‹ Histoire de l'antiquité [microform]Chapitre 151 sur 172 · LE ROYAUME D AKKAD · texte numérisé non relu

LE ROYAUME D AKKAD

encore moins penser aux misérables troglodytes de la mer Rouge. D'ailleurs le porphyre ne se trouve pas en Nubie mais bien le grès rouge, qui n'est pas parvenu jusqu'en Sinéar. Donc l'opinion provisoire la plus probable est que Magan désigne la partie de l'Arabie la plus voisine de la Babylonie et Meluha les contrées situées au delà; la géographie babylonienne devait comprendre sous ce dernier nom tous les pays au delà du golfe Arabique.

Narâm-Sin contre Magan : Chronique, omina et base d'une statue de diorite transportée à Suse : Dél. en Perse, VI (Textes rlam. sém., III), p. 1 et suiv. Thureau-Dangin, SAh/, p. 166 h (là le roi s'appelle Mani....); le vase d'albâtre (//?, 3, 7) qui coula à l'embouchure du Tigre provient de ce butin. Le même vase, Dél. en Perse, IV (Textes sém., II), pi. 1, 1. — Gudéa mentionne la diorite de Magan presque sur chacune de ses statues; Magan et Meluha ensemble, Statue D, 4, 7 (du bois); Gyl. A, 9, 19 (de la pierre); 15, 8 (du bois); il fait venir du porphyre de Meluha, Gyl. A 16, ±2 ; B, 14, 13; du bois usu, Statue B, 6, 26 et suiv. et de la poudre d'or, id., 6, 38 et suiv. (cf. l'or du mont Kahum, id., 6, 33 sq.). Les deux pays sont aussi mentionnés dans les tablettes de l'époque de Sarganisarri et de Narâm- Sin : Kadau, h^arly Bab. Hist., p 161. Sur l'emploi des deux noms à basse époque, voir Schrader, KGF, p 282 et suiv. [Mais l'hypothèse était tout à fait erronnée qu'on devait chercher originairement les deux pays en Babylonie, cf. S 361 note] et Meyer, Israël, p. 463 et suiv., contre les combinaisons de Winckler qui ont entraîné la plus grande confusion.

Le royaume dWkkad,

402. Avec la soumission des Amorrites, rapportent les omina Sargon (Sarrukîn) a acquis la suzeraineté sur les quatre parties du monde. En fait, le royaume que Sarrukîn a fondé et que ses successeurs ont maintenu et agrandi en écrasant les révoltes

LE ROYAUME SEMITIQUE D AKKAD

embrasse à peu près la totalité du monde alors connu par les Babyloniens. Seule TÉgypte, contre laquelle ils se heurtèrent en Syrie, maintenait son indépendance. Donc le royaume d'Akkad est le premier empire mondial que Thistoire connaisse. Cette position est obtenue par des efforts conscients et trouve par conséquent son expression dans la titulature. Tandis que Sarrukîn et ses deux successeurs conservent encore le vieux titre de « roi de Kis » (§ 397 a), Sarganisarri s'appelle « roi d'Akkad », une fois aussi u roi d'Akkad et du terriloire seigneurial [baillât) d'Ellil », mais Narâm-Sin ne s'intitule toujours que « roi des quatre régions du monde ». Ici aussi la monarchie universelle se présente sous la forme qui revient souvent plus tard, la divinisation du souverain. Des dispositions à cette dignité se font déjà jour sous les premiers rois : on rencontre à cette époque des noms comme Sarrukîn-ili « Sarrukîn est mon dieu » et lli-Urumus « mon dieu est Urumus ». Sarganisarri place occasionnellement le signe divin devant son nom, mais Naràm-Sin le fait toujours et, souvent, les inscriptions le nomment « le dieu d'Akkad ». Gomme dieu, Narâm-Sin porte deux puissantes cornes à son casque de guerre sur la stèle de victoire. 11 faut nettement marquer que cette représentation est totalement étrangère à la royauté archaïque babylonienne et qu'elle n'est nullement sumérienne. Elle a été créée parles Sémites, non pas comme attribut de la principauté limitée au peuple particulier, mais comme expression de la monarchie universelle qui gouverne les peuples les plus divers et leur impose à tous la loi ; en cela elle se distingue nettement de la divinité naturelle des pharaons.

Le nom de Sar-ru-gi-i-li, obélisque de Manistusu, A, 12, 8. I-liu-ru-mu-us sur une tablette de Tello : OLZ., 1908, 313. — Winckler a fixé le premier l'acception des anciens titres royaux (Unters z. Gesch. d. ait. Orients), 1889 et ailleurs. Là où nous avons nettement devant les yeux l'origine et le sens des titulatures, l'hypothèse qu'il défendit avec passion a été démontrée fausse, à savoir que les titres

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particuliers seraient liés à la domination sur certaines villes et en relation avec leurs cultes (par contre Wilcken, ZDMG., XL VII, p. 476 et suiv.).

402 a. Le royaume d'Akkad porte aussi la marque de tous les Etats formés par la conquête, c'est-à-dire le manque de structure solide que constitue une nationalité unie : seule la contrainte la maintient en un tout compact. Dans la rébellion contre Sarrukîn, l'armée est la seule institution qui soit restée à son successeur, mais elle était assez forte pour lui permettre de reconstruire son royaume. Les rois d'Akkad ont réellement réussi malgré tous les contrastes ethnographiques, économiques et de civilisation à grouper le monde de l'Asie antérieure pendant plus d'un siècle. Nous ne savons pas jusqu'où leur royaume a pu s'étendre dans les monts d'Arménie et en Asie-Mineure. Il ne serait pas impossible que la colonisation assyrienne que nous trouvons peu après dans le bassin du lialys (§ 435) soit liée en quelque sorte à ces conquêtes. Les relations du Nord de la Syrie et des Amorrites avec Sinéar ont sans doute été de longue durée. Les montagnes de Syrie livraient aux souverains des pierres et des poutres de cèdre pour leurs constructions ; Gudéa tirait encore ces produits des monts d'Amurru et de l'Amanus. D'autre part de nombreux Amorrites et leurs dieux pénètrent de cette manière en Sinéar (§ 396). Ce peuple acquiert une importance décisive pour l'histoire postérieure du pays, car il était évidemment bien supérieur en force guerrière aux Akkadiens agriculteurs et fournissait des mercenaires utiles.

En Mésopotamie (Subartu) l'expansion des Sémites a pu être provoquée par le royaume d'Akkad. La soumission des montagnes à l'Est a été achevée par Sarganisarri et Narâm-Sin. Ils tiraient de là aussi du bois de construction : c'est pour cette raison que les empreintes de sceaux de cette époque montrent souvent des conifères, qui ne peuvent avoir existé que dans le Zagros ; quelquefois ces arbres sont mis en relation avec

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rimage du soleil qui se lève dans les montagnes. L'Elam fut souvent complètement abattu dans de violents et fréquents combats. A Suse c'est un patési installé par les roisd'Akkad qui commande, comme dans les villes de Sinéar. On y a trouvé une tablette de Naram-Sin dans laquelle le souverain étranger emploie le cunéiforme babylonien poqr la langue élamite, et môme dans une écriture purement pbonétique ; cet exemple ne fut imité que plusieurs siècles plus tard. Cette inscription mentionne une longue série de dieux élamites, et un seul dieu babylonien, le dieu auquel les rois d'Akkad adressent particulièrement leurs dévotions, dont le nom est écrit Amal, c'est-àdire probablement le dieu Zamama de Kis (§ 393 note). Sous le règne de ces rois un fort contingent sémitique doit avoir pénétré en Elam : la position de Suse vis-à-vis du royaume dans les siècles suivants est semblable à celle des villes de Sinéar, politiquement et au point de vue de la civilisation. La langue sémitique y domina longtemps.

D'après les données de la statue B, Gudéa se procure des cèdres de l'Amanus (o, 28), de grandes pierres des monts Uinanu en Menua et Ba(?)salla en Amurru (6, 3 et suiv.), du marbre des monts d'Amurru Tidanum (6, 13 cf. Cyl. A 16, 24 el ^ 415 note) ainsi que pour la masse d'arme A [Découv., pi. 25 bis, 1; Thureau-Dangin, SA Kl, p. 144) (( des monts Uringeraz sur la mer supérieure », puis par bateau sur TEuphrate (?) des pierres Nalua des monts de Barsip (6, 59). — Conifères sur des sceaux, Meyer, Sum.u.Sem., 01. — Un patési de Suse à l'époque du royaume d'Akkad, Thureau- Dangin, op. cit., p. 177 note, 3, 1. Inscription élamite de Narâm-Sin, Dél. en Perse, XI {Textes élam. Anzan., iV), p. 1 et suiv. A côté d'Amal la liste des dieux mentionne aussi la déesse Ishara (§ 433 note); par ailleurs il n'y aucun nom babylonien de divinité.

403. L'élément sémitique a tout submergé en Sinéar. On ne pouvait se passer sans doute de la culture suméiienne ; ainsi Ubil-Istar « le frère du roi » a un secrétaire sumérien (§ 405). Mais on n'a pas encore trouvé d'inscriptions bilingues sauf

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celle d'Urumus (§ 399) ; même à Lagas on écrit surtout en sémitique sous les rois d'Akkad, quoique la population soit ici presque entièrement sumérienne encore. Pourtant un document sur des assignations agricoles, adressé ce semble aux fidèles du roi, est rédigé en sumérien; ce ne doit pas être le seul texte de ce genre. Tous les soulèvements sont écrasés ; Sarru-kîn intervient dans le règlement des aflaires territoriales de Lagas, comme autrefois Mesilim. Les fonctionnaires sémites prédominent ; les patésis des villes sont aussi devenus des oliiciers civils investis par le roi. Nous avons rencontré leurs fils et leurs neveux comme « fils (citoyens) d'Akkad » (g 399) à la cour de Manistusu, où ils étaient sans doute élevés et servaient en môme temps d'otages. Sous Sarganisarri et Naràm-Sin un patési de Lagas s'appelle sur son sceau « écrivain » comme d'autres fonctionnaires.

La résidence royale n'était plus Kis, renversée par la victoire de Lugalzaggisi, mais Akkad ville purement sémitique. Là se trouvait le palais de Sarru-kîn mentionné par les Omina et c'est là encore que Naràm-Sin avait érigé dans le temple après la victoire sur Magan sa statue de diorite (S 401, note), emportée plus tard à Suse et aujourdbui détruite. De nombreux monuments s'élevaient aussi dans la ville voisine Sippar : son dieu, le dieu-soleil Samas, est le patron particulier de la dynastie ; il a()paraît souvent sur les sceaux, passant glorieusement par dessus les montagnes, avec trois rayons à chaque épaule. C'est là une survivance de l'ancien art sumérien qui avait coutume d'attacher aux épaules les • attributs de la divinité (§ 372). Sarganisarri et Naràm-Sin ont reconstruit son temple ; mais ils mirent tous leurs soins surtout au vieux sanctuaire central de Nippur. Ils réédifièrent le temple à étages, la « maison de la montagne », en lui donnant de plus grandes dimensions, sur une terrasse gigantesque construite avec des briques énormes ; ils bâtirent aussi les murs de la ville. Les briques portaient l'estampille des rois, usage qui subsistera désormais: les fabriques de briques appartenaient

LE ROYAUME SÉMITIQUE d'aKKAD

probablement aux rois. De plus Naram-Sin construisit des temples dans le sanctuaire de Nanaia d'Uruk à Adab (Hismaya), à Marad et sans doute en beaucoup d'autres lieux encore. Sarru-kin éleva déjà des constructions dans la ville sémitique de Babylone, qui est mentionnée pour la première fois sous son règne ; une date de Sarganisarri indique qu'il « a posé à Babylone les fondements du temple d'Annunit et du temple d'Anial (== Zamama de Kis) ». La chronique et les omina, il est vrai, qui sont dominés par Vidée postérieure de la position centrale de Babylone, font l'amer reproche à Sarru-kîn d'avoir fouillé dans le sol de cette ville et d'avoir fait d'Akkad une ville aussi grande qu'elle : pour le punir, Marduk aliîigea son peuple de famine.

« Depuis les jours de Sarru-kîn (Sar-ru-gi), Kalum et Eapin appartenaient au territoire de Lagas », tablette de Telle, Thureau- Dan^in, OLZ, 1908, :U4 ; si le patési d'Ur sous Naràm-Sm est nommé en connexion avec ce fait, cela ne prouve pas naturellement que ce roi succéda immédiatement à Sarni-kîn. Sur l'obéhsque.de Manistusu le patési de Lagas est Engilsa, dont le fils Urukagina vit à la cour d'Akkad; Kngilsa était donc bien un descendant (fils?) du roi Urukagina de Lagas [% 389 note). Thureau-Dangin, Itev. d'Assyr., IX p 76 a publié une inscription sur plaque perforée de pierre du nommé Surus-gi (Suruskîn ?), fils du patési Kur-ses de Umma, que mentionne l'obélisque (A, i% 21). - Stèle fragmentaire avec assignations de terrains, probablement sous Sarganisarri, Découv., pi. 5 bis, c 3 ; Thureau-Dangin, SAKl, p. 170 ; elle n'a rien à voir avec la scène de combat mentionnée § ^04. - Empreintes de sceaux de fonctionnaires de cette époque de Tello, qui sont en partie des Sémites : Découv., p. 281 et suiv., cf. Meyer, Sum. u, Sem., p. 60 et suiv. Cylindres d'autres fonctionnaires de Tello en partie Sémites aussi, Thureau-Dangin, SA A7. p. 164, 167. — Les patésis de Lagas sous Sarganisarri et Narâm-Sim s'appellent Lugalusumgal « l'écrivain » (sous les deux rois), Ur-e, Ur-babbar (ou Amel-Samas), Lugal-bur: Thureau-Dangin, SAKI, p. 59, 1, cf. p. 164 f ; 168 k ; 225 note. - Nabû-na id mentionne les constructions de temples à Akkad et Sippar, Langdon-Zehnpfund, Neubab. Koenlgsinschr., pp. 226, 230

l'art akkadien — § 404

et suiv., 246, 264; Nabô-kudurri-usur celle de Marad, id., p. 78. Les constructions de Sarganisarri et de Narâm-Sin à Nippur que les fouilles ont mises au jour sont aussi mentionnées dans les dates

des années ; de même les conslriictions de Sarganisarri à Babylone, Thureau-Dangin SA Kl, p. 225 c, et celles de Naràm-Sin au temple de Nanaia à Ninni-es près d'Uruk, iôid., p. 226 g.

L'art akkadien.

404. Les plus anciens monuments du royaume d'Akkad qui nous sont conservés en fragments, le relief de victoire de Sarrukîn § 398) et la statue dé Manistusu (§ 399), permettent de reconnaître les débuts d'un art sémitique qui commence lentement à s'émanciper de ses modèles sumériens. Le fragment d'une stèle de Tello qui appartient peut-être à l'époque de Sarganisarri montre un progrès notable dans ce sens ; les deux faces portent des scènes de combat en plusieurs registres. Il est impossible de déterminer le théâtre du combat, car ennemis et vainqueurs portent la barbe et une courte chevelure. Ce monument représente une victoire sur les Amorrites, ou la défaite des Elamites ou peut-être d'autres rebelles. Les monuments de Naràm-Sin forment le terme du développement artistique : le relief de Diàrbekir, le fragment de la statue de diorite et avant tout la grande stèle de Tictoire de Suse qui représente le combat dans le Zagros (§ 400). Il faut y ajouter de nombreux cylindres de fonctionnaires de Sarganisarri et de Narâm-Sin. Les points de contact avec l'art archaïque sumérien ne man-quent pas non plus ici : comme lui l^art akkadien conserve en opposition à l'art égyptien le haut-relief; il accepte diverses traditions conventionnelles, comme Tordonnance symétrique des figures sur divers cylindres, la forte courbe des sourcils qui rejoignent en angle aigu la racine du nez, et avant tout la coutume étrange de représenter l'ennemi toujours nu. Sur la

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stèle de victoire de iNarâm-Sin seuls, il est vrai, les morts sont nus, mais sur le relief de bataille de Tello, par contre, comme sur la stèle des Vautours les ennemis qui combattent le sont aussi. Enfin, l'art akkadien partage avec l'art sumérien la tendance à la composition de grandes scènes. Mais le sujet est traité d'une autre manière, beaucoup plus libre, en opposition aux formes lourdes et peu harmonieuses des Sumériens, telles qu'elles se présentent encore dans la statue de Manistusu. La figure humaine, sur les monuments plus récents, est bien proportionnée, elle est môme devenue élancée, la musculature n'est pas exagérée, les visages sont noblement traités ; un esprit vif et artistique se dégage surtout de ces créations et non plus un maladroit balbutiement. Donc ces monuments prouvent que les Akkadiens-Sémiles n'ont pas seulement dépassé les Sumériens dans l'art militaire, mais qu'ils ont possédé une civilisation supérieure. Ils ont beaucoup appris des Sumériens, mais dans tous les domaines ils oui surpassé leurs maîtres. La puissance sumérienne était épuisée, elle ne pouvait plus rien produire de ses propres forces. Les rôles sont donc renversés et ce sont les Sémites qui apportent quebjue chose de plus élevé. Cette constatation ressort avec évidence jusque dans les plus petits détails, comme dans la forme des signes d'éctriture et dans les briques imposantes des constructions et des tablettes akkadiennes faciles à distinguer de celle des Sumériens (§ 394).

Stèle de Tello : Meyer, Sum. u. Sem.^ pi. 9 et p. 115 et suiv. (Les anciennes publications, Décoiiv., pi. 3 bis, 3; Catal., n° 21 sont insuffisantes) . Heuzey a montré avec beaucoup de sagacité qu'elle appartient au royaume d'Akknd ; elle est sans doute plus ancienne que Narâm-Sin, mais plus récente que la statue de Manistusu.

405. Entre les monuments archaïques et ceux de Narâm-Sin, il y a un progrès énorme qui s'accomplit presque tout d'une traite. On peut comparer le mouvement qui s'accomplit en Egypte de la IV* à la V® dynastie et en Grèce des guerres médiques à Périclès. Sur le relief de Narâm-Sin de Diàrbekir le

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l'art akkadien — § 40o

rendu exact du visage n'est sans doute pas encore réussi; au contraire, l'œil vu de face est placé dans un visage de profil et le partage dans une certaine mesure en deux parties. Nous ne pouvons pas porter un jugement sur la ronde bosse, car le torse de Suse est complètement détruit. Mais si l'art de Narâm-Sin est en arrière des créations de la V* dynastie pour la finesse dans l'exécution du détail, sa stèle de victoire est cependant un des grands spécimens de l'histoire générale de l'art. Sur le monument de bataille de ïello les combats singuliers dans lesquels la bataille se décompose (§ 394), sont encore simplement placés les uns à côté des autres comme sur les scènes guerrières du tombeau de Desase de la V® dynastie (§ 253), sur une ligne principale, sans indication de terrain. L'essai n'a pas réussi de donner une unité aux groupes compacts de combattants surtout parce que l'on veut condenser en un seul tableau toutes les phases de la lutte, le découragement de Lennemi, ses supplications, le coup mortel, l'écroulement du blessé. Ajoutons encore, indépendamment de la nudité absurde de l'ennemi, la dureté et l'exagération dans le rendu de la musculature et la contorsion qu'apporte avec lui, ici comme en Egypte, le dessin en profil. On veut représenter des hommes vivants, mais on n'est pas encore devenu maître delà matière. Dans la stèle de victoire de Narâm-Sin par contre, on a créé une unité interne pour l'ensemble de la composition. Le terrain montagneux s'élève imposant, jalonné par des arbres. En haut, au sommet du col et au pied d'un pic qui se dresse dans les airs, surgit l'imposante stature du roi divin; à ses pieds les ennemis frappés se précipitent au bas des rochers, tandis que l'un d'eux s'affaisse, frappé de sa lance. De la droite le roi tient son javelot tandis que les ennemis crient grâce. Derrière lui son armée, représentée comme les ennemis par quelques figures, grimpe sur les rochers. Tous les yeux sont tournés vers le roi qui dépasse du double toutes les autres figures. Il n'est pas question de perspective ou d'observation des proportions, tout est symbolique, en opposition au naturalisme des

LE ROYAUME SÉMITIQUE d'aKKAD

scènes particulières traitées avec beaucoup d'etTorts, bien que sans succès, dans le relief de Tello. Mais on a réussi à condenser toute une action s'étendant sur plusieurs lieues en un tableau général qui a son unité : l'irruption dans la montagne, la victoire, le désespoir des ennemis, leur soumission et la grâce donnée. Cette unité est immédiatement perceptible pour Tobservateur, sans un mot d'explication, par sa vérité interne, et elle atteint au maximum d'effet. II faut encore ajouter la hardiesse du dessin de quelques figures, celle du roi par exemple et des ennemis qui tombent, comme seul Tart grec Tosera plus tard à Tapogée de son développement.

Sur les cylindres la figure du soleil franchissant glorieusement îes montagnes n'est pas conçue avec une moindre largeur, des rayons sortent de ses épaules; ici aussi un symbole conventionnel de l'art archaïque sumérien s'est transformé en une grande idée artistique. Les représentations mythologiques des cylindres, surtout celles qui sont tirées de la légende de Gilgames, ont le même caractère. Elles sont toutes remarquables par le profond et vigoureux relief qui caractérise l'art archaïque akkadien. Un cylindre, qui représente « Ubil-Istar, le frère du roi » en marche, a un intérêt particulier ; derrière lui son secrétaire sumérien Kalki a la tête chauve, puis plusieurs serviteurs, et en avant un guerrier avec un arc et un carquois. L'artiste n'a pas réussi un dessin en profil correct; mais l'unité de la scène est ici encore obtenue, comme sur la stèle de Naràm-Sin, par le fait que tous les yeux sont dirigés vers la figure principale.

Cylindres du royaume d'Akkad (cf. § 403 note pour les empreintes sur tablettes de Tello) : Menant, Recherches sur la Glypt. orient., I et Coll. de Clercq, I; Furtwiingler, die antiken Gemmen, III, ch. i. — Cylindre de Ubil-Istar, Thureau-Dangin, SA Kl, p. 168 : Furlwjingler, Gemment I, pi. 1, 3 (explication fausse); Meyer, Snm. u. Sem., p. 7i2 et suiv.

LE ROYAUME DE SUMER ET D^AKKAD

Fin du royaume d'Akkad. Réaction suinerienne.

Dynastie d'Uruk,

406. Les six premiers rois de la dynastie d'Akkad ont régné ensemble 158 ans (environ 2775-2618) d'après la liste royale de Scheil. Cette dernière nomme 4 rois, après Sarganisarri II, qui ne régnèrent que 3 ans en tout, en remarquant « qui fut roi, qui ne fut pas roi [on ne peut le dire] »; ce furent donc des prétendants qui se disputèrent le trône. Puis viennent deux rois, père et fils, avec de plus longs règnes, et ainsi se termine la dynastie d'Akkad, que remplace une nouvelle maison royale originaire d'Uruk et fondée par Urnigin. Cette dynastie n'est pas parvenue à s'établir définitivement ; elle embrasse cinq souverains dont la vie fut courte et qui régnèrent en tout 26 ans (environ 2578-2552); seul le second est désigné comme fils de son prédécesseur. Tous ces souverains étaient inconnus avant la découverte de la liste Scheil et nous ne possédons, d'ailleurs, aticun monument de cette période. La dynastie d'Akkad est probablement tombée en décadence dès Sarganisarri II le successeur de Narâm-Sin et cet état fut aggravé encore par les compétitions visant le trône. Elle fut emportée par une nouvelle réaction sumérienne qui prit son origine dans la ville royale de Lugalzaggisi. Mais bien que maintenant des siècles vont s'écouler avant que les Sémites du Nord retrouvent l'auto-

Iti

LE ROYAUME DE SUMER ET d'aKKAD

nomie, l'influence du royaume d'Akkad a cependant été durable et très efficace. Non seulement nous continuons à rencontrer vers le Sud un fort contingent sémitique qui s'accroît régulièrement, au point que de nombreux mots sémitiques pénètrent dans le lexique sumérien et que môme plusieurs rois sumériens postérieurs portent des noms sémitiques, mais les Sumériens ont complètement adopté et conservent la civilisation du royaume d'Akkad. Lart sumérien des époques suivantes est complètement dominé par l'influence des créations de Sarrukîn et de Naràm-Sin. Les dieux sémitiques pénètrent dans leur panthéon (§ 396) et tous les dieux indigènes ont dès lors dans jour forme et leur habillement une tournure sémitique (§ 362). L'ancien cos.lume sumérien a aussi subi des transformations : au lieu de l'ancienne robe à franges on porte non pas, il est vrai, le châle sémitique, mais un grand manteau frangé qui comme le châle des Sémites est jeté par dessus l'épaule gauche et pend du bras gauche fort bas, tandis que l'épaulo droite reste découverte. De plus, les rois et patésis couvrent leur tète rasée d'un bonnet semblable à un turban. Malgré la grande difl'érence que présentent la langue, l'apparence extérieure et les usages, il n'existe plus, semble-t-il, d'opposition nationale tranchée. Une civilisation uniforme sY»st constituée qui repose sans doute sur une ancienne base sumérienne, mais refondue et perfectionnée par les Akkadiens. Ces faits permettent de supposer que les anciens Sumériens n'ont toujours été qu'un peuple de seigneurs au milieu d'une population sémitique. Là où cette dernière se fortifie continuellement par de nouveaux éléments, les Sumériens sont peu à peu épuisés par elle malgré la suprématie qu'ils regagnent encore une fois.

Les communications établies par les rois d'Akkad avec l'ouest, spécialement avec les Amorrites, continuèrent aussi pendant les siècles suivants, surtout les relations avec Magan et Meluha. Nous ne savons pas, il est vrai, le temps pendant lequel les rois d'Uruk purent maintenir leur puissance. Déjà après un quart de siècle la dynastie succomba à une attaque

(il

GUDÉA DE LAGAS — § 407

des Gûti, le peuple montagnard du Zagros, que vainquit Sarganisarri.

Nous connaissons un fils de Narâm-Sin, Binganisarri, par deux sceaux de ses scribes (Tfiureau-Dan^in, SAK/, p. 168; mais nous ne savons pas s'il a régné. Sur une tablette de livraisons de brebis (Tfîureau-Dangin, /iev. d'Assyr., IX, p. 81) paraissent, à côté de la reine, les fils du roi Sarganisarri et Binganisarri; le premier peut être le Sarganisarri de la liste, le sixième roi de la dynastie. — Le même auteur publie {IX, p. 35) le fragment d'une inscription, dans une copie postérieure d'un « roi d'Akkad et des i régions du monde » qui pourrait être un successeur de Narâm-Sin. Le vase de Nippur appartient à Sarrukîn ou à Narâm-Sin (Hilprecht, /^ah. /nscr., I, 119; Thureau-Dangin, SAAf, p. 170 a). Poebel a expliqué la ligne qui suit Sarganisarri dans la liste Scheil (OLZ, XV, 48^2), où l'on croyait d'abord trouver un nom de roi Abc\ilum. — Dans les documents de l'époque suivante provenant deTelio et d'ailleurs les noms propres sémitiques sont très fréquents (Keisner, Tempolurhmdon nus Tello. MlttheH. ans d. Rrrim, Orieul. Sammlung, XI et les ouvrages mentionnés S 370 note). Sémites sur les monuments de Tello : petit socle circulaire, hrcouo., pl. :21,5. Stèle des musiciens, Dpc, pl. 23, les deux fois avec des Sumériens. Des trois petits fragments de l'époque de Gudéa qui proviennent de scènes de combat, les uns (/>'e., pl. 22, 6 et pl. 26, 10 b) montrent des ennemis ou des prisonniers Sumériens, l'autre des Sémites, pl. 26,10 a. Comme les deux types apparaissent radicalement séparés les uns à côté des autres sur les monuments, il est absurde de prétendre, comme on le fait généralement, que les Sumériens soient dès cette époque une race éteinte et leur langue une langue morte. Voir d'ailleurs, en particulier sur les différences des vêtements nationaux. Me ver, Suin. u. Sein.

Gudéa fie Lagas.

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