‹ Histoire de l'antiquité [microform]Chapitre 35 sur 172 · PHILOSOPHIE ET SCIENCE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE ET SCIENCE

se crée un domaine propre, où elle est en état de se développer sans en être empêchée par des autorités qu'elle ne peut connaître. Cette idée de régularité, de connexion nécessaire de tous les phénomènes et événements du inonde sensible et du monde intellectuel, coïncide avec la liberté de l'esprit humain, de la pensée et delà recherche; tandis que la conception religieuse, en admettant, derrière le monde des phénomènes, un principe volontaire, agissant librement à sa guise, met par là des bornes au libre mouvement de l'esprit humain, et place au-dessus de lui une puissance supérieure, tianscendante au monde, mais qui, dans ce monde, marque à la pensée sa voie.

91. Comment s'est développée cette pensée indépendante de rhonime ; comment, de l'unité de la spéculation philosophique, et au sein de celle-ci, elle a progressivement fait naître les sciences particulières ; comment elle a engagé bataille avec les tendances religieuses et théologiques adverses, et mené jusqu'au bout le combat, au travers d'oscillations variées, tantôt victorieuse, tantôt défaite; c'est ce que nous n'avons plus à dire ici: cela ressortit à l'histoire. Nous n'avons plus qu'à mentionner un facteur extérieur : c'est que, de même que l'évolution de la science suit, depuis son origine, un cours parallèle à celui de la religion, de même son aspect extérieur présente des traits semblables. Ici encore, ce sont d'importantes individualités qui sont les pionniers et les guides ; mais, ici encore, leurs doctrine s'oflre sous la forme d'un système clos, que leur successeurs continuent sans cesse à élaborer dans le détail, et qu'ils font souvent aboutir à des formules dénuées de sens. Ici encore, la liberté individuelle du mouvement intellectuel disparaît au profit de la doctrine orthodoxe, qui exige qu'on se soumette à ses propositions, et qui se couvre de l'autorité du maître, à quelque degré qu'elle puisse, en fait, s'écarter de ses pensées et se courber sous le joug de la tradition; et cette doctrine, elle aussi, est représentée par

l'Évolution intellectuelle

un ordre, une corporation de savants, où les intérêts pratiques, matériels, deviennent souvent aussi puissants que dans le clergé. Ici encore, contre la doctrine traditionnelle, devenue fragile et vide de sens, s'élèvent ensuite de nouveau la spontanéité de la pensée humaine et la revendication de la libre recherche, pour prévaloir dans une lutte spirituelle exaspérée. La science a seulement cet avantage considérable, qu'elle ne peut, i)ar essence, être liée aux forces de l'ordre régnant et du pouvoir temporel; et s'il arrive que ses représentants réussissent à les invo(iuer en leur faveur, cette liaison paradoxale n'obtient jamais de durée ni de succès. Car la science est fondée sur le principe de la liberté du mouvement intellectuel; lorsqu'elle l'abandonne, elle se condamne elle-même et prépare sa propre ruine.

i/'/.s iechnuiaes et sciences,

: 92. Du contenu de la civilisation, ([ui se transmet par tradition (fune génération à une autre, et que cette dernière développe à son tour, font encore partie les biens matériels ac([uis par Ihomme, et les prati(|ues et procédés techniques (jui lui servent à les produire, ou, s'il s'agit d'objets naturels, à en tirer profit. Autant ils paraissent indispensables aux oénérations (|ui les possèdent et y sont habituées, autant celles-ci sont incapables de se représenter une civilisation sans leur possession, et autant, en fait, l'importance en est petite pour qui veut saisir les facteurs vraiment significatifs de la vie de civilisation et les forces motrices de son évolution. Ce n'est que dans la mesure où ces biens déterminent et élargissent les possi])ilités d action, d activité humaine, qu'ils entrent en compte à cet égard. Même à la guerre, ce n'est pas la différence des armes (pii joue le rôle décisif, —

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