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CARACTÈRE GÉNÉRAL DES SÉMITES

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sémitique est la platitude de sa pensée. Ils sont doués d'observation pénétrante pour les faits particuliers, comme on peut l'attendre de tribus errant dans la steppe et le désert. Ils montrent un esprit calculateur et tourné vers ce qui est pratique, et cette disposition douiinc la religion et les concepts sur le dieu à tel point que, s'ils Testiment nécessaire, ils ne reculeront d'elTroi devant aucune conséquence, la poussant jusqu'à l'extrême limite et assez souvent avec une cruauté brutale. A cette tournure d'esprit correspond le fait que les Sémites se sont toujours montrés d'adroits marchands. Au reste le sentiment de rhonneur ne leur manque nullement ainsi qu'une manière idéaliste de penser qui en dérive et qui se manifeste surtout dans la force de sacritice que l'individu met au service de l'alliance contractée, d'abord avec la famille et avec l'Ktat, puis spécialement avec la religion qu'il observe ou à laquelle il se rattache. Dans ce domaine, les Sémites ont produit de puissants idéalistes, non seulement comme les prophètes dlsraël, mais aussi comme Mohammed et bien d'autres figures de l'histoire musulmane. Il faut mettre au nombre de ces personnalités les Carthaginois llamilcar et llannibal. Chez eux la raison finit toujours par reprendre le dessus, appliquant leur bon sens aux réalités vraies ou supposées de l'existence, sans négliger cependant leur intérêt particulier; l'intuition est étouffée par un froid calcul. Les moments les plus importants des manifestations prophétiques en Israël, chez Mohammed, dépendant de l'éclat soudain et irrésistible d'une conviction interne, sont trop souvent unis à des traits qui troublent et qui choquent notre sentiment. Dans la forme (ju'ont prise les deux révélations les plus parfaites de l'esprit sémitique, le judaïsme et l'islamisme, ces aspects sont complètement au premier plan. Les sacrifices des premiers-nés et la prostitution sacrée des Phéniciens forment le revers de ce réalisme prodigieux. L'indoeuropéen ne put pas supporter cette manière d'être un instant seulement : les Perses ont tiré de l'Islam le panthéisme des soûfis, contre lequel se révolta de nouveau l'esprit sémitique

dans la réaction purement arabe des Wahhâbites. La ferveur de la vie affective et la chaleur du sentiment qui caractérisent rindo-européen sont étrangères aux Sémites; elles apparaissent beaucoup plus fortes aussi chez les égyptiens. A cette disposition d'esprit des Sémites est intimement lié le fait qu'ils manquent de la force fécondante de l'imagination créatrice et par suite de la liberté intellectuelle qu'elle procure. L'esprit logique et l'observation pénétrante régnent en maîtres dans leur poésie. Elle montre une rhétorique pleine d'effet et se distingue par le bon sens et la sagacité, mais elle devient bizarre dès qu'elle doit créer son monde elle-même. On ne peut pas le méconnaître même dans les plus grandes créations d'un Deutéro-Isaïe ou d'un Job ; si l'on passe de là ou de l'ancienne poésie arabe à la poésie indoue ou persane, pour ne pas mentionner les poètes grecs, la dillérence est frappante. Les Sémites ont fait sans doute diverses inventions pratiques importantes et aucune n'a eu des conséquences plus grandes que celle de notre alphabet, mais on ne leur doit guère de grandes créations originales. Le terrain de la spéculation philosophique leur est à peu près totalement fermé. Dans ce domaine la pensée d'analyse ne conduit jamais au but si elle n'est pas complétée par l'imagination créatrice, qui saisit grâce à l'intuition et évoque ce qui n'est plus sous les yeux. Il en est de môme pour les arts plastiques; on sait trop combien pauvres furent leurs productions artistiques ; la seule exception est fournie par Tari grandiose de l'époque accadienne en Babylonie (§ 404 et suiv.) ; mais en face d'elle se place la stagnation complète, non seulement de l'art, mais aussi et surtout de la vie intellectuelle, dans laquelle s'est enfoncée la Babylonie aux époques suivantes pendant plus de mille ans.

353. Malgré ces imperfections, les Sémites sont une race bien douée qui a accompli des grandes choses au cours de la vie historique de l'humanité. On est surpris de voir avec quelle énergie les tribus d'Arabie ont créé une civilisation

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particulière au sein du désert et ont imposé ensuite leurs concepts et le sceau de leur particularisme à des peuples étrangers qui avaient une manière de penser en partie toute différente. Dans l'étroit territoire que constitue la Palestine le développement original du petit peuple d'Israël et l'influence puissante, mondiale qu'il acquit, sont plus étonnants encore. Il faut insister aussi, malgré le manque de vie intérieure propre, sur les productions historiques des Phéniciens et des Carthaginois. La civilisation babylonienne est beaucoup plus ancienne ; elle n'est pas au reste un pur produit du sémitisme, mais un produit composite dont un peuple étranger a sa part. Elle n'a pas atteint, d'ailleurs, une intensité comparable à celle de la civilisation israélite et arabe, ou seulement de la civilisation égyptienne. Et peut-être cela seul met-il en relief le particularisme des Sémites : car les Babyloniens manquent de l'impulsion que crée le mouvement de la vie sociale, de l'esprit d'assimilation et d'élaboration des idées qu'on emprunte à ses voisins ou qu'éveille leur influence; d'où il suit que leur esprit n'a subi aucune réaction qui l'obligeât à réfléchir. Ces circonstances ont eu au contraire une importance décisive dans le développement des Israélites et des Arabes. Tandis qu'en Babylonie, en quoi elle diffère de l'Egypte, la vie intime du peuple s'est aussitôt épuisée ; elle n'eut pas la force de dépasser le point qu'elle avait atteint, et sa civilisation devint de bonne heure stationnaire.

Histoire et civilisation ancienne des Cananéens et des

Phéniciens.

354. Nous avons déjà vu qu'une ancienne population était établie dès le commencement de l'histoire égyptienne dans le Sud de la Syrie, dans la contrée appelée plus tard Palestine, et dans la péninsule du Sinaï; elle était peut-être mélangée

de descendants d'une plus ancienne couche ethnique appartenant aux pays du Nord (§ 330). Le même type ethnique se rencontre régulièrement dans les représentations égyptiennes des Asiatiques, ainsi chez les 37 Sémites qui envahissent l'Egypte sous Sésostris II, 1901 avant J.-C, conduits par Ebsa, « le prince du désert » (§ 289). Les Sémites sont appelés 'Amu, où il faut peut-être reconnaître le mot 'am « peuple ». La tribu qui habite la péninsule du Sinaï s'appelle Menziu dans l'Ancien Empire (§ 227). Le costume se compose d'un pagne ou d'une chemise semblable à un sac de laine bariolée, qui est restée la caractéristique des Sémites par opposition au lin blanc des Egyptiens. Chez les nomades les lèvres sont rasées, la barbe est courte et pointue ; la chevelure est relevée en un toupet et retenue par une corde (§ 167). La population sédentaire porte au contiaire une barbe ondoyante. L'armement consiste en un arc doublement recourbé, façonné avec art, en lances, en un javelot de bois et une hache d'arme particulière, formée d'un bois recourbé garni d'un tranchant de cuivre. Les textes égyptiens ne nous permettent pas de reconnaître à quel rameau ethnique appartenaient ces anciens Sémites de la Syrie méridionale ; on ne peut cependant douter qu'ils ne fussent déjà des Cananéens, bien que ce nom, Kna', Kna'an (le sens du nom est tout à fait obscur), ne désigne le pays et ses habitants qu'à partir du milieu du ii« millénaire.

D'après la légende israélite, la Palestine est habitée dans les temps primitifs par les « esprits des morts » Repha'îm (§ 351; le sens exact a été indiqué par Stade), qui vivaient alors sur terre comme des géants, semblables aux héros grecs. On les distingue à l'origine des géants mythiques, vivant au Sud, « les enfants d' 'Anaq », qui formèrent plus tard le peuple des 'Anaqites. Dans le commentaire archaïque du Deutéronome, II, 8 b, 10-12, 20-23; III, 9, 11, 13 b-14, on donne encore pour ces peuples primitifs des noms locaux particuliers (Emites, Zamzumites) et le rédacteur de Genrse, XIV, les fait apparaître en personne ; de même Josué, XII, 4, XVII, 15 ; Genèse, XV, 20. Pour ces récits, voir Meyer, hraeliien...., p. 264; 312 ; 477

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et suiv. Ils n'ont naturellement aucune valeur historique bien que Schwally soit arrivé à transformer aussi ces 'Anaqiles en un véritable peuple, ZATIV, XVIll. — On pourrait peut-être retrouver le nom Amu dans les 'Auwites D^v;, qui formaient selon DpAiih\, H, 23; Josué, Xni,3, la population primitive de Philistie. — A l'inverse de la Syrie du Nord, les noms de lieux, de tleuves et de montagnes de Palestine sont pour la plupart nettement sémitiques, de sorte qu'une ancienne civilisation n aura guère précédé la colonisation sémitique. - Le sens admis généralement de Kna'an -< pays-bas » est aussi absurde linguistiquement et en réalité que celui de Aram « pays haut ». Le nom apparaît d'abord dans les lettres d'El- Amarna comme Kinahhi, c'est-à-dire Kna', d'où l'ethnique Kinahhaiu, et Kinahna, c'est-à-dire Kna'an comme nom général de la Syrie sémitique, y compris la Palestine; Kna'an désigne par contre exclusivement l'extrême Sud chez les égyptiens du Nouvel Empire. Chez les Phéniciens on trouve Xva comme nom de pays dans la tradition grecque (Steph. Byz., s. v.\ Philon de Byblos, 2, 27. Bekker, Anerd., Ul, 1181. Uerodian, -rrep-. [xor^pou; Xéçsw;, p. 19 Lehrs); Kna'an sur des monnaies de Laodicée (=:Umm el-%a\vàmîd). C'est pourquoi les paysans africains se nomment encore Chanani à l'époque d'Augustin, selon une donnée bien connue Ih^/nst. ad Rom. incohal. expos., 19).— Les archéologues et les fouilleurs restreignent à tort le terme de « cananéen » à la civilisation du IP millénaire, ou même, comme Vincent, à partir de 1600, et désignent comme « présémitiques » les couches antérieures.

355. Il est probable que la Syrie méridionale fut dépendante de rÉgyple déjà à l'époque de PAncien Empire ; les guerres y furent certainement fréquentes (§§ 232.253). Nous avons noté, au temps de la VI« dynastie, vers 2500, un grand mouvement, qui partit des « 'Amu sur le sable », des Heriusa, et conduisit, sous Pepi I vers 2500, à une longue guerre pendant laquelle les armées égyptiennes sous Una dévastèrent la Palestine et la prirent à revers par une tlotle qui aborda près du « cap de la gazelle » (le Carmel f ) (S 266). Auparavant déjà il y eut de multiples relations entre la Syrie du Nord et Sinéar ; un souverain sumérien étendit son empire jusqu'à la Méditerranée

(§ 391) ; puis, vers 2750, le roi Sargon (Sar-ukîn) d'Akkad entreprit contre les Amorrites une grande expédition qui lui donna la domination sur les « pays au bord de la mer du Couchant » c.-à.-d. la Syrie septentrionale (S 398), que ses successeurs prétendirent aussi posséder. GeAte division du pays syrien subsista pendant longtemps : le Nord appartient à la sphère d'influence babylonienne, le Sud aux Égyptiens, et les deux civilisations se rencontrent et se mêlent sur le territoire syrien. Des relations commerciales et diplomatiques s'établirent sans doute entre les Pharaons et le royaume de Sargon (Sar-ukîn) et de ses successeurs, comme nous le montrent mille ans plus tard les lettres d'El-A marna pour l'Egypte et la liabylonie. Ces rapports doivent remonter au temps des grands constructeurs de pyramides, quoique nous ne possédions, il est vrai, aucun renseignement de cette nature.

356. Les données éparses sur les guerres syriennes de PAncien Empire et de la VP dynastie montrent que la Palestine d'alors, ce qui est compréhensible, était un pays de civilisation sédentaire, avec de petites localités fortifiées (ainsi Neli'a g 253), des champs et des vignes. Elle était divisée en de nombreuses petiles principautés, où dominait une aristocratie guerrière. Les ustensiles conservent longtemps un caractère primitif, notamment les vases de pierre ou d'argile, sans ornements ou décorés de dessins primitifs incisés. On trouve également du cuivre, du bronze et des bijoux. Les pierres et les métaux précieux peuvent naturellement avoir été connus. Les monuments mégalithiques très fréquents aussi en Palestine et dans son voisinage, tombeaux formés de grandes plaques de pierre (dolmen), grands blocs dressés et pierres rangées en cercle, appartiennent probablement, en partie du moins, à cette population et à cette époque. Les grands blocs et les tables de pierre sont sans doute érigés en l'honneur du dieu, souvent en longues rangées, et semblent avoir la môme signification que les stèles votives dans les civilisations plus avancées et les

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statues de la divinité ou de ses adorateurs consacrées dans les sanctuaires. On trouve à Gézer ces piliers et ces tables de pierre, en longues lignes au milieu de la ville du II* millénaire, et de la même manière à Assur. C'est là un développement secondaire de Tusage fort répandu, aux époques primitives, d^amonceler en l'honneur du dieu au bord des chemins et des territoires des tas de pierres auxquelles chaque passant ajoute la sienne. Kn Grèce aussi le pilier de pierre [hermh), et plus tard l'image du dieu, est sorti de tas de pierres semblables (spi^aTa,

Les Sémites de Syrie n'ont jamais créé une civilisation artistique personnelle, ni un style particulier; l'activité industrielle a dû cependant se développer de bonne heure chez eux aussi et plusieurs établissements auront aussitôt acquis une plus grande importance, avec des marchés où l'on vendait à côté de ces objets fabriqués les produits naturels du pays cultivé et du désert. Les marchands venus d'Egypte, de la Syrie du Nord et de Babylonie s'y rencontraient avec les bédouins du désert. C'était le cas notamment pour les côtes fertiles, placées en avant des contrées montagneuses de l'intérieur, où s'élèvent déjà très anciennement les villes que nous y rencontrons plus tard, Gaza, Askalon, Joppe, D'or, 'Akko (Acre). Sur le littoral, les Cananéens ont pénétré plus au loin vers le Nord, au pied du Liban qui s'élève en terrasses depuis la mer jusqu'à la plaine de l'Eleuthère, qui sépare le Liban des monts des Nosaïris au Nord, et même au delà. L'arrière-pays était probablement encore habité par des tribus non sémitiques que remplacèrent ensuite les Amorrites venus du désert (§ 396). Les Sémites du littoral par contre se considèrent, eux et leur pays, comme appartenant à Canaan (^ 354 note); le nom de leur tribu est Sidonien, qui ne peut guère avoir le sens de « pêcheur », mais est plutôt en rapport avec un dieu Sid qu'ils honoraient. Les Grecs ont nommé les Phéniciens « les Rouges », probablement à cause de l'étoffe rouge qu'ils teignaient avec la matière colorante fournie par le mollusque de la pourpre et exportaient

dans le monde entier. On ne trouve guère de terrains cultivés sur les premières hauteurs et les bandes étroites du Liban ; la pêche et la navigation produisaient de meilleurs revenus. Les habitants sont donc devenus un peuple de marchands navigateurs chez lequel se développèrent rapidement aussi les métiers et l'industrie. Les villes les plus importantes sont situées sur les récifs devant les côtes, ainsi Tyr [Sôr « le rocher ») qui ne possède aucune source mais doit tirer son eau d'un point de la côte, Usa (Palaetyros) séparée de Tyr par un bras de mer d'environ un kilomètre de large. De même, plus au Nord, Sidon se dresse sur un rocher qui fut relié de bonne heure au continen.t par une dune de sable. Puisque cette ville porte le nom de la tribu, elle a été sans doute son centre le plus ancien. Beaucoup plus au Nord, devant les monts des Nosaïris, on trouve Arwad (Arados), également sur une île rocheuse comme Tyr; elle devint de bonne heure très importante. Ce type d'établissement laisse nettement deviner l'occupation successive de la côte. Sur la terre ferme elle-même, on ne trouve, indépendamment de toutes petites localités comme Akzîb ou Sarepta, que la « ville montagnarde » Byblos (Gubl) au pied du Liban septentrional, avec un territoire étendu. Cette cité avait une importance particulière, car elle possédait les riches forêts du Liban avec ses magnifiques cèdres, très recherchés comme bois de construction.

Les découvertes archéologiques en Syrie et en Palestine ne sont encore qu'à leurs débuts. Au III** millénaire appartiennent les plus anciennes couches de Lakis (Tell Hesy), Gézer, Megiddo (cf. § 471 note), puis celles de Jéricho (MDOG, 41, 10, ainsi que les murs de briques d'argile, p. 12). Comme orientation, voir H. Vincent, Canaan d'après C exploration récente, 1907, ainsi que les excellents rapports de A. Thiersch dans Archeol. Anzeiger, 1907, 1908 et 1909 {Jahrb. d. deut. Arch. Inst., XXll et suiv.). Le tableau excessivement primitif, que fournissent les objets provenant des plus anciens établissements (comme à Megiddo) découverts jusqu'à ce jour, deviendra plus vivant sans doute après des fouilles plus systématiques. La ville sémitique

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HISTOIRE ANCIENNE DES CANANÉENS ET DES PUÉNICIENS — î; 356 91

Nelia dont le bas-relief de Desase (V dynastie) représente la connuêle'(*i 253), a une muraille d'argile avec des tours. Dans le tombeau de Sahurè' (§ 233) sont souvent représentés des ours et d'autres animaux du Liban, et souvent aussi des vases phéniciens, de grands vases de terre cuite rouge, sans décoration, au pied aplat., au long col et à l'anse dégagée, dont la forme est réellement plus pla.sante que celle des pots de Palestine.- Des monuments mégahtlnques Lproduils par ex. dans Perrot et Chipie/., Hist. de lArt, IV, p. 3.1. 378 et suiv. Vincent, op. cil., p. m et suiv., m et suiv.) sont souvent mentionnés dans l'Ancien Testament, ainsi en Parl.cu «er le grand cercle de pierres de Gilgal près de Jéricho. Josué IV, 3 .0 ; cf Mever, hraelUeu, p. 473 et suiv. Les stèles de Gézer doivent être expliquées comme les longues rangées de stèles des rois et des fonctionnaires d'Assur MPOG., 40, 28; 42, 3'. et suiv., 50 et su.v.; 43, •{6 • 44 36 et suiv. ; 43, 44 et suiv.) qui sont appellées « images » '(saLm)'de ceux qui les vouent, quoiqu'elles ne soient que des blocs de pierre avec une inscription sur la face grossièrement polie. La rangée de pierres de Oé/.er à tout a fuit le même aspect, seule 1 inscription manque. Comme les stèles d'Assur commencent au xV siècle (MDOr, 41 39), celles de Gé/.er ne sont guère plus anciennes. Au reste, cf! Th'iersch, Arch. A„z<'ig»r, 1909, p. 368 et suiv.; mai^s il fait conquérir la ville par les Israélites sous Josué, ce qui surprend quand on sait qu'elle fut cananéenne jusque sous Salomon. - Sidon.ens, DWï, S-.Sô-no,, ne désigne jamais les habitants de Sidon dans l Ancien Testament, dans les inscriptions et sur les monnaies de Tyr, dans le litre des rois tvriens comme dans Homère, mais les Phéniciens en général de même aussi dans le tableau des peuples du Yahwiste, Gen X, 13. Josué XIU, 4 (cf. Meyer, hr.d., p. 333 el suiv.., dans le texte original, sépare les Phéniciens du Sud, en tant que « Sidoniens jusqu'après Apheq » (sur le Nahr Ibrahim, § 337), des GiblUes, habitants de Byblos. Justin, XVIII, 3, 4 explique le nom de Sidon par la nature poissonneuse de ses eaux : .. nam piscem Phoen.ces sidon vocant ... Si c'est juste, la racine nv « chasser .. a dû sign.her aussi « pécher .. en phénicien, et nous devrions traduire Sîdôn non par .. poisson .. mais peut-être par « pêcheur ». Une telle formation n'existe probablement pas; il est plus exact de mettre en relation le nom du peuple et de la ville avec le dieu lï qui apparaît dans des noms propres carthaginois très fréquents 'Abd-sid, Yaton-sid, ou

l.lan-sid (CI Sem. I, 292), et dans des noms divins Sid-Melqart et Sid-Tanit. Ce terme est peut-être identique à 'Afpsô,- le « chasseur » ou à son frère 'AXiîj; le « pécheur « dans Philon, II, 9, où ils apparaissent comme des hommes des temps archaïques. — Chez les Égyptiens du Nouvel Empire, la Phénicie s'appelle Zabi ; mais le décret de Canope rend faussement Phénicie parKaft. La désignation égyptienne Fnch pour les barbares vaincus (\V. M. Muller, Asien u. Europa, p. 208 et suiv.) n'a rien à voir avec les Phéniciens (contre Sethe, cf. § 253 note). — 11 est certain maintenant par les représentations de la campagne militaire de Sahurè' (S 233) que les habitants des villes cùlières au III' millénaire étaient Sémites ; on ne peut d'ailleurs en douter vu l'emploi du nom Canaan pour la Phénicie (§ 334 note) el le caractère sémitique de leurs toponymes ; leur langue est un rameau du cananéen. L'hypothèse qui les tire de la << Mer Rouge » c'est-à-dire de la Babylonie du Sud, dans Hérodote I, 1; VII, 89 (les écrivains postérieurs ont fait le rapprochement avec les îles Bahrein, Tvlos et Arados, Strabon, XVI, 3, 4-27) n'a pas plus de valeur que celle qui fail sortir les Hébreux de la ville d'Ur dans TAncien Testament; Trogue Pompée (Justin, XVIII, 3), qui fait venir les Phéniciens du « Syrium stagnum » c.-à-d. de la Mer Morte, a certainement été influencé par la légende de Sodome et Gomorre (A. V. Gutschmid, A7. Schrlften, II, 87j. — D'après Africanus, apud Sync. p. 31, les Phéniciens ont une Iradition historique de 30.000 ans. Si ce n'est pas une pure invention, il s'agit naturellement d'histoire divine; selon Hérodote, II, 44, par contre, Tyr et son temple d'Héraclès-Melqarl lurent fondés 2300 ans auparavant, c.-à-d. vers 2730. Il ne s'agit pas là de tradition historique bien que ces chiffres puissent se rapprocher de la vérité. Si au contraire, d'après Justin XVIII, 3, 4, Tyr a été fondée un an avant la chute de Troie et (jne Ménandre d'Ephèse (Josèphe, Ant. lud., VIII, 02 à combiner avec c, App., 1, 12G; d'après lui Eusèbe, a. AOr. 745) mentionne une ère tyrienne de 1198/7, il semble qu'un événement historique, qui nous échappe, est à la base de cette évaluation; mais Tyr même est de fondation beaucoup plus ancienne comme le prouvent les textes égyptiens et les lettres d'El-Amarna. Il faut aussi attirer lattention sur ce fait que si les villes phéniciennes ont possédé des annales anciennes, celles-ci n'ont pu être rédigées qu'en cunéiformes, que personne ne savait lire plus tard. L'écriture phénicienne n'a été inventée que vers l'an 1000.

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357. Les Egyptiens sont entrés en relation avec ces territoires par la voie maritime, dès peut-être l'époque des Thinites, mais en tout cas depuis Snofru (§ 232), car ils avaient un pressant besoin de bois de construction. Ce fait paraît avoir entraîné une suzeraineté égyptienne sur la Phénicie, que consolidèrent des interventions guerrières. Le temple funéraire de Sahurê' nous a fait connaître (§ 253) une telle expédition, à la suite de laquelle on emmena en Egypte, sur de grands navires, des prisonniers sémites en costume d'apparat. De ce qu'on a choisi la route maritime, on peut conclure qu'il s'agit de la côte phénicienne et non de la Palestine. Ainsi s'expliquent les anciennes et profondes relations de TEgypte avec Byblos (égypt. Kepni, § 229 note). On honore à Byblos une grande déesse, la « Ba'alat de Byblos » et à côté d'elle un dieu qui est simplement appelé « mon seigneur » Adônî. C'est un dieu de la végétation en tleur qui meurt en plein été; ce culte donna naissance, comme dans beaucoup d'autres, surtout en Asie-Mineure (cf. § 490), à une fête de deuil en l'honneur du jeune dieu, enlevé dans la tleur de sa force. Le dieu habite Byblos dans un fleuve voisin, sortant de la source abondante d'Apheq près du Liban (fleuve Adonis, maintenant Nahr Ibrahim). A l'entrée de Tété, en efl'ct, ce cours d'eau se teint en rouge du sang du dieu mis à mort. C'était, raconte-t-on, un jeune homme très beau aimé par la Ba'alat; mais les dieux, jaloux du bonheur de la déesse, envoyèrent un sanglier redoutable qui tua le jeune homme à la chasse près de la source. Ainsi chaque année à Apheq, on célèbre les noces fleuries de la déesse avec son bien-aimé de retour du monde souterrain et le jour suivant la cérémonie funèbre du « seigneur » (Adonis) tué.

Le culte a été identifié de bonne heure avec le mythe apparenté d'Osiris et d'Isis. Plus tard les Egyptiens eux-mêmes adoptèrent cette assimilation ; ils racontaient que le cercueil, contenant le cadavre d'Osiris jeté par Sêth dans le Nil, fut porté par la mer jusqu'à Byblos, y fut entouré par les branches d'un tamaris speUï! et caché jusqu'à ce qu'Isis l'eût retrouvé et

ramené en Egypte. Les Egyptiens connurent de bonne heure aussi la Ba'alat de Byblos et l'assimilèrent à Hathôr; dans le Moyen Empire déjà des Egyptiennes portent son nom traduit en égyptien, nebt-Kepni. A Byblos elle est figurée tout à fait comme Hathôr, le disque solaire posé sur la tête entre les cornes. Le papyrus Ebers mentionne une recette pour des maladies d'yeux « par un 'Amu de Byblos » (63,8), qui est donc venu en Egypte au plus tard sous le Moyen Empire.

Les matériaux égyptiens pour Byblos, § 229 note; les relations se

renouent encore sous Sosenq I. — Autant le nom d'Adonis apparaît nettement chez les Grecs pour désigner un dieu phénicien, autant il est complètement inconnu aux Phéniciens eux-mêmes; 'adôn n'est toujours qu'une épithète appliquée à chaque dieu mâle (féminin : rabbat). Philon aussi ne connaît pas le vocable Adonis, mais nomme, 2, 12 et suiv., le dieu 'EXtoùv (^T^Vj, "V^ircoi;, qui n'est qu'un surnom. Cf. A'.l ojpavûo li^itrut) Saapvaiqj £7rr,x6(f> sur un autel près de Byblos, Renan, Mission en Phénicie , 234, nommé sans doute d'après une ville Saarna qui s'y trouve; Atl (j^lcz'.^ à Byblos même, ibidem, 2^'S; cf. CIGr. 4525. Au cas où le dieu a eu réellement un nom propre, ce qui n'est nullement nécessaire, on évita de le prononcer. — Sur le culte d'Adonis et les lieux de culte, Lucien, de dea Syra, 6 et suiv. Eusèbe, Vit. Const., m, 55. Sozomène, Hisi. EccL, II, 5, cf. Zosime, I, 58. En aval de Afqa se trouvent aussi plusieurs temples, et contre une paroi de rochers près de Ghine au-dessus d'une caverne on représenta plus tard les destins du dieu (Renan, Missitm, p. 283 et suiv. PI. 38). Rapport de la légende d'Osiris avec Byblos : Plutarque, de Is., 15; cf. Lucien, dea Syr., 7 ; Apollodore, II, 1, 3, 7 et d'autres. L'arbre ipz'xr^ avec le cercueil est représenté sur les monuments égyptiens. — De Byblos le culte d'Adonis se répandit chez les Phéniciens puis dans le monde grec ; il fut plus tard identifié aussi avec le Tammilz babylonien, un dieu de même nature, l'amant d'Astarté (§ 373). Au reste voir l'ouvrage soigneux et approfondi de von Baudissin, Adonis und Esmun, 1911. Les théories fondamentales de Frazer, Adonis Attis Osiris, 1907 {the Golden Bough, IV) sont insoutenables, en particulier de ramener le mythe d'Adonis à une prétendue immolation du roiprêtre, comme d'affirmer que les Sémites avaient coutume d'adorer

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les rois. Dilmmler, art. Adonis, dans Pauly-Wissowa, est tout à fait faux. - Chez. Philon de Byblos le dieu égyplien Thout (Tia.xo;) joue aussi un grand rôle. La Ba'alat est représentée sur la stèle du roi Yehawmelek, CfSem., l, i, cf. Philon, II, iJi sur Astarlé.

358. Les ambitions de l'Egypte et de la Habylonie peuvent avoir provoqué des chocs enPhéniciedéjà à l'époque archaïque. Avec la chute de l'Ancien Empire cesse l'action immédiate de l'Egypte sur la Syrie, tandis qu'au contraire une poussée sembla s'être produite de Syrie vers la vallée du Nil. En tout cas des Sémites ont toujours pénétré en Egypte, tant comme nomades envahisseurs que comme mercenaires. Pendant ce temps l'innuence de Sinéar est encore renforcée par les relations que créèrent les Amorrites; nous examinerons ce point en détail dans l'histoire babylonienne. A cette époque, ce semble, la langue et l'écriture babyloniennes pénètrent dans les relations commerciales dans toute la Syrie, y compris la Palestine, et avec elles les mesures, les poids de IJabylonie et l'étalon des métaux précieux. La civilisation matérielle fit en môme temps de grands progrès (cf. § 471).

Lorsque sous le Moyen Empire la puissance égyptienne fut rétablie, l'emprise sur la Palestine recommença peut-être dès la IP dynastie (§ 277), en tout cas avec Amenemhet I, depuis 2000. A cette époque, comme nous l'apprend l'histoire de Sinuhet (§ 289), les principicules Syriens sont en relation active avec le royaume des Pharaons et témoignent de leur, respect pour la cour des bords du Nil.

Le texte nous donne surtout une image nette des conditions de la Syrie : nous apprenons à connaître les fortifications à la frontière d'Egypte, les bédouins du désert, et les petits « pays », cest-à-dire les principautés locales, dont « l'un transmet à l'autre le fugitif Sinuhet », jusqu'à ce qu'il arrive à Byblos et de là à Qedem, « le pays à l'Est », soit le pays montagneux au centre du désert syrien que nous connaissons d'après les textes hébreux comme la patrie des nomades araméens. Puis

HISTOIRE ANCIENNE DES CANANÉENS ET DES PnÉNlCIENS — § 358 101

'Ammienâi, prince du Rezenu supérieur, l'emmène chez lui; à sa cour le héros parvient aux plus grands honneurs, épouse sa (illc et obtient la possession du « beau pays Ya'a » qui produit des figues, du vin, du miel, de l'huile et de nombreux arbres fruitiers, des céréales et des troupeaux. Il se distingue dans une guerre contre les voisins et tue dans un combat singulier un puissant géant de Rezenu, ce qui augmente encore son inlluence. Nous rencontrons ici pour la première fois le nom « Rezenu-supérieur » (par erreur Zenu), que les Egyptiens donnent désormais, et jusque pendant le Nouvel Empire, à la Palestine. Sésostris III entreprit vers 1900 une expédition contre ce même pays et semble avoir pénétre jusqu'à Sichem (§ 280). Nous ne pouvons dire si le nom Rezenu, dont léquival'ent indigène est inconnu (il devrait s'écrire probablement ph), a une origine locale ou s'il désigne quelque nouvel élément de la population qui pénétra dans le pays.

Puis s'afGrme au xvni' siècle une nouvelle poussée de Iribus septentrionales, venant probablement d'Asie-Mineure; elle donne lieu à la domination desHyksos (§ 304). Nous devrons revenir plus tard (cf. § 467 sq.) sur ces migrations de peuples, ainsi que sur la forme prise par la Syrie après l'époque des Hyksos.

Le lien logique dans Sinuhet est devenu beaucoup plus clair grâce à la découverte d'un nouveau texte par Gardiner {Her. Berlin. Akad 1907 p U2 et suiv.). Comme Sinuhet arrive depuis Byblos dans 'le paN^ de Qedem, ce dernier est plus au Nord que nous ne Tavions'cru jusqu-alors. Voir aussi Meyer, hradiUn, p. 2V2 et suiv. Dans l'Elohiste, ce pays est la résidence de Laban et des Araméens : Genhe, XXIX, 1, et cesl le sens primitif de la légende; son déplacement à Harràn dans le Yahviste est secondaire quoique plus ancienne littérairement. Il apparaît ailleurs, A'omém, XXIII, 1, comme patrie de Bile'am; Juges, VI, 3.33; VII, 12; VIII, 10, dans les additions à Ihisloire de Gédéon ; Genèse, XXV, 6;-cl. X, ^u (puis noip fils d'isma'el dans P (Code sacerdotal), '^aipn Genèse, XV 19) comme siège de tribus tout à fait nomades, de même Jérémie, XLIX, 28: Ezéehiel, XXV, ^.10; Job, 1, 3; Isaïe, XI, 14.

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SUMERIENS ET SEMITES EN SINEAR

Gêoç/raphie de la Bahylonie,

359. Après que l'Euphrate a traversé le désert syro-mésopolamien, en de nombreuses sinuosités et avec une forte pente, il se rapproche de quelques lieues du Ti^re et pénètre dans un vaste bas-fond qui doit son ori{:çine aux alluvions des deux tleuves. L'Fluphrate, d'une altitude plus élevée, se divise en une multitude de bras et de canaux qui se déversent pour la plupart vers le Tigre et arrosent au loin le pays. Pendant l'hiver, saison sèche et parfois assez froide, les eaux sont basses et presque tous les canaux sont à sec. En mars, le Tigre commence à grossir et l'Euphrate en avril ; puis, à l'époque des hautes eaux, en juin et juillet, lorsque les énormes masses de neige des monts d^Arménie cherchent leur chemin vers la mer, de vastes étendues de terrain se transforment en lacs d'où n'émergent que les lieux surélevés, comme on le voit en Egypte deux mois plus tard. Les eaux et leurs sédiments procurent au sol une grande fertilité, qu'Hérodote par exemple décrit sous des couleurs presque plus vives encore que celles de l'Egypte. En tout cas, cette richesse n'est surpassée par aucune autre contrée de la terre. Il était sans doute nécessaire pour en tirer profit, comme en Egypte, que les habitants du pays s'en occupent constamment et prudemment. Le tleuve

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