‹ Histoire de l'antiquité [microform]Chapitre 160 sur 172 · LES ÉLAMITES DANS SINÉAR. ARAD-SIN ET RÎM-SIN · texte numérisé non relu

LES ÉLAMITES DANS SINÉAR. ARAD-SIN ET RÎM-SIN

d'Arad-Sin et de Rîin-Sin, Thureau-Dangin, SAh'I, p. 210 et suiv., (puis Recueil de Travaux, XXXIl, p. 4i. Cet auteur paraît avoir trouvé la solution d'une ancienne difliculté en séparant les 2 noms autrefois identifiés ; sans doute il est très surprenant alors que Rîm-Sin emploie sur les canéphores (inscriptions n° e et f dans Th.-D., SAKf) précisément les mêmes expressions sur la construction du temple de Nanaia qu'Arad-Sin sur la canéphore f. On a souvent tenté auparavant de lire le nom, écrit idéographiquement Arad-Sin (ou Zikar-Sin, etc.), plutôt Eriaku (et par suite Rîm-aku pour Ri-im-Sin, que l'on identifiait encore avec Rîm-a gam-um = Rîm-Anunij, pour pouvoir l'identifier avec Ariok d'Ellasar, Gen., XIV. Cette opinion est généralement abandonnée ; pourtant Ungnad, ZA^ XXII, p. 10 et suiv. essaie de la remettre en faveur. L'identité d'Amraphel de Sinéar (et non de Babylone!) avec Hammurabi est tout aussi problématique.

441. Une autre source nous renseigne sur cette extension de la puissance élamite. Un récit est introduit dans le Pentateuque, Gen., XIV, qui n'appartient à aucune des sources connues, mais a été emprunté probablement à un livre de légendes populaires dont le reste a disparu (de môme que Juges, XIX-XXI par exemple). D'après la langue et le contenu il ne peut avoir été rédigé que pendant ou après Texil babylonien. Il y est question d'un puissant roi d'P]lam Kedorla'omer, qui aurait régné pendant d2 ans sur les tribus de Palestine avec ses vassaux Amraphel de Sinéar, Ariok d'Ellasar (Larsa?) et Tid'al de Goim (peut-être les Gùtî ?) : puis ils déclinèrent et furent vaincus par lui. Cette histoire sert à faire jouer un grand rôle de pieux héros guerrier à Abram : il poursuit le vainqueur pour délivrer Lot, son neveu, fait prisonnier et enlève au vainqueur son butin. Le rédacteur a ainsi peint les événements de Palestine en les reportant à l'origine des temps : la Mer Morte n'existe pas encore, les rois de Sodome et Gomorre ainsi que les peuples légendaires de cette période jouent un rôle : Rephaïtes formés de revenants (§ 354 note). Zuzites, Emites avec Horites, 'Amalecites et Amor-

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KLAMUES ET AMORRITES. LE ROYAIME DE BABYLOiNE

rites. Il est inutile d'expliquer qu'il s'agit là d'une fantaisie récente, sajis appui historique. Tout autre est l'histoire des conquérants étrangers. Le nom Kedorla'onier est purement élamite, composé avec le nom du dieu susien Lagamar, et peut se rapprocher de Kulirnahundi, Kudurmabuk; on doit peutêtre combiner le litre de ce dernier « adda du pays Amorrite » avec le récit de la domination de Kedorla'omcr sur la Syrie et l'expliquer dans ce sens. Jusqu'à maintenant son nom ne s'est pas trouvé dans des textes historiques. Jl est très douteux qu'il apparaisse avec ses compagnons, comme on l'a pensé, dans un texte légendaire postérieur où il est question de l'épreuve que les Elamites font subir à Babylone et à d'autres villes. Mais il appartient en fait à la tradition populaire et aura passé de là aux Juifs qui s'en sont servi pour introduire une action d'éclat dans l'histoire de leur anccMre. Depuis que nous avons appris, par la trouvaille du roman d'Ahiqar dans la colonie juive de l'époque perse à Kléphantine, l'extension de cette littérature populaire universelle de l'Orient tardif, depuis qu'on a constaté l'action rapide et puissante de ces récits sur la littérature juive (comme par exemple dans les légendes de Nabuchodonosor et de Daniel, de Jouas ou d'Esther), cet emprunt d'un récit babylonien n'a rien (jui puisse surprendre.

De la même miuiiùre iiue lethnograpliie de Palestine est traitée dans Genhe, XIV, ou a fait un amorrile Mauue* de l'arbre sacré Mamre' de l.lebron et son fW're Kskol de la u vallée des raisins », ISoinhves, Xlli. — La léf,'ende proprement dite habylonienne de Kedorla'omer a été étudiée par Pinches, puis par Sayce, l'SliA, XXVlll, p. 193 et suiv., IW et suiv. ; XXIX. p. 5 et suiv. Scheil s'est trompé quand il a cru que Kedorla'omer apparaissait chez llamuiurabi comme Kudurnuhgamar, cf. King, (lanuaura/ti . I, p. xxxv ; m, p. 10 et suiv., 98. — La déesse Lagamar, V R 0, 33 et dans les inscriptions susiennes.

442. Arad-Sin porte le titre de « roi de Larsa, roi de Sumer et d'Akkad ». Il dit régulièrement dans ses inscriptions monu-

mentales qu'il a élevé les temples, restaurés ou nouvellement construits, « pour sa vie et celle de son père et générateur Kudurmabuk » ; de même que celui-ci a construit à Ur, pour Sin, un sanctuaire <( pour sa vie et celle de son fils Arad-Sin, roi de Larsa ». Arad-Sin aussi s'occupa d'Ur, l'agrandit, l'entoura d'un grand et puissant mur, et restaura de môme « Lagas et Girsu (le district sacré de Lagas) ». Il éleva encore une tour à Istar de llallab (situation inconnue), « dont la pointe se dresse comme une haute montagne ». Donc une grande partie de Sinéar lui fut soumise ; il se vante d'être établi comme berger véridique par Kllil de Nippur (par l'oracle royal) et d'accomplir les décrets et les prédictions d'Kridu, c'est-à-dire du dieu l^^a. Donc, dans la conquête, ces Klamites ne se sont pas comportés autrement que leurs ancêtres et leurs descendants dans leurs expéditions contre Sinéar fcf. S ^^32). Après avoir acquis le pouvoir, ils se déclarent les rois légitimes du pays, dont les grands dieux les ont investis, comme plus tard les Assyriens ou les llyksos en Kgypte et les Turcs dans l'empire musulman. Ils soignent leur culte comme les anciens rois indigènes, ils cherchent à favoriser et à haler le bien-être et l'ordre du pays qui leur est confié. Ils prennent comme ceuxlà des noms sémitiques, tandis qu'ils rédigent toujours leurs inscriptions en sumérien, suivant l'antique usage. Si Arad-Sin et Rîm-Sin ne nommaient pas leur père et leur grand-père, nous ne pourrions pas deviner par leurs inscriptions qu'ils sont Elamites. L'autorité, que l'ancienne civilisation et la religion du pays avaient acquise chez les voisins, apparaît clairement. En cela, la puissance élamite en Sinéar se distingue nettement de celle des llyksos en Egypte, qui durent sans doute aussi accepter la civilisation supérieure du pays, mais lui soni restés intérieurement tout à fait étrangers, à ce qu'il semble.

443. Arad-Sin se vante de sa justice et de sa piété et prie j)our un long règne sur des sujet<^ obéissants. Sa prière ne fut pas exaucée. Son successeur est son fière Uîm-Sin qui doit

fît

fil

ÉLAMITES ET AMORRITES. LE ROYAUME DE BABYLONE

être monté très jeune sur le tiône et a r^gné plus de 30 ans (2130-2094 environ). Celui-ci nomme parfois encore son père Kudurniabiik comme suzerain et porte les mômes litres que son frère ; dans la plupart de ses inscriptions il n'est plus question d'un suzeiain élamite. Après la mort de son père il devint probablement indépendant. A son arrivée au pouvoir, les i*oyaumes d'Isin, — dont les souverains portaient aussi bien le titre de roi de Su mer et d'Akkad (|ue ceux de Larsa, — et d'Uruk existaient encore. ]*]n môme temps, les rois de Babylone chercbaient à étendre leur puissance vers le Sud. Rîm-Sin (ou peut-ôtre ceux qui régnaient à sa place) remporta d'abord de grands succès. Dans les inscriptions dTr et de Lagas il ne se nomme pas seulement « berger de tout le pays de Nippur » et se glorifie de ses soins pour Eridu, Ur, Larsa et Lagas, avec Girsu, mais il dit aussi qu'Anu, VA\ï\ et Ea et tous les grands dieux ont livré entre ses mains la belle ville d'Uruk et qu'il y construisit un temple. Il mit donc lin au royaume d'Uruk. Une année est nommée d'après la conquête de Kisurra (Abu-Hatab, SE de Nippur, § 413, note), et la dévastation de Dôr, la ville voisine des Elamiles; d'autres, d'après des régularisations complètes des lits du Tigre et de lEupbrate, qu'il creusa à nouveau. Il engagea sans doute aussi des combats avec Sinmuballit de Babylone. Si sa quatorzième année (2130) est désignée comme « l'année ou l'armée d'Ur [var. du pays de la mer ou de Larsa] fut frappée du glaive », c'est que les Babyloniens paraissent avoir remporté une victoire. La conséquence est probablement que Sinmuballit reconnut la suzeraineté de Rîm-Sin ou se coalisa avec lui. Ainsi le dernier coup et le coup décisif devint possible : en 2127 Rîm-Sin conquit « avec l'arme sublime d'Anu, EUil et Ea, la ville royale » ou, dans une autre formule, « la ville de Damiqilisu »; il prépare ainsi la fin du royaume de Sumer et d'Akkad. Sinmuballit a, semble-t-il, pris part à ce combat comme allié de Rîm-Sin, puisque la 17^ année de Sinmuballit est aussi dénommée d'après, la conquête dTsin.

Pour les derniers rois d'Isin, cf. § 418 note. Inscriptions de Rîm- Sin : Thureau-Dangin, SAKI, p. 216 et suiv. (canépliores par ex., aussi Delilzsch, MDOG, 5, p. 17 et suiv.). Les dates des documents contemporains (cf. Lindl, nA,l\\ p. 384 et suiv.) de Tell Sifr (§ 417 note), Thureau-Dangin, ibidem, p. 236 et suiv.; un document daté de Nùr-Adad de Larsa les précède et ceux de l'époque de Hammurabi suivent alors immédiatement. Documents de Nippur, Poebel, BE, VI, 2 et Thureau-Dangin, RA, VIU, p. 43; là son nom est déjà écrit avec le déterminalif divin avant la conquête d'Isin. De plus amples renseignements sur les dates, Johns, PSDA, XXXII, p. 274 el suiv. ; cf. aussi § 452 note. — Dates de la 14^ année de Sinmuballit : King, Hammurahi, 111, p. 226 et 229, rem. 41 ; Lindl, BA, IV, p. 366; Schorr, Altbab . Rechtsark.y p. 65; Thureau-Dangin, SAKÏ, p. XIX, 3. — Sur la prise d'Isin, cf. § 329. Date de Rîm-Sin, où la conquête d'Isin est désignée comme conquête de la ville de Damqiilisu (le nom est ainsi écrit) : Thureau-Dangin, /M, Vlll, p. 83. Si cette conquête par Rim-Sin n était pas identique à la date de Sinmuballit, on devrait admettre avec Thureau-Dangin qu'lsin aurait été conquise d'abord par Sinmuballit, puis une deuxième fois 2 ou 3 ans plus tard par Rîm-Sin ; car ce dernier date encore pendant 30 ans plus tard et son règne Unit la 31*^ année de yanimurabi. De plus Sinmuballit devrait avoir laissé encore à Damiqilisu la possession nominale de la domination sur Isin ; Rim-Sin, en etfet, le nomme dans la nouvelle variante de la date. Gela ne semblerait guère exact. — La 17*^ année de Sinmuballit a maintenu son nom pendant le premier ou le deuxième mois, cf. Ranke, OAZ, X, 292; Isin est donc tombée en mai ou en avril. Les objections de Kugler, Sternkunde, II, 154 note, ne prouvent pas grand' chose.

Hammurabi de Babylone et son royaume,

444. La prise d'Isin marque l'apogée de la puissance de Rîm-Sin; dès lors il nomme les années d'après cet événement, au moins pendant 30 ans encore, preuve tangible qu'il ne remporta guère d'autres succès. Deux peuples luttaient pour la

ÉLAMITES ET AMOKKTTES. LE ROYAUME DE BABYLONE

domination sur le royaume de Sumer et d'Alvkad : les Elamites solidement établis à Larsa et dans iMnutbal à Test du Tigre et les Amorrites qui avançaient on conquérants depuis Babylone et le Nord-Ouest. Ces derniers, après le recul (|ue leur royaume eut sans aucun doule à subir dans les dernières dizaines d'années, s'élèvent maintenant à une nouvelle* puissance et acquièrent aussilot la [)répon(léiance complèlo. On ne connaît guère d'événements imf)ortants pour les dernières années de Sinmuballil, hormis la construction d'un canal et celle de murs tortillé^ dans plusieurs villes. Lo rèj^ne de son fils Hammurabi (2123-2081) lut d'autant (dus gloiieux. Dès la premièie année de son lègne il remf)orla d'importants succès. En 2120 « il détruisit les murs de Ma'er et Malgu sur Tordre d'Anu et d'Ellil », donc concjuit ces deux villes de Mésopotamie (j:^§ 393, 432). A cet événement coiiespond en 2114 « le transftort des habitants et du bétail de Maigu ». Puis en 2117 « Uruk et Isin sont prises » et Tannée suivante est nommée d'après la pénétration dans Emutbal. Bien que les dates, notie seule source, soient par la nature des choses insulfisantes et incomplètes, elles montrent clairement cependant que ces années ont été vraiment des années décisives. Le silence des dates de Uîm-Sin s'explique parfaitement; il a non seulement perdu alors ses conquêtes, mais aussi en grande pai lie tout au moins ses relations avec TEIam; il fut réellement réduit à la possession de Larsa et d'Ur (ainsi qu'Eridu et Lagas), c'est-àdire le territoire à l'embouchure de TEuphrate. Hammurabi pouvait déjà se vanter qu'Anu et EUil lui avaient confié la souveraineté sur Sumei* et Akkad et les quatre régions du monde. Le territoire conquis au delà du Tigre fut ouvert par un grand canal Nuhus-nisi « Abondance de population » et peuplé d'agriculteurs ; à la sortie du canal il constiuisit une grande forteresse qu'il appela du nom de son père Sinmuballit.

Les années suivantes mentionnent aussi des combats, à côté de constructions, d'ex-voto pour les dieux et d'une nouvelle

fortification de Sippar et d'autres lieux, en 2113 la destruction de Rabiqu et Salibi (?). Le di^rnier succès ne fut remporté que beaucoup plus tard, (^omme le raconte une chronique « IJammurabi rassembla ses troupes et marcha contre lUm-Sin, roi d'Ur; il s'empara des villes d'Ur et de Larsa et porta leurs trésors à Babylone». D'après les années indifjuées, Hammurabi livra bataille aux armées d'Élam en 2094. L'année suivante, an 31 de son règne, « il jeta à terre le pays Emutbal et le ro Rîm-Sin à l'aide d'Anu et d'Ellil ». Uîm-Sin doit avoir cherché son salut dans la fuite, car nous le rencontrons encore une fois plus lard (§ 452); Emutbal devint une province du royaume de Hammurabi. Le siège de Tuplias (Esnunnak) en 2092 se lie, ce semble, à cette guerre. Ainsi tout Sinéar fut soumis à la puissance de Hammurabi.

Les données fournies par les listes de dates (M37) et les documents datés se complètent en plusieurs points, mais ne peuvent naturellement jamais nous donner un tableau complet de Thistoire de Hammurabi. Aux matériaux réunis par King, JLnnmnrahi, 111, p. 228 et suiv. i^liste A et quelques dates), ajouter les nouvelles listes de King, Chronklrs, II, p. 98 et suiv. i listes F et G de Sippar, nouvellement publiées par Messerschmidt, OI.Z, X, 109 et suiv.). Une nouvelle étude complète de tous ces matériaux serait très désirable, car elle en vaut la peine. Les dates qui entrent en considération sont : an 4, destruction des murs de Ma'er et Maigu Malgia) d'après les documents (King, Hammurabi, 111, p. 230, 40: Daiches, AUbab, Rpxhisurk., p. 84j; abrégé dans A, mais dans G « construction (!) des murs de Ga(I)-gia ». — An 7, complet dans Thureau-Dangin, SAKf, p. xix, note 3; OAZ, X, 250; Journ. As., 1909, 11, p. 339, 3; « année où Muk et Isin furent conquises » ; abrégé en A, G et F (Ungnad, Z.4, XXUI, p. 77 et suiv., a omisa cette date]. Il serait possihle qu'Uruk fiU de nouveau perdue les années suivantes. — Année 8 : « dans laquelle le pays sur les bords du canal Nuluisnisi » A; « dans lequel le pays Emutbalum.... » F. — L'année suivante dans A et F est nommée d'après le creusement, c'est-à-dire naturellement la réparation, de ce canal, cf. King, f/ammur., III, p. 232, .49. L'inscription de King^ Ibidem, p. 188 et suiv., concerne ce canal

'*^èi.

ÉLAMITES ET AMORRITES. LE ROYAUME DE BABYLONE

« qui apporte une eau riche à Sumer et Akkad, et dont les deux rives sont transformées en champs cultivés » ; cette inscription est donc contemporaine; c'est pourquoi elle n'est rédigée qu'en une langue, en sémitique. —An 10 : transport des habitants et du bétail de Malgu (Malgia), complète dans F, détruite dans A: de même Tan 11 sur Rabiqu et Salibi, probablement identique à « Tannée dans laquelle Ibiq-Adad prit la ville Rabiqu », King, III, p. 239, 72, cf. Chron., I, p. 69. — Années 30-32, en partie dans A, plus complètes dans les documents, King, III, p. 230, 65, 66, 67 et 238, 71. Il est tout à fait impossible de savoir dans quel cadre placer les troupes qui y sont commandées, de Turukku (var. Turuqu), Kakmum, Subê. — Donnée de la Chronique : King, Chron., II, p. 77. — Emutbal est incorporé au royaume d'après les ordres à Sinidinam, King, Nammurabiy III, p. 6, 10, 103.

445. Comme pour les premiers succès, la conquête du reste du pays de Sinéar conduit immédiatement à la construction d'un nouveau canal de llammurabi (2091), qui devait se détacher de l'Euphrate près de Sippar et pourvoir d'eau les villes du Sud. Ainsi le roi se vante, au début de son Code, d'avoir procuré une nouvelle vie à Uruk et une eau abondante à ses habitants. H s'occupa d'ailleurs activement des nouveaux territoires conquis, ramena dans leur patrie les habitants d Isin dispersés, construisit un temple au dieu soleil à Larsa, et à Istar (iNanai) dans Hallab (g 442), « rétablit Éridu sur ses fondations et purifia le grand sanctuaire d'Ka » ; « il créa la pâture et la boisson » pour Lagas et Girsu et offrit des sacrifices dans ses anciens temples. Il mit aussi tous ses soins à Kis et à Opis, le temple Harsagkalama, Kutha, Adab et d'autres lieux encore ; il s'efforça de relever l'agriculture et l'élevage, de richement doter les dieux et les hommes, de réprimer le brigandage et d'apporter la paix et la sécurité. 11 faut y ajouter les nombreux ouvrages fortihés qui reviennent constamment au travers de tout son règne ; il construisit prohablement en 2089 la grande forteresse Kara-Samas « haute comme une montagne ». La part du lion revient naturellement

aux villes de sa patrie, Sippar, Babylone et la ville voisine Borsippa. Babylone est maintenant la ville royale, qui a pris la place de^ anciennes résidences du Sud. Pour autant que les anciennes formules soient conservées officiellement, Anu et Ellil, puis Ea, sont honorés comme les dieux qui dirigent le monde et octroient la roy uité. Toutefois pour llammurabi et sa dynastie, le dieu véritable est Marduk, « le fils premier-né d'Ea, auquel Anu et Ellil ont accordé la puissance sur la totalité des hommes, pour lequel ils ont fondé à Babylone une royauté éternelle ». On voit comment en môme temps on rattache Marduk aux anciens dieux du pays et comment ceux-ci sont mis de côté par lui ; c'est pour cela précisément que Nippur, la ville dont l'oracle conférait autrefois la royauté, est nommée à la première place par llammurabi au début de son Code parmi les villes de Sinéar; mais ailleurs, avec toute la dynastie, il néglige complètement cette ville avec intention, semble-t-il. Dans la suite les attributs et les mythes d'Ellil sont transférés entièrement sur Marduk, surtout l'épithète « le seigneur des pays » bel matdti ; c'est pourquoi on le désigna souvent plus tard par le nom abrégé Bêl-Bf,Ào; ; il en fut de même pour d'autres mythes ou hymnes, qui se rapportaient primitivement à Sin, le dieu royal d'Ur, ou à Ea le dieu oracle d'Eridu (§ 426).

Le deuxième canal de Hammurabi (an 33 de la liste des dates, King, III, p. 232, 49 , probablement le canal Tisid-Ellil, dérivé de l'Euphrate, est probablement celui que mentionne l'inscription bilingue de Sippar, King, III, p. 177 et suiv. — Larsa et Hallab : King, III, p. 181 et suiv. Fort Kara-Samas, itnd., p. 240 note. Les autres données sont empruntées à la liste des dates et surtout à l'introduction du Code.

446. llammurabi a pris le titre d'un roi de Sumer et d'Akkad peut-être immédiatement après ses premières victoires sur le royaume de Larsa; comme les anciens souverains du Sud il porta les insignes royaux sumériens, le manteau et le

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turban (406-. Ses prédécesseurs aussi, suivant l'antique usage, avaient employé la langue sumérienne, pour désigner les années et des formules semblables. Maintenant Hammurabi et ses successeurs rédigent leurs inscriptions, en partie du moins, dans les deux langues du royaume, sumérien et akkadien, l'ancienne langue conservant la première place. Mais, en fait, sa vicloire a institué de façon décisive la domination de Télément sémitique sur Sinéar (lue Sarrukîn d\\kkad avait le premier fondée. Maintenant le sumérien meurt tout à fait et ne survit plus que comme langue sacrée (§ 420). C'est pourquoi, malgré l'activité universelle du souverain, le Sud perd de plus en plus toute importance. Uruk, il est vrai, Larsa, Tr, Kridu restent comme avant des villes saintes aussi bien queNippur; mais ce n'est pas par basard seulement que les monuments toujours rares cessent alors complètement. Car les fouilles de Tello (Lagas), Surgbul, Abu ilatab (K.surra), Fara (Suruppak), Hismaya (Adab) ont montré que ces villes disparaissent avec la lin du royautne de Sumer et d'Akkad et sont abandonnées, malgré la sollicitude qullammurabi porte encore à plusieurs d'entre elles. Une ville comme Lagas, si brillante jadis, est complètement oubliée dans la suite, ainsi que son (lieu, et n'est plus jamais mentionnée. Les troubles des années suivantes et la séparation qui s'établit entre le pays du Sud et Babylone, ainsi (lue la fondation d'un royaume particulier dans le Pays de la Mer, qui d'ailleurs ne put jamais avoir une grande importance, n'ont pas pas pu arrêter cette évolution mais l'ont bien plutôt hâtée. U faut ajouter, semble-t-il, comme cause importante, la transformation progressive des conditions géographiques, l'extension des alluvions, le chano-ement du lit des tleuves, dont le cours s'allonge et des lors se ralentit, la naissance de marécages étendus, puis l'avance des sables du désert. Les constructions de canaux d'un souverain énergique comme Hammurabi, qui gouvernait tout le pays, pouvaient retarder pour un temps sans doute ce dénouement et créer une nouvelle vie: mais elles étaient impu.s-

HAMMURABI DE BABYLONE ET SON ROYAUME — g 447

santés à l'empêcher, et lorsque le pouvoir suprême s'etTondra, la décadence fut alors d'autant plus rapide.

447. Hammurabi et ses successeurs n'appartiennent pas aux Akkadiens, aux Sémites installés de longue date dans le pays, mais aux bédouins Sémites qui renvahirenl. Cette origine nous apparaît clairement dans son aspect extérieur, tel i\\ni le conserve la stèle du Code et plus grossièrement sur une tablette de calcaire. Hammurabi a non seulement des traits sémitiques prononcés (entre autres un très grand nez), mais il porte une longue barbe: il a par contre les lèvres rasées, à la mode bédouine (§ 396), et la chevelure coupée ras. Le visage et la barbe du dieu soleil sont figurés de la même manière, tandis qu'il conserve la longue chevelure des Akkadiens. H semble que malgré toute rinsistanee olficielle sur le rôle souverain de Marduk de Babylone, le dieu de Sippar était beaucoup plus près du roi et des traditions de sa maison : le nom de son fils Samsuiluna « le soleil est notre dieu » sonne comme une profession de foi. De même, les noms des autres rois de la dynastie sont presque tous non pas akkadiens, mais amorrites ; et les documents montrent (jue les Amorrites ont formé une grande partie de la population. Nous en voyons la preuve dans le fait que Hammurabi porte exclusivement le titre a roi du pays Amorrite (Martu) » dans l'inscription dédicaloire, rédigée en sumérien, de son fonctionnaire Iturasdum, sur une tablette de calcaire avec son image. Les Amorrites et leurs conceptions ont sans doute exercé une grande inilucnce sur la formation de l'Etat. Nous voyons en etïot qu'Hammurabi se nomme parfois lils de Sin (Code, 2, 14 et suiv., 27, 42) ainsi que du dieu amorrite Uagan (4, 28, § 396), qui était probablement le dieu protecteur particulier de sa maison, comme à Hana (§ 433). H se vante encore « de s'être levé comme le dieu soleil sur les têtes noires », il s'intitule même le soleil de Babylone: malgré tout cela il décline le titre de dieu ainsi que toute sa dynastie. Dès

ÉLAMITES ET AMORRITES. LE ROYAUME DE BABYLONE

lors cette conception due à NarAm-Sin et à Sarrukîn disparaît. Plus tard, il est vrai, le nom d(;s rois cassites est encore très souvent écrit suivant l'antique manière avec le signe divin ; cependant, on opposition aux pharaons, tous les souverains postérieurs de la Habylonie ainsi que les rois assyriens, quelque puissants qu'ils deviennent, sont toujours les favoris des dieux, qui sont en communion personnelle et étroite avec eux, mais ils ne sont plus dieux eux-mêmes.

Sur les figures de Haminurahi, cf. Meyer, Siim. u. Sem.^ p. li et suiv. Inscription d'Itiirasdum, King, 111, p. 195 (cf. 1^ 396 noie: Ungnad a reconnu le nom, mal lu par King\ — Le nom IJammurabi, — écrit Hammurapih dans un document de Hana (§ i33), Johus, PS/^A, XXIX, p. 180, — paraît avoir été prononcé correctement sous la forme sémitique occidentale 'Ammurapi c'est-à-dire probablement « la tribu [UV] est élevée (?) », cf. Thuroau-Dangin, OLZ, XI, 93; Ungnad, Z.4, XXll. p. 7 et suiv.; ce nom est rendu en akkadien (liste de rois, V U \\) par K'imiu rapaMum a le clan est vaste ». Il a rarement le déterrhinatif divin, et certainement par suite de l'explication erronée de la première partie du nom comme nom divin. — Poésie gloritianl le roi et sa puissance, King, 111, p. 172 et suiv.

448. Hanimurabi porte surtout aussi le titre d'un roi des quatre régions; mais les matériaux épars ne permettent guère de connaître l'étendue de sa puissance au delà des frontières de Sinéar. H émit constamment des prétentions contre Elam sur le pays frontière Fmiutbal. Kuknasur, le régent de Suse (§ 432 a), dat(î une charte de donation d'après la première année dAmmisaduqa (1977). llamniurabi a dominé, semhlet-il, sur la plus grande partie de la Mésopotamie : il vain(|uit Ma'er et Malgu (ij 444), et les rois d'Assur lui furent soumis. De même que les patésis de Suse étaient jadis considérés non comme des étrangers, bien que dynastes vassaux du royaume de Sumer et d'Akkad. mais bien plutôt comme membres de ce royaume (§ 414), maintenant aussi Assur et Ninive sont regar-

dées comme partie intégrante du royaume de I^ihylone. Dans riniroduction de son Cod(% llammurabi énumère toutes les villes et tous les temples de Sinéar dont il s'est occupé, et il y ajoute à la fin de la liste les villes Assur, à laquelle il a (< rendu son dieu protecteur [lamassu) clément » et iNinive, où il fit briller le nom d'Istar dans son temple. Un texte prouve qu'il établit une garnison à x\ssur. Des guerres antérieures, semblel-il, avaient permis de résister tout d'abord aux attaques assyriennes (§ 433). L'étroite parenté des Amorrites et des Assyriens a eu pour conséquence que leurs villes et leurs dieux furent reconnus comme égaux à ceux de Sinéar. Ces villes ne sont pas à la vérité directement incorporées au royaume, car elles sont comme avant gouvernées par des patésis particuliers. Sur un document de Sippar de la 10^ (?) année de llammurabi (1949) on prête serment par Marduk, llammurabi et Samsi-Adad ; ce dernier est peut-être un patési d'Assur (cf. § 4G3 note).

Nous ne savons rien d'une plus grande expansion de la puissance de llammurabi. En considérant rinfluence profonde et tenace de la Babylonie sur la Syrie (§ 469) on serait très enclin à admettre que la Syrie lui fut aussi soumise, comme elle l'était auparavant aux rois de Sumer et d'Akkad et peutêtre à ceux d'Ur. Mais nous ne trouvons aucune trace certaine de cette extension dans les documents conservés, bien que, étant donné leur raieté, ce silence ne puisse être décisif. Il est encore plus dillicile de découvrir quehjue renseignement sur la position des Assyriens en Cappadoce, bien que, d'après l'écriture, on puisse placer à cette époque le [)lus grand nombre des tablettes qui en proviennent. On doit s'attendre à trouver un joui-, dans la datation, mention d'une expédition contre la Syrie ou la Cappadoce. si la puissance du roi s'est réellement étendue jusque sur ces territoires. Des relations durables avec l'Ouest, comme nous les constatons sous les Cassites dans les lettres d'El-Amarna, ont été encore naturellement plus fréquentes sous son règne et celui de ses successeurs.

ÉLAM4TES ET AMOlMUTliS. LK ROYAUME 1»E BABYLONE

Enuitbal, ^ 4i() noie. Document de Kuknasur de Suse, Un^nad, Urk, ans Dllhal. p. 2 et suiv. C'est jusqu'à maintenant le seul texte de cette époque ((ui donne (iuel(iue information sur la siluation de Suse (Ungnad a écarté le prétendu roi Sadi ou Taki, OLZ. X, 548); on voit le peu de sAreté de l*arf,niment p. s'deatio.

— Domination sur iWssyrie, King, lll, p. 4 et dans le Code.

— Sur les documents avec les noms Hellahi et Sainsi-Adad, cf. §438 note. — La mention du pays amorrite dans le titre de llammurahi (^ 447) et dans celui d'Ammiditana, King, lU, p. 207, ne peut rien prouver pour une domination sur la Syrie, encore moins ceux des guerriers amorriles dans la date de Tan 36 de Samsuiluna ; il peut très bien s'agir des Amorrites de Babylonie. Le titre galmar-tu. King, lll, p. 109, est tout à fait vague; cf. Thureau- Dangin, N^A7, p. 170, note f. Le silence des textes sur le pays amorrite fSvrie) est d'un poids d'autant plus grand que les noms amorrites sont très nombreux à cette époque, en particulier ceux qui sont composés avec lenom du dieu Marin. Ces noms propres d'ailleurs, d'après une communication de Uanke, n'ont jamais la forme sémiti(iue occidentale.

449. Le basard nous a conservé de nombreuses ordonnances, envoyées par llaminunibi à mi baul fonctionnaire, Sinidinam, qui avait le commjindement du Sud du royaume, avec les villes Larsa, l'r, Uruk, Lagas et de nouibreuses autres localités plus petites. Ces documents nous donnent une idée très claire de l'organisation et du mécanisme administratif du royaume. De plus on croit y reconnaître la personnalité avisée et énergique du souverain sous les formes (|u'avaient prises, probablement depuis les anciens temps, les rapports du souverain avec ses fonctionnaires et que la cbancellerie maintenait dans un schème (ixe. Nous possédons des ordonnances identiques de successeurs de Hammurabi. Klles font songer à la collection pareille de documents de l'empire romain, la correspondance fameuse entre Trajan et Pline. On conçoit que les documents babyloniens ne reflètent pas cette culture générale, dont l'empereur se sent le soutien et qui lui permet d'impri-

mer aux idées fondamentales un cacbet tout à fait personnel, et de rendre partout sa pensée par un mot bref et qui porte. Dans les ordonnances de Hammurabi, cependant, nous reconnaissons que l'organisation du royaume est solidement constituée, dominée par des conceptions d'ordre. Cela apparaît dans l'exposition claire et brève des faits, par exemple dans la manière dont la question présentée par les fonctionnaires est résumée en peu de mots, puis la décision de l'autorité qui intervient, si catégorique et positive, la mise de coté de tout détail inutile et le problème difficile d'éviter tout vain formalisme. Sur tous ces points, les deux collections séparées par deux millénaires sont bien près Tune de l'autre. Ici comme là le souverain intervient directement dans toutes les particularités de l'administration, sa sentence est demandée sur toute affaire de quelque importance et il surveille avec une grande énergie l'exécution de ses ordres. De nombreux procès sont jugés suivant ses instructions, les documents probants sont recherchés dans les archives du palais, ou transmis à la cour supérieure de justice. Souvent même les parties, ou les individus qui ont commis un délit, sont cités à Babylone pour la sentence définitive et envoyés sous escorte. Les impôts sont énergiquement perçus, soit en nature (blé, sésame ou dattes), soit en argent, môme sur les biens ecclésiastiques et sur les fermages; on accorde parfois une remise jusqu'à la (in de la moisson, mais l'impôt est alors aussitôt réclamé. On contrôle les grands troupeaux appartenant à la couronne, ou la tonte des brebis; on règle les livraisons de bois des forêts dans les marécages du Sud ou la position des bateaux de transport; on surveille sévèrement les corvées des serfs, mais on prend soin aussi que personne ne soit obligé à un travail auquel il n'est pas astreint par son état ; on contrôle surtout sévèrement la situation des classes particulières de la pof)ulation (par exemple les marchands) et leurs droits spéciaux. On s'oppose aux tentatives des autorités locales, des « anciens » (§ 422) et des juges, de confisquer illégalement des terrains, et l'on intervient

ÉLAMITES F:V AMORKITES. LE ROYAUME DE BABYLONE

éner^iquemont contre les tentatives de corruption. A côté de cette surveillance, on se soucie inlassablement de la mise en état et de la prolongation des canaux, et pour cela on exige la corvée des propriétaires des terrains avoisinants. Notons encore les ordonnances sur Tintercalation d'un mois, sur les prescriptions cultuelles, comme Texpédition par bateau à I^abylone des déesses d'h]mutbal avec leurs hiérodules et le renvoi dans leur sanctuaire, ou sous Samsuiluna sur la procession de la déesse Anunit vers un quartier de Sippar; enfin sur les mouvements de troupes. Le roi a une armée permanente de soldats de métier qui est très probablement recrutée en grande partie chez les Amoirites. Comme l'enseigne le Gode de ïjammurabi, l'obligation iixe du service militaire repose sur les guerriers. Celui qui s'y soustrait'et envoie sur convocation un remplaçant payé est puni de mort. C'est pourquoi les guerriers reçoivent du roi' un terrain inaliénable et du bétail à administrer, qu'héritent leurs descendants avec l'obligation du service militaire. Si un guerrier n'administre pas ce bien à cause des charges qui le grèvent (probablement les taxes liées au bail emphytéotique ilkti), un autre peut l'occuper; si alors le guerrier ne revient pas pendant trois ans, le terrain devient la propriété de l'occupant. Ce sont des situations qui rappellent l'Egypte à basse époque et l'empire romain avec ses ordonnances agricoles pour les vétérans. La puissance et les succès des rois de Babylone reposent précisément sur cette classe de guerriers, dont la transformation successive en propriétaires fonciers dut avoir été plus tard la cause décisive de la décadence du royaume.

La correspondance de Hammurabi et des autres rois de la première dynastie, King, Letfers of Ilammuraùi (transcription, Irad. et comment., dans vol. Ill); elle est complétée par le Code et les documents mentionnés §§ 422 note, 436 note. — Plusieurs termes sont encore inexpliqués, en particulier ceux qui désignent les difTérentes classes de la population : ainsi les patésis dans les lettres à Sinidinam, n" 10, 51 et suiv. et Abesu, n° 9, qui paraissent désigner

ici une classe dépendante de la population et ne peuvent rien avoir de commun avec les gouverneurs de villes qui portent ce titre. Dans le Code ils ne sont cités qu'une fois, 29, 42, cf. § 413 note. Le mot signifie-t-il proprement quelque chose comme « serviteur » et désigne-t-il le gouverneur comme serviteur de la divinité, cf. i; 380? Le sens de la classe du peuple appelée bd Iritfi « chasseurs, preneurs » est aussi incertain ; d'après Samsuiluna, n" 3, ils semblent s'occuper de pêche, près de Sippar, mais dans le Code i^ 26-38, 41, ils sont toujours immédiatement nommés avec les guerriers et possèdent comme eux un tief. Il est possible que ce terme désigne, suivant Winckler, Geseize Hamm., p. 14, les troupes légères— « frondeurs » — qui suivant cette particularité vivaient, en temps de paix, de chasse et de pêche.

450. Hammurabi ne s'est pas contenté d'exercer sans relâche ses fonctions royales en administrant, mais il a condensé les phrases fondamentales d'un droit équitable en un grand Code. Déjà Sumulailu, le plus important de ses prédécesseurs, paraît avoir codifié les préceptes légaux, et les souverains de Larsa et d'Uruk ont aussi émis des ordonnances semblables (î^ 421). Hammurabi, dès la deuxième année de son règne, « a établi le droit dans le pays ». Le mélange de tribus diverses dans le royaume, qui toutes peuvent avoir eu leurs concepts juridiques particuliers, l'obscurcissement des anciennes lois instituées par la civilisation sumérienne et celle du royaume d'Akkad par des ordonnances toujours nouvelles, ont donné l'impulsion à la réforme. Mais la raison essentielle consistait à élever sur une base durable le nouveau royaume, qui, après de longs troubles, groupait tout le pays et qui devait offrir aux sujets une solide et inviolable norme d'existence. Hammurabi se glorifie surtout d'« avoir iixé le droit et la justice dans la langue du pays », c'est-à-dire qu'il rédigea les articles du Code non en langue sacrée sumérienne, mais en akkadien, de sorte que chacun pouvait les lire et les comprendre. Dans sa seconde année il doit avoir conçu le premier projet de sa loi; il ne termina son travail qu'à la fin de son règne, après avoir abattu Rîm-Sin et

jt^UiM

ÉLAMITES ET AMORRITKS. LK ROYAUME DE BABYLONE

dominé toutSumer et Akkad. (rest alors qu'il éleva dans Esagil, c'est-à-dire dans] le temple de Marduk à Babylone, un énorme bloc de diorite, surjlequel sont gravés les articles du Code, que lui révéla Samas, le dieu soleil de Sippar et le principal dieu des Akkadiens. Un relief au-dessus du Code montre comment le roi reçoit la loi de Samas. Le code commence par une introduction (|ui mentionne les bienfaits dont le roi a comblé les villes du pays ; il se termine en décrivant la bénédiction que Tordre légai procure au pays des têtes noires et en exhortant les descendants à le maintenir sans modification. Contre celui qui oserait le transgresser, l'altérer ou le détruire, ou etTacer le nom du roi ou le remplacer par le sien propre, on invoque la malédiction des grands dieux. Plus tard, au xu^ siècle, cette stèle fut emportée à Suse par les Elamites et nous a été ainsi conservée. Il est hors de doute que ce Code fut répandu dans le pays en de nombreuses copies; on a trouvé dans la bibliothèque d'Assur-bàni-apal (luebjues fragments copiés sur l'original.

L'organisation juridique atteint sous Hamnuirabi un développement dont on entrevoit les origines sous ses prédécesseurs : notamment la mise à l'écart des juges prêtres du temple qui sont encore convoqués pour recevoir le serment, et leur remplacement soit par les « anciens » des villes (§ 422) sous la présidence du chef de la ville — rabiànu —, soit par les collèges de juges dont les membres sont nommés par le roi, et probablement à vie. Ces cours de justice sont sous la surintendance des plus hauts fonctionnaires de l'administration et du roi luimôme (§ 449); de plus, la cour de Habylone forme l'instance suprême à laquelle les parties peuvent en appeler.

Au début, la loi donne quelcjucs courtes définitions sur la procédure, la punition de plaintes injustifiées et de fausses dépositions de témoins ainsi que des juges iniques, le jugement par l'ordalie en cas d'accusation de sorcellerie (l'accusé doit se soumettre à l'ordalie par Feau). Puis viennent, dans un ordre assez systématique, toutes les principales activités de la vie

sociale : droit de propriété, devoirs et possessions des guerriers (§ 449) et des autres propriétaires fonciers, affaires d'argent et tout le droit des obligations, prêt, dépôt, dette, avec des paragraphes sur l'esclavage pour dettes, ainsi qu'un droit familial très détaillé. Puis les dispositions pénales sur les blessures ou les rixes qui sont soumises pour la plupart à un droit sévère ou au talion. Dans des cas déterminés le dommage est compensé par une amende graduée suivant la situation de l'individu lésé. Les professions de médecin, d'architecte, de batelier entre autres sont aussi traitées d'après le même principe. L'opération du médecin réussit-elle, il reçoit son salaire; causet-elle la mort du blessé, on coupe les mains du praticien; — une maison mal construite tue-t-elle le propriétaire, l'architecte est mis à mort; le fils du propriétaire succombe-t-il, le fils de l'architecte est tué ; un esclave frappé doit être remplacé par un autre. Ces dispositions sont suivies par des ordonnances concernant d'antres méliers, louage de bétail ou travaux des champs, location de bateaux ou achat d'esclaves. La tendance est partout très apparente de créer des règles fixes pour la vie sociale et par suite de déterminer par une régularisation officielle les prix et les salaires, comme nous l'avons déjà vu chez quelques souverains plus anciens (S 421). A la lecture du Code, on a partout l'impression très nette qu'il est logique et simple. Il est condensé en phrases claires et non équivoques, qui facilitent dans tous les cas une sentence rapide et juste. Hammurabi semble avoir pesé très soigneusement chacune de ses phrases et tenté partout d'atteindre à l'équité; c'est pourquoi il a fréquemment modifié les anciennes ordonnances (cf. §421 etsuiv.) sur lesquelles il s'appuie naturellement, et écarté par exemple les cruautés devenues insupportables. Il cherche énergiquement à protéger ceux qui sont faibles socialement, les pauvres, les veuves et les orphelins, et à empêcher toute injustice. Mais, précisément pour cette raison, on ne trouve pas la niuiT^dre disposition à une casuistique juridique plus développée, il ne cherche pas à pénétrer dans les détails

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ÉLAMITES ET AMOKRITES. LE ROYAUME DE BABYLONE

particuliers ou à saisir les motifs d'une action. Le droit est clair et concis, mais par suite aussi il manque de souplesse. Il ne donne partout qu\ine seule règle et une seule décision. Ou le plaignant a raison et la décision est prise à son avantage, ou bien il a tort et il est débouté de sa demande, même éventuellement puni. Le médecin a pratiqué son art adroitement ou non, suivant le cas il est payé ou sévèrement puni; le juge prononce un jugement juste ou injuste, il est condamné à une forte amende ou bien reconnu incapable de remplir les fonctions judiciaires. « La personne lésée qui a une all'aire juridique doit s'avancer devant mon image qui est celle du roi du droit, lire mon inscription, écouter mes précieuses paroles ; mon inscription l'instruira, il verra son droit et son cœur se réjouira. » La loi de Hammurabi a sans aucun doute rendu possible une administration rapide et impartiale de la justice; mais on ne peut pas non plus contester que dans la pratique ce fut une arme à double tranchant, qu'elle dut conduire souvent aux plus grandes rigueurs et que, dans la meilleure intention d'ôtre toujours juste, elle produisit en fait assez souvent les effets contraires, vu la diversité infinie des manifestations de la vie.

Le Gode de ^ammurabi, trouvé en 1901, a été d'abord publié par Scheil, Délég. en Perse, IV [Textes élam. srm., II), 1902, et dès lors souvent étudié : R. Harper, The Code of //. ; D. H. Muller, Die Ges. H. u. ihr Verhaltnis z. mosaisch. Geselzgehung, sonne z. d. 12 Tafeln (cf. g 423 note) ; Kohler u. Ungnad, H\s Gesetz. ; Winckler, Die Ges. H. in Umschr. ?i. Ueherselzunq. Puis une traduction manuscrite de Fr. Delitzsch. Fragment d'un deuxième exemplaire en diorite : DH. en Perse, X [Textes élam. snn., IVj, p. 81 et suiv. Fragments de la bibliothèque d'Assurbâniapal : Meissner dans BA, III; Delitzsch, ibidem, IV. Les explications de Lyon sont particulièrement utiles à l'éclaircissement du texte : JAOS, XXV, sur la disposition du texte où il paraît trop systématiser, puis sur « la langue du pays » (5, 22) entre autres, et XXVII, sur l'époque de rédaction et l'érection à Babylone, et non à Sippar comme on la souvent admis.

ifcii'rn nV 'ifcJli -â

— Sur les rapports des documents juridiques avec le Code : Meissner, Assijr. Studien, lll (MVAG., 1905), p. 25 et suiv.; Schorr, AltbaO. Rechtsurk. [Ber. Wien. AL, 155, 1907, et 160, 1909) et dans le Bulletin de l'Académie de Cracooie, juillet 1907; Hazuka, Altafj. Rechtsurk, u. Hammurabi Kodex, BA, VI. — Jugement d'un procès de Sippar « d'après {/carki) Sumulailu » : Meissner, op. cit., III, p. 20; Lyon, op. cit., XXVII, p. 125; un texte semblahle dans Peiser, KB, IV, p. 12, II. 25 el suiv. et peut-èlre dans Schorr, AUbab. Rechtsurk., I, p. S. — Sur la procédure : Cuq, Essai sur iorganisation judic. de la Chaldée à l'époque de la 1'^ dyn . babyl., Rev. Assyr., VU (§ 422 note).

451. Nous possédons dans le relief de la stèle du Code un monument artistique important de Fépoque de Hammurabi, qui prouve que les traditions de Fart akkadien étaient encore vivaces. Dans la ligure du dieu-soleil tiônant avec les rayons qui surgissent de ses épaules, caressant de la main gauche une longue barbe ondulée, Fexpression de la majesté s'allie à la bienveillance qu'il manifeste aux hommes et aux rois. Dans les traits énergiques du souverain se retlète le type de la physionomie divine (§ 447). Le relief montre dans la technique un progrès sur les œuvres antérieures : on tente de dessiner avec exactitude la figure du roi posée de profil ; par contre sur la stèle calcaire de Iturasdum (§ 447), dont le relief est très grossier, on n'a pas fait cet effort. Nous ne possédons, en dehors de ce monument et des empreintes de cachets, aucune œuvre d'art de cette époque, quelque zèle que les souverains, ainsi que l'enseignent la datation des années, aient mis à fabriquer des trônes ou des images divines ainsi que des statues de rois. Le royaume de Babylone ne pourra sans doute pas rivaliser avec la riciiesse des créations artistiques que produisit à la môme époque l'Egypte de la X\V dynastie : la datation des années montre précisément que de pareilles créations étaient exceptionn-elles, puisqu'elles méritaient d'ôtre annoncées aux sujets avec une Fierté particulière. De môme dans la vie de l'esprit, pour autant que les matériaux nous permettent d'en juger, le royaume de

ELAMITES ET AMORRITES. LE ROYAUME DE BABYLONE

LES ROIS POSTERIEl'RS DE BABYLONE

Babylone se tint semble-t-il notablement en arrière du Moyen Empire. Cette époque n'a ^uère mis en circulalion de nouvelles idées originales et n'a pas innové sur le terrain religieux non plus. Car si Marduk de Habylone, et avec lui le dieusoleil de Sippar et Nabù de Borsippa, relèguent à Tarrière-plan les anciens dieux du panthéon de Sinéar, ce n'est pourtant qu'un changement formel. La prouve que cette épO({ue a été pauvre en cr(*ations, c'est que Marduk emprunte simplement les anciennes formes et les vieux mythes de ces dieux. Les tournures générales aussi, au (hîbut et à la fin du Code de Hammurabi, ne font que répéter b^s phrases traditionnelles anciennes (|ue nous connaissons entre autres par les cylindres de Gudéa. L'époque de (jammuial)i et de ses successeurs marque bien le terme du développement séculaire de la civilisation du pays. Sa force propre est épuisée, politiquement et intellectuellement; mais la dynastie étrangère (|ui pénétra par la conquête, avec ses troupes denière elle, a trouvé la force d'absorber cette civilisation et de se l'assimiler. Si la loi de Hammurabi forme le terme du développement juridique et social de Sinéai', c'est également sous ce roi et ses successeurs qu'un grand nombre de textes cultuels et mythologiques, de manuels du rituel et de l'activité pratique ont sans doute été rédigés. Ils nous sont conservés dans des copies postérieures, quelles que soient les adjonctions ou amplifications que l'époque suivante ait fait subir à ce schème une fois fixé. iNous avons déjà passé en revue le contenu de cette littérature (§ 426 et suiv.).

Les rois- postérieurs de Habylone et les rois du Pays de la Mer.

452. En 2081 Hammurabi eut pour successeur son fils Samsuiluna, c'est-à-dire « le soleil est notre dieu », un nom

amorrite très significatif. Nous n'avons que peu de renseignements sur ce roi et ses successeurs, indépendamment des nombreux documents privés qui sont toujours très nombreux; par bonheur les fragments de la chronique nous donnent au moins quelques éclaircissements. Les débuts de son lègne paraissent s'être écoulés en paix : la datation des années est empruntée à des constructions de canaux ou à des offrandes. Mais de pénibles ébranlements surviennent alors : les fragments de la chronique racontent les combats de Samsuiluna et de Rîm-Sin, l'ancien adversaiie de Hammurabi, qui tente encore une fois, à la fin de sa vie, de regagner son ancien loyaume. H avait probablement cherché un refuge dans la tribu sauvage des Cassiles (§ 456) et fut ramené par eux. En l'an 9 de son règne, en elTet (2073), Samsuiluna doit livrer combat « aux troupes cassites [Kaski) », et Tannée suivante (2072) il vainquit « les troupes d'Idamara (inconnu par ailleurs), lamutbal, Uruk et Isin ». Si Rim-Sin vint des monts cassites, nous comprenons qu'Opis sur le 1 igre soit tombée entre ses mains. De là il se sera de nouveau dirigé vers le Sud oii il paraît avoir été partout reconnu. \\ tenta alors de réveiller le sentiment national contre « le méchant ennemi », en s'appuyant sur les plus anciennes traditions du pays, comme autrefois les rois sumériens qu'avaient combattus les Sémites de Kis. L'an 2072 porte le nom de : « année où dans le temple d'Opis la déesse Ninmah (1) éleva le roi Rîm-Sin à la royauté sur tout le pays ». Mais ce succès dura peu ; la date môme a cette adjonction particulière : « où il ne repoussa pas dans leurs pays les méchants ennemis ». En fait Samsuiluna soumit de nouveau encore la môme année le Sud qui s'était révolté. Rîm-Sin paraît avoir trouvé la mort dans les flammes de son palais. Les murs d'Ur et d'IJruk furent abattus l'année suivante. Les châtiments ne manquèrent pas non plus, et les dates des

(1) Elle est identique ù lancienne dées>se de la montagne, Ninharsag d'Opis (^ 370). Le temple est appelé dans cette date Temen-anki « fondement du ciel et de la terre », comme plus tard la tour du temple de Babylone.

i^^SSâi.

ÉLAMITES ET AMORRITES. LE ROYAUME DE BABYLONK

LES ROIS POSTÉRIEURS DE BABYLONE — i^ 453

années suivantes mentionnent aussi des combats, ainsi en 2069 avec Kisiirra (Abu IJatab à l'est de Babylone et de Kis). Il est probable qu'un nouvel adversaire se dressa alors devant lui, llumailu, qui paraît ôtre entré en scène comme descendant de Damiqilisu, le dernier souverain de la dynastie d'Isin (§ 418). Il remporta de grands succès pendant quelque temps : un document de Nippur est daté de sa deuxième année. En 2067 les murs d'Isin sont détruits, en 2058 Kis reçoit de nouvelles fortifications, ces faits sont en relation avec les guerres mentionnées. A la fin Samsuiluna paraît avoir de nouveau soumis la plus grande partie du pays. Mais il ne réussit pas à dompter tout à fait ses rivaux; Ihnnailu s'ailermit dans les marais de Textrême Sud et y fonda un royaume du « Pays de la Mer ». Ainsi Tunité de tout Sinéar obtenue par IJammurabi est restée éphémère; peu après sa mort le pays est de nouveau, et pour longtemps, divisé en deux Etats.'

Combat de Samsuiluna avec Riin-Sin : Iving, Chron., II, p. 18. Ungnad s'est élevé contre l'opinion probable qu'il s'agissait là de son fils (Ungnad, ZA, XXIIl, p. 73 et suiv.) : deux documents de Tell Sifr près de Larsa, rédigés dans les mêmes termes et contemporains, avec les mêmes témoins, concernant l'achat d'une maison — seul le prix diffère ce qui surprend, — sont datés l'un de liim-Sin, l'autre de Samsuiluna, on voulait, ce semble, quelle que soit l'issue du combat, avoir un document avec une date correcte qui témoif^nàt de la loyauté des contractants. Voir Thureau-Dangin, J. Aslat., 1Î)00, H, p. 335 cL suiv., qui a coniplétenienl éclairci les dates des années. D'où il suit que la date donnée par le texte (Thureau-Dangin, lu loc, p. .336 = ^\4A/, p. 237e) est identique à l'an 10 de Samsuiluna. De longtem[)s Hommel avait reconnu que la soi-disant deuxième dynastie, celle du « i^lys de la Aîer », avait été pai-tielleinenL contemporaine de la première et que son fondateur llumailu devait être placé à la tin du règne de Hamumrabi, ou peu après; Poebel, ZA, XX, p. 229 et suiv. (cf. XXI, p. 102 et suiv. ; la lecture Be-ilimailu de Hilprecht, Hab. h'xp., X\, 1, p. 56 note, ètait^ erronée), l'a prouvé par des documents de Nippur; par contre l'opinion de

■^ï.'ii.,..,*

Ranke reposait sur une erreur, que ce roi était identique à Ilumaila de Sippar, S 437 note [Hah . Exp., YI, 1, p. 8); maintenant cela est confirmé par la chronique publiée par King, Chron. ^ II, p. 19 et suiv. Sa deuxième année est aussi mentionnée par Poebel, BE, VI, 2, p. 20. De plus amples renseignements, s^ 327. La dynastie se joint à celle d'Isin, comme le prouvent le retour du nom Damiqilisu (§ 453) et le fait que cette dynastie du Pays de la Mer, qui régna de 1051 à 1031, prétend descendre de Damiqilisu (King, Chron., II, p. 51 et suiv.). — Dates et autres données pour Samsuiluna dans King, Hamniurabl, III et Chron,, II, p. 105 et suiv. et Bh\ VI, 1-2. Date de l'an 10 : Thureau-Dangin, loc. cit., p. 330; mur de Kis, Tliureau-Dangin, OL/, 1909, 20i. Il est peu probable, comme le suppose Ungnad, ZA, XXIll, p. 82,3, que la date de l'an 2 « indépendance (?) de Sumer » doive se rapporter à lélévation de Hîm-Sin, car non seulement il n'est guère concevable qu'un souverain ait nommé une année d'après une rébellion qui réussit contre luimême, mais aussi parce que les années suivantes ne font connaître aucun combat et que la puissance de Ilîm-Sin s'affaissa probablement très vite.

- 453. Les dernières années de Samsuiluna (2080-2043) paraissent avoir été paisibles, quoique plusieurs noms d'années de la liste de dates très mutilée semblent signaler aussi des combats. Au reste il continua à régner à la manière de son père, établissant de nouveaux canaux, ornant des temples ou rétablissant 6 forteresses de Sumulailu (^ 438). Presque toutes les dates de son fils Abesu (2042-2015) sont perdues; la ciironique nous apprend qu'il marcha de nouveau contre llumailu et coupa dans cette intention la digue du Tigre ; mais « il ne put pas le prendre ». Nous possédons la liste à peu près complète des dates des deux rois suivants, Ammiditana (2014-1978) et Ammij?aduqa (1977-1957) ; mais elles ne mentionnent que des événements intérieurs, canaux et forteresses, constructions de temples et de palais, statues royales ou oracles. La seule date importante est celle de la dernière année d'Ammiditana (1978) « dans laquelle il détruisit les murs dTsin (la lecture est malheureusement peu sûre), qu'avait construits le peuple de Damiqi-

ÉLAMIXES ET AMORRITES. LE ROYAUME DE RABYLONE

lisu ». Ce dernior est piobiiblement Dcimi(|ilisii 11, le deuxième successeur d'ilumaihi, qui porte le nom du dernier roi disin, dont il se présente comme l'héritier. Il s'est sans doute avancé encore une fois jusqu'à l'ancienne ville royale dont il a relevé les murs détruits par Samsuiluna, mais il n'a pu s'y maintenir pendant longtemps. Ses descendants n'auront émis leurs prétentions que dans le « Pays de la Mer », dans de très modestes conditions. L'an H de son rèpjne (1967) Ammii>adu(ia construit une forteresse à l'embouchure de l'Euphrate, ce qui prouve bien que ces dynasles ont été de nouveau refoulés. Au reste, indépendamment de la perte du Pays de la Mer, les derniers rois de Babylone ont diilicilemcnt gouverné la totalité du territoire que Hammurabi ou même Samsuiluna avaient possédé. Cette caractéristique de l'histoire de Sinéar, en opposition à celle de l'Egypte, s'explique par les contrastes de sa population. Ici tous les États s'écroulent facilement et chaque grand empire qui se forme est éphémère; cela a duré jusqu'à la lin, c'est-à-dirc jusqu'au royaume chaldéen de Nabuchodonosor (Nabûkudurriui?ur). 11 manque à ces Ktats la base ferme qui détermine un avantage durable dans la lutte avec les puissances ennemies ; il semble qu'une décomposition intérieure soit toujours très rapidement survenue.

Avec le dernier roi de la dynastie Samsuditana (1956-1926) tous les documents cessent. Pendant son règne le royaume de Babylone s'effondra, après avoir duré exactement 300 ans depuis ses premiers débuts sous Sumuabu.

Hilprecht, Delwje Story, p. 9, 3, remarque que Nippur ne nous a livré aucun document daté d'Abe^u ; la ville fut alors probablement au pouvoir d'ilumailii. — Les dates d^Âmmiditana et d'Ammisaduqa ont été fort bien étudiées par Ungnad, BÀ, VI; mais malgré ses objections sur le sens donné à la date sur Damiqilisu, l'auteur ne peut tenir pour exacte que Texplication de Poebel, ZA, XX, p. 229 et suiv. — Liste royale des P" et 2« dynasties, voir § 458 note.

HITTITES, ARIENS, CASSITES, ASSYRIENS

Invasion hittite. Fin du royaume de Babylone. La dynastie du Pays de la Mer.

454. « Contre Samsuditana et le pays d'Akkad marchèrent les lïattû » : ainsi se teimine, par une brève chronique, l'histoire de la première dynastie de Habylone. C'est en môme temps, et pour longtemps, la dernière donnée que» nous possédions sur le sort de Sinéar. Pour la première fois le nom des Hittites apparaît dans l'histoire. Les Hittites viennent de l'Asie Mineure orientale : mais nous ne pouvons pas encore décider si le nom fourni par la chronique s'appiifjuc au même peuple que nous rencontrons dans les siècles suivants et qui témoignent d'une si grande puissance (cf. gf^ 474, 501), ou si ce nom est employé d'une manière générale pour désigner les tribus apparentées du Nord-Ouest. 11 ne s'agit en tous cas pas de l'ancienne population non sémitique de la Habylonie, désignée par le terme de Subarî ; mais on doit peut-être penser aux Mitanni que nous trouvons ensuite dans la Mésopotamie septentrionale (§ 465). On admettra sans doute une invasion venue des monts du Nord-Ouest. Nous ne savons rien de plus sur les phases et l'issue du combat. Cependant nous pouvons, semblet-il, combiner avec cette chronique le renseignement du roi cassite Agum II, que les images de Marduk et de son épouse Sarpanit, les protecteurs de Babylone, avaient été emportées

INVASION IIITTTTK. FIN DU ROYAUME DE BABYLONE — § 45 i a 335

au pays Hani et qu'il les en ramena (§ 459). Cela prouve en tout cas que Babylone a été conquise et pillée ; ainsi l'attaque des Hittites aura prépaie la lin du royaume Amorrite de Babylone (1926). lïani est sans doute identique à Fïana dans les steppes le long de TEuphrate, au sud du llabùr («:> 453), et au nom plus complet Hanii;albat (S 4(i5). Les Hittites, semble-t-il, y ont fixé le siège de leur puissance et de là ont saccagé et rendu tributaires les pays avoisinants (cf. § 464). Nous avons noté déjà des relations entre Sinéar et les tribus de l'Asie Mineure, en particulier Fadoption de leur déesse ïshara (J^ 433, cf. S§ 481, 486); plus tard, sous les Cassites, nous rencontrons fréquemment des noms asianiques, surtout des noms composés avec le nom du dieu Tesub, preuve manifeste que des éléments hittites se sont établis à l'état sédentaire parmi la population indigène de Sinéar.

Donnée de la chronique : Kin^, Chron., H, p. 22. Inscription d'Arum, § 458 note. — La présence de noms « Mitanni » (cf. § 433 note) dans les documents cassites publiés par Clay, /y/:', XIV, XV, a été reconnue par Hork, OLZ, IX, p. 588; on y trouve surtout de nombreux noms composés avec Tesub (lu : te-ru par Clay), puis des noms comme Kilia == Gilia dans les lettres Mitanni, des formations avec le mot mitanni : ar, ari = donner (ne pas confondre avec Tarien : arial) etc. ; le nom propre Tarkuabu composé avec le nom du dieu Tarku. Cf. aussi Un^nad, OLZ, X, 140, et Clay, Personnl Nanies from Cun. Inscr. of the Cassite période 1912.

454 a. Nous ne possédons aucun autre renseignement de quelque nature que ce soit sur les Hittites en Sinéar et sur l'histoire des 150 années qui suivent. Les combinaisons par lesquelles on croyait pouvoir combler ces vides sont insoutenables (§ 328). Il est bien plutôt acquis, depuis que Kugler a fixé en 1926 la fin de la dynastie de Babylone, qu'il y a en chifl're rond un intervalle de 165 ans entre cette dynastie et le commencement de la troisième dynastie, cassite, vers 1760. A cette époque les « rois du Pays de la Mer », descendants de

llumailu (§ 452 sq.), désignés dans les listes royales comme la deuxième dynastie, doivent avoir établi leur domination sur tout le pays. L'invasion hittite leur a permis probablement d'atteindre le but; leur domination signifie de nouveau une victoire de l'élément sumérien sur les Sémites du Nord. Ainsi, après Damiqilisu H (§ 453), les rois suivants de la dynastie, soit 8 en tout, ont |)ris des noms sumériens, bien qu'ils soient, ce semble, d'origine sémitique. Leur puissance ne peut avoir été très grande et la suite des rois que nous possédons est peutêtre môme incomplète; les noms conservés, en elfet, ne suflisent en aucune manière à combler l'intervalle qui sépare llumailu des derniers rois de la dynastie. Nous ne possédons pas non plus un seul document de cette époque, ni une inscription royale, ni une brique de construction, ni un document d'afTaires. La seule notice qui nous soit parvenue dit que Gulkisar, le sixième roi de la dynastie (environ 1875-1830), a donné à la déesse Nina un district dans le territoire de Dèr sur le Tigre. Babylone même doit alors avoir été pour un certain temps aux mains des Hittites. Divers mouvements eurent lieu à cette époque, il faut y placer peut-être l'extension de la puissance assyrienne sous Samsi-Adad (§ 464).

Nous avons déjà mentionné, i^ 327, que les chifTres donnés pour la deuxième dvnaslie sont tout à fait lét^endaires : 11 rois en 10 générations pendant rien moins que 368 ans, parmi lesquels llumailu 60 ans, son successeur 56 ans, Gulkisar 55 ans, son successeur 50 ans! Mais comme l'intervalle entre Télévation de llumailu vers 2070 et la tin de la dynastie vers 1720 (i< 458) comporte réellement 350 ans en chillres ronds, la dynastie donnée est incomplète. Entre la tin de Damiqilisu II vers 1980 et l'accession de Gulkisar vers 1870 il y a eu probablement plus de 2 rois, qui doivent de plus avoir été frères. On pourra ditlicilement reculer le premier d'entre eux, Iskibal, jusqu'à la tin de la première dynastie, en 1925, de sorte ju'il y a là une grande lacune; cf. la liste royale, § 458 note. [L s chifïVes (|ui y sont donnés sont ceux de Hilprecht, /Jh\ XX, 1, p. 42, 2; ils diffèrent en plusieurs points de ceux qu'admettent

HITTITES, ARIENS, CASSITES, ASSYRIENS

Kundt/on el Lehmann, adoptés dans la précédente édition.] — Nous connaissons la donation de Gulkisar par une inscription d'Kllilnadinapal, fils de Nabuchodonosor I (NabAkudurriusur), qui la sanctionna la A' année de son règne, vers 1130 : Hilprecht, ///s', I, pi. 30 et suiv. et Assi/rlaca, p. 1 et suiv.; Jensen,Z.4, VIIl, p. 220 et suiv.; il le place 690 ans avant lui, c'est-à-dire 700 ans avant le renouvellement de la fondation, et doit songer à ia dernière année du gouvernement de Gulkisar. Cf. § 327 note.

Irruption des Ariens. Le cheval. Les Cassites.

4o5. L'invasion hittite a été la première migralion de peuples de cette époque; elle est suivie par une deuxième, et non moins profonde, partie de TEst. L'impulsion fut donnée par Tirruption de tribus ariennes qui, vers la fin du troisième millénaire environ, avaient occupé les pays à Test de la mer Caspienne et du lac d'Aral. De là elles se répandirent d'une part vers le Sud- Est dans le territoire de l'Indus, de l'autre vers l'Ouest au delà du haut plateau iranien, et mirent ainsi en mouvement les populations qui y étaient installées. Nous rcnconlrons les Ariens même en Mésopotamie et en Syrie (g 465) au plus tard depuis 1600 environ. Il n'est pas douteux que les Ariens, comme surtout les Indo-européens, aient connu le cheval; de nombreux noms ariens, de tout temps, composés avec asva « cheval », prouvent combien leur vie était étroitement unie au cheval. Cet animal servait moins comme monture que comme hôte de trait, pour les chars sur lesquels on parcourait de vastes distances lors des migrations ou des expéditions militaires; on trouve même mentionnés des chariots de course (§ 577). Le cheval est par contre totalement inconnu aux pays civilisés de l'Ouest jusqu'au commencement du deuxième millénaire, autant en Sinéar qu'en Egypte. On employait uni^iuement Tàne comme bète de trait, en dehors des bœufs pour les lourds chariots. Le char de Gudv.u

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