LA CIVILISATION. LA NATIONALITÉ. L ART
autant que permettent d'en juger les découvertes actuelles, que les puissantes tours des temples avec leurs cours, et il est douteux que de nouvelles fouilles à Ur ou à Uruk par exemple fournissent davantage. La différence avec le royaume d'Akkad ressort ici de façon caractéristique sur une question de détail : tandis que les énormes briques de Sarrukîn et de Naràm-Sin font une imposante impression, celles de Dungi et de ses successeurs sont beaucoup plus petites et nullement remarquables ; il en est de même des signes de l'écriture. Cet aspect terne a une cause technique : on avait reconnu que les fortes dimensions de l'ancien temps étaient inutiles et incommodes. Mais cela aussi peut servir de symbole du manque de vigueur du nouveau royaume; car on ne constate pas ici les progrès que montrent, par exemple, en Kgyple les créations d^ la V« dynastie sur celles de la IV^ Le nouveau royaume n'a pas créé de nouvelles idées, il vit uniquement de celles dont il a hérité. Il est à regretter que nous ne possédions pas un seul grand monument figuré postérieur aux productions de Gudéa et se rapportant à cette époque. Toutefois, la plastique peut difficilement avoir dépassé celle de Gudéa, qui par la sobriété du travail et l'habileté do la technique atteste un progrès réel sur l'art de Naràm-Sin ; par contre dans la ronde bosse, en opposition au relief, l'ancienne lourdeur sumérienne domine encore (§ 409). A l'exception de quelques petites trouvailles de Tello, les cylindres sont les seuls objets d'art qui subsistent du royaume de Sumer et d'Akkad. Parmi les monuments de Tello il faut citer le joli petit chien de Sumuilu, travaillé avec une parfaite observation de la nature (§ 417 note); il n'est horriblement défiguré que par des signes d'écriture qui lui couvrent le dos suivant la mode sumérienne. Les cylindres servent à compléter les reliefs de Gudéa; et l'on devra admettre qu'ils remontent souvent à des prototypes encastrés dans les parois des temples. Ils représentent très fréquemment l'introduction du possesseur du sceau devant un dieu principal, avant tout Sin d'Ur, par un dieu patron. On y trouve en outre des scènes
LE ROYAUME DE SUMER ET D^KKAD
mythologiques, tirées notamment de la légende de G.lgames, comme chez Sanukîn. On .emaniue aussi une aptitude a de plus grandes compositions, qui a créé d'importantes œuvres d-art, surtout par exemple les représentations très fréquentes de l'ascension d'Etana (§ 375). L'ascension d hlana sur le dos d'un aigle est placée dans une scène gracieusement exécutée de la vie journalière, qui lui sert de cadre : les bergers qu. poussent leurs troupeaux hors de leurs enclos et les boulangers qu. cuisent des galettes rondes, de môme deux grands ch.ens de berirers, regardent en Tair, admirant le miracle. La tendance aux dispositions symétriques qui est caractéristique de 1 art de Sinéar, est très nette. Dans la technique des cyhndres le for relief profondément taillé qui distingue les créal.ons de 1 art akkadien a fait place à un traitement plus plat. Mais là auss. se remarque un travail fin et sobre, que nous devrions présupposer aussi pour les reliefs.
La seule statue connue qui appartienne à celle époque est le lorse d'un souverain en manteau sumérien, avec un collier les ma.ns ioinles, sans têle, que Sulruknal.unli a emmenée de lupl.as a Suse . UéUg. en l'erse, VI [Te.te. rlam. sé,a., Ul), pi. 3. - ^ur les cyl.ndres voir ^ '.03 note; Meyer, S,m u. Sem., p. fi3 et suiv. La plupart des ^exemplaires datés apparliennenl à l'époque d'Ur . un de Pur- Sin II d'isin. - Myll.e d'Klana. llcu/.ey, On'ouv., pi. 30 l)is, IJ ei p à99- Hermann,V)/./,lX, m el suiv. Le meilleur est conserve au musée de Berlin, Amll. Berichte au. d. Kgl. h-unstsammlungeu, 1908, p. '233 cl suiv.
Rapporh' sociaux. Droit et administration.
ents artistiques et les documents histo-
travaux préparatoires on n'a pas encore poussé l'analyse de ces matériaux au point d'en tirer un tableau complet des faits sociaux et des ordonnances juridiques qui les dominent. On n'a pas séparé non plus, là où c'est possible, le bien sumérien primitif du sémitique. Du moins à l'époque tardive du royaume de Sumer el d'Akkad de telles distinctions, au cas où elles auraient existé originairement, paraissent avoir disparu depuis longtemps. A Larsa et à Ur régnent les mômes lois que nous trouvons alors dans le royaume de Babylone. Toutes lesaiïaires sonl conclues devant témoins, puis on dresse un acte : le document écrit sur l'argile est entouré d'une enveloppe d'argile et scellé par les témoins ; on répète le texte sur Tenveloppe, afin de pouvoir le lire commodément en tout temps sans endommager l'original. Dans chacun de ces actes on invoque par serment les dieux principaux de la ville et le roi. Depuis longtemps la procédure, ainsi que le droit matériel, est condensée en phrases fixes, en codes. Si nous remontons jusqu'aux temps des anciens princes sumériens, il ne peut être douteux que de nombreuses annotations de sentences juridiques ont précédé l'établissement du code de IJammurabi. iTukagina de Lagas déclare déjà qu'il a rétabli les anciennes ordonnances et la parole du roi divin de la ville, Ningirsu, c'est-à-dire les décrets (|u'il a révélés. Si Sinidinam de Larsa (§ ii8). qui procura le bien-être et la sécurité à ses sujets en construisant des canaux et des forteresses, se glorifie d'avoir rétabli les décrets des Anunnaki, les puissances gouvernant la terre (§ 371), il fait allusion à une activité semblable de législateur. A la môme époque Singasid d'Uruk (§ 418) mentionne dans une inscription qu'il introduisit un prix maximum pour le blé et l'huile, la laine et le cuivre, de môme que Hammurabi fixa les prix pour la main-d'œuvre et le louage entre autres choses. A Hana aussi sur TKuphrate un document (§ 433 note) porte la date : « année où le roi Kastilias fixa le droit ». De telles ordonnances, des modifications de l'ancien droit, des essais de régulariser de façon durable la vie commerciale et d'éviter les fortes
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oscillations des prix, inévitables en particulier aux temps de troubles politiques, ont élé sans aucun doute fréquents jusqu'au jour où la codification de Hammurabi eut constitué une mise au point définitive.
Parmi les ouvrages antérieurs à la publication du Code de ÏJaramurabi, celui de Meissner est fondamental : Beilraege zum aitbabyl. Privatrecht, 1893, sur la base des documents de Tell Sifr, § il7 note, Sippar, etc. Les lois de famille sumériennes, comme on les appelle, bilingues et conservées dans la bibliothèque d'Assurbâniapal, sont certainement plus anciennes que Hammurabi ; Winckler, Geseize Hammur., p. 84; Kohler-Feiser, Hammur. Gesetz, p. 133. La question de savoir si elles sont d'origine sémitique ou sumérienne dépend avant tout du sens donné à galdbu. Ce terme désigne l'action par laquelle le tils dégénéré reçoit le signe extérieur de Tesclavage, punition mentionnée aussi bien dans le Code de Hammurabi que dans de nombreux documents. Galàhu signi(ie-t-il « faire une marque » comme on le traduit le plus souvent, ou « couper les cheveux » comme on l'expliquait auparavant ; Schorr, WZKM, XVIH, p. 233 (cf. Buchler, Ibld., \IX, p. 91 et suiv.; Schorr, dans Hilprecht Atiniversan/ Vol. y p. 31) paraît avoir prouvé l'exactitude de la seconde interprétation ; dès lors les lois sont d'origine sémitique, car chez les Sumériens les hommes se rasaient la chevelure. — Règlements de Singasid : Thureau-Dangin, .S.4A7, p. 222 : 3 gur de blé, 12 mines de laine, 10 mines de cuivre, 30 qa d'huile doivent être vendus chacun pour 1 sicle d'argent. D'où il suit que le cuivre était alors dans un rapport de 6(X) à 1 avec l'argent. Sous Samsi-Adad 111 (§464 note) par contre, après ses conquêtes, les prix du marché à Assur avaient tellement baissé qu'il les énumère dans son inscription : pour 1 sicle d'argent, 2 gur de blé, 15 mines de laine, 20 qa d'huile.
422. Le fondement de toutes les relations sociales est constitué par les ordonnances lixes de LEtat, établies par la royauté et ses fonctionnaires. On ne trouve, soit chez les Sémites, soit chez les Sumériens, aucune trace d'alliances du sang, de vengeance du sang et d'autres dispositions semblables
(§ 306). La famille forme bien une unité solide; les enfants et la femme sont sous la puissance du maître de la maison, et peuvent être tués pour de graves délits, violation de piété, adultère, etc. (les femmes sont jetées au fleuve), ou vendus en esclavage, mais toujours seulement sur la base d'une procédure réglée. L'Elat et son statut social sont partout l'autorité sur laquelle on se règle, et non pas le lien du sang et la puissance autocrali(|ue du père de famille. Le mariage est contracté dans la forme d'un mariage par achat, par un acte officiel qui fixe la dot, mais la femme conserve la disposition de ses biens propres. L'homme peut la répudier en tout temps, contre restitution de la dot et d'une indemnité [\xée par la loi, tandis que l'épouse n'a qu'un droit de séparation, si l'homme manque à ses devoirs envers elle. A côté de son épouse légitime, l'homme aisé, comme chez les Israélites et les autres tribus sémiliques, a toujours d'autres femmes dont les enfants ont droit à l'héritage, puis des concubines parmi ses esclaves, dont les enfants ne sont pas libres, mais peuvent être légitimés et acquérir le droit à l'héritage. En outre l'adoption, également par un acte accompli devant témoins, est très répandue, surtout lorsqu'il s'agit d'enfants de basse extraction ou d'esclaves. Ainsi le père de famille ou la maîtresse de maison acquièrent en même temps d'utiles ouvriers, qui leur sont attachés par un lien de piété.
La plus haute unité sociale est partout la cilé, l'alliance de ceux qui habitent ensemble. Leurs dieux sont invoqués à côté du roi, les témoins sont les« anciens » —sibffti — deld localité. Chez Hammurabi, comme aujourd'hui encore dans des conditions analogues de civilisation, on trouve, pour les cas de brigandage par exemple ou de lib('ration de prisonniers, une responsabilité collective de la localité ou une lesponsabilité de son président ou môme des biens du temple. Tout le pays, comme la vallée du Nil, est couvert de localités, groupées autour des capitales des districts avec leurs sanctuaires. De môme que plus tard les Israélites se rassemblent « aux portes de la ville »,
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dans les villes de Sine'ar les anciens se réunissent au mur de la ville, là où la vie commerciale est lo plus active. Les décrets royaux et les documents juridiques de Sippar, sous la première dynastie, désignent ces lieux de réunion comme (( murs de Sippar», c'est-à-dire quelque chose comme « forum ». Les (( anciens » remplissent alors des fonctions juridiques et il est certain qu'ils ont eu d'abord une juridiction administrative. Au reste les juges de l'époque aichaïquc paraissent avoir été tirés du clergé du temple local, pour autant que le roi n'ait pas imposé directement son autorité. Aucune de ces villes n'a eu une grande superficie, comme le montrent les ruines découvertes. Les villes gigantesques comme Bal)ylone n'apparaissent qu'à une époque beaucoup plus tardive. La population se serrait d'autant plus étroitement dans les rues tortueuses, comme d'ailleurs aujourd'hui. C'est pourquoi les biens fonciers et les maisons que mentionnent les documents d'aiïaires n'ont le plus souvent qu'une très petite surface, parfois môme quelques mètres carrés comme en Chine; souvent même on en revend une partie, ou on la loue. Dans d'autres cas par contre, comme à Sippar, la ville entourée par la muraille ne paraît avoir été composée que du sanctuaire avec ses annexes et des édifices pour le gouvernement; la population vivait alors en grande partie sans doute dans les localités ouvertes, devant les portes du centre fortifié, à la fois politique et religieux, du district.
Documents juridiques : Genouillac, Textes jurid. de lépoque d'Ur, Rev. d'Ass., VUl. — L'auteur n'a pas hésité à employer ici le Code de Hamniurabi, car les documents (en particulier les nombreux actes de ses prédécesseurs à Babylone) montrent clairement que ses sentences juridiques n'ont pas innové, mais codifient définitivement le droit existant, avec de nombreuses modifications dans le détail. La démarcation entre ce qui est particulier ou innovation, et ce qui est d'origine ancienne, exige encore de pénétrantes recherches; cf. Meissner, Théorie u. Praxis im alibah . llecht., Assyr. Studien, m, p. ^25 et suiv. dans Miltheii d. Vorderas. GeseU, 1905; mais souvent il ne saisit pas franchement en juriste les cas particuliers et
tjiwmicisit,-mKia,i&'^
arrive à de fausses conclusions; voir par contre D. H. Miiller, Semiiica, I, p. 19 et suiv. [Rer. Wien. Ak., lOCHV) et Schorr, Das Gesetz^ buch Ifammur. u. die zeifgenossische Rrchi praxis [Rull. Acad. de Cracovie, juillet 1907) et Zur Frage d. sumer. u. semit. Elemente im althnh. Rechiy Rev, Sémit., XX, 191:2, p. 378 et suiv. Ici il ne s'agit pas des particularités de détail mais des dispositions fondamentales. — Les « anciens » comme autorité administrative de Sippar, contre lesquels on se plaint au roi (époque de Hammurabi), sont aussi cités dans le texte traduit par Schorr, IVZkMy XX, p. 119, et dans les sentences des textes de Genouillac. Sur « le mur [kâr] de Sippar » c'est à-dire le forum, cf. King, Letters of ffammuraùi, III, p. 122.2 (à côté des « juges » daiàne) et Cuq, Essai sur l' administration judic. de la Chaldée à V époque de la i'" dyn. bah., dans Rei\ dWssyr., VII, 1 et suiv., surtout p. 22 et suiv. qui apporte plusieurs éclaircissements. — Sur la grandeur des biens-fonds dans les documents, voir par ex. Un^nad, ZA, XXIII, p. 8i et suiv. Pour Sippar, voir la description des ruines, Scheil, Une saison de fouilles à Sippar, qui est illustrée par les textes, Thureau-Dangin, Rev. d'Ass., VIII, p. 94 et Hilprecht. Anniv. Vol., p. 162 et suiv.
423. Dans le corps social, la position de ceux qui possèdent, les « fils d'un homme », est distinguée de celle des « pauvres » qui doivent travailler eux-mômes. Les peines sont plus légères pour ces derniers : ainsi, si le (( fils d'un homme » frappe un homme de même rang, il doit payer une mine selon le Code de llammurrabi, le pauvre, par contre, qui frappe le pauvre, ne paie qu'un sixième de mine; en cas de blessures, c'est la loi du talion qui est en vigueur pour les premiers, œil pour œil, dent pour dent, pour les seconds la peine est rachetée par de l'argent, les esclaves paient la moitié de leur prix. Le degré de servitude dans laquelle se trouvaient les « pauvres » n'est pas clair; il est très surprenant qu'ils puissent posséder aussi des esclaves et non pas seulement du bétail, bœufs, ânes, brebis, cochons et un bateau qui, comme dans la vallée du Nil, forme le moyen de transport le plus ordinaire. L'esclavage est généralement très développé en Sinéar ; les esclaves se recrutaient
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en partie dans les tribus voisines, ainsi chez les Sul)ari et les Gûti « à la peau claire », eu partie par vente volontaire ou décrétée comme punition, en parlie aussi par discipline intérieure. Outre les services personnels qu'ils rendent, les esclaves sont indispensables aux exf)loitations agricoles comme maind'œuvre. Bien qu'ils n'aient avant tout que la valeur d'une chose, ils sont cependant aussi sous la protection du droit public, qui peut seul par exemple les condamner à moit. Et il est très fréquent qu'ils obtiennent la liberté par libre achat ou par libération, en particulier par adoption, mais aussi par donation de l'esclave à la divinité; cette dernièie forme est devenue la coutume dominante en Grèce ; on peut dans ce cas lui imposer encore des obligations spéciales envers celui qui l'a affranchi. A coté des esclaves on emploie des ouvriers libres (jui louent leur travail à un maître pour un temps déterminé contre un salaire et l'entretien ; les esclaves sont aussi loués pour quelques jours et pour des travaux lixes, comme la moisson, pour des mois ou toute une année.
Deux groupes de la population se séparent nettement : la couv Jekai « palais ») et le dieu, c'est-à-dire le temple. Tous deux ont de grands biens fonciers et de riches levcnus, qui occupent et entretieniTent de nomljreux fonctionnaires, serviteurs ou prêtres. Les deux groupes jouissent de privilèges particuliers et sont sous une protection juridique supérieure. A la cour s'adjoignent encore les fonctionnaires et les troupes du roi, que concernent de nouveau des arrêtés juridiques spéciaux (§ 449). Les temples jouent un grand rôle dans la vie économique, ce qui est conforme au caractère religieux des anciens Etats sumériens dont héritèrent les gouvernements sémitiques. Il semble qu'une grande partie des terrains et du sol leur appartenait; leurs riches revenus permettaient aux temples et aux prêtres particuliers et aux prêtresses de prendre une part active à la vie industrielle. Les aiïaires d'argent surtout, les prêts et les avances, paraissent avoir été concentrées en grande partie dans leurs mains : aussi les actes com-
merciaux étaient-ils surtout déposés dans les temples. Sous les rois de Sumer eLd'Akkad (§ 422) les arrêts dépendent ordinairement du sacerdoce. Les dons aux dieux sont très fréquents, avant tout des hiérodules (qui sont souvent les propres filles de celui qui donne le cadeau), qui servent à la prostitution sacrée (§ 375), mais occupent en même temps une position sociale privilégiée.
La position du muskrnu (Zimmern : idéogr. mas-en-kak), du « pauvre » (souvent expliqué par affranchi, serf, etc.) dans le Gode de Jlammurabi, n'est pas encore éclaircie. Il est évident qu'il est séparé juridiquement du mnr (iwelim « fils d'un homme », c'est-àdire riiomme tout à fait libre (« né libre » en opposition à esclave Ji 7), et a une situation bien inférieure à lui (cf. §S 140, 19ti et suiv., 203 et suiv., 207 et suiv. du Code). Mais d'après les !<î< 8, 15. 10, 17 et suiv., 211) du Code, il semble que le bétail, les bateaux et les esclaves ne pouvaient être possédés que par le palais ou les dieux d'une part, les « pauvres » de l'autre. L'énuméralion doit, en effet, être complète, car il n'est pas fait mention ailleurs du vol des biens ou des esclaves d'un homme libre. Cependant cette conception paraît impossible, ou bien tout ce que possèdent les fils des hommes, pour autant (qu'ils ne font pas partie de la cour, appartient-il aux dieux, c'est-à-dire tous les hommes libres font-ils partie du clergé? On pourrait trouver la confirmation de cette idée dans le § 6, où les meubles, en cas de vol, ne sont mentionnés que comme possession du dieu et du palais. Là comme ailleurs il est urgent d'avoir des recherches exhaustives fondées sur tous les matériaux; nous pourrons seulement alors tracer un tableau d'ensemble vivant de ces conditions sociales; cf. aussi § 449 note. Les décisions dans les documents relatifs à la libération (Meissner, Ass. Studien, \\{ [MVAG, 1905), p. 32) concordent entièrement avec celles des nombreux actes grecs ; il est impossible de songer à une dépendance historique ; ce qui nous montre de la façon la plus nette combien l'on doit être circonspect en admettant des influences et des transmissions historiques, là où il n'y a que des développements parallèles, qui conduisent très souvent, dans le domaine du droit aussi bien que dans celui de la religion, à des formations tout à fait
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identiques. L'auteur s'élève ici contre les hypothèses soutenues par D. H. Maller d'une influence du droit babylonien sur le droit Israélite et romain.
424. Conformément à lu nature du pays, ragriculture — céréales, hiiile^ dattes, — forme la base de la vie économique; il est très remarquable de noter aussi Timporlance de l'élevage du bétail. Mais le tableau donné plus haut montre déjà l'importance acquise par la mise en valeur du capital et la vie commerciale. Les marchands — damqaru — et les merciers jouent un grand rôle et en outre l'industrie est active dans les grandes villes; d'oii il suit que le commerce de l'argent est tout à fait développé. Sans doute on peut user du prêt en nature, et un fermage, une dette ou une marchandise peuvent encore être payés de cette manière ; mais môme dans ce cas, c'est l'argent qui est la base de toute transaction, ce qui est contraire à la coutume égyptienne. D'après la loi de IJammurabi (§ 59), le paiement en céréales par exemple doit avoir lieu d'après le cours du marché, fixé par le roi. Pour les prêts on paie chaque mois des intérêts, en moyenne environ 20 0/0 par an, mais souvent même beaucoup plus. Singasid fixe pour les prix des marchandises et Hammurabi pour la main-d'œuvre le maximum en argent. L'étalon est l'argent, mais nous ignorons encore totalement d'où il venait ; l'or existe aussi tandis que le cuivre ne sert qu'à la fabrication d'outils et a très peu de valeur, ce qui est différent de l'Egypte (§ 421 note). L'argent est calculé d'après des unités de poids, divisées suivant le système sexagésimal : le talent — biltu — a GO mines (livres) ; la mine a fiO sicles (1/2 once) à 180 grains de blé \>ie) chacun. La mine pèse 505 gr. en chiffres ronds, le sicle 8,5 gr. ; un sicle d'argent est donc un peu moins de 2 francs. Par rapport à l'or, l'argent a été, comme nous le voyons, encore beaucoup plus rare à cette époque sans doute qu'au deuxième et au premier millénaire. C'est pourquoi l'or a un taux beaucoup plus bas que plus tard ; d'après un texte de l'époque de Hammurabi, il ne
paraît avoir atteint alors que six fois la valeur de l'argent. Mais nous ne pouvons prétendre que cette proportion ait été admise partout, d'où l'on aurait déduit un rapport fixe entre les deux métaux. Nous n'aurons des notions plus précises sur cette question que si nous découvrons un jour la provenance de l'argent qui circulait dans la Habylonie et l'Asie antérieure. Pour les besoins du commerce, l'argent était apporté soit en barres, soit en anneaux comme en Egypte ; les anneaux de 1/3 de sicle sont très fréquents; les petites sommes ont été pesées probablement en morceaux d'argent.
Sur le système babylonien des mesures, voir, à côté des anciens travaux de Boeckh et Mommsen, Brandis, Das Mûnz-, Mass- und Geivichfswesen in Vordemsien, 1866, et Hultsch, Griech. u. roemische Métrologie, 2^' éd., 1892; puis Lehmann, Das alibabyl. Maszysiem, dans les Actes du 8* Congr. des Orient., Stockholm, 1893; Thureau- Dangin, L'fl, le qa et la mine, dans J. Asiat,, janvier 1909, p. 79 et suiv. — Au reste il est impossible d'approfondir ici davantage ces questions embrouillées. Weissbach a donné une bonne étude sur les poids babyloniens connus, ZDMG, LXl, p. 379 et suiv., 948 et suiv.; mais il va trop loin dans sa réaction contre les opinions courantes. Ce travail a provoqué une vive controverse avec Lehmann-Haupt, ZDMG, LXllI, LXV, LXVl.
Les poids de Suse, étudiés par Soutzo, Délég, en Perse {Rech, archeoL, IV), ont fourni de riches matériaux nouveaux. En Babylonie on ne paraît avoir connu que les mines légères d'environ 505 gr. et leur sixième partie, tandis que la mine qui pèse le double, environ 1.010 gr., avec 60 sicles lourds, appartient au royaume assyrien postérieur. — L'auteur doit reconnaître qu'il est devenu toujours plus sceptique à l'égard des fixations et des combinaisons dans le domaine métrologique : il est séduisant de jongler avec les chiffres et facile de faire des hypothèses qui paraissent évidentes. Quoi qu'il en soit, il considère l'opinion de Nissen et de Lehmann-Haupt, qu'admet aussi Thureau-Dangin, comme injustifiée : ces auteurs attribuent sans hésiter aux anciens Babyloniens la spéculation moderne qui, dans le système métrique, déduit le poids de la mesure de longueur. D'autres, et le plus aventuré est Winckler, ÂTAP, p. 337 et suiv.,
LE ROYAUMK DE SUMKR ET D'aKKAD
ont même mis les mesures terrestres en relation nvec celles du ciel. En real.lé, avant le système métriqno. toutes les mesures ont été fixées arbitrairement, bien que les mesures de longueur soient naturellement en rapport avec celles des diverses parlies du corps humam, doigt, main, coudée, pied. 0 abord rajustement ne réussit toujours qu'imparfaitement, même si les poids et les pièces dardent sont en métal, et encore moins si les poids sont faits de pierre- de sorte que nos précisions jusqu'à des décigrammes ne doivent être considérées que comme des valeurs moyennes et des expédients Les mesures ne sont pas des règles idéales, qui devancent forcément la pratique, comme des grandeurs mathématiques que la théorie détermine, mais que le calcul ne résout qu'imparfaitement. Car lorsqu il s'ag.l de mesures, les règles n'ont rien dabsohi: elles ne peuvent être exprimées et comprises que par une mesure existant deja; elles subissent donc toutes les variations des connaissances
Dans un contrat de la 37' année de llammural.i, à « 10 se (grain] dor .. on ajoute -. 1/0 son argent ,, ; Ungnad, OI.X, XIV 1()(J explique cette formule : « i/(i side est l'équivalent en argent de 10 se (= 1/18 sicle) d'or » et il obtient ainsi le rapport 3 à 1 , qui n'est guère admissible. Donc l'explication de Thureau-lJangin 01 Z XII 382 et Rev. d'Assyr., Vlll, 92 sera juste : « l,(i de son' équivaleni d argent » ; il étudie un texte de Tello de l'époque du rovaume de Sumer et d'Akkad qui donne à l'or 8 fois la valeur de l'argent; un autre donne pour l'argent et le cuivre le rapport 240 à 1,
Religion et littérature.
425. L'époque du royaume de Sumer et d'Akkad fut également importante dans le domaine religieux. Les innombrables divinités des localités et des cultes particuliers se groupent en un panthéon qui est reconnu dans tout Sinéar, bien que les différences locales subsistent toujours. Dans ce système, les trois grandes puissances cosmiques prennent la première place : le dieu du ciel Anu, le seigneur de la terre lillil de iNippur et le dieu de la mer Ea d'Eridu. Mais dans le culte, les dieux des
RELIGION ET LITTÉRATIRE — § 425
villes principales du royaume se placent au premier plan : Je dieu lune Sin d'L'r et le dieu soleil Samas, qui était le dieu royal aussi bien dans le royaume d'Akkad (avec Sippar pour capitale) que dans celui de Larsa ; puis Ninib, honoré surtout à Nippur (§ 39o). Dans la suite tous sont dépassés par Marduk de Babylone : la tendance à lui attribuer la royauté sur les dieux comme sur la terre a entraîné son identification avec Ellil de Nippur, le seigneur des pays, et on a transporté sur lui des mythes et des formes de culte des dieux Ellil, Ka et Sin (§ 426). Mais cette assimilation se produit aussi pour d'autres divinités principales : si elles se distinguent en etl'et par leur sphère d'influence, par les rites du culte, et souvent aussi à Torigine par leurs fonctions et leur activité particulière sur la terre et dans la vie des hommes, cependant leur essence est toujours la force qui émane de chacune d'elles. C'est pourquoi par une scrupuleuse observance du rituel prescrit par le culte particulier, les formes générales et les conceptions, issues à l'origine peut-être d'un tout autre culte, peuvent être transportées sur n'importe quelle divinité. En cela le développement qui se produit en Sinéar ressemble à celui que présente l'Egypte à la môme époque (§ 272) ; en Sumer et en Akkad aussi le concept universel de la divinité, dieu -ilu et déesse 'iUar, s'élève au-dessus des dieux particuliers. Mais les conceptions religieuses de Sinéar n'ont jamais progressé autant qu'en Egypte : là un élément spéculatif, une théologie sort de ces idées, qui entreprend de réédifier l'image du monde sur une base religieuse, en partant du concept d'un dieu-soleil quj£ouverne runivers. Par ce travail intellectuel, la religion acquiert une nouvelle substance; elle devient un élément indépendant et conducteur du développement progressif de la civilisation. En Sinéar par contre, à toutes les époques, le premier devoir, purement pratique, de la religion est au premier plan, la satisfaction des besoins immédiats, matériels de l'existence, qui forme sans doute en Egypte aussi un mobile réel du développement. L'évolution des conceptions religieuses
LE ROYAUME DE SUMER ET D AKKAD
se reconnaît bien en Sine'ar dans des locutions particulières et dans la transformation successive, interne du concept de dieu ; mais la religion n'a pas acquis une position directrice dans la vie spirituelle, malgré tous les hommages qui lui sont apportés sans cesse. L'ancienne civilisation sumérienne, développée déjà par la pénétration intensive des Akkadiens sémitiques a atteint son apogée à Tépoque de f.udéa. Mais les Sémites, qui submergent et éliminent dans les siècles suivants l'ancienne population par de nouveaux apports, ont adopté cette civilisation et sa religion, et l'ont fondue avec leurs conceptions particulières. Or par cela même elle n'a pu arriver à un complet épanouissement de son individualité, et c'est là aussi la cause qui empêche la civilisation de Sinéar de s'épurer ; elle n'a pas dépassé le point atteint pendant le royaume de Sumer et d'Akkad. L'époque brillante de Hammurahi, il est vrai, a créé encore une fois pour peu de temps un royaume vigoureux sous la domination amorrite, mais il ne forme que le terme de l'ancien développementTnon le commencement d'une ère nouvelle. Alors la civilisation s'enfonce dans une stagnation complète pendant plus de mille ans. Seuls les Assyriens et les Ghaldéens, qui relevèrent et vivifièrent l'antique civilisation, Pont de nouveau fécondée et ont effectué un nouveau pas en avant.
426. Nous ne possédons pas beaucoup de vestiges littéraires directs du^royaume de Sumer et d'Akkad. Mais il n'est pas douteux qu'une notable partie des textes religieux surtout, conservés dans des documents postérieurs, en particulier sous forme de copies d'originaux babyloniens provenant de la bibliothèque d'Assur-bàni-apal, ne remontent à cette époque. Dans leur rédaction actuelle ils proviennent surtout de Babylone et dès lors accordent à Marduk la première place; mais on se convainc aisément que ce dieu a pénétré dans ces textes par suite de remaniement des originaux et que ces mythes et hymnes concernaient primitivement Ellil de Nippur, Sin d'Ur
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et Ea d'Eridu. D'oii il suit en môme temps que les textes originaux, qui leur servent de base, doivent être plus anciens que le royaume de Hammurahi, en d'autres termes qu'ils appartiennent au royaume de Sumer et d'Akkad. La môme constatation ressort du fait qu'une grande partie de ces textes sont rédigés en deux langues, sumérien et sémitique, et que la règle s'est maintenue dans la suite d'ajouter une version sumérienne à un texte religieux môme d'origine sémitique. Cette position prédominante, que le sumérien a conservée jusqu'à la fin en tant que langue sacrée de Sinéar, ne s'explique que si les Sumériens ont laissé une vaste littérature religieuse, acceptée par les Sémites et élargie par eux. Les nombreuses figurations de scènes mythiques sur les cylindres et les allusions à ces mythes dans les inscriptions supposent l'existence de cette littérature. Au reste tout est à créer ici; mais quoique dans la suite ces textes aient été transformés par des retouches certaines et fréquentes, nous devons cependant ramener sans hésiter à l'époque de Sumer et d'Akkad les conceptions fondamentales des textes postérieurs; car, nous l'avons déjà dit, on ne trouve nulle part trace d'une féconde évolution de la pensée.
Les hymnes de Nippur, publiés par Radau, remontent à Tépoque du royaume de Sumer et d'Akkad (§§ 411-415), ainsi que les hymnes publiés par H. Zimmern, Sumer. KultUeder aus altbab. Zeit (Vorderas. Sc/iriftdnnk., IIj, 1912; cf. p. viii la mention des rois d'Isin dans ces textes. — La retouche et la fusion d'anciennes légendes et l'introduction secondaire de Marduk a été prouvée par Jastrow pour le mythe de la (Création [On the composite character of the Hahyl. Création Story, dans Orient. Stud. Noeldeke) ; il le relève souvent aussi dans son ouvrage, Die Religion Babyloniens und Assyriens, 2 vol. 1902 et suiv. Pour les textes magiques, les prières, les présages, cet ouvrage, maintenant achevé, offre une si ample collection de documents qu'il n'est nécessaire de citer les autres ouvrages qu'exceptionnellement. Sur l'âge de l'épopée de la création, voir King, 7'he seven Tablets of Création, 190^, "I," p. Lxxii et sïïTv. Le
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LE ROYAUME DE SUMER ET d'aKKAD
mythe d'Adapa a été retrouvé, comme on sait, sur une des tablettes d'El-Amarna, où il servait d'exercice de lecture babylonienne pour les Egyptiens du xv*^ siècle ; ce qui montrtî en même temps l'auliquité de ces textes. — Coup d'œil du contenu de la littérature dans 0. Weber, Litteratuv d. /inhylonicr u. Ass., 1907. — L'auteur insiste encore sur ceci qu'en Egypte les époques principales du développement se séparent nettement et qu'on ne peut avoir aucun doute sur le moment où les textes religieux ont pris naissance, tant par des arguments linguistiques que par des arguments internes; mais dans la littérature babylonienne, un pareil développement et une telle séparation des périodes n'a pu être démontré jusqu'à maintenant et n'a guère existé. Malgré cela les recherches doivent tendre à fixer au moins approximativement l'époque de rédaction des textes provenant de la bibliothèque d'Assur-bàni-apal ; ainsi on créera les bases d'une véritable histoire de la religion et de la civilisation. Entre temps plusieurs ouvrages ont paru dans ce sens, voir surtout Be/old, Verùalsuf/ixfonnrn n/s Alierskrlterien bab.-ass. Inschr., Bnr, Heldelberg Akad., lîUO. Pour autant que nous puissions en juger, les recherches subséquentes nous permettront sans doute de mieux saisir le long intervalle qui sépare la première dynastie de Babylone et les Sargonides, et de reconnaître la refonte et la transformation des textes qui s'y accomplit; entin aussi que beaucoup de textes ont existé sous la première dynastie et môme avant et se sont perpétués en de bonne copies. Mais dans la formation des idées fondamentales (et fréquemment, aussi des idées particulières) le royaume de Sumer et d'Akkad a sans doute eu une beaucoup grande importance que le royaume de Babylone. L'influence de ce dernier se reconnaît facilement, en particulier dans la prédominance de Marduk. Aussi l'auteur insère-t-il ici la description générale, bien que plusieurs des textes employés puissent être certainement beaucoup plus jeunes.
426 a. La plus grande partie des textes religieux sert à des buts pratiques : ce sont soit des rituels et des hymnes de culte pour des fêtes (ainsi une partie des mythes), soit des formules magiques contre les mauvais esprits, comme des prières aux dieux, qui doivent calmer leur colère, assurer on regagner leur faveur, soit des annotations systématiques pour expliquer les
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présages. Avec le progrès de la civilisation, la magie, et la tendance qui lui est intimement liée de sonder la volonté des dieux et de la conduire alors, si possible, suivant la volonté personnelle, de détourner le malheur qui menace, de soulager la peine lorsqu'elle est survenue, a pris aussi un très grand développement. On saisit partout le lien avec des conceptions très anciennes, sumériennes, qui sont tout à fait prépondérantes ; mais elles sont maintenant fixées en un système et développées, semble-t-il, scientifiquement jusque dans les moindres détails, soit par l'empirisme, à l'aide des événements consécutifs de quelque accident, soit par la trame logique des hypothèses, en mettant les événements extérieurs en relation avec les aspirations et le soit des hommes, ou plutôt des Etats et de leurs chefs. Car les peuples et leurs gouvernements sont au centre des préoccupations de l'existence, et c'est leur destinée que présagent clairement les événements naturels qu'explique l'augure. A la première place on trouve les quatre peuples qui sont réunis en un tout dans le « royaume des 4 régions » sous Sarrukîn et ses sucesseurs, Akkad, Elam, Subartu et Amurru (cf. § 396 note). On trouve aussi souvent des allusions à certaines villes ou principautés particulières de Sinéar et à d'autres peuples. Dans les systèmes achevés plusieurs des conceptions fondamentales sont sumériennes : ainsi celle que les dieux fixent le jour de l'An sur le mont des dieux le sort des Etats et des rois et le révèlent par des signes. Mais les formules que présente partout l'exécution du schème paraissent trahir une influence sémitique ; ce n'est pas sans raison qu'on fera remonter la divination parle foie au fondateur du royaume akkadien, au sémite Sarrukîn (§ 397). La spéculation sur les nombies joue aussi un grand rôle : dans le monde des esprits, surtout chez les méchants démons qui apportent la maladie et la ruine, le chilfre 7 domine ; les grands dieux par contre sont ordonnés suivant le système sexagésimal — Anu 60, Ellil 50, Ea 40, Sin 30, Samas 20, Jstar lo — et dans les groupes de divinités la trinité est particulièrement recherchée. Parmi
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les signes que les dieux donnent aux hommes, le plus important est la révélation de Tavenir par le foie de Tanimal sacrifié. On sait que les lignes et les excroissances du foie aiïectent une forme diH'érente dans chaque animal (ainsi que les lignes de la main), de môme aussi la position de la vésicule biliaire sur le foie. Mais l'animal voué en sacrifice entre par ce fait en relation immédiate, magique, avec la divinité ; ainsi s'explique que Ton croyait avoir un moyen certain de reconnaître le destin lixé par les dieux, aussitôt que l'attention était dirigée sur ces phénomènes, lin système des plus détaillés de divination par le foie s'est formé sur ces observations. Plus tard, à l'époque assyrienne, cette croyance a eu plus d'extension; de là elle pénétra chez les Grecs et chez les Etrusques. Homère ne la connaît pas encore, mais toute l'époque suivante est sous sa domination. On pratiquait en outre la divination par les coupes (des ligures formées par l'huile qu'on y versait), l'explication des songes, etc., puis la consultation des oracles que révélaient surtout, avec Ea, le dieu-soleil et le dieu des oracles, Nabû de Horsippa. La médecine offre le môme caractère de mélange d'observations empiriques avec le système magique perfectionné. La médecine égyptienne n'est pas indemne non plus d'éléments magiques, mais par une observation établie déjà à l'époque thinite, et toujours progressive et soigneuse, elle a acquis en môme temps un riche trésor de connaissances sûres, condensées en un système scientilique auciuel la médecine babylonienne n'est jamais arrivée. En regard de la renommée des médecins égyptiens, ceux de Babylonie ne jouent qu'un rôle tout à fait subordonné; c'est pourquoi Hérodote (I, i97) a pu raconter, sur la base de ses observations personnelles quoique avec quelque exagération, que les Babyloniens n'employaient pas de médecins, mais apportaient leurs malades au marché et arrêtaient chaque passant pour lui demander s'il connaissait le remède.
On a sur le nombre 7 le travail très sensé de Hehn, Sïebenzahl und
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Sabbat {Le'ipz. Semif. Stiid.y II, 1907); il n'admet pas que la sainteté de ce nombre procède du concept des prétendues « 7 planètes » (cf. § 427), mais il a tort de faire intervenir les phases de la lune ; car c'est le contraire qui est arrivé : la semaine ayant 7 jours, le mois lunaire qui varie de 29 à 30 jours n'est nullement un multiple de 7, dont le caractère sacré est déjà présupposé. Cette sainteté et rin(juiétude qui en résulte reposent bien plus sur le caractère mystérieux de ce nombre qui, comme le nombre 13, est indivisible et prépare les plus grandes ditïicultés dans tous les comptes. De même le caractère sacré de 3, 9, 12, (iO et d'autres nombres dépend de leur caractère ; c'est pourquoi on les cherche alors dans les apparitions naturelles.
Contre la déduction du système sexagésimal de l'astronomie, cf. par ex. B. Kewitsch, ZA, XVIII, p. 73 et suiv. — Il n'est pas question d'un cercle de 12 dieux ni chez les Babyloniens, ni chez les Assyriens fen opposition à la première édition de cet ouvrage, dont la donnée a aussi égaré Boll, Spluœra, p. 477]. Assur-bâni-apal énumère une fois au commencement de ses .\nnales 12 dieux, mais il ne cite pas Bêlit, donc n'en nomme (jue il. D'autres rois énumèrent de préférence 7, 8 ou 11 noms, mais sans règle fixe, parfois même 25; voir le classement dans Jaslrow, /{fdir/ion, p. 244 et suiv. Les 12 mois sont naturellement mis en relation avec des dieux déterminés (les Assyriens comptent aussi, IV R 33, le mois intercalaire et y casent Assur) ; mais ce n'est rien de moins qu'un cercle fixe de 12 divinités comme chez les Grecs. — Zimmern, KA T\ porte toujours un jugement très sensé sur toutes ces questions. — Sur les rituels d'exorcismes et de magie, voir Jastrow, Bab. ReUgion, et surtout Zimmern, HeÀtr. z. Kenntnïs d. bab. /kl. idie Beschtcoerungsfafeln Surpu), 1901, puis King, /fab. Magic and Sorcerg, 189G. Sur les présages tirés du foie, Jastrow, ibidem (cf. ZA, XX, p. 105 etc.), a apporté beaucoup de clarté. Allusions à cette divination dans Gudéa, Jastrow, ibidem, II, p. 273,503 A; cf. encore Jastrow, An Omen School iexi (Old Test, and Sem. Studies in memorg of Harper^ II, p. 279 et suiv.); Ungnad, hJin Leberschautext ans d. Z^it Ammisaduqas {Babgloniaca éd. Virolleaud, II, p. 257 et suiv.) où Ton trouve une description exacte de l'état de choses positif lors du sacritice d'une brebis, la 10' année du roi. Reproduction assyrienne d'un foie de brebis avec indication exacte de toutes les parties et de leur
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signification comme présages (elle est tout à fait pareille au loie étrusque de Piacenza) : CT, Vf. Boissier, Noir sur un monument ônhi/lonien se rapportant à lexllspicine, JSOO, Ta le premier expliqué exacleuient. — I^uis encore la grande collection et étude des textes par Boissier, Choix de textes et son mènjoire latromantique, physio^ gnomonie et pabnomfinl'tque ùafji/l. {/{ev. (VAssifr., VIII). — Dans toute la littérature des présages, et astrologi(jue aussi, on suppose que le royaume de Sarrukîn, Akkad, et les trois autres royaumes Elam, Subartu et Amurru continuent d'exister (S 395 note) ; en outre les Gûti, les Ummàn Manda, c'est-à-dire les nomades du NE (Iran), puis des villes babyloniennes entre autres, sont aussi parfois nommés. Mais on ne peut en déduire aucune chronologie précise. — Pour la médecine, voir Kiichler, Deltr. z. Kenntnis d. ass.-bab. Medlzin, 1904.
427. Dans la suite, la croyance s'est encore atfirmée davantage que le destin fixé par les dieux se manifeste dans les apparitions célestes, dans les phases de la lune, les éclipses, les halos du soleil et de la lune par exemple, dans la position des constellations au jour où l'on doit exécut(»r quelque entreprise ; c'est [)ourquoi les apf)arilions célestes sont notées et expliquées cocnme d'autres omina. Chez les Sumériens on ne trouve que les premières dispositions à cette « science », môme dans les inscriptions de Gudéa (^ 371). La conception que les dieux ont leur habitation au ciel et dans les étoiles n'a pas acquis chez eux une grande importance, et ils sont bien loin d'avoir déduit de leurs observations une supputation de l'heure exacte. Pour la religion sumérienne, seule Vénus, parmi les étoiles, a quelque importance. Dans cet astre la déesse Nanaia- Istar se révèle à l'œil humain; c'est pourquoi elle porte comme insigne le disque étoile (^ 371\ Donc l'étude des étoiles, l'astrologie, paraît être une invention des Sémites; elle se développa peu à peu. Nous pouvons avoir une idée de ce développement grâce aux variantes que présentent les nombreux symboles et ligures des dieux gravés sur les kudurrus de l'époque cassite, ou documents en pierre relatifs à Tinvestiture de biens fonciers
(§ 315). Ces images remontent en grande partie, semble-t-il, à une époque beaucoup plus ancienne, le plus souvent purement sumérienne, bien qu'on ait constamment ajouté quelque chose de nouveau à ces motifs. En règle générale, on y trouve les représentations du soleil (1), de la lune et de Vénus ; à côté d'eux on trouve surtout un serpent, que l'on doit certainement considérer comme la voie lactée, et un scor()ion. Ce dernier est d'abord l'animal consacré à la déesse Ishara empruntée aux Hittites (§ 433 note); il est en môme temps identique à la constellation que nous désignons encore de ce nom, comme le prouve l'être composite, scorpion aux pieds d'oiseau ou de lion, portant une tôte d'homme barbu avec un arc bandé que l'on trouve parfois à côté.. Dans cette figure se sont encore réunies les deux constellations de l'archer et du scorpion, bien qu'ils fussent déjà distingués tous deux dans la pratique; le scorpion là encore est représenté spécialement à côté. Nous ne savons pas à quel dieu correspond cette figure. On en trouve une déformation au type du centaure ailé, — qui ne peut avoir été conçue naturellement qu'après l'introduction du cheval, donc pas plus tard que l'époque cassite. Le scorpion est remplacé par un corps de cheval, qui outre sa queue porte une queue de scorpion recourbée en l'air. Le buste de Tarcher porte une tôte d'homme barbu et de plus une tôte de dragon. Sur une représentation le scor[)iûn est en outre placé sous le corps de cheval ; il est très clair ici que les deux constellations doivent ôtre représentées. Cela est confirmé par le fait que ces deux figures ont été prises par la représentation grecque des constellations ainsi que par les représentations égyptiennes récentes, les zodiaques de Dendéra et d'Esne. On a aussi retrouvé dans la constellation que nous appelons le Bélier, l'être mixte chèvre et poisson, l'antique image du dieu de la mer Ea. Cette figure fut aussi empruntée par les Grecs et les
(1) Les Assyriens ont plus tard remplacé le simple disque solaire par le disque ailé, qui a été accepté avec beaucoup dautres symboles é^^yptiens dans l'art de l'Asie occidentale et hittite (§ 478) et de là emprunté par les Assyriens.
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Egyptiens de basse époque. D'autres symboles divins des kudurrus peuvent sans doute se reconnaître encore dans les constellations : ainsi le chien do la déesse Gula, épouse de Ninib (sans doute identique à l'ancienne déesse Bau), qui revient fréquemment sur les kudurrus, correspond à la constellation du Lion. La lampe (= le dieu Nusku) doit aussi ôtre une constellation. Ces représentations nous enseignent d'abord que Ion commença à s'orienter dans le ciel et à réunir en groupes les étoiles particulières, que l'imagination concevait comme des êtres composites suivant Tancienne représentation sumérienne. Dans la légende, chez Bérose (§ 364 note), ces êtres apparaissent comme les plus anciens habitants du pays avant qu'il y eût des hommes. Enfin nous apprenons qu'on mettait quelques constellations en relation avec les dieux et qu'on croyait ainsi qu'ils influençaient et révélaient le sort par les étoiles. Nous ne pouvons pourtant pas penser à un système scientifique de la connaissance du ciel, encore moins à une condensation de 12 étoiles en une unité du zodiaque, et môme à une division de l'écliptique en 12 parties d'égale grandeur et nommées d'après les constellations. La présence sporadique de quelques constellations sur les kudurrus exclut une pareille conception; on ne trouve nulle part sur les monuments babyloniens ou assyriens une représentation du zodiaque ou de l'écliptique. Un nouvel élément apparaît alors au premier millénaire, « l'étoile sept » (sibitti) des Pléiades; elles n'apparaissent jamais avant ; elles sont représentées souvent comme sept petits cercles, à la première place, devant le soleil, la lune et Vénus, et sont placées aussi aux portes des maisons comme talisman contre les mauvais démons, suivant les renseignements des textes religieux (1). Enfin au premier millénaire, le nouveau clan sémitique des Ghaldéens, qui pénétra alors
(1) Zimmern, KAT^, p. 620. Seraient-elles peut-t^tre à rorigiiie simplement les têtes des clous qui ferraient les portes et desquels on forma alors un nombre sept dont on chercha le symbole au ciel? Ainsi s'expliquerait qu'elles soient représentées non comme des étoiles, mais comme des cercles.
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dans Sinéar, développa ces éléments en un système perfectionné de science des astres, l'astrologie chaldéenne. Cette science, comme l'ancienne interprétation des signes célestes particuliers et Thépatoscopie, veut servir surtout aux buts pratiques de la prédiction du sort ; mais elle entreprend cette tâche méthodiquement et fonde ainsi en même temps sur une base empirique la science de l'astronomie. C'est alors qu'on commença à diviser Téquateur et l'écliptique en 360 degrés, l'écliptique en 12 « zodiaques », puis à considérer les 5 planètes comme les véritables souverains du sort, à côté du soleil, de la lune, du roi des dieux et dieu du ciel Anu. Dans ces éléments se manifestent par conséquent les grands dieux du panthéon babylonien postérieur : Marduk, c'est-à-dire l'ancien EUil, en Jupiter, Ninib en Saturne, Nabû en Mercure, Nergal en Mars, et naturellement Istar en Vénus. Le groupement de ces 5 planètes avec le soleil et la lune en une unité de 7 planètes est encore plus récent, il se trouve parfois dans les textes postérieurs : il suppose d'une part une connaissance scientifique très avancée qui puisse s'élever des données de l'observation directe à une pure abstraction; d'autre part il a naturellement aussi subi l'influence de la tendance magique à retrouver le nombre sacré 7 au ciel, chez ceux qui fixent le
sort.
Cette science acquiert peu à peu une grande importance depuis le huitième siècle environ : sous le règne de Nabûnâsir (747-73i) commencent les observations chaldéennes des étoiles, qui ont passé dans l'astronomie grecque (§ 321). Les Assyriens ont pris les éléments de celte conception, l'empire chaldéen les a développés. La science est arrivée à son perfectionnement à l'époque perse et grecque (cf. vol. III éd. allem., § 82 et suiv.). C'est alors qu'adoptée après une longue résistance par la culture hellénistique tardive elle a parcouru sa route victorieuse à travers le monde. Môme les prêtres égyptiens de l'époque impériale ne purent rester inaccessibles à cette sagesse, comme le montrent les zodiaçjues de Dendéra e^
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d'Esne. Précisément l'astrologie grecque postérieure considéra les Egyptiens et leurs antiques sages comme ses principaux auteurs et révélateurs à côté des Chaldéens.
Le'dileltantisnie ne s'est jamais si gravement allimié que dans ce domaine. Les dernières données de la science chaldéenne, résultat de recherches méthodiques et de longue haleine du premier milh';naire, ont été placées à l'origine sans aucune hésitation, et l'on en a déduit la religion et la pensée des temps primitifs. Winckler fut le principal défenseur de cette théorie, l'inventeur de la conception universelle « babylonienne » ou u orientale » (panbabylonisme). Il a accueilli sans aucune critique et développé les fantaisies mythologiques publiées par Stucken sous le titre « Astralmythen », et acquis ainsi de nombreux adeptes. Hommel en particulier a émis de semblables hypothèses. Cette époque primitive aurait même déjà connu la précession des équinoxes, suivan't Winckler (A'/IZ'^, pp. 13,24, 326, 332 par ex.; de même Hommel). On attribue de même sérieusement aux Babyloniens la connaissance des phases de Vénus et des lunes de Jupiter, et « leurs computs des mouvements des astres remontent à l'époque où le soleil se trouvait, à Téquinoxe du printemps, dans la constellation des Jumeaux », c'est-à-dire au ()" ou au 5® millénaire. Winckler déduit naïvement la fondation de la nouvelle capitale Babylone, qu'il place à l'époque de Sarrukîn, du déplacement du point équinoxial des Jumeaux dans le Taureau, (\u\ a ouvert une nouvelle période. Il applique la même méthode au calendrier, cf. h'AT\ p. 328, où il méconnaît totalement les faits et les remplace par un tableau fantaisiste (cf. ^ 523 note). Il traite de même naturellement les mythes et la religion. Il est complètement indifférent aux défenseurs de ces doctrines, que les données des monuments et l'état de la civilisation concordent ou non avec elles, en Sinéar aussi bien que chez les Sémites, et chez les Grecs, par exemple, auxquels ils imposent ces conceptions. En réalité cette sagesse mystique n'a pas plus d'importance scientifique que la révélation primitive de toute mesure mondiale dans les grandes pyramides, enseignée en son temps par Piazzi Smith et qui a encore aujourd'hui des adeptes. Voir le tableau et la critique de ces fantaisies par Kugler, Auf d. Tràmmevn d. PanbabyL, dans Anthropos, IV, 1909, et Im Bannkreise Babels^ 1910. L'étude scientifique de l'astronomie
babylonienne a été entreprise, après les travaux préparatoires d'Epping, par Fr. X. Kugler, Sternkunde u. Sterndlenst in Babel, I, 1907; H, 1909 et suiv., dont les résultats sont admirablement complétés par ceux auxquels est arrivé Boll dans ses études sur l'astronomie grecque, Fr. Boll, Sphaera, 1903; cf. Die Erforschung d. anllhn AsiroL, Neue Jahrh., 1908, p. 124, où il dit avec raison : « la « conception orientale du monde » est la tille de l'astrologie grecque en ce qu'elle a d'historique et non uniquement de fantaisie moderne »; puis Bezold, Astronomie^ H'immelschaa, iind Asirallchre bei d. Babyl., Brr. Heldelberg Akad., 1911. Parmi les anciens travaux, ceux de Letronne, rectifiés en quelques points par Boll, qui se fondent sur les représentations égyptiennes du zodiaque, ont une importance capitale : voir surloul Analyse critique des représentai, zodiac, de Dendera et d^PJsne, 1845, Mém. Ac. Inscr., XVI, 2. Zimmern, comme toujours, porte des jugements réfléchis sur toutes les questions qui se rapportent à ces études, A'A7'% surtout pp. 615 et suiv., 627 et suiv., en opposition tranchée à la partie de cet ouvrage traitée par Winckler. La forme postérieure des doctrines astrologiques chaldéennes est présentée superficiellement et sans doute juste dans le fond par Diodore, II, 29 et suiv. ; cf. aussi Strabon, XVI, 1, 6, Pline, VI, 123, Vitruve, IX, 2, 1; 6, 2, et Hérodote, II, 109. — Les représentations astrales et les symboles figurés principalement sur les cylindres seront bientôt traités d'une façon complète par H. Prinz, en les rapprochant des images semblables figurées sur les autres monuments de l'Asie antérieure ou de l'Egypte. Les figures des kudurrus sont condensées et analysées par Hinke, A nexv boundary Stone of Nebuchadnezary I, 1907 iBab. E.rp., Ser. D, 4) avec de nombreuses illustrations (cf. Frank, /TA, XXII, p. 105 et suiv.; Zimmern, ibid.y XXV, p. 196 et suiv.). Un grand nombre de ces monuments emmenés à Suse sont publiés dans les Mémoires de la Délégation en Perse^ ceux du Musée Britannique par King, Babylon. Boundary slones, 1912. Comme Boll, Hinke repousse de façon décisive les hypothèses de Hommel, entre autres (Aufsàtze u. Abhandl.) celle qui cherche le zodiaque sur ces bornes. (Il est douteux que les figures sur le cylindre hittite (?) de Gézer, étudié par Hinke, p. 321, aient quelque rapport avec les constellations.) Le nombre et la nature des symboles varient partout, ce qui montre que Ton ne peut pas parler d'une représentation du zodiaque, mais seulement de
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constellations particulières qui sont en partie entrées plus tard dans le zodiaque. D'après les indications des textes menées, il s'agit bien plutôt d'images divines, ce que l'analyse a tout à fait confirmé : 20 de ces figures sont maintenant à peu près ou tout à t'ait identifiées par les inscriptions (p. 96, 2). Frank et Zimmern avaient déjà reconnu que le scorpion appartient à Ishara, K. Frank, Bilder u. Symbole fjahi/l.-assip\ Goetter, mit Beitrag von. H. Zimmern, Ueher die Symbole d. Nazimaruttas-A^udurru, Leipz. Semit. Stud., II, 1906; ce que confirme maintenant le kudurru publié par Scheil, Délég. en Perse, X, pi. 13, 2. — Le sagittaire comme homme et scorpion, Hinke, p. 131 (King, p. xci, Nabi'ikudurriusur I) et p. 232 (Melisipak, King, pi. XIX-XXII); comme centaure, ihid., p. 76 (Suse n^ 4, époque cassite) et p. 98 (Melisipak, King, pi. XXIX), puis sur une empreinte de cylindre de Tépoque cassite dans Clay, fiab. Exped.y XIV, pi. XV, 6 et pi. 15. Sur cette figure, le scorpion et le « poisson-chèvre » = bélier, voir aussi Holl, Sphnera, p. 188 et suiv. — L'apparition d'Istar tantôt comme étoile du matin, tantôt comme étoile du soir, a créé maintes fantaisies chez les Babyloniens : ainsi elle serait pour eux mâle et barbue comme étoile du matin (Zimmern, KAT% p. 431). — Les « 7 planètes » sont tout à fait étrangères au langage courant ; on ne connaît que les « 5 planètes », de même Diodore, II, 3 et Bérose, frag. I, 6; Kugler, p. 215 et suiv., a montré que l'opinion avancée par Hommel et Winckler n'est pas soutenable, à savoir que les noms des planètes auraient dans l'ancien temps désigné d'autres planètes que plus tard. Parmi les étoiles fixes, Betelgeuse dans la constellation d'Orion [Kak-sï-di ou l'étoile mesrê, cf. Kugler, p. 326 et suiv.) ressort particulièrement; elle est en relation avec Ninib ; puis Sirius, kakkab qasti, h l'étoile de l'arc », ibid., p. 239 et suiv.
428. Le ministère du culte est dans les mains d'un nombreux clergé, divisé en plusieurs classes : devins, ôàrà, qui recueillent les oracles et expliquent les signes du foie et autres omina ; prêtres exorcistes, asipu ou masmasu, contre les maladies et les démons, qui accomplissent les cérémonies d'expiation; chanteurs d'hymnes du culte, zamnieru. Ils ménagent les rapports de l'homme avec la divinité, lui donnent des instructions
pour sa conduite et récitent pour lui, au cours des cérémonies prescrites, les textes religieux qu il emploie pour ses fins. Ils sont avant tout indispensables au roi que les textes visent en premier lieu, car de son sort dépendent ceux du royaume et du peuple. Souvent nous trouvons une conception morale élevée, la conscience que la divinité ne se met point en colère inutilement, si elle éprouve l'homme de ses coups violents. C'est pourquoi les confessions de péché sont très fréquentes, ainsi que l'assurance de n'avoir commis aucun délit et de n'avoir violé aucun devoir envers le prochain. Ainsi l'état moral de la communauté se reflète dans ces textes, on entrevoit même le postulat éthique, sans doute encore vague, mais admis comme axiome et principe de pensée et d'action, que la divinité est liée à la loi morale et ne peut commettre aucune injustice. Assurément on ne doit pas exagérer l'importance de ces « psaumes pénitentiels » : ils ont toujours pour but de regagner la grâce divine par la contrition et l'humilité, comme on le ferait devant le roi en colère ; on suppose donc que la divinité est dans son droit. Aussi implore-t-on souvent à côté de divinités déterminées c( le dieu, ou la déesse, que je ne connais pas, de retourner à sa place », c'est-à-dire de laisser passer son courroux, et on leur demande pardon « pour les péchés inconnus ». Ces formules n'expriment pas le sentiment du penchant arrêté de l'homme pour le péché; mais on concède uniquement que le dieu aura un motif suffisant, bien qu'inconnu, d'être en colère. Ces prières ne forment qu'une partie, et non vraiment la plus importante, du rituel des incantations et des purifications, qui s'emploient en toute occasion, par exemple après une maladie, où Ton offre un sacrifice en purifiant la maison et l'on place de petites figures divines. Plusieurs textes doivent leur origine à des événements historiques précis, ainsi un malheur qui a atteint Nippur ou Babylone (comme l'attaque des Élamiles), et ont été composés spécialement d'après ces faits. Il y aurait lieu de rechercher si nous pouvons reconnaître ici une évolution des idées religieuses. Dans plusieurs^ hymnes
LE ROYAUME DE SUMER ET d'aKKAD
la conscience de la toute-puissance de la divinité, comme de Tinanilé de toute action humaine, est extrêmement forte; elle se manifeste déjà dans les vieux mythes d'Adapa, Etana, Gilgames, où s'exprime la puissance invincible de la mort (^ 375). De profondes idées religieuses se font sentir dans un texte, qui ne peut avoir acquis sa forme actuelle avant la première dynastie, mais qui doit remontera une composilion antérieure : Marduk de Babylone et son temple Esagil y sont partout au premier plan, c'est lui qui accorde la guérison. C'est le récit d'un bourgeois de Nippur, Tàbi-utul-Kllil qui a en toute conscience rempli ses devoirs envers le roi et les dieux, mais que les plus lourdes peines ont cependant atteint : une maladie horrible qui le rend semblable au plus humble esclave et le précipite dans la misère, de sorte que les lamentations funèbres retentissent sur lui avant qu'il soit mort. Aucun devin ni exorciste n'a pu découvrir la cause de son destin ni le guérir, jusqu'au jour où Marduk a eu pitié de lui et lui a rendu par un miracle son ancienne force et sa puissance. Ici la souffrance qui atteint l'innocent apparaît comme une épreuve ordonnée par le dieu; il doit s'y soumettre et attendre l'intervention de la miséricorde divine. En môme temps la conscience de l'abîme qui sépare l'action divine et la conduite morale de l'homme commence à se faire jour.
Sur les classes de prêtres, cf. Zimmern, /Jeitr. zur bnbyl. ReUg. Sur les « psaumes pénitentiels », Jastrow, Religion, II, elJ. Morgenstern, The doctrine 0/ sin in the Bab. lielig. (MUfhoil . d. Vordrras. GeselL), 1905; Schrank, Priester u. Busser in babyL Suhnritm {Leipz. Semit. Slud.), 1907. — Tàbi-utul-Ellil : Jastrow, BabyL Relig,, II, pp. 120 et suiv. ei A Bnbylonian parallel to the story of Job [Journ. ofBibL lAter., XXV, 1906); cf. ZA,\\, p. 191 et suiv.; Fr. Martin, Le juste souffrant babylonien, J. Asiat., 1910, I, p. 75 et suiv., qui prouve aussi que le héros de rhistoire n'est pas du tout un roi ; le même nom se trouve, en efTet, dans la liste d'anciens noms royaux, V R 44, 2, 17.