‹ Histoire de l'antiquité [microform]Chapitre 31 sur 172 · SÉPARATION DE LA RELIGION ET DE LA NATIONALITÉ · texte numérisé non relu

SÉPARATION DE LA RELIGION ET DE LA NATIONALITÉ

85. Dans toutes ces éventualités, l'indiviclu, par opposition à Tensemble du peuple, passe au premier plan : il est mis à même de choisir à quel dieu s'adresser, quel dieu servir. A coté de la communaut('' cultuelle naturcdle des membres de la Iribu, à laquelle il appartient par naissance (ou par affiliatiou au groupement tribal), — comme il appartient aux groupements politi({ues et familiaux, qui, à l'origine, coïncident complètement avec elle, — prend place une association cultuelle indépendante, formée par adhésion volontaire. Le développement et l'enrichissement internes de la leligion agissent dans le même sens : ils imposent à chacun en particulier des prescriptions cultuelles et morales d'ordre individuel; et (mi même tem|)s, ils érigent de plus en plus les anciens dieux tribaux, étroitement limités quant à leur sphère d'action, en puissances universelles, agissant uniformément sur tous les hommes et tous les peuples, soit qu'on identifie de façon luiïve les dieux indigènes avec les étrangers, comme l'ont fait les Grecs et les Uoiiiains, soit que, comme les prophètes israélites, on déclare les dieux étrangers impuissants et inexistants, la divinité indigène, uni([ue et souveraine du monde entier. Dans cette évolution, le rapport de la religion à la nationalité indigène, inséparablement liée à la divinité, peut, a[)rès comme avant, tenir une place prépondérante; mais il se peut aussi qu'il passe tout à fait à l'arrière-plan et ([ue ce soient la relation de la divinité, non pas à l'ensemble du peuple, non pas à l'Etat, mais à l'individu, la conduite morale individuelle et l'idée que l'individu se fait (h^ la divinité, qui ap[)araissent comme l(;s facteurs décisifs. La religion dépasse alors, en principe, les limites de la nationalité; elle clierche à conquérir, non le membre du groupe ethnique, mais l'homme, et prend pour adhérent quiconque se convertit à elle, sans se soucier des différences ni des oppositions de nationalité. Cette tendance domine dans l'évolution des religions indoeuropéennes. Elle se fait jour, chez les Grecs, dans la r<di-

gion orphique et le culte des mystères ; elle commande ces deux systèmes religieux, à la fois individualistes et universels, qu'ont créés les peuples aryens : la doctrine de Zoroastre et la doctrine du Bouddha. Il ne tient qu'aux circonstances extérieures ([ue tous deux aient pourtant gardé une empreinte nationale, et que la doctrine de Zoroastre soit précisément devenue la religion nationale de l'Iran: partout où la possibilité s'en présentait, elle a, comme le bouddhisme, et, plus lard, le christianisme et l'islam, poussé une énergique propagande au delà des limites de la nationalité. Dans ces formations se font jour, d'une façon dominante, l'universalité des tendances religieuses, leur ell'ort pour embrasser en une unité l'ordre du monde physique aussi bien que celui du monde moral, la prétention qu'élève la religion d'être la religion mondiale. Mais cette universalité ne fait (lu'un avec l'individualisme de la doctrine, avec l'appel qu'elle fait, non pas à l'ensemble d'un peuple, mais à chaque individu et à la croyance de chacun; et cet appel, à son tour, rend possible et réclame la propagande.

86. Une transformation analogue, quoique moins profonde et moins universelle, est celle qui, dans d'autres religions, qui ont conservé leur base nationale, résulte de l'évolution politique. A l'origine, la religion et la divinité n'existent que dans et par le groupement politique, qui vit grâce à elles, et dans lequel elles vivent ; périt-il, elles meurent elles aussi. Des dieux et des cultes innombrables, qui, pendant un temps, possédèrent une grande puissance, ont ainsi disparu. Mais quand la civilisation d'un peuple a atteint un degré supérieur, sa religion peut survivre à la ruine de TÉtat. De même que les hommes continuent à vivre dans rancienne communauté, aux anciens lieux de résidence, avec la langue et les mœurs qui leur sont propres, quoique désormais sans indépendance politique, ainsi les dieux également, avec leurs temples et leurs idoles, continuent d'exister. Ils ont rassemblé autour d'eux une troupe d'ado-

L EVOLUTION INTELLECTUELLE

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