‹ Histoire de l'antiquité [microform]Chapitre 147 sur 172 · GÉOGRAPHIE DE LA BABYLONIE · texte numérisé non relu

GÉOGRAPHIE DE LA BABYLONIE

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causes naturelles ont été considérablement amplifiées par la complète décadence de l'administration musulmane qui suivit la conquête mongole. Le pays florissant de Nabuchodonosor (Nabû-kudurri-usur) et des califes n'est plus reconnaissable : presque toutes les anciennes villes ne sont aujourd'hui que des collines de décombres au milieu de la solitude du désert. Sur de grandes étendues on ne rencontre que des marais ou du sable ou surtout de pauvres tribus de bédouins qui ne se plient à aucune administration rationelle.

Les données positives que nous avons sur le pays prouvent que l'on donne généralement une fausse interprétation des mythes babyloniens de la création et du déluge. On ne peut en effet soutenir que ces légendes se rapportent à des faits annuels : l'hiver (qui est en réalité la saison sèche I), représentant la saison des pluies et des hautes eaux, serait le règne du chaos, Tiâmat ; la victoire de Bêl-Marduk, le dieu soleil de l'été nouvellement né (ce dieu n'est pas en réalité un dieu solaire) marquerait la régression des eaux et rétablissement de Tordre dans le monde. Pour les dates de rinon dation, voir Sachau, Am Euphmt u. Tigris, surtout les pages 7i, 7G. Pline, Nat, Hist., V, 90, rapporte faussement à l'Euphrate les dates de la crue du Nil. Pour les difficultés d'une irrigation rationnelle et le danger des formations marécageuses, voir les excellentes informations que donnent les historiens d'Alexandre (Aristobule) dans Strabon, XVI, 1, 19 et suiv. et Arrien, VII, 7, 21. Sur les canaux et les digues, leur ruine rapide et leur disparition, cf. Herzfeld, Ueber die histor. Geogr. von Mesopotamien, dans Petermanns Mittheii^ 1909, pp. 345 et suiv. Cet auteur montre que les traces des canaux babyloniens et des anciennes digues ont depuis longtemps disparu de la surface du sol. — A l'époque assyrienne encore le territoire actuel à l'embouchure des deux fleuves formait un golfe profond; h l'époque d'Alexandre (Néarque) il y avait un grand lac intérieur: cf. Delit/sch, Wo lag das Paradies, p. 173 et suiv. Pour la plus ancieune époque historique, voir la reconstitution des anciens cours des rivières sur la carte de Cl. Fisher, Excavntiotis ai Nippur, p. 3, Sur le Pallakottas (non pas Pallakopas), en babvlonien PnUahii, cf. Meissner, ^fitih. d, Vorderas. GeselL, 1896,

Heft A ; le nom s'est conservé dans Fellôga, à l'extrême Nord de la Babylonie, là où le bras de l'Euphrate se séparait du cours principal.

360. L'idée populaire que toute la basse Mésopotamie, entourée par TEuphrate et le Tigre, a jadis été un grand pays de culture, est complètement contredite par les faits. Il a toujours existé au contraire de vastes espaces, que les eaux n'atteignaient jamais, qui étaient déserts et que seuls les bédouins pouvaient habiter. De môme en deçà du Tigre, dans le pays plat au pied des montagnes jusqu'au Choaspe, on trouve, à côté de terrains cultivables, des steppes incultes fort étendues. A rOuest et au Sud de l'Euphrate commence immédiatement le désert syro-arabe sans aucune ressource. Donc comme le pays marécageux des alluvions n'a été cultivable et colonisé qu'à l'époque hellénistique, l'ancien pays cultivé de la Babylonie, ou Sinéar, est un territoire fort restreint, sensiblement plus petit que celui de l'Egypte. Les anciennes villes se trouvent toutes les unes près des autres, dans un espace qui n'a guère plus de 50 lieues de long et 10 de large. Ce territoire part du terrain marécageux, où le Tigre près d'Opis (§ 38i) reçoit P'Adêm (babyl. Raditnu), n'est plus séparé de l'Euphrate que de quelques lieues, là où les deux cours d'eaux coulent parallèlement, et s'étend jusqu'à Eridu en aval (Abu Sahrein près de Sûq es-siûh) et aux canaux ou bras qui réunissent les fleuves, surtout le Satt en- Nîl, le Satt el-Kâri et le Satt el-Hâi, Tancien lit principal du Tigre. Par contre, aucune ville ne se dressait sur le bras principal actuel du Tigre, qui décrit une grande courbe beaucoup plus à l'Est. Il ne faut pas non plus croire que ce territoire ait été constamment colonisé et cullivable. Ce sont plutôt de longues bandes de terrains très fertiles, longeant les cours d'eaux, dans un pays désert ; mais leur étendue a subi des variations considérables suivant l'état de la civilisation et l'organisation

politique.

Contre les fantaisies modernes, voir H. Wagner, die Ueberschdtzung

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SUMÉRIENS ET SÉMITES EN SINÉAR

der Anbauflàche Babyloniens und ihr Ursprung, dans Nachr. Gôtt, des., Ph. Histor. Cl., 1902, qui critique soigneusement les données arabes et modernes. Les informations des Grecs et les nombreuses tribus bédouines, que mentionnent les textes babyloniens et assyriens, nous enseignent la même chose.

Les tribus de Sinéar et des pays voisins.

361. La contrée que, suivant l'exemple des Grecs, nous appelons Babylonie, d'après la capitale qu'elle eut un jour, était pour les voisins Sanar (égypt. Sangar; dans les lettres d'El- Amarna, Sarihar ; hébr. l^JJ^I/, LXX, Ssvaao) que nous prononçons Sinéar suivant une vocalisation massorétique erronée. L'équivalent indigène de ce nom n'a pas encore été trouvé. A Tépoque archaïque, que nous connaissons un peu par les monuments, les villes sont nombreuses, ordinairement assez petites, avec leurs dynasties propres, et se serrent comme dans la vallée du Nil aulour du sanctuaire de la divinité locale. Les collines de décombres (tell), qui aujourd'hui s'élèvent partout dans la solitude, recouvrent leurs ruines. Les villes de Sinéar ont joué le même rôle que les districts égyptiens avec leurs villes principales, car, bien que sous la suzeraineté d'un roi gouvernant tout le pays, elles sont toujours restées le fondement de la religion et de la civilisation ainsi que le siège d'une activité historique indépendante. Ce fut même le cas lorsque le développement politique conduisit pour un certain temps a l'unité complète et qu'alors la jeune ville de Babylone parvint à surpasser toutes ses rivales. Mais la population ne présente pas l'unité que nous rencontrons en Egypte : au contraire, aussi loin que peut s'étendre n^otre connaissance historique, nous trouvons deux races tout à fait différentes par leur langue et le type. Au cours de leur développement, elles se sont toujours fortement pénétrées et se sont mutuellement

influencées. Ce sont au Nord, dans le pays d'Akkad, les Sémites qui se nomment eux-mêmes Akkadiens [Akkadû) ; au Sud, dans le pays de Sumer {Szi?ner), une population non sémitique, les Sumériens.

L'identité de l'égyptien Sangar avec Sinéar a été déjà reconnue par Brugsch ; elle est assurée par la lettre d'El-\marna 25, 49 (éd. Winckler) = 35, 49 (éd. Knudtzon); cf. Aegyptiaca, p. 63. L'hypothèse de Winckler, KA 1\ 328, qui cherche Sangar = Sanhara en Asie-Mineure est tout à fait erronée. 11 n'est peut être pas impossible, comme on le croit généralement, que le nom sorte d'une forme primitive supposée Sungir pour Sumer; mais cette explication reste fort problématique, non seulement parce que les voyelles sont différentes, mais aussi parce qu'alors nous devrions déjà avoir dans la forme Sumêr la « langue des femmes » dégénérée (v. plus loin). Il faut aussi remarquer que l'on ne peut tirer des conclusions historiques du récit du tableau Yahviste des peuples de Nimrod, Genèse j X, 8 et suiv. Pendant longtemps, Tidée de Smith a prédominé qu'il fallait lire Nimrod le nom du héros babylonien écrit Izdubar; on parlait d'une épopée de Nimrod, et ainsi de suite. Cette opinion réapparaît parfois encore quoiqu'il soit depuis longtemps établi que le nom se lit Gil-Games. En réalité le « géant chasseur » Nimrod n'a rien à faire avec la Babylonie, mais appartient à#la Libye où ce nom est très fréquent (cf. ZATW, VIII, 47. Meyer, Israeliien, p. 448); il a été peut-être transporté en Babylonie par suite de la confusion qui apparaît aussi dans Genèse, II, 13, des Kusites africains avec les Cassites (cf. § 165 note). La liste des villes, qui est rattachée à ce nom, considère Babylone comme la métropole du pays, ce qui est naturellement faux pour la période antérieure à 2000. On a prouvé que le nom Chaldéen ne désigne pas l'ancienne population sémitique du pays, mais une tribu araméenne qui pénétra dans le sud dès le commencement du premier millénaire et qui enfin, dans le nouvel empire babylonien, acquit la suprématie sur tout le pays : voir Delattre, les ChaldéenSy 1877, Tiele et surtout Winckler, Unters. z. nltor. Gesch., p. 47 et suiv. Bérose, il est vrai, applique toujours ce nom à la population de la Babylonie, même aux temps primitifs; il emploie BaêuXtovta pour désigner toute la contrée, synonyme de XaXoaia ; mais les BaouÀovnot ne sont pour lui que les habitants de la

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SUMÉRIENS ET SÉMITES EN SINÉAR

LES TRIBUS DE SINÉAR ET DES PAYS VOISINS — g 362

Ville de Babvlone même. Tout cela prouve simplement qu il n avai plus aucun ;enseignement sur l'établissement des Chaldéens et qu il reporte aux origines les conditions des temps postérieurs. - Con reverse sur le sumérien et Torigine de l'écriture cunéiforme, § 31-. Bezold a prouvé par un syllabaire, ZA, IV, p. m et su.v., que la langue non sémitique était appelée « sumérien », par es Assynens. Elle se présente dans les textes postérieurs en deux dialectes 1 un ancien, l'autre plus récent, comme P. Haupt l'a reconnu en 1880. Le dialecte le plus jeune ne se trouve que dans des textes littéraires, tandis que l'ancien est identique à la langue des anciennes inscriplions sumériennes. Cette langue est le dialecte appelé « emeku » et l'autre « emesal » (la langue des femmes). On mettait tout d abord ces deux dialectes en relation avec les deux parties du pays ; Haupt, A/dad. u. Sumer, KeUscknfliexte, 1881 et suiv., Delitzsch, Wo lag da. Paradies. p. 138, 198 et suiv., Pinches et d'autres encore considéraient le plus ancien dialecte, seul usité dans les inscriptions, comme la langue du Nord ou du pays d'Akkad, el le plus jeune, dégénère, qui par exemple remplace souvent le g par m, comme la langue de Sumer. Hommel, avec plus de raison, i. ce qu'il semble, renversai les termes de l'explication. Maintenant il est certam qu aucun de deux dialectes n'est en rapport avec Akkad ; le dialecte emesal n est en réalité que la « langue des femmes . corrompue de l époque postérieure. Toutes les autres suppositions fondées sur l existence 5e ces deux dialectes, par exemple leur relation avec les noms de pavs Magan et Meluha (Schrader, Keilinschr. u. Geschickisforsrhung. p ^290 et suiv.; Delitzsch, Paradies, p. 129 et suiv., 137 et suiv cf. p. 105) sont tout à fait insoutenables. ^ La langue sémitique de la Babvlonie s'appelle « akkadien », en opposition au texte parallèle sumérien, dans une ordonnance sur la dénomination d'une nouvelle année sous Samsuditana : Messerschmidt, OLZ, 190o, -71, et. Ungnad, ibid.. 1908, 6^2; les scrupules de Bezold sur l'interprétation de ce texte sont peu convaincants, Florileg. de Vogué, p. a- et suiv • Âkkadrt est toujours alors au deuxième millénaire le nom des Sémites du Nord de la Babylonie. - La réaction dirigée par Haleyy contre l'opinion courante, qui déclarait sumérienne toute la civilisation et la religion de la Babylonie en ignorant complètement l'élément sémitique, a souvent conduit les adversaires d Halevy, comme Winckler et Hilprecht, à reporter l'origine de la civilisation

babylonienne à une époque primitive sans monuments ni écriture, à prétendre même que le sumérien était déjà langue morte à l'époque des monuments archaïques et que la race sumérienne avait été complètement anéantie par les Sémites envahisseurs. Les représentations figurées prouvent que cette conception est fausse, cf. Meyer, Sum. u. Sem., Abh. Berlin. Akkad,, 1906.

362. Les problèmes ethnographiques et historiques que pose cette réunion des deux peuples ont été en partie élucidés par les trouvailles de ces dernières années. Il est certain que les Sumériens ont dominé sur tout le pays de Sinéar au commencement du troisième millénaire. C'est pourquoi on admet généralement qu'ils furent à cette époque les seuls habitants du pays et qu'ils créèrent la plus ancienne civilisation de Sinéar ; dans la suite, une tribu sémitique pénétra en conquérant dans le Nord tout d'abord, ou pays d'Akkad, et adopta la civilisation étrangère. Il est hors de doute que cette civilisation est due pour la plus grande part aux Sumériens, Técriture notamment ainsi qu'une grande partie au moins du panthéon et des concepts religieux. De môme, le plus ancien développement artistique que conservent les monuments est purement sumérien. Mais, de très bonne heure, les Sémites apparaissent dans le Nord comme les maîtres et nous pouvons maintenant nous former une idée de leur fortune. Us empruntent aux Sumériens l'écriture et révèlent encore d'autre manière Tintluence subie. Mais, d'autre part, ils présentent tant de traits originaux qui s'affirment non seulement dans la langue, l'État et le monde des dieux, mais surtout dans leur art qui dépasse aussitôt de beaucoup les anciennes créations sumériennes et môme dans la disposition particulière des signes de l'écriture, qu'il ne peut être question d'un simple emprunt aux Sumériens. Les Sémites ont bien plutôt réellement contribué à k formation de la civilisation ultérieure de la Babylonie, qui est donc en toute vérité une civilisation mixte ou plus justement le produit d'un processus historique qui englobe deux peuples complètement différents.

SUMÉRIENS ET SÉMITES EN SINÉAR

D autre part, il n'est nullement certain que les Sumériens soient réellement la population primitive du pays. Aussi loin que nous puissions remonter actuellement, ils constituent un peuple tout à fait à part et Ion n'a pas réussi à rapprocher avec quelque vraisemblance leur langue d'une autre langue connue. Par le physique aussi les Sumériens se distinguent de leurs voisins. Comme le montrent les tôtes soigneusement sculptées de l'époque do Gudea, ils se distinguent des Sémites par un nez pointu et étroit, au profil droit et aux ailes petites. Les joues aussi ne sont pas charnues comme chez les Sémites malgré des os maxillaires puissants, la bouche est petite, les lèvres minces et finement arrondies, la mâchoire inférieure est très courte, mais le menton anguleux est très proéminent. Les yeux sont obliques comme chez les Mongols. Le front est assez bas et fuit obliquement depuis la racine du nez, ce qui a conduit les sculpteurs des monuments archaïques encore trop grossiers, à représenter le nez très proéminent, pointu, en bec d'oiseau, tandis que la bouche et le menton sont fortement en arrière, que le front disparaît presque et que le crâne se termine par un occiput beaucoup trop petit. Ces monuments archaïques ne peuvent fournir une caracléristique ethnographique, ils s expliquent comme une naïve interprétation du type humain que montrent les œuvres d'art plus parfaites. Il est difficile de les rapprocher de la population hyperbrachycéphale de TArménie et de TAsie-Mineure (§ 330 ; cf. cependant § 406, note). Sur quelques-uns des monuments les plus anciens et les plus grossiers, on trouve, à côté de tôles complètement rasées, d'autres tôtes à chevelure (perruque) et en partie avec une longue barbe et une moustache qui paraissent appartenir également à des Sumériens (§ 384); mais plus tard la chevelure et la barbe sont complètement rasées comme chez les Egyptiens depuis la première dynastie (cf. § 368). Il est très surprenant qu'à l'inverse des hommes, les dieux sumériens portent une chevelure soigneusement bouclée et relevée ainsi qu'une longue barbe frisée; les joues et les lèvres sont, au

contraire, rasées. Cette coiffure diffère absolument aussi de celle des anciens Sumériens, mais elle rappelle celle des Sémites. Donc les figures divines paraissent ôtre sous l'influence sémitique; et dans la suite, depuis Sargon (Sar-ukîn), bien que les Sumériens aient repris une fois encore la suzeraineté sur tout le pays, ils ont partout représenté leurs dieux à la pure mode sémitique, non seulement pour la chevelure et la barbe, mais aussi dans les traits du visage et dans l'habillement. Cela nous amène à supposer que les lieux de culte indigènes et les représentations figurées des dieux sont d'origine sémitique et, par suite, que les Sumériens sont des envahisseurs qui les adoptèrent et façonnèrent leurs dieux propres sur le type répandu dans le pays. Mais nous n'obtiendrons quelque certitude que grâce aux recherches ultérieures, d'abord par de nouvelles trouvailles, puis par le progrès dans le déchiffre^ment des inscriptions et l'explication des monuments de l'époque sumérienne. La Babylonie n*a pas encore livré de vestiges de la primitive civilisation, comme nous en possédons pour TEgypte. En l'état actuel de nos connaissances l'hypothèse qu'à cette époque, c'est-à-dire au cinquième et au quatrième millénaires, la population de la Babylonie était sémitique, que les Sumériens sont venus du dehors et les ont soumis, est tout aussi vraisemblable que rhypothèse contraire, qui est généralement acceptée aujourd'hui. Les Sumériens sont un peuple guerrier qui combat en phalange fermée. Il y a de grandes présomptions pour que, comme plus tard les Gutî et les Cassites, puis enfin les Perses, ils aient pénétré en conquérants dans le pays bas, descendant des monts du Nord-Est, peut-être par les vallées de l"Adêm et de la Diâla, en suivant le cours du Tigre. Sans doute le centre de leur territoire, dans la suite tout au moins, est surtout dans le Sud, de sorte qu'on peut aussi penser à une invasion par mer (cf. § 368). En tout cas, ils ont créé alors la civilisation supérieure dont ils peuvent avoir apporté avec eux les premiers éléments. Comme spécialement sumérien on doit signaler avant tout l'invention de l'écriture ainsi que le système

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SUMÉRIENS ET SÉMITES EN SINÉAR

de numération sexagésimal, devenu le système fondamental pour toutes les mesures et modes de calcnl sortis de Babylonie (§ 424).

Dans le Nord de la Babylonie, en dehors de Bahylone, on n'a jusqua aujourd'hui fouillé systématiquement qu'à Sippar ■^^^^'^^^^ Lon de /oumes à Sippar, Mnn. I,nl. franr. du Ca,re, 1, 1902 o n'y a trouvé aucun monumenl du troisième millénaire. Bahylone A rien livré remontant à la période archaïque et d'après le canic 1ère de toutes les ruines des villes babyloniennes il est très dont ux qu'on réussisse à trouver des restes de cette époque Les fouilles de Suse nous permettent d'avoir une intelligence plus claire du développement archaïque des Sémites dans le Nord (S :«»',<^^;"';J; Elles nous font remonter à l'époque antérieure a bar-ak.n et elles confirment lopinion que le développement du Nord ou pays d Akkad, a eu dans le détail, malgré toutes les concordances, un autre cours que celui de Tello. - Pour le reste voir Meyer, Sum. u. Sem. Les objections de Heu.ey [Resiii. n.aiér. d. la sOHe des vautours p 23 e suiv.) manquent leur but suivant l'auteur. La distinction Ses deux peuples par la forme de la tête, le port de la chevelure, dans l'habillement, est bien évidente sur les monuments non moins que dans la conception artistique. Des hommes barbus se trouven sur des monuments sumériens, ainsi sur l'ancien relief -rcula, e de Tello, Heuzey, CataL, n» 5 (Découverts, i bis; 2 ; 1 ter, a. b; h ter, 5 a b ■ cf § 384, ; sur un relief de Nippur, Hilprechl, /..,M,ou in mble Lands, p. 187, et sur les monuments Blau (King, Hul. o. Su.^er and Akkad, face p. 02). mais où le dessin des ligures présente à part cela, quelques différences; un relief semblable de ^use . de Mecquenem, Knued de travaux, XXXlll, p. 38 et suiv. ; De^'g eu Perse Xlll (lied., arch., V), pi. W, 3 et peut-être aussi 40, J. - Clir: montré (ElUl the God of Mppur, AJSL, XXllI, 1907) que le die; de Nippur ne s'est jamais appelé Bel, comme on le croyait iusqu'alors, mais toujours et seulement Enlil (assimilé plus tard en Elhl V R 3T 21 b, et bSs dans les documents de l'époque perse), donè q^'il a to'ujours eu un nom sumérien et non pas sémitique^ Par suite les conclusions que l'auteur déduisait du nom de Bel tombent; Nippur a toujours été un lieu de culte sumérien. Thureau-Dangin s'élève avec raison contre les conséquences tirées de la notation dans

l'écriture du mot « pays » par rimage d'une montagne À"//?') ; il observe que ce mot n est employé à l'origine que pour les pays étrangers et non pour le pays des Sumériens (qui s'appelle peut-être kalama) ZA, XVI, p. 354, 3. — H est bien connu que pour les dieux comme pour les rois, les anciennes coutumes se conservent ordinairement dans l'habillement et dans l'armement, bien qu'ils s'accommodent lentement aussi au développement de la civilisation (ainsi chez les Grecs et en Egypte où l'ancien port de la barbe ne s'est conservé que pour le dieu Nil et quelques cas isolés). Mais les plus anciennes figures de dieux sumériens diffèrent précisément tout à fait de la plus ancienne mode de chevelure connue pour le peuple, sont beaucoup plus parfaites et s'éloignent encore davantage dans la suite de la coutume populaire. C'est un fait nettement établi que les Sumériens contemporains du royaume de Sumer et d'Âkkad croyaient que leurs dieux avaient l'aspect de Sémites. — On ne peut guère conclure, comme on a voulu l'établir, à une origine d'outre-mer pour les Sumériens d'après les histoires de Bérose sur Oannès et les autres hommes-poissons, qui montèrent de la mer Erythrée pour révéler la religion et la civilisation. — Les tentatives faites pour établir une parenté du sumérien avec le turc (les langues « touraniennes »), ne paraissent pas décisives; le sumérien semble différer complètement aussi de Télamite. On pourra s'occuper de pareilles recherches lorsque l'étude du sumérien aura conduit à une véritable grammaire sumérienne sur la voie brillamment tracée par Thureau-Dangin.

363. A l'Est de Sinéar, dans les cliaînes de montagnes et les hautes vallées du Zagros et dans sa partie antérieure se trouvent plusieurs tribus dont la position ethnographique n'a pu être déterminée jusqu'à maintenant : ainsi au Nord les (luti et plus loin les Lulubî sur la Diàla ou Gyndès (§ 395) ; derrière eux, les Kassû, Koo-Tawi (§ 456) dans le Luristan, sur le Choaspe supérieur n'apparaissent pas jusqu'à présent à l'époque archaïque, bien qu'il soit tout à fait inadmissible de s'appuyer sur l'argument ex sileiitio en présence des maigres textes que nous possédons. Dès l'époque archaïque, à l'orient des Sumériens, les habitants de TKIam (sumérien Nin, sémit. Elamtu,

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SUMÉRIENS ET SÉMITES EN SINÉAR

LES TRIBl'S DE SINEAR ET DES PAYS VOISINS

hébr. dV^, grec 'FAuuaU, 'EXuuawi), ressortent avec d'autant plus de vigueur. Dans les inscriptions indigènes ils portent le nom llatamti (§ 462), remplacé plus tard chez les Perses par Uvàdja (grec Oj^ioi), qui s'est maintenu dans le nom actuel de la contrée llûzistàn ; ces noms ont peut Ôtre appartenu d^abord aux tribus montagnardes. Chez les Grecs de l'époque perse, Eschyle, Hérodote, on trouve au lieu de ce nom la dénomination encore inexpliquée de Klttioi, qui ne peut s'identifier avec les Kassû ou Cassites qui habitent beaucoup plus au Nord. On n'a pu établir jusqu'à maintenant tout au moins une parenté de langue entre les Cassites et les Klamites. Politiquement la partie antérieure du pays montagneux forme le point central de rÉlam. La capitale Susan (Suse) se dresse dans le pays Ansan (ou Anzan), là où les deux torrents, le Choaspe (babyl. Uknu, auj. Kerha) et TEulaeos (babyl. Ulâi, auj. Karûn), se rapprochent à 3 lieues environ l'un de l'autre et coulent longtemps parallèlement.

Toutes ces populations, comme les tribus de la steppe mésopotamienne (§ 396), ont subi l'influence de la civilisation de Sinéar et ils cherchent toujours à pénétrer de nouveau dans les territoires fertiles ou tout au moins à piller ses richesses; mais aucune d'elles n'est apparentée aux Sumériens, pour autant que nous puissions le voir. Il semble bien plutôt que là comme au Caucase des tribus parlant les langues les plus diverses se pressent sur un territoire relativement restreint.

Scheil a montré qu'on doit lire l.lalamti, non l.lapirti, T(>xtes Elnm. Sém., IV, 3. — Le nom Ansan (var. An/an ; idéogr. An-du-an- Ki), souvent déterminé comme ville (ainsi Gudéa, B, vi, 64 et encore chez Cyrus), mais en général comme pays, offre des diiricuUés inusitées et a été l'objet des explications les plus dilférentes : ainsi Winckler considère ce nom comme une désignation de la Médie postérieure, ce qui est tout à fait faux; les explications de Jensen ne sont pas moins inadmissibles (ZA, XV, p. 225 et suiv.) à savoir que Ansan se trouverait à côté de Tilmun (§ 398 note) dans le golfe Persique. Cyrus, dans un texte de Nabû-na id, se nomme roi d'Anzan

{\R 6i, 1.29; AT?, III, 2, p. 98) et appelle même ses ancêtres roi d'Ansan (V/? 35. 21 ; KB, III, 2, p. 124) ce qui complique encore davantage la question; cf. Gpsrh. d. AU., III, Jj 11 note. — Weissbach, Anzmi. Insrhr. dans AOh. Srichs Ges. d. Wiss., XIÏ, 1891, p. 123 et suiv. a réuni les anciens matériaux (dans le détail il y a beaucoup à modifier). II H 47, 18 c explique An-du-an-ki, avec la prononciation assimilée Assan, par Elamtu ; dans les textes les deux expressions sont il est vrai étroitement unies, mais Ansan est défini comme un territoire séparé; ainsi dans Gudéa, lor. cit. :« la ville An-sa-an dans Nim-ki (— Elam) » et le commandant Anumutabil de Dor (î< 432 a) défait les troupes d'Ansan, Elam, Simas et Barahsu. Thureau-Dangin, SAfCI, p. 176. Dans les inscriptions archaïques de Suse, on ne trouve pas Ansan ; mais les rois d'Elam (Hatamti) du XII" siècle se nomment dans leurs inscriptions de Suse « sunkik

Anzan Susunka » ; or, comme « sunkik » a certainement le sens de « roi » d'après de nombreux textes publiés par Scheil (contre Foy, ZDMG , LIV, p. 372 sq.; Jensen, ibid., LV, p. 226 sq.), cette expression ne peut signifier que « roi de TAnzan susien « (cf. l'ethnique N''^:xLntJ « les Susiens » Esdras, IV, 9, expliqué par la glose « ce sont les Elamites ») ou « roi d'Anzan et de Suse » (ainsi Jensen, Scheil, etc.). Dans le dernier cas aussi les deux noms ne semblent exprimer qu'une seule et même idée. Donc Ansan est ou bien le nom du territoire de Suse, ou bien peut-être celui du pays montagneux voisin (cf. § 432). A l'époque archaïque il est employé pour Suse môme comme résidence de la principauté d'Ansan. Le nom Susa ( idéogr. nïnnt-erin) apparaît pour la première fois chez Urumus (S 399 ; écrit Su-si-im), puis chez Gudea, Cyl. A, 15, 6 sq. ; pour la construction de son temple : « l'Elamite (Nim) vint d'Elam, le Susien de Suse » (cf. 5^ 410). Mais il est certainement beaucoup plus ancien comme le prouve le nom du dieu principal Susinak « le Susien » qui en dérive. Ansan et Suse sont donc séparés de la même manière du nom du pays Elam et de l'ethnique Hatamti, comme plus tard chez les Grecs Susiane, Elyméens et Uxiens (= Uvâdja). A l'époque des rois de Sumer et d'Akkad, le patesi de Suse est différent de celui d'Ansan (§ 414); une partie de la contrée de Suse a dû alors être séparée en un territoire particulier Ansan. Plus tard, le nom Ansan, Anzan a disparu comme nom archaïque, mais on l'exhume à l'époque de la restauration des Achéménides et de Nabû-na'id. Dans les inscrip-

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SUMÉRIENS ET SÉMITES EN SINÉAR

lions assyriennes Anzan apparaît une fois chez Sénachérib (Sin-aheriba), I H 41, 31 (AVy, II, p. 100) dans une liste des contrées appelées aux armes par le roi Ummanmenanu d'Klam. — L'ouvrage de Weissbach est fondamental pour la langue élamite, die Achaenwni' den-inschrlften ziveïter Art, 1890, puis ses Anzan. Inschr. dans Abh. Sâclis Ges., XII et Neiœ ffeitr. z. h'undc d. Sus. Inschr., ibid., XIV, cf. Foy, ZDMG., LU et LIV et avant tout Scheil, Drlég. en Perse, III, V, VII, XI [Textes élani. anzan., I-IV).

Les débuts de la civilisation en Sinéar.

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364. Les débuts de la civilisation sédentaire en Sinéar remontent sans doute à une très haute époque. Nombre de siècles, et peut-être plus d un millier d'années avant les plus anciens monuments conservés, le pays était rendu cultivable aussi loin que les caprices des eaux et du désert le permettaient. On construisait des digues et l'on creusait des canaux. On semait du blé et du sésame dans les champs, on cultivait le palmier, la vigne, les figues, les pommes et d'autres fruits encore. Comme en Egypte, les pîlturages étaient très étendus et servaient à nourrir de grands troupeaux de chèvres, de moutons, de bœufs et d'ânes; les chevaux étaient alors aussi peu connus en Asie antérieure qu'en Egypte. Enfin on pratiquait la pèche et la chasse, surtout celle des taureaux sauvages et des antilopes, puis on s'attaquait aux lions cachés dans l'épaisseur de la jungle ou habitant la lisière du désert, et à d'autres bêtes sauvages encore. Comme en Egypte, le serpent était regardé en Sinéar comme un animal sacré et mystérieux, dans lequel se révélaient de puissantes divinités qui, entourées de soins, répandaient de riches bénédictions sur les hommes. Ici comme là l'imagination a créé une quantité d'êtres fabuleux : dragons où sont unis divers éléments du lion, du serpent et de l'aigle, figures composites d'homme et de scorpion, d'homme et de

taureau, d'homme et d'oiseau, d'homme et de poisson, d'autres encore. Ce sont les formes sous lesquelles apparaissent les esprits, bons et mauvais, qui exercent encore aujourd'hui une action magique puissante et qui avaient seuls peuplé la terre, avant qu'il y eût des hommes et que les dieux, maîtres actuels du monde, eussent acquis le pouvoir.

Bt'TOse a donné un beau tableau du pays et de ses produits en tôte de son histoire i Eusèbe, I, p. 11 et suiv. — Syncelle, p. d^ et suiv.) [voir aussi les descriptions connues d'Hérodote, d'Arrien et de Strabon d'après les historiens d'Alexandre]. Il y adjoignit le Xoyo; d'Oannès, Thomme-poisson sorti de la mer, relatant les temps primitifs et la formation du monde actuel. Les êtres composés y jouent aussi un grand rôle; mais la rédaction dans laquelle Bérose nous donne la légende n'est pas ancienne, car elle introduit des chevaux, des êtres hippopèdes ou des centaures par exemple. Dans le mythe de la création et dans la légende du roi de Kutha (Jensen, K/i, VI, 1, p. ^292, cf. ;:i 411 note), les animaux sauvages et les êtres composites apparaissent comme créations de Tiâmat ; plus tard, ils sont en partie relégués au ciel (§ 427). On n'a pas encore retrouvé dans la littérature cunéiforme les noms d'Oannès et des hommes-poissons de même nature qui émergent de temps en temps de la mer sous les rois primitifs Bérose dans Eusèbe, I, 9 r= Syncelle, p. 71), pour confirmer et compléter la révélation d'Oannès, cf. Zimmern, KAJ\ p. 530 et suiv. Les êtres composites sont souvent représentés sur les cylindres (sceaux) dès l'époque archaïque, plusieurs d'entre eux sont comme on sait conservés par Tart postérieur babylonien et assyrien et employés pour la décoration des parois des temples (ainsi par Sénachérib (Sin-ahe-riba), MDOG., 47, 40). — Hormis ces données et en dehors des documents juridiques, ce sont surtout les inscriptions d'Urukagina de Tello (§ 389) qui nous renseignent sur les conditions économiques du pays.

365. Le caractère agricole de l'installation apparaît clairement dans le culte. L'animal de boucherie et de sacrifice le plus ordinaire est la chèvre, que l'adorateur porte sur les bras lorsqu'il s'approche de son dieu, comme le représentent les

SUMÉRIEiNS ET SÉMITES EN SLNÉAR

anciens monuments votifs et les cylindres. On place encore devant la divinité un gracieux vase avec des rameaux, des tleurs, des bouquels de dattes, qui sont arrosés avec une cruche en présence de la divinité. On assure ainsi à la végétation la bénédiction divine, la pluie et la fertilité. De là sortit plus tard un entrelacement de rameaux, planté devant le dieu et ordonné symétriquement, l'arbre de vie comme on l'appelle. Des démons ailés s'approchent des tleurs du palmier femelle et les fécondent avec la Heur du palmier nulle qu'ils tiennent dans leur main. Le don divin le plus riche en bénédictions est Teau à laquelle le pays doit sa fertilité et sa vie, en opposition au désert dénudé et mort qui l'entoure. On raconte ainsi qu'Anu, le dieu du ciel, possède d'innombrables vases d'où l'eau s'épanche comme d'une source de vie, inépuisable, et abreuve ses fidèles et en particulier les rois, (jui par l'intermédiaire de leurs dieux tutélaires ont été recommandés à sa grâce. L'eau peut aussi exercer une inlluence dévastatrice: on raconte qu'aux temps primitifs une partie des eaux n'était pas encore enfermée comme aujourd'hui dans la voûte céleste, mais couvrait la terre, et on se souvient d'un giand déluge qui, un jour où les dieux étaient en colère, se déversa avec violence sur la terre et anéantit tous les êtres vivants hormis ({uelquesuns qui, avertis par les dieux, s'étaient sauvés dans un bateau sur une montagne éloignée. Il ne faut pas expliquer ces légendes comme des mythes annuels ou solaires, ce qu'on fait si souvent de notre temps, car elles sont nées directement de l'impression que la nature du pays éveille chez ses habitants, de la conscience que leur existence s'eiïondrerait aussitôt, si les dieux changeaient quelque peu l'ordonnance bénie sous laquelle la contrée et les hommes prospèrent. Ce (ju'on ressentait comme une possibilité, comme un danger toujours menaçant, qu'écartait seule la grâce, ces récits le présentent comme un fait historique du passé.

L'auteur a réuni les anciens exemples de sacrifice de la chèvre et

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