IP
LE ROYAUME DE SUMER ET D AKKAD
la statue de diorite restaurée par Heuzey, C. It. Ac. Jnscr.^ 1907, p. 516, à laquelle appartient la tète, Drc , pi. G ter 1 ; une inscription y est gravée mentionnant la propriété territoriale que Lupad, fonctionnaire d'Umma, a acquise à Lagas; la statue représente sans doute ce personnage. Heuzey et Thureau-Dangin, lac. cit.^ p. 519, placent cette statue à une époque beaucoup trop reculée, comme le prouvent la diorite et le style de la tête; cf. Meyer, Sum. u. Sem., pp. 81, 2. 92. Lupad éternise donc à la fois sa piété et son travail devant le dieu en érigeant la statue dans le temple.
408. Gudéa (environ 2600-2500) aussi ne nomme jamais son père. Gomme ses prédécesseurs il fut probablement institué par un suzerain, ou arriva au pouvoir par son mariage ou grâce à Tusurpation. Mais Lagas acquit sous son règne un éclat que nous ne rencontrons ni avant ni après lui. A ce point de vue aucune autre ville de Sinéar ne peut lui être comparée même de loin. Lagas doit alors avoir été habitée par une population très aisée et nombreuse grâce aux revenus agricoles et surtout au commerce. Gudéa (Statue B, 3, 10) estime les habitants de son territoire à 60 sares (216.000 hommes) contre les 10 sares d'Urukagina (§ 389). Cela indique des temps paisibles; nous nous rendons compte du commerce actif et étendu de cette époque par les monuments (§ 410). Gudéa a employé tous les moyens de son royaume pour honorer les dieux plus qu'aucun de ses prédécesseurs. A Ningirsu, « son roi », qui dans sa grâce a « choisi Gudéa comme véritable berger dans le pays », puis à Bau et à beaucoup d'autres dieux, il élève des temples; il couvre les sanctuaires de poutres de cèdre de l'Amanus; il les orne de reliefs en calcaire, de stèles et de tout le mobilier du culte. Le temple principal comprenait en outre une petite tour à étages (ziqqurrat», car on commence maintenant à copier à l'usage d'autres dieux ces constructions du temple d'Ellil. Gudéa a aussi pris soin de sa propre mémoire : il dédia dans le temple ses propres statues, soit debout, soit assises, taillées dans la diorite de Magan et les dota de fondations, qui ont maintenu vivant pendant des siècles encore le culte qu'on leur
GUDÉA ET LAGAS — g 409
rendait. On voit comment l'idée de la divinité du souverain s'établit de plus en plus et comment en même temps, mais avec des conséquences moins étendues qu'en Egypte, la pensée de la prolongation sur terre de la vie de l'homme est liée à son image (cf. § 374 a). Les fêtes de la pose des fondements et de la dédicace du temple de Ningirsu furent célébrées par la ville entière avec toutes les solennités prescrites par le rituel. Pendant les jours sacrés, le travail cesse, les différences de situation disparaissent, aucun esclave ne peut être châtié, aucun jugement rendu et aucun cadavre enterré. Gudéa a éternisé la mémoire de ses actions pieuses sur les inscriptions de ses statues et sur deux énormes cylindres d'argile.
11 ne reste que peu de chose de la ziggurat et des murs du temple principal de Gudéa; une de ses statues le représente, tenantle plan du sanctuaire sur les genoux ; la construction que l'on désignait auparavant comme « palais de Gudéa » est en réalité une sorte de forteresse du dynaste Adadnadinahê (i< 383 note), qui est construite en grande partie avec des briques de Gudéa sur l'emplacement de son ancien temple. — Par contre, comme Heuzey le communique, C/{ Ac. Inscr., 1905, p. 75, les fouilles de Gros ont mis au jour le plan de la ville, les murs et les portes, le bassin du port et les nécropoles. — Gudéa a naturellement construit un canal ; date dans Thureau-Dangin, SA AI, p. 227, cf. p. 228 h.
409. L'art sumérien atteint son apogée dans les créations de Gudéa. Les constructions, en rapport avec les matériaux de briques, auront été lisses et sans ornement; l'extérieur, comme le montre le tracé conservé sur une statue du souverain, animé par des ressauts et des niches, les parois revêtues peutêtre de nattes et de tapis. Les poutres de cèdre permettaient d'établir de plus vastes locaux à l'intérieur. Comme support on construisait des colonnes rondes en briques, dont on a trouvé plusieurs vestiges ; elles ont sans doute remplacé des supports plus anciens en bois. Dans la plastique, par contre, on a de beaucoup dépassé l'époque archaïque et aussi Urbau. L'influence
il î
LE ROYAUME DE SUMER ET d'AKKAD
de l'art akkadien est partout visible. Les têtes des statues sont finement travaillées; on est arrivé à donner de justes proportions aux statues en diorite, que Ton a appris à travailler soigneusement, aussi bien qu'à celles en calcaire qui représentent de hauts otliciers du gouvernement. Ces sculptures rendent de façon intéressante le type sumérien. En revanche, pour le corps, l'ancien penchant à une structure ramassée, à une exagération de la musculature, qui s'oppose aux reliefs de Narâm-Sin, est toujours très sensible. Ces statues ont quelque chose de rude et de lourd, qui est encore accentué par l'absence du sentiment des proportions du corps. Il semble que le sculpteur ne porte jamais son attention que sur un détail de son modèle. Ainsi la relation entre la tête et le tronc fait complètement défaut : le cou n'est presque pas indiqué et les épaules sont trop hautes. C'est pourquoi la seule statue conservée en entier, statue assise moitié grandeur naturelle, produit dans l'ensemble une fâcheuse impression. Ce résultat est d'autant plus surprenant que la tête et particulièrement belle. Gudéa apparaît ainsi comme un nain contrefait. Des autres statues on ne possède que les tètes ou les torses, en tout onze pièces, qu'on ne peut assembler avec quelque certitude.
On fera la même réflexion, quoique l'effet produit soit moins frappant, devant les reliefs qui sont exécutés d'ailleurs avec beaucoup de finesse et une forte accentuation des caractéristiques ; ainsi dans le type sumérien des hommes et le type sémitique des dieux. On ne peut comparer aucun monument des restes de l'époque de Gudéa au mouvement qui anime la stèle de Narâm-Sin; les détails sont sans doute traités avec soin et sobrement, et souvent dans des formes agréables. On essaie de modeler plus exactement l'œil vu de profil ; mais on n'est jamais arrivé à acquérir un dessin exact en profil de tout le corps, pas plus que chez les Égyptiens. Ici comme en Egypte, la tête et les jambes sont présentées complètement de profil, tandis que le corps et la couronne à cornes sont de face. Les reliefs sont particulièrement bien réussis où Gudéa est représenté conduit
GUDEA ET LAGAS
devant le dieu du ciel par son patron Ningiszida, ^avec des dragons sur les épaules S 372), dont il a introduit le culte à Tello. Il cherche à obtenir l'eau qui assure la vie et le dieu du ciel lui tend un vase aux eaux éternellement jaillissantes. Cette scène est aussi représentée sur le sceau de (nidéa. Un autre relief, dont malheureusement nous ne possédons que quelques fragments, représente l'entrée d'un dieu sur son char attelé d'animaux fabuleux ; un autre plus petit montre la déesse Bau sur les genoux de son époux iNingirsu. 11 faut ajouter les restes d'un grand bassin du temple de Ningirsu : sur le relief extérieur des jeunes filles tiennent le vase d'où jaillit la source de vie. On trouve peu de travaux métallurgiques de quelque importance (ainsi des têtes d'animaux aux yeux incrustés de pierres de couleur), mais par contre plusieurs vases de pierre très bien travaillés : ainsi un vase sur lequel se dressent en haut relief les dragons blasonnés de Ningiszida à côté de deux serpents entrelacés. On a trouvé encore de jolis dessins ciselés sur nacre destinés en partie à des incrustations.
La statue devenue coniplrle par les fouilles de Gros; /{et. d'Assi/r., VI. NouvpJles Fouilles, 21 et pi. 1. Les œuvres d'art conservées aJ Louvre dans de Sarzec et Heuzey, Découo. en Chald^e, et Heu/ey, Une des sept stries de Goudea, Inondât. Piot, XVI, 1908; celles dJ Herlin surloul dans. le travail de l'auleur Sum. n, Semiten : pi . 7 le grand relief, el pi. 8 le char divin en particulier; les animaux ne sont malheureusement conservés qu'en partie ; mais on peut facilement reconuiiître que ce ne sont ni des ânes ni des chevaux, mais des animnux fabuleux.
410. Si brillant que paraisse le règne de Gudéa, il est douteux qu'il ait été un souverain indépendant. Il se glorifie de ce que Ningirsu lui a ouvert les chemins de la mer supérieure (Méditerranée) à la mer inférieure (golfe Persique) pour la construction de son temple (Statue B, 5, 23 et suiv. ; cf. Cyl., A, 9, 18 et suiv. ; 15, 1 et suiv.) ; que tous les pays et tous les peuples y ont contribué, l'Amanus et les monts d'Amurru, Magan et
'Il
LE ROYAUME DE SUMER ET D AKKAD
Meluha, Madqa (probablement sur rA(jêm, cf. S 4^14 note) avec son asphalte, Kimas, qui est probablement voisine, avec son cuivre, puis TÉlam (Nim) et Ansan, le mont Gubin et la ville insulaire Tilmun dans le golfe Persique (cf. i3§ 401 A, 402 a note'. Mais il ne dit nulle part que ces pays lui aient été soumis ; et s'il se vante d'avoir emmené les poutres et les pierres depuis les montagnes et de Tor de Meluha, il n'a certainement pas mis le pied lui-m(>me dans ces régions. La seule guerre qu'il mentionne est un combat avec Ansan en Elam, dont il employa le butin pour le temple de Ningirsu (Statue B, 6, 64 et suiv.) ; c'est pour cela qu'il tire vanité de ce que des Elamites et desSusiensont participée la construction du temple (Cyl. A, do, 6 et suiv. Cf. § 363 note). Il peut très bien avoir fait cette guerre à la suite d'un suzerain. Le problème se résoudra par la date que nous avons obtenue pour Gudéa : s'il appartient à la dernière époque des rois d'Akkad et au commencement de la nouvelle dynastie d'Uruk, les événements ont pris probablement une tournure telle (|ue, tandis qu'extérieurement la stabilité du royaume était encore intacte, le patési d'une ville sumérienne pouvait avoir une beaucoup plus grande liberté de mouvementque sous les anciens souverains d'Akkad ctoccuper par conséquent une place semblable à celle des princes des provinces égyptiennes à la lin de la VP dynastie et au commencement du Moyen Empire. En tout cas Gudéa est un représentant des nouveaux efforts sumériens au môme litre que la dynastie d'Uruk qui a renversé le royaume d'Akkad. Urningirsu, fils de Gudéa, aurait alors été dépendant de ce royaume d'Uruk. Dans les documents datés au nom d'Urningirsu, il est de nouveau question du roi, de la reine, des fils du roi et de livraisons à leur cour. Ce prince a encore ajouté des construclions au temple de Ningirsu à Lagas. Mais les monuments cessent dès lors brusquement; nous n'avons plus que des renseignements de l'époque des rois d'Ur qui montrent les patésis de Lagas dépendant complètement de cette dynastie. La disparition soudaine de la fortune de Lagas et l'absence de renseignements
LlNVASIOx\ DES GUTI — i^ il 1
sont le fait de l'irruption des Gûti, qui a déterminé la fin rapide de la domination des dynastes d'Uruk.
Documents de l'époque d'Urningirsu : Thiireau-Dangin, Rec. de iabL, p. V (et les dates Kœnigshuchr., p. 227); ses inscriptions SAKI, p. 14r>etsuiv., no« b et c; les n«» a et d apparti*ennent au prêtre de ce nom sons Dnngi, cf. § \01 note.
Uinvasioii des Gûti.
411 . Les peuples montagnards du Zagros avaient été domptés parSarganisarri et Narâm-Sin; ils peuvent s'être tenus tranquilles depuis lors pendant une période assez longue. Mais la chute du royaume d'Uruk et les vaines tentatives de ses rois pour fonder une dynastie stable, offraient sufFisammeut d'attrait; il faut y ajouter probablement des mouvements de peuples sur leurs derrières, mouvements qui n'ont jamais fait défaut, bien que nous n'en ayons aucune connaissance. Ainsi les Gûti ont marché contre Sinéar ; ils n'ont pas seulement pillé le pays de fonds en comble, mais s'y sont établis et v ont fondé un royaume. Leur occupation est dépeinte sous les couleurs les plus sombres, comme celle des Hyksos en Egypte ; ils sont, comme le dit l'inscription de leur vainqueur (S 411 b) « les dragons de la montagne qui arrachent l'épouse à l'époux, les enfants à leurs parents et ont traîné dans les montagnes la royauté de Sumer ». Un hymne, en plusieurs copies, en l'honneur de Ninib, dieu très vénéré aux époques suivantes à Nippur comme fils d'Ellil (§ 396), dépeint les temps où le pays était aux mains de l'ennemi dévastateur, où les dieux étaient emmenés prisonniers, la population lourdement chargée de corvées et d'impôts, où les canaux et les fossés tombaient en ruines, où Ton ne pouvait plus naviguer sur le Tigre, où les champs n'étaient plus irrigués et la moisson faisait défaut, jusqu'au
. ÎM
■il
LE ROYAUMK DE SUMER ET D AKKAD
jour où Ninib procura do nouveau sa grâce au pays. Un autre hymne, copié à Tépoque séleucide décrit les plaintes d'Uruk, Akkad, llarsagkalama, Nippur, Dôr et d'autres villes du pays sur les épreuves que les Gûti leur font subir. Nous apprenons par une inscription de Nabû-na'id que les Gûti avaient détruit le temple d'Anunit à Sippar et traîné l'image divine à Arraplia (Arrapachilis), pays montagneux sur le cours supérieur du Zab. Il est suffisamment compréhensible qu'à coté de Nippur avec ses riches trésors, les anciennes capitales, Akkad avec Sippara au Nord et Uruk, le siège de la dynastie subjuguée par les Gûti, aient eu particulièrement à souffrir. Un compte de cette époque, provenant de Lagas, est daté de « l'année dans laquelle Uruk fut saccagée ».
Hilprecht d'abord, puis Scheil se fondant sur les textes mentionnés § 411 a, ont reconnu que les Gûti ont régné quelques temps sur la Babylonie ; plus tard la liste royale de Scheil a confirmé cette hypothèse. Tous deux ont aussi rassemblé les autres mentions des Griti dans la littérature babylonienne. Hymne de l'époque Séleucide : Langdon, Sumer. and lialnil. Psabns, n** 25, cf. ZA, XXlll, p. 220. Hymne à iNinib, Radau, Hafj. /ixped., XXIX, i, p. «3 et suiv. Comme le texte existe déjà depuis l'époque de la dynastie d'Isin, Radau pense avec raison qu'il fait allusion à la conquête des Gûti. Au reste il faut user de la plus grande prudence en rapportant de tels textes à des événements historiques précis. La Babylonie fut si fréquemment éprouvée par les invasions qu'un thème général s'est développé, qui considère en même temps les événements naturels toujours menaçants, sécheresse, ruine des canaux, épidémies, et qui illustre la puissance divine, ordinairement celle d'un dieu local précis, dans sa colère et sa compassion 11 est aussi très douteux que la légende dite du roi de Kutiia, où des monstres, sortis des montagnes, nourris par Tiâmat, battent l'une après l'autre les armées du roi, qui avoue alors son impuissance et son incapacité, se rapporte à un événement historique, comme l'admettent Hommel et Hilprecht (Zimmern, ZÀ, Xll, p. 317 et suiv. Jensen, A'/y, VI, p. 290 et suiv., 548 et suiv. Ungnad dans Gressmann, Altor. Texte z. Alt. Test., p. 76 et suiv.). En tout cas, l'événen)ent
l'invasion des GUTI -— § 411 a
est reporté aux temps primitifs. Le fragment sur la détresse d'Uruk pendant un siège de trois ans (Jensen, KB, VI, p. 272) ne peut guère conserver un souvenir de ces combats; dans la rédaction actuelle il suppose d'ailleurs l'hégémonie de Babylone. Donnée de NabiVna'id : Inscription de Constantinople, 4, 14 et suiv. (Langdon- Zehnpfund, Neuôabt/l. Koenigsinschr., p. 176). Date de Tello : ^otlv. Fouilles^ p. 183.
411 a. Le centre de gravité propre de la puissance gutéenne, comme résidence royale, doit toujours avoir été dans la montagne, d'où les Gûti descendirent en Sinéar, en suivant l'Adem, par Opis et ÎTarsagkalama. Mais lorsque leur domination fut établie, ils adoptèrent aussi, comme les Hyksos en Egypte et plus lard les Cassites, les formes de la civilisation de Sinéar et celles du gouvernement établi : des patésis dépendants administraient les villes, apportaient aux dieux des présents, prenaient le style des anciens souverains et ajoutaient à leurs noms, comme les rois d'Akkad, Tépithète « le puissant ». Leurs inscriptions sont rédigées en sémitique, comme celles des rois d'Akkad, bien qu'avec quelques divergences dans la prononciation. Nous connaissons jusqu'à maintenant 4 rois Guti. Le plus ancien est Lasirab « roi des Gûti » qui, d'après un ancien usage, a voué une masse d'arme à Sippar. L'inscription gravée sur cet ex-voto est une invocation « aux deux divinités des Gûti^ Istar et Sin ». Un palesi Lugalannatum, qui régna 35 ans à Umma et qui prit soin de son temple, date d'après Basium « roi des Gûti ». On a trouvé à Nippur une grande inscription dédicatoire d'un troisième roi Knridupizir « roi des Gûtî et des quatre régions du monde »; il se présente donc comme le successeur des souverains du monde de la dynastie akkadienne. L'avenir nous fera sans doute connaître encore d'autres noms de rois Gûtî ; pour le moment nous connaissons encore le dernier souverain de la dynastie, Tiriqân.
Lasirab : Winckler. ZA, IV, p. 406. Thureau-Dangin, SA Kl, p. 17-2. — Hasirmi : Scheil, Cli. Ac. Inscr., 19iL p. ;M8 et suiv. —
I ''il
■il
là
'il
" if
ré ■■ ■#•
LE ROYAUME DE SUMER ET d'aKKAD
Enridupizir : Hilprecht, The earliest version of the Déluge Story [Bab. Exped. Ser. D, V, 1), p. 201 et suiv., ce texte n\i pas encore été publié. Thureau-Dangin pense que Sar-a-li-gu-bi-sin, cité par un relief votif d'Umma (Djoha) est aussi un roi de cette dynastie (Rev. d'Assyr.y IX, 73).
Troisième dipiastie d'Uruk.
411 b. Un nouveau soulèvement des Sumériens, qui prit son origine à IJruk, a mis fin à la domination étrangère. Nous sommes renseignés sur ces événements par la copie d'une inscription du vainqueur des Gûti, le roi Utuhegal d'Uruk. Il s'avance au nom d'Ellil ; Nanaia, Tamûz, (iilgamès, les dieux et les héros de sa ville, lui ont prédit la victoire. Il ose alors appeler aux armes les guerriers de sa ville, qui le suivent avec joie, contre Tiriqàn, le fier roi des Gûti, qui se vante que personne ne lente de lui résister, que le Tigre jusqu'au bord de la mer et le pays bas de Sumer lui obéissent. Comme au départ, il olTre chaque jour un sacrifice pendant la marche à Iskur, l'Adad des Sémites (§ 396), ou à d'autres dieux, parmi lesquels le dieu soleil. Les gouverneurs de Tiriqân appellent leur roi, mais celui-ci est battu et doit prendre la fuite. Ses sujets Tabandonnent, il est pris avec femme et enfant à Dubrum, et Utuhegal « place son pied sur sa nuque ». Ainsi « Utuhegal a rétabli la royauté de Sumer dans sa puissance ».
Utuhegal se présente tout à fait comme un Sumérien. Nous ne savons pas si les Akkadiens s'allièrent à lui ou s'il les a soumis. Mais comme il s'intitule « le héros puissant, roi d'Uruk, roi des 4 régions du monde, dont la parole est sans rivale » il a sans doute émis des prétentions sur ces contrées. Nous ignorons s'il a régné longtemps et laissé des successeurs. Il est cependant peu douteux que le royaume d'Uruk ait dû aussitôt faire place à une nouvelle dynastie, originaire de la ville voi-
LA DYNASTIE d'uR — § 412
sine, Ur, située plus en aval sur l'Euphrate. Nous n'avons aucune date qui permette de fixer la chronologie de cette époque; c'est le vide le plus sensible qui subsiste encore dans notre documentation; nous ne pouvons pas non plus déterminer la durée de la domination gutéenne. Cependant on n'évaluera guère à plus d'un siècle en chiffre rond (2575-2469 environ) l'intervalle qui sépare la fin de la dynastie d'Akkad et la fondation de la dynastie d'Ur, si l'on s'appuie sur les arguments fournis par le développement de la civilisation et surtout de récriture.
£ Vu .'9
Inscription de Utuhegal : Thureau-Dangin, Rev. d'Assyr., IX, p. 111 et suiv. ; p. 120 il mentionne d'après un texte de présages postérieur « un présage pour le roi Tiriqân, qui dut fuir au milieu de ses troupes » et il renvoie à la « ville de Tiriqàn » sur le Kudurru de Nazimaruttas, I, 24. — Voir la liste royale ci-jointe.
La Dynastie d'Ur.
412. Urengur d'Ur fut le fondateur de la nouvelle dynastie, qui a créé de nouveau un royaume stable et bien ordonné. Nous obtenons dès lors une chronologie sûre : d'après les dates évaluées § 329 son règne, qui dura 18 ans, tombe en 2469-2452. Nous ignorons par quel moyen il établit son pouvoir; il se révolta probablement contre les rois d'Uruk et les renversa du trône. On peut voir peut-être une allusion à ce fait dans le litre plus large, « le fort héros, roi d'Uruk », dont il fait précéder une fois son titre « roi d'Ur » sur les briques de construction d'I r. Une année de son règne s'appelle « année dans laquelle le fils du roi Uren^^ur fut institué par les présages comme prêtre de Niui.i à Uruk ». Ordinairement au commencement de son règne il ne se nomme que « roi d'Ur » ; puis il prend le titre complet « le héros puissant, le roi de Sumer et
: i\ •if
LE ROYAUME DE SUMER ET d'aKKAD
LISTK ROYALE
Dynastie d'Akkad.
Sargon (Sarrukînj, vers 2775
Urumus
Manistusu
Sarganisarri I ? )
Naràmsin j
Sarganisarri II jusqu'à env. 2618
Ilidinnani \
Imi-ilum f
Nanum-sarrum (
Uuluqar )
Oudu i prononcialion ( 21
Suqarkib,son lils î inconnue (15
mble 3 ans
Patésis de Lagas.
Kngilsa, père d'Urukagina H
Lugalusumgal, Ur-e
Urbabbar, l.ugalbur
Basamama, Ugme, Urmama
Kaazag, Gain ban
(i ilugulu, Urninsun
Urbau
Urgar et Naniinahni
ans ans
Total : 12 rois, 197 ans.
Deuxième dynastie d'Uruk (vers 2575
Urnigin, 3 ans Urginar, son iils, T» ans Kudda, G ans Basaili, 5 ans Ur-utu, 6 ans
Total : 5 rois, 20 ans
(iudéa, depuis env. 2601)
Urningirsu, son fils
Dynastie des Guti (environ 2550 2500)
Sont connus :
Lasirab Basiûm Enridupizir (Saratigubisin?)
Tiriqân
Troisième dynastie d'Uruk (environ 25rX)-2i69)
Utuhegal
LA DYNASTIE d'uh
d'Akkad ... Ainsi la nature du royaume est clairement fixée • les Sumériens sont les seigneurs, le point central est dans leur territoire; mais en môme temps, ce qui n'était pas le cas sous la dynastie dUruk, on a égard aussi au pays d'Akkad, le siè-e royal de Sarrukîn et Naràm-Sin, f]iioi<)u'i! soit relégué aussi^à la seconde place. Les deu.v peuples sont confondus en un royaume, dans lequ.-l les Sumériens, l'ancien peuple civilisé a le premier rang. La langue ofïiciolle est par conséquent lé sumérien; dans quelques territoires seulement, où la population était exclusivement sémitique, ou prédominait, les rois emploient aussi l'akkadien, ainsi Dungi à Kutha. Nous ne possédons pas de dates fixes du règne d'Urengur, de sorte que nous ne pouvons pas saisir le .iéveloppement progressif de sa puissance. Les restes de ses constructions à Ur, Uruk Larsa Lagas, Nippur, assurent qu'il a régné sur tout Siné'ar Une date mentionne « l'année où le roi Liengur dirigea sa route du pays bas au pays élevé ». Son lils Dungi qui lui succéda eut un long règne de 38 ans (2451-2394).
W.nckler, Lehmann, Hilprechl et surtout Thureau-Dangin ont mis de l'ordre dans celle période du royaume de Sume'r et d Akkad, où régnait autrefois la plus grande confusion (Thureau- Dangin, d'abord dans Rev. d'Assyr., V, 71 et ZA, XV, son compterendu de Radau, Karly liabyl. Hhtory, oix malgré de nouveaux matériaux imporlanls la confusion et la mulliplication des rois sont poussées le plus loin). Les dates des documents onl apporté une base solide à la discussion : voir Thureau-Dangin, Sum,r. u. Akkad. Koemgstnschr., p. 186 el suiv. ; 228 et suiv. [La reunion de ces textes dans W KeiUn.chriftliche mbiwlhek, III, 1, esl dépassée par ce nouveau travail]. Maintenant ces résultais sont entièrement confirmés et considérablement élargis par la liste cunéiforme des dynastes d'Ur et disin, trouvée à Nippur, qu'a publié Hilprechl, Babyl. Exped., XX, 1, 1900. p. 39 et suiv. (Cf. S 329j. - Le nom lu aujourd'hui Urengur, était lu autrefois Urliam, Urbau, Urea, Urgur etc. Nous ne possédons que quelques dates de son règne %ii dura 18 ans, par contre nous avons une liste de 41 noms d'années
itt
*% tû
-,jy»-T's"°iiPTr""
LE ROYAUME DE SUMER ET D AKKAD
LA DYNASTIE D'uR — § 413
qui se suivent pour Dungi, complétée par d'autres documents; de sorte que nous conservons aujourd'hui, de la 13* année de Dungi [= an 1 chez Thureau-Dangin) jusqu'à la 2« année d Ibi-Sin, la liste complète des noms d'années (Hilprecht, Bab. Exped., I, i25 rapportait faussement à Ibi-Sin, la liste des années de Dungi), cf. Thureau- Dangin, SA Kl, p. 289 et suiv. L'auteur ne croit pas nécessaire d'admettre comme Thureau-Dangin, Hev. d'Assyr., VII, 184, que la donnée de la liste d'Hilprecht sur la durée du règne de Dungi soit fausse et que ce roi n'ait régné qu'environ 50 ans. La seule variante est que d'après cette liste Gimil-Sin n'a régné que 7 ans et non 9 ; cf. S ^*i^ nol^e. Autres travaux sur ces listes : Myhrman, Doc. of the second. Dyn. of Ur, Bah. hJxp., III, 1, 1910. Kugler, Sternknnde u. Slevndknsl, II, 1, 1909, p. 150 et suiv. ; on ne peut guère soutenir avec cet auteur que les dates « année où un tel devint roi » ne désignaient pas l'année d'avènement mais la nouvelle année complète du nouveau roi. — Les Tempdurkunden aus lello, publiés par Reisner (§ 406 note) appartiennent à l'époque de Dungi, Pur-Sin et Gimil-Sin. Puis les tablettes publiées par Radau (ouvrage cité) de la collection K. A. Hoffmann et la trouvaille des tablettes de Drehem près de Nippur sur des livraisons de bétail, cf. Thureau- Dangin, Hev. d'Assyr., VII, 186; de grandes collections de ces tablettes ont été publiées par Genouillac surtout et maintenant par L. Legrain, Le temps des rois d'Ur, 1912, qui emploie toutes les données des textes pour montrer l'organisation et les conditions agricoles et sociales du royaume. Enfin de nombreuses tablettes de Djoha (Umma) : Thureau-Dangin, Rev. d'Assyr., VIII, p. 153 et suiv. — [Le travail de Janneau, Une dynastie chaldéenne : les rois d'Ur, 1911, est sans valeur et plein d'erreurs],
413. Urengur et Dungi se complètent de la même manière que Sàrrukîn et Naràm-Sin. Tous deux ont déployé une vaste activité de constructeurs dans toutes les villes de Sinéar, car la restauration des sanctuaires et des canaux, qui s'effondraient toujours rapidement, est comme le devoir sacré le plus important d'un seigneur puissant, comme aussi sa plus forte manifestation et cela surtout pour une nouvelle dynastie. A Nippur tous deux remplacèrent la tour à étages des rois d'Akkad, qui
s'était écroulée, par une nouvelle construction placée plus haut; ils construisirent des temples pour les dieux locaux, à Uruk pour Nanai, à Larsa pour le dieux-soleil, Urengur à Opis pour Ninharsag, Dungi à Lagas pour Ningirsu et Nina, à Kutha pour Nergal, à Adab (Bismaya), à Kaçallu, à Dêr ainsi que pour Ninib (à Nippur ?). La part du lion revient à la ville royale Ur, dont le dieu-lune Sin est maintenant le dieu propre du royaume. Il est parfois représenté avec la barbe et la chevelure sémitique, mais ordinairement avec le turban et le manteau sumérien (§ 406), comme les rois, et se confond par exemple à Lagas avec son dieu local Ningirsu. Gomme Ellil à Nippur, Sin à Ur a un temple montagne (ziqqurrat) de briques, commencé par Unengur et terminé par Dungi; ce genre de construction fut dès lors peu à peu introduit généralement dans tous les cultes (cf. § 408). Les noms officiels d'années sont fréquemment empruntés aux constructions de temples et à Tintroduction des dieux dans leurs sanctuaires, comme à latransmission d'offices sacerdocaux sur les enfants du roi : la prédominance des idées et des préoccupations religieuses dans la civilisation sumérienne réapparaît ici avec force. Il est significatif que l'épitome de la chronique babylonienne raconte que Dungi a pris le plus grand soin d'Eridu, la ville d'Ea, au bord de la mer. Cette notice se trouve aussi dans ses dates et celles de son successeur Pur-Sin ; par contre Dungi pilla les trésors de Babylone, c'est pourquoi le Bel de Babylone l'éprouva. Quelque sommaire que soit cette relation (cf. § 397 note), il est certain que les villes d'Akkad eurent beaucoup à souffrir sous les souverains sumériens.
Urengur dédia aussi au dieu-lune d'Ur un canal qui passait devant Lagas; il reconstruisit encore les murailles d'Ur. Les anciens princes de villes, les patésis, sont de nouveau abaissés au rang de fonctionnaires, institués ou déposés par les rois. Un document montre que quelques-uns d'entre eux avaient à remplir des fonctions, probablement rituelles, fixes et changeant chaque mois, ainsi ceux de Girsu-Lagas, Umma, Babylone,
-•"îj
•M* Vf,
LE ROYAUME DE SUMER ET d'aKKAD
LA DYNASTIE d'uH — S il4
Marad, Adab, Ur, Sukurru, Kaj^allu, et les patésis chargés du culte royal. D'autres lieux sont sous des commandants [sakkaîiakku), surtout sans doule dans les territoires conquis.
Nous connaissons les constructions surtout par les inscriptions
sur briques et les noms d'années. Dungi à Bismaya : Amer. Jour, of
Sema. Lamj., XX, p. 261. Ur : Nabu-na'id, IR, 68, 1 (KB, III, 2,
p. ÎM; l.angdon, Ncuhah. Koenifjsinschr., p. 250). L'opinion était
fausse, qui tirait de l'inscription de Nabu-na'id I // 69, 2, 4-9 {KR
m, 2, 82, cf. 88 etsiiiv. ; Langdon, ihidcm, p. 244, cf. p. 238] une
date pour l'époque d'Urengur : Winckler, Unters. z. Gesch. d. ait.
Or., 19, 2. Lelimann, Haupt problème, 50. — Représentations de
Sin de cette époque, soit en manteau sumérien, soit avec le châle
sémitique, mais presque toujours avec le turl)an sumérien, Meyer,
Sum. u. Sem., p. 64 et suiv. — Donnée de la chronicjue : King, II,
p. 11 ; Dungi est le seul roi de la dynastie qu'elle mentionne. —
Liste de patésis en relation avec les noms de mois ; Radau, hJarly
liahyl. Hisl.., p. 281 et suiv., 299 et suiv.; cf. Tliureau-Dangin, ZA,
XV, p. 409 et suiv. sur les combinaisons des mois et de la longueur
des années, faites par cet auteur. Le premier et le sixième mois
n'ont pas de patési. Les patésis connus par les inscriptions qui
appartiennent à l'époque du royaume de Sumer et d'Akkad sont :
Patésis de Lagas, Thureau-Dangin, SAKI, p. 148; p. 228 et suiv.
sous Gimil-Sin le patési Arad-Nannar de Lagas est en même temps
commandant ou patési de nombreux autres lieux ou populations,
Thureau-Dangin, SAKI, p. 148 ; — Mashamer de Iskun-Sin (lieu
inconnu) : sceau dans Thureau-Dangin, SAKI y p. 188 n, sous
Urengur ; — les patésis de Nippur sous Dungi, Thureau-Dangin,
Ibidem. y p. 196 a', et du lieu Dingir-babbar (-samas ?), n° d' ; —
d'Ur sous Gimil-Sin, Thureau-Dangin, ibidem. y p. 200c; — Itur-
Samas, fils d'Idin-ilu de Kisurra (brique de Abu-halab, cf. § 385
note, inscription sémitique), Thureau-Dangin, SAKI, p. 152, Mitlh.
DOG, 15, 13, sans doute de la même époque que la brique de Pur-
Sin d'Abu-hatab, idem, 17, 15; — les inscriptions sur briques et les
sceaux de 4 patésis de Tuplias [lu autrefois Umlias, écrit Asnunnak
§ 416; d'après Scheil, RccueU de Trav., 19, 55, ce lieu est près de
Nippur, mais probablement à l'Est du Tigre, près de la frontière
élamile, cf. Jensen, Z.4, XV, p. 219 etsuiv.] : Thureau-Dangin, SAKI,
p. 174 [no 1 = BerUn VA 3113, s'appelle, d'après une communication d'Ungnad, Urningiszida, comme le n« 2]. Radau, IJ/W, p. 433 et suiv. Del. en Perse, VI {Textes f:lam. sém., III) p 12 et suiv. et la statue emmenée par les Klamites pi. 3. - Palésis de BabylonJ, Sippar, Kis, Kulha, Marad, Adah, Nippur, Suruppak, Asnunnak (= Tuplias), Kasalla etc. dans les textes de Dréhem : Thureau- Dangin, Reo. dWssyr., VU, p. 186; IX, p 121; Geno.nllac, Tablrttes de Dréhem, 1911. Legrain, Temps des rois d'Ur, p. 8 et suiv Les prétendus patésis d'Kridu (Smith, Tr. SRA, I, 32), sont des souverains de Suse; Thureau-Dangin, .^.1 A7, p. 176, nM a; p. 182, n*» 4a. — La tournure de phrase qu'emploie Urengur dans une inscription de Tello caractérise la position actuelle des patésis, Thureau- Dangin, SAKI, p. 188 i : u qui marche (?) avec Sin, roi ou patési ou homme qui [porte un nom (ainsi dans le Code de Hammurabi, 26, 40 et suiv. où celte expression est répétée)], qu'il rétablisse le temple de Sin )^.
414. Nous ne savons rien des guerres dXVengur: par contre les noms d'années de Dungi dans la deuxième moitié de son règne, dès la 34« année (2418). mentionnent souvent des campagnes militaires, de môme chez ses successeurs. Les années précédentes sont pour la plupart nommées d'après des événements paisibles, religieux. Donc on peut supposer qu'il a d'abord bâti à l'intérieur de son royaume, puis ensuite seulement fait des conquêtes dans les pays qui l'environnaienl. Ces noms d'années et les quelques autres dates conservées par hasard ne suffisent en aucune manière à obtenir un tableau d'ensemble qui ait en partie tout au moins quelque exactitude. Nous pouvons encore moins dire combien l'ancienne position dominante du royaume d'Akkad s'est maintenue dans les années qui suivent. II était urgent avant toute chose d'amener les tribus montagnardes de l'Orient à respecter de nouveau la puissance du pays civilisé : Dungi partit neuf fois en expédition contre Simuru et Lulubu ; les Gûti par contre ne sont jamais nommés à cette époque. L'Elam aussi fait de nouveau parlie du royaume (cf. S 416) comme sous les rois d'Akkad ; le
■fi
ai
LE ROYALMK DR SLMER ET D AKKAD
LA DYNASTIE d'uh — Î5 414
palési d'Ansan est c'M à côté de ceux des villes de Sinéar ; une année est nommée d'après le mariage de la lille de Dungi avec ce patési. Mais 4 ans après, Dungi a ravagé An§an ; en dehors de ce fait d'armes, les combats ont du ôtre nombreux comme à l'époque de Gudéa (§ 410). Dungi et ses successeurs ont construit dos temples h Suse. Les rois de Sumer et d'Akkad ont également élevé des prétentions sur la domination de la Mésopotamie (Subartu), sur les contrées le long du Tigre, les principautés Harsi ou Ilursitu sur TAdôm gouvernées par des patési, la ville voisine Maqda avec ses sources do naphte, Kimas et d'autres, ou ont repris ces pays. Mais la puissance du royaume s'est probablement étendue beaucoup plus loin encore : non seulement le pays qui a constitué plus tard l'Assyrie et le territoire des sources du Tigre lui ont été soumis, mais, si nous pouvons invoquer un témoignage, encore isolé il est vrai, ils s'emparèrent de TAsio-Mineure orientale (S 435). De même on ne peut guère douter que la domination sur les Amorritos ait été rétablie, bien qu'une documentation très insuffisante no nous permette pas do l'alfirmor. Cependant la profonde influence de Sinéar ne s'explique que de cette manière, comme aussi le flot ininterrompu de la population sémitique et spécialement amorrite qui pénètre avec ses dieux dans les villes sumériennes. Il est bien possible que l'armée des rois ait déjà été en grande partie recrutée dans ces tribus, de même que les pharaons se sont adressés de tout temps à la Nubie et plus tard aussi à la Libye et à l'Asie. Si nos calculs chronologiques sont exacts, la dynastie dX'r est contemporaine de la VHP dynastie égytienne et de la profonde décomposition de rVncien Empire ; par suite les deux puissances n'ont guère pu se heurter.
Donc, pour autant que nous puissions le savoir, le royaume de Sumer et d'Akkad tout au moins sous ses premiers rois est devenu un royaume, qui embrassait de vastes territoires de l'Asie Antérieure, du golfe Persique à la mer Méditerranée et à l'Asie Mineure orientale, et qui ne fut guère inférieur au
royaume d'Akkad. Dungi se rattache d'ailleurs à ce dernier : car, de bonne heure, il fait précéder son nom du signe divin comme Narâm-Sin, ce qui ne fut jamais le cas pour Urengur. Depuis le milieu de son règne environ il a renoncé au titre de roi de Sumer et d'Akkad et s'appelle dès lors « le héros fort, roi d'Ur, roi des 4 régions ». Gomme les rois d'Akkad donc! il prétend aussi bien à la souveraineté universelle qu'aux honneurs divins. Il a constitué un prêtre de sa royauté avec le titre de patési, s'est construit un temple et a donné au septième mois le nom de la fêle qui était célébrée en son honneur, en tant que dieu.
Les territoires conquis, mentionnés par les listes de dates de Dungi et de ses successeurs sont les suivants d'après Ja liste de Thureau-Dangin, SA A7, p. 229 et suiv. et notes (ses chiffres d'années, conservés par l'auteur, doivent toujours être élevés de 12 pour Dungi) : Ansan, Dungi, an 28 et 32. Palésis de son époque venant d'Élam (cf. §• 416) : de Suse, Ansan, Adamdum sur les tablettes de Tello, Thureau-Dangin, Iteo. dWssyr., V, p. 76 ; puis Scheil, /;.'/. m Perse, \ [Textes rlam. anzan., II), p. ix, 1 (= Thureau-Dangin, p. 177 note 3, 3) et les tablettes de Dréhem, § 412 note. - Ganhar (Karhar'^j ' Dungi, an 22 et 29, cf. 43 note ; sous Gimil-Sîn le patési de Laga.^ est en même temps patési de Ganhar, entre autres Thureau-Dangin, SAKI, p. 150; un sceau d'un roi Kisâri (Sémite?), Thureau-Dangin,' ibidem, p. 174, cf. i; 433. - Simuru et Lulubu, Dungi an 23, 24, 30,' 42, 43, Pur-Sin 2, Ibi-Sin p. 236 n. (Thuroau-Dangin, ibidem), - Ifarsi, Dungi an 25; en 46 allié à Kimas et llumurti (tous deux aussi an 44). Sceau de Hunini, patési de Kimas et commandant de Madqa, Thureau-Dangin, ibidem, p. 176. Tous deux aussi dans Gudéa comme contrées montagneuses, Kimas avec du cuivre, Madqa, sur un fleuve, avec de l'asphalte (Statue B, 6, 21 çt suiv.; 51 et suiv.; Cyl. A, 16, 9, 15); donc aussi probablement les sources de naphte de Tùz Hurmatlysur les aflluents orientaux de T'Adém ou aussi celles situées plus à TOuest près de Kerkûk (cf. Strahon, X\ I, 1, 4 ; Curt., V, 1, 16. Herzfeld, Unters. ueber d. Topogr. d. Landschaftam Tigris, dans Memnon, I, 1907, p. 129). Harsi est sans doute identique à Hursitu sur T'Adêm; cf. § 433. — Sasru, Dungi an 40. - Urbillu,
■îii
2iO
LE ROYALMK DE SUMER ET I) AKKAD
if ,1
Duii^M an 43; Pur-Sin an 2; cf. i^ 464 note. — Huhiinur4, Fur-Sin an 7. — Simanu : Gimil-Sin, an 7, cf. Thureau-Dan^nn, p. ^i.Ti m où le patési épouse une lille du roi. — La pierre avec une inscription sémitique de Dun^'i sur le temple de Ner^^al à Kutha a été trouvée à Ninive, mais fut probablement emmenée parles Assyriens(?), Schrader, Z/A)/6\ XXIX, p. :i7. Amiaud, ZA, lîl, p. 9i. Thureau-Dangin, SAh'ly p. 190 g. — Le temple de Dungi est mentionné dans un document sur des livraisons dans Radau, /^arhj liah. Hlst., p. 363 ; rintronisalion de son prêtre dans une date, U/id., p. 4^20 = Thureau- Dangin, SA Kl, p. 535 h; son patési dans la liste de mois § 413 note. Sur la divinisation des rois, Thureau-Dangin, Itecueil des Trav., XIX, p. 185 et suiv. ; depuis, les matériaux se sont considérablement accrus.
415. Trois autres rois succédèrent régulièrement à Dungi : Pur-Sin (9 ans, 2393-2383), Gimil-Sin (7 ans, 2384-2378) et Ibi- Sia (25 ans, 2377-2353). lis portent fous trois des noms sémitiques, composés avec le nom «lu dieu Sin. preuve manifeste de la vitalité de l'influence sémitique. Ils portent toujours, comme Dungi à la lin de son règne, le litre de » héros puissant, roi d'Ur. roi des 4 régions du monde » et ils écrivent leur nom avec le si^ne divin. Pur-Sin se gloririe, comme les anciens rois du pays, de ce que « son nom a été prononcé par Kllil », ccst-à-dire que ce dieu l'a élevé par son oracle à la dignité de roi et il adresse ses prières à Ninib, le fils guerrier d'KIlil, dont le culte à Nippur tend de plus en plus à prendre la première place (§ 396) : que le dieu lui accorde un règne aussi long qu'à Dungi. Mais en môme temps il se nomme, à Ur, le fils chéri de Sin elle dieu-soleil de son pays; de môme Gimil-Sin s'appelle chéri d'Anunit. Le patési d'ir et celui de Lagas construisent à Gimil-Sin un lemple et ses statues sont l'objet d'un culte dans les temples de Ningirsu et de Bau à Lagas. Pur-Sin a construit des temples à Ur, Eridu, Nippur, Kisura (Abu llatab), cl Gimil- Sin à Ur et Suse. Les dates de ses années mentionnent en outre la construction du « mur des Amorrites », donc d'un bastion qui devait barrer aux tribus bédouines de l'Ouest l'accès en
LES ÉLAM.TES ET LES DYNASTIES d'.SIN ET DE LARSA - § 416 241
Smear ; une inscription sur pierre met en corrélation avec ce ait la résistance des Amorrites. Cela nous conduit à un ébranement de la puissance du royaume; il peut cependant avoir lait aussi des guerres heureuses. Mais il ne nous est guère possible d avoir une idée claire de l'histoire de ces souverains bien que les documents de celte époque soient très nombreux' qui relatent des livraisons à la cour et aux temples, notam^ ment une grande ferme avec abattoir ^cf. maintenant Drehem § 412 note) appartenant au temple de Nippur. On a aussi d'autres textes sur toutes sortes de transactions. La chute de cette dynastie fut provoquée par l'élévation de l'Élam.
La liste royale de Nippur (^ 412 note] donne pour filmil-Sin 7 ans tandis que 9 noms d'années nous sont conservés par les documents (Thureau-Dangm, SAKI, p. 234). Il faut peut-être combinerquelquesunes den re elles: mais il est aussi possible naturelleme.U que la iste royale contienne une erreur. Nous devrions alors élever toutes les dates précédentes de 2 ans (cf. Myhrmann, Ba(>yl. Exped., IlI, 1, p. ^0 et su.v.). - Prières de Pur-Sin et de Gimil-Sin à Ninib : Radau, ''^''yl-Exped p. XXIX, 1, p. 44 et suiv. - Inscription de Gimil-Sin : Cun. 7ex,., XXXII, 6. Dans des variantes de la date, le mur des Amorrites est désigné comme „ mur du dieu Amurru » et mis en relation avec Tidnum, c'est-à-dire le mont amorrile Tidanum fS 402 a note) : Janneau, Dynadie Chaldéenne, p; 50. ZA, XXV, p. 207.
Le, Élamiles et les dynasties dhin et de Larsa. Désorganisation du royaume.
416. Sous les rois d'Akkad comme de nouveau sous Dungi et ses successeurs, l'Elam était une province du royaume de Sinear. Mais entre temps, à l'époque de la décadence de ce royaume, .1 dut avoir reconquis son indépendance. Un dynaste doit appartenir à cette époque, qui écrit son nom Basa(?)-Susinak et porte ordinairement le titre de « Patési de Suse et
.lî
SI
LE ROYAUME DE SUMER ET 1) AKKAD
gouverneur d'Élam ». Son nom est dérivé de Susinak, nom du dieu local de Suse; mais son père porte un nom sémitique, Simbi(?)-Ishuq; donc il a pu être un fonctionnaire installé par les rois d'Akkad, et devenu dans la suite indépendant. Nous possédons de Basa-Susinak quelques rudes sculptures, qui se rattachent tout à t'ait aux prototypes babyloniens, et un assez grand nombre d'inscriptions, qui mentionnent des constructions de temples ou des ex-voto, Térection de statues ou la construction d'un canal. Elles sont écrites en partie dans la langue indigène de TÉlam (§ 392), qui est aussi employée dans de nombreuses tablettes de comptabilité, à peu près de la même époque; mais on emploie aussi la langue et l'écriture du royaume sémitique dAkkad. Ses successeurs continuèrent cet usage, tandis qu'ils n'employèrent jamais ni l'écriture indigène, qui doit avoir bientôt disparu, ni la langue indigène en cunéiformes comme Naràm-Sin l'écrivit (§ 402 a). Tous les comptes privés des siècles suivants sont écrits en sémitique, preuve de la force avec laquelle l'élément sémitique a pénétré la population de TÉlam. La réaction n'apparaît qu'au milieu du deuxième millénaire, et le résultat est de rendre à la langue indigène la première place.
Sur deux stèles Basa-Susinak ne se nomme pas patési, mais <( roi puissant de Zavvan » ; elles sont datées de l'année u où Susinak le regarda et lui donna les 4 régions du monde ». Donc il semble qu'il gagna le territoire frontière de Zawan dans ses luttes contre les rois d'Akkad ou d'Uruk, prit dès lors le titre de roi et émit même des prétentions à la domination universelle.
Ce succès n'eut pas de durée; ses successeurs, qui ne nous sont connus qu'en partie, se nomment de nouveau simplement patésis de Suse. Ils appartiennent à une famille qui remonte à Hutrantepti. Du plus ancien d'entre eux, Idadu I, nous possédons un bassin de calcaire voué au dieu local ; l'inscription nous apprend qu'il entoura Suse d'un nouveau mur et Tembellit de constructions. Son (ils Danruhuratir épousa la fille d'un patési de ïuplias (Asnunnak) dans le territoire frontière entre
LES ÉLAMITES ET LES DYNASTIES d'iSIN ET DE LARSA — § 416 243
Sinéar et l'Elam (cf. § 413 note) ; ce dernier a probablement cherché un appui à Suse, car son suzerain légitime ne pouvait plus le protéger. Idadu II, (ils de Danruhuratir, a reconstruit les murs de la ville. Puis cette dynastie s'éteint. Il est probable que cette éclipse coïncide avec l'établissement du royaume de Sumer et d'Akkad et les entreprises énergiques de Dungi : il aura mis de côté l'ancienne famille royale, institué des patésis d'après son propre choix et divisé aussi le territoire élamite en plusieurs principautés. Les tablettes de Tollo nous font connaître quelques patésis de Suse, d'Ansan et d'Adamdum (c.-àd. peut-être le nom indigène Hatamti, § 363), qui appartiennent à cette époque. Nous avons déjà mentionné les constructions de Dungi et de ses successeurs dans les temples susiens ; elles ont livré des documents privés sémitiques, provenant de Suse, qui sont datés d'après les années de Pur-Sin. C'est peut-être alors que la nouvelle dynastie s'établit, dont les fondateurs sont Ebarti et son fils Silhaha. Ils ont été d'abord vassaux des rois d'Ur; nous rencontrerons plus loin leur descendants.
Les inscriptions de Basa-Susinak (lu Karibu-sa-susinak parScheil) ont été publiées par Scheil dans les u Mémoires de la Délégation en Perse » ; les inscriptions sémitiques aussi dans Thureau-Dangin, Kœnhjsinschr., p. 176 et suiv., auxquelles il faut ajouter les deux stèles, Ikl. m Perse, X {Textes élam. sém., IV), p. 9 et suiv. Sur les inscriptions en langue indigène et le déchiffrement de Franck, voir i^ 392. Les sculptures, Ai%. en Perse, II, 63; VI, pi. 21; /{ev, d'Assyr., VII, pi. 2, prouvent, comme la mention des kiôrâtim arhaim sur la stèle Dêlég., X, p. 9, que ce prince est plus jeune que Narâm-Sin;il n'est jamais mentionné dans les textes postérieurs. Le patési dont nous possédons un petit fragment d'inscription sur vase, lui est peut-être antérieur, Délég,, VI, 1. — L'ordre fixé pour les souverains suivants repose sur les inscriptions de Silhak-Susinak (vers 1150); elles mentionnent les souverains archaïques les plus importants : Délég. en Perse, V [Textes élam. anzan., II), p. 20 et suiv. et XI [Ib'id., IV), p. 64 et suiv. (le texte p. 63, u^ 95, répété VI, p. 29 et dans le tableau X, p. 15, est raccourci à la fin et transpose les noms) ; puis son renouvellement des constructions de sou-
LE ROYAUME DE SUMER ET d'aKKAD
LES ÉLAMITES ET LES DYNASTIES d'iSIN ET DE LARSA — ^ 416 a 245
verains plus anciens, nommés dans les inscriptions monumentales, Délég., lll [Elam. anz., I), p. 53 et suiv. La combinaison de Scheil, XI, p. 60 et suiv., repose sur ces matériaux; les tableaux antérieurs (V, p. VII et suiv. entre autres) sont donc dépassés. Les listes ne sont pas complètes; l'expression rulisak s'\^nU\o ce semble uniquement c< descendant », tandis que là où le texte ne donne que sak (ou §ak han'ik « tils chéri »), nous devons considérer celui que cette épithète concerne réellement comme le fils du précédent. Sont nommés comme appartenant à la maison de Hutrantepti : son descendant Idaddu, peut-être identique à Idadu-Susinak, palési de Suse, gouverneur du Pays dElam, fils de Bêbi (Thureau-Dangin, SAKI, p. 180); son fils Dan (ou Kal)-Rul)uratir (inscription dans Thureau-Dangin, ibid.)y et son (ils Kindaddu, peut-être identique à Idadu, Thureau- Dangin, ibid., p. 182 et Dclég., X, p. 13, ou son frère. Sur la dynastie d'Ebarti et Silhaha, cf. § 432 et suiv. il faut placer entre les deux dynasties les patésis de Tépoque de Dungi : Thureau-Dangin, Fev d'Assyr.^V, p. 76 {= Thureau-Dangin, Kœmgshuchr.y p. 177 note n° 3), cf. § 414 note. Documents datés d'après Pur-Sin, an 4 et 5 : Dèlég. en Perse, X [Elam. sémiLA^), 73 et suiv., no 126, 125; là aussi n«> 124 un autre texte de « Tannée où le temple de Nanaia à Larsa fut construit », sans doute de Tépoque des dynasties de Larsa.
416 a. Nous sommes encore bien loin de pouvoir coordonner les renseignements particuliers en un tableau historique présentant quelque continuité. Mais le renseignement conservé par hasard qu'Ibi-Sin, le dernier roi d'Ur, devint prisonnier des Elamites (en 2353), nous montre que TKlam s était de nouveau fortifié et pouvait intervenir d'une façon décisive dans Thistoire de Sinéar. Tout autre fait échappe à notre connaissance sinon que de violents mouvements à l'intérieur du royaume — et cela concorde avec le renseignement précédent — non seulement écartèrent la dynastie, mais amenèrent une nouvelle ville royale, Isin, à prendre la place d'Ur. ïsin doit aussi avoir été située au sud de Sinéar; le tell qui couvre ses ruines n'a pas encore été identifié.
Nous n'avons que des renseignements épars sur le nouveau royaume d'Isin ; bien que le fondateur Isbi-Ura et ses deux
successeurs aient régné ensemble 65 ans, nous ne possédons que quelques mentions de ces souverains. Les monuments des rois suivants sont aussi peu nombreux, ce qui constraste avec les monuments relativement abondants de la dynastie d'Ur. Cela atteste une complète décadence que confirment les titres royaux. Les rois d'Isin conservent, il est vrai, le signe divin devant leurs noms ; mais aucun d'eux ne se nomme plus u roi des 4 régions » et ils se contentent de nouveau, comme Urengur, du titre (c roi de Sumer et d'Akkad ». A ce titre s'ajoutent toujours d'autres désignations, qui marquent leurs relations étroites avec les villes et les sanctuaires les plus importants de Sumer : protecteur, bienfaiteur, seigneur d'Ur, Eridu, Uruk, et à la première place « le berger pieux de Nippur ». Ils étaient donc reconnus parEllil; mais ils n'ont pu prétendre, ce semble, à la domination sur les provinces extérieures. Nous ne savons pas s'ils ont regagné la suprématie sur l'Elam ; mais d'après une donnée d'Assur-bàni-apal une nouvelle invasion dévastatrice de Kutirnalîundi suivit en 2280, au cours de laquelle Uruk, entre autres villes, fut de nouveau saccagée (§ 432). Les Amorrites aussi et les tribus de Mésopotamie secouèrent la domination des rois sumériens et entreprirent de nouvelles expéditions en Sinéar. Donc Sinéar, on peut le supposer, fut éprouvé à diverses reprises de deux côtés à la fois ; il faut peut-être placer à cette époque le pillage du temple de Nippur et la destruction des ex-voto des anciens rois, dont les gobelets de pierre et les coupes sont brisées. La dynastie d'Isin a peut-être elle-même une origine amorrite : car tandis que les rois écrivent toujours en sumérien et continuent les traditions de la dynastie d'Ur, quelques-uns d'entre eux ne portent que des noms sémitiques, comme déjà les successeurs de Dungi, et les noms du troisième et du quatrième souverain, formés avec le nom du dieu Dagan (§ 396), Idin-Dagan et Isme-Dagan, paraissent être spécifiquement amorrites. Donc ces rois étaient peut-être d'heureux chefs de mercenaires amorrites, élevés au rang de seigneurs du royaume devant les dangers de l'invasion élamite, comme on
LE ROYAUME DE SLMER ET D AKKAD
LES ÉLAMITES ET LES DYNASTIES d'iSIN ET DE LARSA — g 417 247
l'a VU plus tard des Germains dans l'empire romain et des dynasties turques dans l'Islam. Ces princes n'ont pas changé le caractère sumérien du royaume, parce qu'il n'ont pas été les défenseurs d'une nationalité vigoureuse, ni d'une civilisation mue par ses propres forces comme les Akkadiens de Sarrukîn.
Captivité d'Ibi-Sin : Meissner, OLZ, X, 114, 1 d'après Boissier, Divin. y Tl, 04. — Les documents très maigres (Thureau-Dangin, SAKl, p. 204 et saiv.) ne conlirmcnt pas rétablisseinent d'une dynastie; la liste royale de IHlprcchl (;< 412, notei a seule apporté quelque éclaircissement. — Le premier roi Isbi-Ura (formé avec Ura, épithète de Nergal à Kutha) se trouve IV R 35, 7, ligne 8, et dans un texte de présages, Boissier, Choix de textes relat. à la divination,}). 30, l. 16; le troisième Idin-Dagan dans un texte de Sippar, Scheil, Recueil de Trav., XVI, p. 187 et suiv. Radau, KBIl, p. 232; le quatrième lÂme-Dagan sur des briques d'Ur, I R 2, 5, 1 et 2; le cinquième Libit-lstar, I R 3, 18 (souvent appelé à tort Libit-Anunit) sur un clou d'argile d'origine inconnue. Il est très douteux que la tablette CI\ IV, 22 fasse allusion à sa défaite par les Amerrîtes (ainsi Ranke, OAZ, X, 112; Meissner, ihid., 114; - cf. Lindl, id., 387 et suiv.). — Seuls des documents de Nippur de l'époque des rois postérieurs de la dynastie nous sont connus jusqu'à maintenant : Hilpreciit, Bah. h'xped., XX, 1, p. 4Î) et suiv. ; ZA, XXI, 26 et suiv., et isolément parfois. — Sur le pillage de Nippur, cf. Hilprechl, Baô. Kxp., XX, 1, 54.
417. L'énumération des villes principales du Sud dans la titulature royale laisse supposer que la dynaslie ne gouvernait plus tout Sinéar. Nous notons en effet des indices évidents de la désorganisation du royaume. Isme-Dagan (2289-2270) eut pour successeur à Isin son (ils Libit-lstar (2269-2259). Mais Enannatum, un autre fils d'Isme-Dagan, roi de Sumer et d'Akkad, qui se nomme prêtre de Sin à llr, a construit à Sin un temple (( pour la vie de riungunii, le héros fort, roi d'Ur ». Il se trouve donc sous la suzeraineté de ce roi, et de même la ville d'Ur, bien que non seulement Isme-Dagan, mais aussi Libit-lstar, son successeur, se vanlent des soins
qu'ils prodiguent à cette ville. Gungunu a aussi pris le titre d'un roi de Sumer et d'Akkad ; mais le siège propre de sa puissance était beaucoup plus en amont, à Larsa, située sur un bras du fleuve. Il construisit les murs de sa ville, qui portent le nom significatif « le dieu soleil (le dieu local de Larsa) est le vainqueur des ennemis », allusion évidente aux combats grâce auxquels il acquit le pouvoir. Plusieurs rois s'enchaînent à lui, qui se nomment rois (ou bienfaiteurs, etc.) d'Ur et surtout aussi rois de Larsa.
Le royaume de Larsa s'est formé vers 2270, peut-être en corrélation avec la nouvelle invasion élamile (§ 432); par ce fait Sinéar est partagé en deux Etats sumériens. Car Isin aussi a affirmé son indépendance; Libit-lstar est suivi en 2258 par une nouvelle dynastie que fonde Amel-Ninib (ou Ur-Ninib). Il a reconstruit de nouveau le temple de Nippuret son fils Pur- Sin II (2230-2210) a continué son œuvre. Dans leurs litres tous deux nomment, en outre, comme les villes auxquelles ils portent intérêt, Ur, Eridu, Uruk et Isin. Leur royaume comprend donc encore la plus grande partie de Sinéar, tandis que le royaume de Larsa est essentiellement limité à cette ville et aux territoires voisins, parmi lesquels peut-être Lagas. A l'ouest de Larsa, Uruk appartenait au royaume d'Isin, tandis qu'Ur, et Eridu sans doute, paraissent avoir été l'objet des rivalités entre les deux Etats. On pourrait supposer auFsi qu'on se soit partagé pacifiquement la domination sur ce royaume. Gomme ancienne résidence royale du royaume de Sumer et d'Akkad, Ur et son dieu-lune jouissent encore d'un grand respect; dès lors, le dieu soleil que l'on honore à Larsa devient un fils de Sin, qui est lui-même de nouveau un fils d'Ellil de Nippur, le seigneur des pays, qui confère la couronne.
Gungunu et les autres rois de Larsa, Thureau-Dangin, SAKÏ, p. 206 et suiv. On ne peut rétablir la liste complète de la dynastie; même dans les détails il y a encore beaucoup de choses douteuses. De lépoque de Nfir-Adad et do Sinidinam nous possédons de nou-
LE ROYAUME DE SUMER ET d'aKKAD
veau un docnmenl daté (plus loin un de Gungunu-, de Tell Sîfr près Senkere (Larsa), auquel se joignent directement ceux de Tépoque de Rîm-Sin, Hammurabi et Samsuiluna : ils ont été publiés par Strassmaier sous le titre erroné Urkunden ron Wnrhi (Abh. BnrL Orient. Congres, I) ; cf. Meissner, Beitr. z. olthah. Privatrrcht, 1 et suiv. ; LindI, Beitr. z. Assyr.,\\, p. 382 et suiv. ; les dates dans Thureau-Dangin, SAKl, p. 236. — Il faut peut-être rattacher à la dynastie de Larsa Sumuilu, « roi d'Ur », pour la vie duquel un prêtre a voué à Lagas l'image d'un chien en stcatite noire : Heuzey, Monum. Piol, Xll, 1905 = Nouv. Fouilles, p. 157 et suiv. et pi. 5 ; Thureau-Dangin, N.4A7, p. 208. — Amel-Ninib (comme tous ces rois portent des noms sémitiques, celui-ci ne peut guère s'être ^appelé en sumérien Ur-Ninib) et Pur-Sin II : Thureau-Dangin, 5AA7, p. 209. Le nom de son successeur Iter-Kasa doit se lire Iter-Pisa d'après Hilprecht, Déluge SVo?//, p. 38.
418. Pondant ce temps, en 2225, quelques dizaines d'anno'es après la formation du royaume de Larsa, une dynastie amorrite s'était établie au Nord, à JJabylone, qui aussitôt commença à étendre ses conquêtes. Nous verrons plus loin son histoire et ses combats avec les états sumériens (§ 436 et suiv.). Les rois d'Isin ont encore prétendu à la domination sur Nippur, l'ancien sanctuaire central; par contre ils ont perdu maintenant Uruk, la ville sainte du Sud, qui devient une fois encore le siège d'un royaume indépendant. Nous connaissons deux rois Singasid et Singamil qui se nomment « rois d'Uruk » et ont construit des temples et un palais dans cette ville ; le premier porte, en outre, le titre de « roi d'Amnanu » qui doit sans doute avoir été un district voisin; ces souverains ne peuvent guère être placés à une autre époque. Une seconde tablette de pierre loue un fonctionnaire d'Uruk d'avoir reconstruit les murs de la ville « l'ancienne construction de Gilgames ». Donc les héritiers du roi légitime à Isin étaient en très mauvaise posture. D'autres troubles dynastiques surviennent. Pur- Sin II eut ses deux fils pour successeurs ; le plus jeune porte, semble-t-il, le nom Uraimilti. L'épitome de la chronique
les; ÉLAMITES et les dynasties D'iSIN ET DE LARSA — § 418 249
babylonienne rapporte la légende que son jardinier Ellilbâni lui aurait succédé. Ellilbâni succéda, en effet, à Uraimitti après le court interrègne d'un usurpateur et régna pendant 24 ans (2197-2174); il reconstruisit encore une fois les murs fortifiés d'Isin. Puis viennent trois autres usurpateurs avec de courts règnes, et une situation plus stable ne paraît revenir qu'avec Sinmagir (2161-2151).
L'histoire du royaume de Larsa n'a guère été plus heureuse. Le dernier roi de ce royaume, qui fut probablement Sinidinam, fils de Nûr-Adad, porte de nouveau le titre de « bienfaileur d'Ur, roi de Larsa, roi de Sumer et d'Akkad ». Il se vante d'avoir consolidé le trône de Larsa, battu tous les ennemis, et rétabli les anciennes ordonnances des Annunaki qui habitent dans les profondeurs de la terre (cf. § 421). Il a régularisé à nouveau le lit du Tigre, construit des temples à Larsa. Comme son père, à Ur, il a construit une grande forteresse « pour donner aux habitations de son pays le repos et la sécurité ». Ces titres de gloire montrent précisément combien sa puissance était fragile et peu étendue. A cette époque se font sentir justement de nouveaux grands mouvements, à la suite desquels Larsa devint le siège d'une dynastie élamite (§ 440 et suiv.). Le royaume d'Isin a encore prévenu ce danger; mais ses derniers rois, Sinmagir (2161-2151), nommé plus haut, et son fils Damiqiliéu (2150-2128), qui a reconstruit encore les murs d'Isin, doivent avoir été d'autant plus faibles qu'à la même époque le royaume de Babylone étendit de plus en plus ses conquêtes (§ 439). A Uruk aussi la dynastie indigène semble avoir prolongé encore son existence. Mais peu après, d'abord Uruk, puis en 2127 Isin, succombèrent à l'attaque du roi élamite Rîm-Sin de Larsa; trente ans plus tard, en 2093, Hammurabi de Babylone mit fin au royaume de Larsa et réunit de nouveau sous son j)ouvoir les pays de Sumer et d'Akkad.
Uraimitti et Ellilbâni (King lit faussement Belibni) : King, Chronicles, II, 12 et suiv., 15 etsuir.; cf. Hilprecht, ZA, XXI, p. 20 et
LE ROYAUME PE SUMKR ET d'aKKAD
suiv qui a prouvé qui\s étaient rois disin. Poebol explique élégamment le texte obscur, ZA, XXI, p. 164. Pour la forme grecque de la légende, cf. § 31S note. — Inscription d'Ellilbâni, Scheil, Recued 'de Trav., XXXIH, p. 212 et suiv, ; ses dates, Scheil, ibid., XIX, p. 39; celles de son successeur Zambia, Hilprechl, loc. cit., p 29 {OLZ,\, 383); de Sinikisa (probablement avec EUilbàni, règne de 'g mois)', Poebel, OLZ, X, '.fil.- Champignon d'argile de Sinmagir d'Isin, trouvé à Babylono, où il fut probablement apporté : Weissbach, liabiil. Miscellen, p. 1 ; Thureau-Dangin, .S.4A/, p. 204. Tablette avec date de DamiqiliSu : Scheil. Reciml de Trav., XXlll, p 93 tatlribué faussement par lui à la 2= dynastie de Babylone), soi-disant de Sippar ; mais Thureau-Dangin remarque justement, Itev. d-Assyr., Vlll, p. 83, 8, que cela est impossible et rend probable que' ce texte provient de Nippur. Document de Nippur, Hilprecht, Bah,,l. Exped., XXI, p. 49 et suiv. ; mais Hilpreclit rapporte la date à des constructions de Babylone, ce qui est très douteux. Hilprecht, Déluge Story, p. 10, remarque que Nippur dut appartenir au royaume dTsin jus.iuà Rim-Sin. - Itois d'Uruk : Thureau- Dangin, S.4A7, p. 220 et suiv. ; p. 238, tout en émcllanl des doutes, il placé ici aussi les dates d'Anam et .\radsagsag (?) de Scheil, OLZ, Vlll, 331 (de même aus.si Sineribam, Scheil, OLZ, Vlil, 330?). Il est étrange quAmnanu apparaisse de nouveau dans la titulature de Samassumukin : h/1, III, p. 198; Lehmann, Samassumukin, p 40. "5. — Nrtr-Adad, pour Thureau-Dangin Nûr-Immcr, et Smidinam de Larsa, Thureau-Dangin, SA h/, p. 208 et suiv. - Liste des rois, voir le tableau ci-joint.
La civilisation. La nationalité. L'art.
419. Le royaume de Sumer et d'Akkad eut un siècle declat sous des souverains puissants et plus de deux siècles de décomposition et d-alTail)lissement, remplis par les invasions du dehors qui lont saccagé. Le développement de Sinéar so caractérise ainsi : il n'a jamais réussi, à limage du royaume des pharaons, à instituer pour un long temps un gouvernement