‹ Histoire de l'antiquité [microform]Chapitre 22 sur 172 · L AME HUMAINE ET LE MONDE DES MORTS · texte numérisé non relu

L AME HUMAINE ET LE MONDE DES MORTS

pent pas trop: ils ont des tâches plus pressantes, et doivent d'ailleurs, avant tout, prendre soin de leur propre culte funéraire. Précisément dans un pays comme l'Egypte, où la préoccupation de la vie future s'est (lévelopi)ée plus ([ue nulle part ailleurs, l'idée <(ue les morts sont des esprits puissants fait complètemeut défaut. Autant l'on cherche énergi- ([uementà les identifier aux dieux par la juagie (dans le cas du roi principalement), autant ils en sont pleinement dilTérents par essence; et l'adoration des morts comme divinités ne s'est développée qu'en des cas isolés, à une éi)0([ue récente, et toujours en raison de circonstances spéciales.

61. Avec les différentes représentations relatives au sort de l'Ame s'entrecroisent les diverses façons de traiter les cadavres. Abstraction faite des cas où les vieilles gens sont tués et dévorés (§ 12, n.), on trouve fréciucMument, chez les peuples incultes, la coutume de jeter le cadavre en pâture aux oiseaux et aux bétes féroces. Chez les Indo-Européens,elle semble, à l'origine, avoir été tout à fait générale, ainsi (|ue chez les ^^longols (^ 554) ; puis, chez les Iraniens, elle a été sanctionnée et religieusement motivée par la religion de Zoroastre (^17, n.), tandis que les Hindous jettent dans

le lleuve sacré les ca(hn r(»s à demi consumés. Mais d'ordinaire le cadavre est enfoui dans la terre, — le plus souvent, dans une petite fosse, et à l'origine, par suite, sous une forme aussi ramassée que possible, dans une position accroupie. A côté i\e cela, l'incinération est très répandue, surtout chez les Indo-Européens (v. ^^ ^37, 554, 570, 588). Chez beaucoup de peuples, chez les Crées, par exemple, et en Italie, incinération et inhumation vont de pair. La différence repose, pour une part, sur les traditions des diverses familles, pour une autre, sur des raisons toutes matérielles: car l'incinération (îst bi(^n plus coûteuse que l'enterrement ou l'exposition des morts. Ces coutumes se concilient avec les conceptions les plus difïerentes. Des peuples ([ui attachent la plus grande importance à la survivance de l'àme ainsi qu'à la

conservation du cadavre, que cette survivance nécessite, — comme, par exemple, les Égyptiens, — enterrent les morts, aussi bien que d'autres peuples, chez qui ces représentations n'offrent aucun développement, — comme les Sémites (en particulier les Babyloniens). Dans le cas d'incinération des cadavres règne fréquemment, il est vrai, — dans le monde homérique, par exemple, — l'idée que l'ûme est, par là, détachée du monde terrestre, et parvient au repos dans l'empire des morts : tant que le corps continue d'exister, le lien qui l'y attache n'est pas encore rompu, et elle mène dans un état intermédiaire une existence tourmentée.

62. Cet exposé des faits et de leur variété contradictoire montre clairement combien est absurde et inconsidérée l'opinion régnante, qui fait dériver du culte des morts, de l'adoration des ancêtres, la croyance aux dieux vivants, sources de toute force et dispensateurs de toute vie. Elle confond trois conceptions tout à fait différentes. D'abord, le culte des morts proprement dit, qui a lieu dans l'intérêt, non des vivants, mais des morts, bien qu'il puisse engendrer cette idée, que les âmes des ancêtres morts, collectivement, j)euvent encore s'intéresser au sort de leurs descendants et exercer sur eux une action bienfaisante; c'est cette croyance seule, qui d'ailleurs ne possède jamais de force religieuse importante, que l'on peut désigner sous le nom de culte des ancêtres. Puis, la croyance, — entièrement distincte de ce qui précède, — que l'âme d'un être vivant, homme ou animal, au moment où elle sort du corps [ou encore peu de temps après, notamment quand le corps n'a pas été régulièrement enseveli, comme c'est le cas, par exemple, pour les condamnés à mort], possède encore des forces considérables, et peut, par suite, agir d'une façon nuisible, aussi bien qu'être employée à des fins magiques ; cette croyance conduit, par exemple, à dévorer un ennemi ou un animal encore à demi vivant, ou à boire son sang chaud, siège de l'âme qui s'écoule. La troisième conception est cette croyance

l'Évolution intellectuelle

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