‹ Histoire de l'antiquité [microform]Chapitre 163 sur 172 · LE ROYAUME MITANNI ET LES ARIENS · texte numérisé non relu

LE ROYAUME MITANNI ET LES ARIENS

aussi la contrée montagneuse vers les défilés de l'Euphrate dans les chaînes du Taurus et le pays en arrière jusqu'en

Melitène (Milidia).

Mais une dynastie règne maintenant sur le royaume Mitanni qui, d'après les noms propres, est d'origine arienne et adore les principaux dieux ariens (§ 590). Son peuple, comme son royaume, est désigné dans les documents par le nom Harri, c'est-à-dire Ârja (§ 454 note), ses hommes s'appellent marianni, une formation secondaire du mot marja, qui dans les hymnes védiques désigne le jeune guerrier et héros et aussi l'époux. Des troupes ariennes semblent donc s'être introduites dans le pays sous la conduite de leurs princes,, ou ont été amenées d'abord comme mercenaires. Ces guerriers ont probablement brisé la puissance assyrienne et donné encore une fois la vie à la population indigène Mitanni. Ils passèrent aussi l'Euphrate dans la direction de la Syrie ;>u xv^ siècle nous y trouvons de nombreux dynastes ariens (§ 468) qui doivent avoir été à l'origine vassaux du royaume Mitanni.

Nous connaissons la langue mitanni par les lettres d'El-Amarna, cf. Jensen,/r/l, V, VI, XIV; Sayee et Brunnow, ibid., V; Messerschmidt, MUanm-Sludkn, MVAG, 1899. Elle est apparentée au hittite (Arzawa) et leur dieu Tesub se trouve aussi chez les Hittites, de même la déesse Hipa leur est commune. Bork, Die Mitanïsprache, MVAG, 1909, cherche à prouver sans arguments très probants une parenté de Télamite et du mitanni et les tient toutes deux pour des langues caucasiques. - Hanigalbat comme désignation du royaume Mitanni, que les Egyptiens appellent Naharain, dans les lettres d'El-Amarna, 1 (Winckler, Knudtzon), 38; 15,22, 26;(18\V. =) 20 (K.), 17; (21 W. =) 29 (K.), 49; dans (25G W. ^) 255 (K.), 10.20, on a Hanigalbat ; dans un document de Nippur, avec des noms mitanni (S 454 note), dans Clay, BE, XV, pp. 3 et 25, 4 : Haligalbatû ; cf. aussi le fugitif de Hanigalbat, Agablaha, que le roi Kastilias II gratifie d'un terrain : DéL en Perse, II [Elam. sém., 1), p. 95. Dans l'inscription de Sulmanuasaridu I, KeUschr. aus Assur, n^ 13, IJanigalbat change avec Hani tant dans le texte que dans les variantes.

HITTITES, ARIENS, CASSITES, ASSYRIENS

— Sur les Ariens en Mitanni elles marianna, écrit marina parles Egyptiens, cf. Winckler, OLZ, XIII, 201 et suiv. Il est possible que le mot araméen mâr « seigneur » et de plus le nom propre récent du principal dieu de Gaza Marna, « notre seigneur », soient un emprunt aux Mitanni.

466. Nous ne possédons de données précises sur le royaume Mitanni que depuis le xv« siècle, l'époque des conquêtes égyptiennes et de l'avance des Hittites. Ainsi nous ne pouvons présenter un tableau vivant des combats politiques livrés aux siècles précédents et des mouvements de peuples qui conduisirent les Ariens en Mésopotamie et en Syrie; nous ignorons par exemple si Assur fut temporairement soumise au royaume Mitanni. Il y eut alors, semble-t-il, comme autrefois à côté des grandes puissances, une multitude de petites principautés, qui devaient être soumises à chaque Etat plus fort qui se formait. Parfois elles arrivaient à reconquérir pour un certain temps leur indépendance. Lorsqu'on aura fouillé les nombreuses collines de décombres qui couvrent les localités du Nord de la Syrie et du Nord-Ouest de la xMésopotamie, nous apprendrons quelque chose de plus précis. Jusqu'à présent on n'a pratiqué des fouilles qu'en un petit nombre d'endroits. Les sculptures des ruines du « palais de Muses-Ninib le prêtre (sangu) », dans la colline de 'Arbàn sur le cours inférieur du IJabûr, portent déjà l'empreinte du style assyrien postérieur, tel qu'il apparaît à Assur sous Assurnàsirapal (884-860). C'était une erreur de la part de l'auteur de vouloir placer ce palais à l'époque de Thutmosis III et d'Aménophis IIÏ, parce qu'on y avait trouvé des scarabées de ces pharaons; les signes d'écriture aussi parlent en faveur d'une époque plus récente. Les reliefs tout à fait primitifs de la porte sud de la ville de Sam'al, aujourd'hui Zendjirli dans la Syrie du Nord vers l'Amanus, avec les lions tout à fait grossiers constituant des montants de cette porte, ainsi que ceux de la porte de la citadelle intérieure, nous font remonter à une époque beaucoup plus ancienne. Ils

appartiennent sans aucun doute à la sphère d'influence hittite, mais montrent un style si primitif et si barbare, auquel on ne peut comparer que les plus anciennes sculptures sumériennes, que nous devons les considérer sans aucun doute comme les premiers essais artistiques du royaume hittite de Boghaz-Keui et les placer par conséquent à l'époque de la première apparition des tribus hittites, c'est-à-dire dans la première moitié du deuxième millénaire. Il semble que la même constatation doive être faite pour les nombreuses plaques à reliefs archaïques, encastrées dans les murs extérieurs d'un palais plus récent à Tell Halàf près de Ras el 'Ain, l'ancienne Resaina, vers la source du IJabûr; mais elles proviennent d'une construction beaucoup plus ancienne.

V. Bissing a montré {Beitr, z. Gescli. d. assyr. Skulptur, dans Abh. Bayer. Ak., ^26, 1912, p. 12 et suiv.) que les ruines de ^\rbân (Layard, ISinlveh and Hahylon, p. 275 et suiv., cf. 235) doivent être plus récentes que l'auteur ne lavait admis. Par contre les anciens reliefs de Zendjirli (voir Luschan, Ausgr. in Sendjirli, Heft lII, p. 203 et suiv. et pi. 31-36 avec les lions, pi. ift) sont, sembte-t-ili séparés par un grand intervalle des sculptures de la citadelle, qui appartiennent à une époque s'étendantde l'an 1000 jusqu'à l'époque assyrienne. — Ruines de Tell lïalàf près de Râs el 'Ain : voir Oppenheim, Z. Gesell. f. tJrdkunde, 36, 1901, p. 88 et suiv. et Der 'Tell Halaf und die verschleierte Gotlin (AO, X, 1908). Oppenheim continue ses fouilles avec beaucoup de succès.

Syrie. Horites, peuples du Nord et Ariens, Influences babyloniennes.

467. Toute donnée manque aussi sur les pays syriens à celte époque. Si obscure que soit encore toute cette histoire dans le détail, il est hors de doute que le royaume des Hyksos est en relation avec les grands mouvements de peuples à l'Est. Dans

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la suite nous trouvons installée dans la Syrie du Nord une population apparentée au peuple Mitanni ; les noms des localités n ont également rien de sémitique. Mais nous ne pouvons décider si ce furent des envahisseurs qui, semblables aux Turcs par exemple, ont remplacé les anciens noms par de nouveaux, empruntés à leur langue, ou si une ancienne population sédentaire, apparentée aux tribus de l'Asie Mineure, a reconquis son indépendance après avoir été soumise temporairement aux souverains de Sinéar et peut-être aussi aux Amorrites. De nouvelles couches se superposèrent sans doute aux anciennes ; ainsi le prince qui gouverne Jérusalem vers 1400, comme vassal du pharaon, s'appelle Abd(?)-hipa, d'après une déesse vénérée en Mitanni (§ 465 note). Au xv^ siècle les Amorrites sont restreints au territoire du Liban et de la vallée supérieure de rOronte, la lieq'a ou Goelésyrie, mais s'étendent encore en partie dans le désert. L'étroite bande de terre côtière appartient aux villes phéniciennes cananéennes (g'SoG, égypt. Zahi). En Palestine le nom Kezenu, employé à l'époque de la XIP dynastie (§ 358), paraît avoir déjà disparu de l'usage courant, bien que les Egyptiens aient conservé la désignation officielle « le Rezenu supérieur » pour la partie montagneuse de la Palestine et parfois nomment alors « Rezenu inférieur » le pays de plaines le long de lEuphrate. Le nom propre de la population de Palestine sous le Nouvel Empire est toujours Haru (prononcé IJùr) ; d'après le papyrus Anastasi III, 1, 10, ce royaume s'étend depuis la forteresse égyptienne Zaru à la frontière, sur l'isthme de Suez (§ 227), jusqu'à Opa, c'est-àdire au pays Ubi des lettres d'El-Aïaarna, où se trouve Damas ; il embrasse aussi le désert du Sinaï. Les Haru sont identiques aux IJùrites (^H, Xoppaloi) de la tradition Israélite. Ils ne se sont maintenus ensuite que dans les déserts au sud delà Mer Morte, le mont Se îr, au milieu des tribus édomites qui y pénétrèrent plus tard. Mais d'après une version fragmentaire de l'histoire légendaire Israélite, ils formaient la plus ancienne population de Palestine. Ils sont nommés spéciale-

ment comme habitants de Sichem et de Gib'on, et dans la suite nous trouvons leurs traces aussi dans l'Ouest de Juda, à Sor'a par exemple. Donc les Hôrites sont bien une tribu sémitique (cananéenne) du désert, qui à l'époque des Ilyksos a pénétré parle Sud en Palestine, comme quelques siècles plus tard les tribus hébraïques le firent en corrélation avec les conquêtes hittites. Un fait caractéristique pour les Hôrites est que plusieurs de leur clans et de leurs familles sont nommés d'après des animaux : cela revient en Palestine dans les lieux comme Sor'a (frelon), Aijalon (cerf) et de nombreuses localités qui s'appellent 'Ophra (gazelle) ; la tribu hùrite établie à Sichem s'appelle bnè Hamor « tribu de l'àne ». De plus ils devaient être de fervents adorateurs du dieu-soleil, dont nous trouvons la mention sur la pente occidentale des monts judéoéphraimites dans les noms de lieux Bet-semes, Uar-heres, Tamnat-heres. C'est là que s'est développée et qu'est localisée la légende de « l'homme soleil » Samsôn (Samson), un mythe hôrite accepté par les Israélites et transformé en un cycle de contes populaires.

En dehors des noms géographiques dans les lettres d'El-Amarna et dans les listes égyptiennes, les gloses dans la lettre de Tunip au pharaon (Winckler 41 = Knudlzon 59) donnent quelques renseignements sur l'ethnographie du Nord de la Syrie ; la langue est absolument identique au mitanni, Messerschmidt, Milamstudlen [MVAG^ 1899), p. 119 et suiv.; cf. aussi le dynaste [Qatji (?)-hu-tisupa (lettre El-Amarna, Knud. 58), qui appartient certainement à la Syrie du Nord. — Genèse, XXXVl, Deut., II, P2. '2± (et pour cela Gen., XIV), les IJôrites sont la plus ancienne population du territoire édoinite, dont les tribus se soient maintenues ici encore à l'époque historique. Par contre, ils sont la population primitive de Sichem et Gib'on (cf. Meyer, Lsraellt., p. 340-iU6j d'après Gen., XXXIV, 2 et Jos., IX, 7, LXX : 6 Xocpalo; (dans le texte hébreu et samaritain, correction en "'in Ijivvite, peuple qui habite en. réalité au pied du Liban et de l'Hermon, II Samuel, XXIV, 7 ; Juges III, 3 ; Jos. XI, 3 ; cf. Meyer, hraeliteny p. 33:i et suiv.). Le nom du mont 'Ebal près de

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Sichem revient aussi comme celui d'une famille hôrite, Gen., XXXVI, 23, et la famille de Caleb appellée IJrtr, qui eut une grande importance après l'exil, semble avoir conservé l'ancien nom de la tribu. — Sur le culte du soleil et la légende de Samson, cf. Meyer, IsraoL, p. 328 et suiv., Josué est aussi à l'origine peut-être un héros solaire, ibid, p. 467, 3. — Les llôriles ne peuvent être identifiés avec les IJarri = Ariens dans Mitanni (§ 453 note), comme le fait Winckler, car ils sont de purs Sémites, ainsi que le prouvent leurs noms.

468. En Syrie aussi des éléments ariens se sont superposés à ces tribus. Le fait est tout à fait assuré par les nombreux noms de dynastes manifestement ariens des lettres d'El-Amarna : ainsi Suwardata, Jasdata, Artamanja, Arzawija, puis sans doute Biridijaou F^iridasja, Namjawaza, Teuvvatti, Subandi, Sutarna et beaucoup d'autres. Ces noms se rencontrent souvent précisément chez les dynastes palestiniens. Nous voyons donc que toute la Syrie jusqu'à la limite du désert a été submergée par des troupes ariennes, dont les chefs acquirent le pouvoir dans des villes particulières et fondèrent des dynasties, comme plus tard dans l'Islam, les Turcs et les Kurdes. La désignation arienne pour la noblesse militaire, mariana (§ 465), pénètre par la Syrie dans les documents égyptiens. Dans l'extrême Nord, dans le pays Kunimuh (Commagène) au pied du Taurus, des deux côtés de la brèche de TEuphrate, une dynastie arienne (iranienne) s'est conservée jusqu'au vm' siècle, comme le prouve le nom du roi Kundaspi (en 834) et Kustaspi (= Vistâspa, Hystaspes, en 740). Au reste, l'histoire de ces événements ne peut être reconstituée. Il est possible, par exemple, que les troupes ariennes aient pénétré au xv!!"* siècle environ dans le Mitanni et qu'elles se soient emparées du pouvoir dans ces contrées en luttant contre les Assyriens (§ 464), puis qu'elles aient étendu temporairement leur puissance sur la Syrie où elles ont fondé des dynasties. (Vest pour cette raison également que la puissance des Ilyksos put être brisée et que les rois deThèbes réussirent à se soulever contre les rois d'Avaris,

Mais ces hypothèses ne pourront être développées et confirmées que par de nouvelles fouilles.

Pour les matériaux, voir le mémoire de l'auteur, § 450, note.

469. Il est tout à fait improbable que la domination cassite se soit étendue sur la Syrie (§ 439); nous ne trouvons pas trace non plus de l'intervention du roi d'Assyrie Samsi-Adad 111 dans ces contrées. Par contre, les relations avec les pays cultivés de l'Est, en particulier avec Sinéar, sont restées actives. Malgré les troubles, des caravanes cheminèrent toujours, semble-t-il, de Syrie vers le bas Euphrate. Gomme aux temps de la domination égyptienne et des lettres d'El-Amarna, les petits états ont toujours renfermé, aux époques antérieures, un parti qui y trouvait son centre de gravitation et cherchait à dominer en s'appuyant sur les souverains de Sinéar. De même les rois cassites n'ont jamais dû abandonner la prétention, héritée de leurs prédécesseurs, d'être reconnus comme suzerains de la Syrie, bien (|u'ils aient été tout à fait incapables de l'allirmer. L'étroite relation avec le « royaume des 4 régions du monde », dans laquelle la Syrie s'était trouvée politiquement à l'époque de Sarrukîn et de Narâm-Sin, sous les rois de Sumer et d'Akkad et peut-être un certain temps aussi, sous la dynastie amorrite de Babylone, a déterminé une intlueuee durable de la civilisation de Sinéar, qui s'affaiblit sans doute pendant les siècles suivants, mais ne disparaît jamais complètement. Les Amorrites, étroitement unis à l'histoire de Sinéar et devenus un rameau de son peuple par une domination trois fois séculaire, ont adopté la culture des Sémites babyloniens aussi bien que les Assyriens ou les Elamites par exemple. Ainsi l'écriture babylonienne, et avec elle l'usage de la tablette d'argile comme matériel d'écriture et pour la correspondance, est en usage dans toute la Syrie et en Palestine. Son emploi s'étend bien plus loin encore, à Chypre aussi bien que chez les Mitanni et et les Hittites d'Asie Mineure. Les scribes professionnels

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