‹ Histoire de l'antiquité [microform]Chapitre 142 sur 172 · BASES GÉOGRAPUIQUES. PEUPLES DU NORD ET SÉMITES · texte numérisé non relu

BASES GÉOGRAPUIQUES. PEUPLES DU NORD ET SÉMITES

bref parcours. Sans doute les eaux des pluies d'orages se réunissent souvent en grandes masses d'eau, qui coulent alors en un large lit profondément creusé souvent jusqu'à TEuphrate ou au loin à la mer. Mais elles ne peuvent fertiliser le pays; au contraire, le flot s'écoule en quelques heures et seules quelques llaques restent dans le wàdi. Au printemps et après les chutes de pluie, le sol desséché se couvre bientôt ici et là, suivant la saison, sur de vastes étendues d'herbe et de buissons qui permettent aux tribus nomades errantes de subsister avec leurs moutons et leurs chameaux. Les sources, qu'on protège soigneusement comme un bien de grande valeur et qui sont l'objet de sérieuses contestations entre les tribus, sortent des roches en plusieurs endroits. Il s'y ajoute des puits creusés et des citernes pour recevoir l'eau de pluie. Ces points d'eau permettaient aux nomades et à leurs troupeaux d'alHonter les temps de sécheresse. Mais la vie sédentaire, avec une organisation politique plus stable et des dispositions à une civilisation plus élevée, n'est possible qu'aux endroits où des sources abondantes arrosent une plus grande vallée ou une petite plaine, et créent une fertilité durable. On trouve aussi de tels endroits au Hidjàz, dans le désert syro-mésopotamien et dans la péninsule du Sinaï, partout dispersés en oasis, mais beaucoup moins nombreux et moins importants qu'au Nedjd et au Yemen, par exemple à llatra et Singara en Mésopotamie, Palinyre, l'oasis Ruhbe à l'Est de Damas, le Djôf, Dîima, Taimà, I.ligr et el-^Ola dans le désert de Syrie et de l'Arabie du Nord, les localités des monts d'Edom, Qadès, Wadi Fîràn et d'autres au sud de la Palestine et dans la péninsule du Sinaï.

332. Le caractère géographique général de ces territoires n'a pas changé au cours des cinq milliers d'années de la vie historique que nous pouvons embrasser du regard; seule la limite entre le désert et le pays cultivé varie par suite de l'empiétement des hommes sous les conditions historiques données. Dans l'antiquité, et en particulier à l'apogée du développement matériel

de la civilisation en Syrie et en Palestine sous la domination romaine, d'immenses territoires furent arrachés au désert avec une énergie admirable, grâce à des installations artificielles d'irrigation et la répression des nomades ; tandis qu'aujourd'hui, au contraire, ici comme en Babylonie, le désert a conquis d'immenses terrains autrefois cultivés; ce n'est que depuis une dizaine d'années qu'on a résisté de nouveau avec succès à cet envahissement. Il est possible aussi que, comme en Libye (§ 105-168), la végétation et par suite les conditions d'existence dans le désert syrien pour un plus grand nombre d'éleveurs de bétail ont été autrefois un peu plus favorables qu'aujourd'hui, ainsi notamment dans le u pays de l'Est » (Qedem, § 358 note), à l'Est de Damas et du Ilauràn. Les expéditions militaires des rois assyriens dans ces parages, contre les Kidri et les tribus alliées, le prouvent, car actuellement les anciens lieux occupés par ces tribus sont tout à fait déserts. Assurément il faut se défendre d'une estimation trop forte, car les descriptions assyriennes notent le caractère désertique, l'accès difficile et le manque d'eau de ces régions. Les relations les plus anciennes, notamment les descriptions tout à fait authentiques de l'Ancien Testament, montrent que la péninsule du Sinaï et les territoires au Sud et à l'Est de la Palestine avaient le même aspect qu'aujourd'hui; donc ici dans la configuration particulière il n'y a pas eu la moindre transformation. La même remarque vaut pour le désert mésopolamien et le pays à l'Est du Tigre, entre Opis et le grand Zab à l'époque de Xénophon, pour l'intérieur de l'Arabie à l'époque d'Aelius Gallus. Ce fait n'a pas empêché d'ailleurs divers assyriologues fantaisistes de transformer la péninsule du Sinaï et le pays d'Edom en un territoire très peuplé, siège du puissant royaume de Muî?ri, qu'ils ont découvert, et de répandre aussi sur l'Arabie d'une main libérale de grands cours d'eau, qu'ils veulent retrouver dans l'Ancien Testament et les textes cunéiformes.

Les fantaisies en question sont surtout le fait de Winckler et de

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Hommel, qui mettent partout au premier plan l'Arabie dans la tradition archaïque qu'ils transposent dans ce sens; voir l'idée contraire dans Meyer, Israël, u. ihre Nachharstaemiaey 190G; le prétendu Musri en Arabie est en réalité partout TK^ypte. On trouve assez souvent cependant les mêmes vues chez des dilettantes qui ne manquent pas dans ce domaine. — Remarquons encore que la conception géographique exacte est fortement entravée par le terme malheureux iMésopotamie, sous lequel on a l'habitude de comprendre tout le territoire entouré par le Tigre et TEuphrale, quoiqu'il ne forme ni une unité géographique ni historique. La IlapaTroxaa'a z= Naharain (Osroène, j^ 405), ainsi que le territoire de collines verdoyantes jusqu'au Mabûr et à iNisibe (iMygdonia de l'époque macédonienne), appartient beaucoup^ plus encore à la Syrie, tandis que l'Assyrie, comme la Babylonic ou Sinéar, est une contrée à part. Il ne reste pour la Mésopotamie ([ue le désert du l.labAr à la frontière septentrionale de la Babylonie, (fui englobe encore les territoires à l'Est au delà du Tigre. — Le cours supérieur du Tigre appartient à l'Arménie.

333. Dans toutes les contrées de cette nature qu'on rencontre à la surface du globe, le désert de l'Afrique du Nord, l'Asie Centrale, la steppe et le désert aralo-caspien, le haut plateau de riran avec au centre son désert salé, ainsi que l'Arabie et le désert "syro-mésopotamien, la population se divise en tribus sédentaires, qui ont colonisé les oasis de culture, et en tribus nomades, les bédouins. Ces derniers considèrent aussi certains territoires délinis comme leur propriété (ju'ils défendent contre les autres; mais ils quittent plutôt leurs pâturages plusieurs fois dans l'année, suivant l'état du fourrage, et plusieurs d'entre eux traversent de vastes espaces en expéditions régulières. Ils ne peuvent avoir aucune propriété privée en biensfonds ; ils habitent des tentes et ne sont pas liés à la glèbe. Jl leur est donc facile de quitter tout à fait un ancien territoire contre un nouveau, souvent très éloigné, soit contraints par une sécheresse exceptionnelle de chercher d'autres lieux de pacage, soit que leur puissance interne et la croissance de la

jeune génération leur donne la possibilité de déposséder le voisin plus faible en lui enlevant un domaine productif, soit qu'un rameau se sépare de la tribu principale devenue trop nombreuse, ou qu'enfin ils soient au contraire supplantés par des ennemis plus forts ou aussi dispersés. Ils vivent en hostilité continuelle avec les tribus sédentaires, ce qui conduit souvent celles-ci à racheter leurs brigandages par un tribut ré^^ulier, laissant paître les troupeaux sur les champs moissonnés, en entrant avec les nomades dans une « relation de fraternité » (arabe hûiva) dépendante. Souvent aussi dans le désert « leur main est contre chacun », à moins que l'étranger ne devienne leur allié, ce qui le place pour un temps ou pour toujours sous la protection de l'organisation et de la paix tribales. Mais (juoique nomades ils organisent simultanément un commerce réglé à travers de vastes territoires; car justement dans le désert les bédouins peuvent beaucoup moins se j)asser que les tribus sédentaires d'un échange des denrées nécessaires à l'existence puisqu'ils manquent de produits naturels. Ce commerce rapporte de riches bénéfices, car en deçà des territoires désertiques se trouvent des pays de culture développés dont les produits sont dirigés à travers le désert. Ainsi ces mômes tribus qui apparaissent souvent comme des bandes de brigands, sauvages et peu scrupuleuses, sont en même temps de sûrs conducteurs de caravanes et valent comme « les plus justes des hommes » auxquels la vie comme la propriété de l'étranger est absolument sacrée dès qu'il est entré dans la protection de la tribu ou seulement môme d'un membre de la tribu. En Arabie l'encens surtout et les essences précieuses qui abondent aussi bien dans la région du Sud- Ouest que dans le pays de Punt des Egyptiens sur la côte africaine opposée, ont alors donné naissance dans cette contrée, le « pays à droite » (Yemen), à un commerce indépendant et à une civilisation plus développée.

Les « semi-nomades », dans les territoires frontières entre le désert et le ()ays cultivé, occupent une position intermé-

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