AVANT-PHOPOS DE LA DEUXIEME EDITION
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dans la rédaction nouvelle. En beaucoup de matières, les fondements ne pouvaient être atteints <iue par des recherches approfondies, qui dépassaient le cadre de cet o-rage J ai, de plus, volontiers saisi l'occasion, lors<iu>llo n. e.a,t offerte, d'explorer à nouveau syslonu.ti.iueu.eul tout le doman.e de l'ancien Orient, de traiter d'une manière approfondie et, autant que possible, délinitive, des problèu.es parlicubers qui m'avaient longtemps occupé. yVinsi ont pris naissance en dehors de moindres travaux, mes mémoires sur la Lhronologœ égyptienne {Abhandl. Berlin. Akad 1904 et \m et sur les Sumériens et les Sémites en Babylonie [Ahh. Berl. Aie 1906) et mon livre sur les Israéliles et les tribus voisines (Halle, 1900 . qui renferment les travaux préparatoires quant aux chapitres les plus in.portauts do Ihistoiie de 1 ancien Orient. J'espère pouvoir, dans la suite de ce travail, mener à bien quebpies recherches semblables.
\ la recherche élargie et approfondie correspond l'augmentation notable du nombre des pages de la nouvelle édition. En outre, l'ordre synchroi.i<iue, rigoureusement suivi dans les pério.les les plus récentes, demandait à être observe davantage dans les plus anciennes. Il exigeait, par suite, une modification du plan. Avant tout, on ne peut plus aujourd'hui traiter séparément de Tépoque créto-myceuienne et de l'Orient. Mais même les périodes postérieures de l'histoire grecque gagneront à être envisagées en même temps que l'histoire contemporaine de l'Orient. Le contenu des deux premiers tomes .le la première édili..n, l'histoire de l'Orient et de la Grèce jusqu'aux guerres med.ques, se partagera maintenant en trois tomes. (,ui sont désignes l'ancien nombre de tomes devant être conserve - sous les noms de « premier tome, seconde moitié » et de « second tome, première et seconde moitiés (1) ».
On a mis en tète, comme première moitié du premier
(1) La tomaison de la traduction française sera continue. (,Vo/e de rédileur.)
tome, rinlrodiiction, luainteiianl développée eu une exposition î5ysléuiati(jue de rauthiopologie el des principes de la science hislori(|ue. Que j'aie fail précéder mou ouvrage d'une introduction de ce génie, c'est ce qui naguère, en un temps où Tatlention de la plupart des hisloriens se détournait entièrement de ces questions, a provocjué chez maint critique de l'étonnement et du blâme: à présent (jue les questions de ce genre sont à Tordre du jour, il ne sera plus besoin d'une justification. L'intro.duction ne doit nullement son existence au seul intérêt propre à ces problèmes, au seul effort pour parvenir à une vue du monde unitaire, historiquement fondée ce qui fut, quant à moi, le mobile le plus essentiel (|ui m'ait poussé à adopter ma carrière); mais elle est, au surplus, tout à fait indispensable à une histoire ancienne scientifique, conçue avec unité. Car ici ces questions se présentent à l'historien dans chaque domaine particulier; il doit partout retracer les commencements historiques des peuples et des civilisations, pris un à un, et il n'est nullement en état de le faire, s'il n'a pas envisagé ces problèmes comme formant un tout et s'il n'a pris, en ce qui les concerne, une position de principe. Mais aussi bien c'est un devoir positivement urgent, en face de ramoncellement des constructions modernes et des systèmes fantaisistes, que l'on offre à notre temps comme des résultats établis de la science, de justifier les droits de la recherche historique et d'exposer sans altération les simples résultats où elle conduit. On me reprochera sans nul doute de n'être pas assez moderne, d'être arriéré et incapable de suivre l'essor progressif de la connaissance de notre temps. Mais, dans les dizaines d'années que je puis, comme étudiant et comme travailleur, embrasser du regard jusque dans le détail, j'ai vu venir et s'en aller tant de théories et de systèmes, qui croyaient pouvoir renverser toute la connaissance antérieure et implanter à sa place une nouvelle vérité établie, (|ue des objections de ce genre ne sauraient
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AVANT-FROPOS DE LA DEUXIKME EDITION
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plus m'cgarer. Ici plus que nulle part, la vieille sentence d'Épicharme apparaît comme un guide sûr de la connaissance, que le chercheur ne doit jamais oublier : vacpc xal (jLeixvaa*
Les deux premiers tomes ont été dédiés à deux hommes, à qui je suis infiniment redevable pour ma carrière et mon développement intellectuel : Johannes Classen (1805-1891), le maître de ma jeunesse, à qui je dois, en même temps qu'à mon père, de m'être senti de bonne heure tout à fait familier avec le grec, le promoteur infatigable de mon développement ultérieur, qui m'a seul rendu possible l'adoption d'une carrière scientilique ; et Richard Hoepell (1808-1893) (il n'a pas vu le second tome, qui lui était dédié : il s'est éteint le jour môme où je recevais le premier exemplaire imprimé et m'apprêtais à le lui envoyer), qui m'accueillit avec la plus cordiale amitié, quand j'étais jeune professeur à Breslau, et qui, non seulement, par un commerce ininterrompu et très actif, a constamment élargi et approfondi mon savoir et ma compréhension historiques, mais encore m'a ouvert, sur la manière de penser et de sentir et sur le développement de la génération antérieure, une vive perspective, telle qu'il est rarement donné d'en profiter à un homme d'un demi-siècle plus jeune. Ainsi donc cet ouvrage doit rester, de façon durable, uni à leurs noms. A coté d'eux, je voudrais mentionner à cette place un troisième savant, qui nous fut arraché il y a une dizaine d'années, et envers qui je ne suis pas le moins redevable pour l'impulsion intellectuelle et le concours scientifique, qui me vinrent de lui tant de fois, et pour son amitié constamment prête à obliger: Georg Ebers.
Gross-Lichterfelde près Berlin. le 2 novembre 1907.
Edl'ard Meyer.
L EVOLUTION POLITIQUE ET SOCIALE
L'histoire de révolulion humaine.
\. L'anthropologie (I), c'esl-à-diic^ la ihéoiie des formes universelles de la vie et de l'évolution hnmaines (souvent aussi impropr(^iuent appelée philosophie de l'hisloire), s'est accpiis, par les recherches ch» notie lemj)s, une constitution plus feiine. J]lle est sortie du domaine des déductions logiques pour se placer sur le terrain des faits établis. La linguisti(pi(» ne nous fait pas seulement jenu:>nter à des temps où les conditions ethnographiques présentaient un tout autre aspect qu'aux époques historiques les plus anciennes, jetant à l'occasion des traits de lumière sur les jnouvenients de population et l'état de civilisation de temps ])eaucoup plus reculés. Elle nous permet encore, non pas, sans doute, de pénétrer jusqu'à l'origine du langage, — car c'est là un problème purement psychologique, inaccessible à toute recherche historique, — mais pourtant d'apercevoir comment, avec et dans le langage, la raison humaine s'accroît et se modifie, se développe toujours plus librement et
(1) L'auteur n'envisage pas ici Tantliropologie au sens physique que ce terme a ^généralement pris chez nous. (Noie du Iraducleur.)
l'Évolution politique et sociale
l'histoire de l'évolution humaine — il
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se crée de nouvelles formes pour chaque perception nouvelle et chacpie nouvelle pensée. Les découvertes préhislori- (,ues nous ouvrent un aperçu sur Unsloire, au progrès lent, des oulils et des armes, des habitations, de la nourrituiv, du coJuuMMce, des usages funéraires. L'ethnologie comparée cherche a suivre jusqu'à leurs formes les plus primitives l'état et l'organisation des groupes où se joue la vie humaine, leurs idées et leurs mœurs, et, descendant de là, sViïorce de découvrir h^s conditions où s\^st accomplie leur évolution progressive, de façon à montrer les formes principales, partout identiques, de cette évolution. La théorie générale de l'évolution, enfin, ne nous donne, sans doute, aucun éclaircissement sur les origines intellectuelles de l'homme, — car, en le faisant sortir des êtres organisés qui sont ses plus proches parents, elle postule une créature dont hx vie intérieure, la seule qui importe à la connaissance historique, ne saurait jamais se découvrir à nous ; — mais, en rangeant l'homme dans le grand ensemble des êtres organisés, elle fait apercevoir dans son évolution les mêmes conditions qui régissent ces derniers: une diflerenciation continuelle et une continuelle adaptation.
L'idée, très en laveur aux débuts de la linguistique mo.lerne, qu'où pouvail,'en suivant révolution d'une laniille de langues à travers les îiges, parvenir à un aperçu Iiistoricpie sur l'oricrine et les stades priniitilV du langaiçe en général, est depuis longtemps reconnue i>our une illusion. Tout langage que nous puissions reconstruire est un organisme aussi achevé que ceux (pu se sont historiquement transnus et ceux qui vivent présentement, mais en même temps, tout comme ceux-ci, il est dans un mouvement i)erpétuel, et toujours partagé en d'innombrables variétés dialectales et individuelles. Le langage en soi, c'est-à-dire l'union indissoluble d'un groupe de sons avec une signification déterminée, est, i)Our la linguisti<iue, (luelque chose de tout donné, dont elle ne peut, par ses propres moyens, expliquer la naissance. Chacun de ces deux éléments suit sa propre voie ; les sons, aussi l)ien que la signification, se modifient continuellement ; mais i'union entre l'un et l'autre demeure inaltérée et ne saurait jamais
s'interrompre. C'est pourquoi chaque langue, y compris la plus ancienne qu'on puisse reconstruire, consiste toujours en mots ; les « racines » que dresse la linguistique ne sont que des constructions auxiliaires abstraites, qui n'ont jamais eu de réalité, et une « langue de racines», comme on en a naguère si souvent postulé pour l'époque primitive de l'indo-européen et du sémitique, n'est qu'un pur néant. La linguistique ne peut, de plus, expliquer qu'en partie l'origine des éléments constituants de la flexion et de la formation des mots (préfixes et suffixes) ; les nombreuses hypothèses bâties naguère à ce sujet sont, pour la plupart, apparues comme insoutenables. Sans doute l'élude linguistique, lorsqu'elle peut suivre durant des milliers d'années l'évolution d'un groupe de langues, montre bien comment de tels éléments, toujours à nouveau, naissent et se transforment, et par là indique comment ont dû prendre naissance les plus anciens éléments linguistiques de ce genre que nous puissions apercevoir. Mais, avant ceux-là, il s'en est toujours trouvé d'autres plus anciens encore. Certes, le besoin de saisir comme unité l'évolution des êtres organisés exige ce postulat, que le langage a pris une fois naissance, aussi bien que l'homme physique lui-même; et les faits de la paléontologie prouvent que l'homme est, en fait, un produit très tardif de l'histoire terrestre (cf. §§ 596, 600). iMais aucune recherche historique ne remonte jusqu'à ces problèmes. Pour cette recherche, l'existence de l'homme pensant et parlant, non moins que de l'homme physiquementconstitué (et, de même, l'existence de la communauté sociale et politique, delà religion, des mœurs), est le i)oint de départ donné, que, pour cette raison même, elle ne peut éclaircir davantage. — L'assertion, soutenue jadis avec zèle par Schleicher, Max Muller, etc., que la linguistique est une science naturelle, reposait, d'une part, sur une estime naïvement exagérée des sciences naturelles et de leurs méthodes, d'autre part, sur une façon tout à fait unilatérale de mettre en relief la transformation mécanique des sons, qui semblait en effet, d'un point de vue purement extérieur, s'accomplir comme un processus chimique. Un examen plus approfondi a montré que, même ici, les phénomènes mécaniques se recroisent partout avec des facteurs I)sychiques (analogie, association, imitation), et, de plus, avec les efTets tout individuels provenant du sujet parlant, de sa constitution psychique et physique. Ainsi a lieu jusque dans le domaine purement phonétique, comme dans tous les processus historiques, le croisement continuel des facteurs généraux, qui se laissent formuler en lois, avec des facteurs purement individuels, dont l'essence consiste justement dans le fait de n'être pas réguliers. — C'est aussi sur la
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l'évolution politique et sociale
GROUPEMENTS SOCIAUX ET COMMENCEMENTS DE l'ÉTAT — ^3
considération toute mécanique des transformations phonétiques que reposait l'étrange assertion de Schleicher, d'après laquelle la formation du langai^-e et l'histoire seraient deux activités inconciliables de l'esprit humain, le langai,-e tombant en décadence aux temps liistori(iues. En réalité, la plus ij^rande création de Thistoire du langage, l'élaboration de la phrase logiquement coordonnée la période), par où seulement le langage devient l'instrument achevé de la pensée humaine, s accomplit partout dans le plein jour de la vie historique. — Une partie des développements donnés dans les paragraphes suivants a déjà été publiée par moi, sous le titre : Die An f linge des Slaals und sein Verhâllniss zii dcn Geschlechisrerbdnden iind ziim Volksliini (Ber. Berl. Akad., 1907). Pour le choix des exemples, je me suis borné essentiellement à des peuples qui appartiennent au domaine de l'histoire et de l'ethnographie anciennes.
Les groupements sociaux et les commencements de VEtat.
2. En vertu de sa nature organique autant que de sa constitution intellectuelle, riiomniene peut exister à l'état d'être isolé, se bornant au plus, de temps en temps, à Taccoupleinent sexuel : riiomme isolé, que le droit naturel et la théorie du contrat social mettaient au début de l'évolution humaine, est une construction dénuée de toute réalité, et, par suite, grosse d'erreurs pour l'analyse théorique des formes de la vie humaine aussi bien que pour la connaissance historique. L'homme appartient bien plutôt aux animaux grégaires, c'est-à-dire à ces espèces animales dont les membres individuels vivent d'une façon durable en des groupements fermes. De tels groupements, précisément parce qu'ils réunissent en une association une pluralité d'individus semblables, nous pouvons les désigner sous le nom de groupements sociaux. Chaque groupement de ce genre (troupe, bande, troupeau, etc.), — qu'on se le représente comme prenant naissance d'une façon toul inslinclive, par
suite d'une tendance naturelle et innée, ou comme formé d'une manière déjà consciente (quoique cette conscience ne se formulât pas encore abstraitement, et par suite ne se puisse reproduire dans notre pensée), — sert à la réalisation d'un but déterminé, qui est de rendre possible et d'assurer l'existence de ses meinl)res. Il obéit, par suite, à un ordre déterminé. En agglomérant en une unité sociale une pluralité d'êtres individuels, il les sépare en même temps d'autres gi'oupes semblables appartenant à la même espèce, et les subordonne à une volonté collective. Ce n'est qu'en deçà des limites établies par cette volonté (jue l'être individuel, à la grande difierence du carnassier, i)ar exemple, possède la liberté de ses mouvements; s'il veut se soustraire à la volonté collective, celle-ci le contraint à rentrer sous ses lois, ou l'expulse et l'anéantit. Par là se trouve donné un facteur purement spirituel, issu, sans doute, de besoins concrets, mais qui n'est pas objet de perception sensible; il n'en a pas moins une pleine réalité et agit comme tel sans interruption, mais seulement par des processus psychiques (conscients ou non), par l'iniluence de l'idée du groupe sur la conduite de l'individu. Il en est ainsi pour tous les groupements animaux : l'individu, l'abeille ou la fourmi par exemple, n'est concevable que comme membre d'un tout plus étendu, dont ses actions servent les fins, souvent jusiju'au sacrifice de sa propre existence.
Jusqu'où ])eut aller chez les animaux le développement de groupes organisés, c'est ce que j'ai souvent observé, il y a 30 ans, à Constantinople, sur les chiens dcis rues : ils s'étaient organisés en quartiers, séparés par des démarcations tranchées, où ils ne laissaient entrer aucun chien étranger ; et, chaque soir, tous les chiens de chaque quartier tenaient sur une place déserte une réunion qui durait environ une demi-heure, avec des aboîments animés. Ainsi l'on peut ici parler proprement d'États de chiens, délimités dans l'espace.