ADH ION ET INDIVIDUALITÉ
rants qui leur sont fidèles, parce que l'essentiel à leurs yeux est devenu, non plus l'existence politique autonome, mais bien leur prospérité personnelle, fùl-ce sous une domination étrangère. C'est ce (jui se manifeste avec uiu' force particulière, (jiiaiid déjà les facteiiis élhicjues et univiMsels sont passés au prciinier ])lan dans la religion et (ju'tdle a commencé, par là, à se déta(;luu', en son fond, d(^ la formation [)oli tique du peuple (*t à devenir une puissance^ autonome. En ce cas, la catastrophe [)oliliqne peut même, comme le montri* rexem|)l(* du judaïsme, favoriser puissamment l'évolution rcdigieuse. C'est c(î stade ([u'ont atteint les [peuples de l'Asie îuitéiieni'e, (juand, à l'époque assyrienne, leur existence politicjuc Int brisée, et qu'avec l'avènement de* rem|)ir(* perse, ils furent définiti\em(Mit soumis à la domination étrangère d'une monarchie universelle. Depuis lors, ils n'ont jamais reconquis l'indépendance politicjue; leurs langues se sont également, pour la plupart, éteintes. Leur nationalité se i-éfugie entièrement désormais dans la religion et les coutumes que celle-ci conserve : elle se transforme en une communauté religieuse. Alors commencent — à (juelque point que, par ce processus lui-même, elles s'assimilent intimement les unes aux autres — la propagande et la concurrence ardentes de toutes ces religions particulières ; en elles toutes perce quelque chose de la tendance à l'universalité des véritables religions mondiales, quoiqu'elles ne soient pas, le plus souvent, en état d'abandonner leur base nationale restreinte. C'est de quoi, moins que toutes les autres, le judaïsme a été capable ; la conception populaire en méconnaît complètement l'essence, en le mettant sur la même ligne que les vraies religions mondiales, le zoroastrisme, le bouddhisme., le christianisme, Fislam. Ce qu'il a en partage avec elles, abstraction faite des facteurs communs à toutes les religions de cette épo(|ue, c'est — mais reposant ici sur l'ancienne base nationale — l'organisation achevée, qui, de
simple communauté attachée à un sanctuaire, Fa élevé au
rang d'église.
Tradition el individiinliié dans le développemenl ulierieuv
dea religions.
87. Mais avec quebiui^ intensité (lue se fasse jour en cetlc^ évolution le facteur individuel, anssi bien du côté des promoteurs et des propagateurs de la doctrine qm^ du coté de ses sectateurs, auprès d'eux et au-dessus, les tendances génératrices d'homogénéité et de stabilité s'élèvent de nonveau avec une considérable puissance. La formation même de l'église et de son organisation exerce en ce sens la plus puissante action; car ce qu'elle s'ellbrce d'obtenir et ce (lu'elle maintient par tous les moyens, c'est l'uniformité de doctrine et de vie de tous ceux qu'elle embrasse. Comme toujours, l'idée, en se réalisant, tourne en son contraire (§ 103) : le mouvement religieux, qui exige la libre adhésion de 1 individu et fait appel à sa conscience, aboutit à un nouveau groupement social, formé par les hasards de la naissance et de l'habitude, et dont la cohésion se maintient par la plus formidable intolérance intérieure et extérienre. Le libre mouvement, le sentiment religieux spontané, sont remplacés par la tradition, qui est à nouveau systématisée, et (lui soumet à une règle fixe toute action et toute pensée. Quand la nouvelle religion est issue de puissantes personnalités individuelles, et souvent dans une dure lutte avec le clergé, ou que du moins, comme lors de la fondation du judaïsme et lors de chaque évolution nouvelle au sein des églises chrétiennes, elle n'a prévalu (lue malgré la plus violente résistance des représentants officiels de la religion, ce n'en est pas moins à ceux-ci qu'échoit tout le profit matériel du
L EVOLUTION INTELLECTUELLE