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LE SACERDOCE ET LE RITUEL

une connaissance précise de leur individualité, des formes suivant lesquelles on peut les approcher et les invoquer, des sacrifices qu'il réclament, des signes par où ils manifestent leur volonté. Les débuts du rituel sont immédiatement donnés en même temps que le culte ; plus se constitue, avec le progrès de la civilisation, une tradition ferme, plus on fait attention à la marche et au succès de cha(|ue acte religieux, et le considère comme un précédent par où l'on peut reconnaître sous quelles formes la divinité veut être adorée, — et plus le rituel, d'ordinaire, revêt une structure variée et compliquée. D'autre part, la magie, la contrainte magique (ju'on peut exercer sur l'esprit divin, se fraie ici à son tour une voie dans la religion. Nulle part elle ne fait complètement défaut; mais chez nombre de peuples, elle est contenue en d'étroites limites, parce que, dans les représentations religieuses, domine entièrement l'idée de la règle, la crovance à un ordre fixe du monde, résultant de la volonté des dieux, ordre qui tourne à la prospérité de l'homme et met des bornes aux caprices divins non moins qu'au bon plaisir humain. Chez d'autres peuples, en revanche, la magie étouffe si complètement la religion et le rituel, que le seul point par où les dieux et leur culte se distinguent des esprits (démons) et des formules magi({ues, c'est qu'ils sont des personnalités durables, d'une individualité déterminée, dont le rituel, par suite, est fermement réglé, et se répète, toujours identique, dans le culte, notamment lors des grandes fêtes qui s'attachent au retour cyclique des phénomènes naturels et de l'année.

64. Le développement du riluel crée le besoin (h» personnalités, hommes et femmes, (|ui le connaissent exactement, et qui, de son observation et de sa garde, fassent leur profession. Ainsi prend naissance un clergé. Le prêtre louche au magicien en ce qu'il doit être en possession du savoir, et en ce que son action se rapporte aux êtres supra-sensibles du monde des esprits ; mais il s'en distingue, comme le dieu

(ju'il sert se distingue du démon. Il est un organe reconnu (hi groupement, chargé à titre durable de tâches déterminées, de même (jue le dieu est une puissance durable, reconnue par celui-ci ; ses fondions sont fermement réglées, et exercées par mandat du groupement. Là où les représentations magi(|ues dominent la religion, la situation des prêtres et ceHe <les magiciens se confondent; là où elles sont contenues, ces situations sont nettement distinctes; souvent même la magie est énei-gi([ueinenl tracjuée et opprimée comme illégitime et funeste (S 49), tandis (jue le prêtre occupe une situation hautement considérée au sein de la communauté. — Il existe chez tout clergé une tendance à se constituer en caste close, séparée, autant que possible héréditaire, et à conquérir la situation dominante à l'intérieur de la communauté. Mais, à l'origine, les prêtres ne sont que (h's serviteurs de la communauté, qui soni employés comme instruments par ses organes (surtout par le roi et les fonctionnaires), ainsi que par tout père de famille voulant oflrir un sacrifice légitime, et qu'on récompense par des présents, par une part du repas sacrificiel, etc. En de tels cas, ils ne sont nullement les égaux des membres pleinement (|ualifiés du groupement, mais font partie des gens en état de dépendance, qui travaillent pour autrui, comme les artisans : chez les Israélites, par exemple, ils sont considérés comme des métèques et n'ont [)as de propriété foncière. Dans (|uelle mesure réussissent-ils ensuite à devenir une caste fermée, héiéditaire. excluant tout autre qu'eux de Taccomplissement des fonctions sacrées (comme les brahmanes chez les Hindous, les mages chez les Perses, les cohens chez les Juifs), et à venir à bout de leurs appétits de domination.* Cela dépend de l'évolution historique du peuple. Chez d'autres peuples, inversement, le savoir et l'aptitude au sacerdoce sont la propriété commune de la classe dominante ou de familles nobles déterminées, (|ui sont en possession d'une tradition religieuse héritée de longue date, comme

L EVOLUTION INTELLECTUELLE

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