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Tout phénomène et tout événement particuliers résul

LA METHODE HISTORIQUE

tent de l'entre-croisement de facteurs agissants infiniment nombreux : j)ar exeuiple. une pierre, un arbre, un animal déterminés, ou un éclair particulier, une vague particulière, la maladie d'un individu. Parmi ces facteurs, les facteurs généraux, uniformément agissants en tout événement ou tout être semblable, sont à distinguer d'avec ceux qui confèrent à l'être ou à l'événement son originalité spécifique, singulière. Comme l'étude historicjue cherche précisément à découvrir cette originalité, cet élément spécifique des j)hé- Jiomènes pnrtieuliers de Texistence humaine, ces derniers facteurs sont à ses yeux l'essentiel, ce qu'il y a d'effic ace en cbaque événement, tandis que les facteurs généraux ne sont que la condition ])réalablement donnée, (|ui permet, d'une façon générale, (pie se réalisent des événements (mais non point encore tels événements individuels). L'exposé des facteurs spéciaux constitue donc la tache pro|)r(^ de l'histoire (cf. 5;; 106). Mais ces facteurs individuelseux-mêmes sont encore, en cha(jue événement ljistori(|ue, extrêmement nombreux et multiformes : pour une part, événements personnels (décisions volontaires;, pour une autre, conditions et influences externes, dans lesquelles les facteurs généraux ont revêtu une forme spéciale, historiquement efficace. C'est la tache du jugement historique, de dégager parmi ces facteurs les facteurs décisifs, auprès descjuels tous les autres ne doivent être considérés que comme des phénomènes concomitants, (jui ont, sans doute, modifie le résultat, mais n'ont pas concouru d'une façon déterminante à le former. Jusqu'où y réussit-on ? Cela dépend toujours de la personnalité du chercheur, qui montre j)ai' là s'il possède, ou non, une intime vocation pour l'activité à laquelle il se livre. Car, en toute science, la méthode peut bien donner des règles rationnelles, des instructions, des modèles généraux, mais l'application de ces préceptes au cas particulier, application qui se modifie cha(|ue fois suivant les conditions spéciales que ce cas renferme, n'est pas objet d'enseignement, — non

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plus, par conséquent, que Tacquisition de la connaissance elle-Hicme : celle-ci doil, l)ien plutôt, naître intuitivement dans le for intérieur du clierclieur.

I/iiupossibilité (renseigner la roniiaissaiice scieiililiipie (([iii, <le l'ait, ne consiste pas dans nn ai)i)rentissage exlérienr, mais dans une i)rocréation interne) et le caraclère purement maïeutiqne de tont enseignement ont été brillamment mis en hnnière par Platon, dans le Théélète et, pent-ètrc avec pins de profondeur encore, dans sa sei)lième lettre; Ka.nt déveloi)pe, sous \\\u^ lornie plus hiève, les mêmes pensées dans un passage justemerd célèbre de la Criluine de la liaison pure (trad. Harni, revue |)ar ArcbandMiull, I. I, p. 167 sq.). — La tacbe de toute recfu'rclie historique a été un jour excellemment fonnulée par IxooN (dans une lettre à l\'rlbes, Denhvuvdijkeilen ans dem Leben des Feldmarschalls (irafen r. Hoon, 11, ^201) : « Construire exaclement le parallélograuuue des forces, et cela d'après la diagonale, c'est-àdire d'après ce qui a eu lieu, qui est la seule chose (pTon connaisse clairement, déduire la nature et le degré des forces et des personnages agissants, là même où Ton ne connaît pas exaclerneid ces forces : tel est le travail du génie historique, qui ne se manifeste que dans la combinaison, non [)as dans la compilation. »

114. Le moyen (ju'emploie le raisonnement historiciue est l'analogie. C'est elle qui régit toutes les conclusions sur les forces extérieures qui ont inlluencé l'aspect de Tévénement, jusques et y compris les laits purement mécaniques, mais surtout, tous les jugements portant sur le domaine le plus attrayant de Thistoire, celui des forces internes ou des facteurs psychologiques, que d'ailleurs ceux-ci manifestent leur action chez un individu ou dans les masses, (|u'ils s'expriment immédiatement en faits |)sychi(|ues, ou bien sous forme d'idées et de principes réalisés par l'organisation extérieure (par exemple. État, dioit, églis(\ etc.). H s'agit donc ici de découvrir les motifs, tenchuices, re[)résenlations, (|ui gouvernent une personnalité ou un groupe et en déterminent d'une façon décisive les actions. On est dès lors conduit à s'efforcer de saisir comme unité l'essence totale de ces individus. En ce point, nous rencontrons un obstacle : les événements (|ui ont lieu dans l'Ame d'auliui se dérobent à

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toute connaissance immédiate, et ne peuvent qu'être inférés de ses actions (y compris ses déclarations), par un raisonnement analogique se rapportant à nous-mêmes (cf. § 45). L'unité interne des événements psychiques chez un homme ou un groupe humain ne peut absolument être saisie que par intuition, artistiquement, mais ne se laisse jamais scientifiquement découvrir ; et pourtant il est impossible au besoin de causalité, dans la recherche des forces motrices, de faire halte immédiatement avant le facteur décisif en ce ([ui concerne l'aspect de l'événement historique. Notre manière de procéder consiste à extraire, de l'agent interne qui se manifeste dans le fait, um^ tendance générale, et à projeter celle-ci comme force motrice dans l'àme du sujet ao'issant, sous le nom de puissance de volonté, fermeté, passion, grandeur d'àme, j)iété, égoïsme, don naturel pour une activité déterminée, etc. ; à chercher une confirmation de cette construction dans d'aulies manifestations de la même personnalité (ou du même groupe humain i ; puis, à déduire, en retour, de cette force une fois découverte, l'aspect du fait particulier. Nous sommes donc ici tout près de la limite de ce qui peut encore, jusque dans le domaine du raisonnement problémali(jue, être désigné comme scientifi- ([uement connaissable ; et cette limite, en pratique, nous la franchissons assez souvent. Par suite, l'analyse j)sychologi(iue de personnalités particulières (et de peuples particuliers), la description de leur caractère et de leurs dispositions, ne saurait jamais être l'objet principal de l'histoire, quoi qu'on ait quelquefois prétendu. Ce n'est là, jjien plutôt, qu'un moyen auxiliaire, demandant à être employé avec prudence, au service du véritable objet, qui est l'exposition des faits historiques dans leur devenir et dans Faction qu'ils exercent.

113. Toute connaissance de faits historiques est façonnée par l'entendement qui juge, qui saisit l'événement comme unité, et transmise ultérieurement par voie de communi-

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calioli. G'esl donc l'objet le [)lus important du processus cPiiivestigation, que d'expurger cet énoncé de tous les éléments adventices ([ui ont pu s'y glisser, les uns d'une façon nécessaire, en vertu des conditions inhérentes à rentendenient (|ui juge, des représentations générales dont il subit Tempire, les autres par suite crune conception in<»xacte et d'inlluences extérieures, par suite, surtout, du développement indépendant de la tradition. Cette activité constitue la criticjue liist()ri(|ue. Elle a pour conditions préalables hi crili(jue de la tradition externe, principalement littéraire (^critique des sources), l'exposé du dévelo[)penient de cette tradition, et ensuite le processus, très complicjué et très difficile dans le détail des cas, ayant pour but de comprendre le contenu de la tradition dans son vrai sens et sa vérilable portée, sans idée préconçue ni opinion toute faite ; — ici, c\'st la philologie ([ui constitue la [)lus importante de toutes les sciences historiques auxiliaires. Par là les matériaux se trouvent préparés pour raclivite principale de la criti(|ue : la criti((ue des événements transmis eux-mêmes. (|ui seule rend [)Ossil)le la connaissance de leur connexion interne et des facteurs dont l'action sy exerce, roule critique demande un étalon (jui fournisse un critère objectif. Le critère réside en premier lieu dans les conditions tj-énérales, toujours identic|ues, de la vie nudle, — conditions tant physiques (jue psychiques, — dans la repn''senlalion de ce cjui csl, d'une façon générale, |)()ssible el impossible, et partant, de ce (jui a [)U n'ellement avoir lieu, ou de ce (jui, au contraire, si fort que révénemenl soit en apparence conlirme par la tradition et pai- la croyance des contcMiiporains, (^st objectivement impossible. Ce critère réside en dehors de riiistoiic : il est fourni à la recherche historique [)ar d'autres sciences; celle-ci se borne à l'appliquer à l'objet [)arlicnlier qu'elle considère. Le st^cond critère, appartenant cette fois au domaine de l'histoire ellemêm(\ consiste à se demander ce qui a été possible à une

LA MÉTHODE HISTORIQUE — § Ho

ej)oque détei-minée, oftVant un caractère spéci(l(|ue, ce qui, étant (lonné(»s les conditions psychiques el physicjues propres à celte époque, pouvait se» réaliser, soit en général, soit a un moment déterminé. L'applicalion de ce critère distingue la recherche critique de riiistorien d'avec la narration naïve, aussi bien que d'avec le procédé rationaliste et le procédé sceptique. Toute conception et toute exposition historiques parlent du présent et en subissent les conditions el les manières de voir : la crilicjue historique a pour tâche de s'en émanciper, de comprendre le passé d'après les conditions, les manièr(»s de voir, les circonstances matérielles qui lui sont |)ropres; l'histoiien doit, pai- suite, se transporter de toute sa pensée dans le passé, en adopter la façon de sentir, y vivre. Le passé devient alors pour lui une réalité, et dès lors il peut essayer de saisir à Télat pur et immédiat, comme s'il y assistait lui-même, les (''vén(MTients qui s'y sont déroulés, cependant ([ue la perspective dont il dispose sur l'évolution ultérieure, sur les résultats du processus auciuel il assiste en spectateur, lui j)ermet de saisir, bien plus exactement qu'il n'était possible aux contemporains eux-mêmes, le caractère historique des événements, lequel ne se manifeste jamais que dans l'efTet (ju'ils produisent. Car c'est justement ce caractère de l'histoii'e qui expli(iue ([ne le ileyeniv (''chapj)e à la connaissance immédiate (et par suite à la iixation par la tradition), qu'il ne devienm^ saisissable (fue lorsqu'il est devenu : c'est seulement quand l'effet est donné que nous commençons à en rechercher les causes. Pour l'intelligence d'un processus historicjue, il est tl'une importance essentielle de découvrir et d'apprécier exactement, à cote des faits positifs, les facteurs (ju'on |)eul désigner sous le nom de phénomènes négatifs, c'està-dire [e fait (|u'un év<'înement ou un elîet, qui (^sl compris dans la sphère des conditions gcMiérales et des analogies, n(^ s'est pas produit dans le cas donné. Les raisons d'un phénomène négatif de ce genre pc^uvent être, pour une part,

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