‹ Histoire de l'antiquité [microform]Chapitre 21 sur 172 · LA MAGIE — I · texte numérisé non relu

LA MAGIE — I

pas du tout do la question de cause et d'effet, ou bien ne clierclie la cause que dans l'homiue lui-même, ou bien accepte un événement extérieur comme donné et comme allant de soi, ganle toujours, à coté de la première, un très vaste ctiamp. Si, par exemple, le repas est assez souvent conçu comme une communion magique, établie, par la vertu du sang, entre les convives et la divinité, et si, de même, lacté sexuel Test assez souvent comme une action magiijue, ou même sacrée, et, par suite, peut éventuellement être ordonné comme tel, en tant (ju'efTet d'une force démoniaque, créatrice, infuse dans les bommes, il ne s'ensuit absolument pas que, dans la vie réelle, tout repas ou toute cotiabitation aient dû être considérés ainsi. [C'est par cette faute de principe que pèche également le travail de Hkthk sur la pédérastie dorienne, Uhein. Mus., ^'l, 138 sq., qui contient i)ar ailleurs beaucoup d'observations exactes. L'bomosexualité est partout répandue, chez les hommes et les animaux; les représentations magiques, qui peuvent parfois y être liées, et dont Hr.Tni: exagère fortement rimportanc(», sont tout à fait secondaires, loin d'être la racine du phénomène.] De mêuie, il se peut que des conceptions tout à fait opposées d'un même phénomène soient constamment admises concurremment: par exemple, à côté de la conception de l'acte sexuel comme pratique sacrée, la conception du même acte comme souillure, appelant une purification pour qu'on [juisse entrer de nouveau en contact avec les choses saintes. C'est un contre-sens qu(* de chercher ici une idée supérieure et conciliatrice.

i9. Quant à réteiuliio do riiiiluoiice (jira(([uierl la jiiagie, non seulement les peuj>les, mais souvent, au sein (('1111 même [)euple, les tribus j)arti('iilièr(*s, dilTèrenl très fortement. Nulle part les magiciens ne font eomplètement défaut, puisqu'ils sont nécessairement donnés en même tein|)s (jue la pensée mylliicjue. Mais de même que les créations de la pensée mythique, ([uellt^ (|n'en soit la concordance dans les traits essentiels, vaiient e.xtiaordinairemenl dans le détail, et de même (jne se fout jour ici les dispositions naturelles propres à clia(|ue tribu, ainsi (mi est-il également en ce qui louche le degré de puissance des magiciens. Tn très grand nombre de tribus sont entièrement tombées sous leur domination; et |)ar là, si bien douées (juVlles soient par ailleurs, si viriles et si conscientes d'ellesmêmes ^comme beaucoup de Iriinis indiennes, ainsi que de

lnl)us africaines), toute chance d'atteindre un stade supérieur de civilisation, toute possibilité de progrès leur est otée sans espoir, à moins qu'une civilisation supérieure, importée du dehors, ne réussisse à rompre le charme, non seulement extérieurement, mais aussi dans la conscience interne. D'autres tribus, parconlre, ne peuvent supporter la pression spirituelle delà classe des magiciens; ainsi la communauté, et surtout les souverains, les anciens et les chefs de clan, conservent lindépendance et la liberté de leurs décisions. Là, on ne s^ulresseaux magiciens qu'en cas de besoin, ou bien on leur attribue des sphères d'action déterminées, bien délimitées, — par exemple, l'interprétation et l'expiation de présages reconnus, tels cpie les auspices ou les présages sacrificiels, et l'assistance en cas de situations difficiles, où l'existence de toute la tribu est en jeu, — tandis que, dans tous les cas ordinaires, on se fie à sa propre force et l'on n'a pas besoin du secours des esprits. Là, dès lors, le pouvoir politique conserve sa pleine autorité, et les conseils des magiciens ne sont (jue des avis, cpi'on peut suivre ou non; Temploi de leurs procédés au service de fins privées est sup})rimé autant que possible, et considéré par la coutume avec mépris. Là, le caractère magique, chez les magiciens, les voyants, les prophètes, peut si bien passer à l'arrière-plan, qu'ils nous apparaissent presque exclusivement comme les détenteurs d'une civilisation primitive et les gardiens de la plus haute idée d'un peui)le, et deviennent des figures vénérables. Chez de telles tribus, un libre développement (^st possible, un progrès spirituel, ([ui mène aux sommets de la civilisation. 11 n'y a pas le moindre fondement à l'hypothèse très répandue, suivant laquelle ces peuples, qui sont devenus des peuples civilisés, auraient nécessairement passé, dans leur Age

|)rimitif, par le stade de civilisation des Américains du Nord ou des Nègres (ou môme par celui des ^^lexicains), quelques nombreux rudiments qu'on puisse trouver chez eux de représentations et d'institutions mythiques, entièrement sembla-

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bles à celles qui régnent chez ces poj)ulaJions. Car ce qui serait décisif, c'est la preuve que cet état de choses et ces conceptions aient régné d'une façon dominante et exclusive ; et non seulement cette preuve ne saurait être fournie, mais l'évolution ((ui s'est produite chez ces peuples prouve le contraire: elle montre qu'à coté des facteurs qui ont maintenu d'une manière durable les autres peuples susnommés à un certain stade, barbare, de l'évolution, il y avait chez ceux-ci, (pii sont devenus plus lard des [)euples civilisés, — dès le début, pour autant (puMios regards s'étendent dans le passé, — d'autres facteurs, (|ui rendaient [)ossible le j)rogrès. Il est vrai seulement qu'on constate (nous aurons à en reparler aux ^§ 66 et suiv.) que, précisément aux débuts d\ui progrès de civilisation, les puissances et les représentations qu'implique la magie peuvent acquérir une importance croissante ; — ainsi, pour ne citer ici ([ue des exem[)les empruntés à des stades d'évolution très avancés, chez les Israélites, la situation toute-puissante ^au moins (^n tln'orie) du prêtre lévitique est bien plus récente que la situation très modeste et subordonnée des anciens prêtres et voyants; et, chez les Grecs, la divination sacrificielle, avec le surcroît d'importance qui en résulta jiour le aavTiç, et surtout l'insti tution des oracles, ne se sont établies qu'aux temps posthomériques ; — tout dépend alors desavoir si ces puissances et ces représentations magiques atteignent à une situation dominante, comme chez les Mexicains, et produisent, dès lors, la barbarie parfaite, ou si Ton s'élève au-dessus d'elles, comme chez les peuples civilisés.

La tendance toute récente à cherclioi' dans la relii^ion des Mexicains et d'autres peuples semblables une clé pour i'intelli^-ence de la religion primitive et de l'évolution religieuse des peuples de l'antiquité, ne m'apparaît que comme une funeste méprise, qui a notamment, par exemple, influencé très malheureusement le travail de Bi:the sur la pédérastie dorienne (§48, note , aux pp. 401 sq. : de telles conceptions sont les aberrations extrêmes de la pensée mythique, qui ont conduit

à la plus sauvage barbarie, non pas des représentations naturellement nécessaires et originelles. En cet ordre d'idées, au surplus, l'ethnologie comparée et l'histoire des religions procèdent, de nos jours, avec une étonnaide naïveté : si révolution scientifique reste saine, la réaction ne tardera pas, et ces théories, (pron proclame aujourd'hui résultats certains de la science, sombreront comme le matriarcat, la mythologie « comparée », la conception qui fait sortir la religion du totémisme et du culte des morts, ou la « cosmologie babylonienne»; on en rejettera même, alors, i)Our quelque temps, ce qu'elles contiennent d'exact. Si, d'ailleurs, les interprétations solaires et astrales qu'on donne des représentations et des rites mexicains sont correctes, ce dont je ne puis juger (elles me paraissent assez problématiques), cela prouve justement que nous avons affaire à des formations toutes récentes.

Les dieux et la religion.

50. La magie utilise à ses opérations l'infinie multitude des êtres qui constituent le monde des esprits. D'après leurs eiïets, ceux-ci se divisent en catégories déterminées, ])lus ou moins étendues (que la spéculation mythique peut, dans la suite, pourvoir de nombres); mais chacun de ces êtres en particulier n'entre en ligne de compte que pour autant que lui seul, et non un autre, est regardé, dans chaque cas d'espèce, comme décisif et efficace pour l'événement déterminé qu'il a causé, ou pour celui qu'il doit produire ou écarter. Mais il y a aussi des esprits, et des âmes habitant en des objets sensibles, qui agissent continuellement, et sont, par suite, des personnalités durables, distinctement saisissables pour l'homme, et tranchant nettement sur la masse des autres. Ce sont les dieux. Ils ont tous en commun, ])ar oj)position aux autres esprits, cette durée de la personnalité, l'éternité de leur existence ; en d'autres termes, ils sont à tout moment présents à la conscience de l'homme, et sans cesse recommencent à entrer uniformément en activité : car même lorsqu'un dieu n'agit quVn des événements chronologiquement

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dëterniiiiés, par exemple à la naissance, ou lors de la germination et delà croissance de la végélation, ou dans le feu, ou dans la chasse et la guerre, il n'en est pas moins, à chacun de ces événements, si souvent qu'il se reproduise, uniformément agissant ; et loisqu'on raconte sa naissance et sa mort, voire lorsque (ous les ans il renaîl el meurt à nouveau, c'est pourtant toujours le même dieu, avec les mêmes proj)riétés immuables, cpii toujours revient, et toujours recommence à subir le même destin.

51. D'après leur sphère d'action, les dieux se divisent en deux groupes, nettement distincts malgré de nombreuses trausilions. L un se compose» des puissances divines universelles, qui agissent unifoiinément dans l'ensemble de Tunivers (physique ou intellectuel , avant tout dans les phénomènes cosmiques, tels cpie le ciel et la terre, la lumière et Tobscurité, le soleil et la bine; de même, dans le chan<rement des saisons, la croissance et la mort des plantes (^t des animaux, la vie sexuelle, etc.; — seulement, (buis ces charniers cas, la relation j)bis spécialement étroite avec un gioupe d'hommes (h't(Mininé passe d'ordinaire au prcMuier plan et (h)mine. Do là naît , chez beaucoup de peuples, cette cioyance, qu'en généial tout phénomène naturel et tout objet du moncb» extérieur sont les manifestations d'une divinité fc'est-à-dire d'une foire conçue comme ])ersonnalité et comme àme) ; que, par conséquent, dieu et monde sont parfaitement icb^itiques, et leur commencement d'existence une seule et même chose, — il en est ainsi chez les Grecs; —tandis que,^chez d'autres peuples, par exemple chez les Sémites, le principe vivant est nettement distingué de la matière, conçue comme inanimée en elle-même, où les dieux habitent. — La seconde catéirorie comprend toutes les divinités (jui sont limitées à une sphère d'action spatialement circonscrite, soit que, d'un objet naturel déterminé (fixe ou mobile), d'une montagne, d'une source, d'un arbre, d'une pierre, d'un animal, ou encore d'un objet créé de nuiin humaine, leur action s'étende aux alen-

tours, soit qu'un lien indissoluble les unisse à un groupement humain déterminé (tribu, clan, etc.), où elles se manifestent d'une façon durable par leur activité. Ces dernières sont les puissances vivantes qui se font jour dans l'existence et la persistance du groupement, et qui seules les rendent possibles. Au sein du groupement, cette activité peut être tout à fait universelle, ou bien bornée à des domaines particuliers de l'existence humaine (tels que chasse, guerre, fécondité, vertu curative) ; de même elles peuvent, ou bien être conçues comme siégeant dans un objet sensible déterminé, qui leur sert de corps, ou bien ne vivre que dans rimagination d(» la tribu, sous forme d'esprits, (jui ne se découvrent à la perception sensible ([u'en des cas exceptionnels. Ainsi, les deux subdivisions de cette catégorie se confondent fréquemment l'une dans l'autre; pourtant il subsiste en général cette dillérence, que le domaine d'action du groupe nommé en premier est plutôt limité par des bornes spatiales, celui du second groupe de divinités, au contraire, par le cercle de leurs adorateurs. Tandis que, pour les esprits de la magie, la connaissance du nom, et la puissance ainsi acquise sur eux, sont d'ordinaire indispensables, et que les divinités cosmiques sont nommées d'après leur mode d'apparition, les divinités de celte catégorie n'ont pas besoin, à l'origine, d'un nom propre, et, fréquemment, n'en ont reçu que tard, ou même pas du tout: il suffit à leurs adorateurs qu'elles existent en tant qu'êtres puissants. Yeut-on désigner expressément l'une de ces divinités à la différence des autres, on la nomme d'après l'endroit où elle réside, d'après sa sphère d'action, ou d'après une propriété caractéristique. — Assurément, les dieux de la seconde catégorie empiètent fréquemment sur le domaine de la première ; il n'est pas rare qu'un dieu de tribu, non seulement ait son siège sur la terre, dans une pierre, par exemple, ou un animal, mais se manifeste en même temps dans la voiite céleste ou dans le soleil, crée la lumière et les ténèbres, et le changement des saisons,

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et toute vie. La raison en est qu'il passe, au seîn de la tribu qui l'adore, pour la cause de tous les événements qui la touchent, si bien qu'on lui rapporte même les phénomènes cosmiques, éternellement pareils à eux-mêmes ; que ces phénomènes aient également lieu pourtous les autres hommes, dénués de tou( lien avec ce dieu, cela n'a qu'une mince importance pour la pensée religieuse. Inversement, les dieux universels de la première catégorie peuvent, par la même association d'idées, devenir des dieux de tribu, et, du même coup, des puissances attacliées à un lieu. Ces mélanges deviennent de plus en plus fréquents à mesure (|ue progresse l'évolution religieuse, et y jouent jusqu'à nos jours un rôle de tout premier ordre : — le Dieu universel du christianisme, par exemple, passe en même temps pour le dieu piotecteur spécial de tel peuple ou de tel État particulier, et, notamment en cas de circonstances critiques, guerres, etc., est invoqué comme tel, comme Dieu des Allemands ou des Français, non comme Dieu de l'humanité tout entière. Mais, en dépit de cette fusion réciprocjno, la profonde diflérence existant entre les deux catégories de dieux est évidente. Les dieux du premier grou[)e existent en tant (lu'êtres durables, grâce aux effets toujours semblables qui en émanent (et que nous appelons, nous, les lois de la nature); et la forme où la |)bipart d'entre eux apparaissent, est, de n»ême, donnée immédiatement par l'expérience. Les dieux de la seconde catégorie, au contraire, appartiennent en eux-mêmes aux figures fantomatiques (hi monde des esprits, leur caractère divin consistant en ceci seulement, que, par leur liaison, en elle-même arbitraire, avec un substrat durable (objets naturels, groupements humains, événements naturels déterminés ou effets déterminés sur la vie humaine, se reproduisant régulièrement), ils sont devenus eux-mêmes des êtres durables, et, parla, des personnalités douées de propriétés définies. C'est précisément pourquoi il est possible aux hommes de contracter avec eux un lien durable et fermement réglé, tandis que

le lien contracté avec les espiits par l'opération de rites magiques n'est jamais qu'éphémère, et que l'action momentanée de la pratique magicpie ne se survit pas. Ce lien durable et réglé, c'est le culte ; et ainsi, la définition des divinités de la seconde catégorie peut encore se formuler comme suit: ce sont des esprits, qui, par l'institution d'un culte fixe, sont devenus des êtres durables à caractère personnel.

La (liffcrcncc entre esprits (démons, spectres, djinns, etc.) et dieux se retrouve dans toutes les religions, et doit être nettement eonrue, si l'on veut parvenir à une solide intelligence de la religion. Néanmoins je ne connais, dans toute la littérature, aucun essai de définition de cette dilîérence ; j'espère avoir réussi, dans les développements qui précèdent, à faire ressortir distinctement les facteurs essentiels. La profonde dilTérence des deux catégories de dieux doit, elle aussi, rester toujours présente à l'esprit du savant. Elle se trahit partout d'une façon sensible, en ce que les dieux de la première catégorie n'ont à l'origine que peu ou même point de culte, et sont pourtant indubitablement des dieux, souvent même les dieux par excellence : tels le Grand Esprit chez les Indiens, Allah chez les Arabes avant Mahomet, le dieu solaire Re' chez les Égyptiens avant la cinquième dynastie, ainsi que le dieu lunaire lo'h, ou Hélioset Séléné chez les Grecs et ailleurs, ou, dans le christianisme, Dieu le Père et Dieu le Saint-Espril ; de même, chez les Iraniens, Ahuramazda, chez les Hindous, Brahma (Atman), ne jouent dans le culte qu'un petit rôle. Par suite, ce n'est pas le culte qui peut, comme je l'ai cru longtemps, servir de base à la définition du conce|)t de dieu ; il n'est essentiel que pour les dieux de la seconde catégorie, qui, en vérité, ne sont créés que par lui. En lait de l'acteur essentiel, il reste, par conséquent, la personnalité vivante et durable avec laquelle Thomme peut compter et contracter des relations (qui peuvent n'être pas encore un culte, mais seulement une expression du sentiment de dépendance personnelle). Cette personnalité existe môme chez les dieux avec qui l'honime n'entre en rapport qu'en des occasions isolées, — par exemple à une fête annuelle ou lors de pratiques déterminées, telles queles semaillesou la moisson, — ou dontil n'a reconnu reflicace qu'en une circonstance unique, conune l'Aius Loculius et le Tutanus Pediculus des Romains — les « dieux spéciaux » {Sondergolter) d'UsENER (G'ôllernamen, 1896) — ; car ils sont, eux aussi, considérés connue des puissances durables, douées d'une action déterminée otrégulière [d'après laquelle ils reçoivent leurs noms [)roprcsJ, lors

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même qu'ils n'exercent cette action qu'à des dates tout à fait isolées; et par suite, ils diffèrent complètement en nature d'avec les esprits et démons. — Naturellement, il ne manque i)as de formes de transition entre le monde des esprits et celui des dieux. C'est ainsi, par exemple, que les puissances qui envoient la ruine, les maladies (les épidémies surtout), la mort, etc., sont, chez beaucoup de peuples, de véritables divinités, qui peuvent même devenir l'objet d'un culte d'État complet; mais Ahriman chez les Perses, Mara chez les Hindous, le diable dans les religions chrétiennes, ne passent pas i)our des dieux, quoique ces êtres soient tous, aussi bien que les dieux, des personnalités durables, distinctement développées. C'est à quoi contribue pour une part l'horreur qu'on éjirouve à les mettre entièrement sur la même ligne que les puissances bonnes et bienfaisantes; mais la raison décisive, c'est surtout que la liaison avec ces êtres, (pioiciu'elle puisse avoir lieu d'une façon durable, moyennant des rites précisément déterminés, j)asse pour illégitime et sévèrement interdite, ce qui les emj)êche également de doinier naissance à un culte; c'est ainsi ((u'ils restent dans la sphère du monde magique des esprits. — Dans des systèmes mythologiques développés (tels que les systèmes grec ou hindou), il y a aussi un grand nombre d'êtres (|ue l'on reconnaît comme dieux, quoiqu'ils n'aient ni fonction cosmicpie ou terrestre, ni culte ; mais ce ne sont que des ligures de reni])lissage du système généalogique, qui — à moins d'être les résidus d'objets de culte disparus — manquent totalement de personnalité.

52. La liaison, par le culte, du groupement humain avec la divinité est la plus parfaite (expression de l'idée de causalité qu'ait produite la pensée mythi((ue. A la base du culte se trouve — d'une façon d'ordinaire inconsciente, sans doute, ou à demi consciente seulement — la représentation d'un rapport contractuel, conclu parle groupement avec les puissances extérieures d'où son existence dépend. Par ce contrat, les deux parties s'assurc^nt leur durée et leur prospérité. Car de même que chacjue n)embre du groupement en particulier dépend de ce groupement et des liommes puissants qu'il compte, surtout du chef, mais que pourtant ceux-ci n'existent, en retour, que parce que la masse des mem])ies du groupement reconnaît leur puissance, ainsi en est-il également (juant aux rapports du groupement et du dieu. Les divi-

nités du groupement créent et conservent son existence ; mais inversement, elles-mêmes n'existent — c'est en quoi elles se distinguent des puissances cosmiques de la première catégorie — que parce qu'elles ont dans le groupement leur corps, parce qu'elles en sont reconnues et adorées, et parce qu'elles périssent avec lui. C'est ce qui revêt dans le culte une expression tout à fait matérielle : la divinité reçoit une offrande d'honneur sur tout gain qui échoit au groupement ; elle reçoit sa part de chaque repas, car elle a besoin de nourriture aussi bien que l'homme ; elle est traitée comme un chef puissant, auquel on offre des présents d'honneur, et dont on cherche, moyennant l'observance de ses vo^ux et de ses caprices, à obtenir les bonnes grâces par d'humbles cérémonies. Se met-elle en colère pour une raison quelconque, ou encore sans raison, envoie-t-elle du mal à ses adorateurs: on doit s'eflbrcer, par un suicroît de services et d'oflrandes, de reconquérir sa faveur; il ne manque pas, en ce cas, de cérémonies cruelles, auto-mutilations et sacrifices humains. Car les dieux, du moins les plus nombreux de beaucoup, ne sont pas plus que les chefs et despotes des êtres bienveillants, mais bien des êtres puissants, et par là même indispensables. Souvent ils ont soif de sang, veulent s'en lassasier, et malheur à qui tombe alors sur leur chemin ! C'est pourquoi on leur immole des bandes d'ennemis prisonniers, souvent dans de terribles tortures, où ils trouvent leurs délices ; on leur ofl're en sacrifice des troupeaux entiers d'animaux; on apaise leur colère en sacrifiant des compagnons de tribu, voire son propre enfant. En de telles cérémonies, la porte est ouverte à tous les procédés de la magie: — dans le sacrifice, précisément, et dans l'immolation des ennemis, un grand rôle est joué par cette idée magique, que l'on peut s'approprier les forces psychiques d'un être étranger (animal ou ennemi) en le dévorant ou en buvant son sang, siège de son âme, — et aussi par cette représentation que, de même qu'une communion peut, par le repas (ou le boire), être

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instituée entre les hoiuiiies (notanimeiit entre les membres de la tribu et Phôte étranger) , pareillemc^nt ce résultat peut être atteint entre hommes et dieu ; qu'en particulier le sang sacrificiel rend la communion indissoluble. Des orgies sexuelles peuvent également, lors([ue la divinité se manifeste surtout dans la vie sexuelle, créer un(î telle communion. En dehors des religions des Indiens et des Nègres, les religions sémitiques, par exemple, surtout celle» de Yahwé, sont pleines de représentations de ce genre, qui survivent encore dans la communion chrétienne. A ces représentations mythiques viennent se joindre, souvent d'une façon très grotesque, les faits positifs delà vie réelle : j)ar exemple, la divinité ne saurait, quoi qu'on fasse, prendre à soi aucune nourriture, et doit, par suite, se contenter des parties des animaux que riiomme ne peut manger, et (jui lui sont apportées par le feu sous forme de fumée sacrificielle, ou encore de la simple contemplation des mets (|u'on lui dresse, et que les prêtres consomment ensuite (il en est ainsi chez les Égyptiens, (jui ne connaissent j)as les sacrifices ignés ; chez les Sémites, ils sont également secondaires : en revanche, le sang de la victime est, chez eux, répandu à terre pour la divinité, ou employé à enduire sa pierre sacrée). Une grande fête sacrificielle, les hécatombes grecques par exemple, n'est souvent, en fait, pas autre chose qu'une fête nationale, où la totalité des membres du groupement peut se donner du bon temps, et cà laquelle s'annexe un marché annuel ; la motivation religieuse n'est qu'un revèteuKmt extérieur. De même, les rites sanglants ne sont, assez souvent, que l'expression du caiactèrc* national et d'une inimitié» humaine, à puissants motifs politiques (conscients ou non), si souvent que la religion, par ailleurs, ait fourni aux hommes, non seulement le prétexte, mais l'occasion réelle des plus terribles ciimes. — Comme dernière ressource envers une divinité récalcitrante, il reste, si tous les autres moyens magiques échouent, la contrainte directe, qui, dans les cultes primitifs, est sou-

vent exercée de la manière la plus naïve. On ne peut, sans doute, la tuer comme un chef incapable ou méchant, mais on peut la déposer; l'idée que les dieux étrangers sont plus j)uissants que ceux (|u'on a, et (|ue, par suite, on ne gagne plus rien à adorer encore ces derniers, joue un rôle décisif tant dans l'extension pacifique d'un culte à des territoires étrangers que dans tous les changements de relio-ion accomplis par un acte d'Etat.

53. La liaison indissoluble et rnnion intime, existant entre le groupement humain (tribu, clan, phratrie, société de parents, famille) et les divinités du culte, dominent toutes les représentations et toutes les pratiques religieuses. Souvent, le groupement adore un grand nombre de dieux entre qui se répartissent les diverses opérations du monde extérieur et des forces naturelles ; ils forment alors un certain ensemble (non pas, d'ailleurs, exempt de toute contradiction), un système mythologique. Quand plusieurs tribus se réunissent en un seul peuple, ou quand simplement elles exercent les unes sur les autres une action durable, le nombre des dieux s'accroît considérablement. Mais alors même qu'une tribu possède un panthéon étendu, il y a toujours un dieu qui ressort particulièrement comme le vrai dieu protecteur, immédiatement attaché à elle : — tout au plus y a-t-il encore dans son territoire plusieurs lieux de culte con sacrés à des puissances locales, qui, dans les limites de leur résidence, l'éclipsent. Ce dieu peut dépasser à tel point les autres en importance, que ceux-ci n'entrent plus qu'à peine en ligne de compte, et que, comme il arrive fréquemment chez les tribus sémites, on parle simplement du dieu, sans se préoccuper de ses serviteurs et compagnons subordonnés. Son nom, lorsqu'il en reçoit un, est assez souvent identique à celui de la tribu (ou du groupement inférieur), sans qu'on puisse parler de priorité d'un côté ou de l'autre : tous deux sont inséparables et font en môme temps leur apparition. Les hommes du groupement sont créés par ces dieux, d'or-

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clinaire (non pas du tout exclusivement, toutefois) par voie de procréation: conce[)tiou (jui s'offre plus iunuédiatenient que toute autre à la portée de la pensée mythique; ceux-ci passent dès lors pour les ancêtres du groupement (cf. ^ 13). C'est ce ([ui fait qu'une théorie nu)derne, singulièrement erronée, mais qui a joui quelque temps d'un grand crédit, cherche dans le culte des ancêtres la racine de Tidée de dieu, et, en <rénéraL de toute relio-ion. Dans le culte des dieux, la liaison de la divinité et du groupement est toujours ce qui domine ; l'individu — à la grande diOerence de ce qui a lieu en magie — n'entre en rapport avec les dieux que par cette raison et pour autant qu'il est luembre d'un groupement adorant cesdieux. L'individualisation de la religion et l'adoption de cultes étrangers par des individus agissant selon leur libre gré n'appartiennent partout qu'à un stade très avancé de civilisation. Par contre, on conçoit non moins bien que les

détenteurs du pouvoir de l'Etat soient toujours en contact immédiat avec la divinité : car en eux, dans la royauté surtout, la collectivité se concentre en une unité individuelle, et tout ce qui les touche affecte immédiatement la collectivité, — par conséquent aussi les dieux qui vivent en elle.

54. Les dieux ont, comme tous les esprits, un corps spirituel, avec lequel ils peuvent, libres et invisibles, aller et venir partout; mais en outre, ou bien ils sont liés de façon durable à un corps matériel (comme les dieux des astres), ou du moins ils font d'un tel corps leur résidence temporaire. Très souvent ce corps est un objet naturel, attaché à un lieu fixe, soit ([u'il appartienne à la nature inanimée, comme une montagne, un rocher, une pierre au bord d'un chemin, uii tertre, — que d'ailleurs l'homme ait appris grûce aux signes donnés par la divinité qu'elle habitait en cet objet, ou que la divinitéy descende dans l'éclair ou y envoie du ciel un météore, — soit que leditobjet mauifesteune vie propre, toujours active, comme un arbre, une source, un cours d'eau, ou la mer. Ces dieux sont donc des puissances locales, dont la

zone d\'\ctionest spatialement limitée, encore qu'ils agissent souvent bien au delà des environs immédiats, et qu'ils puissent, comme êtres spirituels, délaisser pour un temps leur résidence, aller et venir avec leur tribu ou lui porter secours en cas de besoin, dans la bataille par exemple, comme le Yah\vé du volcan Sinaï. :\lais il se peut aussi que, seul, l'homme lui-même leur crée une résidence de ce genre: il plante un arbre, il érige un cône de pierre {ma s se b a) ou un tas de pierres {kermès), ou encore un tronc d'arl)re défeuillé, un pieu {asera) ou une planche, ou le pain consacré (l'hostie) ; et c'est là désormais qu'habite la divinité. Nombre de ces objets de pierre et de bois ne sont pas attachés à un lieu : ou peut, dès lors, emporter avec soi la divinité, s'informer constammentde sa volonté, l'influencer aussi. C'est peut-être une croyance encore plus répandue, que les dieux résident en des animaux. Les animaux sont des êtres vivants, ayant, comme les hommes, une âme capable de volonté; non seu- IcMuent ils surpassent souvent l'homme en force, mais surtout ils sont ])ien plus mystérieux, échappentbien davantage à la prévision, et sont, en même temps, grâce à l'instinct, bien plus assurés dans leur conduite et plus conscients du ])ut que rhomme : ils savent beaucoup de choses que rhonime ne sait pas. C'est pourquoi ils sont par excellence, dans la conception primitive, le siège de mystérieuses puissances divines. Des esprits (démons), eux aussi, passent souvent au-dedans d'un animal (ou d\m homme), et agissent par lui. La diflérence consiste, ici encore, en ce que l'action de Tesprit et du charme juagique n'est que passagère, et peut, par suite, être également écartée par magie, tandis que la liaison du dieu avec ranimai est durable, si bien que les qualités de son caractère, tant mauvaises (c'est-à-dire nuisibles) que l)onnes (c'est-à-dire utiles), se font jour dans cet animal. A ces conceptions s'oppose le fait que les hommes combattent les animaux, les chassent et les tuent, les consomment, ou, comme animaux domestiques, les font servir à quelque autre

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profit: mais la contradiction logicjuo cju'il y a on ceci, on ne la sent pas; on vit avec les animaux en claL de communauté, tantôt en paix, tantôt en guerre, tout comme avec les gens de sa propre tribu et de tribus étrangères. Par suite, la sainteté, le caractère divin, appartient en commun à toute l'espèce animale dont la forme est celle où apparaît un dieu ; mais ce qu'on regarde comme le siège du dieu, et, par suite, comme inviolable et comme objet de culte, c'est un exemplaire particulier de cette espèce ; quand cet exemplaire meurt, le dieu passe aussitôt dans un autre (d'ordinaire reconnaissable à des signes déterminés , ([ui continue jusqu'à sa mort de constituer le corps du dieu. Ce n'est pas autrement qu'il faut concevoir le cas où, dans mainte religion, parfois très avancée, comme le bouddhisme tibétain, un homme passe pour l'incarnation de la divinité. Cette représentation atteint un développement particulier lorsque, dans les monarchies absolues, le roi est un dieu, et que sa divinité se transmet à son successeur au moment où le trône change de maître: ici, labîme entre les sujets et le souverain est devenu si profond, et les premiers se sentent si dépendants de la volonté et des caprices du second, qu'ils ne peuvent le concevoir que comme la forme terrestre où apparaît un dieu.

55. Avec les dieux ihériomorphiques, les hommes vivent dans une communauté particulièrement étroite. C'est chius ce cas, par suile, ([ue peuvent atleiudre au plus haut dévelopj)ement les essais entre[)ris en vue d'entrcM* en connexion immédiate avec les dieux, et de participer par sorcellerie à la force magique des èlies cpii constituent le monde des esprits. Le fait de se vêtir de peaux de bètes, de ceindre la queue d'un loup ou d'un lion, chez les plus anciens Égyptiens, le serpent que les rois d'Egypte portent à la tête, l'emploi de masques aninuuix, etc., servent à ces fins, surtout à la guerre, où Ton a plus (pie jamais besoin (b»s forces magi- ([ues et de la puissance divine. C'est égalemeni une repié-

sentation très répandue, que les âmes humaines prennent après la mort une forme animale, et entrent ainsi dans le cortège du dieu de la tribu. Le dieu de la tribu ou du clan, en tant qu'ancêtre de la tribu ()^ 53), a procréé les plus anciens hommes sous forme animale ; les animaux de son espèce sont leurs plus proches parents ; c'est d'après eux (pie la tribu reçoit son nom. C'est là ce ([u'on appelle le totémisme (ainsi nommé d'après un mot des Iroquois, chez qui ces représentations sont particulièrement développées), où, par une complète méconnaissance des faits réels et des représentations qui en sont la base, tant d'ethnologistes et d'historiens des religions ont cherché la racine et la plus ancienne forme de la vie religieuse. En léalité, il n'est pas vrai que la divinité naisse du culte animal, bien moins encore de la crovance qui fait survivre dans les animaux les âmes des ancêtres : c'est inversement le culte animal ([Ui naît de la conscience d'une dépendance à l'égard de puissances vivantes, animiques, lesquelles doivent, d'une façon ou d'une autre, s'incorporer en des objets naturels et se rendre connaissables aux sens. C'est pourquoi d'ailleurs on trouve partout, à côté du culte animal, l'adoration des dieux sous forme de pierres, d'arbres et autres objets sensibles, et par derrière, la cnjyance aux esprits dans son plein développement; non moins que de l'animal, les hommes descendent de l'arbre et du rocher, non seulement chez les Grecs, mais aussi, par exemple, chez les Indiens [ainsi que les Israélites]. Au reste, lorsqu'il s'agit d'admettre la présence de représentations spécifi(iuenient totémiques, une circonspection toute particulière est de rigueur. Car, en dehors de ces représentations, partout exisie l'usage, pour les hommes et les tribus, de se dénommer d'après des animaux, sans que s'y joigne le moindre culte de l'animal en question : très souvent, ces noms sont bien plutôt des sobriquets, qui se rattachent à des défauts corporels ou moraux, à des particularités frappantes, et notamment comiques, etc. ; en d'autres

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cas, ce sont des noms honorififjues, qui reconnaissent, chez l'homme ou la tribu en question, la force, le courage de l'animal, ou qui les leur souhaitent. Il peut alors s'ensuivre que l'on se sente, en fait, plus étroitement lié à cette espèce animale, sans que pourtant naisse de là un culte ni la croyance aune parenté réelle avec cette espèce, — à moins ([ue cette croyance ne vienne par hasard à s'exprimer dans un conte ou un mythe sans portée. Les totems eux-mêmes, les poteaux et étendards ornés d'une image d'animal ou d'être fantastique à forme animale, mais souvent aussi de plantes, de pierres, d'armes, etc., ne sont dans bien des cas que des insignes de tribu, auxquels il n'est nullement nécessaire qu'un culte s'attache, encore ((u'ils passent souvent pour des images du dieu de la tribu (partant, de l'ancêtre divin).

La théorie totémiqiie postule que les animaux qui passent pour sacrés et sont regardés comme des ancêtres ne doivent pas être tués ni mangés par les hommes. Or c'est précisément le contraire qui a lieu : les animaux qui ne sont pas mangés (comme le porc chez les Sémites et en Asie Mineure, etc.), loin d'être sacrés, sont inqjurs; ils sont détestés comme des êtres absolument profanes (quelquefois, comme formes d'apparition des ennemis des dieux). p:n revanche, leurs noms, ici encore, se rencontrent comme noms de tribus, de clans et de personnes. —V. encore, contre le totémisme, § ()2.

56. La liaison des dieux avec un corps (vivant ou inanimé) ne supprime pas la liberté de leurs mouvements, ni leur corps spirituel, invisible à l'œil ordinaire, — non pas même chez les puissances cosmiques, comme le ciel, le soleil et la lune. Ils peuvent, par suite, avoir plusieurs corps, où ils apparaissent temporairement, et bien des fois, en fait, simultanément. C'est là pour rhomme un point de la plus haute importance : car il souhaite avoir le dieu à sa portée partout où il en a besoin, et il ne peut agir sur lui que lorsqu'il peut le saisir de façon sensible dans un objet, ou tout au moins par le moyen d'un objet. Ainsi s'expli(|ucnt les pierres,

les poutres, les planches sacrées, etc. , dans lesquelles la tribu ou le clan emporte avec soi ses dieux, et ([ue l'on couvre de vêtements et d'ornements; les trônes (mobiles ou immobiles) qui leur sont dressés, et où, sous leur forme spirituelle, ils prennent place, comme le chef, au milieu de leurs adorateurs. H est très ordinaire cpie l'on essaie d'incarner de façon sensible ce corps spirituel lui même. Malgré toutes les formes extérieures que prend le dieu, on se représente toujours essentiellement ce corps, qui est son vrai corps, sous forme humaine, — car Tàme, la volonté agissante, émane du dedans de l'homme, et, par suite, est conçue comme une copie du corps humain ; — quoique sous un aspect bien plus terrible et plus puissant que celui de l'homme. Lorsque la divinité se manifeste sous la forme d'un animal et en possède les propriétés, les traits animaux viennent s'ajouter à la forme humaine; de là, les dieux à forme mixte, qu'on trouve partout : animaux à tête d'hommes ou hommes à tête d'animaux ; avec cela, de nombreux attributs, empruntés, le plus souvent, à l'apparence du chef ou du roi. La réunion de plusieurs animaux, l'invention de fantastiques êtres mixtes, est, dans le cas des dieux, chose très rare ; d'autant plus fréquente, en revanche, dans celui des démons appartenant au monde des esprits (qui, dès lors, deviennent souvent les serviteurs des dieux). Ces formes, l'homme cherche à les imiter; il façonne à leur image la pierre ou le bois où il adore la divinité, pétrit en argile des figures de dieux. Ainsi prennent naissance les idoles. Tous ces objets de culte créés par la main de l'homme sont compris sous le nom de fétiches. Mais il faut à ce sujet se garder du malentendu, qui revient sans cesse depuis les prophètes israélites, et qui consiste à croire que l'homme puisse jamais adorer réellement de la pierre et du bois, ou de l'argile, ou l'œuvre de son art. Tous ces objets ne sont que des corps qu'il crée aux dieux, et qui suppléent ou s'ajoutent aux animaux, aux arbres, aux pierres existant dans la nature : la divinité est toujours l'être spirituel, l'âme,

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qui a pris en eux résidence. — C'est de cette façon qu'un dieu acquiert un nombre sans cesse croissant de formes d'aj)parition et d objets cultuels. Cette acquisition peut aboutir à un fractionnement de son unité primitive, à la formation de nombreux cultes spéciaux, s'écartant les uns des autres. Mais, d'ordinaire, l'unité de personne se conserve, au moins idéalement, malgré la multiplicité des formes. Nous voyons couramment comment les dieux, dans les religions chrétiennes, sont adorés en d'innombrables hosties et imao-es de saints, et comment ce fait a donné naissance, en plus d'un cas, à des cultes spéciaux en rivalité réciproque, tandis (jue la théorie, et aussi, dans une large mesure, la croyance publique, maintiennent néanmoins l'unité du dieu ou du saint en question : ces représentations ne diffèrent en rien de celles qui régnaient déjà, en ce domaine, chez les hommes les plus primitifs. C'est que la divinité est toujours, pour le culte, à la fois un être sensible et un être supra-sensible.

57. Non moins que l'origine, la forme et la sphère d'action des divers dieux, diflërent aussi leur mode d'activité et la destinée qui leur échoit. Chez le véritable dieu tribal (ou chez le dieu d'un groupement plus petit) domine le facteur persistant, l'influence protectrice, toujours pareille; et si sinistre, si sanguinaire et cruel qu'il puisse être, c'est pour tant, aux yeux des gens de la tribu qui lui est liée, son influence bienfaisante qui passe tout à fait au premier plan. Chez beaucoup de peuples, par suite, les dieux sont avant tout des êtres bienveillants, doux, constamment prêts à secourir. Inversement, les puissances qui envoient la mort et la maladie, la stérilité et la sécheresse, et qui résident dans les animaux sauvages, sont des êtres constamment méchants, alors même qu'on peut réussir à les dompter dans une certaine mesure par la force magique du culte, et h leur faire produire, à elles aussi, des efï'ets bienfaisants, — comme il arrive dans beaucoup de cultes animaux, chez les Égyptiens. Mais le cas où se trouve la plus grande variété de représen-

tations, c'est celui des dieux qui manifestent leur influence dans la vie de la nature, notamment dans le monde végétal et dans le changement des saisons. C'est ici que la pensée mythique a le plus libre champ ; la fantaisie créatrice en façonne les produits, et cherche partout aux événements des explications et des motifs, souvent de la plus naïve espèce. Ces divinités naissent et meurent avec la nature ; ou bien elles émigrent et reviennent; ou bien elles résident, comme esprits, dans la tombe et dans les profondeurs de la terre, d'où elles font émaner, lorsque germent les plantes, des manifestations de leur survivance magique, comme Osiris chez les Égyptiens, Perséphoné chez les Grecs, ou le Zeus Cretois. Les hommes cherchent à leur venir en aide ; ils assistent le dieu nouveau-né contre les puissances hostiles par des danses armées et des cris ; ils célèbrent sa venue et le plein éclat de sa puissance par des fêtes de joie ; ils déplorent sa mort ou sa disparition dans des solennités de deuil; ils cherchent à sauver son ame pour la renaissance de Tannée suivante. Ainsi les destinées du dieu sont, d'un bout à l'autre de l'année, partagées par les hommes, et souvent exposées aux regards sous forme de représentations dramatiques. C'est à les expliquer que sert l'histoire sainte, le mythe développé, au sens étroit ; il a toujours son origine dans les pratiques cultuelles (les BpoVeva), qu'il veut éclaircir et motiver. Le sens primitif d'où il est issu devient souvent complètement inintelligible ; mais il continue à se transmettre de génération en génération, de même que les pratiques cultuelles continuent toujours d'être accomplies. Le mythe devient alors le récit d'un événement qui s'est déroulé, une fois, dans les temps primitifs, et le rite de fête devient une solennité commémorative. De tels récits peuvent, dès lors, en tant qu'histoires intéressantes, voyager de tribu en tribu, voire de peuple en peuple, jusqu'à des hommes qui ne connaissent plus le dieu m le culte ; mais en outre, pour les adorateurs eux-mêmes, à mesure ([ue progresse la civilisation, le dieu peut, par ce procès-

SUS, être entièrement dépouillé de sa divinité, et devenir un homme mortel (roi ou héros), qui ne survit que dans le souvenir et dans les usages de fête. C'est de cette manière qu'ont pris naissance la légende héroïque grecque et toute autre semblable. De même, chez les Hindous par exemple, le dieu du feu est produit, ou du moins recommence à se manifester, chaque fois qu'on allume un feu, et vit et meurt avec la flamme qui brûle. Aux destinées des corps célestes s'attachent également des cultes et des récits du même genre, notamment aux éclipses de soleil et de lune, ainsi qu'aux phases de la lune, au cours du soleil, et à l'orage. Mais ce fut une lourde méprise de ce qu'on nomme la mythologie com[)arée, ([uede cherchei* dans des événementsde cetordre la racine de tous les mythes, de tous les cultes, et, autant que possible, de toute religion : idées aujoui-dluii rééditées dans les fautas([ues imaginations des inventeurs de la « cosmologie babylonienne » (ou même a orientale ») et de la « religion astrale », aj)rès avoir été il y a longtemps dépassées par la science. Les événements de la vie naturelle terrestre touchent de bien plus près l'homme primitif, et jouent, par suite, un bien plus grand rôle que les événements célestes. Ce n'est ([ue dans des religions avancées que ceux-ci passent au j)remier plan; et très souvent, d'anciens mythes sont alors tranfoiinés en événements célestes ou interprétés comme tels, en même temps (|ue les dieux terrestres, à ce stade, soutiennent un rappoi't de |)lus en plus élroit avec le ciel, et souvent se transforment entièrement en dieux célestes et sidéraux (comme c'est le cas, par exemple, en ]]gypte). Mais en ce domaine, comme» ailleurs, les conceptions et les rites les plus variés se côtoient, s'entre-croisent et réagissent continuellement entre eux ; il n'y aurait pire contre-sens que d'attendre ici de l'unité et un ordre systématique. L'attention s attache toujours à l'événement particulier, et encore dans la mesure seulement où il affecte l'homme et l'intéresse immédiatement. C'est en vue de cet

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événement que le rite cherche une ressource efficace, et la pensée mythique, une explication qui rende le fait intelliible : ce besoin satisfait, rattention s'évanouit.

cr O

L'âme humaine et le monde des morts.

58. Dans toute pensée humaine est immédiatement impliquée quoique d'une façon complètement inconsciente chez

les gens dépourvus d'éducation philosophicjue — la représentation du sujet pensant : rhomme ne peut rien penser ou imaginer sans supposer en même temps son moi comme pensant ou imaginant. Par suite, il ne peut pas non plus se supprimer du monde par la pensée : avec la perception et la représentation d'un monde extérieur ou d'un objet quelcon([ue, est immédiatement donné le sujet percevant et imaginant. C'est là-dessus que repose la représentation de la persistance et du caractère impérissable de notre moi, qui est ce que nous nommons croyance à l'immortalité. L'homme le plus primitif lui-même, si jamais ses pensées se portent sur sa propre mort, sur ce cjui sera quand son corps sera étendu inanimé, ne saurait penser autre chose, sinon que son moi percevant et pensant, son ame, continuera d'exister. D'une existence désolée, il est vrai ; car elle n'aura plus de corps ni de force, elle ne pourra plus agir, elle aura faim, soif et froid, elle ne pourra plus voir la lumière. Mais néanmoins elle continuera d'être en connexion magique avec le corps inanimé qu'elle aura quitté ; elle sera encore, dans l'avenir, (hjminée par les mômes instincts que naguère, durant la vie; elle séjournera à la même place, se livrera aux mêmes occupations qu'auparavant. Tout cela conduit l'homme à s'ellbrcer de pourvoir en temps utile à la destinée qui l'attend après sa mort, d'inventer des moyens pour se rendre aussi favorable

l'ame humaine et le monde des morts

que possible son existence future, poui* s'assurer dans l'avenir vêtements et nourriture et toutes les jouissances, parfois aussi pour conserver le cadavre intact. — Mais ces représentations (|u'on se fait du sort de son aine contrastent violeinnienl avec les faits de l'expérience et avec les représentations (|u'on se fait de ràine des autres hoiumes, à la mort de qui Ton assiste. Sans doute, à la mort, l'àme sort du coips : la privation de vie, le commencement d'anéantissement, (|ui sont le lot du corps, l'aine n'y participera pas de si tôt. Elh* peut apparaître dans le rêve ou dans des visions, elle est dev(^nue telle ((ue l'un des innombrables esprits qui remplissent le monde; il se peut (jiie, du lieu de la sépulture, elle exerce encore des effets sinistres, parfois [)uissants; elle continue jusc{u'a[)rès la mort de s'intéresser à ses com|)agnons et à ses descendants, elle peut leur venir en aide et leur porter bonheur; il se peut aussi (|u'elle soit susceptible de servir à des pratiques magiques. Mais il n\^n est pas moins vrai (|ue Fliomme plein de force qui agissait durant la vie est à tout jamais disparu; et si vivant qu'ait d'abord été son souvenir, il s'éteint lui aussi assez vite au couis du temps. Son âme n'apparaît j)lus, elle est sans force et sans conscience ; tout au plus peut-on pai* magie, en lui faisant, par exemple, boire du sang, la rappeler pour une fois encore à la vie, d'une façon passagère; si elfrayante qu'elle puisse d'abord paraître, elle n'est jamais qu'un fantôme, impuissant dès ([u'on l'approche et le veut saisir. C'est que la vie a pris fin au moment de la mort, que le mort est bien mort, et que l'on ne saurait, par ((uelc[ue moyen ni quekjue magie que ce soit, le rappeler à une vie véritable.

59. C'est sur ces représentations entre-croisées que reposent toutes les conceptions et tous les usages qui, sous les formes les plus diverses, chez tous les peuples, s'attachent aux morts. Nulle part plus cju'ici, et jusqu'à nos jours, les représentations des hommes et les pratiques qui en découlent ne sont contradictoires et désordonnées; et il en a été

ainsi partout et de tout temps. Pourtant, ici encore, des <»'roupes déterminés se laissent distinguer. Il y a des peuples (hnit l'attention se tourne entièrement vers notre monde; (lui, par suite, considèrent les choses d'un j)oint de vue réa, liste, et se soucient peu des morts. C'est le cas des tribus sémitiques, chez lesquelles hîs usages funéraires sont toujours restés tout à fait simples, et les âmes des morts dépourvues de tout rôle (encore (ju'elles puissent, une fois par hasard, faire peur comme fantômes ou être rappelées à la vie par un magicien), jusqu'à ce ([ue la doctrine de la résurrection parvînt du dehors, comme un dogme tout fait, aux Juifs (le l'époque des Macchabées et aux Ara])es du teinj)s de Mahomet; encore est-il significatif que ces deux peuples n'aient pu se représent(M' la résurrection des morts que comme un miracle delà toute-puissance divine, non comme un événement naturel, les faits de l'expérience la contredisant absolument. C'est tout au plus, chez ces peuples, comme des ombres sans conscience, que les simulacres des morts, dans l'obscurité des profondeurs de la terre, mènent encore un semblant d'existence : — par exemple, dans la conception israélite du scheol, ainsi que dans le monde homérique. Chez d'autres peuples, les âmes des morts habitent dans la tombe, et, de là, peuvent exercer une action secourable et bienfaisante sur leurs descendants. Mais pourtant, à cette conception, revient toujours se joindre l'idée que ce sont des simulacres débiles, misérables, qui ne peuvent ni chasser, ni moissonner, ni se vêtir, ni rien faire par leurs propres forces. Aussi est-ce le devoir des descendants de prendre soin d'elles, de leur apporter nourriture et vêtements, d'invoquer leur nom (ou de l'éterniser par l'écriture), et, par là, de les maintenir comme êtres vivants. Mais les tâches de la vie terrestre reviennent sans cesse refouler le soin qu'on prend des morts : ce n'est qu'à des fêtes isolées que leurs proches s'assemblent autour d'eux, les font participer à la solennité et au repas : par là, l'on croit en avoir fait assez pour eux.

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l'ame humaine et le monde des morts

On cherche bien à conserver leur existence personnelle, à garder leur nom, leur forme, souvent en plaçant dans la maison leur crâne ou des masques à l'image de leurs traits; mais après deux ou trois générations au plus tard, ils disparaissent complètement de la mémoire. Ils passent alors dans la masse indistincte des ancêtres, des « pères )),où toute existence personnelle s'elTace. Cette représentation acquiert une importance particulière lorsque la conscience de la continuité des générations dans les groupements (§§ 9, 19) est fortement développée, lors(jue les vivants actuels ne passent que pour les soutiens momentanés du groupement éternel; les fêtes des familles, des sociétés de parents, des clans, deviennent alors en même temps des fêtes des morts. En ce cas, on croit également aux bienfaits et à l'aide que les ancêtres peuvent apporter à leurs descendants (cf. le culte» grec des esprits des morts ou héros) ; et, précisément chez des peuples de pensée très positive, comme les Chinois, qui conçoivent la religion d'une façon tout à fait pratique, cette croyance peut ac([uérir une grande importance, parce qu'en elle s'incorpore la continuité des institutions sur les- (|uelles repose l'État. Mais malgré tout, ici encore, les ancêtres ou pères sont séparés des dieux par un fossé profond et infranchissable. Sans doute, les dieux, eux aussi, vivent au sein du groupement humain et grâce à ses sacrifices et à ses prières ; mais ce sont des puissances vivantes et créatrices de vie, par qui seules l'existence du groupement chnient possible, au lieu ([u'inversement les âmes des morts n'existent que grâce aux dons de leurs descendants, et pourtant ne vivent jamais que comme des ombres.

Exemples de culte des ancêtres chez les peuples de Tantiquité : les Nasa mous du Sahara [xayr=ûovTai ir.i tàiv -povdvtov çoiiiovTe; là aTJaaia, xal xaTe'-»çâ|JL£vo'. £r:'.y.aTa/.oi|xwvTat. Tô 6' av Vôt) èv x^ oii lvû~viov, toutw ypaia'., Hél'Od., IV, 172. Iltaîoai ôiiTCvouvte; àTrap/^oviai xoîj yovcyat, w; ri(Aîî; ôeoÎ; zaoaarov^e'oi?, Nic. Dam., fr. 130.

GO. Cette leprésentation ne change pas, alors même que la

conception individuelle, qui veut rendre possible à l'homme uue survivauce confortable après la mort, parvient à son plein épauouissemeut ; quand l'individu, dès son vivant, prend soin de son culte funéraire; et quand prévaut cette coutume, que les descendants — parce qu'ils veulent eux-mêmes s'assurer, de la part de leurs enfants, les mêmes moyens d'existence qu'ils procurent à leurs pères — soient tenus par une obligation inviolable d'inhumer (ou de consumer) en <>-rande pompe le cadavre de leur père, et de lui offrir de <»-rands sacrifices, — serviteurs, femmes, chevaux, chiens, armes, vêtements, meubles, parures, — afin qu'il puisse continuer dans l'au-delà de vivre comme sur la terre (cf. § 9). Des dispositifs de ce genre sont d'abord le partage de rois ou de puissants chefs de clan, puis, par extension, peuvent être accordés à d'autres personnages distingués, comme en Ét^'ypte, où cet usage a finalement donné naissance au rituel magique, par où chacun se voit assurée après la mort une survivance pleine de jouissances. Avec le [)rogrès de la civilisation s'accroissent, non moins que le goût de la vie et le désir de la prolonger artificiellement durant toute l'éternité, les moyens de garnir richement la sépulture et de célébrer d'éclatantes pompes funèbres, cependant que disparaît la barbarie des sacrifices humains. Car malgré tout le sérieux avec lequel on pourvoit au mobilier des morts en vue de l'au-delà, sans cesse se fait jour ce sentiment, que l'existence du mort n'est, malgré tout, au plus, qu'un semblant d'existence, qu'il ne peut manger ni chasser réellement, qu'il n'est pas autre chose qu'une ombre fantomatique. Par suite, il n'a besoin que d'un semblant de monde : des poupées, qu'on anime par magie, lui suffisent pour femmes et pour serviteurs; des mets de pierre ou en peinture, des prières parlées suffisent à sa nourriture, avec, par exemple, un peu d'encens. Et s'il n'a pris soin lui-même d établir sa tombe et d'instituer un riche culte funéraire, ses descendants, quelle que soit leur piété, ne s'en occu-

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