos ac nemora consecrant , Deorwnque nominibus appellant secretum illud , quod sola reverentia vident. — Je m'imagine que cette maxime est fondée sur ce que Dieu est tout autre chose que ce que nous voyons, un esprit qui veut être adoré en secret; à cet effet, ils se retiraient au fond des bois de haute futaie pour y faire leurs prières et leurs sacrifices avec plus de respect et d'attention. C'est pour cela qu'ils choisissaient le plus grand chêne de la forêt, lequel ils consacraient , et y vénéraient Dieu sous le nom de Jupiter qu'ils croyaient, au rapport de César, livre iv, imperium cœlestium tenere. Maxime de Tyr, en sa Dissertation 38 , en fait foi : « Les Gaulois adorent Jupiter, mais le simulacre de ce Dieu, pour eux, est un chêne très haut. » Pline aussi , livre xn de son Histoire ^ sur la connaissance de ce culte ,

* Arbores fuere numinum lempla ; prisooque ritu etiam nunc simplicia rura deo praecelleotem arborem dicant, nec magis atque ebore fulgentia simulacra quam lucos et in lis silentia ipsa adoramus.

écrit que les arbres étaient les temples des Dieux, et que de son temps, suivant Tancienne religion , les simples villageois dédiaient à Dieu le plus

beau et le plus élevé des arbres, et ils n'adoraient pas moins les bois et leur silence que lés simulacres d'or et d'ivoire.

Pour justifier par exemple ce que dessus, dans l'étendue de la souveraineté des Eduens on trouve Saulieu , dont l'étymologie , du consentement de tous, est Salis locm ^. Lucy a été appelé du latin lucus^ comme Lucy le bois par répétition , les bois étant l'interprétation de Lucy. •. c'est-à-dire de luci. Il est notpirè à tous que ces lieux sont au milieu de quaatité de grands bois, lesquels étaient autrefois consacrés.

Quant au culte de Mars, je le crois uniforme à la description, suivant , ce qui se lit dans César : « Lorsqu'ils ont résolu la bataille, ils dévouent ce qu'ils prendront et immolent les animaux pris dans le camp des ennemis. Pour ce qui est des meubles et autres choses , ils en faisaient des amas qu'ils conservaient pour mémoire et dont ils dressaient des monceaux comme des trophées , lesquels ils consacraient ; et il est très rare que quelqu'un , au mépris de la religion , ou cache les dépouilles qu'il avait des ennemis ou qu'il enlève ce qui était consacré, parce qu'ils avaient établi de très cruels supplices contre ceux qui violaient la sainteté de cette coutume. » ^

* Des auteurs récents out fail observer que le mot sed vient d*un mot celtique qui signifie la forêt. Saulieu est appelé dans les titres anciens Sedelocm. Le nom de Lucy-le-Bois donné à un village situé entre Avallon et Saulieu, se lie évidemment i\ ces étymologies'et substitue le mot français au mot gaulois.

' Quae superaverint, animalia capta immolant : reliquas resin unum locum conferunt. Multis in civitatibus harum renim exstructos tumulos locis consecratis conspicari licet : neque ssepe accidit , ut , neglecta quispiam religione , aut capta apud se occultare , aut posita tollere auderet; gravissimumque ei rei supplicium cum cruciatu constitutum est. [ livre VI. ]

Enfin , pour une cérémonie commune à lous les Gaulois et par conséquent aux Eduens qui étaient les principaux, je crois avec Pline, livre xxviii, chapitre 2, qu'en adorant ils tournaient tout leur corps sur la gauche, par un principe de religion qui leur était propre et particulier.*

Venant maintenant aux points principaux de leur religion, dans César j'en remarque trois, savoir : 1.** que les âmes ne ineurent pas; 2/ que les morts ressuscitent, puisqu'ils croyaient que les âmes des défunts passaient dans les corps des vivants; 3/ et ils comptaient les mois par les nuits et non par les jours, parce que les Druides leur enseignaient qu'ils étaient descendus de Dis, Dieu de la nuit.

La raison que César attribue à cette opinion de l'immortalité des âmes, est plutôt une raison d'un politique que d'un philosophe. Savoir est que cette opinion était un aiguillon pour exciter les hommes à la vertu, ayant chassé la crainte de la mort, hors de laquelle on se porte à des actions hardies et héroïques 2. Les auteurs ont des sentiments différents touchant la fin de cette opinion de l'immortalité. Pomponius Mêla semble, au livre m, chapitre 2, expliquer ce passage de César et mettre toute la vertu des Gaulois dans la hardiesse et la générosité au milieu des périls de la guerre, en disant que des préceptes que les Druides enseignent il y en a un qu'ils laissent insinuer parmi le peuple afin de le rendre meilleur soldat, que les âmes sont éternelles et qu'il y a une seconde vie après la mort *. Strabon, à mon sentiment, a le mieux expliqué

* In adorando dextram ad osculum referimus, totum coipus circumagimus , quod in laevam fecisse religiosius credunt Galli.

* In primis boc volant persuadere : c non înterire animas , sed ab aliis post mortem transira ad alios ; > atque hoc maxime ad virtutem excitari putant, metu morte neglecto.

' Unum ex iis quae prsecipiunt in vulgus efiBuit , videlicet ut forent ad bella meliores, aeternas esse animas vitamque alteram ad mânes.

rimmortalité de Tâme, lorsqu'il a dit que les âmes étaient exemptes de la corruption, parce que toute corruption induit nécessairement la destruction de la chose corrompue *. Les preuves de leurs opinions sur l'immortalité de l'âme résultent des passages des auteurs qui racontent leurs actions.

Pomponius Mêla, livre m, chap. 2, rapporte que, lorsque les Gaulois brûlent leurs morts, ils enterrent et mettent avec eux leurs livres de raison contenant les noms de leurs débiteurs, avec leurs promesses et obligations, pour en exiger le paiement en l'autre monde, et qu'il y avait même de leurs proches qui volontairement se jetaient dans le bûcher, comme pour vivre avec eux ^; et César confirme cette assertion. * Mais pour une preuve sensible que les Eduens étaient persuadés de cette doctrine, est qu'on a tiré plusieurs pierres des ruines d'Autun, auxquelles on voit en rehef des hommes vêtus à la gauloise, tenant en main un rouleau qui ne peut être expliqué que de leur livre-journal replié dans son écorce, ou des tablettes cirées, où ils écrivaient les prêts qu'ils faisaient, ainsi qu'il se voit à la figure représentée au chapitre ix, p. 85, avec la légende : D. CAILVS GETVLI. M. Ils doutaient si peu de la vérité de cette opinion, que Valère Maxime, livre ii, chap. 6, dit que c'était une coutume parmi les Gaulois de se prêter de l'argent pour être rendu aux enfers, parce qu'ils croyaient les âmes immortelles; et cet auteur, après cela, ne dissimule pas qu'il les appellerait fous pour ce procédé, si les Gaulois braccati n'avaient la même opinion que Pythagore

* Galli affirmant animas corrumpi non posse.

' Gum mortuis cremant ac defodiunt apta vivenlibus. Olim negotiorum ratio , etiam et exactio crediti deferebatur ad infères : erantque qui se in rogos suorum, velut una victuri, libenter immitterent.

' .... Omnia quae vivis cordi fuisse arbitrantur, in ignem inférant, etiam animalia.

l'emmantelé ^. Finalemeat, si nous en croyons Diodore de Sicile , au livre V de sa Bibliothèque, plusieurs, aux funérailles des Gaulois, jetaient dans le bûcher des lettres qu'ils écrivaient à leurs amis et parents, comme si elles eussent dû être lues par ceux à qui elles étaient adressées.

Entre tous les écrivains, Ammien Marcellin apporte un fondement plus raisonnable du principe de cette opinion, au livre xv de son Histoire, en l'attribuant aux merveilleuses opérations de l'âme qui ne peut être qu'immortelle en les produisant*. Encore qu'il semble que la résurrection des corps soit une suite de celle de l'immortalité de l'âme, il est vrai néanmoins que je la trouve distinguée dans les auteurs; et premièrement César, après avoir dit que, par la doctrine des Druides, les âmes ne meurent point, ajoute qu'après la mort elles passent des uns aux autres. Cela ne se peut comprendre ni concevoir, si Ton n'avoue qu'ils ont cru que l'âme, quoique immortelle, étant séparée du corps, ne pouvait ranimer ce même corps détruit par la pourriture, comme nous croyons qu'il arrivera dans la résurrection , puisque l'âme jouissait d'une seconde vie dans un corps. Lucain explique parfaitement cette résurrection , lorsque, parlant des Druides, il écrit :

.... Vobls authoribus umbne Non Uicitas Erebi sedes, Ditisque profuodi Pallida régna petunt ; régit idem spiritus artus , Orbe alio; longse, canitis si cognita, vitae Mors média est. [Pharsale, I. i. ]

* Vêtus ille mos Gallorum occurrit quos memoria proditum est , pecunias mutuas quae his apud inferos redderentur, dare solitos, quia persuasum babuenint animas hominum immortalesesse; dicerem stultos, nisi idem Braccati sensissent, quod palliatus Pythagoras credidil. [lib. u, cap. 6.]

* Druidse quaestionibus occultarum rerum altarumque erecti sunt, et despectantes humana, pronuncianint animas esse immortales.

Après quoi, parlant des Gaulois, il continue de les estimer heureux d'avoir eu ce sentiment :

Felices errore suo, quos ille timorum Maximus, haud urget Lethi metus. Inde ruendl In ferrum mens prona vins, animaeque cap^tces Mortis, et ignavuin reditiirae parcere vilae.

Si le même esprit anime un autre corps, si la vie qu'on perd doit retourner, ne doit- on pas conclure que les philosophes étaient dans la croyance de la résurrection. Diodore, au livre v, confirme ce sentiment en ces termes : « L'opinion de Pythagore prévaut sur leurs esprits, que les âmes sont immortelles, et qu'après s'être purgées pendant un certain temps elles occupent un autre corps et reprennent la vie une seconde fois *. Enfin, comme je l'ai montré ci -dessus, les Germains qui ont emprunté les mœurs et la religion des Gaulois ont une même opinion au rapport d'Appien. ^

Le troisième point de leur religion, et que j'estime en être la source, est que ce n'est pas sans raison que César déclare que les Gaulois attribuaient leur origine à Dis, qu'ils reconnaissaient pour leur père. Le fondement de cette origine est que Dis ou Pluton est estimé par Varron, livre IV de la Langue latine , la terre de laquelle tout naît et dans laquelle tout retombe : — Omnia oriuntur, omnia aboriuntur. — Et Qcéron, livre ii de la Nature des Dieux , écrit : — Terrena auiem vis omnis, atque fiatura, Diti patri dedicata est : qui Dives, ut apud grœcos nXouT(ov,^t«ta et recidant omnia in terras, et oriantur e tetris, — C'est ensuite de cette application

' Pythagorse opinio apud illos innotuit , quod animae hominum immortales, in aliud ingressse corpus , definito lempore denuo vitam oapessant. [ L. v, c. 28. ]

* In Celticis contemptus mortis maximus, ob reviviscendi speni.

que Lachésis apostrophe Pluton chez Claudien, livre i/% du rapt de

Proserpine :

Quidquid ubîque

Oignit materies , hoc te donante creatur,

• Debeturque tibi.

D'où je conclus que les Gaulois tenant que tout le monde prend son origine de la terre, que Dis qui est la terre étant leur père, que par la mort retournant en terre, la terre les reproduisait. Et comme la terre est obscure et ténébreuse et que Dis est appelé par les Grecs A^»; Trapi To iîi^éç. c'est-à-dire inconspicabile , les Gaulois, pour marquer l'antiquité de leur origine, se sont feints descendus de Dis, dont ils tiraient cet avantage, qu'encore qu'on pénètre bien avant dans les siècles passés, on les trouvait toujours au - dessus des siècles. J'estime pour moi que les Gaulois ayant reconnu, par la lecture de la Bible, qu'Adam était le premier des hommes , ils ont voulu aussi y rapporter leur origine , et au-delà, ÂJyiç, qui signifie Dis, étant dérivé de l'hébreu Adama^ qui veut dire la terre, laquelle est devant la création des hommes.

(âai;\^î?Qa m

Des Druides, de la montagne de Monidru coUége des Druides, el de leurs

anciennes armes.

Afin de discourir méthodiquement des Druides, j'estime à propos d'examiner, premièrement, l'étymologie du nom de Druide, parce que de cet examen il résultera de leur origine et de leur nationalité. J'avoue que les opinions sont différentes sur cette origine : Bérose invente un nommé Druyus, 4/ roi des Gaulois, duquel il veut qu'ils aient emprunté leur nom. Aventin croit que Druis a été leur auteur. La plus commune et la plus relevée opinion est qu'ils ont été appelés Druides du mot grec ^pOç, qui signifie un chêne, dont Pline peut être nommé l'auteur *. Cette opinion aurait, certes, quelque vraisemblance, si les Gaulois eussent reçu les Druides des Marseillais, et ceux-ci des Phocéens dont ils sont une colonie; mais il faut tenir pour constant que les Druides étaient inconnus aux Grecs, tellement qu'il faut chercher leur origine chez les Celtes. Pour cela, je me persuade qu'il est absolument nécessaire de recourir à la véritable orthographe du mot Druydœ pour en découvrir l'origine.

* Nihil habent Druides (ita suos appellant Magos) visco et arbore, in qua gignatur (si modo sit robur), sacratius. Jam per se roborum eligunt lucos, nec ulla sacra sine ea fronde œnficiunt, ut inde appellati quoque interpretatione grseca possint Druides videri. [ lib. XVI , ch. 44. ]

Je trouve donc que les éditions d'Ammien Marcellin, qui vivait sous les empereurs Gratien et Valentinien, portent : — Drasydœ memorant fuisse populi Galli partem indigenam. — Mais Henri de Valois , dans ses doctes Commentaires sur cet historien , estime qu'il faut écrire Drysidœ , qui vaut autant que Druidœ, et remarque ensuite, pour appuyer sa conjecture, que dans les anciennes éditions de Pline on lit constamment Drysidœ, et que André Schott, en ses notes sur Aurélius Victor, en la Vie de Claudius, rapporte que les livres manuscrits écrivent : — Compressa per eum vitia ac per Galliam Drysudarum fumosœ super stitiones. — Elie Vinet, très savant professeur à Bordeaux, en ses Commentaires sur Ausone, au carmen 4 des Professeurs qui parle d'Attius Patera, — stirpe Druidarum satus , — fait cette observation , que les copistes des anciens livres ont diversement corrompu ce mot, et qu'on trouve plus souvent écrit dans les anciens manuscrits Driudœ et Driadœ que Druidœ, ainsi qu'il se lit chez Tacite. Druidœ ou Druides, comme César l'usurpe; que le soupçon de Pline à donner à un nom gaulois une origine grecque n'a aucun fondement, et qu'il y a lieu de croire que les Grecs ont corrompu ce mot barbare par l'affectation qu'ils ont eue de faire croire que tout vient d'eux. Et M. Saumaise, sur Suétone, en la Vie de Claudius, lorsqu'il fait mention comme il abolit Druidarum religionem, remarque que son manuscrit porte Driadarum.

De cette orthographe que je tiens la véritable, quoique César ait écrit Druides et Tacite Druidœ, d'où Pline a peut-être pris occasion de former l'origine du mot grec ^pO;, quoique, pour en dire ma pensée, je crois que Pline s'est équivoque, et si on considère que César et Tacite ont retenu la prononciation ancienne de la lettre y, au lieu de laquelle les Romains se servaient de l'u afin qu'ils parussent ne rien emprunter des Grecs, en sorte qu'ils évitaient même la prononciation de cette lettre. Les exemples en sont fréquents dans les inscriptions rapportées par Aide Manuce, en son Traité de l'orthographe; sur les médailles on lit ERVCINA;

dans Térence au mot Astui; en sorte que Gassiodore remarque que, par cette aversion, ils écrivaient Suria pour Syria, et Donat, qu'ils mettaient Sura pour Syra, parce que Ty ayant une prononciation comme moyenne entre l'i et Tu, elle était plus plaisante que Tu. Quintilien ayant dît, au livre XII, chapitre 10, que dans le mot Zephyris il y avait deux lettres, le z et I'y qui plaisaient à l'oreille ( il les appelle jucundissimas litteras ) , que les Romains n'avaient point et qu'ils éjtaient obligés d'emprunter des Grecs toutes les fois qu'ils voulaient se servir de leurs mots, parce que, s'ils eussent voulu les écrire avec leurs lettres latines. Us eussent rendu un son rude et barbare. Aussi ne Femployaient-ils que pour l'expression des mots grecs, le son de l'y étant nommé par les grammairiens latins un son étranger, peregrinus sonus. G'est pourquoi Sosipater Gharisius, livre i/% écrit que Julius Modestus disait qu'il fallait écrire Gula par un u et non point Gyla par y, selon le sentiment de Victorin , parce que cette lettre était seulement nécessaire pour les mots venant du grec : si bien que les Romains ayant corrompu la pureté de leur langue et celle de leurs mœurs, ils écrivaient comme ils parlaient. Au rapport de Quintilien, ils écrivaient Dry wrf^,' prononçant l'y comme un t adouci.

Mais la prononciation venant à changer de temps en temps, les Latins prononcèrent Vupsilon des Grecs comme leur i, et dirent Dryudœ. Ce changement vient de ce que les lettres grecques étant en réputation, on commença de recevoir dans le latin l'y, et du temps de Gicéron, au lieu de Burrhus et Bruges, on prononça Pyrrhus et Phryges, comme ayant un son plus doux et plus agréable à l'oreille, ainsi qu'il l'assure en son Orateur, ce qui a fait qu'on a traduit le passage d'Origènes contre Gelsus,

Toiiç TaXaTôv Apua^aç, Celtarum Driades , quoique l'interprète grec des sept livres de la Guerre des Gaules de Gésar, donnés au public par Jûngerman, de la bibliothèque de M. Paul Petau, conseiller au parlement de Paris, porte ^poufôat. D'où je conjecture que ce traducteur est du temps où, à Rome, on prononçait Tu latin comme la diphtongue, au témoignage

de Térence, et ainsi que les anciens marbres et les vieilles inscriptions le confirment. Jungerman néanmoins remarque que le manuscrit varie en d'autres endroits , et écrit ^putôai, ajoutant : — scriptura vert similior ut et ^^MOL^Ki dicimus, quod y Latinis deinde in u ut in aliis multis mutavit. — Jungerman, par ainsi, tombe dans notre sentiment.

Cela prémis, je dis que le nom de Druide a pris son origine du mot Dry, qu'Alfricus, en son Glossaire saxo-latin, explique être un mot par lequel les Saxons en Angleterre appelaient en leur langue leurs Mages. Cet Alfricus était moine de St. - Benoit , abbé d'Aberdon et vivait l'an 1016.

Ce qui me fait connaître le rapport de cette explication au passage de Pline, que je conclus de là être corrompu, qui dit : — Nihil habent Druidœ ( ita Galli suos appellant Magos ) y. — Aussi les Allemands , les anciens Gaulois et les Bas-Bretons appellent un sage, un interprète fidèle. Dry, et à présent Dry chez les Allemands signifie fides; Drutin, par l'évangile d'Otfridus , Dieu ou divin et fidèle , nom qui convient parfaitement aux Druides, prêtres des Gaulois. Que si l'on veut même rechercher une étymologie des Druides dans l'hébreu, on le peut dériver du mot DRISSIM, qui signifie speculator, c'est-à-dire celui qui contemple les choses célestes, dont les Druides faisaient profession, ainsi qu'il conste par infinis passages. Si bien que je puis dire que, de même que les Grecs avaient leurs philosophes, les Assyriens leurs Chaldéens, les Indiens leurs gymnosophistes et les Perses leurs Mages, les Gaulois avaient aussi leurs Druides qui, parmi eux, avaient les mêmes fonctions. Et comme les sages étaient naturels du pays où ils professaient la sagesse , il y a une forte présomption que les Druides étaient Gaulois et que leur nom est entièrement celtique.

U est vrai qu'on opposerait d'abord le passage de César qui, parlant des Druides, écrit : — Disciplina in Britannia reperta, atque inde in Galliam translata esse existinuUur : et nunc, qui diligentius eam rem cognoscere volunt.

plerumque illo discendi causa proficiscuntur. — Mais il y a plusieurs raisons qui combattent et qui justifient que César était mal informé de ce qu'il écrivait des Gaules, ainsi que je le ferai voir, en sorte qu'on ne doit attribuer à jalousie ou à calomnie, touchant ses Commentaires, le sentiment d'Asinius Pollio , rapporté par Suétone en sa Vie de César : « Âsinius PoUion croit que la vérité n'a pas été exactement gardée dans les Commentaires et que, si César eût vécu, il eût corrigé beaucoup de choses touchant les actions des autres qu'il avait crues assez légèrement, ou même concernant les siennes, dans le récit desquelles il avait failli ou par dessein, ou par faute de mémoire. »

Pour une preuve de cette vérité et qu'il était mal informé par autrui, examinons son passage, quand il dit que la discipline des Druides est venue aux Gaules de l'Angleterre. Il ne parle pas affirmativement, mais il dit eanstimatur, ce qui indique assez qu'il écrivait sur la foi et sur le rapport des autres.

J'oppose César à César, lequel fait l'Angleterre une colonie des Gaulois et écrit, au livre iv, qu'ayant pris résolution de passer en Angleterre et d'en subjuguer les peuples, parce que dans toutes les guerres de la Gaule ils avaient fourni des secours aux ennemis de César, il avoue qu'il lui eût été utile avant que d'aborder l'île, d'être instruit des mœurs des habitants et d'avoir reconnu les lieux, les ports et les abords : ce qui était ignoré et inconnu des Gaulois, n'y ayant que des marchands qui fréquentassent les Anglais. Il ne peut , toutefois , apprendre de quelle étendue était l'île, quelles et combien de nations l'habitaient, quels étaient leurs instituts et leurs mœurs , ni quels ports étaient propres à recevoir une flotte de grands navires ^. D'où je tire cet argument et cette

* Tamen in Britanniain proficisci contendit, qiiod omnibus fera gallicis bellis,

hostibus nostris inde subminîstrata auxilia intelligebat... magno sibi usui fore arbitrabatur, si modo insulam adisset, genushominum perspexisset, loca, portus, adîtas, cognovisset :

conséquence, que si les Gaulois eussent reçu des Anglais leur discipline,

ils n'auraient pas ignore les éclaircissements que César demandait.

César est secondé par Tacite et par Pline : par Tacite, en la Vie de Julius Agricbla, lorsque décrivant l'Angleterre et examinant quels sont les premiers hommes qui l'ont habitée, il conclut : — Proximi Gallis, et similes sunt : seu durante originis vi^ seu procurrentibus in diversa terris , positio cœli corporibus habitum dédit : in universum tamen œstimànti , Gallos vicinum solum occupasse credibile est. Eorum sacra deprehendas superstitionum persuasione : sermo hàud multum diversus, in deposcendis

periculis eadém audacia ceteri manent , quales Galli fuerunt. — Quant

à Pline, il s'explique nettement, lorsqu'après avoir dit que la magie des Druides occupait les Gaules de son temps, il ajoute : — Sed quid ego hœc commemorem in arte oceanum quoque transgressa, et ad naturœ inane pervecta ?- Britannia hodieque. eam attonite célébrât tantis cœrimoniis , ut dédisse Persis videri possit.

L'objection qu'on fait encore est peu considérable, que, pour marque que les Druides ont pris origine de l'Angleterre, on y voit un lieu qu'on appelle vulgairement les pierres des Druides. Biais si cette dénomination était une preuve, elle se rencontrerait plus convaincante dans les Gaules par la fréquence des lieux qui ont ce nom, comme la ville de Dreux, dans le territoire de Chartres, qui semble avoir emprunté son niom des Druides et en laquelle il est croyable qu'ils s'assemblaient de toute la Gaule; et principalement dans le territoire d' Autun , sur. la montagne de Beuvray, où il y a une roche qu'on appelle la roche des Druides. Pour moi, j'estime

quae omnia fere Gallis erant încognita. Neque enim temere prseter mercatores illd adiil quisquam.... Itaque, evocatis ad se undique mercatoribus, neque quanta essetinsulâe magnitudo, neque quae aut qùantœ nationes incohérent, neque quem usum belli haberent, aut quibus InstituUs uterentur, neque qui essent ad msgorum navium mulUtudînem idonei portus, reperire poterat.

qu'il faut entendre le passage de César deBritanniaÂrmoricay c'est-à-dire la Bretagne française. C'est pourquoi Ausone, au Catalogue des Professeurs de Bordeaux , dit que Phœbicius est descendu des Druides de Bretagne.

Nec reticebo senem , Nomine Phaebiciuin :

Qui Beleni sedituus, Stirpe satus Druydum Gentis Aremoricse....

Aussi, comme l'une des principales déitës que les Druides reconnaissaient était Apollon , sous le nom de BelenuSy c'est le motif pour lequel Tertullien en son Apologétique, chap. 2&, selon qu'il est corrigé par Pierre Pithou en ses Adversaires, dit : — Unicuique provinciœ et civitati suus Deus est, ut Syriœ AstarteSj.m^ Arabiœ Dysares, ut Noricis Belenus.

Enfin il est très probable que les premiers habitants d'Angleterre sont venus des Gaules, si on considère que tous les peuples viennent d'Orient et se sont épanchés par toute la terre, et qu'il n'y a point de trajet plus court que — ab ultimis Gallicarum gentium morinis, e portu Iccio y sive Gesariaco malis; — à laquelle pensée contribua beaucoup la grande ressemblance de mœurs qui était anciennement entre les deux nations. Le docte Vossius est de même sentiment. Mais, pour une preuve sans contredit, je n'ai qu'à dire que César la fournit au livre v, en la description de l'Angleterre , lorsqu'il dit : — Creberrima œdificia, fere galUcis consimilia. — Or, cela suppose les bâtiments, demeures et habitations des Gaulois. Au rapport de Strabon, — domicilia Gallorum sunt e pluteis et cratibuSy permagna, testudinum instar y multis arundinibus contexta ; — et César, au v.* de la Guerre des Gaules, quand il rapporte l'attaque Nerviorum contre le camp de Q. Gcéron : — Fervefacta jacula in casas , q%ujB more gallico stramentis erant tectœ , jacere cceperunt.

Or, il est certain que Fédition des Conciles d'Angleterre, procurée par le très docte chevalier Spelman , montre que les premiers bâtiments dont on a la figure étaient couverts de paille comme ceux des Gaulois : — Tectum é cotnmuni Brilannorum usu stramineum , — dit Spelman , et semblables à ceux que décrit Strabon ; dont il faut conclure que les Gaulois ont les premiers habité l'Angleterre et qu'ils y ont porté leur religion avec ses prêtres, les Druides. Après tous ces témoignages, j'en ajoute un des Anglais, qui est de Josephus Iscanus, qui parait ordinairement sous le nom de Cornélius Nepos , au i. " livre de son poëme de Bello Trojano , et qui vivait sous Jean, roi d'Angleterre, l'an 1210.

Sine remigis usu

Non nosset Memphis Romam , non Indus Iberum , Non Scytha Cecropidem , non nostra Britannia Galluni.

Par où il reconnaît que ce sont les Gaulois qui ont découvert l' Angleterre par les navigations qu'ils y ont faites et les colonies qu'ils y ont établies. ^

Je passe maintenant à parler des collèges des Druides. Entre plusieurs qu'ils avaient , il y en eut un signalé auprès d'Autun , qui a retenu leur nom et s'appelle Mont-Dru ^ Montagne des Druides. Sa figure est ronde, sa croupe est chargée de bois de haute futaie, ses flancs entr'ouverts de plusieurs antres et retraites naturelles, et son milieu imprime de la vénération par les vieilles et grandes ruines de leur académie qui paraissent encore. ^

Personne ne conteste que les Druides n'eussent plusieurs collèges, puisqu'ils étaient les seuls professeurs des arts et des sciences, ainsi que

* On trouve en Angleterre des Mdui et un fleuve lÀger, dans lequel descend une rivière nommée Aronx. [Voir les Origines bretonnes de MM. de Courson et Baudrand. ]

* Les ruines qu'on voit encore sur les montagnes sud-ouest d'Autun sont celles de chapelles ou de couvents.

je le montrerai dans les chapitres suivants. Il reste seulement à lever un doute qu'on pourrait avoir qu'ils eussent réellement quelques-uns de leurs collèges dans les bois, ainsi que je veux l'insinuer du Mont-Dru. Mais il est facile de faire donner les mains à ceux qui ont ce scrupule , s'ils font réflexion que Pomponius Mêla, qui vivait sous l'empereur Claude, ayant égard au passage de César, lequel parlant des jeunes gens qui allaient aux écoles et académies des Druides, écrit au livre m qu'ils enseignaient les enfants des nobles, et quelquefois pendant vingt années, dans des cavernes et les forêts les plus retirées *. C'est pourquoi Lucain , au I." livre de sa Pharsale, apostrophe ainsi les Druides :

Nemora alta remotis,

Incolitis lucis

J'en tire encore une preuve de César, de ce qu'il nous assure que les Druides — de omnibus controversiis publicis^ privatisque constituunt ; — tellement que les résolutions de la guerre étant une délibération qui touche l'état et la république, ils y présidaient sans doute. Ainsi la raison veut que ces assemblées se tinssent aux lieux où les Druides faisaient leur demeure la plus ordinaire, d'où vient que dans César, au livre v, Sabinùs ayant été tué , toutes les cités des Gaules délibéraient de faire la guerre aux Romains : — unde initium belli fieret e3[:plorabant , noctumague in locis desertis concilia habebant, — et au commencement du livre vu, les Gaulois avertis de la mort de Publius Claudius et d'un sénatus-consulte fait contre César, se remuèrent, et prenant cette occasion se plaignaient de leur servitude : — Indictis inter se principes Galliœ conciliis silvestribus

' Itaque annos nonnulli vicenos in disciplina permaueni.... quod neque in vulgum

disciplinam efferri velint. [ De BeUo GaUico, lib. vi. ]

Docent multa nobilissimos gentis clam , et diu vicenis annis , aut in specu aut in abditis saltibus. [ Pomponius Mêla. ]

or remaiis locis. — De ces passages on connaît suffisamment que les Druides avaient des collèges* ou assemblées dans les forêts , pour vaquer avec plus de tranquillité à leurs études et contemplations.

J'ajouterai à tout cela le passage d'Ammien Marcellin, livre xv, — Druidœ ingenii celsiores, ut Pythagorœ auctoritas decrevit, sodalitm astricti consortiiSy — que, sectateurs de Pythagore, ils étaient attachés à des sociétés et à des collèges secrets, comme ceux des pythagoriciens dont on sait la forme d'enseigner. Strabon, au livre vi, appelant les collèges des pythagoriciens miaciTia coUegia, et en la loi 1, § de Collegiis, collegia sodalitia; et Justin, liv. xx, parlant de sodalitiis pythagoricorura : Trecenti eœ juvenibus quum sodalitii juris sacramento quondam nexi , separatam a cœteris civibus vitam exercèrent. — De ce passage d'Ammien Marcellin, de celui de Diodore de Sicile, qui dit : Pythagorœ aptul illos opinio invaluit, et de celui de Valère Maxime, qui attribue l'opinion de l'immortalité qu'avaient les Druides à la créance qu'ils en avaient prise de Pythagore , tous se sont émancipés d'avancer que les Druides étaient les disciples de Pythagore. Ces gens- là se sont équivoques, et cette erreur est pleine d'ambition, puisqu'on prouve que les opinions des Druides chez les (jaulois ont précédé de beaucoup d'années la naissance de Pythagore. Si on considère qu'Aristote, au livre qu'il a intitulé Magictis, au rapport de Diogène Laérce, écrit que la philosophie a été transmise et enseignée par les sages des Gaulois qu'il appelle Samothéens, et par conséquent les Semnothéens, autrement les Druides, étant les auteurs de la philosophie, et cette opinion en faisant la principale partie, il n'y a point de difficulté que Pythagore et ses successeurs l'aient empruntée des Druides gaulois. En outre la différence qu'il y a entre la pureté de l'opinion de ces derniers et la bassesse de l'idée de Pythagore , témoigne assez que celle-ci étant postérieure était corrompue comme plus éloignée de sa source. La métempsycose étant une invention de Pythagore qui s'était écarté du vrai dogme des Druides.

Finalement, Clémeat Alexandrin, Stromates. 1. i, ch. 15, prononce nettement que Pythagore a emprunté cette divine philosophie des Druides, dont il doit être à cause de cela appelé le disciple, gardant en sa secte ta retraite qu'ils pratiquaient.

Pour ce qui est des armoiries des Druides, il n'y a que Chasseneuz qui les rapporte. Sur la foi de quoi? c'est ce qu'il n'indique pas , et que j'ignore. Il me suffit pour ne rien omettre de les représenter et d'en laisser le jugement au lecteur :

In omnes Druydis iosi^^ia casus Ant^iaum visco relligione subest.

I,es Druides Eduens, qui demeuraient au lieu qu'on appelle maintenant Mont-Dru, A une demi-lieue d'Autun. auraient porté au haut de l'écu en champ d'azur un rameau de gui de chêne, et au bas un petit tas ou comme une nichée ou couchée de plusieurs serpents d'argent unis ensemble.

^Qi^a^^^^s ^<

Des foncliODft relifçieuses des Druides.

Il ae faut point de meilleur témoin de l'autorité et de l'exercice des Druides dans la religion que César. Ils sont, dit-il, préposés aux actions des choses divines; ils règlent les sacrifices publics et particuliers, et interprètent les scrupules de la religion ; et l'origine de cela est le grand honneur auquel ils étaient parmi eux. Si vrai, qu'au rapport de Dion Chrysostome, en son Oraison 49, les rois des Gaulois ne pouvant rien délibérer ni exécuter sans les Druides, il y a lieu de dire qu'ils régnaient effectivement, et que les rois étaient seulement les exécuteurs de leurs décrets auxquels ils étaient astreints indispensablement. ^

Diodore de Sicile a indiqué les Druides sous différents noms; entre autres sous celui de devin, à cause qu'ils s'adonnaient fort aux augures \

Pour justifier leurs fonctions dans les choses sacrées , j'emploie ce passage de Diodore qui en rend raison en ces termes : « C'est la coutume des Gaules que personne ne peut sacrifier sans philosophe, parce qu'ils

' Absque druides aihil fas erat regibus exequî , ac ne consuitare quidem , adeo ut i*eipsa regoarent druid»e. Reges autem essent quasi îpsorum apparitores ac ministri in exequendis decretis, tametsi reges in thronis aureis sederent, aedesque magnificas habitarent , et splendide epularentur.

* Sunt etiam vates magnae apud illos existimationîs, qui ab auspiciis et vicUmarum extis de futuris divinant : eisque plebs universa morem gerit. Imprimis vero ubi de magni momenti rébus consultatio incidit, mirandum et incredibilem quemdain ritum observant.

estiment que les Druides (désignés par cet auteur sous le titre de philosophes), instruits parfaitement de la nature divine, et ayant pour ainsi dire communication avec les Dieux dont ils savent le langage, sont les seuls capables d'ofifrir les sacrifices et d'obtenir les biens qu'on désire.*

Afin d'éclaircir les doutes qu'on pourrait avoir sur cet article , à cause de ce mot philosophe que j'ai marqué signifier un Druide, je me servirai de deux passages qui sont assez décisifs. Le premier est de Dion Chrysostome en sa Harangue 45, où il dit que les Celtes appellent Druides ceux qui devinent et philosophent 2; et le second de Strabon, lequel, au livre IV, remarque que dans les Gaules on n'a pas coutume de faire aucun sacrifice sans Druides , paroles qui semblent être la glose de l'interprétation du passage de Diodore qui dit la même chose : eôùov oùx aveu Apui^^v. — nulla sacra sine Druidis.

Or, la raison pour laquelle les Druides étaient tant considérés parmi les Gaulois n'est autre que celle apportée par Strabon, livre iv, que les

Gaulois étaient persuadés que plus il y avait de Druides chaque année, plus la fertilité des champs et l'abondance de tous biens étaient grandes , orav T6 çopov toutwv ^ , )cat t^ç X^P*^ vofxi^oiKTiv uiràpyetv, — quando abundantia eorum est, etiam regionis existimant fore : il faut entendre abundantiam et fecunditatem.

Leur autorité est si grande que si quelqu'un, soit magistrat, soit personne privée, contrevient à leurs décrets, ils lui interdisent l'entrée et la participation des sacrifices, ce qui est parmi eux la plus griève peine dont on puisse les punir, parce que ceux qui sont frappés de cette interdiction étant réputés impies et scélérats , sont fuis de tous, tellement *

' Mos est Galliae ut nemo sacra faciat sine phîlosophis, quod per eos, qui naturse dîvina; peritissimi, et ejusdem quasi cum diis dialecti sunt, gratulatoria sacra diis offerenda, et per hos ab iîsdem diis bona fide petenda arbitrantur.

^ Celtœ druidas nominant eos qui vates sunt et philosophi.

qu'on ne communique pas même avec eux de paroles; et comme ils sont indignes de toutes chaînes, on ne les estime pas dignes de recevoir justice des injures qu'on peut leur faire. *

Puisque les Druides étaient les prêtres et les administrateurs des sacrifices publics et privés, j'estime à propos de toucher quelque chose de ces sacrifices , pour ne rien laisser à désirer au lecteur curieux.

Il est constant que leurs sacrifices se faisaient dans les bois et au pied de quelque chêne bien élevé, quMls consacraient par la cueillette du gui qu'ils faisaient le sixième de la lune, avec les cérémonies décrites par Pline au xvi.* livre de son Histoire, chapitre dernier. Voici comme il les explique : « Les Druides n'ont rien de plus sacré que le gui et l'arbre sur lequel il croit, pourvu que ce soit un chêne. C'est pourquoi ils choisissent pour leur demeure et retraite des bois plantés de chênes et ne font aucun sacrifice sans y mêler de la feuille de cet arbre. Ils croient que tout ce qui naît sur les chênes est envoyé du ciel , et que cette production est un signe que Dieu a choisi cet arbre. Il est rare de trouver un chêne garni de gui, et lorsqu'on en rencontre un, on s'y transporte avec beaucoup de religion, et surtout le sixième de la lune, sexta luna, d'où ils comptent le commencement de leurs mois, de leurs années et de leurs siècles après trente ans, parce que la lune a beaucoup de force. Ils appellent le gui en leur langage guérissant tout. Le sacrifice et le banquet étant préparés sous l'arbre selon le cérémonial, ils en approchent deux taureaux blancs dont on lie les cornes pour la première fois. Le prêtre , vêtu de blanc, monte sur l'arbre; il coupe le gui avec une faucille d'or,

* Si quis aut privatus aut publicus eorum decreto noa stetit, sacrifiais interdicunt. Haec pœna apud eos est gravissima. Quibus ita est interdictum , ii numéro impiorum ac sceleratorum habentur ; iis omnes decedunt , aditum eorum sermonemque diffugiunt , ne quid ex contagîone incommodi accipiant : neque iis petentibus jus redditur, neque honos uUus communicatur. [De Bello Galiko, lib. vi. ]

on le reçoit dans une saie blanche , après quoi on immole les victimes, priant que Dieu fasse prospérer son don à ceux auxquels il en fera part, tant il y a de religion parmi les nations pour des choses frivoles. » *

De ces mots, > que Dieu fasse prospérer son don à ceux auxquels il en fera part, » je coUige que les Druides envoyaient la veille de l'an le gui , après l'avoir cueilli, tant pour annoncer le commencement de l'année, que sa fécondité à ceux qui le recevaient, d'où est restée encore dans le Poitou (et autres provinces) cette coutume que les enfants vont dans les villages criant au gui l'an neuf, ce que quelques-uns estiment être marqué par ce vers qu'on attribue faussement à Ovide :

Ad viscum Druidae, Druidse cantare solebant.

Et Elie Vinet rapporte qu'il a ouï Melin de Saint-Gelais consulté sur ce mot, au gui l'an neuf, qui déduisait ainsi ses conjectures : que c'était ad viscum annus novus , et que cette coutume venait des Druides qui , par les jeunes hommes qu'ils enseignaient , envoyaient au commencement de l'année le gui à tous, qui, le voyant, s'écriaient : an nouveau, et que

* Nihil habent druides, visco et arbore, in qua gignatur, si modo sît robur, sacratius. Jam pro se (je lis ainsi ce passage au lieu àe fer se, étant plus net pour l'appliquer à tout ce que j'ai dit ci-dessus) roborum eligunt lucos, nec ulla sacra sine ea fronde conficiunt.... Enim vero quidquid adnascatur illis, e cœlo missum putant, signumque esse electae ab ipso deo arboris. Est autem id rarum admodum inventu, et repertum magna religione petitur : et ante omnia, sexta luna, quse principia mensium, annorumque his facit, et post seculi trigesimum annum , quia jam virium abunde habeat, nec sit sui dimidia. Omnia sanantem appellautes suo vocabulo, sacrificiis epulisque sub arbore prseparatis , duos admovent candldi coloris tauros , quorum cornua tune primum vinciantur. Sacerdos candida veste cultus arborem scandit, falce aurea démolit; candido id excipitur sago. Tum deinde victimas immolant, precantes ut suum donum deus prosperum faciat his quibus dederit . Tanta gentium in rébus frivolis plerumque religio est!

Melin de Saint-Gelais lui avail fait voir un dizain élégant et enjoué qu'il avait composé en français sur ce sujet.

Auprès de ce chêne et de ces autels consacrés par ce sacrifice, les Druides immolaient des hommes. Lorsque quelqu'un se trouvait attaqué de quelque maladie dangereuse, ou pour le salut de ceux qui étaient à la guerre, on vouait qu'ils en immoleraient, parce qu'ils estiment que la colère des Dieux immortels ne s'apaise que par la vie d'un homme lorsqu'on leur demande la conservation de celle d'un autre *. Cicéron, dans son Oraison pro Fonteio, reproche cette barbarie aux Gaulois dont il voulait rejeter le témoignage et les dépositions contre Fonteius \ Cette objection est une calomnie de Cicéron , qui employait le mensonge pour la défense de son client à l'injure d'une florissante nation ; mais elle est détruite par le témoignage de Mêla, livre m, chap. 2, qui était contemporain de Cicéron. que , de son temps , on s'abstenait d'immoler les hommes , et toutefois ils ne refusaient pas ceux qui se dévouaient *. C'est ce qui a donné sujet à

* .... Qui sunt affecti gravioribus morbis, quique in praeliis periculisque versantur, aut pro victimis homines immolant, aut se immolaturos vovent, administrisque ad ea sacrificia druidibus utuntur ; quod, pro vita hominis nisi hominis vita reddatur, non posse aliter deorum immortaiium numen placari arbltrantur. [De Bello GaUkco, 1. vi.]

"^ His quidquam sanctum ac religiosum videri potest, qui etiam, si quando aliquo metu adducti, deos placandos esse arbitrantur, humanis hostiis, eorum aras, ac templa funestant, ut ne religionem quidem colère possînt, nisi eam ipsam prius scelere vioiarint? Quis enim ignorât eos usque ad banc diem retinere illam immanem ac barbaram consuetudinem hominum iromolandorum? Quaroobrem, quaii fide, quali pietate existimatis esse eos, qui etiam deos immortales arbitrantur hominum scelere et sanguine facîllime

posse placari.

' Manent vestigia feritatis jara abolit» , atque ut ab ultimis csedibus tempérant , ita nihilominus, ubi devotos altaribus admovere debebant.

Lucain, livre m, décrivant le siège de Marseille et parlant des sacrifices qui se faisaient dans les bois, de dire :

Barbara ritu

Sacra Deum, structse diris altaribus ai^ae Omois et humanis lustrata cruoribus arbos.

Et dans Claudien , livre i des Louanges de Stilicon , auquel il souhaite la victoire,

Lucosque vetusta

Relligione truces et robora numîDis instar Barbarici, nostrae feriaot impune bipennes.

Enfin , cette immolation continua depuis qu'ils eurent pris des Dieux étrangers, savoir : Mercure, Mars, Jupiter, selon Lucain, livre i.

Et quibus immitis placatur sanguine diro Theutates, horrensque feris altaribus Hesus Et Taranis, Scythicse non mitior ara Dianae.

Un passage de César nous apprend qu'une partie de la fonction des Druides, à l'égard des choses sacrées, était d'interpréter les points de la religion : — religiones interpretantur. — Or, cette interprétation ne concernait pas seulement les scrupules et les doutes, mais aussi les sentiments des Dieux qui venaient à leur connaissance par les victimes et par les augures.

Par les victimes, Diodore, livre v, nous en fournit la preuve, quand il dit que les Druides devinent l'avenir par les auspices et par les entrailles des victimes, et que tout le peuple défère aveuglément à ce qu'ils en prononcent. Mais lorsqu'il s'agit de délibérer de choses importantes , ils pratiquent une cérémonie incroyable. Ils immolent un homme en le frappant avec un coutelas par le travers du dos. Après qu'il est tombé du

coup, par sa chute, par les palpitations de tous ses membres et par l'écoulement de son sang, ils pronostiquent l'avenir. Strabon est d'accord avec Diodore sur cette façon de deviner des Druides, et il n'y a point de doute que l'usage des sacrifices sanglants a été introduit par l'afifection extraordinaire que les Gaulois avaient aux divinations. Ainsi le témoigne Justin, livre xxiv de son Histoire : — Galli augurandi studio prœter cœteros collent. — Cicéron ne dit-il pas, livre i." de Divinat. , que Divitiacus, un des plus considérables des Eduens, lui avait avoué , lorsqu'il était l'hôte de son frère Quintus, qu'il était averti des accidents futurs par les augures. Mêla ne dit-il pas aussi qu'ils font profession de connaître les volontés des Dieux : — Quid DU velint scire profitentur, — ce qu'ils ne pouvaient que par les augures et divinations. Mais Lucain va plus loin et avance que les Druides étaient les seuls qui connussent les Dieux, lorsqu'on leur reprochait la cruauté de leurs sacrifices.

Et vos barbaricos ritus , moremque sinîstrum Sacrorum, Druidas positis repetistis ab armis Solis nosse Deos, et cœli nuinina vobis Aut solis nescire datum .

Quelles meilleures preuves de l'assurance de leurs divinations que les exemples que nous en lisons. Tacite ne raconte-t-il pas , au livre iv de ses Histoires, que les Gaulois avertis de la mort de Vitellius commencèrent à se soulever, excités par l'incendie du capitole , par lequel ils croyaient que la fin de l'empire romain devait arriver bientôt. Leur créance, fondée sur la certitude que les Druides leur inspiraient que l'empire romain avait subsisté, après la prise de Rome par les Gaulois, parce que le siège de Jupiter était demeuré entier, mais dès lors que le ciel avait donné un signe de sa colère par le feu fatal dont il avait détruit le capitole , ce |)rodige promettait l'empire du monde aux nations transalpines. Cette prédiction fut vaine et sans effet pour lors, mais les temps de Charlemagne

l'ont justifiée, puisque lui et ses descendants ont possédé l'empire romain.

Je ne puis omettre , non pas une prédiction , mais un oracle que les Druides prononcèrent de l'enfantement d'un Dieu par une vierge, dont les actes de l'église de Chartres conservent des témoignages authentiques et irréprochables. ^

Quoique César remarque que les Druides étaient exempts d'aller à la guerre, on reconnaît néanmoins qu'ils y assistaient et étaient souvent, au rapport de Strabon, livre iv, les arbitres de la paix entre les deux armées, comme aussi ils animaient au combat par leurs pronostics. Tacite en a une preuve certaine , livre xiv de ses Annales , lorsqu'il raconte que Suetonius Paulinus étant entré dans Ttle de Mona en Angleterre (appelée par les auteurs lie des Druides)^ il y trouva une grande résistance de la part des habitants qui se défendirent avec vigueur et générosité, assistés des Druides qui les exhortaient ^. Il ne faut pas s'étonner si, dans le passage de Tacite, on voit des femmes mêlées parmi les Druides. Plutarque, en son livre des Vertus des Femmes, rend raison de cette coutume. Chez les Celtes , on appelle quelques femmes à toutes les consultations qu'on fait pour la paix et pour la guerre, par l'entremise desquelles ils décidaient les difficultés qui étaient entre leurs alliés et associés.

Ces femmes ne peuvent être que celles qui sont appelées Dryadœ , et lesquelles faisaient fonctions de devins sous le bas-empire. Voici trois

* Un ancien annotateur de la partie manuscrite de l'Histoire d'Edme Thomas a noté en marge du fait cité sur Chartres : Vérifié à Chartres en 4692.

^ Stabat pro littore diversa acies, densa armis virisque, intercursanUbus feminis, in modum Furiarum, quse, veste ferali, crinibus dejectis, faces prseferebant ; druidseque circum, preces diras, sublatis ad cœlum manîbus, fundentes, novitate adspectus perculere milites, ut quasi hserentibus membris, immobile corpus vulneribus praeberent.

exemples de cet allégué : le premier ^t dans ^Ëlius Lampridius, lequel rapporte que Alexandre Sévère allant à la guerre contre les Germains, une Druyade lui cria en gaulois (mais il ne rapporte pas l'expression gauloise) : Val n'espère point la victoire et ne te fie pas à tes soldats. L'effet justifia la vérité de ces paroles, car Alexandre Sévère fut tué par les siens en cette guerre. Le deuxième, de Vopiscus, touchant l'empereur Aurélien, qui racontait avoir demandé à des Druyades gauloises si l'empire

demeurerait à ses descendants , et qu'elles avaient répondu qu'il n'y aurait point de nom plus illustre ni plus éclatant dans la république que celui de la postérité de Claudius. L'historien ajoute que l'empereur Constantius, qui régnait pour lors, en était descendu, et qu'on ne pouvait croire que ses descendants jouiraient de la gloire et de la grandeur prédite par les Druyades, Le troisième'est dans le même Vopiscus, en la vie de Numérien , en laquelle il . écrit qu'une Druyade avait prédit à Dioclétien, lorsqu'il n'était qu'un soldat de cohorte dans. la Gaule,: qu'il serait empereur après qu'il aurait tué Aper ( mot équivoque qui l'obligea de s'adonner à la chasse des sangliers dont il tuait un grand nombre) ; mais l'effet de la prophétie de la Druyade se trouva accompli, lorsque, se rendant vengeur de la mort de Numérien, iltua de sa main Arius Aper, préfet du prétoire, qui avait été l'auteur de cette mort.

Boissard, dans ses Antiquités romaines, donne la représentation d'une Druyade couronnée de chêne, à laquelle je renvoie les curieux.

(doua^^^^s m^

Les Druides' étaient ju^es souverains des procès, et professeùi^ des arts et des sciences

en leur uniTersité' d'Autun.

Le sacerdoce des Druides n'était pas sans autorité, même pour les affaires profanes , puisqu'on peut dire que cette autorité était souveraine et au-dessus de celle des rois des Gaulois qui étaient soumis à l'exécution

de leurs décrets, tellement qu'on voyait en eux la royauté unie au. sacerdoce. Le passage de Dion Chrysostome, en son oraison 49, justifie assez cette vérité, lorsqu'il dit que les rois ne peuvent rien ordonner sans les Druides, dont ils sont, à Vrai dire, les ministres et les appariteurs. Mais afin de marquer à quoi s'étend leur juridiction et souveraineté, il est nécessaire de recourir à César qui, au livre vi, rapporte que les

Druides connaissent et décident de toutes les difficultés qui concernent le public et le particulier. Si on commet quelque crime, si on est coupable

de quelque homicide ou assassinat, ils en sont les seuls juges. S'il s'agit d'hoiries et de successions, s'il faut régler les. bornés des champs et héritages, ils en prononcent l'arrêt et la décision, et sont en un mot les

dispensateurs des récompenses de ceux qui ont bien mérité, comme des peines envers ceui qui ont délinqué ; et même Strabon assure livre iv , qu'on leur confiait la garde des clefs des villes. Il ne faut point chercher ailleurs la cause de cette grande autorité , que la haute vénération en laquelle ils étaient parmi les Gaulois, suivant César, livre iv, — magnù

sunt apud eos honore, — ou pïutôt^ selon le Géographe, à la grande opinion

que tous avaient de leur justice, en sorte qu'on confiait volontiers à leur

probité les jugements publics et particuliers. Strabon ajoutant que c'était ensuite de cette persuasion qu'on les agréait arbitres pour assoupir les guerres et procurer la paix aux peuples, arrêtant bien souvent, par leur crédit et par la déférence qu'on leur portait, des armées prêtes même à se choquer.

Les lieux où les Druides rendaient la justice étaient divers; mais lorsqu'ils tenaient leurs grands jours, à un certain temps de l'année que César n'indique pas, ils s'assemblaient dans les confins des Camutes (Cbartrains), c'est-à-dire vers Dreux, contrée située au milieu de la Gaule, en un lieu consacré, où tous ceux qui avaient des démêlés ou procès accouraient de toutes parts pour les voir terminer; et ce qui est merveilleux, ils obéissaient sans répugnance à leurs jugements et à leurs ordonnances.

Les Druides présidaient aux assemblées qui se tenaient pour la création et élection des magistrats. Nous en lisons un exemple convaincant dans César, livre vu, au sujet de Cotus et de Convictolitan , qui prétendaient tous deux qu'ils avaient été élus suivant les lois des Eduens. César fit renoncer Cotus à la prétention de la magistrature , sur ce qu'il avait été désigné magistrat par son frère , en une assemblée clandestine de peu de personnes, dans un autre lieu et un autre temps qu'il ne fallait, et confirma Convictolitan dans la charge de vergobret, attendu qu'il avait été créé par les Druides, suivant la coutume de la cité dans l'intermission de la magistrature.

Je remarquerai en passant que la raison pour laquelle Dion Chrysostome avance que les Druides étaient au-dessus des rois, est parce que les rois doivent être entendus des magistrats de la cité Eduenne , desquels César, livre VII, écrit qu'ils obtenaient une puissance royale pendant un an *,

* Quod magistratus regiam potestatem annum obtinere consuessent.

[Commentaires, 1. vu.]

d'où il a pris occasion de les appeler rois; c'est-à-dire qu'ils avaient droit de vie et de mort, et comme les magistrats étaient choisis par les Druides, c'est pourquoi il a remarqué qu'ils étaient élevés et considérés dans la république au-dessus des rois.

Ordinairement ils faisaient la fonction de juges dans les lieux voisins de leur demeure et sous les chênes. Je trouve la preuve de cet allégué dans une comédie intitulée Querculus sive Aulularia^ que quelques-uns attribuent mal à propos à Plante, et qui a été composée par un auteur incertain qui vivait du temps de Théodose , dans lequel il est dit que les Druides prononçaient les sentences de mort sous les chênes : — Ibi sententiœ capitales de robore proferuntur ; — paroles qui m'obligent de remarquer la restriction que Strabon apporte à la fonction de la judicature des Druides, qu'ils prenaient connaissance particulièrement des homicides et des assassinats.

Comme les hommes se maintiennent par la religion et se gouvernent par la justice, ils s'acquièrent aussi la force par la discipline. Les Druides étaient encore dans cette prérogative qu'ils formaient la jeunesse par leurs instructions , étant les seuls professeurs de toutes les sciences qui s'enseignaient à Autun et dans toutes les principautés des Eduens ; et parce que le peuple, qui vivait en esclave, n'était admis à aucun emploi de la république , ils n'avaient que les nobles pour écoliers , sur lesquels ils acquéraient un pouvoir despotique par leurs magistères.

Leurs écoles étaient célèbres non-seulement pour les sciences qu'on y enseignait, mais encore par le grand nombre de ceux qui les fréquentaient. Quant aux sciences, on y recevait les préceptes de la théologie établie par les opinions de l'immortalité de l'âme et la résurrection des morts , et par les disputes qu'ils faisaient de la force et du pouvoir des Dieux immortels.

Leur attachement à l'astrologie est établi suffisamment par César qui remarque qu'ils tenaient de grands discours des astres et de leurs

mouvements. Et ceux-là s'éqnivoquent qui croient que les Gaulois négligeaient certte science, parce que Pline, au livre xviii de son Histoire, ch. 25, parlant de Tastrologie, écrit quMl ne se faut pas étonner, si en Afrique , en Espagne et dans les Gaules on n'en lit aucune chose, attendu que personne en ces pays n'a fait des observations sur le lever et le coucher des astres, puisqu'il savait que César avait assuré la postérité qu'ils n'écrivaient rien des choses qu'ils enseignaient. Ils traitaient souvent des mathématiques et de la géographie dans leurs leçons, de la grandeur de l'univers; de l'étendue de la terre et de sa forme, suivant César et P. Mêla.

La philosophie ,. et principalement la physique et la morale , les occupaient. Strabon en est garant au livre iv de sa Géographie, où il dit que les Druides^ outre la philosophie, montraient la morale en assurant que l'âme est immortelle comme le monde, mais que le feu et l'eau les détruirait un jour. C'est pourquoi Ammien Marcellin, livre xv, a écrit que les Druides s'élèvent par-dessus les autres par des questions de choses occultes et relevées. •

Pour la médecine, ils l'exerçaient publiquement et communément, se ^rvant de gui dé chêne pour le traitement de toutes maladies ; aussi, au rapport de PHne, ils appelaient pe gûi, en leur langage, guérissant tout , — omnia sanàntem , appellantes suo vocabtUo. — Ce n'est pas que Pline, 1. 16. a été aussi négligent que les autres écrivains,. n'ayant point rapporté ce

. tçrme des Druides. Il s'est contenté de remarquer qu'ils employaient le gui pour rendre féconds tous les animaux stériles par sa poudre prise en boisson , et qu'il est jsouverain remède contre toutes sortes de venins. C'est pourquoi le même Pline, livre xxx, ch. \ , appelle les Druides médecins, parce qu'ils guérissaient plusieurs maladies par deux herbes :

l'herbe Selage qu'ils cueillaient de la main droite, et celle de Satnolon

qu'ils cueillaient de la gauche; et cela par une étrange superstition,' ainsi qu'il le rapporte au long, au livre xxiv, ch. 11.

La rhétorique n'était point négligée par eux. Mêla nous apprend que les Gaulois s'adonnaient à l'éloquence et que les Druides en étaient les

précepteurs. * • .

Il est vrai que leur façon d'enseigper toutes les sciences était extraordinairement difficile, puisqu'elle consistait absolument dans la mémoire. Les écoliers apprenaient une grande quantité de vers et . demeuraient quelquefois vingt ans à s'instruire entièrement, estimant qu'il n'était pas loisible de mettre par écrit aucune chose. Ce qui est conforme à ce que dit Hérodote, .livre ii de: la Théologie des Egyptiens, au sujet de laquelle il avance qu'il lui est défendu d.'écrire ou d'expliquer

ce qu'ils lui ont appris des Dieux, lui étant seulement permis de les nommer, parce que tous les hommes les savent. César apporte deux raisons de cette instruction : la première, parce qu'ils ne veulent point que leur doctrine soit divulguée au peuple ; et la seconde par le motif que les écoliers se fiant trop à l'écriture, ne cultiveraient pas si soigneusement

* leur mémoire, ce qui arrive à plusieurs, lesquels se relâchent de la

* diligence qu'ils apportent à l'étude, se rassurant de retrouver dans l'écriture ce qu'ils confieraient à leur mémoire. Et cela est si vrai que Celsus, grammairien de la secte d'Epicure, ayant objecté aux Chrétiens que les Druides avaient laissé plusieurs choses .par écrit touchant leur religion, qui avait beaucoup de rapport et de conformité avec celle des Juifs, Origène le réfutant en son. i." livre, soutient qu'il n'y a

point d'apparence , et qu'il ne croit pas qu'il y ait eu aucun écrit dé la

* façon des Druides. ^

Les vers qu'ils apprenaient leur tenaient lieu d'abnales et ils les débitaient dans les occasions. Tacite, en sa Description de la Germanie,

ff •

* Habent et facupdiam suam magistrosque sapientise dmidas.

' Origène n'assure pas le fait , îl dit seulement en parlant des' druides : << Quorun^ . nescio an aliqua exstent scripla. » [ dont. Cels, \.*i\ c. 16, éd. Bénédl ]

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en est un témoin fidèle, ayant montré ci-dessus que les Germains avaient emprunté leur discipline des Gaulois. ^

1 1 ne reste qu'à examiner ce que César avance que les Druides ne s'abstenaient de l'écriture que touchant leur doctrine, car au surplus, en toutes actions publiques et particulières, ils s'en servaient et employaient les caractères grecs : — In reliquis fere rebtÂS publicis privatisque rationibus grœcis litteris utuntur. — Il y a grande diversité de sentiments sur ce passage. Les uns défendent le mot grœcis dans le texte, et tâchent de le conserver , appuyés de l'autorité constante des manuscrits et de l'interprète grec que Scaliger et Heschelius jugent par le style être de Planudes ou d'un écrivain de son temps. Robertius Titius a pris un sentiment égaré, au livre iv de ses Passages controversés, et estime qu'au lieu de grœcis litteris il faut lire cœcis litteris, qu'il explique : Latentibus qùœ se palam spectandas non prœbent, ut cœcus ignis Virgilio dicitur. — Pour moi j'estime avec Hottoman et Scaliger, en ses Animadversions contre Titius sous le nom de Yilliomanus, qu'il faut rejeter le mot grœcis comme superflu en ce passage qui est parfaitement suivi si on le considère , que les Druides ne mettaient rien par écrit de leurs doctrines mais qu'à l'égard des autres choses ils les écrivaient, et néanmoins, nonobstant l'opinion de ces grands hommes, je crois avec Scaliger de illo loco Cœsaris amplius deliberandum.

* Célébrant caitninibus antiquis, quod apud illos memoriae et annalium genus est.

[Tacite, de Morih. German, c. 2.1

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Différences des Druides entre eax, leurs demeures et habillements, leur ban général

et perpétuel, et la suppression de leur religion.

On connaîtra facilement par la lecture des chapitres précédents qu'il n'y avait pas seulement des Druides, mais aussi des Druyades qui prédisaient les choses futures et qui étaient appelées et employées pour les résolutions des choses importantes a\nsi que je Tai montré. Mais il faut également reconnaître de bonne foi que les prêtres des Gaulois avaient des noms différents, comme des fonctions différentes dans l'exercice de leur religion , qui les distinguaient entre eux.

Ammien Marcellin, livre xv, est celui qui en a fait voir trois rangs : les Bardes, les Eubages et les Druides, lesquels, dans les Gaules, ont donné commencement à l'étude des belles sciences.

Le mot de Barde en gaulois, selon Festus, signifie un chantre qui publie les louanges des vaillants hommes. Posidonius chez Athénée , et Diodore de Sicile , livre iv , ajoutent que les Bardes étaient poètes et chantaient leurs poésies. Strabon a levé le doute qu'on pouvait avoir sur ce qu'étaient les poésies des Bardes, quand il dit que c'étaient des hymnes, qu' Ammien Marcellin, livre xv, assure être composées en vers héroïques et qu'ils chantaient sur la lyre ; et ces hymnes ne s'employaient qu'à la louange de ceux qui, après avoir fait plusieurs actions illustres, étaient morts à la guerre, suivant le témoignage de Lucain. livre i."

Vos quoque, qui fortes animas, belloque peremptas Laudibus in longum, vates, dimîttitis aevum Piurima securi , fudistis cannina Bardi.

Les Eubages faisaient profession de philosophie naturelle. Strabon et Diodore les appellent Fates, et ils ne s'adonnaient qu'à la recherche des secrets et des merveilles de la nature, lesquels ils communiquaient à tous ceux qui leur en faisaient quelque demande ou qui en avaient besoin. Le Géographe remarque qu'ils étaient sacrificateurs, à dessein je crois qu'ils reconnussent par l'ouverture des victimes la situation des parties naturelles et observassent ce qu'il y avait d'extraordinaire, afin que, sur leur rapport, les devins formassent leurs pronostics.

Quant aux Druides, au nombre desquels était Divitiacus, au rapport de Cicéron, livre i." de Divinatione^ ils auraient eu l'esprit et les pensées plus éminentes et ne les élevaient qu'à la connaissance des choses abstruses et d'une haute inquisition.

La demeure des Druides était dans les antres que la nature leur avait destinés et préparés dans le flanc des montagnes chargées de chênes , ainsi qu'on le voit à Mont-Dru, proche Autun, auprès de Flavigny et d'Alise, à Dijon au Fort aux Fées ; on y découvre encore dans le creux des roches des sièges arrangés et taillés dans la pierre pour la commodité des Druyades, qui étaient souvent préposées à la conservation des bocages consacrés , comme on le collige d'une inscription qui se lit en la ville de Metz.

Le village de Druye , à sept lieues d'Auxerre , et qui a retenu le nom des Druides qui l'habitaient, est assis sur un rocher rond, sur la croupe duquel s'élèvent plusieurs tours de structure et matières semblables aux antiques murailles d' Autun. Du côté d'occident, le roc est percé et ouvre son sein sur cent pas de longueur et trois de largeur , ouverture que le vulgaire appelle Cave des Druides, et les autres Cave aux Fées, et aux alentours on trouve d'autres grandes ruines et des médailles antiques.

En la haute Bretagne, en la paroisse de Souesme, entre Ghateaugiron et Ghateaubriant , il y a des masures au-dessous desquelles sont des caves appelées les Roches aux Fées, ombragées de forêts de chênes et estimées la demeure des Druides.

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Chartres, honorée du séjour des Druides, est nommée par Ptolémée la ville des Antres, Antricum.

La montagne de Dreux, qui est entr'ouverte de plusieurs cavernes, contenait autrefois le palais où les Druides rendaient justice, et on voit plusieurs petites loges à l'entrée de la forêt qu'on appelle encore aujourd'hui les Maisons des Druides. D'où il faut conclure que dans toutes les Gaules les Druides habitaient les forêts et les cavernes.

Passons maintenant à l'habillement des Druides. Il est tout-à-fait inconnu , et j'ai peine à être de l'avis de ceux qui se persuadent qu'il était toujours tel que Pline le décrit en la narration des cérémonies pour cueillir le gui de chêne. Pour moi j'estime que cet habit blanc dont il les revêt, une serpe d'or à la main, était un costume de cérémonie particulier à celle-là. Aiissi Conradus Celtes Protucius, un des premiers poètes allemands, parlant de l'étendue de la forêt Hericinienne , et au 3.' chapitre de la description de la ville de Nuremberg, écrit que Jean Théophile, homme de grand esprit et de grande érudition , le conduisant en son pays, ad radiées Piniferi , c'est-à-dire Vichtelberg, et étant un jour allé visiter un monastère , ils virent six images de pierre qui garnissaient la face de l'église, plus hautes que le naturel , les pieds nus, la tête couverte d'un long manteau à la grecque accompagné de son capuchon , la barbe fourchue descendant jusqu'à la ceinture et garnie de grosses moustaches. Ces figures tiennent un livre d'une main et un bâton diogénique de l'autre, la besace sur l'épaule, le visage austère, le sourcil froncé, la tête baissée et les yeux attachés en terre comme des gens qui se livrent à la méditation.

La suppression de la secte des Druides n'est pas venue tout-à-coup. Ils faisaient en quelque sorte horreur aux nations à cause de leurs sacrifices humains. Auguste les honora du privilège d'aller en char à Rome comme les grands prêtres Flamines, et néanmoins il interdit leurs sacrifices aux citoyens romains, si vrai que sous Tibère on les pratiquait encore, mais

il les abolit dans Rome; et Pline, livre xxx, assure que de son temps ils étaient en usage ^. Mais Claude les abolit entièrement par toutes les Gaules^ suivant le témoignage de Suétone *. Ces auteurs me pardonneront si j'oppose à leur opinion P. Mêla qui vivait du temps de Claude, et qui remarque, livre ui,.ch. 2, que, nonobstant Tédit de suppression de tels sacrifices, on ne laissait pas de les continuer, toutefois avec réserve et modération ^. Et enfin, Tacite, contemporain de Néron, fait mention des Druides en Bretagne, disant qu'on brûla leurs forêts afin de les obliger à quitter et à renoncer à leurs sacrifices ^; tellement qu'il faut dire que l'empereur Claude voulut bien abolir cette cruelle religion, mais qu'il ne Iç put, et que les Druides, leurs familles et leur secte ne laissèrent pas de subsister et d'être en grande vénération en Germanie, où ils se réfugièrent après leur exil des Gaules.

' Senatus coQsuUum factum est, De homo immolaretur , palamque fuit in tempus illudsacri prodigiosi celebratio. Gallias utique possedit, et quidem ad uostram memoriam. Namque Tiberii C^esaris priDcipatus sustulit druidas eorum. [ iVaf . Hi$t. 1. xxx, e. 3 et 4. ]

^ Druidarum religionem apud Gallos, dirse immanitatis, et tantum civibus sub Augusto interdictam, penitus abolevit.

' Manent vestigia feritatis jam aboUtae , atque ut ab ultimis cœdibus tempérant, ita nihilominus, ubi devotos altaribus admovere, delibant.

* Excisique luci, sâevis superstifionibus sacri; nam cruore captivo adoiere aras, et hominum fibris consulere deos , fas habebant. [Annal. I. xiv, c. 50.1

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