BELIGION, CIVILISATION ET TRADITION
chaînées et sans action. Mais chez d'autres peuples, elles sont en état de garder ou de regagner un champ d'activité. Là, les événements extérieurs réagissent sur le mode de pensée et sur la civilisation ; celle-ci est elle-même accrue et nu)difiée dans son contenu; des inventions et des pensées nouvelles, (|ui émanent d'individualités, peuvent agir puissamment sur la colleclivité et devenir la chose de tous ; de nouvelles institutions se créent. De même que toule tradition s'est constituée, sous l'action d'individus et de familles innombrables, par adaptation aux circonstances données, de même elle continue ici d'être apte à en suivre les transformations, à accueillir du nouveau et à rejeter du suranné. Mais toute nouveauté est en opposition avec la tradition ; elle doit en conquérir l'accès par un dur combat, s'avérer comme une amélioration de cecfui existe ou comme une nécessité issue de circonstances extérieures ou des exigences de la pensée. Chacun de ces changements réagit en même temps sur la religion, et trouve en elle une adversaire; car il est une déviation de la tradition qu'elle sanctionne. Par suite, tout combat pour un j)rogrès est en même temps un combat contre la religion existante, combat parfois latent, généralement ouvert; quanta savoir qui en sort vaiiHjueur, cela dépend de la force des facteurs ([ui déterminent l'état du moment historique. L'évolution progressive triomphe-t-elle, passe-t-elledans le contenu de la tradition transformée, il ne reste plus à la religion qu'à prendre la suite et à représenter maintenant cette tradition nouvelle, comme auparavant l'ancienue. C'est ici qu'il apparaît de nouveau que les puissances de la vie civilisée sont des pouvoirs autonomes, et leur dépendance à l'égaid de la religion, une pure apparence : celle-ci n'est que l'expression de l'état social et de l'état de civilisation d'un peuple à un moment donné, expression qui cherche à synthétiser tous les aspects de la vie. Mais elle ne suit l'évolution qu'à contre-cœur; les puissances de conservation, qui s'incorporent en elle, résistent jus-
l'évolutwn intellectuelle