‹ Histoire de l'antiquité [microform]Chapitre 40 sur 172 · L EXPOSITION HISTORIQUE · texte numérisé non relu

L EXPOSITION HISTORIQUE

d'espèce purement extrinsèque, — [)ar exemple, le nian(|ue (l'un homme d'État remarqual)le au moment décisif, la stérilité d'un mariage princier, etc., — et néanmoins exercer reflet historique le plus étendu : ainsi, par exemple, le t'ait qu'Alexandre le Grand ne laissa pas dliéritier, a été d'une importance décisive pour lout U' cours ultérieur de l'histoire universelle. .Mais souvent ces raisons nous conduisent aux plus profonds problèmes de la vie histori(jue en général, et nous apprennent à saisir le caraclèie d'une civilisation, d'une épocpie, d'un peuple, (juaud une évolution politi(jue, sociale, littéraire, artistique, à lacjuelle on s'attendrait d'après toutes les analogies, n'a pas eu lieu, ou (|u'une é[)0(|ue n'a pas produit une personnalité dirigeante, ])our la(|uelle le terrain sem])lait pi'éparé; — des exemples caractéristi(|ues nous sont offerts par l'évolution des Elals luthériens et de leur civilisation dans la seconde moitié du seizième siècle, à ro|)posé des calvinistes, ou par Téchec complet de la démocratie romaine de|)uis la mort de Gains Gracchus. Assurément, l'opération par laquelle l'historien se plonge ainsi dans l(»s temps j)assés ne s'accomplit jamais que d'une façon relative, attendu (|u'il ne saurait jamais sortir de sa pro[)re é[)0([ue, ni de sa propre personnalité, mais au contraire, à quelque degré que les conditions en puissent être maintenues sous le contrôle de la critic[ue, ne laisse pas de les porter toujours en lui. G'est dans cette nu^sure que le mot de Goethe sur res[)rit des tem|)s atteint à bon dioit la littérature historique ; mais, dépouillé de sa forme ironique, il n'énonce pas un re[)roche à son adresse, mais une condition nécessaire de son existence, qu'elle f)artage du reste avec toutes les autres sciences.

116. Le domaine de la recherche historique est idéalement infini ; mais en fait, il trouve partout ses limites, (jui résultent de l'étendue des matériaux historiques. Quelle qu\m puisse être l'abondance, il finit toujours par s'offrir un cas où ils font défaut, et où, par conséquent, la possibilité trune

connaissance historique, la régression des ell'ets aux facteurs constituants, doit nécessairement prendre fin. La recherche doit alors se contenter de décrire l'état de choses qu'elle tiouve devant elle à ce point-limite, et de suivre à partir de là l'évolution ultérieur(\ Get état le plus lointain qu'elle puisse atteindre, mesuré par rapport à l'objet de l'exposition, soit dans l'ordre chronologique, soit dans l'ordre causal, elle peut encore, au moyen de raisonnements analogiques, essayer de le comprendre génétiquement, de reconstruire l'évolution (jui Ta produit : mais, au delà, le sentier se perd dans un désert impénétrable. Cette situation est celle où aboutit toute investigation historique, quel qu'en soit l'objet, et quelle (|ue soit tout d'abord l'abondance des sources; mais elle ressort d'autant plus fortement qu'il s'agit d'épo(|ues plus lointaines et que les sources se font plus pauvres et plus incomplètes. L'étendue de ces matériaux est toujours susceptible de varier, et ne dépend que du hasard [^ iW)) ; elle peut à tout moment être modifiée par de nouvelles trouvailles. Il n'y a nulle [)art un commencement absolu de l'histoire, vu qu'il coïnciderait avec l'apparition du genre humain, ou plutôt remonterait encore au delà. Plus nous avançons en ce sens, plus les facteurs généraux et l'élément statique passent, de ce fait, au premier plan, parce que ce sont eux qui laissent des traces, plutôt que l'élément individuel et l'événement particulier ; mais plus aussi l'histoire perd son caractère histoiique, jusqu'à ce qu'enfin celui-ci disparaisse complètement, et qu'il ne subsiste plus que l'anthropologie.

L'exposition historique.

117. Si toute investigation historique part, en principe, du présent, et remonte des effets qui s'y laissent découvrir aux causes de ces effets, si, par conséquent, elle consiste

l'histoire kt la science historique

l'exposition historique — 1 118

dans un })rocossiJS indéfini de régression, qui n'est fiualelueiit limité qu'en l'ait, et non (Mi théorie, la rédaction histori(|ue procède pn'cisc'iuenl à Tinverse : elle ])ail des lacleuis agissants, et d('velo|)|)e d<' là les faits liistori(|ues, (|ii'elle expose, par suite, en série* desccMulante, confoiniénient au cours [des événements, ("e (|ui, pour la première, joue le rôle de condition et rend s<Md [)ossil)l<' la recherche, apparaît (kuis la seconde comme [)hénomène conséquent. L'exposition constitue le résultat et en même tem])s le contrôle de rinvestigation ; mais il n'est jjas nécessaire (in'elle v soit liée, vu (pie les deux tAches réclament des activités dilTérentes de l'esprit humain. Par contre, il ne peut y avoir d'exposition véritablenuuit historique, (jui n<' soit fondée sur une investigation personnelle, — quoi(|u'ell(^ puisse par ailleurs, bien entendu, utiliseï-, a[)res h's avoir contrôlés, les résultats de l'investigation d autrui. 'r<'ntée dans d'auti-es conditions, elle mène nécessairement à des résultats fantaisistes, paire que dépourvus de fondement liistori(|ue,(|ueh[ue talent qu'on y puisse dépenser. C'est sur l'exposition que reposent rinlluence de la science historique et rexpansiou de ses résultats dans la conscience historique de cercles étendus. En revanche, linvestigation ne peut jamais devenir populaire, par le fait même qu'elle exige une discipline scientilicpie de l'esprit et une continuelle activité criticpie, à laquelle doit être soumis tout objet particulier avant de pouvoir être apprécié. Or, la criticiue scientifi(|U(* ne saurait jamais devenir le fait de tous; au contraire, la pensée naïve, dénuée d'éducation scientifique, croit à cha(|ue instant pouvoir V substituer son opinion, sa conception momentanée, dominée par des dispositions subjectives. En matière de recherche historique, cette tendance règne avec d'autant plus de force, que l'objet en est communément accessible et provoque l'intérêt général, en sorte qu'on croit pouvoir juger de cjuestions historiques sans plus de })réparation scientifique, sur la seule base du sens commun et de

l'expérience dont chacun dispose. Ainsi s'explique que les résultats de la criticjue histori(jue soient si fréquemment accueillis par un hochement de tète général, et que les plus certains d'(Mitre eux soient souvent complètement récusés j)ar l'opinion commune. Il ne cesse pas de se trouver des gens, souvent d'une haute distinction intellectuelle, qui se croient autorisés à traiter une matière historique, sans se soucier de la critique ni des résultats scientifiques de leurs devanciers. Même un travail scientifique indépendant et fécond en un domaine de l'histoire ne garantit encore aucune sécurité ni aucune sauvegarde en tout autre ; parmi les plus grands historiens eux-mêmes, peut-être n'en trouvera-t-on pas un seul, qui ne se fut, dans ces conditions, rendu coupable de nu* prises.

118. Au surplus, l'objet et les conditions de l'exposition historique ont déjà été suffisamment examinés, ainsi (jue le caractère subjectif et individuel qui s'y attache nécessairement. Plus une œuvre historicjue a de valeur, plus elle remj)lit |)arfaitement son objet et plus ce caractère se manifeste d'une façon décisive. Car écrire l'histoire, c'est saisir les événements efficaces d'une é[)oque passée, et les embrasser en une unité interne. Ces événements et cette unité, l'historien ([ui les expose les aperçoit intuitivement, sur la base des résultats de l'investigation critique ; son exposition doit traduire cette image en paroles, et, par ce moyen, la susciter aussi chez l'auditeur ou le lecteur. A cet efîet sont requis, non seulement la possession et l'emploi correct, c'està-dire ap|)roprié à l'objet, de tous les procédés artistiques de l'exposition, mais surtout le déploîment de l'imagination créatrice. Ainsi s'explique que toute exposition historique soit non seulement œuvre de science, mais également œuvre d'art, et cela non pas seulement quant à la forme extérieure, comme c'est le cas pour tout ouvrage littéraire, mais aussi quant au contenu et par l'élaboration qu'elle fait subir à l'objet. L'imagination de l'historien n'a pas le droit, il est vrai, de

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créer librement comme celle du poète, qui produit lui-même, pour la première fois, son objet : elle est assujettie aux faits historiques. Elle ne peut donc que recréer: elle doit ressusciter dans l'esprit le passé tel qu'il fut réellement. L'imagination artistique du [)oète est uni(juemenl assujettie aux cou. ditions de la possibilité ; celle de Thistorien est soumise aux faits de la réalité, tout disparus qu'ils sont : Timagination n'est pour lui ([u'un moyen auxiliaire de l'élaboration historique. Mais elle complète les résultats de l'investigation scientifique, quand celle-ci atteint une limite (jue ses instruments ne lui permettent pas de fraucliir. Là oîi la méthode échoue en présence des problèmes psychologiques {^ 114', l'imagination historique parvient à saisir le caractère et l'individualité intellectuelle d'un homme, et, partant de ce point, à en dérouler les actions en les faisant sortir d'une unité interne ; quand la première ne constate (|U(^ (h^s événements particuliers, dont hi liaison causale et l'action récij)ro(iue se dérobent à la connaissance certaine, l'imagination aperçoit les connexions internes, par où ces événements particuliers s'enchaînent en une unité. Les faits particuliers constituent, en môme temps que le point de départ, le contrôle de son activité : la vérité interne de la reconstruction, ([ui fait apparaître tous les événements particuliers comme intelligibles et comme issus de la pression interne du moment histori- <(ue, fournit la garantie de son exactitude. Par suite, l'individualité de l'exposition, (|ui repose sur la personnalité de l'historien, n'est nullement en contradiction avec l'obligation d'objectivité historique, c'est-à-dire avec la nécessité, en matière d'exposition historique, d'une vérité interne, que ne vienne troubler aucune inlluence extérieure ni aucune tendance étrangère à l'objet. Quand un historien comme Thucydide ou Hanke se fait une vision de la réalité des choses, et sait, par les ressources de son exposition, reproduire cette image dans l'âme du lecteur, il a par là même atteint la suprême objectivité.

MATERIAUX HISTORIQUES. ÉCRITURE. MONUMENTS —§ i 19 225)

Les matériaux historiques. Histoire générale de récriture.

Monuments et documents.

119. Toute investigation et toute composition historiques sont conditionnées du dehors par l'existence et la nature des matériaux d'histoire, c'est-à-dire par des témoignages d'espèce quelconque, ((ui nous renseignent sur une époque passée. La question de savoir si de tels témoignages existent et de quelle espèce ils sont, dépend exclusivement du hasard; cai' bien que ce soient l'état de la civilisation et les tendances dont l'action s'y fait sentir, qui explicjuent qu'un peuple crée, ou non, à une époque déterminée de son évolution, des monuments impoilants ou une littérature, et, au sein de cette dernière, une littératui'e historique, ce n'en est pas moins de la rencontre d'innombrables circonstances extérieures, dépourvues de toute connexion avec le caractère propre de cette civilisation, que dépend le point de savoir si ces monuments se sont conservés ou ont péri sans laisser de traces. De même en est-il, par exemple, poui- la question de savoir si un peuple, qui n'a pas lui-même inventé l'écriture, l'a de bonne heure reçue d'un autre, ou si, sur ce même peuple, à une époque où lui-même ne pouvait produire et laisser que peu ou point de témoignages, d'autres peuples plus avancés nous ont transmis des renseignements, etc. Ainsi le fondement de toute investigation historique repose tout entier sur une base, que régissent exclusivement des conditions individuelles, échappant à toute régularité {i\ Aussi bien l'état de la tradition se modifie-t-il continuellement, et cela, d'une part, grâce au progrès de la connaissance scientifique des matériaux déjà existants (par exemple, grâce au déchiffrement

(i) Mais non pas, naturellement, à la causnlilé, comme on me Ta parfois ol^jecté, par suite de la confusion très répandue des deux no- Lions.

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d'une écriture et au progrès accompli dans l'intelligence d'une langue), d'autre part, grâce à des trouvailles et découvertes fortuites ; — car lors même que la recherche est entreprises méthodiquement, il ne dépend iiuUeinent de là qu'on trouve ou non quelque chose, ni qu'on trouve, le cas échéant, ceci ou cela. C'est de cette manière que, depuis un siècle et demi, notre connaissance de l'histoire ancienne des peuples orientaux et des Grecs s'est considérablement accrue, voiie, pour une grande part, a été créée de toutes pièces, et que, par là, Tespace de temps a presque doublé, où nous pouvons embrasser du regard, au moins dans ses grands traits, l'évolution historique (sinon l'histoire universelle dans sa totalité, du moins celle des plus importants parmi les peuples civilisés). Nous ne saurions jamais plus nous attendre à une aussi précieuse extension de nos connaissances historiques ; mais cette extension même nous a fait éprouver pas à pas à quel pointdomine, sur ce terrain, malgré tous les elVorts systématiques d'investigation, la puissance du hasard. Nous l'avons é[)rouvé, tant par les événements et les états de choses sur lesquels nous avons obtenu des ouvertures inattendues, (|ue par les grandes lacunes de notre savoir, lacunes que souvent ces découvertes mômes ne rendaient que plus sensibles. Si, par exemple, le papyrus royal de Turin nous avait été conservé, non pas en maigres lambeaux, mais au complet, comme tant d'autres textes égyptiens, souvent tout à fait insigniOants, ou si un double de ce papyrus venait un jour à surgir, notre connaissance de l'Iiistoire égyptienne subirait (hi cou[) une complète transformation. 11 en est de même pour les sources de l'histoire babylonienne et assyrienne, pour tout l'ensemble, transmis ou retrouvé, de la littérature grecque, et en général pour tous les matériaux historiques sans exception. 120. L'énumération et rexamen approfondis des principales catégories de ces matériaux ne conviennent pas à cette place, et ne sauraient d'ailleurs, —à moins d'aborder les diflerents domaines particuliers de l'histoire, ce qui reste la tâche

matériaux historiques, écriture, monuments — s 121

d'une étude des sources propres à chacun d'eux, — s'élever au-dessus de vérités d'évidence et de vagues banalités. Il y a des domaines de la vie historique, où des monuments nonécrits, s'ils s'olîrent en grande abondance, suffisent à donner ([uelque aperçu du caractère et du cours de l'évolution, parce (ju'ils témoignent, surtout dans la forme artistique, d'une forte originalité propre, et en même temps permettent, grâce, par exemple, à la disposition de villes et de rues, de palais et de tombeaux, nombre de conclusions régressives certaines toiK liant les conditions politiques et l'état de civilisation : tels, par exemple, les monuments de l'époque créto-mycénienne. Il en est de même, quoiqu'à un moindre degré, des vestiges de l'époijue dite « préhistorique » (^ 93). Même pour tous les temps (|ui ont laissé une tradition écrite et littéraire, des monuments de ce genre restent une source hislori(jue fort importante. Mais ces matériaux sont toujours, par nature, extrêmement incomplets ; un accroissement essentiel ne se produit, et l'on ne peut entreprendre de remplir, au moins dans une certaine mesure, les tâches de l'investigation et de l'exposition, que lorsque l'écriture est devenue un élément de la civilisation d'un peuple et cjue des monuments écrits de celui-ci sont parvenus jus(|u'à nous.

121. Toute écriture est issue de la représentation imagée d'objets et d'événemenis, etpai* suite, est toujours à l'origine une écriture hiéroglyphique. Toute image veut susciter dans l'âme du spectateur une impression déterminée, qui peut s'exprimer en mots. Ce qui fait de l'image une écriture, c'est le fait que cette impression se fixe à des représenlalions (^xaclement déterminées el aux mots (jui leur correspondent ; ce qui mène finalement à ce résultat, que l'expression sonore ellemême est exactement fixée par l'image. Par là, l'image devient le symbole, le signe d'une représentation et d'un son ou complexus de sons. Le point de départ consiste dans la condensation en un seul dessin d'un événement comportant tout un processus, comme, par exemple, une ex])éditi()n guer-

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rière,unefête, une consécration (sacrifice) à la divinité; opération tout à fait naturelle à riniagination naïve. Car celle-ci ne veut pas, comme Tart (lével()[)pé, re|)résenler une ima^e instantanée, laquelle implicjue toujours une abstraction : ce ([u'elle a présent à la conscience, c'est ou bien, simplement, un objet particulier, ou bien un événement dans sa totalité, (|u'elle veut reproduire. (}ue cet événement se compose d'uue série infinie d'images cliaugeantes, dont la reproduction ne saurait jamais représenter qu'un moment particulier, c'est ce dont elle ne prend conscience (|ue fort tard, à un poiut élevé du développement delà sensibilité artislicjue. Parsuile, aucun dessin de ce genre ne corres[)ond à ce qui se voit réellement : tous ont besoin, pour être compris, (hi secours ^complètement inconscient) de l'imagination, et par suite, d'être traduits en mots. Ainsi s'explique (jue tout dessin crun art primitif, et même d'un art aussi avancé que l'art égyptien ou le plus ancien art grec, ap|)araisse à notre façon de senlir comme tout à fait aiitinaturel, voire comuK* iiiiiitolligible, tandis qu'inversement ces peuples ne pourraient absolument pas comprendre un tableau moderne, vu (ju'il ne leur dirait rien. Les mêmes tendances régissent le dessin d'un objet particulier: ce dessin ne veut pas le représenter, sur le plan, tel qu'il apparaît à l'œil, — c'est là une abstraction, àla(|uelle ne parvient qu'un art très avancé, — mais tel qu'il est efïectivement dans res[)ace, en sa totalité. Cette sorte d'art spontané mène naturellement à l'emploi de signes et de symboles, empruntés aux pliénomènes réels, et également employés dans la vie ])ratique: ainsi, par exemple, telles couronnes et tels sceptres du |)rince, ou telles cérémonies du roi, du pre^tre, du sacrifiant (comme l'acte d'arroser des rameaux, des (leurs, des fruits placés dans un vase, en Babylonie), ont une signification fixe ; tels symboles, comme deux plantes entrelacées pour représenter la domination sur les deux royaumes égyptiens, sont accolés au trône, (^tc. Ces symboles n'ont en eux-mêmes, en lant (ju'objets ualurels, aucun sens :

ils n'en ont ([ue comme signes de notions déterminées, que l'on veut susciter chez le spectateur, et qui peuvent alors, le cas échéant, se condenser en puissances spirituelles (démoniaques). Le cas est analogue, (juand des nœuds et des trails sont employés pour désigner des nombres, etc.

122. Avec ces symboles, déjà est atteint le premier degré de l'écriture. L'évolution ultérieure consiste dans le développement systémati(|ue de ces éléments. D'une part, les symboles sont multipliés et conventionnellement fixés dans leur signification, en sorte que, par exemple, l'image d'une étoile reproduit le ciel ou la divinité ; celle du soleil, ou la combinaison du soleil et de la lune, l'éclat ; l'image d'un homme (jui frappe, l'idée de frapper ou de la force en général. D'autre part, le dessin de certains objets est employé à désigner, non seulement les mots qui y correspondent, mais simplement leur valeur phonétique, en sorte qu'il désigne ces sons partout où ils se présentent dans la langue, sans égard à la signification sensible de l'image. Le dernier pas, le pas décisif, consiste en ceci, que l'on enchaîne les uns aux autres ces différents symboles sans aucun égard à une image d'ensemble, pour rendre parce moyen le discours humain mot à mot; par là, ils deviennent une fois pour toutes de véritables signes d'écriture. Ce pas, qui trahit un pouvoir d'abstraction considérablement accru, n'a jamais pu être, lors même qu'il s'est accompli en plusieurs étapes et qu'il a comporté des améliorations et des compléments répétés, que l'acte conscient d'individus créateurs [)articuliers, aussi bien que le pas, beaucoup plus petit, par où l'on est allé de la taille de bois à l'invention de caractères mobiles, et, par là, de l'imprimerie. Aussi loin que s'étend notre connaissance, cette révolution s'est produite trois fois sur la terre (abstraction faite des germes qu'on trouve chez les Mexicains) : en Egypte, en Babylonie et en Chine. Entre la Chine et les deux contrées occidentales, toute connexion historique est inconcevable, quoicjue la fantaisie de certains rêveurs, se

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mettanl délibérément au-dessus de loules les réalités de la vie histori(|ue, ait fréc|ueiiiment bâti d<'8 systèmes de Iransmission, et continue probablement à ré|)éter ces tentatives. Mais même entre TÉgypte et la Habylonie, bien cjue ces contrées soient beaucoup plus proclies géograpliiquennuit et que des relations aient indubitablement existé entre eUes dès les plus anciens temps bistoricjuement connus et auparavant, la connexion des écritures n'est pas prouvée. Bien au contraire, les concordanc(»sap[)arentes se sont jusqu'ici avérées sans exception, ou bien pour des liasards curieux, (ju^iiie recberche plus précise fait évanouir et réduit à rien, ou bien pour des a|)plications du principe (pii sert de base à toute formation d'écriture, et, dès lors, ne peuvent rien prouver en faveur (Tune connexion bistorique. Knirc» ces deux régions, nous rencontrons encore plusieurs autres systèmes d écriture, l'écriture d'Asie Mineure, la Cretoise, la bittite, la chypriote. A Texception de cette dernière, elb^s ne sont |)as encore décbill'rées, et par suite, il n'est pas encore possible de porter un jugement ferme sur leur nature et leur origine. Selon toute vraisemblance, elles ont pris naissance, sinon par emprunt direct, au moins sous rinlluence des écritures égyptienne et bal)ylonienne ; c\^st-à-dire que la notion de l'écriture et de son usage étail déjà connue de leurs inventeurs; ils ont simplement découvert pour l(Mir j)ropre langue, d'a[)rès ce modèle étranger, un système d écriture indépendant : fait (|ui s'est souvent reproduit plus lard, notamment cbez les peuples mongols.

123. Tandis (jue le principe de l'écriture est le môme dans tous les systèmes graphiciues, le détail, ainsi (pie le degré atteint dans l'évolution, varie pour cliacun d'eux. L'écriture chinoise crée |)Our chaque mot un signe (hUerminé et en possède autant qu'elle a de mots ; lors même, donc, que le signe sert de symbole à un complexus de sons, ce n'est pas là nneécritui-e phoneti(jue. l/écriture bai)ylonienne possède aussi de ces signes verbaux let en (mtr(\ de puis signes in-

dicatifs, des idéogrammes), mais elle y ajoute de purs signes phonétiques, ({ui toutefois ne désignent jamais que des sons complexes, syllabes simples ou composées ; et à mesure qu'elle se dévelo[)pe, cet élément domine davantage. La plus avancée, c'est la plus ancienne de toutes, l'écriture égyptienne. Elle utilise aussi des idéogrammes, des signes verbaux, des signes syllabiques ; mais elle a réussi en outre à découvrir le petit nombre d'éléments simples dont se compose tout discours, les phonèmes. Pour ceux-ci, elle a inventé des signes figuratifs spéciaux, les lettres, dont elle ne se sert, il est vi*ai, du moins à l'origine, que pour désigner les consonnes, non les voyelles. Mais elle met ces lettres en connexion systématique avec les autres signes d'écriture, et il en résulte un système graphique très compliqué. Ce n'est (jue bien plus tard, vers l'an 1000 avant J.-(i., qu'un Phénicien a osé limiter l'écriture à ces seules lettres (signes consonantiques). Les signes qu'il employa dans ce but, les a-t-il empruntés à l'écriture égyptienne, babylonienne, hittite, chypriote? C'est ce qu'il est impossible de découvrir et ce qui impoi-te assez peu historiquement ; le point essentiel, c'est que l'élément sonore, le phonème, ainsi (jue sa désignation au moyen de lettres, était déjà depuis plus de deux mille ans découvert par les Egyptiens, et que le Phénicien s'en servit pour son invention. L'écriture phénicienne accroît, il est vrai, d'une façon extraordinaire, la difficulté de comprendre, de lire, par rapport aux écritures égyptienne et babylonienne, d'autant que le principe primitivement obsei'vé de la séparation des mots fut aussitôt abandonné ; il a fallu l'acblition de signes vocali([ues, dans les alphabets dérivés du j)hénicien, pour écarter cet inconvénient. Mais par là, l'écriture phénicienne facilite si extraordinairement la tache d'ai) prendre et l'usage pratique, qu'elle a aussitôt commencé sa marche triomphale d'un peuple à l'autre. A l'exception du système chinois et de ses dérivés, toutes les écritures actuellement en usage sur la terre en sont issues.

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C'est sur une simplification du système gra[)hique, analogue à récriture phénicienne, quoique moins logiquement poursuivie, que repose l'écriture cunéiforme des Perses ; mais, à cause de l'incommodité de ses caractères, qui ne pouvaient s'employer que sur la pierre ou Targile, elle n'a pas comporté de développement ultérieur et s'est vue très vite supplantée, chez les Perses eux-mêmes, par l'écriture araméenne.

124- Avec rinventioii du système graplu(|uc, révolution interne d'ime (k^'iture est essentiellement achevée ; ce qui s'y ajoute ne consiste jamaisqu'en modifications secondaires. Toutefois ce système subit extérieurement, comme tout ce (|uiest humain, un changement continuel. Par l'invention de l'écriture est instituée, une fois pour toutes, une liaison (Mitre le son et le signe, analogue à celle (|u'établit le langage luimême entre le son et le sens. A partir de ce moment, tout comme dans le langage, les deux éléments se dévcdopjXMit d'une façon complètement indé])endaiite, et seule l'union elle-même se maintient indissoluble, aussi longt(Mnps (|ue dure l'emploi de l'écriture en question. La transformation extérieure des formes graphiques dépend essentiellement des matériaux avec les(juels et sur lescjucls on écrit. Ainsi prend naissance, dès l'invention de l'écriture elle-même, une cursive, qui simplifie les signes en vue de l'usage pratique, et continue ensuite à les transformer pas à pas, jusqu'à ce que Timage primitive disparaisse complètement et se change en une combinaison de traits d'ap|)arence arbitraire. Seuls, les Égyptiens ont conservé pour l'écriture monumentale, et en raison de leur valeur artisticpie, les images primitives (hiéroglyphes) à côté de la cursive; ils s'en sont même servis, dans des circouslances spéciales, en vue de fins littéraires, pour écrin» sur papyrus.

125. Dès le moment où l'écriture est inventée, commence son application à toutes les fins delà vie pratique, application qui prend aussitôt des proportions extraordinaires. Elle crée un corps professionnel (\c lettrés, les scribes, dont le secours devient indispensable dans toute activité dépassant

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