‹ Histoire de l'antiquité [microform]Chapitre 162 sur 172 · IRRUPTION DES ARIENS. LE CHEVAL. LES CASSITES · texte numérisé non relu

IRRUPTION DES ARIENS. LE CHEVAL. LES CASSITES

nominatif). On trouve peut-être encore dans leur vocabulaire d'autres éléments ariens. Donc on peut supposer qu'ils ont été repoussés par les Ariens vers l'Ouest, contre la Babylonie, et qu'ils étaient établis auparavant beaucoup plus à TEst, peut-être en Médie.

Les matériaux dans Delitzsch, Sprache der Kossacr, 1884, qui a déterminé exactement leur position. Il a publié un glossaire cassite-assyrien de 48 mots; l'explication des noms de rois cassites dans la liste des rois après le déluge mentionnée au § 329 a (dans Delitzsch, p. 20 et suiv.) donne de plus amples renseignements. Il faut y ajouter les nombreux noms propres des documents de la dynastie cassite : Clay, BE^ XIV et XV et Personal Naines fvom cun. inscr. of the Cassite perlody 1912, p. 36 et suiv., où il réunit, p. 44 et suiv., les similitudes avec les noms Mitanni. Hilprecht Z.4, VIII, p. 317 suppose que le dieu cassite Turgu est identique au Tarhu, Tarku hittite (§ 476). — Les Kassû chez Sinahériba : Cyl. Taylor, I, p. 63 et suiv. ; KB, 1, p. 86 et suiv. Pour la position du lieu voisin Ellip, voir Streck, ZA, XV, p. 380 et suiv. Données grecques : Strabon, XI, 13, 6; XVI, 1, 18; Polybe, V, 44; puis les historiens dWlexandre : Arrien, VII, 15; Diodore, XVII, 111 ; Néarque in Arrien, Ind., 40, 6, et Strabon, XI, 13, 6, les désignent comme une tribu de brigands sur la frontière de Médie. Puis aussi Plme, VI, 134; Ptolémée, VI, 3, 3. Les sources ne permettent nullement de prétendre avec Oppert, ZA^ III, p. 421 et suiv., V, p. 10() et suiv., et Lehmann à sa suite, ibidem^ VII, p. 328 et suiv., Bauptprohleme, p. 211 et suiv., que les Kassu ne sont par les Cassites, mais seraient les Cissiens, de Susiane (§ 363); la langue des Cassites aussi prouve qu'ils n'appartiennent pas à TEIam. — Scheftelowitz, Z. /'. vergl. Sprachîviss., 28 1902, a tenté d'expliquer les mots cassites par larien, mais il doit pour cela se livrer aux combinaisons les plus aventurées et admettre un violent changement de lettres, qui n'apparaît nulle part dans les dialectes ariens (iraniens) de l'époque tardive ; les mots conservés par ces dialectes sont toujours transparents; par contre, avec raison, Bloomfield, On some alleged Indeuropaean Languages, Amer. J. of. PhlL, XXV. On doutait auparavant de l'étymologie de suriasy expliqué dans le glossaire par « dieu Soleil » (à côté du mot indigène sah), z= arien sûrja-s,

HITTITES, ARIENS, CASSITES, ASSYRIENS

sans compter que ias signifie ordinairement a pays » dans les mots cassites (ainsi Buv-ias = Oêl maidti), parce que nous devrions attendre un système consonnantique iranien, dans lequel le s initial devient h. Or il est acquis maintenant par les noms divins mitanni (§ 455 note) que ce changement n'était pas encore survenu chez les Ariens, qui pénétr<'rent dans l'Ouest au xV^ siècle, mais qu'alors ils gardaient le v primitif aussi bien que les Hindous.

La domination cassite en Hahijlonie,

457. Les Cassites apparaissent pour la première fois dans Hiistoire de Sinéar l'an 9 de Samsuiluna (2073), probablement comme alliés de Hîm-Sin dans sa tentative de relever son royaume !§ 452). Ensuite on les trouve parfois dans les documents comme ouvriers et locataires de champs. Le cheval aussi qu'ils ont eux-mêmes reçu des Ariens, fut apporté par les Cassites en Sinéar comme article de commerce très recherché. On conçoit que la riche plaine du Tigre qui s'étendait aux pieds de leurs montagnes excitait leur convoitise. A la vérité, nous manquons de toute donnée sur la manière dont eut lieu leur invasion. Il serait possible, par analogie avec de nombreux exemples comparables, qu'ils soient venus d'abord comme mercenaires dans le pays et de serviteurs soient devenus les maîtres. En tout cas, vers 1760, un prince cassite, Gandas, a arraché aux rois de la deuxième dynastie la domination sur Babylone et la partie principale du pays, et les a refoulés dans leur ancienne possession, le Pays de la Mer. Tout ne se passa pas sans violence ; Gandas parle, dans les fragments de copie d'une inscription, tle la mise à sac du temple d'Ellil « lors de la conquête de Babylone ». Dans cette inscription, qui trahit aussi son origine par de nombreuses fautes de grammaire, il se nomme « Gaddas, roi des 4 régions du monde, roi de Sumer etd'Akkad, roi de Babylone » ; donc il se présente comme roi légitime et successeur des rois de la première dynastie.

Waradibari sous Ammisaduqa, désigné comme mb Kassû : Ranke, Early Bab. pers. Names, p. 174, 199 ; Bh\ \T, 1, p. 8 note. Autres cassites dans les documents de la fin de la première dynastie : Ungnad, /M, VI, 5 {Urk. aus Dilbai), p. 21 et suiv. — Inscription de Gaddas : AVinckler, Uniers, z. nlior. Gesch., p. 34; 156, 6; cf. King, Chron., 1, p. 103, 1.

458. Gandas (1760-1745) a pour successeur son fils Agum I (1744-1723) sur lequel nous ne savons rien de plus. D'après une notice de la chronique, le dernier roi de la dynastie du Pays de la Mer, Eagamil, paraît avoir trouvé la mort à cette époque dans un combat contre l'Elam, devenu alors tout à fait indépendant. En ce temps, dit la chronique : « Ulamburias, frère de Kastilias, le Cassite, réunit ses troupes, conquit le Pays de la Mer et devint souverain du pays ». Ainsi se termine la deuxième dynastie et le Pays de la Mer fut soumis aux Cassites. Ulamburias a probablement exécuté les ordres de son frère Kastilias I, le troisième roi de la dynastie cassite (1722-1701). Ainsi s'explique que celui-ci a subi également un échec des Elamites (§ 462). Sur une poignée de masse d'arme en diorite, Ulamburias porte le litre de « roi du Pays de la Mer ». Il nomme ici comme son père le roi Burnaburias qui n'est pas cité dans la liste royale; il semble par suite, qu'avec Kastilias I, une nouvelle famille soit montée sur le trône à la place de la maison de Gandas. Sans doute, Agum II désigne Kastilias I comme « premier fils d'Agum le Grand (c'est-à-dire l'ancien?), rejeton royal brillant, qui lient les rênes, fils de Gandas ». Peut-être Ulamburias, fils du roi Burnaburias, a-t-il été dilYérent du frère de Kastilias I et appartient-il à une époque postérieure. Kastilias I a pour successeur son fils Us(?)-si (1700-1693), tandis qu'un autre fils, qui porte de nouveau le nom Agum, marche une seconde fois contre le Pays de la Mer, qui a donc dû se révolter. Ce prince conquit dans cette région la ville Dûr-Ellii et y détruisit le temple d'Ellil. Abirattas succède à son frère Ussi, puis est suivi par son fils Tazzigurumas et son petit-fils Agum II, avec

[hittites, ariens, cassites, assyriens

Tépithèle kak-rime. Les années de leurs règnes sont perdues et nous ne possédons pas de documents originaux pour aucun de ces rois ; seule une grande inscription d'Agum II nous est conservée dans une copie d'Aésurbâniapal (§ 459). Après Tazzigurumas commence la grande lacune dans la liste royale (§ 325) ; donc la plus grande obscurité règne sur l'époque qui suit Agum II (vers 1650). Nous manquons de tout monument pendant deux siècles. Les données suivies ne commencent de nouveau qu'avec Karaindas vers i480 ; aucun des documents privés des premiers 350 ans de Tépoque cassite n'est venu au jour jusqu'à présent.

Les dates de la chronique : King, Chron., Il, p. 22 et suiv., traduction améliorée par Thureaii-Dangin, Z.4, X\l, p. 17(>. La lecture du nom Kastilias (transcrit auparavant Bitilias ou Rihias) a été établie par Thureau-Dangin d'après le document de ILina cité au S 433 note; de même la lecture Ahirattas (pour Adumetas), OLZ, XI, p. 31 et suiv., il veut lire aussi Dn-si pour Us-si. — Ula (sic)burias, fils du roi Burnabura(sic !)rias, roi du Pays de la Mer : Weissbach, Bah. Mise, p. 7. Le nom Ulamburias revient dans la liste royale V R, 44, 25, expliqué par « enfant du seigneur des pays ». — Inscription d'Agum (Kakrime^ II : V R, 33, KH, III, 1, p. 134 et suiv.; cf. Delitzsch, Kossaer, p. 55 et suiv., Thureau-Dangin, OLZ, XI, 31 et suiv. Hommelja bien placé le texte de la généalogie, OLZ, XII, p. 108 et suiv., de sorte qu'il concorde parfaitement maintenant avec la liste royale. Schnabel, Chronol. d. Berossos (MVAG, 1908), a fort bien montré que les tentatives de placer plus tard le Cassite Kastilias nommé dans la chronique, frère d'Ulamburias, ont échoué parce que la fin de la deuxième dynastie (Eagamil) ne peut guère être abaissée d'un siècle, comme cela serait alors nécessaire au delcà de l'époque de Kastilias I, et cela h cause de la date donnée pour Gulkisar (§ 451 a). Mais Ulaburias de l'inscription de la masse d'arme peut fort bien être un autre roi. — Les documents de Nippur, Clay, BE, XIV-XV, commencent avec Burnaburias II, ainsi que les nouveaux textes trouvés à Babylone par Koldevey. — Pour la liste royale cunéiforme et sa reconstitution, cf. g 325 et suiv. ; on ne peut affirmer que les chiffres soient toujours exacts.

LISTE ROYALE

Dynastie amorrite de Babylone

P Dvnastie

Sumuabu 14 ans, env. 2225-2212

Sumulailu... 36 » 2211-2170

Sabu 14 » 2175-2162

Apilsin 18 )♦ 2161-2144

Sinmubalit. . 20 » 2143-2124

Hammurabi.. 43 » 2123-2080

Samsuiluna. . 38 » 2080-2043 . .

Abesu 28 » 2012-2015

Ammiditana. 37 » 2014-1978..

Ammisaduqa. 21 » 1077-1957

Samsuditana. 31 » 1956-1926

Invasion hittite

Dynastie cassite de Babylone

IIP Dyna

stie

Gandas 16

ans

Agum I, son fils. 22

Kastilias 1 22

m(?)-§i, son fils. 8

Abirattas

Tazzigurumas

Agum II (-knkrime)

env. 1650

Dynastie du Pays de la Mer

IP Dynastie (cf. § 454 a note)

llumailu (60 ans) vers 2070

llti-ili-nibi (55 ans)

Damiqilisu II (36 a.) jusq. env. 1980

Iskibal (15 ans) Sussi, son frère (27 ans) Gulkisar (55 ans) env. 1870-1830 Pesgaldaramaé (50 ans) Aidarakalama (28 ans) Ekur-ul-ana (26 ans) Melamakurkura (7 ans) Eagamil (9 ans) jusq. env. 1720 (Ulamburias, frère de Kastiliaè 1)

(Agum, fils de Kastilias I)

Vide complet.

439. Gandas se nomme roi des 4 légions et Agum JI parle également de sa domination sur ces contrées; les rois cassites prétendent donc que leur puissance s'étend bien au delà de Sinéar. Mais les faits répondent peu à cette prétention. 11 est très possible au contraire que les Ilyksos, dont le royaume a dû s'agrandir en Asie Mineure, ont étendu leur suzeraineté sur Sinéar au commencement de leur domination, peu après 4700. Nous en avons probablement un témoignage dans le lion de basalte portant le nom de Hian, trouvé à Bagdad (§ 306). On pourrait en trouver une autre confirmation dans la présence d'une liabylonienne, Istarummi, parmi les esclaves prises par les Egyptiens plus tard, lors de la conquête d'Avaris (§ 304 note); mais nos matériaux ne sont pas assez abondants pour en tirer quelque certitude. Sous Agum 11, mais pour un temps seulement, la puissance cassite a dû prendre un plus grand essor. Ce roi se vante d'avoir ramené les statues de Marduk et de Sarpanit depuis IJana, où les Hittites, semble-t-il, les avaient emportées (§ 454), et de les avoir replacées couvertes d'or, de vêtements ornés de pierres précieuses et de magnifiques couronnes cornues, dans la construction de cèdre du temple Esagil à Babylone. 11 semble que cet événement n'est pas la conséquence d'une guerre, mais une simple décision du suzerain. Le territoire de TEuphrate et la steppe mésopotamienne étaient soumis à Agum II; les Hittites doivent avoir été repousses, peut-être moins d'ailleurs par les Gassites que par les Assyriens (§ 464). Donc l'Assyrie aussi a difficilement reconnu la suzeraineté cassite et la Syrie ne Va certainement pas fait. Agum II se vante sans doute dans sa titulature qu'il transplanta à Tuplias (Asnunnak), à l'Est du Tigre (§ 413 note), de nombreux colons et se nomme « roi de Padan et Alman et roi des Gûti, les hommes insensés (?) ». Cette tribu montagnarde lui obéit donc. Le mépris des Gassites vainqueurs à l'égard de leurs voisins qu'ils repoussèrent se manifeste dans cette titulature en des termes naïfs. Les pays Padan et Alman doivent être cherchés peut-être aussi dans la montagne. Le

Pays de la Mer, par contre, semble n'avoir jamais été complètement subjugué; des princes indigènes ont toujours pu y alîirmer leurs prétentions : au xi® siècle encore nous y trouvons une dynastie qui tire son origine de Damiqilisu I", le dernier roi d'Isin (§ 418.452 note), et domina quelque temps sur Babylone (V^ dynastie, 1051-1031). Si dès lors les rois cassites portent généralement le vieux titre de u roi de Sumer et d'Akkad », Agum II, lui, ne se nomme que « roi des Gassites et des Akkadiens » .sar Kass/ u Akkadi^ sans mentionner Sumer, ce qui exprime bien la situation, p. 205.

Pour Padan et Alman ; cf. Delitzsch, Paradles, p. 205. — Il est étrange que Poebel, ZA, XXI, p. 271, déduise de la titulature d'Agum, que Kassû est Sumer, en méconnaissant complètement les faits.

460. Dans le titre qui chez Agum II précède tous les autres se manifeste avant tout le caractère du royaume. Les Gassites sont le peuple conquérant, ils ont pénétré en troupes nombreuses dans le pays d'Akkad et y ont fondé leur puissance. G'est pourquoi ils ont donné à ce territoire, centre de leur royaume, un nom cassite, Kardunias, ce qui veut probablement dire « citadelle du dieu Dunias », peut-être en souvenir d'une forteresse construite par eux. Le souverain du royaume cassite est toujours désigné comme a roi de Kardunias » dans les documents officiels, si le protocole royal complet n'est pas mentionné. Les envahisseurs étrangers forment la classe des guerriers et ont pris pour eux, semble-t-il, la plus grande partie des biens fonciers. Le roi dépend d'eux et nous connaissons dans la suite des révoltes de ces guerriers cassites, qui déposent le roi et lui substituent un personnage pris parmi eux. Au reste ils ont accepté naturellement la civilisation, la langue et la religion du pays. A l'exemple des rois amorrites, les Gassites se présentent comme les favoris choisis par les dieux indigènes, avant tout par Marduk de Babylone où ils ont leur résidence. Sous leur règne, la position de Marduk à la tête du

panthéon, comme « seigneur (Bel) des pays », s'est encore plus consolidée, carie Sud passa complètement à l'arrière plan et ne forma qu'une dépendance, incomplètement soumise, du royaume de Kardunias. Les rois s'occupèrent non seulement du culte, mais aussi de l'ordre et du bien-être de leur royaume. Une innovation, qui apparaît sous cette dynastie, consiste dans la suppression des noms d'années et la datation par années royales. Les années royales sont comptées depuis le Nouvel An (!"■ Nisan) après l'accession au trône, où le roi saisit les mains de l'image divine, couverte d'or, de Marduk, dans le temple Esagil. Ce jour-là, le roi reçoit la confirmation de sa royauté et c'est le jour où les dieux fixent le destin pour la nouvelle année. Cette coutume n'a pu avoir été introduite que lorsque Agum II eut rétabli l'idole dorée de Marduk dans le temple, Au reste il est compréhensible que les rois ont peu à peu fortement accentué leur babylonisme. Le roi Karaindas (vers 1480) se nomme dans une inscription monumentale rédigée en sumérien : '< le roi puissant, roi de Babylone, roi de Sumer et d'Akkad, roi des Kassù, roi de Kardunias ». Il a donc transformé l'antique titulature ; chez ses successeurs, les Kassû disparaissent complètement du litre royal. Ces tendances ont dû produire maints conflits avec les guerriers cassites.

Sur Kardunias : Delitzsch, Pamdies, p. 135; Streck, ZA, XXI, p. 255 et suiv. Le nom n est pas encore mentionné par les rois les plus anciens ; la forteresse dont ce nom tire son origine n'a dû être construite qu'après Agum 11. — Inscription de Karaindas : IV R, 38, 3; A /y, m, 1, p. 152.

461. Avec les Cassites un nouvel élément s'est encore ajouté au mélange confus de peuples de Sinéar. Dans les documents de l'époque suivante les noms amorrites disparaissent; mais les noms cassites sont par contre en nombre d'autant plus grand, ainsi que les noms élamites, à côté d'éléments indigènes et parfois aussi hittites-asianiques (§ 454). Les Cassites n'ont pas

ranimé le pays. Le manque de documents n'est pas seulement la cause de la pauvre impression que fait le royaume cassite ; mais tout ce que nous savons d'eux montre qu'il était plongé dans une stagnation complète. A l'extérieur les prétentions héritées sont toujours, il est vrai, maintenues intactes ; mais il leur manque toute force pour en venir à bout. Dans les villes, après que les secousses des grandes invasions furent passées, les affaires prospérèrent de nouveau. Mais nous cherchons en vain quelque manifestation de vie indépendante; l'ancienne littérature traditionnelle du rituel des présages, les mythes ou les prières sont exclusivement amplifiées et complétées. La décadence nous apparaît le plus nettement dans les monuments aitistiques de cette époque et de l'époque suivante jusqu'au neuvième siècle, par exemple la tète d'une statue divine en basalte. A la simple vue ces monuments se rattachent aux traditions de Narâm-Sin et de Ijammurabi ; la figure du dieu-soleil sur la stèle du Code est plusieurs fois répétée sur des reliefs postérieurs emmenés à Suse ; mais toute vie intérieure a disparu de la sculpture et un schématisme inerte s'y substitue. Ainsi, dans la manière de traiter les cheveux les anciennes formules sont modifiées d'une manière arbitraire, tout à fait contraire à la nature. L'image de Nabuchodonosor I (Nabùkudurriusur) (vers 1150) sur un kudurru n'est pas meilleure, pas plus que la représentation des dieux et de leurs armes et de leurs symboles sur ces pierres, conservées en assez grand nombre depuis Nazimaruttaè (1334-1309) (cf. § 427). Où que nous regardions, nous reconnaissons que la civilisation de Sinéar et sa vie intérieure a eu son terme final avec la chute du royaume amorrite de Babylone. Elle cherche, il est vrai, péniblement à maintenir intacte ses traditions; les villes du pays attirent non seulement les étrangers par leurs richesses, mais s'imposent encore à eux par le prestige de l'antique sainteté qui les entoure. Mais il n'a plus été possible aux Cassites de créer, et c'est pourquoi ils furent incapables d'exercer une influence féconde sur les

pays voisins. Dès lors aussi Thistoire du pays perd tout intérêt profond. Seules les conditions tout autres, que produisit le déplacement de la situation mondiale au viii« siècle, lui rendirent une fois encore de Timportance et insutllèrent à sa civilisation une vie nouvelle, lorsque deux peuples sémitiques encore, les Assyriens et les Chaldéens, luttèrent pour Thégémonie.

Tête divine à Berlin, probablement d'époque cassite, Meyer, Sum. u. S>m., pi. 6, et p. 18 et suiv. ; p. 103 suiv., quelques œuvres d'art de l'époque postérieure. Reliefs avec le dieu soleil, emmenés à Suse : Dél. en Perse, I (ArchéoL, I), pi. 3, sans doute de la première dynastie encore; et VIU [Arch., II), pi. 1 c, un relief beaucoup plus dégénéré et deux autres reliefs grossiers; la représentation d'une forteresse sur la pierre de Melisipak [1216-1202] est meilleure : ibidem, IV [Elam. sém'it., H), pi. IC.

Elam,

462. iNotre connaissance de TElani pendant ces siècles est encore plus incomplète. Les listes indigènes ne citent après Kuknasur, le contemporain d'Ammi^raduqa (§ 435), que quelques noms de souverains des deux siècles suivants. Peut-être TElam est-il devenu de nouveau complètement indépendant depuis la fin de la première dynastie de Babylone. Nous apprenons par les sources babyloniennes l'attaque d'Eagamil, roi du Pays de laMer(§ 458). Cette donnée est complétée par les renseignements du roi élamite Untas-gal (?), qui se vante c< d'avoir pris comme butin le dieu Immiriya (peut-être identique à Adad, § 396 note), le refuge de Kastilias et de l'avoir placé dans le temple ». Kastilias est le roi cassite qui, avec son frère, mit fin au règne de la dynastie du Pays de la Mer. Untas-gal est, après une interruption d'un siècle, le premier roi dont nous possédions de nouveau des inscriptions, indépendamment d'une

ÉLAM — s^ 462

brique de son père Humbanummena. Ces inscriptions prouvent que l'Elam s'est alors rendu complètement indépendant. Il emploie encore parfois la langue sémitique, mais en môme temps, et seulement dans les inscriptions sur briques de ses nombreuses constructions de temples, la langue élamite. Ce fait se présente pour la première fois depuis Naràm-Sin et Rasasusinak, mais maintenant, comme chez Narâm-Sin, lélamite est écrit en caractères cunéiformes; sous ses successeurs on emploie exclusivement l'élamite. Les souverains ont maintenant pris le titre de roi; ils appellent leur royaume « l'Anzan susien » ou « Anzan et Suse » Anzan sumnça{cï. § 363 note); on mentionne aussi le nom de peuple indigène Ilatamti (|:j 363) et on l'adopte aussi plus tard dans la titulature. Les noms de divinités babvloniennes, cités parfois dans les plus anciennes inscriptions sémitiques, disparaissent alors complètement. Il est très possible que cette réaction contie la langue étrangère et la dépendance par rapport au royaume civilisé de Sinéar, soit une conséquence du fait qu'une tribu montagnarde et ses princes se sont emparés de la domination sur Suse ; les attaques antérieures contre Sinéar semblent être parties plutôt d'eux que de Suse même (cf. § 434). Après Untasgal, qui a régné peu avant 1700, les listes citent encore quelques noms de souverains ; par contre tous les monuments manquent et ne reparaissent qu'au xin'' siècle.

Inscriptions d' Untasgal : Dél. en Perse, III [Elam. anz., I), p. 3-39 (p. 1, une inscription de son père); V [ibid., II), p. 7.87 et suiv. (p. 1, une inscription de sa femme); XI {id., IV), p. 12 et suiv. Mention de Kastilias : X [Elam. sémit., IV), p. 8.^i. — Les listes royales (§ 416 note) ne fournissent après Kuknasur (§ 435) que les noms suivants, où sak « tils » ne doit signifier que « descendant », comme riihmak : •

Pahir-issan, descendant de Igihalki

Attarkittah, fils de Igihalki

Untasgal, fils de Hambanummena

Unpahasgal, fils de Pahirissan ' Kidinhutran, » » »

HITTITES, ARIENS, CASSITES, ASSYRIENS

Assyrie,

463. Malgré les données éparses et les inscriptions isolées qu'ont apportées les fouilles allemandes, l'histoire d'Assur jusqu'au milieu du deuxième millénaire est encore dans la plus complète obscurité. Quelques noms de souverains et parfois des listes plus longues sont connus par les inscriptions sur briques ou les pierres de fondation des temples, ou sont mentionnés par les rois suivants, qui relevèrent les constructions ruinées, temples et murailles. Mais les groupes particuliers ne peuvent être rapprochés et Ton ne peut pas non plus avoir une chronologie qui présente quel([ue certitude, car ces données se contredisent parfois. L'histoire intérieure dWssur et Textension de sa puissance échappent totalement à notre connaissance. L'énigme que présentent les tablettes assyriennes de Cappadoce a été déjà mentionnée (§ 433 a); aussi longtemps qu'elle ne sera pas résolue, nous ne saurons rien de l'histoire assyrienne au IIP et au commencement du H" millénaire, môme si nous relevons quelques noms de souverains contemporains. L'indication de la chronique, à savoir que lorsque Sumuabu fonda le royaume amorrite de Babylone, le « roi d'Assur » ( — il se nommait certainement patési du dieu Asir — ) Ilusuma marcha contre lui (§ 437), est tout à fait isolée. Nous ne connaissons pas Tissue de la lutte ; mais lorsque la dynastie de Babylone eut consolidé sa puissance, des patésis d'Assur sont invoqués, semble-t-il, dans le serment de quelques documents juridiques à C(Mé de Sinmuballit et de IJammurabi et du dieu Marduk de Babylone. Dans son code, IJammurabi parle d'Assur et de Ninive comme de villes de son royaume ; il les a probablement conquises pai' la force des armes (§ 448) et s'il a laissé à leur place les descendants des anciens patésis, leur puissance n'a pu être pourtant que fort réduite. Plus tard,

à la chute du royaume de Babylone, ils purent se relever. A cette époque appartiennent, comme on l'a déjà vu, plusieurs constructions de temples ou des reconstructions de murs de villes, en briques d'argile qui s'effondraient toujours très vite; mais cela ne nous apprend pas grand'chose. Pour la civilisation, Assur reste encore tout à fait sous l'inlluence babylonienne (cf. g 433). Quelques sculptures, une petite statue de gypse et un autel orné d'un relief, appartenant au plus tard au milieu du IP millénaire, montrent que les rois portent le manteau sumérien, comme ïlammurabi, et vont nu-pieds; par contre leur chevelure est relevée suivant la mode des Sémites sédentaires en un gros toupet, tandis que Hammurabi a les cheveux coupés court. Tout à fait babylonniens sont les emblèmes fixés sur l'autel, deux étendards couronnés de roues solaires, tenus par des démons en forme de Gilgamès, entre lesquels se tient le roi. Sur la base de l'autel se manifeste le particularisme assyrien : des deux côtés, en relief très mutilé, s'avancent pardessus la montagne dos processions sans doute d'adorateurs de la divinité; les deux files se terminent par un cheval. Gela rappelle les représentations sur les cylindres hittites et la procession des dieux et des hommes à Boghaz-lveui en Cappadoce (§ 478). Les rapports avec les Oittites, si importants pour le développement postérieur des Assyriens, des réprésentations religieuses des Assyriens et de leur art, apparaissent déjà ici. Il faut peut-être y voir en même temps un effet tardif de la population primitive asianique d'Assur, bien que nous ne puissions plus en percevoir la moindre trace.

Les données fondamentales sur l'ancienne histoire assyrienne

sont : 1. Données de Sulmanuasaridu I (vers 1300) et d'Assurahiddin sur la construction du temple d'Assur : Ke'ihchrifttexte aus Assui\ 1, n« 13, col. 3, 32 et suiv. (cf. MDOG., 21, 48) et n° 51, col. 2, 12 et suiv. (cf. MDOG,, 2.">, 33), qui présentent les plus grandes variations dans les chiffres. D'après ces textes le temple fut d'abord construit par Uspia ou Auspia, puis transformé par Irisu, d'après Assurahiddin, le fils d'Ilusuma, puis, après 159 ans (^Sulmanuasaridu I)

HITTITES, ARIENS, CASSITES, ASSYRIENS

OU 126 ans (Assurahiddin), par Samsi-Adad, le tils de Belkabi (d'après Assurahiddiii). De là Sulmanuasaridu coinple 580 ans jusqu'à rincendie après lequel il reconstruit le temple ; mais Assurahiddin ne compte que 43i ans jusqu'à ce désastre, par lequel le texte se termine. Donc, en supposant (lu'il n'y a aucun intervalle omis par l'inscription entre l'incendie et la reconstruction, la construction de Samsi-Adad tomberait vers 1881) (d'après Sulmanuasaridu) ou en 1730 (Assurahiddin), celle d'irisu vers 2010 (Sulmanuasaridu) ou 1856 (Assurahiddin). Si l'une de ces dates est exacte et le début de la première dynastie de Babylone établi, Ilusuma, l'adversaire de Sumuabu, ne peut pas être identique au père d'irisu, mais doit être un souverain plus ancien de même nom. L'explication des différences entre les données chronologiques reste incertaine; mais on ne peut cependant douter qu Assurahiddin et Sulmanuasaridu n'aient en vue le même souverain. Sans doute Samsi-Adad, le restaurateur du temple d'Assur, nomme sur ses briques de construction (§ 464 note) son père Igurkapkapu; mais il faut peut-être lire plutôt Belkapkapu d'après le nom écrit Bêlkabi chez Assurahiddin [le nom Belkapkapu comme celui d'un ancien roi, chez Adadnirari 111, 1 R, 35, 3, 24 = KB, 1, p. 189] ; alors le nom du dieu Bel serait remplacé par le mot « temple » tgur (egur) \ Mais il est aussi possible que cet Igurkapkapu appartienne à une époque postérieure et que son hls, comme Samsi-Adad 111, doive être séparé du (ils aîné de Belkabi {§ 464). — 2. Inscription d'Asirrîmnisêsu, fils d'Asirnirari II (vers 1480) : Keihchnfltexte ans Assuv, 63 ; il nomme comme constructeur, c'est-à-dire restaurateur des murs de la ville : Kikia, Ikunum, Sarkenkateasir, Asirnirari 1, hls d'Ismedagan II. — 3. Comme maître constructeur du temple d'Istar, Kisrusaasir, fils d'Asirnirari I (MI)OG, 38, 33; cf. 40, 15 les mêmes données de Sulmanuasaridu I>, nomme Ilusuma, tils de Salimahum et Sarrukîn, tils d'ikunum; il est probable que Sarrukîn est un abrégé pour Sarkenkateasir. — 4. Tukultiapalesara I (env. 1125-1100) dit, Cyl. 7, 60 et suiv., avoir reconstruit le temple d'Assur et d'Adad, que 60 ans avant, donc vers 1180, son arrière grand-père Assurdàn avait abattu

* Note du traducteur : Sur le désir de M. Dussaud, que j'ai transmis au professeur Ed. Meyer, l'auteur a consenti ù ce qu'on supprime ici la fin de la phrase. (Lettre du 10. XI. 25.)

de crainte de le voir tomber ; ce temple aurait été construit par Samsi-Adad, fils dIsme-Dagan et se serait peu à peu écroulé au cours de 641 ans. D'où il suit que ce roi Samsi-Adad (II) est difTérent du constructeur du temple d'Assur. (On n'a plus rien trouvé de cette construction lors des fouilles.) — De grandes difficultés naissent du serment par Marduk, Hammurabi et Samsi-Adad dans un document de Sippar, an 10 de Hammurabi (2114), ce Samsi-Adad paraissant être d'après son nom un patési d'Assur; de même en l'an 1 de Sinmuballit (2143) serment par Marduk, le roi et Beltâbi avec son épouse, où nous devons peut-être lire Bêlqâbi : Ranke, BE, VI, 1, p. 9 (no 18 et 26); cf. Bezold, ZA, XXÏ, p. 253; Langdon, ZDMg\ LXII, 30; Schorr, AltbabyL Bechtsurk., II (Bcv. Wien. Akad., 160, 1909), p. 21 et suiv. On a identifié ces deux noms avec Belkabi (Igurkapkapu; et Samsi-Adad (I), le constructeur du temple d'Assur; mais il faut remarquer que ces deux rois ne peuvent en aucune manière être contemporains de Sinmuballit et de Hammurabi, si l'on s'en rapporte aux dates fixées plus haut ; à cette époque appartiennent bien plutôt, au moins d'après les dates de Sulmanuasaridu, les ancêtres d'Irisum. Donc il n'y a ici qu'une identité de noms qui induit en erreur ; les dynastes des documents de Sippar appartiennent à un autre lieu. Mais on ne peut être sûr de rien. — Par contre, les autres données des inscriptions relatant des constructions sont fréquemment confirmées, entre autres par les légendes des briques de construction. Sur les restes des différentes constructions du temple d'Assur, cf. MDOG, 44, surtout p. il et suiv.; d'après p. 37, des restes de la construction d'Irisum sont fixées par des briques inscrites, tandis que les plus anciens murs qui sont en dessous, donc, ceux d'Auspia, ne peuvent être reconnus que par place. Dans une construction de Tukulti-Ninip I, peut-être le temple d'Istar, on a trouvé, en dehors d'une inscription de construction d'ilusuma, l'autel et la statue sans tête, dont parle le texte, tous deux probablement pris à une construction plus ancienne, MDOG, 49, 25, 33 et suiv. — De ces matériaux nous tirons la liste suivante des souverains :

vers 2225

Kikia, constructeur des murs de la ville. Auspia, constructeur du temple d'Assur.

Ellilbani, fils d'Adasi, ancêtre des rois i§ 433 a). (^Ilusuma I, adversaire de Sumuabu.)

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Ka(?)-sa-asir.

Salimahum (bloc d'albàlre dons le temple d'Assur, I MDOG, \\, 30).

vers 2070? Ilusuma (document de construction du temple d'Is-

tar, id., 49, 22; voir plus haut n° 3). [Dans les inscriptions de son fils on lisait autrefois son nom IJallu, ce qui était faux.] vers 2040? Irisum (brique de construction du temple dWssur :

King, yl/mw/5, 1, 1 = I R, 0, 2. Kcilschr. aus Asmr, no 1, (iO, Gl. MDOG, 2G, 51; 47, 40; temple d'Ellil : inscription de Samsi-Adad (§ 464), 1, 17 et suiv.).

Ikunum (copie de Tinscription de construction du temple de la déesse des enfers Ereskigal : King, Annals, p. XVII, 3. Construction des murs : plus haut, n» 2).

Sarrukîn (temple dlstar, plus haut, n" 3) identique

peut-être à : Sarken-kate-asir (construction des murs, plus haut, n^ 2).

Belkabi peut-être identique à : Igurkapknpu,cf. §464.

vers 1880? Samsi-Adad I (temple d'Assur, plus haut, n° 1) cf. § 464.

Isme-Daii-an I vers 1820.

Samsi-Adad II (temple d'Anu et d'Adad, plus haut, n« 4). Isme-Dagan II.

Assurnirari I (construction des murs, plus haut, n» 2 ;

constructeur du temple de Belsipria :

Keilschr. ans Assin\ n'^ 02; une autre construction mentionnée par Sulmanuasaridu I : MDOG^ 38, 23).

Kisru-sa-asir (temple d'Istar, plus haut, n" 3).

Sur Samsi-Adad III (?), Adadnirari I, Assurdan I et Assurnadi-

nahê I, voir § 464 note. A côté de Belkapkapu, Adadnirari III (I R, 35, 3, 25) nomme encore un roi Sulilu qui nous est inconnu.

464. Les troubles qui marquèrent la fin de la première dynnslio de Rabylone, l'avance des Hittites, puis celle des Cassites et des Ariens, doivent avoir également touché Assur de diverses manières. De temps en temps ses souverains eurent ainsi la possibilité d'accroître leur puissance. L'inscription sur une tablette de pierre du roi Samsi-Adad, le seul souverain de l'époque archaïque sur lequel nous ayons quelques informations, nous renseigne sur ces tentatives. Elle glorifie la nouvelle construction du temple d'Ellil, fondé par le vieux prince Irisum, fils d'Ilusuma ; mais elle désigne le roi comme « dompteur (ou quelque chose de semblable) du pays entre le Tigre et l'Euphrate >> et tire gloire de ce <( qu'Ami et Ellil l'ont appelé pour de grandes actions sur les rois ». « A cette époque, continue-t-il, j'ai reçu dans ma ville d'Assur le tribut des rois de Tukris et du roi du haut pays. J'ai érigé mon grand nom et mes stèles dans le pays Lab'ân sur les bords de la grande mer. » Donc Samsi-Adad a d'abord soumis la Mésopotamie septentrionale; cela est confirmé par une tablette qui mentionne la construction d'un temple à Tirqa, capitale de IJana à l'embouchure du Habûr (§ 433 note), pour le principal dieu de la ville, Dagan ; donc il régnait sur ce territoire. Le « haut pays « lui fut aussi soumis, ce qui ne peut être que le pays montagneux au Nord-Ouest de l'Assyrie, en Arménie et dans l'Asie Mineure orientale. C'est là sans doute qu'il faut chercher les contrées Tukris et Lab'an que nous ne connaissons pas autrement; et la « grande mer » sur les bords de laquelle il érige ses stèles est alors la mer Noire : en effet, s'il songeait à la mer Méditerranée, il nommerait sans doute l'Amanus.

A rappui de ses succès, Samsi-Adad porte dans les deux inscriptions le titre mr kissati a roi de la totalité » ou peutêtre « de la plénitude de puissance », c'est-à-dire du monde, un titre que ses successeurs ont toujours adopté aussitôt

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qu'ils acquirent une plus grande puissance, et qui est caractéristique pour le royaume assyrien. Dans Tinscriplion de Jlana il y a en outre des titres religieux : d'abord « patési d'Assur » — le seul titre qui apparaisse dans les légendes des briques des anciens souverains, — puis « lieutenant d'Ellil, adorateur de Dagan ». [La tablette de pierre, à la place de ce dernier titre, porte : « constructeur du temple d'Assur », et ce titre figure, à côté de celui de patési, sur les briques de construction du temple qui mentionnent aussi son père Igurkapkapu. En général et contrairement à l'usage des autres souverains assyriens, Igurkapkapu n'est pas cité. Donc notre Samsi-Adad est probablement identique à Samsi-Adad, le reconstrucleur du temple d'Assur tombé en ruines, qui vécut vers 1880 d'après Sulmanuasaridu I, vers 1730 d'après Assurahiddin (§ 463 note). Il est vrai que le nom du père, Belkabi, diffère, mais il n'est pas impossible que Igurkapkapu doive se prononcer ainsi ou d'une manière semblable. Il est également possible que nous ayons affaire à un plus jeune Samsi-Adad III, qui, comme le plus ancien Samsi-Adad I, a reconstruit le temple d'Assur, et que Sulmanuasaridu I et Assurahiddin aient confondu les deux noms. Il est certain seulement que le conquérant Samsi-Adad doit être plus récent que la première dynastie de Babylone. Donc il appartient probablement à l'époque de la deuxième dynastie, qui fut sans gloire, et de l'invasion hittite. Ses succès doivent représenter une réaction contre l'avance des Hittites en Sinéar, qui, nous l'avons vu (§ 454), avaient établi leur siège principal en Mésopotamie précisément dans le pays ilana, soumis par Samsi-Adad. Il doit avoir aussi rétabli encore une fois la domination assyrienne sur la Cappadoce.

Inscriptions de Samsi-Adad : Kellschr. aus Assur, n^ 2 (MDOG, '21, 20), traduit par Luckenbill, AJSLL, 28, 1912; l'essai de Streck est problématique d'identifier les noms des contrées, ZA^ XX, p. 460. Inscriptions de Ijana : Condamin, ZA, XXI, p. 247 et suiv. et remarques de Bezold, ibidem, p. 250 et suiv. ; cf. Thureau-Dangin,

OLZ, XI, 193 (§ 433 note). Inscriptions de constructions d'Assur : King, Armais of Assyria, p. 2 (=1 R, 6, 1) et note 4; Keilschr. nus Assuv, no 3i; MDOG, 45, 50. Il sera aussi le constructeur du temple d'Istar de Ninive, mentionné par Sulmanuasaridu I (King, Records of Tukuli'imnib, p. 129-131) et par Tiglathpiléserl (Tukultiapalesara) (King, Armais of Assyria, 1, p. 124, ligne 8); Ninive lui fut certainement soumise. — Dans rinscription de la tablette de pierre, il mentionne les bas prix du marché contemporain (§ 421 note), sans doute pour éterniser la bénédiction accordée à la capitale par ses succès guerriers. — Sur le titre sar kissati, qui est en règle générale écrit comme l'ancien titre <( roi de Kis », sans le délerminatif local ki, cf. nej\ Berl. Akad., 1912, p. 1076 et suiv.: il apparaît pour la première fois avec Samsi-Adad et les Gassites l'adoptent plus tard. — Dans rédition précédente, l'auteur avait cru impossible d'admettre l'identité de notre Samsi-Adad III avec le fils de Belkabi, parce que ce dernier tombait, d'après sa chronologie d'alors, à l'époque de la première dynastie babylonienne; l'auteur avait voulu par contre expliquer par ses conquêtes l'existence des tablettes cappadociennes (§ 435) ; ces deux opinions tombent par le changement apporté à la chronologie. Mais le caractère de récriture aussi conduit à placer si possible Samsi-Adad beaucoup plus bas. En effet, tandis que les anciens souverains, ainsi qu'Asirnirari 1 et Kisrusaasir, écrivent le nom divin A-sir, Samsi-Adad l'écrit toujours A-U-SAR, ce qui est d'un grand poids dans la question soulevée (de même aussi le patési Assurnadinahê 1, MDOG, 49, 18; son puits est mentionné par Assuruballit I, Keilschr. aus Assur, n*» 64, 15); sans doute Asirrîmnisêsu, qui doit être encore plus jeune que Samsi- Adad, écrit toujours aussi A sir {Keilschr. aus Assur, n° 63 et MDOG, 28, 10) et de même Assuruballit l encore, MDOG, A9, 32. Le Samsi-Adad, dont le fils Adadnirari 1 et le petit-fils Assurdân I sont nommés sur un bouton d'argile, MDOG, 44, 31, sera identique au nôtre. Car depuis le xvi« siècle, la liste des souverains est entièrement connue, et, en tout cas, on ne peut pas y intercaler trois générations de souverains, inconnus par ailleurs. — Il faut peut-être placer à cette époque et en Assyrie le fragment de stèle de victoire publié par Genouillac, Itev. d'Assyr.,\n, p. 151 et suiv. : sur la face, un roi brise avec la hache de combat la tête d'un ennemi l^arbu et vêtu (semblable à Tancienne stèle de Tello, § 404) ; sur le revers.

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un prisonnier lié, nu ; le texte mentionne une campagne contre Arrabha, Arrapahitis dans l'arrière pays de TAssyrie, et contre Tabrâ et Urbiêl (= Urbillu?, § 414 note), pendant laquelle on franchit le Zab. Le fragment doit être venu à Mossoul de la Mésopotamie (Sindjàr ou Mardîn) ; la langue et le style indiquent environ le milieu du deuxième millénaire.

Le royaume Mitanni et lea Ariens, Autres Etats de la Mésopotamie.

465. Samsi-Adad III (?) et son royaume sont pour nous tout à fait isolés ; nous ne possédons aucune donnée sur ses sucesseurs jusqu'au xv' siècle et même la suite des souverains n'est connue que depuis le commencement du xvi*' siècle. Cette grande lacune dans notre documentation doit avoir pour cause Teffondrement de la puissance d'Assur et peut-èlre même une domination étrangère. Car la puissance acquise par Samsi- Adad ne peut pas avoir duré ; bien plutôt les tribus hittitesasianiques de la Mésopotamie qu'il avait soumises ont bientôt repris le pouvoir. Au xvi® et au xv*' siècle nous y trouvons un royaume Mitanni, dont la population est apparentée aux Hittites par la langue, la religion et les noms propres. Le noyau de leur royaume est formé par la contrée située entre TEuphrate et le Balih, i'Osroène postérieure. C'est pourquoi chez les Sémites de l'Ouest, et de là chez les Egyptiens, elle s'appelle Naharain « le pays sur le tîeuve (l'Euphrate) » llapaTioTajA'la. Les Babyloniens rappellent surtout Hanigalbat ; c'est la forme plus complète de llana ou Ifani, le nom de la contrée à l'embouchure du JJabûr dans laquelle les Hittites s'étaient établis (§ 454, cF. 433). Il semble que Sam^i-Adad la leur avait arrachée; puis elle fit partie du royaume Mitanni. Chez les Babyloniens et les Assyriens le nom est appliqué par extension à tout le territoire de ce royaume et embrasse donc

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