‹ Histoire de l'antiquité [microform]Chapitre 143 sur 172 · BASES GÉOGRAPHIQUES. PEUPLES DU NORD ET SÉMITES · texte numérisé non relu

BASES GÉOGRAPHIQUES. PEUPLES DU NORD ET SÉMITES

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diaire entre les tribus sédentaires et les bédouins : éleveurs de moutons, vivant encore il est vrai sous des tentes, mais pourtant déjà dans des villages permanents de tentes, annexés à des fruits, à des citernes ou à de petits cours d'eau. Ils sont pour cela fortement attachés déjà à un territoire déterminé et s'occupent parfois de travaux agricoles. Ainsi peut se développer chez eux une organisation politique plus solide; ils arrivent môme à créer avec le progrès de la culture des colonisations municipales. De telles circonstances se rencontrent surtout dans les territoires frontières de Palestine et de Syrie; elles ne sont pas rares cependant en Arabie, et ont donné lieu par leur répétition, sous l'intluence des conditions historiques données, à des formations politiques plus étendues, éphémères ou durables.

Ouvrages fondamentaux : A. Sprenger, die aile geof/r. Arabiens, 1875; C. K. Doughty, Travels ui Arabia Déserta, 2 vol. 1888; puis les voyages de C. Niebuhr, Palgrave, Wetzstein, etc., et surtout Wrede, lieise in Hadhramaut, 1870. Voir aussi B. Stade, das Kainzeichen, Z A T W, xiv et Meyer, hrael. u, ihre Nachbamtaemme^ surtout les pp. 301 et suiv.

334. Tout autour du désert syro-mésopotamien on trouve des bandes de terre cultivables relativement étroites. A l'Ouest, le long de la cote méditerranéenne s'élève le haut plateau syro-palestinien, aux chaînes de montagnes parallèles qui se séparent du Taurus ai\^ Nord avec la chaîne de l'Amanus. Le territoire ainsi formé, d'environ 100 lieues de longueur et d'une largeur moyenne de 15 à 20 lieues, comprend plusieurs rivières assez grandes ; il est pourvu d'eau en suffisance, sinon en abondance. Il pouvait donc devenir un pays cultivé et apparaître comme un paradis aux tribus du désert. De grandes plaines n'existent que sur la côte de Palestine, au pied oriental de l'Hermon et de l'Antiliban (territoire de Damas) et au Nord de l'Oronte inférieur (Amq.). La coupure profonde, que le lit du Jourdain et de la Mer Morte détermine dans le haut plateau palestinien en s'enfonçant bien au-dessous du niveau

de la mer, est trop chaude pour être encore cultivable. En revanche, les hautes montagnes étaient couvertes d'épaisses forêts d'arbres immenses, surtout des cèdres et des chênes, ainsi l'Amanus, le Liban, l'Hermon, le plateau de Basan à l'Est du Jourdain supérieur avec le mont llauràn qui s'avance dans le désert. Ce pays ne pouvait guère acquérir une parfaite unité intérieure par suite de sa trop grande longueur et des multiples ramifications de ses montagnes. La vie s'organisa d'autant plus active, dans des territoires petits et resserrés.

A la Syrie du Nord se lattache « le pays du bord du lleuve (c.-à-d. l'Euphrate) » Naharain, et plus loin la partie antérieure des monts d'Arménie, avec les cours d'eau descendant du mont Masios (assyr. Kasjar, aujourd'hui ïûr 'Abdîn, compté ordinairement avec le Taurus par les Grecs), le Balih et le Habiir et leurs atlluents, contrée qui peu à peu se transforme en steppe et désert mésopotamien. Puis, plus à l'Est, le territoire fertile du Tigre supérieur, traversé par de nombreuses chaînes de montagnes et des rivières, jusqu'à l'embouchure du grand Zab et au delà, auquel se relie le pays avancé que parcourent plusieurs gros torrents, des chaînes du Zagros jusqu'à l'Elam (la Susiane) au Sud. Mais toutes ces régions sont de beaucoup dépassées en importance par le pays bas, le long du cours inférieur du Tigre et de l'Euphrate. C'est seulement ici, en Sinéar ou Babylonie, que les deux fleuves peuvent déployer toute leur puissance, comme le Nil, après avoir laissé derrière lui le plateau de grès nubien, et deviennent dans les vastes terrains inondés les dispensateurs d'une fertilité extrême, qui

a créé ici aussi, mais un peu plus tard qu'en Egypte, une haute civilisation indépendante.

335. Nous avons déjà vu que le processus historique du développement de l'Asie Antérieure se présente comme une lutte incessante entre les tribus des montagnes du Nord et celles des pays désertiques du Sud pour la possession du pays cultivable qui les sépare. Si l'Arabie, et spécialement le désert de

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l'Arabie septentrionale et syrien, forme le point de départ de toutes les migrations de peuples qui avancèrent du Sud, le bas-fond babylonien forme géograpliiquement et historiquement le point central de tout le pays limité par le Taurus et le Zagros. De là la culture rayonne au dehors dans toutes les directions, et comme les souverains de Sinéar doivent tenter d'étendre leur puissance sur les pays qui Tenvironnent, à l'inverse tous les peuples qui pénètrent dans ces contrées, qu'ils soient originaires du Sud ou de lOuest ou de l'Est et du Nord, aspirent en première ligne à la possession de la Babylonie. D'où il suit que la civilisation de Sinéar, quelque parallèle qu'elle soit d'ailleurs à la civilisation égyptienne, se trouve pourtant dès l'origine dans une toute autre relation ethnographi(iue et historique. Il lui manque d'une part une base nationale distincte, l'unité intérieure et politique; de l'autre elle agit d'une façon beaucoup plus intensive sur de vastes territoires et des peuples étrangers, tandis que la civilisation égyptienne n'a pu exercer une inlluence immédiate et interrompue que sur l'étroite vallée nubienne du Nil et ne rayonne d'ailleurs qu'atténuée et avec une eiïet moindre sur la Syrie et au delà de la mer. Ainsi s'explique que la civilisation babylonienne n'a jamais atteint l'éducation interne complète et l'intensité continuelle de la civilisation égyptienne. En même temps on comprend que la première se trouve de tous temps dans un courant de vie historique et de réaction réciproque plus large que la seconde.

Les tribus sémitiques et leur organisation.

336. Nous comprenons sous le nom de Sémites, dérivé de la table des peuples de la Genèse, les tribus qui ont donné sa physionomie à la population qui demeure au Sud du Taurus* Elles

forment ethnographiquement une unité étroitement fermée. Les Sémites montrent dans leur caractère et leurs dispositions spirituelles un particularisme fortement marqué qui les sépare nettement de tous les autres peuples. Leurs langues sont étroitement apparentées. Elles ne constituent pas tant des rameaux indépendants de langues, comme les grands groupes des langues indo-européennes, que des dialectes d'un groupe unique de langues ou mieux encore ditférents degrés de dévelo[)pement de la langue sémitique, qui sont dans l'essentiel de la même substance, tant par leur construction grammaticale (jue par leur vocabulaire.

Physiquement aussi le type sémiticjue a son unité, qui apparaît déjà aussi accentué que maintenant dans les plus anciens monuments, bien qu'il ait varié chez les Sémites devenus sédentaires de Palestine, de Syrie et d'Assyrie par l'introduction d'éléments du Nord, asianiques- arméniens (cf. § 330 note). Le type le plus pur se rencontre en Arabie et là aussi la stabilité des consonnes et partiellement la construction grammaticale de la langue sémitique s'est conservée jusqu'à aujourd'hui le plus purement et le vocabulaire le plus parfaitement, bien que nous trouvions, ici aussi, autant de formations nouvelles que partout dans la vie des langues. Les langues des Sémites sédentaires montrent partout, en opposition à celle du nomade, une forte décadence consonnantique qui augmente toujours, et une perte du vocabulaire originel et de la construction grammaticale primitive, qui n'est en aucune manière compensée par les néologismes. Cette décomposition consonnantique ressort avec le plus de force précisément dans le dialecte sémitique le plus ancien historiquement, le babylonien (akkadien). L'hébreu qui apparaît beaucoup plus tard, correspondant au passage qui s'accomplit pour la première fois sous nos yeux de la population nomade à une vie complètement sédentaire, présente une stabilité plus pure de son, qui n'a trouvé qu'une expression imparfaite dans l'écriture, tandis (jue le phénicien et surtout l'araméen montrent de nouveau une usure beaucoup

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plus grande. Le même processus se répète chez ces tribus arabes devenues sédentaires dans les pays cultivés. L'opinion résultant de ces faits, que le désert arabe doit être considéré comme la patrie des Sémites, est entièrement confirmée par leur histoire. Toutes les particularités du génie sémitique, la manière de penser, la religion, les institutions politiques s'expliquent par les conditions d'existence d'un peuple du désert. Donc tous les Sémites sédentaires des pays cultivés doivent être considérés comme des campements de tribus du désert arabique à distinguer comme des couches successives. Cette poussée de nomades contre le pays cultivé s'accomplit sans interruption, souvent sur un espace de plusieurs siècles, qui se termine par des événements particuliers peu apparents, tel que la pénétration des Arabes, au sens strict du mot, à l'époque perse, hellénistique et romaine, tenus temporairement en échec, même refoulés par une organisation politique capable de résister, — ainsi de nos jours et au dernier siècle le recul des VVahhabites — , mais qui éclate souvent en de soudaines et grandes invasions, comme celle des Araméens et des Hébreux au xiv*^ siècle, et auparavant celle des Amôrrites, enfin celle des Arabes avec l'Islam.. Plus anciennement encore, à l'époque préhistorique, l'invasion des tribus hamitiques dans le Nord de l'Afrique peut avoir été [)rovoquée par la poussée des tribus sémitiques d'Asie qui étaient de la même famille (s^ 166). Toutefois l'égyptien archaïque montre déjà en face du sémitique une forte décomposition consonnantique et une transformation grammaticale. Ces faits cependant échappent, jusqu'à maintenant du moins, à la connaissance historique ; on peut aussi poser la question sans y répondre : les ancêtres des Sémites à une époque encore plus ancienne sont-ils venus d'autres territoires que le désert et sont-ils apparentés linguistiquement et physiquement à d'autres tribus de la race caucasique?

A. Sprenger a le premier exprimé de façon décisive que l'Arabie est la patrie des Sémites, en parlant de la théorie sur la formation

et le développement historique des États, qu'lbn Khaldôn (§ 43) a dégagée de l'iiistoire des peuples islamiques : Sprenger, Leben n, Lehre Mohammed^ 1, 241 et suiv. ; die aile Geogr. Aràbiens, 1875; de même Kb. Schrader, ZDMG., XXVII ; de Goeje, Hel Vaterland der semil. Volken, 18S'2 et d'autres. Aujourd'hui, cette conception est reconnue presque généralement, bien que Guidi, .4/// délia IL Acad. dei Lincei, 1873, suivi par Jacob, Allarab. Bedu'menleben, p. 28, pense au territoire de FKuphrate et Noeldeke, die semit. Spracheu, 1887, au Nord de TAfrique. Hommel a abandonné maintenant (Grundriss d, Geogr. u. Gesch. d. ail. Or., 2*= éd., p. 80) ses idées antérieures, iXamnn d. Sàugetiere bel d. SùdsemUen, 1879. Winckler a surtout rigoureusement accentué la séparation des divers campements sémitiques; il a le premier justement reconnu, en s appuyant sur les données des lettres d'El-Amarna que les Araméens n'ont pénétré dans les pays cultivés que depuis le milieu du 2* millénaire ; cf. aussi Meyer, Israël, u ihre Nachbarstaemme, p. 235 et suiv. Les essais naïfs de retrouver dans la Genèse des éclaircissements sur ces questions n'ont plus besoin aujourd'hui d'être réfutés. L'opinion que TArménie ou même les pays du Caucase seraient la patrie primitive des Sémites n'a pas l'ombre de fondement (cette hypothèse fait tort au beau livre de Hehn, Kiilturpffanzen u. Hausliere in ihrem Uebergang nus A sien nnch Griechenland und Italien). Les questions ultérieures, quand les ancêtres des Sémites sont-ils venus en Arabie, et la parenté éventuelle entre les Indoeuropéens et les peuples hamitiques-sémitiques, ou en d'autres termes la question de Thabilat primitif et de l'extension de la race humaine, sont en dehors des cadres de la connaissance historique et ne concernent en aucune manière V historien. On méconnaît en outre que la question de l'habitat primitif des Sémites est en réalité de tout autre nature : il ne s'agit pas de la question, sans importance pour l'histoire, de savoir si des Sémites ont habité l'Arabie environ en l'an 5000, mais de la suivante : comment les Sémites sont-ils venus en Syrie et dans les pays de l'Kuphrate ; et cela est un événement historique qui s'accomplit en grande j)artie pendant une période que l'on peut connaître historiquement et que nous devons donc aussi saisir historiquement.

La permanence des consonnes dans le sémitique se présente comme on sait le plus parfaitement chez les Sabéens. L'arabe

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écrit a déjà perdu un des nombreux sons « s » et en éthiopien la marche rétrograde ultérieure du consonnantisme s'achève sous nos yeux. La fixation des trihus sud-arabes en Afrique, sur le haut plateau abyssin (Ge'ez, Kthiopie), constitue le pendant à l'extension vers le Nord. Les dialectes du Nord et du Sud de l'Arabie forment avec l'éthiopien une unité plus étroite, que caractérisent surtout les « plurales fracti », désignés comme « sémitique méridional » ; pour les trois groupes des dialectes sémitiques septentrionaux, babylonien-assyrien, cananéen (hébreu, phénicien, etc.) et araméen (syrien), on ne peut ni démontrer ni surtout peut-être accepter une combinaison en plus grands groupes; le babylonien-assyrien paraît avoir le caractère le plus indépendant. Il n'y a jamais manqué non plus de transitions du sémitique septentrional au groupe méridional ; les frontières dialectales ne sont en aucune manière absolues (cf. Meyer, Israëiiien...^ p. 307).

Le nom « Arabe » n'est employé ici que comme expression purement géographique, s'appliquant aux Sémites habitant le pays appelé aujourd'hui Arabie. Historiquement, Ay^abe Çavaby 'araffa : steppe, déserf) est un mot venu du Nord. Cette dénomination apparaît seulement vers le l"" millénaire av. J.-C. et n'a prévalu que peu à peu.

337. Nous avons déjà indiqué (§ 333) les conditions extérieures qui déterminent la vie des tribus sémitiques et les diiïérences produites par le caractère de leur habitat. Intérieurement les tribus, et parmi elles do nouveau les plus grands et les plus petits groupes qui les composent, sont maintenues en cohésion comme toute formation semblable par l'idée de la communauté du sang dans laquelle la contrainte de l'organisation sociale trouve son expression. Les hommes adultes et capables de se défendre qui composent l'alliance forment une communauté scellée par les lois inviolables de la coutume, et des concepts moraux et juridiques. Cette confraternité est directement fournie par la vie en commun dans laquelle ils ont grandi et qui réunissait déjà les générations précédentes. Il importe peu en principe que la parenté du sang soit comptée d'après le père (abû) ou la mère (imm, umm) (cf. § 8 et suiv.) ; en fait le mariage patriarcal règne partout, sous la forme de la polyan-

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drie chez les Sabéens, bien qu'il arrive fréquemment dans des tribus nomades qu'un individu s'unisse pour un temps ou pour toujours à une femme étrangère à son clan. Les hypothèses modernes qui font exister à l'origine chez les Sémites un soidisant « matriarcat » sont en opposition avec tous les faits. Au contraire l'originalité du patriarcat est prouvée par ceci notamment que le même mot 'mum désigne l'oncle paternel comme le membre du clan en général et tout le clan (« peuple »). La parenté consanguine physique est aussi remplacée par la fraternité du sang et l'adoption. Sur la communauté du sang est fondée l'obligation pour chaque membre de l'alliance plus étroite de répondre pour chaque allié, de le protéger et de le venger, à moins qu'on consente à racheter le sang versé par le paiement d'une expiation du sang. Au-dessus de cette fraternité de protection de petits groupes, la complétant et l'élargissant, se trouve la protection que procurent les plus grandes alliances. La vengeance du sang est la puissance qui domine toute la vie morale et juridique, qui assure la paix au sein de l'alliance, protège l'individu contre l'étranger et rend possible une vie en commun réglée et des relations pacifiques, précisément dans des circonstances où une contrainte extérieure serait tout à fait illusoire. Son complément est formé par la loi de l'hospitalité qui assure à l'étranger isolé, qui temporairement est entré en communauté avec un autre individu, la protection du membre de la tribu comme de la tribu ellemême.

Chaque alliance du sang, grande ou petite, est regardée comme descendance d'un ancêtre, le plus souvent mâle mais parfois considéré comme une femme, car la tribu peut aussi être conçue comme le sein de la femme {ôaf?}); cet ancêtre porte le nom qui désigne la tribu comme un tout, tel un singulier collectif. Ainsi les rapports des divers membres d'une tribu se présentent comme un arbre généalogique, dans lequel les petits groupements, jusqu'aux clans ou générations et aux familles qui leur appartiennent, c'est-à-dire les plus petits

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groupes qui habitent ensemble (arabe dfh « habitation », hébr. bail « maison » ou àait abi « maison du père » ; ahl « tente » est aussi employé dans ce sens) sont subordonnés dans nn ordre descendant à Tancetre qui embrasse tout. Des relations occasionnelles ou durables d'une tribu avec une autre trouvent aussi leur expression dans leur liaison généalogique et leur subordination à un nouvel ancêtre. A la tôte on met le nom de tout le groupe tribal ou du peuple qui a conscience de son unité par sa langue, ses mœurs et son histoire commune, en face dos autres tribus qui lui sont étrangères.

En général, cf. ,^ 8 et suiv., notamment aussi sur les formes du mariage sémitique et les théories modernes fondées sur elles; voir encore spécialement Wellhausen, die hJhe bel d. AraOern, Nachr. Gôliing. GeselL. 1893. L'exposé de ce paragraphe et des suivants repose surtout sur les conditions anciennes et actuelles des Arabes (pour la littérature, voir § 333 note, et surtout Burckhardt, Notes on ihe Hedouins and Waluihys, H vol. 1831. Ch. Doughty, 7ravels in Arabia Deserla, -2 vol. 1888; puis par exemple Wellhausen, Médina vor d. /5/flm, dans Skizzen u. Vorarb., IV. G. Jacob, Beduinenlehen, 2^ éd. 181)7. Cependant la même organisation apparaît partout chez les autres tribus sémitiques que nous connaissons, surtout dans l'Ancien Testament, et elle s'est conservée sous une forme rudimentaire même dans les régimes plus développés. — En général, les noms de tribus, de clans, de générations, etc., sont tout à fait différents des noms de personnes. Des noms comme Jacob, Joseph, Ephraim, Benjamin n ont été employés comme noms propres en Palestine que très tardivement. Et pourtant il a dû arriver parfois de tout temps qu'une alliance porte le nom du chef autour duquel elle se groupait, comme c'est fréquemment le cas chez les Turcs. Mais alors ce n'est pas le souvenir de celte personnalité historique qui vit dans l'ancêtre; celle-ci est oubliée au bout de peu de temps et l'ancêtre éponyme n'est plus exclusivement que l'expression directe de l'unité vivante de la tribu actuelle. Cet éponyme n'est ni une tradition historique, ni même une personnitication poétique. La conception populaire n'est pas la seule à porter un jugement tout à fait erroné sur ces rapports et les récits liés à ces éponymes, en attribuant aux

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tribus du désert une longue mémoire pour les événements historiques; c'est le contraire en effet qui arrive; mais les savants aussi, spécialement les théologiens de l'Ancien Testament, ont à maintes reprises abondé dans ce sens en acceptant naïvement, comme des vérités historiques, les récits généalogiques de l'Ancien Testament. Aujourd'hui ils remplacent cette conception par une opération 1res simple en histoire, qui consiste à regarder les récits sur les ancêtres comme des traditions relatives au sort de la tribu, expliquant par exemple un mariage comme un mélange de deux tribus; ils ne se sont pas fait une idée claire des concepts réels d'où sont sortis ces récits. Cf. d'ailleurs de plus amples détails dans Meyer, hraeliien.... — Pour la criticpie des données pseudo-historiques des Arabes et les questions connexes, voir surtout l'ouvrage fondamental de Noeldeke, Ueber die Amalekiier n. einige andere Nachbarvoelher d. hraeliien, 186i.

338. En dehors du pauvre mobilier, armes et ornements, et peut-être de quelques objets précieux pillés ou acquis dans le commerce, la fortune du nomade consiste exclusivement en bétail, moutons et chèvres, ânes et chameaux. Les plus aisés ont de plus des esclaves acquis comme butin ou achetés. Les enfants d'esclaves suivent Fétat de la mère, s'ils ne deviennent pas par libération des clients ou ne sont pas acceptés par adoption dans ralliance tribale. L'influence de l'individu dans la communauté dépend en partie de ses qualités personnelles, de son courage et de son intelligence, mais surtout des moyens que lui donne sa fortune et plus encore de la capacité et du crédit hérité de la plus intime relation sanguine, du clan et de la parenté dans laquelle il se trouve. Car le Sémite, comme tout homme naturel, est absolument aristocrate; en fait aussi souvent que la coutume peut être brisée par un parvenu heureux, la position une l'ois acquise et consolidée s'hérite comme tout bien matériel pendant des générations. Mais ce ne sont là que des privilèges honorifiques et de pures prétentions au commandement. Car une tournure d'esprit aristocratique n'a pas nécessairement pour résultat une classification en rangs sociaux,

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nobles qui commandent et vassaux sujets. En effet les conditions d'existence dans le désert hâtent plutôt le développement de fortes individualités (§ 100); c'est pourquoi une égalité parfaite règne parmi les hommes libres au sein de la communauté tribale. La tentative de contraindre une famille isolée ou un individu qui résiste à respecter la volonté de la majorité serait considérée comme une violence injustifiée, qui conduit à une guerre intestine et à la rupture du lien tribal; les fils même, devenus grands, souvent les garçons, ont une situation libre surprenante (§ 12). Par contre les filles ne sont considérées que comme un objet d'achat, aussi bien au sein de leur famille que lorsque le prétendant paie pour elles une dot (mahr). C'est pourquoi leur exposition ou leur mise à mort, en Arabie, par ensevelissement aussitôt après la naissance, est très répandue. D'autre part, la vieillesse est honorée et Ton respecte son expérience de la vie; le plus ancien membre de chaque alliance du sang la dirige et exerce en môme temps le devoir de protection sur ses adhérents. Souvent les biens appartiennent à toute la famille et le plus ancien les administre, tandis que les frères les plus jeunes, de même que les enfants, dépendent de lui et font paître ses troupeaux; de là sortit la polyandrie chez les Sabéens (î^ 11 note). Le conseil de la communauté tribale est formé des « plus anciens » (D'^JpT, les cheikhs) qui se réunissent en délibération libre et décident généralement des mesures concernant la tribu. On ne considère pas comme appartenant à la communauté tribale, et par suite ne sont pas regardés comme absolument libres, les membres de la tribu qui n'ont aucun bien particulier et qui vivent du travail accompli pour les autres, soit comme serviteurs au service d'un particulier, soit comme artisans, tels notamment les forgerons (travailleurs de métaux), mais aussi les musiciens, les chanteurs ou les danseurs par exemple. Ils ne font pas partie non plus des alliances du sang ; on considère comme honteux tout commerce sexuel avec eux, sauf dans la prostitution, et celui qui s'écarte de cette règle est souvent sévèrement puni. Ce sont des manants (gér), qui sont

comme clients sous la protection de la tribu de même que les étrangers, par exemple des meurtriers en fuite qui y ont trouvé un refuge. Cependant il arrive que ces derniers soient considérés comme chez eux et que la tribu les accueille dans son sein. Il n'est pas rare non plus qu'un nomade se lie pour un temps à une tribu étrangère, s'y marie temporairement et que les enfants échoient à la tribu de la mère.

Le très ancien schéma de division d'une tribu nomade qui est rattaché, Genèse, IV, 19 etsuiv., à Lamech, sépare nettement w les habitants de la tente qui ont des biens » et les musiciens (qui comme les aèdes d'Homère sont très près de Thomme libre), comme fils de la femme principale, des forgerons, enfants de la deuxième femme (à côté de celle-ci se trouve une fille, Na'ama, peut-être comme représentante des prostituées); cf. Meyer, hradlien..., p. 218. Les forgerons forment, comme on sait, maintenant encore en Arabie une caste, comme une tribu nettement séparée qui se distingue aussi par le type physique des membres de la tribu. — Chez les Juifs, encore à l'époque postérieure à l'exil, ceux qui ne possèdent rien n'appartiennent pas aux familles, mais sont manants ; seul le bienfoncier naturellement a pu servir ici de norme; propriétaire et guerrier sont deux termes identiques, soit S^n 1113 ; cf. Meyer, Enfstehung d Judetiiinns, p. 148 et suiv.; Israelilen...^ p. 428 et suiv.

339. Ainsi le concept de tribu est toujours en droit une organisation républicaine très lâche, plutôt une fédération libre de groupes autocrates plus petits qu'un état fermé (cf. §§ 6, 25 et suiv.). Le contrepoids du lien juridique trop libre est formé par la force de l'habitude et la contrainte des mœurs, qui trouve son expression dans le droit du sang et l'obligation sans réserve d'être garant pour chaque individu apparenté par le sang et pour la totalité des compagnons de la tribu. L'individu peut parfois être placé en face d'un conflit moral difficile; ainsi, si les parents du côté paternel ['amm), qui ont le droit de réclamer assistance, sont en lutte avec les parents de la mère (hâl), à qui ses enfants sont liés par des liens filiaux quelquefois très forts. On ne peut guère se passer,

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pour la direction supérieure, d'un chef suprême [émir), môme en temps de paix et surtout en cas de guerre ; d'où résulte la dignité de roi [mallk), surtout si la tribu arrive à demi ou tout à fait à l'état sédentaire et par suite possède un territoire lixe. A l'époque de Mohammed la royauté est demeurée rare dans l'Arabie proprement dite. Mais à l'époque ancienne, par exemple dans les documents assyriens, les tribus ont toujours des souverains ou rois, bien que leur puissance soit, ce semble, toujours très relative et limitée par le conseil des Anciens. La coutume paraît avoir été très répandue, de confier la direction de la tribu d'une façon prépondérante ou durable à une femme d'une famille de souverains (§ 10 note). Chez les nomades cananéens, Edomites et Israélites, on trouve une organisation militaire de la tribu en milliers Çe/eph), qui se divisent en centuries, puis en groupes de 50 hommes. Cette unité militaire, la compagnie, qui correspond à la pentèkostys Spartiate, se rencontre souvent aussi chez les Arabes. 11 semble que le millier recouvre réellement le clan (hébr. mispâhà), le plus grand groupe des consanguins à l'intérieur de la tribu, et ainsi les subdivisions militaires se lient aux groupes de familles de moindre importance. Mais il est clair aussi qu'il y a là une division systématique, qui remonte à un acte déterminé et présuppose donc en môme temps un développement plus grand de l'autorité tribale.

Sur les milliers entre autres et leur rapport avec les familles, cf. Meyer, Israellten..., p. i:28 et suiv., 4Î)8 et suiv. Le schéma de division jusqu'aux dizaines (^=: corporations) est indiqué hJxode^ XVIII, 21, 24 = Deuter., 1, 15 et suiv. ; cf. I Samuel, XXII, 7. Âmes, V, 3 entre autres. La cinquantaine comme unité militaire 11 Rois, I, 9 et suiv. ; d'après cette division Uian signifie « divisé en 50 » aussi bien que « armé et ordonné pour la {jfuerre » hJxode, XIII, 18 ; Jages^ VII, 11 ; Nombres, XXXII, 17 — Josué, I, 14 ; IV, 12; à ce terme correspond l'arabe liamU « seigneur » et le sabéen Dan comme hommes de la tribu capables de porter les armes (D. H. Millier). On peut évidemment dériver le mot aussi bien du singulier hamis « cinq » que

du pluriel « cinquante » ; mais la dernière dérivation est certainement la seule exacte, car on ne peut guère songer à une division militaire de cinq hommes.

340. Les tribus sédentaires possèdent à côté de leurs troupeaux des terrains et surtout des palmeraies. Les relations sociales deviennent plus complexes, et l'on sent la nécessité d'un régime légal et politique. Un pouvoir suprême plus puissant et une royauté durable peuvent ainsi se former. Mais les conceptions et les tendances primitives agissent encore ; et ces territoires ne sont pas à ce point séparés des autres, par leur situation ou les conditions de l'existence, qu'ils ne ressentent sans cesse l'inlluence de la vie nomade de la tribu. Il n'est pas rare que de tels territoires, d'une civilisation très avancée, conservent l'organisation tribale fort lâche et même que cette dernière se soit encore renforcée (§ 6); ainsi à la Mecque à l'époque de Mohammed.

D'autre part, les nomades connaissent bien les dangers que l'établissement sédentaire apporte à leur organisation, à leurs moyens de défense comme à leur autonomie et au fier sentiment d'indépendance de l'individu. Ils regardent de haut, avec un profond mépris, le paysan lié à la glèbe et les citadins paresseux qui cherchent à se protéger derrière des murs, qui servent un maître comme des domestiques, se laissent piller par les bédouins et rachètent leurs exactions par des cadeaux. Si séduisants que soient les richesses et les bienfaits de la civilisation, ils ne valent pas ce prix. C'est pourquoi, chez les tribus bédouines qui ont pénétré dans les frontières des territoires cultivés, les plus graves dispositions pénales concernent parfois l'agriculture, les vignes, les habitations fixes, ainsi chez les xNabatéens à l'époque des Diadoques (Hiéronyme de Kardie, dans Diodore, XIX, 94). Les mêmes exigences nous apparaissent sous un aspect religieux dans le clan édomite (qaïnite) des Rekabites en Palestine (Jérémie, XXXV, 6 et suiv.) et surtout dans la forme qu'a prise la religion prophétique. Elles

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sont devenues très vivantes et effectives dans les commencements de rislam. Nous avons déjà dit qu'en face de ces tendances la participation au commerce et l'escorte des caravanes est reconnu comme une branche d'industrie honorable et lucrative (§ 333).

3il. Si la structure interne de la tiibu est solide en opposition au relâchement des ordonnances et au manque d'autorité eiïective, sa composition se modifie sans cesse. Non seulement des individus se séparent, soit par vengeance du sang, soit par le hasard qui les conduit à se lier à d'autres tribus comme clients ou parents par le mariage, mais des familles ou des clans entiers; et vice-versa de nouveaux éléments y sont introduits pour les mêmes raisons. Une catastrophe extérieure, la défaite par des ennemis, une grande émigration, une disette ou aussi une vengeance intérieure inexpiable peut faire éclater les cadres de la tribu. Alors restent les plus petits groupes, les familles, qui peuvent se réunir à de nouvelles tribus ou chercher à se joindre à des étrangers. La tribu peut devenir aussi trop grande, pour rester unie, surtout si les conditions d'existence changent, après la conquête par exemple de territoires plus vastes. C'est de celte manière que sortirent d'une seule tribu israélite les tribus postérieures, 12 à ce qu'on dit, comme groupes locaux, dont chacune contient en im lien lâche plusieurs clans avec leurs familles. A l'inverse plusieurs tribus peuvent se coaliser, pour un temps ou pour toujours, ou se réunir à une tribu principale, d'où résulte inévitablement la fiction qu'elles sortent d'une unilé primitive et descendent d'un ancêtre éponyme. Ainsi les alliances tribales, fondées en apparence et à ce qu'on pense pour l'éternité, et séparées contre tous les autres hommes par un abîme qu'aucun pont ne pourrait franchir (J:; 35), sont en fait dans un mouvement et un échange constant. Chaque siècle nous rencontrons de nouveaux noms de tribus, tandis que les anciens survivent encore dans les traditions généalogiques. C'est précisément aussi pour ce motif

que, malgré les différences qui les séparent, les tribus particulières se pénètrent continuellement et s'influencent mutuellement ; que de plus grands groupes, les peuples se forment, dont l'unité ne réside que dans l'idée, dans la conscience d'une langue et de coutumes communes, d'un habitat identique et d'expériences historiques semblables. Mais ces facteurs peuvent, pour cela même, beaucoup mieux que chez d'autres peuples, exercer encore une fois une influence puissante lors des grands ébranlements. Ainsi sont nées les grandes unités nationales que nous rencontrons dans l'histoire des Sémites, les Cananéens, les Araméens et surtout plus tard les Arabes.

La reliijion sémitique.

342. Pour le sémite, le monde n'est pas uniquement peuplé d'êtres de chair et de sang; il y a encore la foule des esprits pour le moins aussi nombreuse. Dans la montagne et le rocher, dans l'arbre et Tanimal, mais surtout dans la solitude du désert habitent d'innombrables fantômes et démons (arab. djinn, ghûl par ex. ; cf. les démons-boucs chevelus des Hébreux, seirun, les formes animales étranges des Babyloniens entre autres). Tantôt visibles, tantôt invisibles ces êtres effraient l'homme, le torturent et d'eux vient tout le mal, surtout la maladie. Par des charmes, ils peuvent devenir serviables mais aussi pénétrer dans l'homme et le rendre possédé. Déjà dans son être siège, à côté de la volonté consciente, une force magique semblable, qui se manifeste par l'effet de paroles et d'actions irréfléchies, notamment dans le mauvais œil. Contre ces forces, comme contre les esprits, l'homme cherche à se protéger par des amulettes, des mots magiques ou des gestes. Il y a aussi des esprits aimables qui se tiennent aux côtés de l'homme pour raider. Dans d'innombrables présages, auî^quels l'homme doit

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LES SEMITES

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être attentif, se manifeste à lui, soit comme un avertissement, soit comme une exhortation, la causalité magique des événements extérieurs qui dépend de l'activité des esprits; elle est partout et contrecarre la causalité mécanique de la nature dont riiomme tient compte dans ses actes. Souvent ces démons apparaissent en groupes; le cliillVe 7 surtout a pour tous les Sémites la valeur d'un nombre mystérieux, qui est souvent employé dans des pratiques magiques et les rites, surtout dans les serments. La théologie babylonienne postérieure l'a employé parfois pour grouper en une unité le soleil, la lune et les planètes, qu'elle considéra alors comme les puissances dominant le destin (§ 427). Mais c'est une erreur de déduire de cette conception tout à fait secondaire la sainteté du nombre 7 et d'y voir la trace d'un ancien culte des astres. De telles spéculations scientihco-théologiques sont encore bien loin des représentations nées de l'observation de la nature.

Sur la religion des Sémites, voir surtout Wellhausen, /leste arah. Heldentums, 1887 (Skizzen u. Vorarh.y IH), et l'ouvrage cependant trop partial de Rob. Smith, Lectures on the Relief ion of the Sémites, 1889 (die IteUfj. der Semiten, libers, von Sliibe, 1899) ; puis les mémoires de Noeldeke sur « il », dans les fier. Herlin. Akad., 1880 et 188-2 et ses comptes-rendus ZDMG., XLl, p. 707 et suiv. ; XLII, p. 471 et suiv.; l'article de Meyer sur « lia'al » dans Roscher's, Mythol. Lexikon {Nachtrag zu Ikind, I), où sont souvent mentionnés les articles plus anciens u Astarle » et « El », enfin ses Israeliten. .., 1907. — On peut considérer comme vidée la dérivation des religions sémitiques du culte des étoiles (sabéisme) ; sur la théorie de H. Smith qui les déduit du totémisme et du culte des ancêtres, que Stade a admise même pour la religion israélite, voir S^i 55-62.

343. Les divinités {ilii\ hebr. el, fém. ildt) se distinguent du monde des esprits; elles se manifestent comme puissances durables et h la fois agissantes aussi bien dans le cours régulier (les apparitions naturelles que surtout dans la vie des hommes (.i^ 50 et suiv.). Le soleil, la lune et les astres de la

nuit sont habités par des divinités qui ont ordonné leur révolution et le changement des saisons. Mais dans la terre aussi demeurent de nombreuses puissances divines, dans les blocs de rochers et les montagnes, dans les sources et surtout les arbres verdoyants, qui sont d'autant plus considérés comme sièges d'une divinité qu'ils sont plus rares et qu'on ressent plus fortement le particularisme de leur vie mystérieuse. Un être divin se manifeste souvent aussi dans divers animaux, surtout dans les serpents ; nous trouvons encore chez plusieurs tribus arabes un dieu-aigle Nasr, en Palestine et en Syrie, le culte de taureaux, pigeons, poissons ou dans un arbre sacré près de liet-el (Juges, IV, 4 et suiv.), une divinité Debora <( l'abeille ». Cependant le culte des animaux n'a jamais été aussi développé chez les Sémites que chez les Égyptiens et les Grecs. Par contre dans chaque alliance humaine, et surtout dans l'alliance tribale qui comprend toutes les autres, vit une puissance divine dont dépend son existence et sa durée : le dieu ft'est pas seulement identique à elle dans la vie, mais disparaît avec elle, car il n a d'existence que par ses adorateurs, comme eux par lui.

Nous rencontrons partout cette conception à l'époque assyrienne dans les États de Syrie et de Palestine. C'est pourquoi le nom propre de la divinité tribale est souvent identique à celui de la tribu sans que l'on puisse attribuer la priorité à l'un ou à l'autre : ces deux ndms sont directement et inséparablement liés. C'est un cas typique par exemple pour Assur, qui désigne aussi bien la ville que le pays ; de même les Amorrites ont un dieu tribal du même nom, Amurru (§ 396), et les noms de tribus Edom et Gad sont aussi des noms de divinités. Dans la règle, il est vrai, le dieu tribal n'a pas de nom particulier, mais est simplement « le dieu [ilu) » pour son adorateur. Puis son activité devient un nom propre, ainsi 'Uzza « la puissante », Manàt « la part, le sort », Gad « le destin », Abrâm « le père élevé » ; ou la forme sous laquelle il apparaît, comme Nasr « aigle », Sams « soleil ». Très souvent ce nom est une phrase ex[)rimant la particularité dans laquelle ressort l'essence divine :

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Yaghûlh « il aide », Ya'ûq « il protège », Yiçhâq (ïsaac) « il rit », plutôt sans doute le sarcasme terrifiant sur les ennemis, qu'un sourire bienveillant, car cette divinité du « puits des 7 », ou « puits du serment » Be'erseba' dans le désert au Sud de la Palestine (Amos, VllI, 14), porte aussi le nom cultuel « la terreur de Yishàq » (pniî^ inS Genèse, XXXI, 42-58); puis Ya'qôb « il dupe » et d'autres encore ; Yahwé « (il soutïle »?). Le nom du dieu du feu volcanique du Sinai dans Midian, territoire volcanique à TEst du golfe d'Aila, est formé de la même manière. Les noms des tribus du Sud et de l'Est de la Palestine correspondent souvent à des désignations semblables : Yisma'el « le dieu (El) écoute » (ou « il écoute, c'est El »), Yisra-el « le dieu lutte », Yerahm-el « le dieu est miséricordieux ». En Palestine, ils n'apparaissent que comme toponymes Ya'qobel « le dieu ruse », Yezra'-el « le dieu rassasie », Yabne-el « le dieu fait construire », Yiphtah-el « le dieu ouvre [la vallée]. Ils sont employés comme noms propres cbez les Amorrites et au Sud de TArabie, mais non chez les Israélites et les Phéniciens. De même que la tribu, l'individu est mis par son nom en relation avec la divinité. Chez tous les Sémites, surtout chez les Amorrites de Babylone, les Phéniciens, les Israélites et leurs voisins, les Arabes septentrionaux, les Sabéens et les Minéens, on trouve fréquemment des noms propres comme « El est gracieux », « élevé », « puissant », <i il bénit », ou « don de El », « grâce de El », « œil de El », « nom de El ». Les noms sont surtout caractéristiques qui mettent l'homme dans un rapport de parenté avec le dieu, comme fils, frère, sœur, mais aussi comme père et beau-père ; car la divinité n'a pas une autre situation vis à vis de l'individu que les plus proches consanguins sous la protection desquels il croît et prospère.

Sur le rapport du nom de tribu au nom de divinité et sa transformation en patriarches de TAncien Testament, voir Meyer, hraeli- ^^n...,p. "249 et suiv., "293 etsuiv.; sur Isaac, ibidem, p. 253 et suiv. [La donnée, p. 297, que le nom du peuple Guli dans le lagrûs a été

en même temps nom divin, reposait sur une interprétation erronée de rinscription publiée ZÀ, IV, p. 406; il vaut mieux traduire avec Thureau-Dangin, Sumer. u, Akkad. Kœnigsinschr., p. 170 et suiv. : « les deux dieux des Guti, Islar et Sin ». Par contre, les noms de divinité et de tribu sont probablement identiques pour le dieu des Arabes du Sinaï OpoTaX(T), Hérodote, 111, 8 = Wàdi Gharandel 'Apivo/iXa, rapivoavsT;, Meyer, Israeliten, p. 101]. — L'étude des noms propres, en grande partie amorrites, de la première dynastie babylonienne, est très importante pour la religion sémitique : H. Ranke, Early BaùijL personal Nantes [Babifl. Exped., Séries D, 111), 1905, cf. § 436. Il serait absolument nécessaire de faire une étude complète des noms qui désignent une personne dans un rapport de parenté avec la divinité ; elle promet des résultats importants. A l'époque postérieure, les noms sont formés évidemment d'une façon schématique, mais à la base se trouvent cependant des concepts religieux fort anciens et réalistes.

344. Cependant, dans le dieu l'essentiel n'est pas son nom, qu'on ne considère comme élément indispensable que dans les cas où on désire l'utiliser à l'égal des esprits, dans un but magique, mais son activité ininterrompue et vivifiante et sa puissance. Il est le « seigneur » (dans lout le monde sémitique rabh; aram. mâr, d'oià marna de Gaza « notre seigneur » ; phénic. et hébr. adén, Adonis) et chez les Amorrites, les Phéniciens, les Hébreux et leurs parents, aussi le « roi » (Melek fémin. Malkat). Il vit en complète communauté avec l'homme, prend part à ses repas, à ses conseils et à ses combats et reçoit un cadeau de tout ce qu'il accorde, produit de la chasse, butin de guerre, portée du bétail et, chez les sédentaires, fruits des champs. A époques fixes on célèbre ses grandes fêtes; ainsi chez les Israélites la fête purement nomade du printemps, la Passah, où on sacrifie au dieu les premiers-nés des moutons : la viande est mangée de nuit par les familles, tandis que Yahwé va et vient dehors, pour humer le sang répandu sur les linteaux des maisons (à Torigine des tentes). Ordinairement le dieu est présent dans le cône de pierre

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(cananéen, masseba) et dans le pieu de bois [asera] qu'on lui élève et dans la table, ou Tautel, de terre ou de pierre brute sur lequel il reçoit le sacrifice. La vie qu'il accorde a son siège dans le sang ; c'est pourquoi il lui est consacré et oITert dans le sacrifice, versé sur la terre ou sur la pierre d'autel. En même temps le repas ou le sacrifice est le moment de la vie tribale par lequel la communauté en paix des hommes est toujours renouvelée : pendant le repas la paix règne et l'étranger, môme celui qui est chargé d'un homicide, est inviolable aussitôt qu'il a goûté au repas, qui crée le lien sacré de l'hospitalité. Ainsi naît aussi une communauté, une parenté de sang entre les membres de la tribu et la divinité. C'est pourquoi la pierre sacrée est frottée de sang et, par ce moyen, l'engagement de la divinité d'aider la tribu est renouvelé. En concluant un pacte, les Arabes de la péninsule du Sinaï font une entaille dans le médius des contractants et enduisent de sang avec des fils de leurs vêtements sept pierres sacrées (Hérodote, III, 8), pour mêler la divinité au contrat et la forcer de punir le parjure ou celui qui viole son serment. Dès lors peut se développer cette conception que les relations entre la tribu et la divinité reposent surtout sur un pacte. Ainsi à Sichem les Bnê I.lamôr concluaient annuellement un nouveau traité avec leur dieu, le « dieu du contrat » El brît ou Ba'al brît [brtt « contrat » n'est peut-être à l'origine que le « repas »), soit en frottant du sang du sacrifice les pierres de l'autel, soit en en aspergeant le peuple; ils prenaient alors des engagements déterminés, des ordres divins (Meyer, hraeliteriy p. 533 et suiv.). Cette coutume, dont on trouve de nombreux exemples chez les Arabes, a été adoptée par les Israélites et a joué un rôle important dans la formation de leurs concepts religieux. Le souille de vie est aussi donné par la divinité, notion qui a achevé de se perfectionner chez les Phéniciens et les Israélites. La croyance est aussi très répandue que non seulement l'ancêtre humain, mais la divinité môme a engendré les hommes. D'après les prophètes, Israël et Juda sont les fils de Yahwé»

représentation tout à fait réaliste et nullement symbolique à l'origine ; d'après les croyances populaires (Jérémie, II, 27) les hommes tirent leur origine d'arbres et de rochers, soit d'objets dans lesquels la divinité se manifeste, comme chez les Grecs. Les noms cités plus haut correspondent à cette idée qui fait de l'individu le parent consanguin de la divinité (g 343).

345. Parmi les actions humaines la vie sexuelle surtout a un caractère mystérieux et religieux. L'acte sexuel est considéré dès lors comme une action sacrée qui exige des consécrations et des cérémonies purificatoires spéciales, d'où sortit avec le développement de la civilisation chez tous les Sémites sédentaires du Nord, en particulier en Babylonie et en Phénicie, une prostitution sacrée, exigeant des lilles du peuple l'offrande de leur virginité comme sacrifice à une grande déesse de la vie sexuelle. Un culte des tribus septentrionales a peut-être infiuencé cette coutume, car nous la retrouvons en Arménie et en Lydie. La prostitution des hommes se rencontre aussi, dont l'envers est la castration sacrée qui pénétra sûrement d'Asie Mineure dans la Syrie du Nord. On peut donc se demander si nous devons attribuer de telles coutumes à de vrais Sémites, car c'est une question tout autre de constater qu'il y a des prostituées de profession dans toutes les tribus. La consécration du membre viril par circoncision avant la puberté ne paraît pas non plus d'origine sémitique, mais, conformément à la tradition Josué, Y, 9 et Hérodote, II, 104, paraît avoir pénétré d'Egypte chez les Hébreux et les Phéniciens (Aristophane, Oiseaux, 507); de là elle se répandit en Arabie, oii, selon la règle, et comme c'est souvent la cas en Afrique, les filles sont aussi circoncises. En revanche elle ne se rencontre pas, pour autant que nous le savons, chez les Babyloniens et les Aramécns.

On trouve aussi de nombreuses coutumes concernant l'habillement, et d'autres usages qui passent pour être sacrés et exigés par la divinité. Plusieurs sont communs à toutes les

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tribus du désert, comme de se raser la moustache, landis que la coupe des cheveux varie ; ou encore le port d'anneaux au nez ou aux oreilles, les prescriptions de pureté rituelle, les interdictions alimentaires comme celle de la viande du porc.

Sur la chevelure el la harbe des Sémites, voir Meyer, Sumer. u. Senii/wi, p. 20 et suiv. I/Ancien Testament mentionne souvent ces coutumes et leur rapport avec le culte, de même Hérodote, III, 8 et Chœrilos d,ms Jn<!rphe, c. App., I, 138 : cf. .lérém., XXV, 2.3 = IX, 25 ; XLIX, 32; Léuit. XIX, 27 el dans les textes arabes.

3i6. Les divinités sont considérées tanlôl comme dieu (il), tantôt comme déesse (ildt); dans ce dernier cas elles sont sou- , vent appelées 'at/ilar (babyl. islar; canan. 'aSiar; 'astarl; aram. 'allar), dont létymologie n'est pas encore éclaircie; ce terme paraît avoir une relation spéciale avec la fertilité et la procréation et désigne donc peut-être la divinité comme la force génératrice de la nature et de la vie sexuelle. liât (avec l'article : Al-ilàt, Hérodote, 111, 8; 1, 131 corrompu en ".a..TTa : à Palmyre, dans le nom propre Wahb-allât par exemple, à Tàif et ailleurs chez les Arabes contracté en Allât) et Astarté chez les Phéniciens sont devenus secondairement des noms propres de déesses particulières. Dailleurs le sexe du dieu a peu dimportance pour les représentations religieuses des tribus du désert à côté de l'essence homogène de la puissance divine. Chez les Sémites sédentaires la question a par contre son importance. Il est significatif qu'Athtar est devenue un dieu dans lArabie du Sud, tandis qu'au contraire le soleil, Sams, est presque partout un dieu chez les Sémites du Nord, mais une déesse en Arabie ; pour les Uébreux son sexe est indécis, correspondant à la position intermédiaire des Israélites.

Sur., il .., cf. Noeldeke, lier. Berlin. Ak.. 1880, 1882. L'opinion antérieure qu'il y eut un dieu sémitique appelé Il{u) est erronée. Il n'y a pas plus chez les Phéniciens de dieu 'HXo; dans le culte que de dieu Ba'al. C'est sans doute une méprise causée par l'usage de la languepopulairequi, pour abréger, désigne le dieu particulier au

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moyen de ce simple appellatif. Seuls les Araméens de Zendjirli ont un dieu spécial appelé Kl (S^<), à côté de Hadad, Rkb-el, Rsp et d'autres encore. Par contre liât est aussi un nom propre de déesse chez les Phéniciens. — Astart comme appellatif se trouve, on le sait, dans Deutér. VIÏ, 13 ; XXVI, 4. 18. 51 dans une formule stéréotypée, qui provient probablement de bénédictions rituelles pour la portée (ou les femelles?) du petit bétail. D^nc 'Athtar est bien à l'origine la déesse qui enfante, comme la représentent les terres cuites babyloniennes connues. Conformément à cette idée 'alhikart désigne dans la tradition arabe le pays irrigué : Wellhausen, Skizzen, IIÏ, 170; R. Smith, Relig. d. Sem., p. 70 et suiv. En même temps nous avons le pays arrosé par Ba'al, c'est-à-dire par Teau du sous-sol (R. Smith, ibidem) ; là Ba'al est donc le dieu de la terre, comme chez les Babyloniens; il y a sans doute emprunt. — Le mot daud désigne-l-il dans le sens de nurnen, Amos, VIII, 14; Inscript, de Mesa', 1. 12 ; cf. Isaïe, V, 1, la divinité comme le « bien-aimé » et doit-on expliquer de même le dieu arabe Wadd?

347. Chez les nomades le dieu voyage en général avec la tribu, prend part à ses combats et peut s'incorporer dans la bannière ou Tétendard (DJ , Exode, XVII, 15), signe visible de l'unité tribale autour duquel se serrent les guerriers. Les Israélites emmènent au combat un coffre orné qui contenait probablement une pierre fétiche, la « châsse de Yahwé ». transformé, comme on sait, plus lard en arche de l'alliance; la divinité y prend place si la tribu campe {Nombres^ X, 35 et suiv.). Mais dans d'autres circonstances, le dieu a une résidence fixe dans un arbre ou un rocher. Par exemple, Yahwé se manifeste dans le volcan du Sinaï au pays de Midian et dans le buisson épineux, entouré du feu terrestre à Kades, au nord de la péninsule du Sinaï. Comme il peut toujours prendre diverses formes el être en même temps à différentes places (§ 56), les deux conceptions s'accordaient parfaitement. Mais les Israélites ont adopté l'explication que le dieu du Sinaï accourt à leur aide dans le combat (ainsi dans le cantique de Debora), ou qu'il leur adresse un envoyé {marak) comme délégué qui s'éta-

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blit en Palestine. Avec rétablissement fixe, la divinité aussi devient sédentaire et se confond avec le sol, comme sa tribu devenue peuple et Etat. Puis la place où il habite devient le centre du culte ; on y rattache les actes religieux, les processions et les sacrifices. A la pierre ou à larbre, où le dieu a son siège, s^ajoute peut-être encore une image divine et une maison de dieu (temple); mais ce dernier ne s'est introduit partout chez les Arabes et leurs voisins qu'avec d'autres éléments de civilisation étrangère, apportés d'Egypte et de Habylonie. Le dieu sédentaire est désigné alors d'après sa demeure comme son « possesseur », en sémitique méridional dln), fém. dhat, au nord Ba'al, Ha'alat, avec le génitif de la localité (ou aussi parfois de l'attribut) : « celui (celle) de Saraj, du Liban, de Tyr ou de Hyblos » par exemple; de môme « la déesse [iUar) de Ninive ou d'Arbèles » ou « l'Astarté de Sidon ». Dans la dénomination Ba'al ou Ba'alat d'un lieu, le droit de possession dudit lieu ressort déjà fortement; le mot désigne, il est vrai, sauf en babylonien, non pas uniquement « seigneur », dans le sens opposé à esclave, mais bien par exemple le mari comme possesseur de l'épouse. Ba'al ne paraît s'introduire comme désignation de la divinité qu'avec la^civilisation sédentaire et n'indique plus un rapport déterminé avec la tribu, mais avec le sol. C'est pourquoi ce terme est souvent employé pour former des noms propres de personnes, mais jamais de tribus. Au reste, la divinité du lieu n'est pour ses adorateurs que a le Ba'al » ou « la Ba'alat». Il en est de même pour il, ilàt, 'astart et les épithètes divines Adon, Melek, Malkat qui ne sont jamais des noms propres de dieux particuliers. De là est née l'illusion qu'il y a un dieu sémitique spécial Ba'al ou Ba'alat (Baaltis; de même le soi-disant El des Phéniciens), tandis qu'il existe autant de dieux de ce nom que d'objets de culte. Secondairement sortit de l'épithète « seigneur des pays » brl mntdti. que porte le dieu babylonien, sumérien, EUil de Nippur et qui fut apprupiéc ensuite à Marduk, un véritable nom divin Bel, qui pénétra ensuite chez les Assyriens et plus tard chez les Araméens.

Le mot bnal dans le sens de « mari » est commun en arabe, tandis que ses significations particulières manquent à l'arabe septentrional ; par contre il est toujours employé comme appellalif dans l'arabe méridional et en éthiopien, et parfois même, comme dhû^ dhdl^ en relation avec le génitif du lieu du culte. — La prononciation grecque Bt/ao;; n'est certainement pas la forme babylonienne bel ou Taraméen b'el, mais la forme ionienne du cananéen ba'al. Voir aussi § 34fi note.

348. De nombreuses puissances divines sont associées aux dieux principaux des tribus, soit pour leur constituer une suite qui, ainsi pour Yahwé, marche avec eux au combat et forme leur « armée », soit, par exemple, les divinités tutélaires des familles, comme les Téraphîm des Israélites. Si les besoins religieux augmentent avec la vie sédentaire et se fixent en môme temps sur de multiples objets, le nombre des dieux croît. Car un dieu siège « sur chaque haute montagne et sous chaque arbre vert », dans d'innombrables pierres sacrées [bétel =■ « maison de dieu »), dans divers animaux, comme les serpents. Une divinité peut aussi se différencier : ainsi chez les Phéniciens et les Amorrites des dieux spéciaux sortirent des cônes des pierres et des pieux de l'autel, comme Ba'alsammân «< seigneur du cùne de pierre » et l'Aséra (Asrat) des Amorrites (§ 396). Puis viennent les dieux que l'on trouve dans un territoire conquis ou qui pénétrent du dehors (cf. vol. 111, 87). On honore fréquemment les puissances cosmiques soit qu'on les considère en juêmo temps comme divinités de la tribu, soit qu'elles leur soient adjointes, ainsi la déesse soleil et le dieu soleil (§ 346), puis la lune, dont les phases sont célébrées partout chez les Sémites comme chez les Egyptiens (î:; 188) par des sacrifices et des fêtes. Le nom Sin sous lequel on adorait dès les anciens temps le dieu lune en Babylonie et en Mésopotamie, à llarràn, est peut-être aussi d'origine sémitique. Il paraît avoir été un dieu Amorrite qu'on retrouve dans l'Arabie du Sud. Le culte d'un dieu du ciel est très répandu, en sabéen Dhù samawi, canan. Ba'al-samaim, aram. Be'el-samain.

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Les Sémites babyloniens, les Akkadiens, et les Assyriens ont accordé, à côté du dieu soleil Samas, une beaucoup plus grande place au dieu du ciel Anu que les Sumériens auxquels ils ont emprunté le vocable. Dans ces conditions, il est évident que la religion sémitique nous apparaît ici sous un vêtement étranger '(§ 392). Souvent, au lieu du dieu, on trouve une déesse du ciel. Ainsi dans la tribu arabe des Qidri du désert syrien, qui remplaça de plus anciennes tribus aramécnnes, la déesse araméenue Atar-samain, la « déesse du ciel » correspond à la pbénicienne « Astarlé du ciel Ba'al » à Sidon. Souvent le dieu tribal devient souverain du monde. Il aime alors à se manifester spécialement dans le ciel, le soleil et surtout dans Forage, comme Yahwé d'Israël ou Hadad des Amorrites (§ 396). La suite du dieu apparaît alors dans les étoiles, comme Tarmée céleste de Yahwé du Cantique de Débora. Mais en général, même dans le stade secondaire, le nom distinctif du dieu s'efface devant la puissance divine qui se manifeste dans l'objet spécial du culte. On ne recherche guère si cette puissance est identique au dieu tribal, si elle représente un être à côté ou au-dessous de lui. Ainsi les innombrables dieux du panthéon se confondent souvent en un terme unique : « les dieux » (hébr. ha-elohîm ; phén. alonim ; sabéen, il-ilàt). Chez les Israélites, ce vocable est devenu précisément synonyme du nom propre du dieu tribal Yahwé.

Atarsamain (écrit naturellement en assyrien -samain) : KD, II, p. 2H, 220, 222. Zimmern, KAT\ p. i3i. — Sur DM'iN, Meyer, Israelileuy p. 211 et suiv.

3i9. L'ordonnance du culte, le repas sacrificiel et les dons de toute sçrte, comme l'observation des prescriptions rituelles, règlent les relations du dieu avec la tribu. Kn retour il conserve la tribu et ses lois, lui accorde la victoire sur tous ses ennemis, qui sont, par le fait, ses propres ennemis, (cf. par ex., Exode, XVII, 10 : « il y a guerre entre Yahwé et 'Amaleq de génération en génération » ; de môme I Samuel, XXX, 26), à moins qu'un dieu plus fort se dresse devant lui, qu'il ne

LA RELIGION SEMITIQUE

peut vaincre. Mais si le dieu est lié à ses adorateurs par son propre intérêt et leur accorde ordinairement sa grâce, comme un roi, il a aussi ses caprices comme lui. C'est un être inquiétant que l'on n'approche qu'avec crainte et sa fureur est terrible quand la colère s'empare de lui. Ces sombres aspects ne sont dans aucun dieu sémitique aussi marqués que dans Y^'ahwé, le dieu du feu du Sinaï et du buisson d'épines près de Kades. Son regard cause la mort à moins qu'il ne veuille par exception se manifester à un élu de son cœur auquel il accorde sa grâce. Lorsqu'il se promène de nuit, il est altéré de sang, c'est pourquoi à la fête de Passah on se protège contre lui par un charme de sang (§ 344) ; lorsque ses narines se gonflent de colère, une flamme en sort (ainsi dans les épidémies) et détruit celui qu'elle peut atteindre, jusqu'à ce^que son courroux soit rassasié. Il veille avec envie sur l'étendue de son domaine, il ne peut souffrir que ses possessions soient soumises à un autre dieu. Plusieurs dieux sémitiques présentent les mêmes traits, qui caractérisent les dieux phéniciens par exemple, ou Marduk seigneur de Babylone, ou encore Allah des musulmans. On cherche à se garantir contre de tels éclats et à écarter la colère divine par des moyens extraordinaires, mortifications et sacrifices, avant tout par des sacrifices humains qui ne sont pas rares non plus chez les Arabes. On offre au dieu en particulier des prisonniers ennemis, de beaux garçons et de belles jeunes filles. Si la vengeance du sang dégénère en un combat acharné, tout le butin lui est voué et tout ce qui respire, homme ou bétail, jusqu'au dernier être vivant est sacrifié « au dieu pour le plaisir des yeux ». La brutalité de la religion croît avec la civilisation (§66 et suiv.); les guerres des Israélites et des Araméens, des Assyriens et des Carthaginois se signalent par une sauvagerie religieuse qui n'a pas son égale dans le monde antique. Toutefois, elle s'est transmise aux guerres de religion du christianisme, et elle rappelle les mœurs du Mexique et d'autres Indiens. Chez les peuples cananéens, le don le plus précieux que l'on puisse offrir au dieu est

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le sacrifice d'un fils adulte, surtout du premier-né. Les Carthaginois pratiquaient encore ce sacrifice dans les cas de détresse à la lin du iv« siècle. Chez les Israélites cette coutume est fondée sur le droit que Yahwé s'attribue aussi bien sur la première portée du bétail, que sur la primogéniture de l'homme, et, lors du passage à l agriculture, sur les prémices des produits des champs. Le développement de la prostitution religieuse et la mutilation volontaire (§ 345) rentrent dans le même ordred'idées.

350. En môme temps croît l'intluence civilisatrice de la divinité. Les statuts qui règlent les relations sociales des hommes sont créés et révélés par elle. Tordre juridique est sous sa protection, elle donne dans les cas douteux des indications infaillibles par l'oracle, elle exige la pureté extérieure et intérieure et l'observance des règles morales. Les préceptes éthiques d'une tribu sont regardés comme l'expression de sa volonté dont elle punit la violation. Aussi le progrès de la civilisation pénètre en môme temps dans la religion; les exigences des mœurs épurées sont considérées comme le commandement originel du dieu, dont on s'est écarté à tort. C'est cette évolution morale qui fait la différence entre les divers cultes et les tribus qui les pratiquent. La prostitution religieuse des filles et des garçons (qadôs) a pénétré largement aussi dans le culte de Yahwé; mais l'idée prédomine cependant que Yahwé la rejette comme immorale et commande de l'extirper. En général tout ce qui contredit l'ordre naturel des choses lui déplaît; d'où non seulement la défense de la castration, mais aussi certaines prescriptions étranges, comme de ne pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère et de ne pas atteler sous le joug des animaux difTérents.

La tradition conserve les prescriptions du rituel et les ordonnances divines, l'art d'interroger l'oracle et d'expliquer les présages ; elle est avant tout le propre des chefs des familles les plus considérées. Mais il arrive souvent qu'un lieu de

culte appartienne à une seule famille, qui dirige le service divin et connaît seule la pratique; il possède alors une prêtrise héréditaire, comme dans la « palmeraie » (Phoenikôn) de Tôr sur la côte occidentale de la péninsule sinaitique (Agatharchide dans Diodore, III, 42). Il y a en outre des hommes et des femmes qui sont saisis de l'esprit divin, proclament sa volonté (« voyants » Mhirï) et peuvent transmettre alors leur savoir par héritage à leurs descendants, ou à des aides et des disciples. On rencontre toujours ici et là de nouvelles figures de ce genre, nées par inspiration directe, ce qui n'exclut pas cependant l'organisation d'un sacerdoce fermé. Ainsi au sanctuaire de Yahwé du buisson épineux de Kades (S 34/), dans le territoire de la tribu de Lévi, les prêtres n'ont pas seulement la direction de la tribu grâce à leur connaissance des lois juridiques et comme interprètes des oracles divins, mais ils possèdent de plus une grande autorité sur les tribus voisines, dont les rivalités s'aplanissent près de « la source du procès » (ain meriha ou ^ain mispâf). Ils racontent que leur ancêtre Moïse avait conquis, dans une lutte avec le dieu qui résistait, les secrets de l'oracle du sort ainsi qne les prescriptions juridiques et rituelles et qu'il les avait transmis à ses descendants (fictifs). On trouve fréquemment dans le désert de tels sanctuaires, dont l'éclat se répand au loin, près d une source où les tribus différentes se rassemblent en paix et ou la fête du dieu est en même temps un marché annuel. La vertu curative de la source attire souvent aussi des visiteurs. Il n est pas rare que de pareilles ordonnances et de tels récits soient liés à ces faits. Plus tard, le respect qu'inspire la Mecque avec sa foire et sa pierre sacrée, la Kaha. a la même origine.

La divinité révèle parfois encore sa volonté à tout homme dans des présages, à condition toutefois qu'il les interprète justemont On croit aussi d'une manière générale que l'esprit divin se manifeste mystérieusement dans les fous et les possédés avec leurs actes et leurs paroles absurdes ; ainsi se développa le prophélisme chez les tribus cananéennes.

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Sur les Lévites de Qades et les légendes qui les concernent, voir Meyer, Israeliten..., p. 51 et suiv. — A l'hébreu Kôhen « prêtre » correspond comme on sait l'arabe Kâhin avec le sens de « voyant » (hébr. ro'e, I Samuel, IX, 9, ainsi que hôze = arabe hdzi, dans l'inscription de Zakir de Hamât, Pognon, [nscr. s&mit., p. 167, qui contient les promesses de Be'el samain « par la main des Vin et la main des ]irj (sens inconnu) »). Wellhausen, Skizzen, III, p. 130 et suiv., tient le sens de (( prêtre » pour le plus ancien. Mais il est peu probable que l'institution du sacerdoce soit primitive chez les tribus du désert, tandis qu'il dut toujours exister des voyants inspirés comme les Kâhin. Avec le développement de la civilisation, un sacerdoce devint par contre indispensable; chez les Sémites nous le voyons naître en relation avec l'idole et le temple. Il est compréhensible, en effet, que les voyants se transforment en serviteurs du culte régulièrement institués et que l'ancien nom leur soit appliqué; une des plus importantes fonctions de ces derniers est aussi l'explication des oracles. On peut avancer encore en faveur de cette manière de voir que des Lévites de Qades, avec leurs traditions religieuses fixes, ne s'appellent précisément pas Kôhen, mais que le nom de Lévi se rencontre en concurrence avec le premier jusqu'à ce qu'enhn les deux termes se confondent.

351. L'homme aussi est le siège d'un élément divin, lame ou le soutfle [rûah, nefeè), que le dieu lui a insufflé. Mais il ne vit pas éternellement comme lui ; avec la mort le souffle l'abandonne et son existence est terminée. De Tàme il subsiste tout au plus un être fantôme, qui habite le royaume des morts sous la terre, chez les revenants (les refa'im, « les faibles, les impuissants » des Phéniciens et des Hébreux), précisément là où on cache le corps sans vie. Il peut bien revenir un jour sur terre et effrayer les survivants ; un puissant magicien qui sait évoquer les morts peut momentanément le rappeler peut-être à la vie; mais il est séparé pour toujours du monde des hommes doués de force, des vivants. Pour apaiser sa faim et sa soif, on apporte quelques offrandes à son tombeau, et on déplore d'ailleurs la mort par une cérémonie funèbre, où les femmes surtout se frappent et s'arrachent les cheveux. On élève sur le

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