‹ Histoire de l'antiquité [microform]Chapitre 19 sur 172 · LA MAGIE · texte numérisé non relu

LA MAGIE

forme atteignant au surhumain et à l'inconcevable. En cela consiste la différence entre le dieu et la force : avec la force et la matière, l'homme ne saurait entrer en un rapport religieux, si dépendant qu'il se sente vis-à-vis d'elles, à moins de transformer la force en une volonté (consciente ou non).

La magie.

48. Le savoir relatif aux puissances agissant dans le monde extérieur, et les rites par où l'on peut les faire servir à la volonté humaine et aux fins qu'elle poursuit, ne sont donnés qu'au petit nombre de ceux qui sont capables de saisir ces choses par une intuition interne. Pour une part, ce sont réellement des rêveurs, chez qui s'est éveillé de bonne heure l'instinct de la réflexion sur le monde et ses connexions internes ; pour une part, des possédés, des visionnaires et des fous, dont la conduite incalculable est en contradiction avec toute la pratique humaine, dont les paroles, mi-dénuées de sens, mi-profondes, passent pour mystérieuse sagesse et révélationdes esprits; pourune part non petite enfin, d'habiles gens, qui font métier de l'ignorance et de la crédulité d'autrui. Ils sont en rapport immédiat avec le monde des esprits : les esprits apparaissent à leur vue ou leur parlent tout bas, et ils possèdent la force de contraindre les esprits à les servir. Il se peut aussi qu'un esprit passe dans leur corps, dévoile les secrets à leur regard intérieur, et parle par leur bouche. C'est ainsi qu'ils savent interpréter les avertissements que les esprits donnent aux hommes sous forme de rêves ou de présages extérieurs; ils savent délivrer des oracles et des instructions pour l'avenir, ils savent les moyens de conjurer les esprits et de les contraindre à favoriser l'homme, à lui assurer une chasse abondante, la fécondité de ses troupeaux ou de ses champs, la fin de la sécheresse et une pluie nourricière, la victoire sur les ennemis, le pouvoir de

L EVOLUTION INTELL ECTUFXLE

lutter contre les nialadii^s, de se (léfendiH» conlre la mort. Ils savent aussi renseigner sur des choses ([lù sonl cachées au regard des mortels ordinaires [^ 16) : ([uel est le voleur d'une parure ou d'un iuiimal doineslicjue ; {|ui a, [)ar magie, par union avec des esprits, envoyé la niahulie et la mort à un membre de sa trijju ou même au chef; (jui a |)(>ilé malheur à la tribu et causé sa défaite; mais aussi, quel est, dans un litige, le véritable état des faits, et ((uel, le vrai droit, qui doit servir de base à la décision. Ainsi nulle commumiuté que domine la pensée mylhi(pie, ni nul individu, ne peut se passer de ces peisonnages inlermédiaires : sous les formes les plus diverses, nous les rencontrons chez tous les peuples, comme magiciens, hommes-médecine, féticheurs, voyants, prophètes, faiseurs d'orach^s, — nous les comprendrons tous sous le terme de magiciens; — tantôt des hommes, tantôt des femmes; tantôt reconnus par Tensemble du groupement, et souvent comblés d'honneurs, de présents et de richesses, tantôt exerçant leur profession pour leur propre compte, et, par suite, vus d'un mauvais œil par la masse, dans bien des cas persécutés, — souvent par ceux-là même qui, en cas de besoin, sont les premiers à chercher secours auprès d'eux. Us forment la première corporation spéciale, la première classe professionnelle que connaisse l'humanité, précisément parce que l'exercice de leur activité suppose comme conditions indispensables des dispositions particulières et un savoir acquis (^ 32). C'est, à la vérité, une dangereuse profession que la leur; car, étant en possession du savoir, il faut aussi qu'ils puissent rendre les services qu'on leur demande : s'ils ne le font pas, si leurs prédictions ne se réalisent pas ou si leurs procédés magiques n'obtiennent pas d'effet, c'est leur mauvaise volonté qui en est responsable, et ils tombent sous le coup du juste châtiment. Ce qui fait contrepoids à cet inconvénient, ce sont le riche bénéfice, et la grande puissance sur les hommes, que la profession promet, et, chez beaucoup, sans nul doute, une tendance intérieure, une im-

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