Deuxième) dynastie d'Uruk : 5 rois, 26 ans
La tablette se termine en indiquant l'arrivée d'une dynastie des Gûti, tribu guerrière du Zagros. Quelques-uns de ces rois étrangers nous sont connus; un roi d'Uruk mit fin à leur domination (§ 411 b), et la fondation du royaume de Sumer et d'Akkad par Urengur doit venir aussitôt après. 11 y a donc ici encore un vide sensible dans notre chronologie, mais d'après les matériaux connus on évaluera dilhcilement à plus d'un siècle l'intervalle qui sépare la lin de la dynastie d'Akkad et Urengur. Ainsi donc, en supposant que les dates de la liste Scheil sont sûres, on fixerait le royaume d'Akkad en 2775-2575 environ, et Lugalzaggisi en 2080.
LES SOURCES DE l'hISTOIRE DE BABYLONIE ET d'aSSYRIE
Les données de la nouvelle liste pour Tépoque antérieure n'ont par contre plus aucune valeur historique. Les monuments de cette époque connaissent, il est vrai, des rois de Kis et d'Opis, mais leurs noms ne se trouvent pas dans la liste, et l'assertion que la dynastie de Kis aurait été fondée par une cabaretière Azag-bau, avec un règne de 100 ans, est tout à fait légendaire. De f)lus les totaux partiels ne coïncident pas avec la somme générale. Les savants qui rédigèrent cette liste conservaient encore sans doute quelques données historiques particulières de cette époque, mais aucune tradition complète et encore moins des dates précises. Car la dynastie de Kis avec laquelle commence la tablette n'a pas été naturellement la pre- • mière qu'on citait, mais d'autres doivent l'avoir précédée en remontant jusqu'au déluge. Donc si la tradition nous était mieux conservée nous constaterions plus clairement encore la prédominance toujours plus forte de figures tout à fait légendaires. Il faut par conséquent pour l'histoire nous en tenir aux données authentiques des inscriptions et des monuments contemporains. Il s'ensuit que nous devons placer le roi Urnina vers 3000 en chiffre rond, soit 250 ans plus tôt que l'indiquait Tauteur dans la précédente édition. Le roi Mesilim de Kis, la plus ancienne figure que nous puissions saisir en quelque manière, sera plus ancien d'un siècle encore. Un certain nombre de monuments trouvés jusqu'à ce jour et quelques noms de souverains (§ 384), ainsi que les plus anciennes tablettes, remontent peut-être encore au delà de cette date. Ainsi les monuments de Babylonie les plus archaïques que nous connaissions touchent aux derniers siècles du 4® millénaire, c'est-à-dire à l'époque où les Thinites régnaient en Egypte.
La nouvelle liste de rois : Scheil, Comptes rendus, Acad. Imcr.^ cet. 1911, p. 606 et suiv. et note additionnelle, Rev. Assyr., IX, p. 81 ; études de Hrozny, Die dltesten Dynast'ien Rabyloniensy WZKM, XXVI et Thureau-Dangin, Rev. Assyr., IX, p. 33 et suiv., 73 et suiv.; puis le mémoire de l'auteur : Zur àliesten Gesch. RabyL, 1912 {Rerichte Rerlin. Akad., p. 1062 et suiv.). — Noms des rois après le
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CHRONOLOGIE — § 329 a
déluge : Pinches, PSBA, III, p. 37 et suiv., VR 44; Delitzsch, Die Sprache der Kossâer, p. 19 et suiv. — Hilprecht, RE, XX, 1, p. 40 compte que la liste des dynasties d'Ur qu'il publie (moitié supérieure de la col. IV) devait contenir encore 135 noms environ. Il est difficile de dire naturellement combien de ces rois sont de pures figures mythiques. — Nabû-na'id sur Naràm-sin : KR, III, 2, p. 104 = Langdon, Neubabyl. Koenigsinchr.,^. 226; dans les textes parallèles (id., 107. 111. 115 = Langdon, ibidem, p. 230. 246. 264), il le désigne uniquement comme un roi des temps primitifs. — Dans la précédente édition l'auteur fixait Sar-ukîn vers 2500, Lugalzaggisi vers 2575-2550, Urnina vers 2750. Il faut maintenant élever ces dates de 270 en nombre rond, d'après l'évaluation de Kugler pour la l*"^ dynastie et l'accroissement de 200 à 300 ans pour l'intervalle entre
Sar-ukîn et Urengur; par contre l'espace qui sépare Lugalzaggisi de Sar-ukîn, et par suite Urnina et Sar-ukîn, doit être diminué de 50 ans environ.
LES SEMITES
Bases géographiques. Peuples du Nord et Sémites,
330. Les grandes chaînes de montagnes, comprises par les anciens sous le nom de Taurus, qui bordent au Sud le haut plateau d'Asie Mineure et d'Arménie et, déviant vers le Sud- Est, forment dans les terrasses du mont Zagros jusqu'au Golfe Persique le bord oriental du plateau iranien, sont géographiquement et historiquement la ligne de séparation des peuples de l'Asie Antérieure. Au Nord, dans les montagnes et les hautes régions de l'Asie Mineure et de l'Arménie, jusqu'au Caucase et à la mer Caspienne, habitent de nombreuses tribus qui, à ce qu'il semble, ne sont qu'en partie apparentées les unes aux autres ; dans la région du Caucase se trouvent notamment aujourd'hui encore, à part les Arméniens, les Turcs et les Russes, une douzaine environ des peuples totalement différents se côtoyant sur un espace très restreint. La môme observation vaut pour les peuples que nous rencontrons à l'époque archaïque dans le Zagros et ses régions avancées. En Asie Mineure et en Arménie une couche de la population domine tout particulièrement; elle se caractérise par un crâne court, hyperbrachycéphale, avec un occiput aplati, un front fuyant et un nez proéminent. Elle paraît avoir été répandue à rorigine vers le Sud bien au delà de la chaîne du Taurus, en Syrie
BASES GÉOGRAPHIQUES. PEUPLES DU NORD ET SÉMITES — î< 330 49
et en Mésopotamie (§ 395). Au cours de l'histoire, les pays montagneux furent submergés par des peuples étrangers, venus soit du Nord et de l'Est, soit de l'Ouest (§ 472 et suiv.). Enfin, des peuplades indo-européennes prédominèrent partout jusqu'à ce que, dès le xi« siècle après J.-C, les tribus turques envahissant en masse le pays prirent leur place sur une vaste étendue.
Au Sud, entouré par les chaînes de montagnes qui décrivent un grand arc, l'immense territoire que forme la grande steppe et le désert d'Arabie, avec les terres cultivées qui en forment la partie antérieure en Syrie et le long du Tigre et de l'Euphrate, constitue par contre le domaine des tribus sémitiques. Sans doute la frontière n'a jamais été absolue ni ethnographiquement ni politiquement. Bien au contraire, les peuplades du Nord et de l'Est ont toujours tenté à nouveau de pénétrer dans la plaine arrosée par le Tigre et l'Euphrate et elles se sont aussi établies solidement et à diverses reprises en Syrie, tandis qu'à l'inverse les Sémites cherchaient régulièrement à s'étendre au delà du désert et du pays cultivé pour pénétrer plus loin dans les montagnes du Nord. Ainsi une couche fraîche de tribus sémitiques remplace toujours à nouveau la précédente. C'est de cette manière que nous apparaît ethnographiquement l'histoire des peuples de l'Asie Antérieure jusqu'à l'époque perse; c'est une lutte ininterrompue et confuse entre les tribus montagnardes du Nord et de l'Est et les Sémites du désert, et plus encore des tribus sémitiques éparses, pour la possession du pays cultivé qui se trouve au milieu d'elles. La contrée acquiert alors son unité historique par la forme politique et la civilisation des États nés de ces luttes.
V. Luschan a fixé le type anthropologique de la race hyperbrachycéphale de l'Asie Mineure et d'Arménie, conservé le plus nettement chez les Tahtadjis de Lycie : die Jachfadsriiy u. andcn; Ueherreste d. altcn BevOlkevung Lykiens, dans Petersen et v. Luschan, llehen in Lyklen, 1889 = Arch'w /". Anthvop., XIX, 1890. Ce type apparaît nettement dans les représentations des Hittites sur les
LES SEMITES