‹ Histoire de l'antiquité [microform]Chapitre 34 sur 172 · TRADITION ET INDIVIDUALITE · texte numérisé non relu

TRADITION ET INDIVIDUALITE

mîsme et du bouddhisme, la tradition et l'Église ne peuvent étouffer l'individualité et le libre mouvement, malgré toutes les mesures coercitives qu'elles ont à leur disposition et ([u'elles emploient sans scrupule. Quand ces tendances deviennent puissantes, quand d'importantes personnalités s'en emparent et les mènent à la victoire, comn)(\ par exemple, dans le cas de la Réforme, un bouleversenn^it considérable peut de nouveau se produire. Alors, en même temps, ce qui s'est préparé dans une fermentation de plusieurs siècles, ce qui, par des attaques sans cesse renouvelées, a essayé de se réaliser et a succombé jusqu'alors devant la puissance de la tradition, peut parvenir à la souveraineté et devenir la base d'une nouvelle ère de civilisation. Et alors se lépète de nouveau le même processus, le même combat des tendances universelles et indivithudlcs ; ce (jui décompose, construit, et ce qui construit, mène à son tour à la décomposition. Mais jamais ce processus, en son détail, ne se déroule dans les mêmes formes, et jamais l'évolution ne revient simplement à son point de départ. Tout facteur ayant une fois agi dans la vie historicpie, continue d'agir et exerce toujours de nouvelh^s poussées, à (|uel(|ue point (ju'il s'affaiblisse sous la pression des forces opposées; et si nombre d'idées ne peuvent s(^ maintenir, et sont forcées de reculer, ou bien succoml)(Mit, soit devant d'antres idées plus fortes, soit devant la puissance de la tracbtion, d'autres jn'évalenl à la longue, et coutraign(Mit la tradition à se transformer d'après elles de fond en comble. Lacjuelle de ces idées y réussit? Et sous quelle forme peut-elle alors se maintenir ? Cela dépend du caractère général de la civilisation, dont l'essence et le développement se constituent précisément en ces luttes: et ce caractère dépend à son tour de la nature propre de tous les facteurs particuliers qui déterminent l'essence de l'événement historique.

L EVOLUTION INTELLECTUELLE

Philosophie et science.

90. Mais, clans les formes de civilisation les plus avancées, la religion cesse (l'être la puissance qui seule commande tous les domaines de la vie spirituelle et les embrasse en une unité. A côté d'elle commence à se former une [)ensée autonome, qui ne reconnaît plus ses prétentions. Cette pensée scientifique, la philosojiliie, est née pour la première fois en Grèce, dans la civilisation ionienne du sixième siècle; elle s'est rapidement développée et a fondé à tout jamais son indépendance, bien (|ue la religion ait souvent chercbé et soit mainte fois temporairement parvenue à la soumettre à ses révélations absolues, supérieures aux conditions de la connaissance humaine, et à faire de la philosophie la servante de la théologie. Toutes deux traitent des mêmes problèmes; elles peuvent de plus, assez souvent, parvenir aux mêmes résultats, ou à des résultats très semblables ; la différence consiste en ceci, que la philosophie et la science, en principe, — pratiquement, d'autres facteurs peuvent assez souvent intervenir, — n(^ reconnaissent fjue les nécessités logi((uos de Tentendement, et cherclient à com|)rendre par leur moyen l(»s phénomènes donnés du monde physique (M moral, tandis (|ue la religion et la théologie y voient les eiretsd'une puissance volontaire indépendante, que l'homme ne peut connaître à l'aide de ses propres forces, mais qui, par révélation directe ou traditionnellement transmise, lui dévoile une partie de son essence. C'est au fond le vieux conflit entre les volontés spontanément et arbitrairement agissantes, conçues selon les formes de la pensée mythique, et l'idée de régularité, impliquée dans la notion même de dieu: conflit qui, à l'origine, se produit dans le domaine religieux, tandis que maintenant ridée de régularité s(* détache de la notion de dieu et

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