INSTITUTIONS MILITAIRES
tère propre el de révolulioii histori(iiie de la hil)ii (,^29 el siiiv.).
In .s / il II t ion s m il il a ires .
2.*>. Se défendre el se mainfeslcr au dehors, inaiiileiiir Tordie juiidi((ue à l'iiilérleur, telles sont les loiiclious ess(Mitielles du groupeiueul p()lili(|U(\ Juridieliou el gu(Mre, Icdles sout les ex[)ressious les plus iiu[)orlaiiles du j)ouv()ir de rKlal. A la fouclion <^uerrière serl l'organisation mililaircMlu gi()U[)enienL Le réginn* le plus naluiel paraît èlre (|ue tout membre dans la loi-ee de Tàgc soit ol)li<^*é de prendre part au combat ; et c'est inchibilablement ce (|ui s'est j)ro(luit partout à roiigin(\ Mais révolution ultérieui-e a créé, là aussi, les j)lus grandes dilTi'» renées. Chez beaucoup d(* tribus subsiste r()l)ligation générah' au eond)at ; l(*s serviteurs euxmêmes y prennent pari (huis hi suite i\c hMirs maîtres. Mais (juand le oroupeiucnl (rciiscmble s'est résolu en groupes plus petits (clans, etc.), ou (jue de grands chefs de famille {Ge- Hchlcrhl^ riches possesseurs en bétail ou en teire et pourvus de nombreux clients, sont (h»venus cpiasi indépendants, sans (h)ute subsiste encore le devoir contumicM* d'assister hi colh'ctivité ; mais il ne peut guère, parfois même il ne peut aucunement s'exercer de contrainte* juri(h'(jue obligeant à prendre [)art à la guerre; (h» même (ju1n\ersement le groupement politique n'est pas en état (Tempêcher les querelles [)articulièresde ses membres aviH' des étranefers ou entre (mix. Fré- (juemment, ceux (jui n'ont pas de pro[)ri(''té et (h'peiuhMit d'autrui, surtout les clients, sont exclus aussi bien de Tarmée nationale (jue de rassembh'e commune, notamment lorsque s'est développée une manière de combattre (jui exige des armes coûteuses et un exercice* corporel impossible à l'artisan. Il peut aussi se former um* classe séparée de guer-
riers, soit(|ue la fonction militaire devienne l'apanage d'une classe privilégiée, soit (pie des compu'rants établis dans un pays n'admettent i)as au service militaire la j)opulation soumise, oucpi'inversement l'État constitue une trou|)e de guerriers professionnels, qu'il indemnise par une solde. C'est le cas notamment, mais non pas nécessairement ni exclusivement, dans beaucoup de monarchies absolues, (jui recrutent leurs gnerriers à l'étranger ou forment des esclaves à ce rôle. A ce (pii précède s'ajoute toujours l'action de la manière de vivre et du milieu environnant sur le caractèiv d'une tribu : beaucoup dégénèrent ])ar l'elîet des jouissances d'une civilisation développée; d'autres, qui ont longtemps vécu dans une situation isolée, sure en ai)parence, peuvent, même dans une civilisation primitive, perdre entièrement l'esprit cnicrrier, si bien (lu'elles deviennent la ])roie facile de tout ennemi surgissant soudain.
24. A ces différences se lient, par divers rai)porls d'action et de réaction, les différentes formes du combat. D'après les armes, le combat se divise en combat à longue distance (flèche et arc, fronde ou boumerang, boulet de fronde) et combat à courte distance (massue, lance, hache d'armes, ^.pée ; — lejavelot est intermédiaire entre les deux groupes): d'après le mode de combat, en combat singulier et en bataille rangée. Le premier exige une plus grande éducation peisonnelle de* clnupie guerrier, un exercice durable, une résolution courageuse, de bonnes armes, et de plus, autant que possible, des armes défensives ; il se rencontre, par suite, là surtout où existe une hiérarchie aristocratique et où les hommes de haut rang, exercés à la guerre, vont au combat en seigneurs privés, à la tête d'une suite de serviteurs. La bataille rangée, au contraire, suppose l'égalité sociale des cruerriers et un fort esprit collectif, la soumission à la loi de l'Étal et au commandement des organes de l'État, — soumission (|ui revêt ici la forme de la discipline, — et une éducation militaire commune; par suite, elle se rencontre surtout
L ÉVOLUTION POLITIQUE ET SOCIALK
clans les luoiiarcliies bien «Uablies et dans les tribus démocratiques, ainsi que dans les républiques d'un haut dévelojjpenient. L'armement et le mode de combat s'entre-croisenl réei|)ro(|uement : tireurs aussi bien ([U(* lanciers apparaissent lantot comme Iroupes serrées, disciplinées, lanlol comme comballants sinouli(M*s, — (|uoi(|ue l assaut en lang serré avec la lance, el snrioul avec Tépéi', suppijse un ensenibh» plus l'orlemeiiL discipline (|ue Tattacjue d'une troupes de tireurs ; — et il n't^st pas rare (\\w les deux modes de combat et dilT(''rents arm(Mnents se trouvent réunis dans la même armée.
Eléments de rorcjfinisalion polUKjuc.
25. Dans tout groupement exish» l'impérieux bc^soin d'um* concentration (*t d'une oricMilalion unifoijne de la volonté collective, et, pai* suite, celui d'une direction l'ermc^ et unitaire ; mais il en est surtout ainsi dans le groupement le l>lus important et ([ui embrasse tous les autres, la tribu ou l'Etat. Ce besoin se fait sentir plus fortement (pu* jamais à la guerre, on la collectivité doit ètrt^ directement concentréi^ par um^ volonté unique en vue d'une action unitaire. Mais, même par ailleurs il se manifeste en toute occasion imj)(Mlant(\ avec d'autant plus de force cju<' la puissance d un Etat accjuiert un domaine* plus étendu, (|U(* s'en complic|uent les redations extérieures et les fonctions intérieures, et (jue, par suite, un llé'chissement dans la continuité de laxolonlé (hrectrice léagit d'une façon plus sensible sur les intérêts de la colleclivite. Cette unité tlu vouloir de l'Etat |)eut être maintenue par l'assemblée tribale des honum^s libres et par le conseil des anciens, si les conditions sociales sont liomogènes, et si ces assemblées sont elles-mêmes animées d'un fort sentiment collectif, en sorte qu'une vive conscience des fonctions com
ÉLÉMENTS DE l'oRGANISATION POLITIQUE — ? ^6
munes tienne en subordination les intérêts individuels : — c'est le cas, notamment, chez les tribus guerrières. L'unité du vouloir collectif peut encore être assurée par une noblesse ou par le conseil seul, quand ses membres sont à la tête de groupes unitaires, soit groupements consanguins, soit groupements d'intérêts (factions), (|ui suivent leur volonté, — si bien (|ue, ou bien le réginu^ social a[)paraît comnu- une communauté d'intérêts naturelle, reconnue de part et d'autre pour inviolable, entre la classe dirigeante et la classe subordonnée, ou bien la suprématie de la classe gouvernante est si solidement fondée que toute op|)Osition des gouvernés serait impuissante. Lorscju'en pareil cas le sentiment col lectif, <a-ace à l'état de civilisation et à la situation matérielle du groupement politique, et grâce aux représentations qui en découlent, se» conserve vivant chez les dirigeants, lors(|u'en cas de conflit ils mettent à l'arrière-plan leurs intérêts personnels, sachant que ceux-ci seraient ruinés si ou les faisait exclusivement ressortir, lorscju'ils savent, par des négociations et des concessions, assurei- la léalisation (Tune volonté unitaire, une» communauté ainsi organisée penil se maintenir durant de longues périodes en un état de bon oidre. Cette* organisation se trouve, non seulement dans des Etats d'un développement avancé, comme h's aristocraties grec ques ou Home, ou comme les aristocraties marchamles de Corinthe, de Carthage, de Massalie, etc., mais assez souvent aussi dans des régimes bien plus primitifs, par exemple chez beaucoup de tribus sémitiques et celticpies.
20. C(*s organisations,— (pi'elles reposent, démocratiques, sur la libellé commune, ou (pi'elles obéissent, aristocraticjues, soit à la domination d'une noblesse fermée, héréditaire, soit, sous une forme plus lâche, au gouvernement des hommes à (jui leur crédit et leur richesse personnels ouvj-ent Taccèsdes cercles dirigeants, — constituent l'État m libre ». Dans cet État, l'activité executive, qui demande une individualité, — en première ligne, le commandement suprême à la guerre, —
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iiicoinl)e à des fonctionnaires, chaigés de ce soin à titre temporaire on durable, qui ne sont (|ne les organes exécutifs du *>()uvern(Mn(Mil, et ne ])ossèdent vis-à-vis de la collectivité aucun droit indépendant, iidicM-ent à leur |)ersonne, mais seulement les droits (jue TKlal a décernés à la fonction en vue de raccom|)lisscjnenl des lâches (ju'elle com[)orle. Mais le cas de beaucoup le plus ordinaire, — en dehors de constilulions d'un très haut (h'veloppemenl, — c'est (ju'an moins la direclion militaire soit confiée ch' façon durable à une individnalité, à nu chef (roi), (|ui se» sépare [)ar là de la niasse des membies de la tribu. Le plus souvent il exerce aussi les fonctions judiciaires, soit seul, soit d'accord ou en concurrence avec le conseil des anciens, le tribunal populaire, ou des juges constitués à cet elVet. A ces droits s'en ajoutent d'autrc^s, en particuli(M* la direction (bi conseil. En lui se concentre, sinon tout entier, du moins pour une part, le [)ouvoir coercitif (bi groupement ; 'et ce pouvoir [comporte le droit de commanch^r et de prét(Mi(be à l'obéissance absolue, — droit (|ui(ral)or(l, sans (h)ute, ne se fait jour (ju'à la guerre, mais (|ui plus tard, notamment en cas (h^ nouveau progrès, intervient fié(|U(Mnment aussi (buis l'état i\r paix, d'autant (jue nu^'Uie alors une préparati(3n à la guerre est indispensable. A ce qu'il semble, c'est l'existence d'un pouvoir (h^ chef, f réel uemment limité, il est vrai, par les tenckmces et les organisations adverses, qui a partout été le fait premier, et la constitution « libre », là où elle existe, n'a jamais été (ju'un |)roduit de révolution historicjue. (''(^st pour(|uoi s'y retrouvent assez souvent des vestiges du [)ouvoir du chef ou du roi, par exemple un emploi héréditaire de général, ou des droits honorifi(|ues de la famille |)rincière, mise* pour le reste sur le Jiiéme pied cpie les familles ch' haut rang. Dans beaucoup d'autres cas, la |)uissance (bi chef s'est maintenue dans un éc[uilibre oscillant avec les auties pouvoirs; |)lus frcMjuemment encore, peut-être, elle est devenue une [)uissance suprême, (b'vant bujuelle tout autre (hoit s'évanouit, de sorte
ÉLÉMENTS DE l'oRGANISATION POLITIQUE | 27
(| ne les sujets sont à l'égard du souverain despotique ce que les esclaves sont à leui* maître, et (|ue les actes juridi(jues (h' l'Ktat de\ ieuncMit ch»s actes (h* volonté, purement personnels, du souverain. En général, l'unité de la direction et l'existence d'un pouvoir supérieur aux intérêts privés et aux partis, capable de maintenir et d'applicjuer l'ordre juridique sans considération de personne (cf. la légende médique qui donne pour oiigine à la royauté l'activité judiciaire, dans Hé rodote, 1,96 et suiv.), assurent aux régimes monarchiques une supériorité marcjuée sur les constitutions libres, — supériorité (jui se fait, en particulier, vivement sentir dans une société primitive. La rançon de cet avantage, c'est que ces régimes reposent entièrement sur la personnalité. Si la monarchie, d'ordinaire, est fondée par une personnalité puissante, supérieure aux autres, et possédant un vif sentiment des taches qu'elle assume, la maison régnante, la plupart du temps, dégénère très vite, et le gouvernement échoit à des souverains qui ne sont plus à la hauteur de ces taches. Abusant sans scrupule de leur situation pour contenter leurs désirs et leurs caprices personnels, ils en viennent à dépendre entièrement de serviteurs indignes et de favoris incapables.
27. Selon l'orthe juridicjue, le pouvoir de chef s'obtient par une décision volontaire de la communauté, soit qu'entre plusieurs égaux l'un soit promu par choix, soit qu'un droit héréditaire déjà existant soit reconnu et confirmé par prestation de serment, l^n fait, par contre, ce pouvoir naît aussi souvent d'un acte de violence, d'une usurpation, d'un meurtre, d'un asservissenuMit de l'Etat par un homme puissant, qui a groupé autour de lui ses partisans. Mais toujours le fait ac([uis se transforme en un état de droit, qui exige, comme la propriété, une reconnaissance durable, et qui, comme celle-ci, s'hérite. Par là, en même temps que le chef, le groupement consanguin à la tête duquel il est placé se trouve élevé au-dessus de la masse des autres : en lui vit un droit spécial, qui l'appelle, et l'appelle seul, à la direction du
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ÉLÉMENTS t)E L'ORGANISATION POLITIQUE — | 28
oroiipement politique ; ce droit sliicarne sans doute pour uu lem|)s dans \e ehef ou loi actuel, mais tous les membres de sa famille y oui part. La transmission liéréditaii-e de la dignité souveraim^ subit rinduence des besoins généraux sur lesquels celle-ei repose ; cesl pour([Uoi le droit (Théiitage avant cours pour la maison régnante dilîère souvent de celui qui a cours pour les autres membres de la tribu. Il |)eut se l'aire — et tel est, sans doutes le plus souvent, le cas primitif — c|ue le droit de la famille occupe tout à fait le premier plan, si bien que, lors([ue le chef est mort, le plus capable (Tentre ses parents ayant un droit (rhéritage devient son successeur : ceux qui lui tiennent de |)lus près quant au droit d'héritage, s'ils sont moins capables ou mineurs, sont laissés de côté. Mais il se peut aussi cjue le droit concentré dans la peisonne du souveiain domine à tel point, que nièim^ un enfant, d'un rang déterminé dans l'ordre des naissances, ou bien une femme, soient reconnus commi* exclusi\ cment appelés à la succession; — ce dernier cas, non seulement dans des régimes de droit maternel, mais là mém<^ où existe la famille sévèrement patriarcale, voire où la fille est, par ailleurs, défavorablement traitée ou même exclue» par le droit successoral, comme par exemple en Angleleri-e. Si néfastes i\uc puissent devenir l'état de chos(»s ainsi créé et les troubles qui en résultent, le principe dudit état de choses, c'està-dire le droit à la propriété de la souveraineté, droit reconnu, incorporé à la i)ersonne, est indispensable à la sécurité et à la persistance de cette souveraineté : par là seulement le membre individuel de la maison régnante acquiert l'autorité et la force (jue réclame sa fonction.
28. Entre ces deux extrêmes, despotisme absolu et constitution libre pleinement déveloj)pée, sans aucune prérogative s'attachant à une personnalité individuelle ou à des familles privilégiées, s'intercalent un grand nombre de degrés et de formes intermédiaires. Dans chacune de ces formes, le pouvoir de l'État peut atteindre à une intensité monstrueuse,
au point d'absorber presque tout le reste, ou au contraire, être si faible, que \cM fonctions les plus importantes de l'Etat ne soient pas ou ne soient que très insuffisamment remplies. Les coni4titutions ne sont pas non plus nécessairement liées à un état déterminé de civilisation. Car d'une part, en Orient, par exemple, et chez les Indiens d'Améri(jue, le développement d'une civilisation supérieure se trouve joint à une constitution despotique (offrant divers degrés), tandis que, chez les nomades et demi -nomades sémites (mais aussi, en Phénicie, dans une organisation urbaine), ainsi que chez les tribus indiennes nomades ou chez les peuples européens qui n'ont pas encore atteint une complète sédentarité, nous ne rencontrons qu'un j)ouvoir borné de chef joint à des institutions libres, ou encore une complète suprématie de ces dernières. Mais, d'autre part et inversement, un complet despotisme règne chez la plupart des tribus nègres ; et chez les Mongols, les Scythes iraniens, etc., le pouvoir royal est très fortement développé. Les Grecs et les tribus italiotes, en engendrant une civilisation plus haute, ont renversé le pouvoir roval ; les peuples chrétiens-germani({ues l'ont, au contraire, renforcé. Seule la formation de grands royaumes conquérants semble, à moins (ju'une très haute civilisation ne soit atteinte, exiger d'une façon nécessaire la monarchie absolue. — Le passage de l'une à l'autre des formes d'Etat n'est pas rare; il s'accomplit souvent, sous l'action d'influences extérieures déterminées, d'une façon tout à fait soudaine, au cours d'une seule génération. Mais en général, chaque forme d'Etat, là où elle existe, passe pour fondée sur l'évidence et immuable, comme toute coutume et toute conception régnante. C'est ce qu'on observe de la façon la plus surprenante dans les Etats rigidement despotiques. Là, les vices de la forme politique existante recommencent sans cesse à se manifester très énergiquement, et l'histoire de ces États s'écoule dans une suite ininterrompue de soulè-
l'Évolution politique et sociale
vements, de meurtres et crnsiirpations ; la constitution de tous les États de ce genre est, en fait, suivant la boutade lancée après le meurtre de l'empereur Paul de Russie, « le despotisme tempéré par l'assassinat ». Mais c'est à peine si jamais l'idée se fait jour de créer un meilleur état de choses par un changement de forme politique. La nécessité de l'existence de l'État vit dans la conscience d'un chacun, chez les peuples cultivés aussi bien (lue chez les plus barbares; par suite, il ne peut être, pense-t-on, que tel qu'il fut juscprà présent. Ainsi voyons-nous que les hommes môme qui ont renversé ou assassiné un souverain incapable ou brutal, en élèvent au trône un autre à peine meilleur, et se soumettent à lui sans résistance, parce qu'ils se courl)ent devant la toute-puissance de l'idée d'Etat.
Sïades. de la me économique et du développement
de la civilisation.
29. Les plus anciens hommes ont pu vivre principalement en peuples chasseurs (et pêcheurs) : les animaux dont ils font leur butin leur donnent la nourriture et le vêtement ; viennent s'y ajouter les fruits des arbres et des buissons. Chez beaucoup de tribus s'est constituée en outre, comme on sait, l'anthropophagie, la chasse aux hommes, suivie de la consommation de la chair des victimes. Le premier grand pas vers la civilisation fut l'élevage des animaux domestiques : d'abord celui du petit bélail(chèvres, moutons, et aussi porcs), plus tard, chez mainte tribu, celui des chameaux, (h^s chevaux, etc. Il procure à l'homme une activité durable et en môine temps pacifique; il le force, en outre, à entrer plus étroitement en rapport avec le sol. Un peuple chasseur peut exister partout où il y a du gibier ; un peuple pasteur, sans doute, n'est pas lié non plus à une résidence fixe, mais il
doit rechercher les endroits qui fournissent une pâture aux troupeaux, et tâcher de les maintenir en sa possession. Là même où le sol n'ofï're qu'une pâture temporaire, comme dans le désert, les tribus nomades sont malgré tout restreintes à des domaines déterminés, entre lesquels elles vont et viennent avec leurs troupeaux; et souvent les éleveurs, lors même qu'ils n'habitent que dans des tentes ou de légères huttes, constituent déjà des établissements assez fermes, à forme de village. Mais une complète transformation des conditions de vie survient aux lieux où se pratique l'élevage du bœuf, et où s'est développée conjointement la culture des céréales, l'agriculture. Car le bœuf demande de tout autres soins que le petit bétail et dépend à un bien plus haut degré de conditions telluriques déterminées; et bien que les pâturages puissent changer, et, par exemple en pays de montairne, se trouver à de o^randes distances les uns des autres, un état régulièrement migratoire et nomade de la tribu entière devient impossible. L'élevage du bœuf force l'homme à la sédentarité et, par suite, au développement d'une civilisation plus haute. Quels immenses bienfaits l'homme lui doit, comment il sert de base à tout son régime de vie, à toute sa civilisation, et, par suite, à la supériorité acquise sur d'autres tribus, où régnent des formes de vie plus basses, c'est ce dont tous les peuples parvenus à ce stade ont parfaitement conscience, comme le prouve leur religion, le culte du taureau et de la vache. C'est bien plus lentement que l'agriculture acquiert une importance dominante ; elle consomme la rupture avec la manière de vivre antérieure et attache complètement l'homme à la glèbe; elle lui apparaît souvent, par suite, comme indigne et humiliante. Et pourtant, une fois que les céréales et le pain ont pénétré quelque part, il n'est plus possible de s'en passer. C'est pourquoi la culture du sol est souvent laissée aux serviteurs et aux femmes, tandis que l'homme libre ne doit pas s'y livrer. Mais lorsque l'agriculture a complètement prévalu et est devenue l'occupation
L ÉVOLUTION POLITIQUE ET SOCIALE
Ul
essentielle d'une tribu, les conditions de vie de cette tribu, son régime politique et jinidi(jue se transforment de fond en comble ; des institutions toutes nouvelles remplacent les anciennes formes de vie, — (|uoi([ue bien des élémenls de la rigide tradition juridi(jue et coutumière puissent encore se maintenir durant de nombreuses générations, sous forme de prescriptions et d'usages devenus incompréhensibles et absurdes.
30. A laquelle de ces formes de vie, auquel de ces slades de civilisation parvient une tribu, c'est ce ({ui dépend, pour une part, des conditions extérieures (buis lesquelles elle vil, et surtout de la nature de Thabilat. Dans le désert, un peuple sédentaire d'agriculteurs est impossible, tandis qu'une fertile vallée pousse au développement de l'agriculture, et est souvent, en revanche, inhabitable poui* (h»s nomades. Mais à ces conditions extérieures s'ajoutent comme facteur décisif les dispositions naturelles de la Iribu. ((ui peuvent, sans doute, être leni'orcées ou contrecarrées par des influences extérieures, mais ([ui, dans leur racine, constituent quelque chose de donné en fait, et (jui ne comporte pas d'autre explication, au môme titre (jue les dispositions corporelles et intellectuelles de cha(|ue individu. Des diverses possibilités ([u'olîrent la nature, les caractères du sol, l'homme n'a jamais saisi (pie telle ou telle. Ne rappelons ici cpie les grandes vallées (rAinéri(|ue, (jui auraient pu devenir les centres d'un haut développement de civilisation, aussi bien que les vallées (ki Nil, de l'Euphrate et du tloangho, mais ([ue les Indiens ont laissées conqilètement inutilisées. Ajoutons (jue les Malais, malgré les conditions offertes par leur monde insulaire, et nialgi*e le haut développement de la navigation, ne sont pas parvenus à une civilisation élevée, indépendante, — pour ne pas parler des (Caraïbes des Indes occidentales. Inversement, les tribus séniiti(|ues, dans l'Arabie isolée, en grande partie complètement aride, voire, sur de larges étendues, couverte de sables déserti(|ues, ont
exploité tous les moyens (prolîrait la nature, ainsi (pie le contact d'autres jieuples d'une civilisation avamV'e. Elles ont, partout où cela se pouvait, dciveloppé l'agriculture et la vie organisée, le commerce et le régime urbain, et joué dans l'histoire de l'humanité un rôle comme en jouèrent peu d'autres peuples : et cela non pas seulement à titre d'agents moteurs oubien en tant (|ue destructeurs de civilisation, comme les tribus de la steppe mongole, mais bien en tant que porteurs d'une civilisation nouvelle, (pii, sans doute, dépend, sous bien des rapports, de civilisations plus anciennes, mais n'en porte pas moins absolument l'empreinte de leur génie et de leur individualité propre. Ici comme partout, il apparaît clairement que la nature et la géographie ne forment que le substrat de la vie historique, qu'elles n'oiîrent que des possibilités de développement, non des nécessités. L'histoire n'est en aucune faç-on dessinée d^nance dans la nature d un pays, si indéniable soit-il (jue cette nature constitue l'une des condilions nécessairement données de l'histoire ; ce qu'il y a de dc^cisif, partout, dans la vie humaine, ce sont les facteurs spirituels et individuels, qui utilisent ou négligent le substrat donné, au gre des dispositions et des volontés. Par là seulement, la possibilité oiTerte par la nature devient réalité historique.
31. Parmi les nouveaux éléments qui entrent en jeu dans la vie de la tribu lorsqu'apparaissent l'agriculture et la sédentarité,le plus important est la constitution de la propriété foncière. Le sol commence souvent [)ar être la propriété d'une (Mdlectivilé, gioiipenuMit consanguin ou bien communauté de caillou on (h' village, el celle-ci le répari il périodiquement, pour la culture et la jouissance, entre ses membres pleinement qualifiés. Mais généralement, soit dès le début, soit après une courte période, se forme une propriété privée du «lot», qui est concédé à l'individu, et doit servir à l'entretien de la famille dont il est l'actuel représentant, —ou bien dont l'individu, s'il s'agit d'un lerrain jus(pi'alors sans mai-
L EVOLUTION POLITIQUE ET SOCIALE
tre, prond lui-même [)ossession. Pai* là, en même temps (jiie les hommes s'attachent au sol, leurs résidences deviennent fixes; il se constilue (U»s établissements clos, des communautés de canton et de village, des villes. Le groupement tril)al, le groupe humain que maintient un lien ich'al, se transforme en une agglomération d'hommes qui habitent ensemble ; et quoique l'ancien régime de droit personnel continue longtemps encore à agir, — ce n'est (jue dans des l^tats (Tu ne évolulion très avancée que s'applique le principe purement territorial, suivani l(H(uel tout habitant du donuune de l'J^tat est considéré comme en étant membre cl comme soumis au droit de l'Etat, — l'élément local u'en passe pas moins tout de suile au premier plan. Les membres du groupement I ri bal coulinucMit sans doule à se désignei* d'après le nom de la tribu, mais eu v aioulant iVudioil où ils demeurent; ils ont un |)ays natal fixe, auquel ils sont attachés d'un lien plus indissoluble encoi'C qu'à la Iribu.Très souvent les noms du pays ou (h* Tendioit (h)iment naissance à de nouveaux noms de tribu vl d'LlaL La manière de vivre et les besoins se transforment de foud en comble, et cette transformation réagit sur Torganisation |)oliti((ue et militaire. La communauté des nfuerriers libres de la tribu devient une coinmu liante de paysans ou de grands piopriétaires fonciers. L'assemblée tribale ne j)eut (jue rarement se réunir; un territoire étendu ne peut ([lie difficilement conserver son unité, et seulement à la condition (|ue soient créées des institutions politiques tout à fait nouvelles; en revanche, partout se forment des opj)()sitions locales et des intc'réts divergents, (|ui sont plus forts (jue le lien comnniii. C'est ainsi ((ue la stulentarité mène d'abord, gén('M'alement, à un relâchement, et, très souvent, à la rupture complète de Tancien groupement politique (la tribuV, les subdivisions antérieures de celui-ci, groupes familiaux [Geschlechisverbânde), clans, cantons, villes, deviennent des Etats indépendants; le groupement fiibal. s'il ne dispiiiarl pas aI)so]iin>enl, de-
vient une fédération lâche et sans force, qui souvent ne survit <|u'en des fêtes religieuses, des marchés annuels, elc, et dans riiniformilé de langue et de coutume. On a déjà fait observer plus haul (S 6) qu'il est souvent difficile, voire lout à fait impossible, d'indiquer quel groupe, dans ce stade, doit proprement être regardé comme l'Etat, si c'est le groupement le plus étemhi ou le plus petit, le pays ou la communauté particulière. Car, en même temps, les organes de l'Elal, pour autant (pi'ils existent encore, perdent eu i)uissance et en imi)ortance. Ees conditions et les oppositions locales léloignement dans l'espace, obstacle alors bien plus grave ,|u'il ne l'est quand la vie tribale n'est pas encore devenue sédentaire et n'est pas liée au sol. les incessantes exigences économiques propres à chacpie région, empêchent l'inteivention efficace de ces organes et détruisent le sens colleclif. le senlimenl de l'unité commune. Par suite, les groupements inférieurs, (jul se retrouvent en chacun des établissements parliculiers. groupes consanguins, familles {Ge^chlechler). phratries, subdivisions politiques et militaires {c\an^. phiflai. tribus [Tribus (1)], etc.), acquièrent un surcroît dimporlaiice : dans un cercle plus étroit, une action d'ensemble est plus facilement possible, et la protection dont les droits de i'in.lividu ont besoin a plus de chances d'être efficace. En outre, la civilisation transformée et accrue fournit les movens de s'abriter des périls par des fortifications, des châteaux forts, des remparts. Qu'apparaisse effectivement un ennemi puissant, le pays est souvent laissé presque sans défense et devient aisément sa proie.
L'hypothèse, défendue par G. Hansen, et qui fut longtemps généralement adoptée, suivant la.iuelle la propri.'-té privée du sol aurait partout été à l'origine, précédée d'une propriété collective, avec partage périodique, comme celle que C'-sar et Tacite décrivent chez les Germains, a
(1) Ne pas confondre avec Slamm, que nous sommes forcé de rendre égaleinenl par le mol Irihu. iSole du traducteur.)
L ÉVOLUTION POLITIQUE ET SOCIALE
STADES DE LA VIE ÉCOxNOMIQUE — ^ 32
été récemment très fortement conibattne; en lontcas, le m/r russe, qui passe pour le type de cette propriété collt;ctive, n'a pris naissance qu'au xvii" siècle. En fait d'exemples provenant de l'antiquité, je ne connais, en dehors des Germains, que les Dalmates (l'oiov Toiv AaAtj.ateVov t6 otà ox-raerriptoo; /^wpa; àvaoaaaôv -otôtaOat, Strahon, VII, 5, 5) et les ('eltes Vaccéens en Espagne (ouiot xaO' ÉV-aarov ïxo; otatpojfjLEvot Tf,y yoSpavyctucyouii, xal TOj; AOLpr.olti xoivotto'.ojjisvoi ajTao'.ôoaiiv i/.i'jro» lô (Aspo;, xai ToTç voatt^aa^^ot; Tt ystopYoT; Oavatov xô -poaTi[i.ov TEOeî/aat, Diod., V, 34, 3); pourtant certains vestiges, chez les Grecs et les Israélites, remontent peut-être à un semblable état de choses, pleinement disparu, en tout cas, à l'époque historique: notamment la désignation du bien héréditaire comme « lot », et les données relatives à la propriété foncière concédée à cha({ue Spartiate. — Chez les Ibères, dans le passage de Strahon cité g 3-2, la situation diffère en ceci, que la famille, gouvernée par le plus âgé, forme une complète unité économique. A un tout autre ordre d'idées appartient le fait que, chez les Grecs et ailleurs, le bien héréditaire passe pour proi)riété de la famille, c'est-à-dire de renchaînement des générations, et souvent, par suite, ne doit pas être aliéné par le détenteur tcmi)oraire.
,'»2. La propriélc l'onciére liércdilairo renforc(3 l'incgalil*'» sociale et favorise» la eojisdhitioii (ruii Klal de castes, ayant à sa tête nue ii()])less(» piiissiuite, taïuiis (jue non seulement le non-possédant, mais aussi le petit paysan, (jni nepeuveiil, par leurs propres forces, se (féfendre contre les entreprises des puissants, contractent à leur égard une situation de protégés, et deviennent cliiMits, voire assez souvent serfs. En outre, les nouveaux besoins vitaux engendrent de nouv(dles professions; la division du travail commence. r)('\jà, dans la vie tribale la plus |)rimitive, il y a des geus (|ui possèdent l/art, fermé à tous les autres, (renlr(»i*eu ridation immi'îdiate avec le moiuie des (»sprits et de le faire servir à riiomme, ou iU\ s'informer de la voloute des dieux: magiciens, voyants, devins (Jj 48). Ils forment par suite uiu* classe spéciale, qui met ses capacités au service de la collectivité comme à celui de rindividu, et acquiert par là subsistance, influence et pouvoir. I^e développcMnent de la religion et du rituel mène de plus, la ])lu[)art du temps, à la formation
d'une classe de prêtres (§ 64). A mesure que se développent la technique et les besoins, à ces professions viennent s'en joindre d'autres : gens sans propriété personnelle, qui emploient contre indemnité, au service des possédants de la tribu, l'art (lu'ils ont appris, et leur vendent les marchandises (|u'ils ont fabriquées, artisans (surtout forgerons), médecins, danseurs et boulîons ; en outre, marchands, qui débitent des marchandises étrangères. Ces professions s\accroissent maintenant en étendue et en importance ; il s\yen ajoute d'autres, comme celles de navigateur et de commer- (.ant, qui dès lors veulent à leur tour entrer en ligne de compte dans la vie politique. De plus, (|uand le développement de la civilisation mène à Tinvention de lécriture, il se forme une classe professionnelle de scribes, qui devient indispensable au souverain et à ses organes, ainsi qu\aux grands propriétaires, pour les taches de l'administration et de la justice, et qui, sous la suprême surveillance des plus hauts fonctionnaires, constitue la classe de fonctionnaires chargée de diriger les affaires courantes : c/est ce cjui arrive en Égvpte, en Babylonie, et, plus tard, dans tous les Elats civilisés cïe l'Orient. Le recrutement de cette classe, l'instruction des jeunes gens dans Tart difficile de l'écriture (et du calcul), sont partout étroitement rattachés au clergé et aux temples. - Souvent un long temps s'écoule, avant que sorte de cet état de choses un nouveau régime politique, constitué, cette fois d'une façon bien plus riche et plus puissante que le vieil État tribal, et auquel, par suite, on réserve souvent le nom d'État, au sens étroit. Le cas où le stade de transition est le plus vite dépassé, c'est celui où une forte royauté manilient en un faisceau uniciue un ensemble étendu de gens dr même tribu, contraint les tendances locales et centrifuges à se soumettre à sa volonté et à un nouvel et durable régime d'État. Des exemples vivants d'une complète décomposition, du sein de laquelle les plus petits groupes locaux ne donnent (lue très graduellement naissance à un Etat moderne.
l'Évolution politique et sociale
fortemonl charpenté, nous sont offerts par les Israélites, les Grecs, les populations italiotes, et aussi, — quoiqu'il s'v mêle d'autres éléments, survivances de la civilisation antique, — par l'évolution des peuples chréliens-germaniques du monde moderne. Mais très souvent l'évolution se fige à un stade déterminé, que prolonge de façon durable le régime polilicjue et juridique. Comme exemple d'un tel élat de choses, citons la ch^scriplion que Sirabon ï^XÎ, 3,8) nous a conservée des Ibères (Géorgiens) du Caucase : « Les habitants du pays se divisent en quatre catégories (y^^, c'est-à-dire ici classes héréditaires, castes). La première est celle où ils choisissent les rois, et cela d'après la parenté et l'Age, en prenant le plus âgé; celui (jui suit immédialement rend la justice et conduit Tannée. La deuxième est formée par les prêtres, qui veillent égalem(Mit aux lelations juridiques avec les peuples voisins. La tioisième, ce sont h»s guerriers et les agi'iculteurs ; la ((iiatrième, ce sont les clients (Xaoi), les serviteurs royaux (ils sont dojic propriélé de l'État lout entier, non de l'individu), qui s'acquittent de tous les services nécessaires à la vie. Mais la propriété est commune par familles, dans chacune desquelles le plus âgé exerce la souveraineté et gère la fortune. »
Rapports entre les tribus. Commerce^ hospitalité, habitants étrangers.
33. Entre les grou|)es humains particuliers ont lieu des ra[)ports incessants d'espèces très diverses, tau lot hostiles, tantôt amicaux ; ils mènent tous à de perpétuels mélanges. L'importance des guerres, de la conquête et de l'asservissement de tribus étrangères, de la réaction qui s'ensuit sur la tribu conquérante, n'appelle qu'une brève allusion. Il faut y ajouter le i*apt d'esclaves, et suiiout le rapt de femmes,
RAPPORTS entre les TRIBUS — | 34
qui, chez, beaucoup de tribus, est organisé dune faç^a tout à fait systématique. Inversement ont souvent lieu des relations anùcales durables, qui rendent possible une corn- .uunauté matrimoniale. Continuellement, des '-'■;- us isolés sont chassés de leurs tribus, surtout^ par 1 ertet de la vengeance du sang, et cherchent auprès d'une tnbu étrangère accès et protection, ce quon leur refuse rarement , :t asse. souvent, des gvonpes entiers (clans s agrègent a une tribu étrangère, tantôt à la suite de conlhts pohtiques, " Uôt parce ,,ue le territoire natal devient trop étroit pour eux A cela s'aioule l'échange de marchandises entre les "bus : des marchands vont de l'une à l'autre, pour faire a -étranger un gain plus important qu'il ne --a i^^ . chez, eux. Nulle tribu, pour peu, du moins, <,u e le -^ J^P^-^ l'état de choses le plus complètement primitit, ne tiouve al ses résidences tout ce dont elle a besoin ; plus la civ lisation s'accroît, plus devient fort le besoin de produits •dangers, et, par suite, ces marchands, avec leurs marchandises sont le plus souvent les très bienvenus.
aÎ'L'indiviL étranger à la tribu est, en lui-même, prive d/Î'roits; le régime juridique de la U-ibu ne vaut pas poml^i nul grouprment consanguin ne se lient derrière lui : . le difeile, et chacun peut, sans en être empedi détrousser, l'asservir, le tuer. Néanmoins, des que, pa. des ?o mes dé erminées, telles que la partic.palion au repas, l'a "d'entrer dans la tente ou de toucher le foyer, il a con- ."cté un lien avec un individu, il passe partout pour sacre Xio ble. Il est sous la protection de l'hospitabte, et son liùtè est obligé de le défendre comme un parent consanguin. Lrd:oit d'hospitalité forme l'i^dispensable^omp lemen du droit du sang et de la vengeance du sang. Nulle part n ap pu plus clairement qu'ici comment les besoins pratiques Se la société humaine, dès ses stades les plus primitifs, en. ndrent de. représentations idéales, que la morale et la ou me consacrant, et qui deviennent des postulats evi-
L ÉVOLUTION POLITIQUE ET SOCIALE
dents de la pensée et de Taction. Il n'y a pas de pouvoir tierrestre qui punisse la violation de l'hospitalité, à moins (jue la tribu étrangère, s'intéressant à l'un des siens, n'intervienne en vengeresse. Mais le facteur idéal n'en agit que plus fortement : il se présente sous la forme d'une o])ligation religieuse»; le droit d'hospitalité se trouve sous la protection des puissances supra-terrestres, sous la garde des dieux. Ici comme dans lous l(»s cas semblables, la l'cdigion n'est pas, (juoi qu'on ait souvent pensé, l'origine de la coutume, mais au cohtiaire le produit et l'expiession d'une insliluliou sociale, de la vie régléede la collectivité humaine. — L'hospitalité peut donner naissance à un i'a|)|)()rt dural)le de protection, à une clientèle : ainsi se constitue l'élément des habitants étrangers (métèques; chez les Sémites, r/ér),i\\i\ n'a[)partiennent pas à la communauté tribale, mais cjui s'y sont annexés suivant un ra|)port juridi(|ue réglé et moyennant la j)reslation de services déterminés. Des tribus entières peuvent de même entrer ainsi dans la clientèle d'une autre : (dles en auofmentent alors la |)uissance, lui doivent le service mililaii'e, lui payent (l(»s tributs, s'actpiiltent envers elle de corvées, etc., selon la coutume ou les dispositions d'un contiat conclu à ce sujet. Mais même les relations avec des lii])us indépendantes, on cherche à en faire des ia|)|)orts de droit. Sans doute on ne possède, vis-à-vis de la tribu étrangère, nul pouvoir de contrainte juridique : mais on n'en a j)as moins à son endroit des prétentions juridicjues, dont on exige la reconnaissance, et dont on punit la violation par la guerre. De là, chez beaucoup d'États, — sous une forme typique, par exemple, chez les lîomains, — le dévelo])pement d'une procédure juridique réglée vis-à-vis des communautés étrangères, |)récédant obligatoirement l'ouverture de la guerre. D'autres tribus, il est vrai, commencent la guerre selon leur bon plaisir, sans fondement juridique; elles considèrent les étrangers comme des ennemis dépourvus de droits. Mais la possibilité demeure toujours d'une négocia-