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les représentations de vases à plantes dans ses Sumer. u. Semiten ; la source de vie, ibidem, p. 43 et suiv. — Le sens évident de l'arbre de vie et des démons fertilisateurs lui appartenant a été tixé par Taylor, PS /LA, 1890, ce qu'indique v. Luschan, Enistehung der ion. Saule [der alte Orient, 1912, 4). — Il serait temps que les assyriologues puissent se résoudre à se débarrasser énergiquement des explications de mythes héritées de la « mythologie comparée (même l'exposition excellente de /iuunern, KM\ s'en ressent), et veuillent considérer et exposer les faits comme ils sont en réalité au lieu de se livrer à des combinaisons fantaisistes. — Les mythes babyloniens ont été consciencieusement étudiés par Jensen, KB, VI, 1, 1900. Pour le mythe de la création, voir aussi King, Seven Tableis uf the Création, 1902. Dans sa forme actuelle, cette légende, à cause du rôle de Marduk, ne date que du temps de la première dynastie babylonienne. Elle contient cependant des éléments beaucoup plus anciens et certainement en partie sumériens; il est d'ailleurs aussi ditficile de le démontrer dans le détail que pour la légende du déluge.
366. Il est impossible en Sinéar, aussi bien qu'en Egypte, de trouver une classiticalion par alliance du sang, en tribus et familles; ces classes ont disparu par suite de l'établissement sédentaire. Les territoires habités ne forment aucune unité fermée, mais se décomposent en de nombreux petits districts, souvent séparés les uns des autres par le marais ou le désert, dont les capitales avec leur sanctuaire ont été déjà mentionnées (§ 361). Ils n'ont tous, à l'origine tout au moins, qu'une étendue très modeste. L'argile alluviale fournissait les matériaux de construction; on lui donnait une solidité plus grande en y mêlant des roseaux et de la paille. C'est ainsi, en masses compactes, qu'on élevait les murs d'argile des maisons, recouverts probablement de nattes à l'intérieur. On construisait aussi des huttes plus pauvres, comme aujourd'hui encore, en roseaux et en nattes entrelacées, enduites d'argile pour se protéger du froid en hiver. Pour les habitations des princes et des dieux, on moulait sur une planche des briques d'argile, plus épaisses dans le milieu pour qu'elles ne se désagrègent
SUMÉRIENS ET SÉMITES EN SINÉAR
pas et arrondies pour cela à la partie supérieure (briques planoconvexes); on les reliait par du mortier d'argile. L'art de cuire la brique n'a été connu que beaucoup plus tard. Par contre on manquait de matériaux plus solides. Des blocs erratiques isolés se trouvaient peut-(^tre dans les alluvions, en dehors desquels on ne pouvait se procurer des pierres, ou du bois de construction, que par le commerce avec les peuples voisins ou la guerre. On a employé de bonne heure des pierres pour la substruclion de grands édifices et de grands blocs comme supports des linteaux de portes. C'est pourquoi les villes ont un aspect misérable qui rend leurs ruines très peu apparentes et pauvres. Chaque grosse pluie emportait des murs de briques et chaque incendie détruisait de grands quartiers sinon toute la ville. Les inscriptions royales relatent continuellement la reconstruction des édifices écroulés. Ainsi le sol de la ville s'élevait progressivement; des collines artificielles naissaient avec rapidité, où les diverses couches sont enfouies, traversées par des canaux de décharge et des fossés d'écoulement avec de la cendre, des os, des restes de mobilier, ainsi que des tombeaux. Les Babyloniens enterraient, en effet, leurs morts dans les maisons, soit dans la terre, soit dans des vases ou sous de gros couvercles d'argile; souvent ces tombes ont été employées une seconde fois, les vieux os mis de c(Mé, les cadavres à moitié carbonisés près d'un foyer. Lorsqu'on édifiait une grande construction, surtout un temple, on élevait encore la colline et on la consolidait souvent par une couche de briques épaisse de plusieurs mètres constituant le fondement de l'édifice.
Il en est pour les canaux comme pour les villes : les canaux nouvellement creusés se remplissent de limon en quelques années et finissent par être plus hauts que le pays environnant, de sorte que les digues ne peuvent plus les contenir et qu'on doit en tracer de nouveaux. Chaque crue conduit à des déplacements de lits de rivières et souvent les bras principaux des fleuves changent complètement de cours. Ce qui nécessite
le rétablissement continuel des vieux canaux, le creusement de nouveaux fossés et de nouveaux canaux. Selon que les souverains jouissent d'une puissance assez grande et de moyens suffisants pour accomplir ce travail, la prospérité s'accroît ou baisse et la physionomie du pays se transforme.
Les documenls relatifs à l'époque primitive qui a précédé l'écriture en Babylonie sont encore très rares. A Nippur les fouilles américaines ont pénétré jusqu'à ces couciies profondes, mais les trouvailles paraissent être insignifiantes. Il en est de même pour un puits que de Sarzec à Tello a conduit jusqu'au sol vierge (Heuzey, Une villa royale chaldéenne, p. 61 et suiv.). C'est pourquoi l'auteur a dû souvent utiliser dans ces paragraphes des matériaux appartenant à une époque qui employait déjà l'écriture. 11 est d'autant moins possible d'établir une évaluation de l'époque à laquelle appartiennent les plus anciennes couches à Nippur (le sol primitif est à 4-5 mètres sous le plus ancien temple présargonique) et à Tello (jusqu'à 5 mètres sous la plus ancienne construction) que l'élévation est en partie artificielle. — La vue des anciennes ruines (cf. S§ 367.385) correspondait si peu au tableau que l'imagination s'en était faite, qu'à l'exception de Tello, on ne voulait pas reconnaître comme celles d'anciennes villes les ruines de SurghuI, Fâra, Abu Hatab qui appartiennent au III" millénaire, si hien que Koldewey les expliqua comme des « nécropoles d'incinération » ZA^ II, p. 403 et suiv. Ce fut une étrange illusion (correspondant aux fantaisies de Botticher sur les ruines de Troie) que les fouilles en d'autres lieux démentent complètement ; les ruines babyloniennes ne correspondent pas du tout à ce que nous connaissons à Ninive. Les Babyloniens et les Assyriens n'ont jamais brûlé leurs morts. Là où l'on trouve des corps à moitié ou entièrement calcinés la' cause en est aux incendies de la ville ou à sa destruction définitive. Ces peuples enterrent leurs morts dans le sol de leurs maisons, comme le prouvent en particulier les fouilles d'Assur. Les prétendues « villes des morts » ne sont en réalité que les villes des vivants, tout à fait semblables aux ruines de Nippur. Les grandes constructions en terrasses à SurghuI, ZA, II, p. 4^1 et suiv., ne sont pas des édifices funéraires, mais des temples comme à Tello; on y a même trouvé
SUMÉRIENS ET SÉMITES EN SINÉAR
quelques fragments de statues d'un art identique à celui de Tello (p. 426). Les ruines de Sippar et de Bismaja n'avaient pas un autre aspect; cf. § 385 note. Hilprecht a débuté parla même erreur en prétendant que le temple de Nippur reposait sur une nécropole archaïque, ce que démentent absolument les rapports et les dessins plus exacts (§ 380 note). Mais comme les hypothèses fausses ont, en général, une vitalité extrêmement tenace, l'idée de nécropoles d'incinération babyloniennes et de combustion de cadavres revient toujours ; elle a été exposée de nouveau comme un fait certain par Zehnpfund (§ 369 note) et même par Genouillac, Tablettes sumér, archaïques (§ 389 note), p. lx. - Les conifères, qui sont souvent représentés sur les cylindres de Tépoque de Sarru-kîn et de Narâm- Sin, n'ont poussé que dans les monts orientaux. Il y avait sans doute des forêts dans le Sud à l'époque de Mammurabi encore : King, LIH, III, p. 53.
367. Le mobilier des villes de Sinéar est très primitif. Les plus anciens vases étaient faits de lattes ou de feuilles de roseaux enduites d'argile et entourées d'une corde épaisse. Les plus anciennes couches de Nippur par exemple ont fourni des copies en argile de ces objets, moitié grandeur d'homme. Puis des jattes et des assiettes en argile et des objets en os et en coquille. On a aussi fabriqué de bonne heure des vases de pierre, mais ils n'atteignent pas la perfection des vases d'Egypte; la pierre étant très rare, on les considère comme objets de prix que les princes offrent aux dieux en don précieux. On leur offrait souvent aussi pour la môme raison de grands blocs de pierre brute, comme ailleurs des masses de métal. On tirait des pays voisins des pierres précieuses de toute couleur qu'on assemblait en colliers ou en bracelets ; les plus pauvres les remplaçaient par une parure de coquilles. Le silex qui pouvait être fréquent dans les alluVions est d'un usage courant; on en façonnait des pointes de flèches à arête large comme en Egypte, des haches, des pierres à aiguiser ou à moudre, ou des ciseaux. On tirait encore des pays montagneux les métaux précieux, comme le cuivre elle bronze, convertis en armes, haches,
et en ornements, surtout des bracelets. Dans les tombes les corps sont ordinairement enveloppés dans des natles de roseaux, souvent enfermés dans de grossiers cercueils d'argile, toujours dans la position accroupie. On trouve en fait d'accessoires des coupes d'argile et des pots, parfois des vases de pierre, ainsi que des hameçons, des pointes de lances et de flèches, des haches de bronze, des colliers en pierres de diverses couleurs, en cocjuilles et en verre fondu, puis des bracelets de bronze, des bagues d'argent ou des vases en albâtre pour le fard, rarement des boucles d'oreilles en or. Déjà dans les plus anciennes couches de Tello on trouve des figures divines en bronze qui se terminent en un long clou ; fixées notamment à une brique on les enfouit dans les fondations des édifices pour les dédier et les consolider pour toujours. Depuis les temps archaïques les métaux précieux servent d'étalon. Sinéar est précisément un pays très productif et très dense qui pouvait satisfaire ses besoins par le commerce avec le voisin sans cultures et acquérir en outre du butin dans les campagnes militaires. Mais, en revanche, il avait à souffiir des incursions toujours répétées des tribus voisines. Ainsi, dès le début nous entrons en contact avec une vie commerciale excessivement active, qui, au moment de l'invention de l'écriture, se présente à nous sous forme de nombreux documents privés concernant l'achat et le prêt, les fermages ou locations de champs et de plantations, de maisons, de travaux, des livraisons aux souverains et aux sanctuaires, qui surprennent par leur abondance. Dans les villes dont la situation était favorable, la population et le crédit du dieu local se sont rapidement accrus. La petite chapelle de la divinité était alors remplacée par un sanctuaire important, à plusieurs chapelles, dont les murs de briques reposaient sur un fondement de pierres. Les cadeaux de toute sorte s'y entassaient : un souverain ou un particulier aisé suspendait volontiers aux parois du sanctuaire une petite tablette de pierre, en reconnaissance de la bénédiction dont le dieu avait récompensé sa piété ; il est lui-même figuré sur cet ex-voto, s'avançant respectueusement.
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SUMÉRIENS ET SÉMITES EN SINÉAR
ranimai du sacrifice sur le bras, vers l'image divine placée sur un trône. Le fidèle est souvent conduit par le dieu tulélaire (§ 374) qui veille spécialement sur sa vie et facilite ses relations avec les autres dieux ; ou bien il se fait représenter en pierre et érige sa statue devant le dieu pour éterniser la dévotion qu'il lui témoigne et s'assurer ainsi en même temps sa bienveillance durable (cf. § 374 a).
Malgré la trouvaille de ces objets épars les ruines de Sinéar font une pauvre impression. Les pillages renouvelés du pays par les Elamites et plus tard par les Assyriens en sont en partie la cause ; il faut y ajouter la mauvaise qualité des matériaux qu'on était obligé d'employer. Enfin, il faut tenir compte qu'un culte des morts ne s'est pas développé en Habylonie comme en Egypte, exigeant une décoration plus riche des tombes et des dons précieux pour les morts; au contraire, les tombeaux restent toujours simples et misérables. Mais il y a des causes plus profondes : il manque à la nationalité babylonienne, ce qui forme un contraste frappant avec l'Egypte, non seulement la vertu formatrice de l'Etat, capable de créer et de maintenir les conditions essentielles au développement de la civilisation (cf. § 419), mais aussi le sens de l'organisation artistique de la vie. Sans doute nous rencontrerons sous quelques souverai^ns puissants d'importantes créations d'art, surtout chez les Sémites ; mais l'art n'a jamais embrassé ici comme en Egypte toute la vie et tous les besoins de l'homme ; les artistes babyloniens n'ont pas su créer un mouvement artistique, où le sentiment populaire trouve sa vivante expression et qui puisse donner à toutes les productions de Tesprit humain la forme idéale que nous rencontrons de si bonne heure en Egypte et dans le monde grec. Partout dominent les besoins les plus immédiats et purement pratiques au-dessus desquels on ne réussit à s'élever qu'en de rares occasions. Cela vaut pour toutes les manifestations de la vie intellectuelle; la religion, elle aussi, ne s'est guère épurée, et nous ne constatons en Babylonie que les débuts d'une véritable littérature, qui, comme
chez les Egypiiens et les Israélites, dépasse les besoins immédiats de la vie et du culte.
368. La partie principale de Sinéar a sans doute été au pouvoir des Sumériens vers l'an 3000 ; il est impossible de dire actuellement s'ils ont occupé alors tout le pays de manière durable ou si plusieurs des localités qui nous paraissent purement sumériennes n'ont pas cependant une origine sémitique (cf. § 362). On peut avancer en faveur de cette dernière hypothèse que quelques-uns des dieux qui régnent dans ces villes, comme le dieu Sin ou Nannar d'Ur, paraissent être sémitiques. Mais cette question se complique de façon étrange par le fait que les signes d'écriture employés pour leurs noms sont très souvent des idéogrammes, qui peuvent être lus aussi bien en sumérien qu'en sémitique, et que, dans beaucoup de cas, nous ne connaissons pas du tout ou tout au moins pas certainement la véritable prononciation de ces noms ; nous ignorons encore si cette dernière n'a pas varié à des époques déterminées. Ainsi le dieu lune d'Lr est écrit avec les signes En-zu qui ne rendent pas le nom sumérien, mais désignent ce dieu d'après son attribut (« seigneur do la sagesse » ?) Le dieu soleil de Larsa aura été suméiien, avec le nom Babbar ou Utu, tandis que celui de Sippar a pu toujours s'appeler Samas. Seuls le progrès des recherches pourra apporter quelques éclaircissements dans ces questions et alors seulement nous réussirons à comprendre historiquement l'histoire primitive de Sinéar et à régler la question de l'origine des Sumériens. Comme nous l'avons déjà mentionné, ces derniers apparaissent sur leurs monuments comme un peuple guerrier; ils ne combattent pas en ordre dispersé comme les Sémites, mais s'élancent en phalanges serrées sur le champ de bataille. Les grands boucliers carrés, garnis de métal, qui couvrent tout le corps, forment une muraille d'où émergent les lances, pointées en avant, des premiers rangs. Un casque (de cuir?) à couvre-nuque protège la tête. Les Sumériens portent encore la hache d'arme et le court
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SUMÉRIENS ET SÉMITES EN SINÉAR
javelot. Eq outre, les souverains, et souvent aussi les dieux, tiennent une faucille en métal, recourbée et tranchante, qui, plus tard, se transforme en une sorte de sceptre. Les dieux tiennent une masse à pommeau de pierre. Si nous avons là les vestiges de l'armement le plus ancien et d'une tactique sans ordre, l'arc par contre leur est totalement inconnu qui forme, avec la lance, Parme principale des Sémites et des tribus montagnardes de l'Est. Ces derniers ont encore, comme à l'Ouest (§ 167), des javelots et la hache d'arme. Chez les Sumériens les hommes ont de bonne heure abandonné le port des cheveux et de la barbe (§ 362) et à ce qu'il semble plus tôt au Sud qu'au Nord (§ 384), tandis que les femmes portent une longue chevelure comme en Egypte. Seul le roi Enannatum de Lagas, et une fois aussi sa phalange en bataille, porte une perruque, tandis que ses prédécesseurs déjà et tous ses successeurs sont toujours représentés la t^te rasée. Le seul vêtement est un manteau de laine, à franges, couvrant la partie inférieure du corps et les jambes; ils n'ont pas la moindre chaussure. Les prêtres sont toujours nus s'ils se tiennent devant le dieu, ce qui pourrait désigner un pays chaud comme lieu d'origine; les prêtresses paraissent vêtues, déjà à l'époque archaïque, d'un manteau jeté par dessus l'épaule gauche.
Le nom Sin doit être prononcé d'après les transcriptions Sîn en Babvlonie, Sîn en Assvrie. Sur la forme sumérienne du nom de Nannar, voir Unf<nad, Z.4., XXll, 11, 1 et une opinion différente Thureau-Dangin, Recueil de travaux, XXXU, 44; la question de l'origine sumérienne ou sémitique de ces deux noms reste en suspens. Les découvertes récentes sur la forme réelle des noms Ellil (lu jusqu'alors Bel, i< 363 note), Nin-ib et Hadad (g 396 note) ont montré combien il est difficile de résoudre les problèmes posés par les noms divins et leur prononciation. — Sur Thabillement et l'armement, voir Meyer, Sumer. u. Semiten. L'habitude de se raser la tète et la barbe a été introduite, ici comme ailleurs, par le désir de se protéger contre la vermine. Sur la faucille, que l'auteur a considérée faussement comme un bois recourbé, voir Heuzey, Armes royales chald.j
dans Comptes-rendus Acad. Inscr., 1908, p. 415 et suiv. On a trouvé dans un tombeau à Tello deux faucilles semblables en cuivre, l'une de forme ancienne et l'autre plus récente {Nouvelles Fouilles de TellOy p. 128 et suiv.).
369. Les villes les plus importantes de Sinéar sont situées au Sud, vers l'embouchure de l'Euphrate et à l'époque archaïque, probablement à peu de distance de la mer, Ur (hébr. I^N, auj. Muqaiyar), la ville du dieu lune Sin (En-zu, Nannar, § 368), et plus loin la ville d'Éridu, représentée probablement par la grande ruine d'Abu Sahrein, au bord d'un contrefort du désert dans un enfoncement qui formait alors sans doute une anse de la mer. Eridu était célèbre par le culte du dieu des eaux souterraines et de la mer, Ea (En-ki, § 370). Plus en amont se trouve Uruk (hébr. "jlK, Gén., X, 10, avec une fausse vocalisation Erek ; grec "Opyri, Strabon, XVI, 1, 6; Pline, VI, 123; auj. Warka) où siège une déesse de la génération et de la vie sexuelle Nanai (Nava'la, Innana, appelée simplement d'ordinaire Istar « la déesse » par les Sémites, cf. § 373); puis à l'Est de cette ville, sur un autre bras du fleuve, Larsa (hébr. peut-être nD"b^^, Gni., IV, 1 ; auj. Senkere), la ville du dieu soleil (sumér. Utu, sémit. Samas). Sur les anciens bras de l'Euphrate qui s'unissaient en partie à l'ancien bras principal du Tigre (maintenant Satt el-ljài), sont de nombreux tells, pour la plupart encore inexplorés. Nous ne pouvons donc pas encore déterminer les anciennes localités qu'ils recouvrent, ainsi le Tell I.Iammâm et en dessous d'Ur la grande ruine Tell Lahm. Les ruines de Tello à l'embouchure du Satt el-Hai, qui
recouvrent la vieille cité de Lagas (écrit Sir-pur-la) ont été les plus riches en monuments. Le grand tell, situé beaucoup plus au Nord-Est, Tell Surghul bien qu'ayant été fouillé, n'a pas livré son ancien nom. Au-dessus de Tello, dans le Tell Djôha, , se trouvait Lmma (écrit (iis-bu) puis, enfoncées dans les terres, Adab (écrit Ud-nun, auj. Bismaja), Suruppak (auj. Para), Kisurra (auj. Abu Hatab). Nous ignorons la situation de beau-
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SUMÉRIKNS ET SÉMITES EN SINÉAR
LA ri:ligion sumérienne — i; 370
coup d'autres villes que les textes mentionnent, ainsi Kalnun (peut-être HJ^D, Géfi., X, 10). Au centre de Sinéar, sur Tancien lit principal de l'Euphratc (auj. Satt en Nîl), se trouvent les ruines de Nippur, siège du principal dieu sumérien, Ellil. A l'ouest Marad, résidence d'un dieu Lugal-Maradda, « roi de Marad »; plus au Nord, Kutha, ville du dieu à forme de lion, Nergal, (auj. peut-être Tell Ibrahim) et sur le bras le plus occidental de riMiphrate Horsippa (Barsip) avec le dieu Nabû, probablement d'origine sémitique. Dans son voisinage s'éleva plus tard la ville sémitique Hàb-il (Babel) « la porte du dieu » qui eut pour berceau le temple du dieu Marduk. Plus à l'Est nous trouvons Kis (auj. Oheimir) et à l'extrême Nord à la lisière du pays bas, au confluent de 1' 'Adêm et du Tigre, Kis ou Opis (Upi) (§ 38i) dont l'importance à l'époque archaïque ressort nettement de l'histoire de Sinéar et correspond à celle de la ville double Akkad et Sippar (§ 392) dans le territoire de l'Eu ph rate.
Pour les villes et les divinités locales, voir le mémoire exhaustif sur Tancienne géo^^raphie babylonienne dans Delitzsch, Wo lag das Parodies, p. 1()9 et siiiv. ; ])oiir les lieux cités dans TAncien Testament, aussi Schrader, hAI\ 2' éd. Nous n'avons aucune élude complète groupant les renseignements nouveaux et les corrections qu'ont apportées les 30 dernières années. Winckler (KAT-') ne fournit presque rien, mais Zimmera (KAT^) donne une étude complète et sûre sur les cultes. — Résumé des explorations du pays et des fouilles : Hilprecht, hJxplorntiom in Bible Lands, 1903. Orientation sur les sites des ruines : Z^hnpfund, liobylonien in d. wichligsten Ruinensldtten [der alte Orient, 1910, 3) avec quelques données insoutenables (cf. par. ex. î:j 300 note). Sur Warka et Senkere : Loftus, Travels and llesearches in Chaldaea and Susiana, 1857, sur Warka encore Tr. Soc. Lit. 2d séries, YI, 1859; sur Muqaiyar et Abu Sahrein (les données sur sa position ont été rectifiées par les Américains) : Taylor, JHAS, XV. Pour Eridu et Abu Sahrein, cf. Zehnpfund dans Hilprecht Anniversary Volume elles remarques de Frank, ZA, XXIV, p. 377 et suiv. Sur d'autres lieux, § 314 note.
La reUyion sumériprine,
370. Le dieu principal des Sumériens est un dieu de Patmosphère, Enlil ou Ellil (^ 302 note), « le Seigneur de Pouragan » qui s'avance dans le tourbillon, (ixe le destin des hommes, investit le souverain et décide du sort des batailles. Le grand sanctuaire central de Nippur, la « ville d'Ellil », lui appartient. Mais sa résidence habituelle est dans les monts orientaux : c'est pourquoi il porte Pépithète <( roi du pays montagneux » Lugal Kurkurra, que les Sémites ont rendu par h H mata ti et explique simplement par (^ Seigneur des pays », c'est-à-dire surtout de la terre. A l'origine il n'a donc aucune habitation dans le pays bas; aussi, afin de l'enchaîner de façon durable à son sanctuaire, ou lui a élevé de bonne heure à Nippur une montagne artificielle en briques (la pyramide du temple, comme on l'appelle, sém. ziqqHrrat) appelée rkur « maison-montagne ». Les anciennes figurines de lerre cuite le représentent avec une forte chevelure et barbu. A ses côtés, son épouse Ninlil, déesse de la génération et de la fertilité ^Bêlit,.c.-a.-d. Ha'alat, ^ 347, pour les Sémites). La « dame du mont » Ninharsag lui est apparentée, déesse d'Opis, qui trône sur les rochers de la montagne, figurée avec une abondante chevelure, des tresses et un grand manteau. Elle est « la mère des dieux », qui allaite « de son lait sacré » ses enfants, les princes; plus lard, elle a été absorbée par Ninlil-Bêlit. La déesse Nina joue un grand rôle, déesse des puits et des cours d'eau, « dame du sort » qui prononce des oracles comme le dieu de la mer Ea ; elle porte une fois aussi le nom « dame de la montagne sainte ». Cette prédominance caractéristique des dieux de la montagne semble prouver que les Sumériens sont venus des monts orientaux. Ellil est le fils du dieu du ciel Anu, père de tous les dieux, qui garde dans le ciel la source de vie jaillissante ^§ 36o), conduit le monde et
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SUMÉRIENS ET SÉMITES EN SINEAR
LA RELIGION SUMÉRIENNE — § 371
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fixe le destin en compagnie d'Ellil. C'est pourquoi Anu porte aussi chez Lugalzaggisi le titre de « roi du pays (montagneux) ». Mais à Torigine il joue un rôle aussi elTaco dans le culte que le dieu Rô' en Egypte avant la V* dynastie; il nacquiert une situation importante qu'avec le royaume d'Akkad, car les Sémites Tidentifient évidemment avec leur dieu du ciel (^ 348). A coté de ces divinités se groupent les nombreux dieux locaux, qui sont pour leurs villes les puissances réellement agissantes, quoique toujours placés sous la direction des grands dieux piincipaux comme les dynastes locaux sous le suzerain du pays. Le dieu local le mieux connu est celui de Lagas (Tello), qui porte le nom de Ningirsu « seigneur de Girsu », d'après le plus ancien quartier de la ville, le « guerrier puissant d'Ellil »; il s'avance sur la terre comme un roi, dans un char attelé d'animaux fabuleux et il abat les ennemis avec sa masse d'arme (S 368). Nous possédons un grand nombre de poignées de masses d'arme en pierre que les souverains lui ont vouées ; elles sont toujours ornementées de ses animaux sacrés, le lion et l'aigle. Les armes de la ville sont un aigle léontocéphale, dont les serres reposent sur le dos de deux lions. Les armoiries d'Umma (Djôha), la ville voisine et la rivale de Lagas, sont un aigle dont les serres saisissent des boucs, et celles de Suse, un aigle enserrant un canard. L'épouse de Ningirsu est Bau, la fille aînée d'Anu et « mère » des habitants de la ville, qui dispense la fertilité et l'aisance. Les autres dieux locaux occupent une position identique : aussi le dieu de Marad (^ 369) et à Suruppak un dieu qui porte le même nom que la ville. Plusieurs divinités ont en même temps des fonctions universelles et appartiennent donc à la religion du peuple sumérien tout entier : ainsi le dieu Ea (En-ki) d'Eridu, dieu des profondeurs de la terre et des eaux souterraines, par suite de la mer. Il connaît l'avenir et prononce des oracles, en particulier par le roseau des marais. Citons encore le dieu soleil de Larsa, le dieu lune d'Ur et Nana d'I ruk. Les dieux locaux, qui pour leurs adorateurs sont en première ligne les seigneurs des villes
citées, sont ici évidemment confondus avec les puissances cosmiques ou physiques, comme on le rencontre en Egypte et ailleurs.
L'étude de la religion primitive sumérienne en est encore à ses débuts; Jastrow, die RoUgion Bnhyl. n. Assyr., 1902 et suiv., résume les données les plus importantes. La partie principale de l'ouvrage est consacrée au tableau de la religion postérieure; Zimmern aussi, KAT\ a restreint son sujet. Tous deux ont négligé les matériaux fournis par les monuments, que Meyer a tenté d'utiliser, Sumer. u. Spinifen, 1000. Pour les inscriptions, le travail de Thureau- Dangin est naturellement fondamental (^ 314, note); le premier il a dans bien des cas éclairci le coté religieux des textes. On trouvera dans ces quatre ouvrages les documents sur lesquels se fondent les §§ suivants. La manière dont Radau traite la religion sumérienne en construisant une époque d'Anu, préhistorique, suivie d'une époque d'KUil {Hj/miis fo Mnib, R. E. vol. XXIX, 1) est insoutenable, car ses théories d'histoire des religions sont erronées.
Les noms propres théophores sont très importants pour l'établissement du panthéon : nous en avons d'importantes séries provenant du temps des royaumes d'Akkad et de Sumer et Akkad. Ordinairement, mais non pas toujours, nous pouvons distinguer les noms sumériens des noms sémitiques ; qL la collection faite avec soin de E. Huber, />/> Personenyminen aufi d. Zeit d. Konnign von Ur u. Nisiu. 1907. — Pour Ellil, cf. § 302, note. L'auteur remarque encore ici que Nin-ib et Adad ne sont pas de vieilles divinités sumériennes, voir S 390. — Nin-liarsag : de Sarzec et ïieuzey, Drcouv. on Chaldée, p. 209; Heuzey, Catalogue des Ani'iq. chnld., n« U: Meyer, Sumer. u. Sem,, p. 97. — Armoiries de Suse; MD/\ XIÏl {ArchéoL, V), p. 42, pi. 28, 2 ; 31, 2; souvent l'aigle héraldique volant est représenté seul sans les canards (pi. 18, ii, 0). Armes d'Umma en argile au Musée de Berlin. Ainsi s'explique le vase d'Enlemena [Découv. pi. 43 bis; Catal, n° 218) où, sans l'aigle, les lions de Lagas mordent les chèvres dTImma.
371. Aux divinités principales sont associées beaucoup de dieux secondaires, dieux ou déesses, auxquelles on construit souvent une chapelle particulière, tandis que d'autres partagent
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SUMERIENS ET SEMITES EN SINEAR
le temple du dieu principal. Leurs noms sont très souvent formés avec Nin « seigneur, dame », la langue sumérienne ne désignant pas le sexe. Ils sont fréquemment les enfants des principaux dieux ou leur suite ; car comme les souverains terrestres les dieux ont des troupes nombreuses de serviteurs qui exécutent leurs ordres, gardent leurs maisons et annoncent les visiteurs, font paître ou altollent leurs Anes ou leurs animaux fabuleux, labourent leurs champs, les divertissent pendant le repas par de la musique. Plus la civilisation progresse, plus s'accroît le nombre de ces divinités et elles prennent de plus en plus une physionomie individuelle et concrète. Il faut ajouter encore les dieux qui régnent dans une sphère limitée de l'espace, ou défendent les divers aspects de l'activité humaine ; tels sont ceux qui accordent la fertilité aux plantes et la fécondité aux animaux, octroient le souille de vie à l'homme, conlient au roi le sceptre et la puissance, ou initient les artisans, surtout les forgerons, à leur art. Nous rencontrons souvent aussi une déesse Ka-di (?), qui veille sur le droit. Le dieu du feu, Gibil [Girru) que mentionnent surtout les textes magicjues postérieurs appartient à cette série. Les textes religieux citent fréquemment deux grands groupes de dieux, les Anunnaki, les puissances terrestres gouvernées par VÀV\\, mais qui habitent aussi les eaux vivifiantes des profondeurs souterraines, et les Igigi du ciel, la suite d'Anu, qui se révèlent surtout dans les étoiles; les premiers sont souvent mentionnés dans les textes de Gudéa, mais c'est un pur hasard que les Igigi n'apparaissent jamais dans les anciennes inscriptions. Car le destin fixé par les dieux dépend de l'heure propice qui se révèle par une quantité d'autres signes (§ 374), mais aussi par la position des étoiles. Les épithôtes des dieux et les inscriptions connues n'en font assurément mention qu'une seule fois, lorsque Nisaba, déesse de la végétation adorée à l mma (§373), apparaît en songe à Gudéa. Sœur de la déesse des oracles Nina de Tello, Nisaba connaît « la bonne étoile » et l'a fixée avec le calame sur une tablette d'argile ; elle sait de même le sens des
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chilfres exacts et des mesures précises et elle ouvre l'entendement du souverain afin qu'il puisse le saisir. Ces représentations remontent à une époque très ancienne puisque l'emploi de l'étoile comme signe pour « dieu » est déjà en usage dans l'écriture archaïque ; mais elles ne sont pas pour cela développées et organisées en système. L'interprétation des étoiles et môme la supputation d'après les étoiles des heures favorables n'apparaît dans aucun texte du m* et du ii' millénaires, môme pas dans le rapport complet de Gudéa sur la pose de la pierre de fondation et la dédicace du temple qu'il a construit. Donc l'opinion très répandue, que la religion sumérienne serait un développement du culte des astres, ne peut se soutenir : chez les Sumériens aussi, les dieux sont les grandes puissances qui dominent la vie terrestre. Aussi habitent-ils avant tout sur la terre et agissent-ils sur la terre, bien qu'ils résident en môme temps au ciel et dans les étoiles. De bonne heure cependant on a mis en relation Nanai-lstar, la déesse de la vie sexuelle, avec la planète Vénus (§ 373) ; c'est pourquoi, déjà chez Gudéa et Anubanini, une étoile entourée d'un disque rayonnant est dressée sur une perche devant elle. Mais l'association des dieux avec des étoiles particulières et déterminées n'est qu'un produit secondaire des spéculations théologiques ; à l'époque chaldéenne seulement, au premier millénaire, ces conceptions et avec elles l'astrologie arrivent à leur complet
développement (§ 427).
Les passages importants de Gudéa sont : Cylindre A, 4, 20 ; 5, 22 et suiv.; 9, 10; 17, 15; 19, 21. - Quelques textes (Zimmern, KAT\ p. 420 et suiv.; Kugler, Slernkiuide, 1, p. 225, 243 et suiv.) semblent mettre Islar en relation avec Sirius; on pourrait penser que l'idée est primitive. L'auteur tient pour impossible cependant une origine astrale du mythe de la Descente aux enfers de la déesse ou du mythe de TammCiz, ce qu'admet Kugler avec beaucoup d'autres savants. — Il est étonnant que la figure d'Orion paraisse inconnue en Babylonie, tandis que cette constellation, avec Sirius, joue un grand rôle dans les textes funéraires égyptiens dès l'époque archaïque ;
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les Grecs aussi, comme on le sait, l'ont rapidement mise à part. La même remarque vaut pour la Grande Ourse. — D'ailleurs voir plus loin, §427.
372. Le panthéon sume'rien est d'autant plus considérable qu'il n'existe aucune limite rigoureuse entre les dieux et le monde des esprits d'où sortent beaucoup d'êtres particuliers, ou de groupes d'êtres de forme bien déterminée, qui servent à la magie et sont môme invoqués dans le culte. En lant que puissances hostiles qui envoient la disette, les maladies ou la mort, ils sont apaisés et rendus inoUensils par des incantations. Les dieux sont souvent mis en relation avec les animaux : ainsi Nergal de Kutha est un lion farouche qui dans sa colère envoie la pesle et la mort. Le lion et l'aigle sont les animaux sacrés de Ningirsu de Tello (g 370) et tous deux sont fondus en un seul être composé. De même Ea, le dieu de la mer, est représenté comme un être hybride mi-bouc, mi-poisson (g 427), d'après une idée qui n'apparaît que tardivement, il est vrai, quoique fort ancienne. On trouve souvent parmi les divinités secondaires et les démons des ligures étranges (cf. § 364) : taureaux au corps humain, oiseaux à tête d'homme, dragons composés de serpent, d'aigle, de lion et de scorpion. Ce dragon est l'animal du dieu iMugiszida qui siège dans le monde souterrain, mais en sort apportant le salut comme le soleil, et ménage les relations des hommes avec les dieux. Le dragon l'accompagne sur sa route; mais en même temps, d'après une notion antique et caractéristique de l'esprit et de l'art sumériens, deux dragons surgissent de ses épaules. Le panthéon sumérien connaît aussi un dieu à deux visages qui se sont développés en même temps sur son occiput à la manière de Ju-nus. Une déesse, probablement Ninlil-Bêlit, est assise sur un oiseau (une oie? § 373). Divers dieux sont en relation avec des arbres et des plantes. Ordinairement les dieux se distinguent surtout par l'ornement de leur tête, les diverses couronnes qu'ils portent. La couronne à cornes est très répandue chez les dieux et les démons; c'est un cercle,
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auquel sont fixées deux cornes de bovidés, posé autour d'un bourrelet; les dieux principaux ont quatre cornes semblables superposées.
Au reste nous avons déjà indiqué (§§ 362.368) le degré d'iniluence sémitique que trahissent ces dieux et leurs représentations plastiques et comment ils reposent en partie probablement sur d'anciens cultes sémitiques.
373. Le caractère guerrier prédomine chez beaucoup de dieux principaux, comme chez Ningirsu de Tello (§ 370). Ils luttent tous pour la communauté qui les honore et ils prennent comme des bêtes sauvages ou du poisson dans un grand hlet, les ennemis qui ont violé leur serment. Eannatum noie et représente une telle scène sur la « Stèle des "Vautours » (§ 387); le texte énuraère en ordre le filet d'Ellil, de Ninharsag, d'Ea (Enki), du dieu lune (Enzu, Sin), du dieu soleil (Babbar, Utu), de Ninki. Cette conception doit provenir du temps où les Sumériens étaient encore réellement un peuple de chasseurs. Mais ils devinrent un peuple guerrier de paysans, c'est pourquoi le souci de l'irrigation, de la croissance et de la fertilité des plantes joue aussi un rôle très important dans le culte (voir § 365). Ils adorent une déesse de la végétation (iNisaba) ; de ses épaules sortent les attributs dans lesquels elle se manifeste, rameaux et boutons de tleurs; elle habite les fourrés de roseaux des marais, mais elle fait aussi prospérer les champs de blé et, en même temps, comme dame du calame, elle est la déesse de la science et des nombres, qui connaît aussi l'heure propice
des étoiles (§ 371).
La vie sexuelle a une place importante dans la religion et le culte. La déesse Ninlil-Bêlit de Nippur est représentée par de nombreuses figurines en terre cuite qui lui sont dédiées, ou servaient peut-être à protéger les habitations : femme nue, dont les parties naturelles sont dessinées par un grand triangle, les seins gonflés qu'elle presse de ses mains, la chevelure abondante et une parure de colliers et d'anneaux d'oreilles en spi-
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raies. (Juelques-unes sont excessivement anciennes, mais elles se sont conservées presque sans changement jusqu'à l'époque grecque et se sont ré[)aiiJues fort loin, surtout à Chypre. Nanai-lstar d'Uruk est représentée de la même manière. On racontait diverses léj:;endes sur ses amours; son favori fut Duinuzi (Tammùz, plus tard prononcé Dùzi en bahylonien), le dieu qui, comme Adonis (§ 357, cf. 490) est ravi dans la fleur de sa beauté en plein été (juillet). Si la végétation soulfre alors de la sécheresse, c'est que la déesse se rend elle-même dans les enfers et y est maintenue par la déesse hostile P]reskigal. Toute vie d'amour, toute naissance s'arrête alors sur la terre jusqu'à ce que les grands dieux obtiennent la mise en liberté de la déesse. La prostitution de filles et de garçons est liée à son culte. Hérodote (I, 199) nous a conservé la description du rite; chaque jeune fille devait offrir en sacrifice sa virginité à la déesse (qu'il nomme « Mylilta », c'est-à-dire peut-être « celle qui enfante ») et, devenue nubile, se donner une fois à un étranger dans son temple. Cette coutume était très répandue, notamment en Asie-Mineure (§§ 345.487). D'autres déesses présentent le même caractère, ainsi Ninmali (une forme secondaire de la déesse de la Montagne, Ninharsag, ;:> 370). Un relief archaïque de Nippur montre une déesse assise sur un oiseau, tenant une coupe d'une main, devant elle est un vase rempli de fleurs et, semble-t-il, la figure d'une femme qui enfante. Les déesses sont souvent invoquées comme « mère », par exemple Bau (§ 370), Gatumdug (prononciation incertaine), Ningal épouse du dieu lune d'Ur; elles ont été considérées comme les aïeules du genre humain ou plutôt des habitants de leur Etat. On ignore si l'identification de la déesse d'Uruk avec l'étoile Vénus (§ 371) a quelque rapport avec les amours noctuines.
Sur Istar-Nanai, cf. Zimmern, A.iP, p. 4^20 et suiv. ; la prostitution p. 422 et suiv. Sur les diverses manières d'écrire le nom (idéogr. RI) Ninni, Innina, Innana, Nana, cf. Thureau-Dangin, Restitution matrr. de la Stèle des Vautours^ p. 44, 1. Si dans une date
de Hammurabi (King, LIH, p. 237, 67) et chez Rîin-Sin (Canéphore B) la déesse RI est distinguée de Nanaia, on peut d'autant moins en tirer un argument que l'idéogramme doit probablement se lire Istar. Le nom Navaîa est conservé Maccahées, II, 1, 13, puis chez les Syriens et les Arméniens (cf. § 477 note) et reparaît sur des monnaies indoscythes, cf. G. Hoffmann, Auszïige aus syrischen Akten persischer Mdrti/rer, p. 130 et suiv. La déesse guerrière assyrienne Istar n'a rien à voir avec la déesse sumérienne, mais est la déesse locale sémitique de Ninive et d'Arbèles. Plusieurs archéologues ont récemment nié à tort l'origine babylonienne de la déesse nue de la vie sexuelle ; on trouve déjà à une très haute époque les figurines de terre cuite à Nippur : Ililprecht, Explor. in Bible Lands, p. 343; de même àTello; Heuzey, Catal. antiq, chald., p. 348 et à Abu IJatab : M/)OG, 17, 18; cf. Heuzey, Iteo. ArchéoL, 1880; Les origines orient, de l'art, p. 1 et suiv. — Nisaba : Thureau-Dangin, Nouvelles l'oiùlles de Tello^ p. 171 et suiv. (avant : itev, dWssijr., Vil, p. 107 et suiv.) ; le fragment publié par Meyer, Sumer. u. Sem., p. 25 et suiv. représente aussi cette déesse et non Istar, comme l'auteur le croyait d'abord. — L'ancien relief de Nippur dans Hilpreclil, op. cit., p. 475; Meyer, op. cit., p. 98 et suiv. — Pour TammiVz, cf. Zimmern, Sumer. bahyl. Tamùzlieder, dans Her. Sachs. Ges., 1907; der habyl. Gott Tamùz, dans Abh. Sachs. Ges., XXVIl, 1909. — Ereskigal se rencontre souvent sous la forme Epecr/iYaX dans des formules magiques et les tablettes d'imprécation (v. Index de Wiinsch, De/ix. Tabell. Atticae, p. 51-52; tablette de Garthage, llhein. Muséum, 55,250; puis dans un papyrus magique démotique et en transcription grecque, Grilfith et Thompson, The démolie mag. pap., p. 60 et pi. 7, 26) ; Ningal dans un texte magique égyptien du Nouvel Empire, Gardiner, Aeg. Zeitschr., 43, 97.
37 i. La position dominante de la religion est encore plus évidente dans la vie des Sumériens et dans les manifestations de leur civilisation que sous les Thiniles ou les pharaons de l'Ancien Empire : car il manque ici le contrepoids que crée en Egypte la divinisation des rois et la préoccupation de perpétuer la vie après la mort. En Sinéar aussi les souverains sont chéris des dieux, nourris de lait sacré aux seins des déesses,
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élus par les dieux et nommés d'un nom, doués de force et d'entendement, conduits et protégés dans tous leurs actes; mais ils ne sont pas dieux eux-mêmes, seulement prêtres et représentants terrestres de divinités. C'est pourquoi, aussi bien chez les princes locaux que chez les rois suzerains, tout autrement que chez les pharaons, les titres sacerdotaux et les fonctions de prêtre sont au tout premier plan et souvent exclusivement mentionnés. Les inscriptions relèvent que le principal devoir qui leur incombe est le soin du culte, la construction et l'embellissement des sanctuaires. Tandis que les grands monuments de Tancienne Egypte sont les constructions funéraires des rois et de leurs fonctionnaires, ceux de Sinéar ne sont presque uniquement que des temples et des ex-voto. Toute la vie est sous l'intluence de considérations religieuses. Sans cesse les dieux donnent aux hommes des instructions sur ce qu'ils ont à faire pour s'assurer leur grâce, tourner le destin en leur faveur et choisir l'heure propice. Ce sont des oracles et des présages de toute sorte, qui s'expriment par des lignes tracées sur une brique façonnée dans certaines cérémonies, spécialement la pierre de fondement des temples, ou par le mouvement et le bruissement du roseau par exemple. L'oracle d'Ea à Eridu jouit d'un crédit particulier ; mais Nina, ou Nisaba par exemple, dévoilent l'avenir et interprètent les songes. Les formules des devins et des augures, des conjurateurs et des exorcistes et les hymnes du culte avec action magique, qui nous sont conservés en si grand nombre dans la littérature postérieure, touchent sans doute par leurs racines à l'époque sumérienne la plus ancienne ; ils ont été certainement utilisés à la cour d'Eannatum et de Lugalzaggisi comme plus tard sous Sarru-kîn, Ilammurabi ou les rois d'Assyrie.
Ce rituel ne lixe pas seulement les actions du souverain, mais aussi celles de chaque particulier. On consulte Toracle et et on utilise les formules magiques elBcaces pour chaque entreprise. Une conception spécifiquement sumérienne est que tout homme, roi ou simple particulier, est placé sous la protection
d'un dieu tutélaire spécial, qui appartient au cycle des grands dieux, mais se trouve avec l'individu dans une relation spéciale qui. est ordinairement héréditaire dans la famille (ainsi le dieu Dun — ? protecteur du roi dans la plus ancienne dynastie de Lagas). C'est pourquoi sur les anciennes tablettes votives dressées dans les temples (§ 367) et plus tard sur les cylindrescachets le dieu tutélaire ou la déesse protectrice saisissent ordinairement l'adorateur par la main et le conduisent au dieu principal assis sur un trône, soit pour lui offrir un animal en sacrifice, soit simplement pour l'approcher et l'adorer, soit pour lui demander une faveur, surtout l'eau qui assure la vie.
374 a. Toute celte dévotion pour les dieux et cette soumission à leurs ordres ne procure guère de secours qui dépassent les nécessités de l'existence. Le destin incalculable est suspendu continuellement sur la vie terrestre. Toute recherche ardente du signe qui manifeste la volonté divine, toute observance rigoureuse du rituel ne donnent encore aucune certitude que les dieux n'ont pas été blessés inconsciemment, que leur caprice ne se détourne pas, ni que le Dieu tutélaire ne soit pas maîtrisé par un autre plus puissant et ne doive céder, et qu'ainsi le malheur n'éclate malgré toutes les précautions prises. Après la vie terrestre vient la mort et l'existence sans consolation de Tàme dans le royaume des ténèbres et de la poussière. La conception à laquelle ont abouti les Egyptiens, de délivrer l'esprit du mort par uii charme et de prolonger artificiellement pour l'éternité la vie terrestre, est bien loin de la pensée du Sémite et du Sumérien. Le jugement sain et positif de ces derniers considère toujours les faits d'expérience pour ce qu'ils sont — les omina et les prescriptions rituelles ainsi que leur efficacité sont aussi des faits d'expérience — -, tandis que les Egyptiens remplacent les faits par un produit de leur imagination. Ainsi un culte des morts ne s'est pas plus développé en Sinéar que dans le monde sémitique ; les funérailles sont tout-à-fait simples. Lorsque le corps est enterré
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LA RELIGION SUMERIENNE
avec un viatique de nourriture et de boisson et quelques autres objets, le tout placé souvent sous un couvercle ou dans un cercueil d'argile, et que la lamentation funèbre des parents a expiré doucement, alors l'âme, considérée ici aussi sous une forme d'oiseau, entre dans le royaume souterrain. Si le corps ne reçoit aucune sépulture Tàme ne peut naturellement pas rester en repos, car dans la pensée mythique le lien de Tàme et du corps subsiste toujours malgré la séparation. Cependant celui qui tombe sur les champs de bataille a un sort un peu plus enviable — «< son père et sa mère tiennent sa tète, sa femme est penchée sur lui » — il gît sur un lit de repos et boit de Teau pure; et celui auquel ses descendants apportent chaque mois l'oifrande funéraire ne se nourrit pas des détritus du chemin comme les abandonnés. Mais l'existence de toutes les âmes est pleine de lamentations, comme chez Homère, et il n'y a pas de chemin qui conduise hors « du pays sans retour ». F]res Kigal a bien dû, il est vrai, donner la liberté à la déesse Nanai-Istar (J:; 373), mais les gardiens des sept portes de son royaume ne laissent sortir aucune àme humaine.
L'usage d'ériger dans les temples des statues de rois, de personnes de marque ou simplement riches (s^ 367) aurait pu conduire dans la voie suivie par les Egyptiens. Ainsi, en effet, on éternisait non seulement leur piété et leur adoration pour le dieu, mais en môme temps leur nom et leur figure. La statue devient ainsi en quelque sorte un double de l'homme qui survit à son existence terrestre ; nous voyons aussi qu'on otTrait la nourriture du saciifice à ces statues des siècles encore après la mort (§ 384). Ces coutumes paraissent avoir eu quelque importance pour la formation du culte des rois qui a pris corps plus tard, pendant un certain temps. Ce culte se trouve ainsi en relation avec l'adoration de leurs statues (§408); mais cela n'a pas conduit à la formation d'une doctrine de l'immortalité.
Ainsi un esprit d'un caractère tout à la fois anxieux et pessimiste traverse la conception de la vie en Sinéar, on ne peut
jamais être réellement joyeux de l'existence. Cela résulte de l'observation minutieuse du cérémonial, par exemple dans les grandes inscriptions des cylindres de Gudéa, et nous le constaterons partout dans les mythes et les légendes.
Pour les représentations du monde souterrain, voir les renseignements que donnent les tablettes 3 et iH. de l'épopée de Gilgames ou la descente d'Istar aux enfers; cf. Zimmern, AA7\ p. ()35 et suiv., OfTrandes funéraires mensuelles : Thureau-Dangin, dans Hilprecht Ann\versary vohime, p. 160 et suiv.
375. Les conceptions populaires trouvent leur expression dans les mythes, par exemple les essais de comprendre les problèmes des apparitions particulières et de les condenser en une représentation du monde. Nous avons déjà mentionné plusieurs de ces mythes, comme les récits des temps primitifs, lorsqu'Ellil, le puissant guerrier, dompta le monstre géant Tiàmat, sépara l'eau du ciel et de la terre et donna une forme à la terre. Bien que cette légende, rapportée dans la suite à Marduk de Habylone, ne soit pas mentionnée dans les textes anciens, elle est cependant très vieille. Nous avons rencontré encore les mythes des êtres primitifs et monstrueux, du grand déluge qui anéantit un jour la race humaine (§ 365); le mythe de Nanai et ïamûz et de leur voyage dans le royaume des morts (§ 373). Une légende, souvent repi*oduite sur des cylindres-cachets datant des rois de Sumer et d'Akkad, raconte qu'un berger Elana, afin de se procurer l'herbe de salut pour ses brebis frappées de stérilité, monta vers le ciel sur le dos d'un aigle, mais s'abattit brusquement dans le vide alors qu'il touchait au but. Beaucoup d'autres contes plus ou moins semblables se préoccupent du destin de l'humanité : s'il n'y avait pas la mort, les hommes pourraient être semblables aux dieux. C'est ainsi que le fils d'Ea, le héros Adapa, est cité par le dieu du ciel Anu devant son trône, pour avoir dans sa colère brisé les ailes du vent destructeur du Sud qui avait fait chavirer sa barque un jour de pêche sur la mer. Anu veut le tuer, mais,
SUMÉRIENS ET SÉMITES EN SINÉAR
l'invention de l'Écriture — § 376
touchi'^ de compassion, sur l'intercession de Tamùz et de Ningiszida, il lui offre le pain et Teaii qui procure la vie éternelle. Adapa cependant, prévenu par Ea, dédaigne le repas et ainsi la vie éternelle lui échappe à lui et à toute la race humaine. Le héros du déluge, Atrahasis (Xisuthros), u le tr^s avisé », est enlevé par les dieux au loin ot reçoit en cadeau l'immortalité, ainsi que sa femme. Cependant le puissant héros d'Uruk Gilgames (filien, Hist. Ani?n., 12, 21 : nXyauo; ; écrit Gis-tuhar, lu faussement d'ahord Nimrod, ^ 361 note), qui avait maîtrisé de nombreux monstres et vaincu le prince ennemi, Humbaba d'Elam, dans les monts de TEst, qui avait aussi résisté victorieusement aux sollicitations de Nanai, perdit pourtant le salut par sa faute, après avoir abattu le puissant taureau céleste et acquis Teau jaillissante (et la plante de vie?) qui assure la vie éternelle; il semble l'avoir donnée à boire au taureau céleste. C'est pourquoi, malgré tous ses exploits, le héros doit souffrir la mort, comme avant lui son fidèle compagnon Ea-Rani (sumér. En-gi-du), Ihomme-taureau. Depuis Sargon (Sarru-kîn), Gilgames et ses exploits sont fréquemment représentés sur les cylindres; il a toujours l'aspect d'un géant, nu, v(^tu seulement d'une ceinture autour des reins, les cheveux bouclés et une barbe fournie, avec des traits sémitiques évidents. Eabani est un être composite, avec le haut du corps d'un homme, les jambes et la queue d'un taureau, barbu, avec des cornes ou une couronne cornue. Les figures légendaires, Etana par exemple, sont toujours représentées comme des Sémites sur les cylindres sumériens du royaume de Sumer et d^Akkad, les dieux aussi f§ 362). Plusieurs noms encore sont sémitiques, comme Atrahasis ou Utnapislim (Samasnapistim), Tappellalion la plus fréquente du héros du déluge; Torigine du nom de Gilgames est, par contre, tout à fait obscure. Donc ces légendes témoignent d une forte influence sémitique, sans compter qu'elles ne nous sont connues que dans des textes sémitiques. Mais nous ne pouvons pas encore préciser l'étendue des traditions et des conceptions purement
sumériennes qui se sont conservées dans leur forme la plus ancienne.
Sur la littérature légendaire, voir surtout Jensen, A'osniol. der Babylon'ter, 1890 et son interprétation approfondie de ces textes, A7?, VI, comme aussi Zimmern, KAT^, p. 488 et suiv., puis Gressmann, Alior. TpxIp u. Bilder {% l")i note). Nouveaux fragments du mythe d'Etana : Jastrow, JAOS, XXX, p. 101 et suiv. — La forme la plus ancienne de l'épopée de Gilgames peut être éclaircie, pour quelques traits du moins, par les représentations figurées; cf. Meyer, Suin. u. Sem., p. 48 et suiv. Il faut se garder soigneusement des explications solaires et astrales si répandues; l'opinion qui a eu cours un certain temps que Giljjjames serait un héros solaire, manque de tout fondement dans la tradition, pour ne pas parler des fantaisies exagérées de Jensen, das Gilgamesrhepos in der W^ellliferaiur, I, 1906. Voir maintenant la traduction et Texplication de l'épopée de Gilgames par Ungnad et Gressman, 1911, puis H. Schneider, ZivPÀ Aufsâtze ziir Religionsgpsrh. Vordprasiens, 2. dip Entwkklung d. Gilgampfichppos, 1909. H. Prinz et Gressmann [top. p'd., p. 96) contestent que les figures nues des cylindres représentent Gilgames et Eabani.
L'invention do récritnrp,,
376. Le moment décisif de l'élaboration d'une civilisation élevée et durable, avec des traditions fermes, est aussi marqué chez les Sumériens par l'invention de l'écriture; c'est là sans aucun doute leur propriété exclusive qui n'a pas été influencée par les Sémites. Gomme l'écriture égyptienne et chinoise, celle des Sumériens est née de l'image figurée d'objets particuliers et de certains actes (jui ont servi à noter une idée, un mot et enfin un groupe de sons sans aucun rapport avec le sens primitif. Les premières étapes de l'écriture n'ont pas dû manquer aux Sumériens, comme nous le constatons sur d'anciennes pierres à broyer le fard d'Egypte (§ 201), où un
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SUMÉRIENS ET SÉMITES EN SINÉAR
dossin ligure syml.oliquomcnl un événement et .lo.l être conveiti en mois pour être compris. Kn somme, I .mage .c. serl a exprimer imparfuitement des phrases et ne peut pas l.xor de façon durable lo souvenir d'antécédenls détermines. Jusqu a maintenant, cependani, on na trouvé aucun monument de ce stade du développement de récriture, n, dos su-van s; les plus anciens documents conservés attestent déjà que le système d'écriture est tout à fait constitué. Si les principes fondamentaux des écritures égyptiennes et babyloniennes son les même. - emploi simultané du sens idéographique (abstrait) et phonétique des signes, ainsi que lusagc de signes pour des mots et des syllabes, celui de signes explicatifs de lecture, qui ne doivent pas être prononcés (1) - deux diiïérences carac e- .■istbiucs ressortent dès Tabord : le nombre des signes picto- ..raphiques est bien moindre dans lécrilure sumérienne que dans l-égyptienne, et la première a moins bien réussi à rendre d-une manière figurée et symbolique les abstractions et les actions. Mais elle a très rapidement remplacé par «ne curs.ve ,a pure écriture ligurée ou hiéroglyphique. Car en Uabylonie on emploie principalement pour écrire largile tendre sur laquelle on trace les signes au moyen dun style (on n emploie la pierre précieuse que pour des ex-voto et des monuments royaux). Par suite, dans cette cursive les images se transforment en ligures anguleuses, composées de traits et cela d autant plus facilement que l'art du scribe était encore a ses premiers et grossiers débuts en Sinéar, ce qui n était pas le cas en Egypte. Dans ce dernier pays, en effet, on a mam lenu toujours à côté de la cursive (hiératique) et pour 1 écriture monumentale, la forme primitive des signes soig^neusemeut, même artistement exécutés (hiéroglyphes), hn fe.near, par contre, on délaisse complètement les hiéroglyphes; les signes
l'invention de l'écriture — § 376
d'écriture se déforment eu combinaisons de traits (1) qui paraissent arbitraires car l'image primitive transparaît à peine <m môme plus du tout. Celte diiïérence n'est pas seulement externe, elle allecte aussi l'essence intime de l'écriture : récriture sumérienne perd rapidement, à l'inverse de l'Egypte, toute relation avec l'art figuré et elle acquiert une vie propre. C'est ce qui a permis de composer de nombreux signes graphiques nouveaux, qui n'ont plus aucune base figurée et comblent ainsi les vides du système hiéroglyphique le plus primitif. Ces signes secondaires sont formés soit par la dill'érenciation des anciens, en introduisant plusieurs traits par exemple qui fortifient ou changent le sens (appelé f/ufit} par les grammairiens assyriens), ou par la combinaison de plusieurs signes. Ces combinaisons résultent fréquemment de jeux naïfs sur le sens ou l'assonnance des mots à écrire. Dans les noms propres on avait souvent recours à des transcriptions n'ayant rien à voir avec les sons des mots parlés : ainsi En-/u « seigneur de la sagesse » pour le dieu lune, Ne-unu-gal « seigneur de la grande demeure » pour Nergal (de même plus tard Amar-ad « fils du soleil » (?) pour Marduk, dingir-pa « seigneur du style » pour Nabû, etc.), Ellil-ki « lieu d'Ellil « pour Nippur, Unu-ki « demeure » pour Uruk, Kiengi « pays » pour Sumer, Sirpurla ou Sirlapur, pour Lagas et ainsi de suite. Ces jeux de mots ont été ardemment cultivés aussi par les scribes postérieurs, ils sont cause de notre ignorance des vrais noms de beaucoup de dieux et de personnes ainsi que de la nécessité où nous sommes de nous contenter de la simple transcription des signes syllabiques, bien que nous sachions que le nom n'a jamais été prononcé de cette manière.
La grande découverte des Egyptiens à savoir que toute parole humaine consiste dans la combinaison de quelques sons,
m ces derniers sont moins nombreux en sum. rien quen égyptien et, a part quelques exceptions comme le determin.tif ki ajouté aux noms de heux et de contrées, ils précèdent toujours le mot.
(1) Sur l'argile ces traits ont peu à peu afïecté la forme de clous, qui ont été finalement employés sur les monuments de pierre, mais seulement beaucoup plus tard.
•t-oi'
SUMÉRIENS ?:t Sémites en sinéar
l'invention de l'écriture — i; 377
et la fixation de ceux-ci par de simples signes alphabétiques est restée complètement ignorée des Babyloniens. Les signes d'écriture les plus élémentaires qu'ils possèdent notent toujours la consonne précédée ou suivie d'une voyelle. Ce n'est qu'assez tard que les Sémites babyloniens parvinrent à décomposer chaque mot en syllabes simples, comme ba + at = bat, et restreindre considérablement l'emploi des signes syllabiques compliqués, des signes représentant des mots et des idéogrammes.
Les savants indigènes postérieurs ont encore des connaissances exactes sur l'origine de l'écriture, comme le inonlrent des tablettes avec explications de signes hiéroglyphiques simples; Oppert en a tiré des conclusions justes, comme aussi de quelques inscriptions archaïques alors connues: IJxpM. en Mésopotamie, II, p. 03. — Fr. Delilzsch, Die fJntstehwuj des altesten Schriftsysiems, 1890 (et Ber. Sciehs. Ges., 1890) a réellement hâté la solution du problème de l'origine des signes simples, malgré quelques explications très douteuses qui ont donné lieu à de violentes attaques. Depuis, les matériaux se sont considérablement accrus (cf. S 378 note). On ne peu plus contester aujourd'hui que la position verticale est primitive pour tous les signes, avec une direction de droite à gauche ; ensuite on écrivit en longues lignes de gauche à droite et les signes furent retournés. —Sur la technique, cf. Messerschmidt, Zur Techmk d. Tontafelschreibens. 1907.
377. Les Sumériens, comme les Égyptiens dans la plupart des cas, placent les signes les uns sous les autres en colonnes verticales ; là où plusieurs signes sont les uns à côtés des autres, ils se suivent de droite à gauche. Mais, à l'inverse de l'écriture égyptienne, les colonnes sont petites et ne contiennent toujours qu'un mot ou un groupe de mots formant un tout. Plusieurs de ces colonnes sont alors rangées l'une contre l'autre de droite à gauche en une ligne, au-dessous s'insère une nouvelle série de colonnes formant la deuxième ligne. Aussitôt que l'écriture eut été inventée, elle trouva comme en Egypte de multiples
applications. Nous ne pouvons pas douter qu'en Sinéar, déjà dans les plus anciens Etats connus, toutes les aiïaires administratives ne fussent mises par écrit et que tout événement de quelque importance ne fut noté. Antérieurs aux documents royaux sont les nombreux documents privés (contrats), pour l'achat et la vente, les prêts, donations, locations, livraisons ou quittances. On utilisait pour ces annotations de petites tablettes d'argile ovales, écrites des deux côtés. On apprit ensuite à les rendre solides et durables par la cuisson après gravure ; peu à peu les tablettes acquièrent une forme plus consistante, deviennent plus grandes et carrées.
L'usage du sceau suit la pratique de l'écriture : comme en Egypte il consiste en un cylindre de pierre ou d'argile, orné de ligures incisées, animaux, démons, êtres fabuleux de toute nature, puis plus tard de grandes scènes de mythologie ou rituelles, auxquelles on peut adjoindre le nom propre de possesseur. Le cylindre s'emploie en le roulant sur l'argile tendre des tablettes. Les plus anciens contrats conservés ne connaissent pas encore, il est vrai, cet usage. Avant d'imprimer ainsi la mar({ue de chaque individu on se contentait de noter l'époque de la clôture des aifaires. On désigne Tannée d'après les fonctionnaires annuels (surtout des prêtres), auxquels on peut joindre aussi le nom du roi. Puis s'introduit l'usaiic, comme en Egypte, de donner à l'année un nom otliciel d'après un événement marquant; à côté de cette pratique, on trouve chez Entemena de Tello et ses successeurs un compte par années de souverains (în 388 noie) qui n'apparaît ailleurs en Babylonie qu'avec les Cassites.
Sur les cylindres et cachets, voir en général Menant, Kech. sur la glyptique orientale, 1, 1883 et Collect. de Clercq, I, 1888; Furtwangler, bie Antiken Gemmen, III, ch. I. Le grand ouvrage de W. H. VVard, The seal cylinders of Western Asia, 1910 (et Cylinders and seuls in the Library of P. Morgan, 1909) oftre une riche collection de matériaux, dont la critique et Thistoire sont malheureusement insuffisantes. De nombreux cylindres archaïques trouvés à Fara : MDOG, 71, 5. —
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SUMÉRIENS ET SÉMITES EN SINÉAR
Des comptes par années se trouvent déjà, bien qu isolément, sur les contrats archaïques de Tello et Suruppak, Thnreau-Dangin, Recueil de tabl. cuné'if., 1903.
378. Nous n'avons pas encore trouvé de vestiges ni de documents de l'époque des débuts do l'écriture. Pourtant le nombre commence à augmenter des tablettes d'argile (parfois des tablettes de pierre) sur lesquelles quelques signes au moins ont gardé la pure forme hiéroglyphique, tandis que d'autres se sont déjà transformés en simples traits. Nous pouvons espérer que les fouilles subséquentes nous procureront en Sinéar des monuments de l'époque où l'écriture se formait et commençait à se distinguer du dessin, comme le montrent les représentations des anciennes palettes à broyer le fard en Egypte (§ 201). Il est peu probable que cette période de transition ait été très longue, l'évolution a dû plutôt s'accomplir très rapidement, aussitôt qu'on eut réussi à faire le premier pas dans la notation de phrases et la hxation de mots simples par des images. Chaque pas conduisait plus loin dans cette voie, et précisément la lourdeur du dessin et la déformation de rfmage en signes linéaires a facilité et réellement accéléré la marche en avant. Le fait que l'écriture se détachait de l'image a rendu possible en même temps la création de nouveaux caractères purement graphiques. Nous devons donc admettre que les plus anciens monuments préservés ne sont pas très loin du temps où fut inventée l'écriture et que les premières étapes furent aussi rapidement dépassées en Sinéar qu'en Egypte, à l'époque des derniers serviteurs d'Horus avant Menés.
Tablettes avec écriture en partie hiéroglyphique : monuments Blan avec signes d'écriture et sculptures, Pvoc. Amer. Orient, Soc, 1888 (King, History of Sumer and Akkad, face p. 02; cf. § 362, note). Thureau-Dangin, liev. Sémtl., 1890, Hev. dWssyr., VI, p. 1^5 et suiv. Une importante série a été acquise par le Musée de Berlin, il y a quelques années. Sur l'écriture élamite, voir § 392.
l'art, civilisation sumérienne et égyptienne — § 379 149
VarL Rapports de la civilisation sumérienne avec celle d'Egypte.
379. Le développement de l'art figuré est lié en Sinéar aux reliefs votifs sur tablettes d'albâtre et aux statues de pierre consacrées dans les temples (§ 367). De bonne heure on façonna en argile des figurines de dieux. Les dessins au trait et les reliefs sur les plus anciennes tablettes votives de Nippur et de Lagas appartiennent aux manifestations les plus lourdes et les plus informes que nous connaissions. On peut difficilement se représenter un stade antérieur plus primitif encore qui puisse prétendre au nom de civilisation. Sans doute le talent artistique des Sumériens est toujours resté assez faible en face des Égyptiens; les Akkadiens sémitiques les ont aussitôt dépassés. Ces manifestations artistiques sont bien au-dessous pourtant des représentations sur les palettes à broyer le fard du temps des adorateurs d'Horus, auxquelles on ne peut comparer peutêtre que la stèle des Vautours d'Kannatum. Les Sumériens ne sont en état de produire d'œuvre comparable à la table de Narmer et aux créations des Thinites, que sous l'influence de
l'art très développé de Sargon (Sar-ukîn) et de Narâm-Sin. Comme les signes d'écriture présupposent des dessins de l'art le plus ancien et le plus grossier, on en conclut que l'écriture a pris corps chez les Sumériens à un stade de civilisation certainement plus ancien que chez les Egyptiens. Par contre l'ancienneté est beaucoup moins haute de plusieurs siècles ; les plus anciens monuments épigraphiques de Sinéar, qui ont été conservés, appartiennent au plus tôt au dernier siècle avant 3000, alors qu'en Egypte, sous les Thinites, l'écriture était déjà employée depuis plusieurs siècles.
La question a été très débattue d'une relation historique entre l'écriture hiéroglyphique égyptienne et celle des Sumériens. La similitude extérieure de divers caractères comme la direction et parfois aussi la forme des signes, ne peut pas
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SUMÉRIKNS ET SÉMITES EN SINÉAR
prouver beaucoup ; une opinion définitive doit reposer sur une analyse approfondie des plus anciens signes sumériens d'écriture qui n'a pas été encore entreprise. Mais on peut avancer contre un rapport de ce genre que Técrilure et surtout une civilisation avancée, au \\i^ millénaire, est encore totalement étrangère aux territoires syriens qui séparent les deux contrées. 11 ne peut donc s'agir que d'un développement parallèle sorti des mêmes motifs et donnant naissance pour cela à [dusieurs créations semblables. La même observation vaut, par exemple, pour l'analogie des animaux fabuleux et des ligures symétri({uement ordonnées des tablettes à broyer le fard égyptiennes avec les produits de l'art sumérien (S 200). L'usage des cylindrescachets {)Ourrait plutôt avoir été introduit d'Egypte en Sinéar (§ 202, note). 11 est impossible de lixer des points de contact dans la culture des céréales ou la préparation de la bière (§ 229) qui auraient été empruntées d'un pays à l'autre ou de dire si un troisième f)ays, la Syrie, a servi d'intermédiaire. Il n'est pas rare que des peuples avancés aient été stimulés, surtout dans les arts techniques, par d'autres très inférieurs en civilisation. Cependant, quand il s'agit d'éléments très importants de civilisation, si nous devons admettre des emprunts, ce ne peut être que de la part des Sumériens contrairement à l'opinion générale, car leur civilisation est précisément beaucoup plus jeune que celle de l'Egypte.
L'auteur fait remarquer (lue même si Ton veut placer beaucoup plus tôt qu'il ne l'admet Urninâ et les plus anciens monuments de Tello, donc vers 3400 environ, à l'époque des palettes égyptiennes à broyer le fard, la civilisation et Tart de la I^jibylonie seraient alors plus profondément encore sous rintluence de la civilisation égyptienne contemporaine. On ne pourrait donc pas dans ce cas non plus faire dépendre la civilisation égyptienne de la Babylonie. Celui qui tient il est vrai pour historique la date de xNabiVna'id et fait remonter alors les plus anciens monuments babyloniens à i(K)0, devrait, pour être conséquent avec lui-même, admettre pour TÉgypte les dates de Manéthon,
LES TEXTES SUMÉRIENS ARCHAÏQUES
Les princes locm(x et les rois d*Opis et de KiL
380. Aux temps archaïques sur lesquels nous avons des renseignements par quelques monuments isolés, Sinéar se divise en un grand nombre de principautés locales, semblables à la forme politique que nous devons admettre pour l'Egypte lorsque les nomes particuliers étaient encore à moitié ou tout à fait indépendants. Les princes de ces petits Etats portent quelquefois le titre de Ingal « roi » ou e?i « seigneur » (traduit par sarrii et hêl en sémitique) ; mais la majorité d'entre eux se nomment patësi. Ce titre désigne certainement depuis Sargon (Sar-ukîn) un souverain local, dans la dépendance d'un suzerain et établi par lui, en un mot, un vassal ou régent (traduit par issa/c/tu en assyrien). Il n'est pas douteux que seul le titre de roi exprimait à cette époque archaïque la complète souveraineté. Mais il n'est pas rare cependant que le titre de patési se rencontre lorsque le prince local est tout à fait indépendant. Dans ce cas, il a un sens religieux, il indique que le régent est institué par le dieu local; il n'est donc pas considéré comme indépendant mais uniquement comme le représentant du dieu sur la terre; le vrai roi est le dieu. C'est pour cela que les plus anciens souverains d'Assur, même indépendants, se nomment << patési du dieu d'Assur » (§ 434), et que pour le môme motif
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LES TEXTES SUMERIENS ARCHAÏQUES
de pieux souverains des villes sumériennes ont souvent préféré conserver le titre de patési, bien qu'ils aient pu prendre celui de roi (Jig 387, 388). Ce terme de patési a peut-être eu simple- . ment à l'origine le sens de « serviteur », puis devint la désignation spéciale du serviteur le plus insigne de la divinité (§ 449, note). Les fonctions sacerdotales sont si évidemment partout au premier plan chez les souverains sumériens (cf. î^ 374) que la puissance temporelle est probablement sortie du sacerdoce du dieu local, auquel se rattachent en môme temps les fonctions juridiques et la direction des troupes levées dans le district, au cas où des voisins ennemis se mettent à piller les biens du dieu et veulent s'emparer des territoires qui lui appartiennent.
Ces princes locaux relevaient toujours d'un prince suzerain qui devait réunir en une unité tout le peuple et qui porte souvent dès lors le titi'e de « roi du pays » lu(jal kalama ; il est plus fréquent sans doute qu'ils se nomment d'après la capitale, siège de la royauté. Le dieu national sumérien Ellil de Nippur, le « Seigneur des pays » (§ 380), octroie cette royauté par un oracle au moyen duquel le dieu prononce le nom du souverain. C'est pourquoi, de bonne heure déjà, on érigea à Nippur sur une terrasse pavée de briques, reposant sur les décombres des anciennes installations, le grand temple-montagne, en forme de pyramide. C'est l'Ekur, « maison-montagne » en briques, dont on atteint le sommet par une rampe en spirale. Dans les trésors de ce sanctuaire s'entassent les ex-voto des dynastes des villes de Sinéaretdes rois suzerains, surtout des vases de pierre à inscriptions, mais aussi des blocs de pierre brute (§ 367), puis sans doute de l'or, de l'argent et des pierres précieuses, dont on s'empara souvent au cours des nombreux pillages des époques postérieures. Celui qui avait constamment vaincu ses rivaux et aspirait à la suzeraineté devait y chercher la reconnaissance de son autorité et légitimer ainsi ses prétentions.
La base de Thistoire ancienne est la traduction générale et l'explication approfondie des plus anciennes inscriptions historiques par
LES PRINCES LOCAUX ET LES ROIS d'OPIS ET DE KIS — § 380 153
Thureau-Dangin, Les insanptions de Sumer et d'Akkad, 1905; en allemand, Die Sumer. u. Akhad. Koenigsinschrifteny 1907. Il a le premier fondé l'explication grammaticale et exacte de l'ancien sumérien, en suivant les anciens travaux dWmiaud et de Jensen {KO, III, 1) entre autres. En dehors de Tello (§ 383) les matériaux ne sont pas nombreux et il n'est pas encore possible d'ordonner chronologiquement dans le schéma que fournit Tello les inscriptions particulières éparses. Le point de repère le plus important est le caractère de l'écriture. D'ailleurs c'est souvent un pur hasard si nous possédons des textes ou non d'un suzerain ou de princes locaux. Grâce aussi à la liste royale de Scheil (§ 3!29 a), nous voyons maintenant un peu plus clair dans ce dédale, mais nous ne pouvons tracer une histoire suivie de l'époque archaïque ; cf. le mémoire de Fauteur, Zur dltesten Gesch. /hbyloniem, dans Ber. Berlin Akad,, 1912, pp. 106:2 et suiv. — Sur les fouilles de l'Université de Pennsylvanie à Nippur, sous la direction de Peters, Haynes, Ililprecht, voir les ouvrages de vulgarisation de Hilprecht [Aiisgrabungen im Bellempel, 1903; Explorations in Bible Lands; auparavant l'esquisse dans Babi/L Exped., I, 2), ses publications fondamentales des inscriptions archaïques (Babylon. Expedit. of the Univ. of Pennsylv., Séries A, Cuneif. Texts, vol. I, 1 et -2. 1893 et 1896) et le commencement d'une description systématique des ruines, avec de nombreux plans et dessins : Cl. S. Fisher, Excavations at Nippur, 1905 et suiv. Il faut rectifier les développements de l'auteur sur la position de Nippur (Sumer. u. Sem., p. 29 et suiv.) d'après l'explication du nom Ellil (§ 362 note) qu'a donnée avec raison Clav. — La reconstruction habituelle des ziggurrat babyloniennes et assyriennes en tours à étages, qui repose sur Layard et Rawlinson et qu'ont schématisée Perrot et Chipiez, est insoutenable ; il ne s'agit que d'une masse simple, montant obliquement, sur une base quadrangulaire, avec une rampe conduisant au sommet comme E. Herzfeld, Samarra, 1907, p. 26 et suiv. Ta prouvé conjointement avec Koldewey. L'ancienne disposition s'est maintenue encore à l'époque musulmane dans le minaret (Malwije) de Samarra, avec cette modification que le plan est circulaire. Voir de plus Koldewey, Tempel von Babylon u, Borsippa, p. 57 et suiv., 59 et suiv. Le seul temple de l'époque archaïque auquel appartienne une ziggurrat est celui de Nippur; dans le royaume de Sumer et d'Akkad (et peu avant sous Gudéa)
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LES TEXTES SUMÉRIENS ARCHAÏQUES
cotte forme, et avec elle le nom eknr pour temple, a été transportée sur les autres dieux. - L'expression d'Eannalum, Galet A, 6, est significative pour le sens de patési, citée § 38(i. Le titre « grand patési de Ningirsu » que portent Entemena et ses successeurs avec celui de « patési de Lagas » indique sans doute un degré dans le sacerdoce et non pas « ancien patési » comme le dit Cenouillac, OLZ, 1008, p. ^213 et suiv.; cf. ^ \m note. - Une fois auss^ le roi Arad'sin de Larsa (§ i42) ne se nomme que u patési de Samas » (Thureau-Dangin, liecueil de Trav., XXXll, 44).
381. Le siège de la royauté n'a donc pas été Nippur, au moins aux temps que nous pouvons connaître. La ville et son patési avec leur sacerdoce et les nombreux marchands et gens de métiers qui s'y réunissaient, formait probablement un territoire en quelque sorte neutre sous la domination du suzerain d'alors reconnu par son dieu. Dans les plus anciens monuments nous trouvons comme résidence pour le suzerain du pays la ville de Kis, située au Nord de Sinéar, à l'Kst de la cité plus récente de Hahylone, sur un bras de r^uphrale. Située beaucoup plus au Nord, à la frontière du pays marécageux et des palmeraies contre le sol dur du steppe, au contluent de r'Adèm et du Tigre, la ville de Késu, appelée plus tard Opis (Upi) dès le milieu du deuxième millénaire, est le ccnlre d'un royaume et la résidence de la dame du mont, iNinluirsag. Près de là, se trouvait un lieu appelé Ijarsagkalama c montagne du pays », sans doute d'après un ancien sanctuaire de cette déesse. La nouvelle liste royale (§ 329 a) commence également avec une dynastie dOpis; nous ne savons pas si une liste antérieure mentionnait d'autres dynasties historiques, ou si ces rois antérieurs étaient des figures purement légendaires. Puis vient une dynastie de Kis, fondée par une ligure légendaire, la cabaretière Azag-bau qui bâtit Kis et régna 100 ans. Aucun des noms de rois mentionnés n est connu par les monuments, tandis que la liste n'énumère aucun des souverains de Kis que nous connaissons. Nous ne possédons donc aucune tradition
LES PRINCES LOCAUX ET LES ROIS d'OPîS ET DE KIS — g 381 1
historique digne de foi. Au reste les mentions occasionnelles des inscriptions montrent qu'au commencement du III^ millénaire des rois d'Opis, qui ont régné à côlé de ceux de Kis, étaient leurs alliés (S 382.386) et peut-être plus puissants qu'eux.
La position d'Opis et de Kis comme villes royales surprend ; mais elle correspond à celle des capitales plus récentes Akkad et Hahylone, à cela près que ces dernières sont plus à l'Ouest de TEuphrate. On doit donc supposer peut-être qu'Opis et Kis étaient les postes avancés des Sumériens, soit qu'ils soient descendus des monts orientaux, soient qu'ils aient pénétré par mer, et que précisément pour cela les rois aient fixé leur résidence à la place la plus avancée, de même que les adorateurs d'ilorus, venus dans la vallée du Nil. ont placé leurs villes principales dans les marches de Libye et de Nubie (S 198).
Vases de pierre et tablettes votives de marchands et d'un patési Ur-ellil, de Nippur : llilprecht, ///f, 1, ai-l)8, 106, 11 1-11 i ; pi. XVI,
I, 2. iïxplnr. in nihh Lands, p. 175 (Meyer, .S'//m. u. Soin., p. 98 et suiv.) : Thureau-Dangin, SAKI, p. i:i8. Un autre patési, Thureau- Dangin, lire, de Trnv., XXXll, 44. — La ville Kesu, écrit UN»'* (cf. Weissbach, ZI>MG, LUI, p. 665 et suiv. est identique, d'après une glose, à la ville Upî, 'tirt;, souvent citée dès l'époque assyrienne et chez les Grecs. A l'époque néobabylonienne l'ancienne manière d'écrire ce nom reprend faveiu*. D'après la Chronique de NabiVna'id, revers 12 et suiv., cette ville était sur TSuphrate (pour la lecture, voir Dhorme, lUv. dWssyr., VIII, 07); près de là Cyrus vainquit les Babyloniens. Opis, d après Xénophon, Ana/K, II, i, 25, se trouve sur la rive gauche du Tigre à l'embouchure du Physkos qui, d'après les données des dislances jusqu'au grand Zab, ne peut être que l' Adém, le Radànu assyrien. Près de là se terminait la « muraille médique » ou « mur de Sémiramis » (Eratosthène, dans Strabon,
II, 1, 26 = XI, 14, 8, avec qui coïncide le texte de Xénophon, II, 4, 12), c'est-à-dire le système de fortifications élevé par Nabûkudurri-usur, qui doit être identique à la digue construite « audessus d'Opis (UH''i) jusqu'à Sippar, du bord du Tigre à celui de TEuphrate » d'après le texte de l'inscription du Wàdi Brisa (Weiss-
^SiiSâ
ffm^
LES TEXTES SUMÉRIENS ARCHAÏQUES
bach, Die Inschr. von Wddl /h., 11)06). Opis est encore mentionné par Hérodote, I, 189 et Strabon, XVI, 1, 9 = Arrien, VII, 7, 6. L'essai tenté par Winckler de déplacer cette ville vers Séleucie {A F, II, p. 515 et suiv.) est insoutenable, bien que la fixation près de Tell Mandjûr en face de Tembouchure de V 'Adém ne soit pas sAre. En effet Tancien lit du Tigre coule ici beaucoup plus au S.-O. qu'aujourd'hui ; cf. sur la contrée, Kiepert, Karte d, Ruinenfelder oon Bahylon, dans Z. GeselL f. rJrdkunde, 1883, d'après les rapports de Jones. Sur la position d'Opis et de Kis et le système de défense fortitié de NabiVkudurri-usur, cf. Meyer, Ber. Berlin. Ak., 1912, p. 109G et suiv. — D'après l'inscription du Wâdi Brisa, Kis est à l'Est de Babylone (NabiVkudiirri-usur y construisit une deuxième digue), non pas sur le Tigre, mais sur un bras de TEuphrate (Thureau-Dangin, OLZ, 1909, 204). Les vestiges se trouvent dans le tell de ruines Olieimir, où fut trouvée une brique d'Âdad-apaliddin, qui mentionne la construction du temple de Zamama, le dieu patron de Kis (I, R, 5, 22) ; depuis lors une quantité de briques sont venues au jour qui confirment cette identification. Les fouilles françaises qui y ont été commencées n'ont pas pu être poussées plus loin. - Le mémoire pénétrant de Jensen sur Kis, ZA, XV a donné lieu à diverses hypothèses inadmissibles et se trouve dépassé aujourd'hui. L'idée que Kis et UH''' ont été voisines manque de tout fondement, comme celle de l'existence de villes du même nom dans le Sud de la Babylonie. - Plusieurs des noms de la liste royale peuvent remonter à des originaux anciens, étudiés et copiés par les savants et qui apparaîtront peut-être dans des fouilles ultérieures; mais cette liste ne donne pas une suite de rois que Ton puisse utiliser pour l'histoire. Il faut ajouter que la somme totale dans la dynastie de Kis présente de très grandes différences avec celles des totaux partiels. Voici cette liste (la prononciation des noms est très souvent douteuse) :
LES PRINCES LOCAUX ET LES ROIS d'oPIS ET DE KIS — § 382 157
Dynastie d'Opis (Kes).
Kalam ?-zi 30 ans
Kalam?-dahilu i2 »
Ur-sag 6 »
Basa-mus 20 »
Tsnil 24 »
Suenzu (Gimil-Sin?) , son
fils 7 »
Total : 6 rois 99 ans
Dynastie de Kis.
Azag-Bau 100 ans
Basa-Enzu, son fils.... 25 »
Ur-zamama, son fils... 6 »
Zimu-dar 30 »
Uziwatar, son fils 6 »
El?-muli 11 »
Igul-babbar 11 »
Nanijah 3 »
Total : 8 rois 586 ans
[les chiffres partiels donnent 192 ans].
382. Le plus ancien souverain connu de Kis est le roi Mesilim (environ 3100) qui intervint dans une lutte entre Lagas (Tello) et sa voisine Umma, au Sud de Sinéar, fixa la frontière par une stèle suivant l'arrêt de la déesse du royaume, Kadi, et voua au dieu Ningirsu de Lagas une masse d'arme de pierre, ornée de sculptures tout à fait grossières représentant plusieurs lions et un aigle; les yeux étaient garnis de pierres précieuses. L'inscription qui y est gravée mentionne aussi le patesi de Lagas, Lugal-sag-engur. H est significatif qu'un texte postérieur nous rende compte de cette sentence décisive pour l'avenir dans la forme suivante, que Ningirsu et le dieu d'Umma s'étaient réunis sur la ligne de démarcation « suivant la parole véridique d'Ellil, le dieu du pays et le père des dieux ». La négociation humaine j[)araîl ici comme une transaction immédiate des dieux, et la suzeraineté de Kis comme celle du dieu de Nippur, à la sommation duquel ses divins enfants se soumettent. On a trouvé à Tello une grande pointe de lance en bronze, sur laquelle est gravé un lion, d'un autre roi de Kis,
Lugal Nous possédons un vase de pierre voué à Nippur par
un roi Urzage et une tablette de lapis-lazuli donnée à Anu et à Nanai (Ninni) par Lugaltarsi. Ces rois ont certainement eu à lutter fréquemment aussi bien avec leurs vassaux qu'avec
LES TEXTES SUMÉRIENS ARCHAÏQUES
les tribus voisines, parmi lesquelles les Klainites, bien que nous n'en sacbions encore rien. Nous connaissons de plus le roi Al-zu (?) de Kis, qui, comme le roi Zuga d'Opis, fut vaincu par Eannatum de Lagas (vers 29o0). Ce dernier conquit par cette victoire la royauté de Kis (ij 386). Les noms de ces rois et la représentation de Al/u (?) cl de ses guerriers sur la stèle des Vautours prouvent qu'ils étaient des Sumériens. Mais Kis tomba peu après aux mains des Sémites, soit que ces derniers aient alors seulement envahi le pays, soit que, déjà installés, ils aient conservé peut-être sur TEuphrate, à Akkad, une complète ou demi indépendance. Les rois, comme il arrivera souvent plus tard, ont peut-ôtre pris à leur service les guerriers Sémites, de la steppe dont les chefs se sont emparés alors du pouvoir. Avec la royauté de Kis ces Sémites ont prétendu à la souveraineté sur tout le pays, ce qui a toujours provoqué de nouveaux et violents combats avec les Sumériens du Sud, qui eurent souvent le dessus. Ainsi des inscriptions sur des fragments de vases de pierre d'un roi Enbi-Istar de Kis nous apprennent qu'il fut vaincu, comme le roi d'(Jpis, par un souverain sumérien dont le nom n'est pas conservé (le nom sémitique du roi de Kis n'est pas écrit idéographiquement mais phonétiquement). Les deux villes furent saccagées, les statues, les métaux précieux et les pierres précieuses furent emportés et voués à Lllil de Nippur. Un autre souverain de cette époque est Ensagkusanna, le « seigneur de Sumer (en Ki-en-gi) et roi du pays (lugal kalama) », qui voue également à Nippur « le butin du mauvais Kis » qui était donc alors aux mains des Sémites. Ce sont des épisodes de combats qui se répètent constamment pendant des siècles (cf. § 390). Ils aboutirent à un succès complet, bien que le but ne fût pas atteint, lorsque Lugalzaggisi d'Uruk mit (in au royaume de Kis et rétablit encore une fois la domination sumérienne sur tout le pays (§391).
Mesilim : Enlemena, cône n, Thureau-Dangin, SAKI, p. 30; Ean-
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natum, galet E, ibidem, p. 25; masse d'arme, Découv., pi. 1 1er, 2. Thureau-Dangin, ibidem, p. Kk) [ZA, \I, p. 324 et suiv.). Lance de Lugal..., Dt'couv., pi. 5 ter, 1. Il fjiut sans doute placer avant lui un patési dont le nom est peut-être Utug, qui a voué à Nippur un vase de pierre du butin de l.lama/.i : Thureau-Dangin, ibidem, p. ItiO. Les rois Lugal-lar-si [reproduction de sa tablette en lapislazuli, King, Hist. of Sumer and Akkad., face p. 218] et Urzage, Thureau- Dangin, ibidem, p. 1()(); llilprecht, !$!J , I, 108, IOî>, 93. — Le vainqueur d'Enbi-islar, llilprecht, ibid., 102-105, 110. Thureau-Dangin, ibidem, p. 152. Ensagkusanna : Hilprecht, 90-92. Thureau-Dangin, p. 15G. — La prononciation de tous ces noms est naturellement sujette à caution et doit souvent avoir été toute difl'érente.
383. Les ruines d'une antique cité, cachée sous la colline de décombres de Tello au bord du Satt el Hai, sont presque seules jusqu'à ce jour à nous faire pénétrer plus profondément dans l'histoire archaïque de Sinénr. C'est là que les travaux poursuivis pendant une vingtaine d'années par de Sarzec ont mis au jour la résidence de souverains sumériens, dont les constructions, les sculptures et les monuments épigraphiques nous donnent un tableau clair et presque toujours continu du développement séculaire de la civilisation. La ville s'appelait Lagas, dont le nom esl écrit Sir-pur-la. Elle se forma par la réunion de plusieurs quartiers, dont le plus ancien, le véritable noyau de l'établissement, porte le nom de (iirsu. Là se trouvaient les sanctuaires des dieux, là le dieu principal Ningirsu (§ 370), c'est-à-dire le seigneur de Girsu, avait son siège. A l'origine, un bras principal du Tigre, qui avait reçu un bras de l'Euphrate, coulait le long de la ville et le golfe, où se jetaient les fleuves, n'était pas loin. Elle fut jadis une des plus importantes villes de Sinéar, avec un territoire assez étendu, toutefois elle ne put atteindre que rarement une situation prédominante. Elle connut encore après 2600, sous Gudéa, une époque de grande gloire; mais peu après, vers la fin du troisième millénaire, elle disparaît complètement, comme tant de villes antiques du Sud et elle n'est guère nommée dans la littérature pos- '
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térieure. aussi le tableau historique de Tancien Sinéar n'esl-il pas encore complet puisque nous sommes contraints par la nécessité à ne retracer presque uniquement Tépoque archaïque que d'après Tello et son sort. Kt parmi les dieux du panthéon de Lagas, il y a sans doute des figures auxquelles nous attribuons une importance beaucoup plus générale qu'il ne convient. Cependant les monuments de Tello peuvent être considérés comme typiques pour les conditions et le développement de la civilisation dans le pays; le peu qu'ont fourni jusqu'à maintenant les autres ruines, en particulier grâce aux fouilles américaines à Nippur (jj 380), coïncide absolument avec la description que nous avons donnée.
La grande publication de Sarzec et L. Ileuzey, Découvertes en Chaldée, 1883 et suiv., est Touvrage fondamental. Après la mort de Sarzec, les fouilles ont été reprises dès 1903 par Gros; les résultats, publiés auparavant en partie dans \ii Revue d'Assyriolugie^paLvais^eni dans Nouvelles fouilles de Telloy [)ar C. Gros, L. Heuzey et F. Thureau-Dangin. Nous ne pouvons pas encore nous former une idée du plan de la ville, des monuments particuliers et de l histoire de Tarchitecture. Il faut remarquer que le grand bâtiment, considéré d'abord comme le palais de Gudéa, est en réalité une forteresse construite à l'époque hellénistique (après 130 environ) parle dynaste Adadnadinahe qui employa de vieux matériaux. — Les données fournies par les Drcouv. en Chaldée sont complétées surtout par Heuzey, Catal. des anilq. chald. du Louvre^ 1903 et pour l'époque archaïque Heuzey, Une villa royale chaldéenne, 19(X). — Sur les documents privés, ^ 389 note ; sur les inscriptions historiques, S ^^0 note. — La lecture Lagas pour l'ancien nom de Tello est maintenant assurée : Meissner, OLZ, 1907, 385. — Ghronologie : Les trouvailles
de l'époque archaïque, avant Sargon (Sarru-kîn), se divisent en trois groupes : 1. monuments archaïques; 2. d'Urninâ à Enannatum H, six rois en 5 générations, donc en chiffre rond 150 ans ; 3. les souverains suivants, dont la liste est incomplète, jusqu'à Urukagina et à la conquête par Lugalzaggisi, qui ne doivent embrasser que quelques dizaines d'années. A Tello les documents contemporains des rois d'Akkad suivent immédiatement ceux d'Urukagina et
nous savons maintenant que Lugalzaggisi a été le prédécesseur direct de Sarru-kîn (§ 329 a). C'est pourquoi nous devons le placer vers 2800 et nous obtenons environ 3000-2850 pour l'époque séparant Urninà d'Knannatum H. Donc les plus anciens rois et monuments connus de Tello appartiennent à la tin du quatrième millénaire.
384. Les plus anciens monuments de Tello sont une construction massive en briques, sur une colline artificielle, quelques tablettes votives de pierre, avec de grossiers reliefs et anépigraphes, quelques fragments d'inscriptions avec ordres agricoles et offrandes pieuses pour le dieu local et des documents d'affaires sur de petites tablettes d'argile (§ 377). Une tablette de pierre avec un léger relief, dont l'inscription est illisible, paraît appartenir à cetle série : elle représente un dieu, à longue barbiche pointue et avec un bandeau dans la chevelure, d'où s'élèvent deux plumes; devant lui sont dressées plusieurs perches, dont il saisit l'une de la main gauche. Le plus ancien monument historique est la base ronde de pierre d'un ex-voto sur lequel sont représentées deux files d'hommes marcliant l'un vers l'autre : l'une se compose d'houimes portant toute la barbe, à la tète desquels marche un homme imberbe h la longue chevelure, une faucille à la main, donc un roi ce semble; il tend au conducteur armé de la lance de l'autre file un objet étrange, peut-être un diadème ou une calotte. Donc il peut s'agir d'un traité ou plutôt de l'investiture d'un patési de Lagas par son suzerain le roi de Kis. Le port de la barbe se serait donc encore conservé dans cette ville (cf. >< 362); seul le roi ne la porte pas, mais il a, en revanche, la longue chevelure, une perruque semble-t-il, comme sa suite et le porteur de lance. La suite de ce dernier, c'est-à dire du patési de Lagas, se signale, à une exception près, par la tête complètement rasée. On pourrait peut-être placer ce monument à l'époque de Mesilim de Kis et de Lugalsagengur de Lagas (§ 382).
Les premiers souverains de Lagas, dont nous avons des inscriptions sont un roi Enhegal probablement indépendant, mais
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nous ignorons s'il vivait avant ou après Mesilim ; puis vers 3000 le roi Urnina. Dans ses inscriptions sur pierre (ainsi sur une crapaudine) et sur brique, Urninà parle uniquement de ses constructions, du mur de la ville, des temples de Nina, de Ningirsu et d'autres dieux, ainsi que des statues qui s'y trouvaient, du mobilier du culte et des offrandes en céréales, enfin de la construction de canaux et réservoirs; il fit venir de la montagne le bois de construction. Les murs de brique d'un de ces temples sont encore conservés. Sur l'antique édifice, mentionné plus haut, probablement tombé rapidement en ruines, Urninà suréleva convenablement le sol pour une nouvelle construction, magasins d'un temple peut-t^re, faite de briques cuites, cimentées avec du bitume, et sur lesquelles son nom est gravé. Nous possédons trois tablettes de calcaire qu'il dédia aux dieux. Le roi, avec ses enfants, son vizir et ses serviteurs, y est représenté apportant dans une corbeille, qu'il porte sur la tète, l'argile nécessaire au fondement d'un temple et faisant une libation à la divinité. Tous les hommes sont représentés la tMe complètement rasée comme nous l'avons noté précédemment. Nous connaissons aussi une statue d'Urninâet les offrandes qu'on y apportait sont encore mentionnées dans des comptes (§ 389) un siècle et demi plus tard.
Les sculptures présentent les premiers balbutiements de Tart plastique. Elles sont établies d'une manière lourde. et maladroite, qui n'a guère son pareil dans toute l'histoire de Tart et rappelle le mieux les sculptures des Indiens du Mexique. Seuls, les plus anciens monuments des Hittites de Zendjirli sont peut-être plus grossiers encore.
Sur les constructions et monuments archaïques, cf. Heuzey, Villa royale Chald.. p. 52, la stèle avec un relief semblable au monument circulaire, mais dont seules les jambes sont conservées, est représentée in situ, DEC, pi. 56, 2. — Le monument circulaire, Catalogue. n« 5 et />A'C, p. 355; Meyer, Sum. u. Sem., p. 79 et suiv. Une figure barbue semblable a été trouvée à Nippur(§ 352 note), ce qui prouve
qu'elles appartiennent au Nord. Cependant on a trouvé à Suse également un relief avec le même costume (,^ 362 note). Les plus anciennes inscriptions, Thureau-Dangin, ^^A7, p. 2 note. Gomme le roi Urninà nomme régulièrement son grand-père Gursar et son père Gunidu, sans donner leur titre, et que ces derniers ont été certainement rois, il faut placer avant eux encore le roi Enhegal ; tablette calcaire dans Hilprecht, ZA, XI, p. 330 el suiv., Thureau- Dangin, îbid., XV, p. 403, 2; Heuzey, CataL, p. 27, 1. Thureau-Dangin a raison de ne plus considérer Badu (?) (Stèle des Vautours, 1, 4) comme un nom de roi [Restiiut. mai^r. de la strie d. Vaut., p. 42).
385. Des monuments semblables sont sans doute enfouis dans les tells qui couvrent les villes de Sinéar. Les fouilles systématiques de Fara sur le Satt el Kar, l'ancienne Suruppak, déchue comme Tello dès la fin du troisième millénaire, n'ont cependant guère fourni que des restes de maisons en briques planoconvexes, crues ou cuites, avec des canaux de décharge et des puits, ainsi qu'un grand nombre de tombes simples avec un mobilier funéraire assez pauvre (S 367); puis des tablettes et des cylindres aux grossières gravures (§ 377). Les sculptures du même art grossier qu'à Tello sont très rares. Les ruines de Nippur présentent le même aspect (§ 380). Les grandes et antiques collines de décombres de Surghal et el-Hilba plus à TEst étaient encore plus pauvres : les noms des localités qui s'y trouvaient ne sont pas même connus. Les ruines en partie découvertes d'Adab (écrit Udnun), près de Bismaya sur un ancien bras de l'Euphrate, à environ 2 lieues au N.-E. de Fara, paraissent être plus riches : on y a trouvé, entre autres, les anciens fondements d'un temple en blocs de calcaire, sur lesquels se dressent de très anciens murs de briques, reconstruits à mainte reprise. On reconnait ainsi que l'édifice s'est écroulé rapidement et a dû être constamment restauré. Ces ruines cachent de nombreux fragments de vases en pierre portant des inscriptions. On y trouve aussi des débris de statues : ainsi celle d'un « roi d'Adab », Esar, donc un souverain indépendant, vers 2800 environ (fj 388). Il est très douteux que les
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ruines d'Lmma (écrit Gi^hu, auj. Djoha au N.-O. de Telle), d'Uruk, d'L>, elc, ou môme de Kis fournissent plus de monuments. Les grandes constructions mises au jour dans ces villes appartiennent seulement au royaume de Sumer et d Akkad. Les ruines de Sippar (Abu Ilabba) aussi n'ont donné que très peu de chose et presque rien pour Tépoque archaïque. On voit que le goût pour les constructions monumentales, ou même pour un certain luxe, qui distingue les Egyptiens, a totalement fait défaut aux Sumériens (cf. § 367). Cest pourquoi les inscriptions royales sont aussi très rares et d'autant plus nombreux, par contre, les documents privés. Parmi ces derniers plusieurs provenant de Suruppuk, et contemporains des plus anciens textes de Tello, sont datés d'après les fonctionnaires annuels (§ 377 note).
Surghul et Kl-llibba : Koldewey, /A. H (désigné fanssemenl comme nécropoles d mcinerali.>n, cf. ^ 3(U> note). - Fara et Abu Halab qui en est voisine (l'ancienne Kisnrra qui appartient seulement H l'époque du royaume de Sumer et d'Akkad). Koldewey et Andrae, MDOG i:i-i7. I/insciiplion sur cylindre d'un patési Dada de Suruppak, \bid.. 10, 13-Thureau-Dangin, SAKl, p. 150, n'est pas très ancienne; l'inscription sémitique sur brique du patési Ilursamas de Kisurra, ib'id., 15, 13 = Thureau-Dangin, op. cit.. p. 152 est encore plus récente (î^ 413 note). Cylindre de Fara, ihïd.. 10, 13 et suiv.; n 5. Tablettes : 10, ^). 12. Thureau-Dangin, RTC, n° 9-15; /M, VI n«'4, 11 et suiv. - Banks, AJSL. XX, XXI, 1903 et suiv., nous donne quelques renseignements sur les fouilles brusquement interrompues à Bismaya; mêmes couches qu'à Nippur : plusieurs sont archaïques, puis Narâm-Sin, Dungi et avec ce dernier toute trace d'occupation cesse comme dans le Sud. La statue en calcaire publiée, XXI, p. 58, comme « oldest(!) statue in the world », du roi Esar (Thureau-Dangin, SAKI, p. 152; Banks lisait Daudu), de type sumérien, est à peu près contemporaine d'Enlemena et d'Urukagina de Tello. D'autres têtes sumériennes de bonne époque, en calcaire, et une tête de Sémite en albâtre, qui ne sont certainement pas plus anciennes que Dungi, ont été publiées par Banks, Sundoy School Times, 10 mars 1907, p. 133. - Sippar : Scheil, Une saison
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de fouilles à Sippai' {Mém. Jnst. franc, du Caire, I), 1902. — A Djoha (Hrozny a démontré qu'on doit prononcer Umma et non Gishu, ZA, XX, p. 421 el suiv.) on a recueilli un grand nombre de briques cuites et de tessons, des fragments de diorite, parmi lesquels une crapaudine : Andrae, MOGG., 10, 20 cf. Scheil, RI , XIX, p. 27; CHAc.j 1911, p. 320 et suiv.; les trouvailles augmentent continuellement. — Fpaule d'une statue d'un ancien roi Eabzu d'Umma, en pierre grise, provenant de Tello (butin?) : DhC, pi. 5, 3; Calai, n 84. Thureau-Dangin, SAKI, p. 140. Une statue beaucoup plus archaïque : King, fJisi. of Sumer and Akkad, face p. 40.
Lagas et Umma. L'art sumérien archaïque.
380. Les guerres n'ont pas fait défaut dans le pays de Sinéar, soit entre les principautés locales, soit avec les voisins, surtout avec les Elamiies de Suse, peuple guerrier qui cherchait toujours à pénétrer dans le pays des tleuves. Les nombreux monuments laissés par Eannalum de Lagas (vers 2950), fils dWkurgal et petit-fils d'Urninà, nous offrent un vivant tableau de ces événements. Si ce souverain ne se donne à lui-môme, et à ses ancêtres presque sans exception, que le litre de patési et non celui de roi, il semble qu'un motif religieux ait en première ligne déterminé ce choix : la reconnaissance du dieu local Ningirsu comme seigneur suprême. Sans doute Eannalum fut-il aussi dépendant des rois de Kis au début de son règne. Après ses premières victoires, il exprime encore, dans l'inscription dédicaloire d'un mortier de pierre voué à la de'esse Nina, la crainte que ce cadeau tombe aux mains du roi de Kis. Il a repoussé d'abord une attaque des Elamites qu'il rejeta dans les montagnes; puis il vainquit le patési de la ville Urua (f), localité d'ailleurs inconnue, qui avait « planté sa bannière devant elle » donc appelé sans doute toutes ses troupes au combat contre Lagas. La lutte avec la ville voisine et depuis
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longtemps rivale, Umma, éclata bientôt de nouveau. Mesilim avait adjugé à Lagas le territoire frontière contesté (§ 382), qui avait été dédié au dieu local Ningirsu. Mais Us, patési de Umma, l'avait occupé et déplacé la stèle de Mesilim, probablement avec Tassentiment du roi de Kis. Kannatum, auquel le dieu était apparu et avait promis la victoire, marcha alors contre Umma et reconquit pour Ningirsu le pays enlevé. Il le protégea par un fossé frontière et rétablit la stèle de Mesilim. Le roi de Lagas ne réclama aucun des territoires appartenant légalement à la ville ennemie; mais il obligea les habitants d'Umma à reconnaître la frontière pour toujours. Il leur imposa des serments solennels, au nom de tous les dieux principaux de Sumer, (ju'Eannatum lia par des sacrifices offerts dans leurs villes : EUil, Ninharsag, la déesse de la montagne à Opis (Kes), Knki (Ea), Enzu (Sin) le diéu-lune d'Ur, Babbar le dieu soleil do Larsa et la déesse Ninki, l'épouse d'Ea. Il prononça : que le filet de chacun de ces grands dieux les saisisse s'ils brisent le contrat. De plus, Enakalli, le nouveau patési d'Umma, dut s'engager à payer un tribut de blé aux dieux de Lagas.
La défaite et le pillage d'autres villes du Sud se rattache à cette guerre : Ur, Uruk, Ki-babbar peut-être identique à Larsa, Az (?) dont le patési tomba dans la bataille, Misime, Arna qui fut détruite, sont mentionnées dans le texte. Ces faits semblent avoir fourni aux rois du Nord un prétexte à intervention. Mais Zuzu, roi d'Opis, fut repoussé jusque sous les murs de sa ville et tué dans le combat. Sur le monument de la victoire, la Stèle des Vautours, Eannatum est représenté frappant de sa lance le front d'Al-zu (?), roi de Kis. Ma'er aussi, située tout au Nord (§ 393), dut se soumettre. Ainsi Eannatum « le conquérant de Ningirsu » a « brisé la tête des pays » et par la grâce de Nanaia (Innina) « acquis la royauté de Kis au patésiat de Lagas ». « Son nom est prononcé par Ellil » et, bien (ju'il ne change pas son ancien titre, il est temporairement le suzerain de tout Sinéar.
Nous possédons un petit lion d'Akurgal ; malheureusement le titre
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est brisé dans rinscription : Découvertes en Chaldce, p. 351 s. Eannatum se nomme roi une fois dans la Stèle des Vautours (revers, o, 42), mais ailleurs toujours patési. Il donne aussi le titre de patési à Akurgal (en dehors de Stèle des Vautours, 2, 31) et à Urninâ. Enteuiena, par contre, désigne correctement Urninâ comme roi, mais ses successeurs toujours comme patési. — Inscriptions d'Eannatum : Thureau-Dangin, SAKl, p. 10 sq. ; ajouter Nouvelles Fouilles de Tello, p. 220, un contrat de vente. Fragment provenant de El- Hibba : Vorderasial. Schriftdenk. d. Berlin. Mus.., I, 2. Son monument le plus important est la fameuse Stèle des Vautours dont de nombreux fragments nous ont été conservés {Découv., pi. 4 et 5 ; Catal. de Clercq, n^ 10). Voir maintenant l'admirable publication d'ensemble : Restitution matérielle de la Stèle des Vautours, par L. Heuzey et Fr. Thureau-Dangin, 1909. Ce dernier a fréquemment rectifié sa traduction antérieure. Les données d'Eannatum sont complétées par l'inscription du cône d'Rlntemena (Thureau-Dangin, SAA'Iy p. 37 sq.) dans laquelle les inscriptions d'Eannatum sont en partie reproduites mot pour mot. Sur la succession des guerres d'Eannatum, voir Meyer, Rer. Berlin. Akad., 1912, p. 1089 et suiv. — Eannatum évalue le nombre des morts dans la bataille principale au chifl're rond de 3600, c'est-à-dire un sare ; en même temps, il parle de 20 tells funéraires. Cela donne au moins une base pour évaluer l'importance de ces combats que l'on ne doit pas exagérer.
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387. Pour perpétuer le souvenir de sa victoire sur Umma et reconnaître les droits de Ningirsu, Eannatum éleva une grande stèle de calcaire, ornée d'une représentation figurée de ses combats et gravée d'une inscription. Le texte, qui couvre toutes les parties libres de la stèle, mentionne notamment en détail le lien religieux des cités ennemies. Un court résumé des autres faits d'armes du souverain y est joint, dans la teneur stéréotypée des autres inscriptions royales, les bornes elles briques. De plus, on voit représentée la scène du plus grand événement, la défaite du roi de Kis. Sur la face se trouve Ningirsu (i), d'une
(1) L'auteur pense que ce dieu n'est pas Ellil, connue Heuzey l'a prétendu, mais bien Ningirsu.
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stature gii^antesque, tenant la masse d'arme dans sa droite et dans la gauche les armes de Lagas, l'aigle léonlocéphale posé sur deux lions (§ 370) ; devant lui, un grand filet dans lequel se pressent les cadavres nus des ennemis frappés. Derrière le dieu s'avance sa suite divine; au second plan son char avec d'autres dieux à ses côtés. Le revers montre en deux legistres le souverain à la tôte de sa phalange, d'abord précédant à pied Tordre de bataille, puis en marche, sur le cbar qui a été altelé d'ânes, — car il n'y avait pas encore de chevaux. (]omme ses guerriers, il porte sous le casque une grande perruque pendant la bataille, mais non en mandie. Une grande toison, en plus du manteau frangé de laine, couvre le corps. De la droite le roi tient la faucille (§ 368), de la gauche il brandit une lance formidable. Les tioupes dont l'armement a été déjà mentionné (§ 368), marchent par-dessus les cadavres des ennemis, toujours représentés complètement nus, d'après une convention, môme dans le combat. Des vautours emportent dans les airs les membres de ceux qui sont tombés; c'est de ce tableau, constitué par le fragment trouvé tout d'abord, (jue la stèle tiie son nom de « Stèle des Vautours ». Un troisième registre représente les funérailles des morts de l'armée loyale firoprement dite, amoncelés en tells, et le sacrifice funéraire. Dans un quatrième registre était retracée la bataille contre l'armée de Kis : sur le fragment conservé la puissante lance d'Kannatum frappe le front du roi de Kis, autour duquel se pressent les fuyards.
Comme dans toutes les anciennes œuvres d'art, par exemple les palettes à broyer le fard de l'Egypte archaïque, la représentation est symbolicjue et nécessite un commentaire écrit. Le dessin est encore tout à fait rude ; les figures humaines, au nez énorme (s;; 362), au corps informe et lourd, [)araissent grotesques. La phalange fermée, qui s'avance avec sa paroi de boucliers d'où émergent les lances et les haches de combat des ofïiciers, fait une impression enfantine. Les autres œuvres plastiques de cette époque ont le même caractère, ainsi une
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tablette sur laquelle un prôtre fait une libation à Ninharsag, la déesse de la montagne {Décoiiv., p. 209; CataL, n° 11 ; cf. p. 370). La statuette toute raide d'une déesse (?), peut-être Bau [Dec, pi. 1 ter 3; CataL, n" 82) est sans doute encore plus ancienne, de l'époque d'Ur-Ninà. Il ne faut pas nier cependant le progrès sur l'époque d'Urninà ; malgré la maladresse de l'exécution, il faut notei* que la conception générale de la grande composition est réussie ; les éléments symboliques, j )ints aux détails traités d'une manière réaliste, forment une unité, et le relief est traité avec beaucoup de vigueur.
Les constructions d'Eannalum ont consisté surtout dans la réfection des murs de la ville qui, élevés en brique crue, obligeaient à des réparations continuelles. Il entreprit l'achèvement du quartier sacré Girsu, l'établissement d'un autre quartier pour la déesse Nina, et la construction d'un canal avec un grand bassin d'eau, comme on en a trouvé plusieurs dans les ruines de Tello.
388. La situation ac(|uise par Eannatum ne dura pas. Sans doute ses victoires sur Opis et Kis peuvent avoir donné l'imf>ulsion à l'établissement de la souveraineté sémitique dans ces villes (§ 382). Les rois de Lagas aussi durent faire la guerre avec les rois sémitiques de Kis; nous devons peut-être en voir une preuve dans l'apparition du mot sémitique damhara « combat » dans leurs inscriptions. En tout cas, la puissance de Lagas a bientôt diminué. Lorsque Enannatum I succéda à son frère Eannatum, Urlumma d'Umma, fils d'Enakalli, réoccupa le territoire contesté et détruisit la stèle-frontière. Comme son père, il porte le titre de roi dans ses inscriptions, tandis que les souverains de Lagas ne lui accordent que le titre de patési. La guerre commencée par Enannatum fut continuée par son fils Flntemena (vers 2900) qui vainquit de nouveau les ennemis, mit en fuite Urlumma, installa un prêtre Ili comme patési d'Umma et fit de nouveau tracer un fossé du Tigre « jusqu'au grand tleuve » (TEuphrale ?). Les combats ne
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manquèrent pas à cette époque : une tablette mentionne, par exemple, l'attaque de 600 p]lamiles, qui pillèrent le territoire de Lagas, mais furent refoulés par un prêtre de Ninmar et durent rendre leur butin. La puissance d'Entemena se montre aussi en ceci qu'il établit une conduite d'eau à Nippur pour EUil, sans doute par reconnaissance pour ses succès. D'ailleurs, chez tous ces souverains, la place prépondérante qu'occupent la religion et le culte est manifeste. C'est, avant tout, la caractéristique de la civilisation sumérienne. Les rois sont élevés et élus par les dieux, sinon procréés par eux comme les Pharaons. Ils sont leurs mandataires et les exécuteurs de leur volonté sur terre : Entemena et son fils portent à côté du titre de « patesi de Lagas » le titre plus large « grand patési de Ningirsu ». On consulte Toracle pour chaque entreprise, et leur devoir le plus pressant paraît élre d'élever aux dieux un temple après l'autre : Entemena érigea à Lagas des temples aux dieux locaux, mais aussi aux dieux d'Ur et d'Eridu. Les entreprises d'intérêt général comme la construction de canaux et de réservoirs se présentent aussi comme des œuvres accomplies pour les dieux et pour leur usage. 11 est évident que cela prouve la puissance illimitée du sacerdoce : les troupes mêmes sont levées par les prêtres. Nous verrons tout à l'heure combien ces derniers savaient exploiter à leur avantage cette situation privilégiée.
On peut saisir un progrès décisif dans l'art à l'époque d'Entemena et de ses successeurs. La lourdeur diminue dans le dessin en relief, les statues deviennent plus grandes et plus élancées. La forme de la tête se rapproche de la réalité. Avec un nez plus grand, un front plus haut et plus droit: l'occiput est plus fortement marqué. On ose dans les statues d'albâtre et même en calcaire séparer les coudes du torse : la petite statue du roi Esar d'Adab (§ 385) offre les mêmes caractères.
Dans la langue sumérienne « nous ne rencontrons aucun vrai sémitisme d'Urninà à Lugalzaggisi ; le mot dam-cha-ra = sém. tamcharam^ Cône Entemena, 1, 26 est la seule exception », Ungnad,
Orient. Lit. Z., 1908, 63. —Tablette de pierre bleue du roi Urlumma : Menant, Coll. de Clercqy IF, 10, G, Thureau-Dangin, SAKl, p. 150. — Eannatum f, Thureau-Dangin, ibidem, p. 28 et suiv. On a trouvé diverses inscriptions de ce roi à el-Hibba, au N.-E. de Tello : Vorderasiat. Denkm. d. fferi Mus. I, 4-0, étudiées par Langdon, ZDMG, 62, p. 399 et suiv. Il se nomme lui-même patési; un de ses fonctionnaires lui donne le litre de roi dans l'inscription votive d'une masse d'arme, Thureau-Dangin, ihidem^ p. 30 c. Son fils ne régna pas : Dec. en Chaldée, partie épigr., p. xlix et ailleurs. — Entemena : Thureau-Dangin, ibidem, p. 30 et suiv. Urukagina, Plaque ovale, 4, 5 et suiv. dans Thureau-Dangin, ibid., p. 56, mentionne aussi sa victoire sur Urlumma, dans une conjoncture peu claire. D après l'inscription Thureau-Dangin, ibidem, p. 34, Urua, conquise par Eannatum, paraît lui avoir été encore soumise. — Sous ce roi et ses successeurs on introduit Tusage de compter les années de règne en marquant des traits à la fin des documents. — Attaque des Elamites : Thureau-Dangin, Reo. d'Assyr., VI, 7 == Nouvelles Fouilles, p. 52 et suiv.; 179, la date année 5 appartient à Entemena. Année 19 d'Entemena, ibidem, p. 179 et Rec. de iabl. cun. = Z. Ass. XXV, 211, où Enlitarzi est dans celle année prêtre fsangu) de Ningirsu. — Sur Tant de l'époque de transition, voir Meyer, Sum. u. Semiien, p. 92 et suiv. et 89. Pour le vase d'argent d'Entemena, cf. î< 370 note.
389. La dynastie d'Urninà se termine avec P]nannatum II, dont nous ne possédons qu'une crapaudine provenant d'une construction pour Ningirsu. Puis vient une série de patésis qui régnèrent seulement quelques années et n'ont laissé ni monuments ni édifices. Quelques-uns d'entre eux nous sont connus par un nombre de tablettes de comptes domestiques, trouvées dans les décombres d'un amas de ruinées. Deux d'entre eux, Enetarzi et Enlitarzi, apparaissent comme prêtres de Ningirsu sous le règne d'Entemena. Le second et son fils Lugalanda appartiennent à la ïmï du règne et tous deux sont encore en vie sous le gouvernement suivant. Nous ne savons pas si les suzerains de Kis sont intervenus dans ces événements et ont amené la déposition des patésis en disgrâce ; mais il est certain qu'à cette époque la prêtrise avait la pleine
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LES TEXTES SUMÉRIENS ARCHAÏQUES
LAGAS ET UMMA. l'aRT SUMÉRIEN ARCHAÏQUE — § 389
possession du pouvoir et qu'elle abusa de sa puissance sans égard pour personne. La position du chef, du patési, fut rabaissée au rang d'une charge élective limitée à quelques années. Mais, lorsque vers 2800 Urukagina devint patési, il essaya de mettre un terme à la mauvaise administration de Lagas par d'énergiques réformes et substitua au titre de patési celui de roi. Urukagina dépeint en détail dans ses inscriptions la dure oppression que les prêtres et les hauts fonctionnaires faisaient peser avant lui sur la population industrieuse du pays, bateliers, bergers, pécheurs, agriculteurs. Il proclame la nécessité de surveiller étroitement leurs actes. En effet, les prêtres arrachent aux pauvres les étangs poissonneux et le produit de leurs arbres fruitiers; les marchandises ne sont pas payées exactement en argent; les morts ne sont pas enterrés avec leurs dons; en revanche, les biens des temples et la propriété du patési sont gaspillés et dissipés ; dans les décisions juridiques et religieuses, surtout dans les cas de divorce, c'est le règne de Textorsion et de la corruption. Mais lorsque Ningirsu eut octroyé à Urukagina la domination sur les
10 sarcs (36.000) d'habitants de son pays jusqu'au bord de la mer, il rétablit l'ordre, fit de nouveau respecter l'ancien droit et mit fin aux abus et à l'oppression dont souffraient ceux qui gagnaient leur pain, les pauvres, les veuves et les orphelins. 11 abolit aussi la coutume établie alors, qu'une femme appartenait en commun h plusieurs hommes. « Autrefois c'était le règne de la servitude, il établit la liberté ». Nous touchons ici l'envers de la dévotion sumérienne qui s'alFirme dans les innombrables constructions religieuses des souverains et leur libéralité envers les dieux, qui, en paralysant l'essor du peuple, aura été la cause politique déterminante de la chute des Sumériens. L'opposition énergique d'Urukagina n'est pas un signe d'irréligiosité, au contraire, il veut accomplir la volonté véritable des dieux, qu'ont dénaturée leurs serviteurs dégénérés.
11 est d'abord vraiment établi roi par Ningirsu, bien qu'il dédaigne toute épithète flatteuse par laquelle ses prédécesseurs
se plaisaient à rappeler leurs rapports avec les dieux. Il rend ainsi à Ningirsu les champs occupés par le patési, à son épouse Hau le grand palais du harem, à une autre divinité la maison des enfants de ses prédécesseurs; comme eux il construit des canaux et des réservoirs. Mais ces constructions doivent être en même temps la propriété de tous, la protection du roi doit être assurée à chacun, et ainsi « la parole, que son roi Ningirsu a prononcée, doit habiter dans le pays ». En même temps, en opposition aux conceptions et aux institutions dominantes, se développe une plus haute idée de la divinité et de sa volonté visant à l'accomplissement de la véritable justice. Les contrastes que nous rencontrons ici pour la première fois persistent à travers toute l'histoire du pays jusqu'à Nabùkudurri-u.sur et Nabû-na'id.
L'adoption du titre royal comportait en même temps l'idée de révolte contre les rois de Kis, dont la puissance s'écroule à cette époque. Cet événement a d'ailleurs facilité l'activité réformatrice d'Urukagina. Il ne put d'ailleurs remporter des succès durables : il fut aussitôt renversé par son heureux rival, le roi Lugalzaggisi d'Umma (§ 391).
Enannatum II, Tliureau-Dangin, SA h'/, p. 40. — Une partie des 1200 tablettes provenant des archives des patésis a été publiée par Thureau-Dangin, /{ne. de iahl. runnf : Allotte de la Fuye, Pocum. présarijioniques \ et avant tout Genouillac, TahL sinnér. archaïques^ matériaux pour serclr à ndstolre de la socit'tt' sumérienne^ 1909 ; enfin M. Hussey, Tahlets in ihc Harvard Muséum^ I, 1912. Dans son introduction, Genouillac a tiré des textes publiés une très substantielle esquisse des conditions politiques, sociales et matérielles de celte époque. (Voir aussi Kugler, Sternkunde u. Sterndiensi, II, 105 et suiv.). Il a aussi fixé la suite des souverains (voir aussi Orient. Lit. Z ., 1908, 213j avec les plus hautes dates des années mentionnées dans les textes (cf. Thureau-Dangin, SAKl^ p. 224), comme il suit : Enetarzi, 4 ans; Enlitarzi, 5 ans ; Lugalanda, 7 ans [sur ses sceaux, Allotte de la Fuye, Rev. d'Assyr., VI, 105 et suiv.] ; roi Urukagina, 7 ans (au début de sa première année il s'appelle encore patési).
LES TEXTES SUMÉRIENS ARCUAÏQUES
Enetarzi apparaît comme prêtre sur la tablette mentionnant Tatlaque des Elamites, Enlitarzi dans la 19^ année d'Entemena (i^ liHH note); donc l'intervalle qui sépare Enannatuui II d'Urukagina ne doit guère dépasser une génération. Comme Genouillac et d'autres, l'auteur a voulu placer à cette époque le patési Engilsa de Lagas, cité par l'obélisque de Manistusu, A, 11, 7, père de Urukagina et considérer ce dernier comme le roi postérieur (Meyer, dans I^er. /ierl. Akad., 1912, 1084). Gela est faux, car Manistusu est plus jeune que Lugalzaggisi (§ 397 a note). Donc Engilsa sera plutôt un descendant du roi Urukagina, ayant donné à son fils le nom d'un ancêtre. — On ne peut guère admettre l'opinion de Genouillac, que le titre « grand patési » a le même sens qu' « ancien patési ». Entemena et Enannatum II, ainsi que Lugalzaggisi (S 391) et le roi de Ma'er (§ 393) entre autres, portent aussi le même litre. — On a des comptes semblables à ceux de Tello, provenant de Djoha (Umma), qui mentionnent un patési Ennalum : Thureau-Dangin, Jh^w d'Assyr., VIII, ITii et suiv. — Inscriptions d'Urukagina, Thureau-Dangin, SAKI, p. 42 et suiv.; Nouvelles Fouilles, p. 213 et suiv. ; 218 et suiv.
Autres souverains sumériens. IJruk. Lugalzagyisi.
390. Nous apprendrons à connaître dans les nombreuses villes de l'ancien pays sumérien des événements pareils à ceux qui se de'roulèrent k Lagas, si les autres ruines de Sinéar livrent un jour des documents. Lorsque Djoha, la colline qui recouvre Umma, sera fouillée, le tai)leau monotone que présente Tello se vivifiera et se justifiera aussi de diverses manières. Pour le moment nous ne pouvons que reconnaître un état de fait : parmi les villes sumériennes Uruk, la ville de Nanaia et du puissant liéros (iilgames, auquel elle attribue la construction de ses murs, tend à prendre la première place, et reprend toujours à nouveau la lutte contre les Sémites. Nous ne savons pas si les vainqueurs d'Enbi-Istar et d'Ensagkusanna (§ 382) sont partis de là. Nous connaissons bien un roi, nommé Lugalkigub-nidudu, reconnu par Ellil et pour qui le dieu u a réuni la
AUTRES SOUVERAINS SUMÉRIENS. URUK. LUGALZAGGISI — § 391 175
seigneurie et la royauté, a fait d'Uruk une seigneurie, d'Ur une royauté ». Plein de gratitude pour ces bienfaits, le roi, ainsi que son fils et le corégent Lugalkisalsi, qui porte en même temps le litre de « roid'Uruk, roi d'Ur », a voué à Nippur plusieurs vases de pierre et de gros blocs de pierre, qui furent dans la suite utilises par Sarganisarri d'Akkad et Pûrsin. Nous ne savons pas s'il s'agit pour lui d'une réelle suzeraineté sur tout le pays, ce qui présupposerait sans doute un combat avec Kis, ou simplement d'une royauté locale comme celle d'Urukagina de Lagas.
Monuments : Hilprecht, Bah. PJxped., I, n'* 23-25, 8G-89, pi. X\ II, XVIII, cf. I, 2, p. 46.57 et suiv. Thureau-Dangin, SAhl, p. 156. Onyx vert de Lugalkisalsi provenant de Warka : Banks, Amer. J. ofSemit. PhiloL, XXI, 62. Dans la stèle de Lugalkisalsi, élevée par Gudéa, Cyl. A, 23, 9 le nom doit être un appellatif. Les deux rois doivent être antérieurs «Y Lugalzaggisi.
391. D'après la liste royale de Scheil, le roi Lugalzaggisi d'iTuk, avec un règne do 25 ans (vers 2800), suit cette dynastie de Kis qui n'apparaît ici que sous des traits légendaires. Il mit fin au royaume de Kis ainsi qu'à la domination des Sémites dans le Nord. Lugalzaggisi était déjà connu; il est fils d'Ukus, patési d'Umma. Comme Urukagina de Lagas, il a probablement secoué la suzeraineté de Kis, et, encore comme patési d'Umma, renversé l'ancien rival de la ville de ses pères. L'opposition suscitée par les réformes d'Urukagina a pu l'aider dans ses entreprises. Urukagina fut vaincu et le même sort funeste atteignit sa ville : les gens d'Umma massacrèrent les habitants de Lagas dans les temples et les palais, y mirent le feu, brisèrent les statues divines et pillèrent l'argent et les pierres précieuses. Nous possédons une tablette sur laquelle un scribe de Lagas raconte toutes ces infamies et appelle la punition sur la tête de Nisaba (§ 371), la patronne de Lugalzaggisi, tandis qu'aucune faute, à ce qu'il assure, n'atteint le roi Urukagina.
Après ce succès, Lugalzaggisi a dû étendre au loin sa puis-
LES TEXTES SUMÉRIENS ARCHAÏQUES
sance d'abord dans les territoires de rKuphrate, puis transférer sa résidence dans la vieille ville royale d'IJruk. Il mit ainsi lin au royaume de Kis, et Ellil de Nippur lui octroya ^< la royauté du Pays {Kaia?na) ». Dans la grande inscription, gravée sur de nombreux vases de pierre voués par lui à Nippur, il parle en de tout autres termes qu'LTukagina de Lagas, surtout comme représentant du véritable sumérisme. Il entasse les titulatures qui le mettent en relation avec les dieux; il n'est pas seulement « roi d'Uriik, roi du Pays », mais aussi prêtre d'Ami, prophète de Nisaba, « grand patési d'Klhl (cf. § 389 note). « Dans les sanctuaires de Sumer {Kienf/i) on le fit patési des pays [kurkiira), à Uruk, grand prôtre ». Ainsi il a pris soin de ces sanctuaires et de leurs dieux ; il les a remplis de joie Uruk, Ur, Umma, Nippur et d'autres encore. Il ne nomme par contre aucune des villes du Nord qui étaient aux mains des Sémites. Ces cités doivent lui avoir été soumises, car il n'a pas sculcmont dominé sur tout Sinéar, mais, à la tète d'une armée « nombreuse comme les herbes », dont il demande dans les prières d'Ellil le maintien et pour laquelle il implore la nourriture, il a jeté à bas le monde au loin : « Du levant au couchant, il a fait des conquêtes; de la mer inférieure au Tigre et de l'Euphratc jusqu'à la mer snpérieure Ellil lui a aplani les sentiers ». Donc il a, en tout cas, pénétré jusqu'à la mer Méditerranée; son domaine est de beaucoup plus étendu que celui des rois de Kis; il est le premier des grands conquérants sortis de Sinéar dont nous ayons connaissance. Mais il n'a pu maintenir la puissance acquise qu'un temps très court : après un règne de 25 ans il ne put résister au nouveau soulèvement, décisif alors, des Sémites d'Akkad.
L'inscription de Lugalzaggisi, Thureau-Dangin, .S\4A7, p 15-2 et suiv. a été restituée grâce au travail pénible et consciencieux de Hilprecht qui rapprocha ses nombreux fragments, Rab. Exped.. 1, 87. Rapport de Telle : Thureau-Dangin, SAA7, p. 56 et suiv. [Rev, d As^ syr., VI, 26 = Nouv. Fouilles, p. 45, cf. p. 214 et suiv.). - Pour le tablUu ci-joint, voir la liste des dynastes d'Opis et de Kiè, S 381 note.
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392. iNous avons vu que les Klamilos do Suse onl enlropris sans cesse «les expéditions ^ruerrières ol des pillages contre Sinéar(§§ 38G.388). Des tentatives en sens contraire, gnerres des souverains des pays bas pour soumelire la plaine fertile de Suse, n'ont pas manqué à celte époque, de mt^me (jue des relations pacifiques entre les deux pays funMit sans doute établies de façon durable. Ainsi s'est développée de bonne heure en Elani une civilisation reniarijunbbî que nous connaissons grâce aux fouilles françaises de Suse. Ici, comme en Sinéar, les plus anciens établissements appartiennent à Tàge de 'a pierre, mais déjà aussi cependant à Tàge du cuivre. La dépendance par rapport à Sinéar ressort partout avec évidence, dans l art, les IVnires et les symboles des dieux, dans l'oiseau héraldique de Suse, enserrant un canard (§ 370), dans les représentations des scènes mythologiques qui sont simplement empruntées, dans les cylindres et les sceaux, dans riiabillement, et, ce semble, aussi dans les constructions. Mais en dehors de ces emprunts, les particularités indigènes sont visibles; ainsi les noms babyloniens des divinités nont aucunement pénétré dans le très nombreux panthéon, quoiqu'on ait emprunté à Sinéar les représentations figurées des divinités. La céramique aussi est indigène : les gobelets bien ouvragés, les coupes et les vases sont couverts de dessins linéaires ainsi que de plantes et d'animaux stylisés dans le sens géométrique. Ce sont des boucs, antilopes et cerfs, bœufs, chiens, oiseaux, parmi lesquels l'aigle héraldique planant, rarement des êtres humains. Ces motifs reviennent sur les cylindres conlempoiains. Des modèle^ de vases semblables sont ré[)andus au loin à travers les montagnes de l'Asie, tandis (^ue la peinture des vases d'ar-