‹ Histoire de l'antiquité [microform]Chapitre 23 sur 172 · LE SACERDOCE ET LE RITUEL · texte numérisé non relu

LE SACERDOCE ET LE RITUEL

dont ou a déjà parlé, que les dieux vivants sont les procréateurs et les ancêtres des groupements humains qui les adorent, croyance qui n'a absolument rien à voir avec un soidisant culte des ancêtres, c'est-à-dire avec l'adoration des âmes des morts. En réalité, d'ailleurs, chez la plupart des peuples, le service des morts ne joue, dans la religion proprement dite, ([u'un très petit rôle. En magie, il lui échoit à l'occasion plus d'importance; mais il appartient par excel lence au domaine de la coutume, et là, partant aussi dans le développement de la civilisation d'un peuple, il peut acquéri r la plus haute portée , voire môme devenir un ressort essentiel de l'évolution ultérieure, comme le montre l'exemple de FÉgypte.

La manière ordinaire de représenter le service des morts, dans les ouvrages (ies ethnologistes et des historiens des religions parus durant ces dernières dizaines d'années, renferme toujours les contradictions les plus irréductibles : d'une part, on postule» que toute religion dérive de la force dominante des âmes des nu>rts; d'autre part, on doit convenir que le culte des morts a lieu non dans l'intérôt des vivants, mais dans celui des morts, et que les âmes sont impuissantes et misérables, quand il ne leur est point institué de culte. Ainsi c'est aujourd'hui encore la plus grande crainte d'un Chinois, que d'avoir le mallumi- de mourir sans descendants, de telle sortequeson Amevienne à perdre son culte. Relativement auxTlinkitsde l'Amérique nord-occidentale, K. Breyhig (Die V'ôlker ewiger Urzeil, i901, I,p.230) communique, d'après A. Krause, ce récit sur le pays des morts, qu'on met dans la bouche d'un Tlinkit [j'y joins quelques remarques critiques] : «11 vint i)rès d'un grand fleuve, au bord duquel il trouva beaucoup d'ûmes ; c'étaient celles à qui l'empire des morts lui-même avait fermé ses portes. Elles n'avaient, de l'autre côté, sur l'autre rive, pas d'amis parmi les morts, qui les eussent passées dans leur pirogue. Elles avertissaient le voyageur de passer outre, car, de là, il n'y avait plus de retour [et, d'après le postulat, les âmes seraient les dieux agissant sur terre !]. Il devait s'en aller chez lui, tant que c'était encore possible, c'est-à-dire tant que son cadavre n'était pas encore consumé [tout à fait comme chez Homère]. Elles-mêmes se trouvaient encore plus mal que celles de l'autre rive : elles devaient soutîrir la faim et la soif. Celles qui habitaient de l'autre côté se trouvaient assez mal aussi : elles ne recevaient de nour-

riture et de boisson que ce qui leur était envoyé par leurs amis sur la terre [les dieux, par contre, sont partout les dispensateurs de tous biens ; et ils reçoivent des sacrifices surabondants, non de chiches offrandes comme les morts].» A côté de cela existe l'idée que « les âmes des morts reviennent sur la terre et s'abattent sur une femme qui est enceinte, mais seulement au sein du clan auquel ils appartenaient de leur vivant » ; et par suite, les Tlinkits pauvres souhaitent « bientôt mourir, afin de revenir au monde comme enfants d'un chef opulent [ainsi donc redevenir un homme, voilà ce qu'il y a de mieux pour l'Ame, soi-disant égale aux dieux] ». Des exemples de ce genre pourraient être entassés à plaisir ; ils réduisent complètement à l'absurde la théorie régnante. Ici encore, il apparaît une fois de plus combien peuvent être irrésistibles un courant momentané et une fornuile ; un savant aussi distingué que B. Stade n'a-t-il pas été, à la suite de R. Smith, jusqu'à ramener la religion israélite au culte des ancêtres et au totémisme ? S'a|)puyer sur la croyance qui fait des dieux les ancêtres de la tribu ou du clan, c'est tout aussi superficiel que si l'on voulait dériver le culte des madones et l'adoration des saints, dans la religion chrétienne ou mahométane, du fait que Jésus de Nazareth eut une mère nommée Marie, et que les saints portent fréquemment le nom d'hommes pieux ayant réellement vécu. — Quant aux nombreuses représentations psychologiques auxquelles conduit la croyance de l'Ame [siège de l'Ame dans le sang, le souffle ou la semence ; scission de l'Ame en une Ame matérielle, qui correspond à peu près à la force vitale et au souffle, et un esprit immatériel, avec simulacre de corps ; importance de l'ombre, etc.], nous n'avons pas besoin d'y insister ici.

Le sacerdoce el le rituel.

63. La possibilité d'entrer en connexion avec une divinité existe pour chaque membre du groupement qui l'adore. Chez beaucoup de peuples, par suite, il est tout à fait de règle que l'individu (notamment lorsqu'il occupe une situation socialement indépendante) et surtout que le père de famille offre lui-même aux dieux des sacrifices et leur demande aide et bénédiction. Seulement, il faut pour cela

L EVOLUTION INTELLECTUELLE

Page 1