‹ Histoire de l'antiquité [microform]Chapitre 41 sur 172 · MATÉRIAUX HISTORIQUES. ÉCRITURE. MONUMENTS · texte numérisé non relu

MATÉRIAUX HISTORIQUES. ÉCRITURE. MONUMENTS

les occupations purement mécaniques, et qui, par suite, exerce une influence décisive sur l'organisation de la vie, surtout sur celle de l'État, du droit et de la religion. L'écriture permet de conserver de façon durable et de fixer pour l'avenir un événement momentané : elle est employée, par suite, dans toute opération juridique et dans tout acte d'État, mais aussi dans la vie privée, dès que celle-ci se meut sur une aire assez large et doit compter avec d'assez grands espaces de temps, par exemple pour constater les revenus d'un bien, les prestations des artisans et clients, etc. Viennent ensuite des lettres, des règlements écrits, etc. Puis, on consigne, par exemple, les usages et formules d'un rituel, des hymnes religieux, des préceptes de droit, des règles pratiques de médecine et d'autres arts : débuts d'une littérature traditionnelle. Parmi tous les textes ainsi notés, il se peut, si le veulent ainsi les circonstances extérieures, les matériaux employés, la nature du sol, l'histoire de la tradition, qu'une partie s'en soit conservée jusqu'à nous et devienne de ce fait une source historique. Nous les embrassons tous sous le nom de documents, y comj)ris, de ce point de vue, les œuvres littéraires. Leur essence consiste en ceci, que loin d'être destinés à instruire la postérité dans un intérêt théorique, c'est en raison des besoins pratiques du moment qu'ils fixent par écrit un fait actuel, et le rendent par là connaissable à l'avenir. De là provient leur extraordinaire valeur pour l'investigation historique. Leurs données peuvent être en elles-mêmes exactes ou fausses, — constater ce point est l'afiaire de la critique historique, ainsi que l'examen de leur authenticité, — mais ce sont, comme les monuments matériels, des produits du passé, par où celui-ci nous parle encore directement, sans aucune perturbation |)rovenant d'infiuences postérieures. En eux, un groupe d'événements se condense en un acte, que nous pouvons encore saisir nous-mêmes, qui nous fait retrouver les conditions nécessaires dans lesquelles il a pris naissance

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et, moyennant une exacte interprétation, nous procure d'authentiques aperçus sur une foule d'événements et d'intentions de même date, et surtout sur une fouie de manières d'être et d(^ représentations généialenuMit réonantes à l'épo(|ue. Cette interprétation, cetle appréciation corrccle de la portée d'un document, est encore l'afïaire de la criti(|ue et du tact hisloriciues. Le danger que l'on court de s'égarer ici et de tirer de fausses conclusions, est souvent très considérable ; néanmoins les documents restent le moyen le plus important de contrôler toute autre tradition. Devant un document correctement interprété, toute les données traditionnelles qui le contredisent s'écroulent irrémédiablement, si sure que cette tradition puisse paraître par ailleurs. Dans les documents, en ellet, le passé nous parle directement, et non par l'intermédiaire d'étrangers : la lâche ultérieure de la critique est alors d'éclaircir l'origine de cette tradition déformée, en montrant les conditions el les tendances d'où elle est issue. — Mais dans ce caractère môme des matériaux documentaires, réside d'autre part ce (lu^ils ont d'unilatéral et d'insuffisant. Ils ne donnent jamais que des images instantanées, qui reflètent l'état de choses régnant, et, tout au plus, quelques-uns des facteurs du devenir, dont ils fixent la trace ; jamais, par suite, ils ne suffisent, si nombreux qu'ils soient, à nous faire connaître le devenir dans son ensemble, l'évolution dans son unité globale. Nous ne saurions donc jamais bâtir sur eux une exposition complète, qui apprit à discerner clairement et à compiendre les facteurs décisifs; c'est ce qui apparaît [)lus nettement (jue partout ailleurs, là où nous sommes réduits presque exclusivement à ce genre de matériaux, comme en Egypte et en Babylonie. Pour comprendre réellement la vie et le devenir historiques, nous avons besoin d une tradition sûre qui observe et perpétue ceux des événements qui échappent à la fixation par le document, et (|ui puisse ensuite, dans les données particulières, être contrôlée, et, le cas

LA TRADITION HISTORIQUE — ^ itCi

échéant, corrigée ou complétée à l'aide des matériaux documentaires.

L(f IffulHian hislorifjue.

126. l]n tout temps, on s(^ communique des récits sur les événements (jui agitent l'époque, surtout lorsqu'ils exercent une action étendue, comme les guerres et les batailles, ou comme les mesures prises et la conduite persouutdle tenue par un souverain ou un homme d'État. En dehors de l'inlluence immédiate des événements de ce genre, l'intérêt général (|ui s'attache a leur contenu, à des accidents insolites et caractéristiques, donne frécjuemment licMi à mu» large pi'opagation de ces récits. En se [iropageaut, ils se transforment intjinsècjuement. Les facteurs liistoriquement décisifs sont déjà, d'ordinaire, lual saisis |)ar l'observateur non éduque, et le cèdent de beaucoup, j)our l'intérêt qu'ils éveillent, aux faits surprenants qui occupent l'imagination. La personiialit(î du narrateur, consciemment ou non, déforme révénement : l'explication qu'il en donne est déterminée par les conceptions régnantes (conceptions religieuses, morales, intellectuelles), mais surtout par les combinaisons de la pensée mythique, qui croit partout découvrir des influences surnaturelles. lU'gulièrement, d'autres faits sont ensuite rattachés à l'événement, de façon à ne faire qu'un avec lui; des récits parallèles, empruntés à l'histoire et au mythe, se mélangent : en particulier, des récits embrassant en un ensemble unique les actes et les destinées d'un grou[)e — d'une tribu, par exemple, ou d'une ville — j)euvent être rattachés à une liguie mythique, par exemple à l'ancêtre éponyme. L'imagination aime notamment à mettre en liaison diverses ligures dominantes et à les faire se manifester en l'occurrence par des paroles et des actes caractéristiques, de façon à réunir les récits isolés en un cycle plus étendu. C'est

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ainsi qu'un événement peut, dès aussitôt après son apparition, être raconté, par les intéressés et les spectateurs euxmêmes, d'une façon qui dillère totalement du cours (lu'il a réellement suivi; et plus le récit se propage, plus longtemps il se conserve, — plus s'accroît cette déformation, juscju'à ce qu'enfin il ne subsiste à peu près rien des faits.

127. Quand de tels récits prennent naissance à une époque où l'activité poétique, sous forme épi(iue, est fortement développée chez un peuple, ou quand ])ar ailleurs, notamment dans le domaine religieux, s'élabore une tradition à forme fixe, ils peuvent se conserver d'une manière durable. C'est ainsi ([ue, dans les épopées grecque, germanique, hindoue, dans la légende principalement romane de Charlemagne, dans les thèmes légendaires bretons, et de même dans les légendes iraniennes, qui n'ont reçu (jue beaucoup plus tard une forme épique, des événements historiques d'un passé lointain ont survécu dnratit des siècles et des milliers d'années. Mais c'est seulement en apparence et selon la croyance de la postérité, qu'ils doivent à leur intérêt histoii({ue de rester vivants. En fait, leur survivance s'expliciue précisément par les éléments non histori([ues que l'on y ajoute, ([ue ces derniers soient de nature surtout mythique ou religieuse ou de nature exclusivement poétique. Le véritable cours des faits n'importe en rien dans l'occurrence; il s'est d'ailleurs assez souvent évanoui jusqu'à ne plus laisser (lu'un petit nombre de maigres vestit»-es, tels que des noms. Lorstiue, à côté de ces légendes, nous avons des sources historiques de môme époque, comme c'est le cas pour l'épopée germanique, il est naturellement très facile de séparer ces éléments et d'établir les origines du récit; cela est, par contre, extrêmement difficile,et, dans le détail, la plupart du temps, quasi iin])OSsible, lorsque toute source de ce genre fait défaut, comme c'est le cas pour les Grecs et les Iraniens. La seule ressource qui s'ofï're ici, c'est d'abord 1 analogie, puis cette

observation que des éléments déterminés (par exemple, la destruction de Troie ou de Thèbes, la royauté de Mvcènes et d'Argos, etc.) ne peuvent être d'origine ni mythique ni religieuse, mais renferment quelque chose de singulier. (|ui doit forcément être historique. Mais c'est une erreur d'admeltre que ce soient nécessairemeni des événements d'imporlance supérieure (jui ont de la sorte survécu dans la légende ; bien au contraire, il est possible (jue ce soient des accidents très secondaires, qui, par Teirel d'un hasard queL conque, ont donné lieu à la formation d une légende, et se sont conservés grâce à ce fait. On sait, de même, que. dans la légende, des éléments historicjues séparés par des siècles d'intervalle peuvent être rassemblés en un ensemble uni(jue: ainsi le roi ostrogoth Théodoric a trouvé accès dans la légende d'Attila et des Hurgondes, les ci'oisades dans celle de Charlemagn(\ L'iiisloire des légendes germaniques et bi-etonnes montre également combien voyagent certains cléments de ce genre, et commeni ils peuvent trouvei* leur développement et leur élaboration poétique sur des tennins qui sont fort éloignés de leur théâtre primitif, dans le temps et dans Tespace, et qui n'offrent pas le nnuiidre rapport avec les événements historiques eux-mêmes.

128. A défaut de cette conservation artificielle d'une tradition par la légende, les récits d'événements contemporains échappent très vite au souvenir, lors même (ju'ils ont reçu une empreinte romanesque ou anecdoti(|ue, comme les histoires de la lin du moyen âge grec, ou, dans les temps modernes, celles de Frédéric le Grand, de Napoléon, etc. ; d'ailleurs, ce n'est, pour une grande part, cjue par voie littéi-aire et grâce à l'influence de l'école, (jue ces dernières ont été aitificiellement maintenues vivantes, ou (juc. comme la figure de Frédéiic Barberousse et plusieurs autres, elles ont été ressuscitées. La vérité est que les événements et les récits anciens sont supplantes par de nouveaux, que l'intérêt pratique immédiat cjui s'y attachait s'éteint, que l'on ne con-

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naît plus les personnalités qu'ils intéressent. D'une façon générale, dans la vie publique comme dans la vie privée, le souvenir historique ne s'étend guère au delà des personnalités que l'on a soi-même connues vivantes ; tout au plus si, par hasard, ou répète encore à ses enfants un récit particulièrement caractéristique, qu'on tient, par exemple, de son grand- pèr(^ : mais ces derniers y accorderont rarement un intérêt tan! soit peu profond. Ainsi la mémoire historique d'une épocjLie n'cMnbrasse pas plus de deux ou trois générations. L'opinion d'après laquelle certains peuples primitifs (les Arabes, par exemple posséderaient une mémoire plus étendue, n'était qu'une funeste erreur, issue d'un faux jugement sur leurs traditions, par où les récits qui leur furent apportés par voie littéraire produisaient Tillusion d'une tradition ancienne et fixe : ainsi, chez les Arabes, les récits l)ibliques ; chez d'autres peuples orientaux, par exemple, la légende gréco-égyptienne d'Alexandre. Aujourd'hui cette opinion est entièrement abandonnée. Ce n'est que dans le cas où un événement ou une personnalité sont liés à un monument qui sul)siste jusque dans le présent, — par exemple à. un édifice, à une poésie (jue répète la bouche du public, à une institution d'Etat, — que le souvenir qui s'y attache peut, lui aussi, rester vivant, encore que ce souvenir soit souvent à peine autre chose qu'un nom. C'est seulement quand la vie historique d'un peuple a puissamment gagné en intensité, et que de grands événements l'agitent, dont l'eil'et s'étend sur plusieurs générations, ([ue la durée du souvenir historique augmente, au moins un peu, sans pourtant restreindre la perturbation et la déformation résultant des influences indiquées ci-dessus. Ainsi le souvenir historique des Grecs, qui commence par de très pauvres débuts, embrassait au temps d'Hérodote un espace d'environ deux siècles. 11 est vrai que dès ce moment vient s'y ajouter la littérature historique à ses débuts, sans le développement de laquelle

tous ces récits auraient sans doute disparu sans laisser de trace.

129. La tradition orale, c'est-à-dire les rappoits de témoins oculaires, rapports qui peuvent dans la suite être fixés par écrit, soit par les témoins eux-mêmes, soit par d'autres, constitue, à côté des documents, la base de tous les matériaux historicjues. La critique de cette liadilion, c'est-à-dire la vérification de la relation existant enti-e ce lappoitet l'événement lui-même, et l'éliminai ion des elémenlscjni soni mêlés à celui ci par la subjectivité du narraleur piimilif (en com[)renanl ici les falsifications conscientes et inconscientes), pai* les limit(»s de son pouvoir de connaître et par les conditions de son information : telle est la dernière activité de la recherche critique, celle qui correspond extérieurement à l'audition judiciaire des témoins. Mais, comme source proprement dite, c'est-àdire immédiate, la tradition orale se rapportant à toutes les époques historiquement passées ne continue d'entrer en compte que pour les événements du passé le plus récent ^du présentai! sens large) : partout ailleurs elle est leniplacée par la littérature historique. La tiadition orale relative au passé, (|ui circule dans le peuple, mais (jui, chez nous, est toujours influencée par la littérature, ne conserve d'importance, aux yeux de la recherche historique, qu'à deux points de vue : d'une pari, poui* la ci'ili(|ue de traditions semblables, d'aulre pari, (K)ui* elle-même, en tani (|ue s'expriment eu elle des conceptions (jui aident à comprendre l'indix idualilé nalionale, voire même peuvent jouer un grand rôle comme facteurs historicjues ; — par exemple, les conceptions des Allemands sur la puissance de leur ancien empire, celles des Italiens sur l'antique^ sph^ndeur de Rome. Par contre, la tradition orale n'a d'importance indépendante comme source relative au passé (ju'aux époques où la tradition historicjue suivie commence chez un peuple, où les plus anciens historiens de ce peuple ont consigné la tradition orale et l'ont élaborée en un. tableau historique d'ensemble. La première

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lâche de la criti(iue est alors de dégager de l'exposition (jui leur sert de gangue ces traditions orales à l'état pur; la tûche suivante, d'en remonter le cours jusqu'à leur origine, et ainsi de parvenir par elles aux événements eux-mêmes. L'exemple typique d'une tradition de ce genre nous est offert par l'œuvre historique (rHérodote (cf. t. III de l'édition allemande de mon ouvrage, J^ 141 sq.).

Formation cl dévdoppenieni de la lilléralare hisloriqae.

fil

\:\(). La formation d'une lilléralure hisloricjue est un produit tardif du (kneloppement de la civilisation d'un peuple. Sans doute, c'est un hc^soin immédiat (|ui l'ait (ju'on s'efforce d'obtenir d(»s éclaircissements sur l'oiigine de l'état de choses actuel et des institutions présentement régnantes; mais, sauf le cas où des documents conservés, traités de paix et lois par exemple, fournissent des lenseignements sur certains faits particuliers, ce besoin commence par se satisfaire entièrement selon les voies et les formes de la pensée mythique. Quant à acquérir des renseignements sur les événements particuliers d'un passé disparu depuis longtemps, (|ui ne nous touche plus en rien, il n'existe, à l'oiigine, [)as plus de raison pour le faire (jue pour Iransmellre à la postérité des informations sur les évéïiemenls présents. Sur ces derniers, on se communi(|ue des récils: (juand on va soimême pris part, on met parliculièremenl en lumière ses propres actions ; on combat les récits de ses adversaires et l'on jette la suspicion sur leurs motifs : mais, avec les générations à venir, on ne soutient aucune sorte de rapport interne. Le renforcement de l'individualité conduit, il est vrai, au désir d'acquérir une gloire éternelle, de survivre en elle d'une façon aussi durable que dans l'édilice funéraire, et, le cas échéant, dans le culte funéraire qu'on s'est institué. Ce désir, agissant chez des souverains puissants et victorieux

(parfois aussi, à une époque très avancée, chez d'autres personnalités), les conduit à prendre eux-mêmes soin de cette gloire posthume, à annoncer leurs actions aux contemporains et à la postérité dans des inscriptions royales, fréquemment associées à de grands ouvrages d'architecture et de sculpture, destinés à l'éternité. Mais ces monuments royaux ne servent à la postérité que d'une façon tout à fait indirecte, et ont d'ailleurs, le plus souvent, été fort maltraités par elle. Ils ne sont pas issus d'un intérêt historique, mais d'un besoin présent d'ordre pratique, bien qu'appartenant à la sphère intellectuelle. — 11 n'en est point autrement des registres, qui, dans les monarchies organisées de l'Orient, sont tenus jour par jour, à la cour [gï de même dans certains grands temples), touchant les actions, les décisions, les ordres des rois; ils répondent, eux aussi, à des besoins tout pratiques, — ainsi que les listes de noms d'année et celles qui énoncent la suite des rois avec les années de règne qui leur appartiennent, — encore qu'ils puissent être arrangés en annales suivies, et, dans ce but, réduits en extraits et mis sous une forme abrégé<». D'autres Etats également, des républiques, aussitôt parvenus à une civilisation supérieure, ne peuvent se passer de registres de ce genre, lesquels sont déposés dans les archives de ri:tat ou des magistrats, et que viennent ensuite compléter, ici encore, des listes de magistrats annuels. Dans ces listes peuvent j)lus tard être enregistrés certains événements particuliers, importants ou non, selon que les hasards du moment le comportent. C'est de la retouche littéraire de registres de ce genre que sont issues les annales des villes grecques et des Romains, et de même, par exemple, \os livres des Rois d'Israël et de Juda.

131. l'ont cela n'est pas encore delà littérature historique, au sens propre du mot. On ne peut pas encore non plus parler de littérature historique, lorsque, comme chez les Égyptiens, et aussi chez les Babyloniens, certaines légendes his-

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toriques sont consignées et littérairement rédigées, que des docLunoiits historiques sont rassemblés et recopiés, comme dans la bibliollièquc^ (rAssMrbani])al, r\ (|ue, conini»' (lie/ Ions ces |)on[)l(^s, (K's cUroni(|nes snivi<»s sont ((Mines, en sorte (|n^in aperçu g(înéi-al d(^ l'histoire traditionnelle du penple est an moins mis à la portée des plus cultivés, des souverains (M des prêtres. En réalité, la littérature historiciue ne prend naissance (| ne du jour on le détail historiipu' commence à

susciter un intérêt indépendant et on des personnalités particulières consacrent leur carrière à rassembler el à utiliser les traditions, (h-, l'acon à c\\ iaiic une cruvre historicpie inch'- |)<'ndiintc et une, (|ui porte l'(Mnpreinl<' de leni' indivubialité. Ce sens histori(|ue ne s'est dévelopj)é d'une manière autonome (|ue chez un très petit nombre» (h' piMiples. Même des peu])l<*s de très haute culture et d'importance historique éinin<Mite, comme h^s Arvens de Tlian eL de rin<h', ne l'oJit |)as |)OUSsé juscprà |)roduire, je ne dis pas une littérature historique ou du moins, pour l'IncU', autre chose ([ue de maigres linéaments), mais même des chroniques à la façon des Égyptiens et (h's Babvh»niens; et cela parce (|ue leur concepti(m de l'existeiu'e <'t du devenir des hommes était entièrement dominée par (h's juytlies à éléments légendaires et <h*s représentations religieuses. I.es Arab(»s ont (bjum» carrière, (hnis l'islam, à une grande littérature hisLori(iue, [irimitivement sous liulluence de besoins prati(pies, d'ordrejiiridicpuMM rtdigieux. Dans le domaine de l'airedecivilisation (pii recouvre l'Asie Mineure et l'Europe, c'est seulenu'ut chez les Israélites el cht;z les (jrecs que s'<vsl l>roduile d^ine façon pleincMuent indé|)end;inte une vraie littérature hisLori(|ue. Chez les Israélites, qui, à cet égar<l comme à tant d'autres, occupent une situation spéciale parmi Ions les peuples civilisés de TOrienl, cette littérature a juis naissance étonnamment lot,eteUe débute par des créations d'une haute importance: d'abord les récits purement historiques du livre des Juges et du livre de Samuel, puis l'élaboration

de la légende par le Yahwiste ; mais son développement ultérieur est troublé par le luxuriant épanouissement religieux ([ui conduit au judaïsme. Chez les Grecs, elle n'a pris naissance qu'à un stade beaucoup plus tardif, mais elle a dès lors progressé sans arrêt jusqu'à la suprême perfection; et c'est de chez eux qu'elle s'est répandue à tous les autres

peuplescivilisés, aux Lydiens, aux Phéniciens, auxÉgyptiens, aux Babyloniens, non moins qu'aux populations italiotes, en particulier aux Homains. Ainsi les Grecs ont ('^té les créateurs de toute littérature historicpie, et dans ce domaine comme en tant d'autres, les maîtres de toutes les époques suivantes. L'art de l'histoire, une fois créé, n'a jamais disparu; et c'est ainsi (|u'il s'est transmis môme à des époques et à des peuples, qui, de par leurs propres forces, n'eussent jamais créé de tradition historique, comme ceux du premier moyen âge chrétien. Là, l'histoire a dégénéré en chronique, avec mélange de narration légendaire vivante, ou bien s'est vue su|)plantée par des si)éculations et des systèmes théologiques ; et elle descend au même niveau àByzance. Quand, parla suite, recommencent à se faire jour une conception nouvelle, véritablement historique, et une individualité personnelle, comme chez Einhard et Nithard, on v sent Tinfluence directe de l'art historique de la Grèce, transmis par Rome.

132. La littérature historique est issue, non des annales royales et des chroniques, mais bien de deux tendances, en elles-mêmes opposées. Le besoin de comprendre la genèse du présent, comme on l'a déjà remarqué, se satisfait à l'origine par le mythe. Mais les mythes dont il s'agit restent isolés les uns à côté des autres et, sur beaucoup de points, en contradiction réciproque : ainsi prend naissance, avec l'éveil de la réflexion suivie, le besoin de les ajuster entre eux et de les unir au fonds légendaire richement développé (S 127), de façon à obtenir un tableau d'ensemble ordonné de l'origine des dieux et du monde, des hommes, des peuples

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et de leurs actions, peut-être aussi déjà de façon à écarter certains éléments clio(iuants au point de vue éthique ou i)Iiysique. C'est une tentative de ce genre qu'ont entreprise pour la première fois, en (irèce, Hésiode et, chez les Israélites, plus il'un siècle auparavant, le Yahwiste. Les changements ([ui surviennent dans la façon d'envisager le monde conduisent à des répétitions sans cesse renouvelées, où se fait jour de plus en [)lus fortement le jugement tiré d'une norme consciente; que d'ailleurs celle norme soit fournie par un système théologique constitué, comme dans les élaborations postérieures de la légende israélite et juclaïciue, ou dans Torphisme, ou ([U(^ la façon de penser conforme à la raison, le rationalisme, ac(|uière un rôle décisif, comme chez Hécatée et ses successeurs. Tous ces travaux portent l'empreinte individuelle de leurs auteurs; et si ce sont des personnalités importantes, originales, comme Hésiode et le Yahwiste, cette empreinte ressort très fortement. Ce sonl, quant à la tendance, des travaux scientifiques, historiques, — si forte que soit d'ailleurs, dans les stades les plus anciens, l'inlluence de la fantaisie, de la construction poétique, — c'est-à-dire r[u'ils visent à comprendre le présent d'après ses origines, d'après sa genèse dans le passé; mais ils ne sont pas lels quant au contenu, (luoicpie ce dernier soit regardé par les auteurs et leur public comme de l'histoire authenticjue. A ces travaux se lie dès le début une tendance à tenir compte de l'extension de la carte terrestre, — ainsi dans le tableau des peuples du Yahwiste et les passages correspondants des Catalogues d'Hésiode, — tendance^ pouvant ensuite, par évolution progressive, conduire à des oaivres indépendantes i\c géographie et d'ethnographii^ ([ui renferment déjà des passages authentiquement historiques, comme chez Hécatée.

133. A côté de cette étude des origines, (jui se termine à la naissance de Tétat de choses présent, mais ([ui d'ordinaire ne touche ([u'à peine au développement historique des temps modernes, il y a la narration d'histoin^s ])rovenant de la

tradition relative à des événements contemporains et passés (§ 126j. Le plus souvent, ces récits ne servent d'abord qu'à Tamusement, de même que les légendes librement façonnées par la poésie ('q)iqne. Ce n'est que tout à fait graduellement que naît le sentiment qu'ils possèdent, en outre, une valeur indépendante, en tant que renseignements sur des événements réels du passé, événements qui, par leurs effets (par des monuments, par exemple), se prolongent jusque dans le présent; que dès lors ces événements présentent, pour l'homme d'aujourd'hui lui-même, un intérêt réel, et qu'il doit j)rendre position à leur égard, vu qu'ils affectent encore sa propre vie et ses propres aspirations. De là vient qu'on essaie de réunir ces récits en une œuvre historique, et ainsi d'en rendre et d'en maintenir la connaissance accessible. On a déjà signalé qu'une littérature de ce genre a, chez les Israélites, pris naissance de très bonne heure, lors de la première époque des rois ; chez les Grecs, après quelques précurseurs comme Charon de Lampsaque, c'est Hérodote qui en est le véritable créateur. Dans cette littérature, par opposition aux oeuvres dont il a été parlé précédemment, la matière est historique; pour ce qui est, en revanche, de la façon de la traiter, ces ouvrages ne peuvent encore attcMudre à un caractère parfaitement histori(jue. Les deux grands problèmes de l'élaboration artistique de la matière historique, à savoir, d'une part, la compréhension de l'unité interne et, par là, du caractère des personnages agissants, d'autre part, la découverte et la conception unitaire des facteurs opérants du processus historique, ne sont pour eux que partiellement solubles, parce (|ue la critique historique est encore tout à fait dans l'enfance. Sur le premier point, les anciens historiens israéliles, parmi les œuvres desquels se sont partiellement conservées jus([u'à nous les histoiresde (iédéon,deSaul, de David et de ses compagnons, sont indubitablement ceux qui ont le mieux réussi. Le second mérite appartic^nt bien davantage à Hérodote, malgré

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tous les défauts de son jugement historique, par suite de l'ampleur de sa matière. Pour le talent narratif, on pourrait les mettre de part el d'autre à peu près sur \o même pied. — A des exposés (ie ce ginire peuvent s'associer ensuite, au cours de l'évolulion ultérieure, l'emploi d'un procédé annalistique et l'utilisation d(*s matc'riaux fournis par les annal(*s (^ i'M)), comme cela eut lieu j)ostérieurement chez l'un et l'autre peuple.

134. Le pas suprême et décisif, c'est Thucydide ([ui l'a fait pour la première fois, armé de toutes les ressources intellectutdles et matérielles créées ])ar la civilisation d'Athènes. Il est le prcMiiier qui ait saisi dans sa lotalité la tache complète de l'histoire (U créé du même coup la critique histori((ue. Tous les priiuîijx^s et toutes les conditions de l'étude scientilique de l'histoire, que nous avons essayé de développer systématiquement, sont appliqués dans son anivre historique (1). Ainsi, l'cwposition étant adéquate au contenu, il a produit une (euvre, que les époques suivantes peuvent bien égalei-, mais non pas surpasser. Même, en un point, par suite des moyens dont il disposait, son exposition est sans nul doute supérieure : il pouvait, ce qui n'est |)lus permis à l'historien moderne, exposer sous forme de discours les facteurs généraux, les motifs, — pour une part également, dans la mesure où il le jugeait approprié, les caractères, — et ainsi permettre au lecteur de participer immédiatement aux événements, tout en ne laissant pas de garder toujours, dans la composition de ces discours, le point de vue de l'historien, qui embrasse du regard l'évolution dans son ensemble et la conserve à tout moment sous les yeux. Il a ainsi, grâce aux plus hautes ressources d'un art subjectif, conféré à l'œuvre un caractère d'objectivité, d'intuition

(1) Que l'on puisse souvent discuter les résultats de son examen critique, et que ces résultats soient parfois indubitablement inexacts, c'est ce qui, naturellement, n'importe pas ici ; car le processus de la discussion scientifique est toujours infini.

immédiate, auquel nul historien moderne ne saurait pareillenuMit atteindre.

135. Ce n'est |)as notrc^ tache de suivre on cet endroit l'évolution nllerienrt» de la littéralnri^ historique. Nous n'avons plus qu'un phénomène à mentionner brièveincMit. L(» premier travail opéré sur une matière histori([ue excite l'imitation; et le changement de conception qu'amène toute évolution, la (l(''couv(»rt(» de défauts supposés ou réels, puis le besoin d'englobcM* dans un ensemble unique des esjjaces do temps étendus dofit on n'a jnscfu'alors traité ((n'en des exposés partiels, ou même la totalité de l'Iiistoire, tout cela couchait à de nouvelles élaborations de la matière histori(jue. ()n<' les d(»vanciers soi<Mit en parinT cas utilis('»s comme sources, c(da s(» co]nj)rend do soi ; mais on comprcuid anssi (|ue la matière (|u'ils transmettent soil, dans coUo op('Mation, à dessein ou involontairement, — n(^ fût-ie (|ue ])ar (h^s abrt'»viations ou autres touis de style, — troubltM», et souvent terriblement dcMigurée. Si Tanteni- do l'élaboration nouvelle possède uiH' conception très originale, qui le détermine à apport<îrde fortes modifications, sans en rendre compte dans le détail, le changement d«îvient de ce fait encore plus considérable ; ce n'est qu'en de rares cas, à moins qu'il ne dispose de nouveaux matériaux, on (|n'il ne mette en enivre à sa manière, et suivant une saine critic|ue, une |>luralité de sources, (ju'ilse ra])proch(Ma plus de la vérité liistori(|ue (jue son oiiginîd. D'une façon générale, on pourra donc (Hr<' (|n<', dans le cas on la source» primaire ne nous a pas été conservée, un auteur dérivé a pour nous d'antant plus de valeur qu'il est plus dénué d'indépendance et qu'il s'attache plus étroitement à la teMieur littérale de l'original dont il s'est se'rvi; d'autant plus, par conséquent, que sa valeur littéraire est plus mince, et sa propre conception historique», plus pauvre. Car pour autant que nous utilisons son œuvre uni(juement comme source historique, nous n'avons nullement affaire avec lui-même, mais bien avec la source d'où

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l'œuvre découle ; source plus rapprochée d<^s événements, et (jui a |)rofité d'informations authenti(|ues, que nous devons chercher à rétablir dans leur forme origintdle, afin de pouvoir les utiliser. Mais c'est un cas très fré(|U(Mit dans la littérature histori(|ue, (ju'une source soit ainsi utilisée à |)eu près mot à mot, littéralement transcrite. La raison en est, pour une part, que, d'abord dans les stades de début, plus tard encore, notamment aux époques de décadence de la civilisation et des lettres, les (euvres historiques, ainsi que toutes les autres créations littéraires, sont regardées comme les productions d'une corporation ou d'une classe fermée, derrière laquelle l'individu s'efface entièrement, — comme c'est elfectivementle cas, à l'origine, pour la littérature technique et théologique, voire |)our la littérature épique ; et la pure rédaction d'annales, elle aussi, présente en fail ce caractère au plus haut point. Puis, en second lieu, l'on croit (jue, dans l'ouvrage historique utilisé, la vérité histori(pie est objectivement contenue ; le caractère subjectif de toute composition historique passe tout à fait à l'arrière-plan pour le sentim(Mit populaire. Non seulenuMit donc on n'a pas lieu, mais encore on n'a pas le droit, de changera l'original (juoi (jue ce soit d'essentiel, si ce n'est peut-être d'y aj)porter des abréviations ; plus étroitement on s'y attache, |)Ius l'exposition (|u'on présente reste proche de la vérité historique. On a prétendu (|ue les historiens de l'antiquité auraient travaillé d'une façon essentiellement autre ([ue les historiens modernes; on a été jusqu'à ériger en « loi » cette proposition, que, lors(ju'ils ne traitent pas pour la première fois d'un événement (h» l'histoire contemporaiiKS ils ne se sont servis (|ue d'une seule source et l'ont transcrite littéralement. Cette conception est fausse de toute façon. Car, d'une part, il y a toujours eu dans l'antiquité, à côté d'ouvrages de ce genre, de véritables ouvrages historiques, qui répondent parfaitement à nos exigences de travail scientifi(|ue indépendant, là même où ils ne créent pas de première main et sont réduits à utiliser des

r.A CHRONOLOGIE — § 136

devanciers, comme Polybe dans les parties les plus anciennes de son ouvrage, ou comme, dans de certaines limites rHisioire d'Alexandre d'Arrien ; - tout ce qu'on peut dire! c'est que, par suite des hasards de l'histoire de la tradition! très peu d'ouvrages de ce genre se sont conservés jus- (|u'à nous. Mais d'autre part, il y a aussi dans la littéralure historique moderne d'usage populaire et scolaire d'innombrables ouvrages d'histoire, qui sont faits exactement de la même façon; seulement, nous ne sommes pas ici dans la triste situation, où nous met, pour l'antiquité, la perte d'un si grand nombre de souices authenti(|ues, d'être obligés <rutiliser comme sources des ouvrages correspoudnur à ceux d'un Diodore ou d'un Appien, voire d'un Jusiin ou <1 nn Kutrope. Même des écrivains comme PliUarcjne, Arrien, Tite-Live. nous ne les consullerions pas comme sources, si nous possédions Irurs originaux; et l'histoire de la guerre d'Annibal par l>olybe n'aurait elle-même, en ce cas, de valeur à nos yeux qu'en raison de la conception, non des matériaux.

La chronologie.

136. Toute hisloire est l'exposition (ruiie suite d'événements: toule histoire a besoin, par suite, d'une (hUerminalion précise et sans équivo(|ue (hi rapport de temps que ceux-ci soutiennent entre eux et avec le présent ; elle a besoin d'être ordonnée par la chronologie. Toute mesure du lemps part de la division, donnée par la rotation de hi terre, du temps infini en périodes à retour constant. La période qui exerce la phis pi'ofonde influence sur la vie, celle (|ui est immédiatement donnée par l'expérience, c'est le couple alternant du jour et de la nuit: \n formation, par leur union, du jour civil nous olfre en même temps cet avantage, que. tandis que la longueur respective du jour et de la nuit change perpe-

l'histoire et la science historique

tiiellement (sauf à l'équateur), leur somme reste à peu près constante. Une seconde division naturelle du temps est donnée par l'alternance des saisons. L'expérience enseigne que celle-ci est liée à Tétat du soleil, et aussi, qu'elle est reconnaissable au déplacement régulier des points de l'horizon derrière lesquels il monte et descend, et des astres qui deviennent visibles à l'hori/on, dans le crépuscule précédant son lever ou succédant à son coucher. Une plus longue observation, comme l'exige, chez les peuples agriculteurs, la nécessité de connaître d'avance le moment des travaux des champs, permet de déterminer, avec une exactitude approximative, l'espace de temps s'écoulant depuis un certain point de l'année (la position la plus septentrionale ou la l)lus méridionale, c'est-à-dire les solstices on points verticaux, et plus tai-d aussi la position médiane de l'équinoxe) juscpi'au retour à la même position : cette connaissance, que l'année solaire est un peu plus longue que 365 jours, a été acquise d'assez bonne heure par les diiïérents peuples civilisés. L'exacte détermination de sa longueur ^actuellement 365 jours 5 heures 48 minutes 46 secondes 43) n'a par contre été obtenue que par une rigoui-euse observation scientifique prolongée durant de nombreux siècles ; et, ce (ju'ily a de particulièrement fâcheux, elle n'est justement pas divisible par la longueur (bi jour, mais donne un excédcMit (une fraction). Or, (oninie le jour est l'unité inévitablement donnée de loule mc^sure du tem[)s. Tannée solaire, en j)rali(|ue, ne se laisse jamais utiliser ([u'approximalivement ; ou ce (|ui revient au même, lorsqu'on veut compter [)ai- années, on est forcé d'inventer une année conventionnelle, que recouvre approximativement l'année solaire. Le résultat est, par suite, ou bien que l'année civile, quoique devant coïncider avec l'état du soleil et l'alternance des saisons, et laisser apercevoir celle-ci, en fait, ne coïncide pas avec elle, mais constitue une année vague, — c'est chez les Égyptiens que ce système a été le plus parfaitement réalisé ; — ou bien

LA chronologie — S 136

que l'on est forcé de rajuster de temps en temps, par des intercalations, l'année civile à la véritable année solaire, en sorte que l'année civile n'a pas de longueur constante ; — il en est ainsi chez la plupart des autres peuples et dans notre calendrier. Mais ce système ofl're en plus ce grave inconvénient, que tant que la science astronomique n'a pas obtenu et fait pratiquement reconnaître de tous une détermination précise de la vraie longueur de l'année solaire, on est réduit à des tâtonnements empiriques ; et alors, de deux choses l'une : ou bien l'on est conduit à un système imparfait d'intercalation, lequel ne peut remplir son but, et par suite ne crée, en fin de compte, pas autre chose qu'une année vague, — ainsi, par exemple, la période intercalaire de huit en huit ans iennaétèris), et plus tard, la période intercalaire de dix-neuf en dix-neuf ans, perfectionnement institue par Méton, ou le jour intercalaire quatriennal du calendrier julien ; —ou bien l'on doit, comme, par exemple, les Romains, s'en tenir à un grossier empirisme, par où l'on ne fait qu'aboutir à une complète incertitude et à la plus extrême confusion chronologique.

L'ouvrage classique sur la chronologie est celui de L. Ideler, liandbucJi (1er malhemalUchcn iindlechnischen Chronologie, 1825, 2 vol. Pour la chronologie technique des diiïérents peuples, il est naturellement dépassé en beaucoup de points, par suite des progrès de la science et de l'importante extension des matériaux ; mais les principes sont partout exposés avec une clarté et une précision admii-ahles, et, même dansir détail, il conlinue d'olfrir, par son juge.nent sain, un guide sur, <iont les renseignements se laissent aisément compléter et corriger par les connaissances nouvellement acquises. L ouvrage commencé par GiNZEL sous le même titre {Handbuch der malhemalif^rhen iind lechnischen Chronologie, 4906, t. \) ne le remplace en aucune façon. - Pour s'orienter sur les questions techniques, Wislfcenus, A^lro^ nononusche Chronologie, 1895, est fort utile ; j'ai traité de certaines cpiestions essentielles dans ma Chronologie égijplienne (Abh. Berl. Akad., 4904; trad. fr. dans les Annales du Musée Guimel, 4912) ; sur les principes delà mesure par années royales, etc., cf. mes Forschungen, II, 487 sq. - Les ditTérences de longueur du jour solaire vrai, que l'on

L HISTOIRE ET LA SCIENCE HISTOKIOUE

supprime grâce au « jour moyen », reposant sur 1* « équation du l(împs », n'entrent d'aucune façon en ligne de compte pour la chronologie historique. — Au reste, je remarque tout de suite qu'il n'y a jamais eu de soi-disant année primitive de 360 jours; là où existe une année de 360 jours, ce n'est qu'une unité de calcul, introduite en vue d'un calcul plus commode, qui, sans se soucier de la vraie longueur de chacun des mois et de l'année entière, rend l'année égale à 12 mois de chacun 30 jours. C'est en ce sens que l'on compte ainsi chez nous encore, par exemple pour le paîment des troupes. l*ar un phénomène analogue, le droit romain ignore en principe l'existence du jour intercalaire et traite fictivement comme un jour unique ]c dies sexlus et \c dies bis sexlus a. K. Mari. La même raison a fréquemment donné naissance à des années de dix mois, employées comme unités de calcul. — Pour les Egyptiens, l'année civile se compose de 1' « année » propremeid dite, de 12 nu>is de chacun 30 jours = 360 jours, plus les 5 jours com})lémentaires « ajoutés à la suite », qui restent en di^liors des mois, et partant, en dehors de l'année propremeid dite.

\M . Mais CCS (lifliculli'»s ont encore (Hé», v\\v/ tous les peuples, accrues de la façon la plus consiH(Mal)le |)ar les différents aspects de la lune. Le cours de la lune, avec ses j»hases changeantes, englobe en une unité un groupe de jo^ rs plus restreint, et partant plus facile à embrasser du l'egard, et la lune apparaît par suite comun* un ^ chronomètre » naturel. Mais, en même tem[)S, elle éveille à un si haut degré Tatlention et fournit à la j)ensée mythi(|ue une si riche matière, cjuVlle devient un im|)ortant objet de culte (M de magie, et par suite influe |)rofondément sur la vie de l'homme. On accompagne de fêtes et de sacrifices sa première apparition, sa croissance, et sa plénitude, et son déclin de même, naturellement, que les éclipses de soleil et de lune). Ainsi prend naissance le mois, comme unité chionologique donnée par la i*eligion, cpie Ton compte à partir de la première apparition du croissant lunaire dans le ciel du soir, à partir de la vou[xr,v'a, nouvelle lune ; — ce (m'on nomme la nouvelle lune astronomique, c'est-à-dire le moment de l'invisible conjonction du soleil et de la lune, n'a pas d'importance pour la chronologie ^historicjue pralicpie. Mais ici

encore se retrouvent tous les inconvénients qui se mani^ festent dans le cas de Tannée solaire. Car la longueur du mois lunaire (21) jours 12 heures 44 minutes 2 secoudes 98) n'est pas non plus divisible par l'unité de jour et ICI ciicore on en est réduit à un ajustement à l'aide d'intercalations. Conventionnellement, on compte le mois comme ayant 30 jours; en fait, il est tantôt de 29, tantôt de 30 jours Ce qu. réussit le mieux, c'est ici le simple eiupirisme, c'esta-dire la détermination du commenoMuent du mois d Wès l'observation de la réapparition de la lune dans le ciel du soir, comme elle se prati(,ue aujourd'hui encore dans l'i,. lam ; mais il en résulte cet inconvénient, qu'on ne sait plus d'avance SI le prochain jour sera le dernier de l'ancien mois ou le premier du nouv(>au. Tout système, par contre, - jusqu acetjue l'astronomie scientifique ait été pleinement constituée, résultat (,ui a exigé une observation prolongée durant de nombreux siècles, - aboutit a des écarts par rapport au phénomène naturel, et, du même coup, à la confusion - Parfois, quand, à ce qui précède, viennent encore s'ajouter des représentations superstitieuses, comme, chez les'llomains l'idée que le nombre pair j)orte malheur, et la fixation du mois à 29 ou :U jours alternativement, on aboutit a des systèmes intrinsèquement absurdes, qui sont extrêmement incommodes, et n'en perdent pas moins toute connexion avec hvs phénomènes qui, théoriquement, en forment la base. 138. Mais il faut ajouter encore que le cours de la lune et

celui du soleil sont incommensurables ; que, par conséquent une parlaite péréquation d'une pluralité de mois lunaires et d'une a.inée fondée sur l'alternance des saisons ne saurait jamais être obtenue. Ici deux expédients sont seuls possibles Ou bien l'on s'en tient fermement au mois (pour des raisons religieuses, comme chez les Babyloniens, les Israélites, les Grecs, etc., ou simj)lement par convention, comme chez les Romains) : en ce cas, la conséquence nécessaire est une continuelle intercalalion, soit purement empirique, soit réglée

l'histoire et la science historique

LA chronologie — | 139

par un système, et par suite, une année dont la longueur oscille constamment entre 354 et 384 jours, où le terme initial, aussi bien que la place des dillérents mois, au lieu d être fixes, se déplacent, d'une année à l'autre, de 10 à 10 jours. Un tel calendrier— comme, par exemple, le calendrier grec (de même, le babylonien et le juif; chez nous, il s'est conservé dans les fêtes de Pâques et de la Pentecôte) — peut bien, malgré les grandes incommodités qu'il présente, être mis à la base de la vie civile etde l'administration [)ubli([ue, qui doivent alors s'en accommoder comme elles peuvent. En revanche, il est complètement inutilisable pour toutes les activités (jui sont liées aux conditions données par les saisons, comme l'agriculture, la navigation, hi guerre, et par suite aussi pour l'histoire. Ici l'on a absolument besoin de dates fixes; et ainsi prend naissance un « calendrier paysan », qui emprunte ses points de repère aux événements naturels et aux phénomènes astroiiomicjues, — celui-là même que Thucydide a mis à la base de sa narration. — L'autre expédient consiste à renoncer com[)lèteni(3nt au mois dans la constitution du calendrier et la division de Tannée (pour bvs fêtes ([ui se rattachent à la lune, il peut, bien entendu, continuer cf exister). Ce pas, les Égyptiens Pont fait dès l'an 4241 av. J.-C, et c'est en cela (|ue consiste leur importance fondamentale, supérieure à celle de tous les autres peu[)les, pour Phisloire de la chronoloo'ieet (bi calencbier. Us ontessavé d'oblenir la vérilahk' année solaire; mais, en la lixanl à 365 jours exacl(^nient, ils ifont, malgré tout, créé {[u\ine année vague. Le déplacement iïe cette année par ra[)port à l'état des saisons se produit, il est vrai, si lentement (ce n'est ([u'en 1.4G1 années civiles ([ue son jour initial [)arcouit le cycle entier (h» l'année solaire vraie), que l'on ne voulut pas s'exposer pour si peu au danger de retomber encore, par des intercalations, dans la confusion chronologiciue, et qu'on garchi cette année durant des millénaires. L'année réclame assurément une division en périodes plus courtes, ne fut-ce que pour la dési-

gnation des jours, puisqu'il est impossible de compter un à un tous les jours depuis 1 jusqu'à 365; pour ces subdivisons (de 30 jours che. les Égyptiens ; c.L nous, par su.Ve de 1 mnuence de l'aac.en calendrier romain, d'une lonc^ueur inégale très peu pratique), le nom de mois est conservérmais na plus nen à voir avec la lune et son cours. - Comme aux, i.a.res destinés à corriger et à compléter les observations solaires d autres astres encore ont été employés en chronoog.c, des planètes (Vénus, par exemple, au Mexique) aussi b.en que des étoiles fixes. Pour nous, le seul de ces faits .,ui nous importe c'est, chez les J^gyptiens, la fixation théorique du début de 1 année au lever de Sirius (c'est-à-dire à sa prem.ere réapparition <lans le crépuscule du matin). Quant à 1 Klee absurde de déterminer la longueur de l'année uniquement d après la lune, c'est-à-dire de rassembler, pour en faire une année, un nombre déterminé (12) de véritables mois suis tenir aucun compte du cours du soleil, elle n'est venue à lu-

cun peuple ■ seul Mahomet, lorsqu'il régla le calendrier arabe «empara de cet expédient, par suite de son ignorance et

créa ainsi cette monstruosité qu'est l'année islamique, année

purement lunaire, de 354 et 355 jours alternativement.

D'autres^ subdivisions, qui se relient d'abord an mois, comme la se maine do ,,8 ou tOjours, puis se détachent de leur bas eU "on pi " ■sent a leur tour une évolution autonome, n'entrent guère praZe ...ont, en ligne de compte, pour ce ,ui est de la chronoloi '". n ' Il n est pas davantage nécessaire d'insister à cette place sm.p \oZ

rentes tarons de fixer le commencement de l'an née e -

du jour, etc. uei année, le commencement

i;W. De quelque fa,on qu'elle soit organisée dans le détail I année constitue la grande unité ,1e toute mesure ,lu temps' Pour pouvoir .léterminer l'intervalle de t emps qui sépare les uns des autres des événements particuliers, - d'abor.I eu vue des besoins de la vie pratique, plus tard aussi dans la tradition historique, il est, par suite, requis de désigner

L HISTOmi: ET LA SCIENCE HISTORIQUE

expressémentlesannéesparliculières,deleui-cloimer,comnfie aux hommes, un nom propre, qui les distingue individuellement de toutes les autres. La solution de ce problème a été, pour tous les peuples, alîreusement dil'licile. Combien, dans l'état primitif, on pense naïvement à ce sujet, c'est ce qui peut-être ne se manifeste nulle part plus clairement que dans un ancien document élidien, le traité entre les Elidiens et les lléréens sur une confraternité d'armes devant durer 100 ans. Il y est dit simplement : « L'année courante doit servir de début » (ocs/o:oÉ xaTo-!, LG. A., ii), sans aucune addition : détermination qui était parfaitement claire pour les contractants eux-mêmes, mais d'où personne, au bout d'un petit nombre d'années, ne pouvait plus faire commencer (luoi que ce fut. Dans les anciens Llats civilisés d'Lgypte et de Uabylonie, on en est venu, en fait, à donner officiellement à chaque année un nom propre, d après une fêle de dieu, une guerre, etc., les années suivantes étant parfois comptées pendant un certain temps à partir de l'année ainsi désignée {la deuxième, la Iroisième année après révenement en question), jusqu'à ce ([u'un nouveau nom d'année fut à son tour proclamé. Pareille chose se retrouve également ailleurs ; et c'est au même expédient qu'ont eu recours les chronographes grecs (Ératosthène, par exemple), avec leurs années faisant époque (expédition de Xerxès, par exemple, ou passage d'Alexandre en Asie), à partir des(iuelles ils continuent ensuite à compter. Peu à peu, dans la plupart des lUals monarchiques de rOrient (en Egypte, d'assez bonne heure; en Babylonie, sous les Cosséens seulement), a i)révalu le dénombrement par années royales, qui s'est conservé jusqu'à nos jours dans les deux plus conservateurs des États civilisés modernes, l'Angleterre et la curie papale. Cette façon de dater fournit pour le présent des dates fixes, mais oITre cette grande incommodité, que le jour initial des années qu'elle détermine, le jour de l'avènement au trône, ne coïncide pas avec le nouvel an civil, et change sous chaque règne. Veut-

on, par suite, embrasser du regard un assez long espace de temps, on doit connaître la longueur exacte des diiîérents règnes en années, mois et jours, et additionner ces nombres. Gela mène à des difficultés et à une confusion, qui peuvent, surtout en cas de doubles règnes, d'usurpations et de guerres civiles, atteindre un très haut degré. Du moins a-t-on écarté en Babylonie l'inconvénient du jour initial oscillant, en ne comptant la première année d'un roi qu'à partir du plus proche nouvel an civil après son avènement au trône ; tandis qu'en Kgypte, à certaines époques, et ailleurs aussi à l'occasion, on faisait partir de ce jour de nouvel an sa deuxième année, et par conséquent, on ajoutait à sa première année de calendrier l'excédant constitué par les derniers mois et jours de son ])rédécesseur. C'est d'après le même système que procèdent d'ordinaire les chronographes (Eusèbe, par exemple), sans pouvoir cependant rapplicjuer pleinement jusqu'au bout. Il offre notamment cet inconvénienl, (ju'un souverain qui n'a régné qu'un petit nombre de mois dans les limites d'une seule année de calendrier, tombe dès lors complètement; mais même en dehors de cela, dans une numération de ce genre, l'erreur et la confusion ne sont guère évitables. — Chez d'autres peuples, dans des monarchies (ainsi chez les Assyriens, les Spartiates, les Sabéens) et surtout dans des républiques, on a nommé les années d'après de hauts magistrats « éponymes », annuellement renouvelés. Cela fournit une désignation très sure, mais rend nécessaire de consigner de longues listes de noms, en eux-mêmes tout à fait indifierents, et de les compter chaque fois qu'on cherche à déterminer chronologiquement un événement antérieur, soit qu'on les ait dans la mémoire, soit qu'on doive péniblement les consulter.

140. Quant à Fidée, si naturelle en apparence, de partir d'un événement quelconque, quoique déterminé par des motifs extérieurs, pour continuer à tout jamais de compter de ce point les années, ce n'est partout que très tard qu'on y est

^4 il

y il

l'histoire et la science historique

venu. Quand le roi Séleucos l'^ fut assassiné en l'an 281, on neconimença pas, clans son empire, une nouvelle numération d'après les années de son fils (tout simplement, sans doute, pour celte raison extérieure, que celui-ci était depuis longtemps déjà co-régent de son père) : on continua de compter les années de Séleucos. Ainsi prit naissance la première d'entre les ères, l'ère des Séleucides, qui commence à l'année 312 ou 311 av. J.-C. (selon la forme d'année des différents pays où elle est employée). Plus tard vinrent s'y juxtaposer, notainmentdans des républiques et des provinces romaines, cà et là éo:alement dans des monarchies, de nombreuses ères du même genre, des numérations à partir d'un événement déterminé. Ce qu'on nomme l'ère des olympiades n'était pas, en revanche, une ère véritable, et n'a jamais été usité dans la vie pratique : ce n'est qu'un expédient des historiens, qui, pour éviter lai)énible désignation des années par archontes, éphores, stratèges, etc., eurent recours à ce procédé, fort maladroit assurément, de grouper ces années, ([uatre par quatre, en autant d'unités chronologiques et de les désigner d'après la solennité des jeux olympiques. C'est encore moins une ère véritable, que la numération par années de la ville de lîome ; elle n'a môme pas un point de départ fixe, et n'est employée par les écrivains que tout à fait occasionnellement, en vue d'une orientation ra|)ide, comme complément à la désignation correcte des années d'après les consuls. Il est absurde que des historiens-philologues modernes s'imaginent encore que le fait de dater d'après ces pseudo-ères, ce qui est parfois inévitable, comme pisaller, dans les recherches chronologiques, assure à leurs ouvrages un caractère scientifique, alors que cela n'a pas d'autre utilité que d'en rendre l'intelligence impossible à qui s'en sert. D'autres ères de ce genre ont pris naissance dans la littérature: ce sont, par exemple, le calcul par années d'Abraham, chez Eusèbe, ou la période julienne de Scaliger ; puis les ères s'exprimant en années du monde

(avec différents points de départ), ou partant de la naissance du Christ, ces deux dernières ayant finalement prévalu môme dans la vie pratique. Ce n'est que depuis la fin du dix-huitième siècle qu'a triomphé l'idée extrêmement pratique d'employer aussi l'ère chrétienne, en comptant en arrière, j)our les temps pré-chrétiens, et de rendre ainsi immédiatement présent à la conscicMice l'inlervalle de temps séparant chaque date du présent. Le point d'origine est, dans ce cas, un instant complètement indiflerent par lui-môme : c'est, à la base de notre calendrier, le minuit du 31 décembre 1 avant J.-C. au l^'' janvier 1 après J.-C. A partir de ce point les années sont dès lois comptées, en avant et en arrière. Les astronomes ont ])référé, pour la commodité du calcul, prendre pour origine une année entière, l'an 1 av. J.-C, qu'ils désignent comme l'an 0; dès lors ils désignent, par exemple, l'an 323 av. J.-C. par l'expression — 322.

141. L'objet de la chronologie historique, c'est d'éprouver toutes les dates transmises par la tradition et de les ramener à un calendrier et à une ère déterminés, où chaque événement du passé obtienne autant que possible sa[)lace. En fait de calendrier et de forme d'année, tout historien emploie, à moins de motifs spéciaux pour s'en écarter (comme il y en avait chez les Grecs, tant par suite du grand nombre des calendriers locaux, que de leur caractère pratiquement inutilisable), ceux qui lui sont familiers, à lui-môme et à son temps. Mais chez nous régnent en histoire deux calendriers difierents. A la base se trouve le calendrier julien, institué par César en l'an 46 av. J.-C, et se rattachant au calendrier égyptien, avec une année de 365 jours un quart, c'està-dire un jour intercalaire tous les quatre ans. Mais comme l'annôeainsi déterminée est plus grande que la véritable année solaire, on a, comme on sait, institué au seizième siècle le calendrier grégorien, perfectionnement du précédent, qui retarde sur le calendrier julien de près de trois jours en quatre siècles (plus exactement, de près d'un jour en

l'histoire et la science historique

128 caiis). En même temps, pour des raisons religieuses, le rapport des mois et du nouvel au aux saisons fut ramené à ce qu'il était au concile de Nicée, 325 ap. J.-C A partir de ce point, par conséquent, les dates grégoriennes avancèrent sur les dates juliennes (par exemple, le l'"' mars 1907 ap. J.-G. en calendrier julien == le 14 mars 1007 en calendrier grégorien); auparavaut, par contre, les premières retardent sur les secondes (par exemple, le 19 juillet 1321 av. J.-G. en calendrier julien = le 7 juillet 1321 en calendrier grégorien). Pour les derniers siècles, on com[)te presque toujours d'après le calendrier grégorien ; pour les femj)s antérieurs, par contre, et ainsi pour ranti(|uilé tout entière, on c()m|)te sans exception (ra|)rès le calendrier julien, d'abord parce ([u'il ne vaut pas la peine de faire la Iransposilion, nuiis surtout parce (jue le calcul est inlininuMit plus commode

avec l'année julienne de— !^— jours (pi'avec rannée grégorienne. C'est pourquoi toutes les dates, en particulier les dates astronomi([ues, sont calculées d'abord en calendiier julien, et ensuite, le cas échéant, liausposéesen dates grégoriennes. On ne doit jamais p(M(lre de vui^ (pie, par suite de ce fait, toutes les dates de calendrier données pour Fanliciuité dans les ouvrages historiques modernes sup[)osent un état des saisons qui s'écarte plus ou moins de celui (|ui nous est familier. Pour les époques les plus exactement connues de l'anti([uilé, cet écart, sans doute, est faible ; pourtant il s'élève déjà à six jours pour l'épociue de la guerre du Péloponèse, à huit jours pour celle d'Hésiode, et, dans les plus anciennes époques de l'histoire égyptienne, il s'accroît peu à peu jusqu'à un mois entier.

142. La discussion et la réduction des dates particulières, et la transposition en un système uui(iue des chronologies des différents peuples, forment l'objet de recherches spéciales. En beaucoup de cas, nos matériaux ne suffisent pas à des déterminations précises. Nous pouvons connaître suffisam-

ment le rapport relatif des événements particuliers d'une épo(jue ; nous sommes même souvent en état, dans les limites de cette épo([ue, d'en fixer linlervalle d'urne façon tout à fait précise: mais la chronologie absolue de ces événements, c'est-à-dire leur ra[)port à d'autres époques et à notre ère, ne saurait être établie avec certitude. Nous devons fréquemment, par suite, notamment pour les tem|)s les |)lus anciens, nous contenter d'évaluations approximatives, qui ])arfois laissent place à une marge de plusieurs siècles. Pourtant l'on a ri'ussi dans ces dernières années, tant pour la chronologie égyptienm» (|ue poui- la babylonienne, à diminuer considérablement cette incertitude. — Nous possédons un secours inappréciable quand la tradition met un événement ou une date en liaison avec un phénomène astronomi(|ue, (|ui se laisse calculer avec une complète exactitude. De pareils renseignements, avant tout les données relatives à des éclipses, puis les données égyptiennes relatives au lever de Sirius, nous fournissent des dates absolues, qui sont fixées par Tastronomie, d'une façon complètement indépendante de toute histoire, et d'où nous pouvons partir pour contrôler les autres, les dates relatives, et les incorporer à la charpente solide constituée par les dates certaines.

Les principaux secours qu'on trouve en ce qui concerne les dates astronomiques de l'antiquité, sont : J. Zecii, Aslronomische Unlevsuchiinfjcn iibcr die ivichligeren Finslernisse, ivelchc von den Schriflstelleva des Iilassisc/ien Allerliims erivdhnt werden (Recherches astronomiques sur les principales éclipses mentionnées par les écrivains de ranli((uilé classique), dans les Preisschriflen der JablonoivsJdschen Gesellschafl (Ixrits récompensés par la société Jahlonowski), 1853 (cf. ïd.,ibid., 4854, Uher die Mondfinslernisse des Almagesl [Sur les éclipses de lune de rAlmagestc] ); et surtout F. Iv. (jinzel, Spezieller Kanon der Sonnen- und Mondfinalevnifine fiir don Zeilraum von 900 v. Clir. bis 600 //. C/ir. (Canon si)écial des éclipses de lune et de soleil pour l'espace de temps conq)ris entre 900 av. J.-G. et 600 aj). J.-C), 1899.

l'histoire et la science historique

V histoire de V antiquité.

143. Une civilisation supérieure, comme en suppose toute connaissance historique, a pris naissance sur la terre, pour la première fois et d'une façon indépendante, précisément aux trois endroits où s'est créée l'écriture : en Kgypte, en Babylonie et en Chine. Les conditions extérieures qui concourent à ce résultat sont très semblables dans les trois contrées : des vallées plates, bénéficiant, grâce à des crues rétï-ulières, d'une fertilité considérable, situées dans le voisinage de la mer, qui invitent et à la fois obligent à une culture intensive, et qui exigent la formation complète d'une organisation politicjue. Le moment où la civilisation a j)ris naissance est également à peu près le même aux trois endroits. C'est la civilisation égyptienne qui remonte le plus haut : la Ba])vlonie retarde sur elle de plusieurs siècles ; la Chine vient plus tard encore ; mais, par ra()port à l'espace de temps que nous sommes forcés de réclamer pour l'ensemble de l'évolution humaine, cette diflérence se réduit à un écart insignifiant. Cette coïncidence est d'autant i)lus remarquable que, vers la même époque, ou du moins peu de temps après, d'autres peuples, qui n'étaient pas encore influencés par ces civilisations développées, commencent à entrer, eux aussi, dans les voies d'une évolution supérieure, à caractère original: ce sont, d'une part, les populations de l'Asie Mineure occidentale et de l'Europe, et j)armi ces dernières, surtout, leslndo-Européens; d'autre part, les Aryens, issus des précédents, qui, de l'Iran oriental, s'avancent alors vers l'Inde et vers Tlran occidental. Il est vrai qu'en Amérique, les débuts d'une évolution analogue n'ont eu lieu que beaucoup plus tard. :Malgré tout, ce fait semble indiquer que l'évolution des populations devenues historiques, dès avant qu'elles ne le devinssent, fut une évolution continûment progressive. On peut tirer de là cette présomption, que les es-

paces de temps qu'on réclame, au nom des sciences naturelles, pour l'évolution du genre humain, et qui paraissent la plupart du temps ne reposer que sur des évaluations bien incertaines, — la science historique établit, sous ce rapport, quoique le préjugé populaire en juge inversement, des conclusions bien plus exactes que celles dont se contente la science de la nature, — sont fortement exagérés. C'est ce que pourrait servir à confirmer l'étendue relativement petite des trouvailles <( préhistoriques » qui remontent véritablement au delà du quatrième millénaire av. J.-(L Pourtant le moment n'est j)as encore venu, où ee genre de questions laissera espérer une solution ceitaine (cf. plus loin, s^ 591 sq.).

Ce qui constitue le i)robIènie le plus difficile de lliistoire primitive de riiomuie, c'est la civilisation de l'épocjue i)aléolitliique rt'cente, qui s'est offerte à nous de si sui'prenante façon dans les trouvailles des grottes françaises de Brassenipouy, La Madelaine, Font de Gaume, Combarelles, Bruniquel, à Allaniira près Santander en Asturie, au Kesslerlocli près SchalThouse, etc. L'appréciation historique est rendue beaucoup plus difficile par ce fait que la plupart des travaux, et notaninient les tiavaux d'ensend^le qui mettent en œuvre les matériaux, témoignent, sur le terrain de l'histoire, de l'archéologie et de l'histoire de la civilisation, d'un si naïf dilettantisme (nommons, comme en oiKrant un exemple particulièrement frappant, le plus récent ouvrage de ce genre que je connaisse : L. Reinhardt, Der Mensch zur Eiszeil in Europa iind seine KuUiirenlwicJdiing bis zumEnde der Sleinzeit [L'homme à l'époque glaciaire en Europe, et son développement au point de vue de la civilisation jus<pi'à la fin de l'Age de pierrej, 190G), que l'histoiien conçoit la plus extrême détîance, même envers leurs données géologiques et les conclusions qu'ils en tirent; données et conclusions qu'il n'est pas en état d'apprécier personnellement. En face des tentatives qui nous sont ici offertes, et qui jouent généreusement avec de nombreux millénaires, la réaction représentée par vSoPHUs Muller [L'Europe préhistorique, traduction française par E. PniLiPOT, Paris. d908), qui place l'époque de La Madelaine au 6« millénaire avant J.-C, serait la très bienvenue ; mais la géologie et la paléontologie s'y opposent, qui prouvent l'Age beaucoup plus élevé de ces premiers débuts de civilisation. Pourtant je ne puis me soustraire à cette impression, que les combinaisons et constructions des

L HISTOIRE ET LA SCIENCE HISTORIQUE

l'histoire de l'antiquité — § 141

géologues et paléonlologistes sont souvent encore extrêmement problématiques, et prendront fréquemment à l'avenir de tout autres formes, en sorte que la conception présentement régnante ne doit nullement être accueillie par riiistoire comme un résultat définitif de la science (1). Quoi qu'il en soit, nous rencontrons ici une civilisation bien supérieure par son contenu intellectuel à celle de l'époque suivante, la période néolithique. Car [)Our l'appréciation d'un(^ civilisation, ce qui importe, ce ne sont pas les acquisitions techniques extérieures, par où l'homme néolithique, grAce à l'invention des haches polies et des vases d'argile, grâce au travail de roches dures autres que It^ silex, fut supérieur au paléolilhicpu* ; ce soid les capacités et les œuvres intellectuelles. Et à cet égard, les sculptures sur bois de reime et défenses de mammoutli, de même que les dessins et peintures exécutés sur les parois des cavernes et sur les armes et bîUons de corne, d'os et de pierre (représentant surtout le mammoutli, le reinu», le bison, le bufile, le cheval sauvage à doul)le sabot, le bou(pietin, etc., mais aussi des hommes et des tentes) t<Mnoignent d'une capacité ai'tisli(pie, d'un don d'observaliou aigun et d(M'ei)roduclion réaliste de la nature, et d'un développement de la technique, dont l'époque néolithique n'a rien qui approche, (l'n fait de productions parallèles des iieuples non civilisés d'aujourd'hui, productions qui ont donné lieu à de fréquents rapprochements, viennent en première ligne les dessins et peintures sur paiois rocheuses des Bochimans, dont \o7< Liscuan, Zrilschr, f. Ethnologie, iO, 11)08, GGa s([., a ])ublié de nouvelles reproductions; mais sans doute y a-t-il déjà là, j)oui' une ])art, inlluence européenne.) Seules, les créations des Egyptiens peu avant la première dynastie, celles des Babyloniens dei)uis Sargon et Naramsin environ, ou encore celles des Cretois au faîte de leur civilisation, se laissent comparer à ces productions pour la sensibilité artistique; môme, pour maint dessin d'animaux, il faudra descendre, en Egypte, jusqu'à la cinquième dynastie, si l'on veut trouver des équivalents. Ainsi donc nous sommes, semble-t-il, obligés d'admettre que nous avons aflaii'eàini développement de civilisation de l'homme primitif, qui se déroula sur le sol français, qui atteignit, avec des moyens matériels tout à fait restreints, nne hauteur surprenante, mais qui fut ensuite anéanti jiai* une grande catastrophe et n'exerça pas d'inHuence sur les temps qui suivirent. Entre cette civilisation paléolithique et les débuts de l'épotpie néo-

(1) Cependant, de nolahles progrès ont été accomplis en ces dernières années, qu'enregistre le Manuel cV archéologie préhistorique, celtique et galloromaine (le DÉcHKLETTE (Poris, 1908 et suiv.). Nous renvoyons au §597 pour un exposé plus détaillé.

lithique, il n'y a, histori'^^uement, pas de lien, quoiqu'un petit nombre d'acquisitions tccnniques se rapi)orlant au travail du silex aient pu être sauvées dans la catastrophe. V. plus loin §§ 597, GOO.

144. Gommont les clifTërentes civilisations (riin développement supérieur entrent en relations réciproques et font rayonner entre elles leurs inlhiences ; comment prennent naissance des aires de civilisation: c'est ce qui, d'un point de vue général, a déjà été examiné ci-dessus, et, dans le détail, relève de l'exposition bistoriciue. Nous avons également déjà pris connaissance des grandes aires de civilisation qui se sont formées dans le domaine de l'hémisphère est : l'aire orientale, l'aire gréco-européenne et Taire estasiatique (^ 111). La dernière a, jusqu'à nos jours, essentiellement suivi ses propres voies ; les deux autres se sont fondues en une unité liisloiique, que nous pouvons désigner, d'une ex|)ression approximativement exacte, comme l'aire de civilisation des peuples méditerranéens. L'histoire de cette aire se divise en deux grandes sections principales, dont la limite est marcpiée par la chute de la civilisation antique et de son sup[)ort, l'État romain. Nous comprenons réj)0([ue antérieure sous le nom d'histoire de l'antiquité, l'épo([ue postérieure sous celui d'histoire des temps modernes (au sens le plus large, le moyen Age chrétien-germanique étant inclus . Les passages subits, les coupures brusques et sans transition, sont, à vrai dire, chose inconnue à Thistoire : lors même qu'un l]tat ou un peuple est terrassé par un autre en un espace de peu d'années (cf. l'invasion des Celtes en Italie, et plus tard dans le monde grec, ou la conquête de l'empire perse par Alexandre, ou l'avènement des Iluiis, des Arabes, des Mongols), ce brusque bouleversement ne s'en est pas moins toujours préparé dès auparavant, et l'ancien état de choses continue ensuite à exercer son inlluence pendant un long (îspace de temps. Plus un tel événement est considérable par ses effets, plus éminemment il appartient à Diis-

L IIISTOIRK ET LA SCIENCE HISTORIQUE

l'histoire de l'antiquité — I 146

toire mondiale, et plus est longue cette époque de transition. La civilisation antique et l'Etat antique sont essentiellement à bout, ([uand, à la suite du chaos du troisième siècle, Dioclétien transforme l'empire romain en monarchie absolue, et que, peu après, la victoire du christianisme achève la révolution interne, tandis qu'à la même époque l'Orient s'unissait également sur une base religieuse et ecclésiasti([ue, dans l'empire des Sassanides; l'invasion des Germains n'est que la consé(|uence de cette profonde transformation. ^ïais d'autre part, rinduence immédiate de l'ancien VAnl et de la civilisation qu'il incarnait se j)rolongc encore durant des siècles; l'époque de transition n'est passée que lors([ue, en Occident, les l^tats germanicjues sont englob('»s dans la monarchie carolingienne, tandis([u'en Orient s'élève l'empire unitaire de l'islam et ([u'entre les deux le reste de Tancien empire romain se maintient sous la forme de reni[)ire byzantin. Si donc nous [)Ouvoiis arrêter à Dioclétien l'histoire de l'antiquité, répo({ue de transition (([ue l'on [)eut, suivant l'objet que l'historien s'est proposé, attribuer, le cas échéant, à l'une aussi bien qu'tà l'autre des deux grandes épo([ues) s'étend depuis Dioclétien jus([u'à l'époque de Charlemagne environ.

145. De même (|ue toute histoire spéciale, ([uoique pouvant être ex[)oséc pour elle-même, ne constitue jamais, au fond, ([u'une [)artie d'un tout global (^ 111), ainsi l'histoire de ranli(|uité forme une grande unitc» intei'ne. l']lle commence [)ar d(^s Etats et des civilisations isolés ; mais ceuxci s'entrelacent entre eux et s'inlluencent avec une intensité toujours croissante, jus{|u'à ce qu'enfin la plupart au moins s'amalgament coni[)lètement dans l'unitc' d'un seul grand Etat et d'une seule grande civilisation. lv\[)Oser cette évolution, c'est la tache la plus im[)ortante, la v('' ri table tâche de l'histoire de l'antitpiité. Ici, par suite, ou jamais, est reciuise une exposition globale, unitaire, qui insère dans ce grand ensemble les histoires particulières comme des parties sub-

ordonnées. Une étude de ce genre ne peut être que synchronique, non pas certes d'une façon mécani([ue, selon la manière de Diodore, (jui consiste à prendre année par année les événements chez les différents peuples, pour les ranger, d'une façon tout extérieure, en un schème annuel, mais de telle sorte ([ue la succession chronologiciue des difterentes épo([ues serve de base à l'exposition, et que, par là, les connexions universelles et les influences récipro([ues ressortent clairement dans leur importance. C'est d'après cette idée fondamentale ([ue le présent ouvrage est ordonné.

14G. Dans l'antiquité même, cette conception s'est trouvée fré(piemment, voire principalement représentée. Elle est déjà à la base du plan d'Hérodote ; elle se manifeste ensuite plus systématiquement, surtout chez Ephore, Polybe, Posidonios. Transformée en un schème mécanique, elle régit les systèmes chronographiques et, par exemple, l'histoire universelle de Diodore ; grâce aux chronographes chrétiens, surtout à Eusèbe, qu'anime un esprit vraiment historique, elle a reçu une extension essentielle, du fait de l'introduction de l'histoire bibli([ue, et de l'ancienne histoire orientale, qui s'y trouve liée. Dans les temps modernes, même quand fut abandonné le schème traditionnel des chroni(|ues et des quatre empires du monde de Daniel, il n'a pas non plus manqué d'essais de ce genre : le plus important est l'cïHivre de IIeeren, llandhiich der Geschichlc der Slaalen des Allerlams (Manuel d'histoire des Etats de ranti([uité ; 2*^ édition, très améliorée, 1810), dont on n'a su depuis refaire l'équivalent. NiEBunn a lui aussi, dans ses Vorlesuntjcn, rempli, au moins en partie, cet objet. Mais ensuite, cette préoccupation a complètement cédé la place à l'étude des histoires particulières ; celles-ci dominent tellement^ que le coup d'œil général et la vision des ensembles se sont entièrement perdus, souvent même chez des invcîstigateurs fort savants. L'accroissement considérable des matériaux, aussi bien que l'intensité supérieure de la recherche, en sont pour une part responsables;

L HISTOIRE ET LA SCIENCE HISTORIQUE

de plus, l'elTet du classicisme étroit s'est fait très forlement sentir. Quand l'essai d'un travail d'ensemble a de nouveau été tenté, il n'a pas abouti. La Geschichle des Altcrtnms (Histoire de l'antiquilé) de Max Duncker n'a pas dépassé les débuts de la guerre du Péloponèse, et n'a su qu'insuffisamment dégager les connexions les plus profondes ; son ouvrage n'a eu d'importance nota})le que pour l'histoire de l'Orient {^ 147). Quand, plus tard, dans l'âge le plus avancé, Ranke en vint à écrire une Wellfjeschirhle (Histoire universelle^), il s'aventura sur un domaine pour lequel il man(|uait de tout travail [)réparatoire approfondi : il ne s'était occupé de l'histoire de ranti(|uité qu'accessoirement, dans sa jeunesse, et se crut le droit d'ignorer à peu près com[)lètement le fructueux travail scientifique d'un demi-siècle ; l'essai ne pouvait donc qu'échouer complètement.

147. Ce n'est qu'au cours du dix-neuvième siècle que Tliistoire de Tancien Orient est devenue accessible à la recherche et à l'exposition histori([ues, grâce à la d('couverte, sans cesse étendue, de ses monuments, de ses langues et de ses littératures. Cette découverte a montré que les renseignements incomplets qu'on possédait juscju'alors, sous la forme grecque, sur les milh'iiaii'es antérieurs à la fondation de rem|)ire parse, étaient tout à fait insuffisants; même les fragments conservés de Manéthon et de lîérose, quoiqu'ils continssent des renseignement utilisables, n'en étaient pas moins bien trop incoin[)lets j)0ur permettre une heureuse reconstruction de l'histoire. Mais la seule source originale jus([u'alors accessible, l'Ancien Testament, non seulement comportait, comme il est maintenant avéré, beaucoup trop de lacunes pour faire connaître les facteurs décisifs de l'histoire politique des Israélites eux-mêmes, mais encore n'était que dans une très faible mesure [)énétrable à l'intelligence historique; ce n'est que peu à j)eu, grâce aux progrès de la critique littéraire et de la criti(jue de fond, (ju'il est devenu possible de le comprendre et de Tuliliser vraiment comme

l'histoire DE l'antiquité

source. Quand, plus tard, les découvertes prirent, de dix en dix ans, une extension sans cesse plus grande, les recherches particulières et les histoires des peuples particuliers furent aussitôt suivies d'expositions qui essayaient d'embrasser l'ensemble des matériaux nouvellement découverts. C'est pour avoir su, quoique manquant de la connaissance personnelle des langues, remplir cette tache avec prudence, que Max Duncker a pu écrire une importante Histoire de Fantiqiiité; chacune des cin([ éditions de son ouvrage, totalement remaniées chaque fois, donne un excellent aperçu des résultats actuels de la recherche. Ihie connaissance complète des matériaux, fondée sur un incessant et fructueux labeur dans le domaine égyptologique, appartient à G. Maspero, (jui, naguère dans un court abrégé {Hisloire ancienne des peuples deiOrienl, J875i plus récemment dans un ouvrage détaillé, richement illustré Hisloire ancienne des peuples de r Orient classique. 3 vol., 1895 et suiv.), a donné une exposition totale de l'histoire de l'ancien Orient.

En fait (rouvmires plus anciens, fort utiles on leur lemps, il faudrait encore citer G. I^awlixson, The fwe grcal Monarchies of Ihe Ancienl Hasiern World (Les cinq grandes monarchies de l'ancien monde oriental) et son Hislonj of Ilerodolus. - Exposition systématique du savoir relatif aux sources : G. Wachsmi tu, Einleihing in das Sludium der allen Geschichle ( Introduction ix l'étude de l'tiistoire ancienne), 189:i. - Je ne puis signaler que comme tout à fait manqué l'ouvrage de Hommel, extrêmement riche en hypothèses et en cond)inaisons Iiardies : Grundriss der Géographie iind Geschichle des allen Orienls (ÉlémiMits de géograi)hie et d'histoire de l'ancien Orient), i'-^ moitié, t90i..

INDEX

Lc.chiirres de V index renvoient aux paragraphes el r indication a. a l annotation en petit, caractères ^jui termine le pararjraptie.

Abyssins, traitement infligé aux pri sonniers de guerre, 9, u.

Adoption, 13.

Agalhyrses, mariage, 10, n.

Agriculture, évolution, 29 sq.

Alhaniensdu Caucase, Iionncurs rendus à la vieillesse, 12, n.

Alpliahet, invention en Kgypte, 123; évolution, l'23.

Amazones, 10, 20 et n.

Ame et corps, 45 ; idée de l'âme, 4G et n. ; Ame sous forme animale, 55 ; Ames et culte des morts, 58 sq., G2 et n.

Amérique, évolution religieuse, 49 et n., ()8.

Analogie (Raisonnement parl,45 sq

Ancêtres (Cultes des), i)rétendue racine de la religion, 13, 53, 55, 59, 02 et n.

Anciens (Conseil des), voir Vieillards.

Animaux ; collectivités animales, 2 et n.; Nie intellectuelle, 45, 95; culte d'animaux, 54 sq.; noms animaux de localités et de tribus, 55.

Annales, 130, 133.

Année, forme de l'année, 130, 138, 141; noms d'année, 139; années royales, 139; ères, 1 iO.

Antbiopcdogie, 1, 7, 93, 104 et n.

AraJM's, civilisation, 30; institutions politiques, 0, lG;reines, 10, n.;mal'ia^e, 11 et n. ; situation des enfants, 12; des filles, 20 ; des vieillards, 21.

Arbre Culte de 1'), 54.

Arihi. Iribu de l'Arabie seplentrioiialcs ; icines, 10, n.

Aristocratie, v. Noblesse.

Aristote, opinion sur l'État, 5, n.; 7.

Armes, 2i.

Art, 95 sq. ; arts tecbniques, 92.

Aryens, exposition des cadavres, 12, n.; absence de littérature bistorique, 59, cf. 107, n.

Asie Mineure, amazones, 20, n.

Augila (Habitants de l'oasis d'), mariage, 10, n.

Auséens, triJ)u libvenne ; maria^^e 10. n.

Australiens, classes matrimoniales, 13; bonneurs rendus à la vieillesse, 12, n.

Iia])ylonie, « cosmologie babylonienne » (ou « orientale »), 57.

lUcnoFEN, 10, n.

Baclriens, mariage, 10, n. ; exposition des cadavres, 12, n.

Basques, couvade, 10, n.

INDEX

Bédouins, mariage, H, n. ; vengeanco

du sang, 10, n.

Bethe, 48, n., i9, n.

Bithvniens, traitement réservé aux

étrangers, 3i, n.

Bœuf (Klevage du) ; son importance

au point de vue de la civilisation,

Bouddtiisme, 85, 87, 88, 89.

Bretons, v. Grande-Bretagne.

Breysic, K., &1, n.

BURCKHARDT, il, U. ; 10, U.

Blrckiiardt, J., 100.

Calédoniens, v. Pietés.

Calendrier, julien et grégorien, v.

Année.

Calhdiens de l'Inde, mise à mort des vieillards, 12, n.

Cantabres d'Espagne, mariage, 10, n.

Cari en s. mariage, 40, n.

Carlyle, sa conception du héros,

Caspiens, mise à mort des vi(Mllnrds, 42, n.

Caucase indien (Tribus du . trailcmenl réservé aux morts, 12, n.

Causalité, son essence et son action, 45 sq., 70 ; hasard et volonté libre,

Celtes, mariage, 41, n.

Céos, mort volontaire des vieillards, 42, n.

C(U'ami([ue, évolnlion générale de lornementation, 90.

Chine, écriture, 422 sq; débuts de la civilisation, 443.

Christianisme; relation de la Divinité aux peuples particuliers, 51 ; les personnes de la Trinité dans le culte, 51, n. ; ditlerenciation locale, 88 ; trauslormation interne, 79, 403; polythéisme, 50, 88; Ré-

forme, 7;, 83, 87, 89, 403; pénétration de la magie, 08, 7H ; le (:brist,dieu mort, 70; communion, 52 ; relation avec l'Étal et la morale 72, 77 ; sanctions dans l'audelà, 77; prêtres, 80, 83 ; ordres monastiques, 83, 87.

Cbronologie, 13() sq.

Circoncision, 8.

Civilisation ; aires de civilisation, 40 sq., 411, 144; histoire de la civilisation, 108 sq.; civilisation matérielle. 92 sq.; évolution génénde de la civilisation, 102.

Clientèle, 22, 34.

Communion, 52.

Consanguinité, v. Sang.

Contrat entre la divinité et la tiibn.

Corse, couvade, 10, n.

Cos. rudiments de droit maternel, 40, n.

Couvade, 40, n.

Création du monde (M\ tbe de la), rA.

Crète, éducation des enfants chez les

Doriens de Crète, 44.

( j'iti(iu<' historique, 445.

Cunéiforme (Kcriture), 423, n.

Dalmates, partage de la propriété foncière tous les huit ans, 31, n.

Dapsolibyens, mariage, 40, n.

DÉCHKLETTE, 143, U.

Derbiques des bords de la mer Caspienne, mise à mort des vieillards, 42, n.

Dieu, divinité; définition, essence et classification, 50 sq., 47, n., 51, n. ; relation des dieux avec la régularité du monde, 50 sq., 09 S(f., 90 ; contradiction interne impliquée dans la notion de Dieu, 75 ;le culte

INDEX

des ancêtres, prétendue origine des dieux, 43, 53, 59, 02 et n. ; forme, 50; objets de culte, 54 sq. ; les dieux, ancêtres des groupements, 53, 55, 02 ; décisions judiciaires des dieux, 10; « le dieu », 53, 75 ; culte des dieux morts, 70; dieux étrangers, 84 ; dieux tribaux, v. Tribu ; dieux de la végétation, v. Végétation.

Divinité, v. Dieu; divinité des rois,

Droit, 44, 15; droit subjectif et droit objectif, 45, 17; droit et religion, 40, 48, 71 ;v. Litige et .juridiction.

— Droit maternel, v. Maternel.

Dualisme de la causalité, 45, 4b etn.,

DuNCKER, M., 440, 147.

Économique (Évolution), 29 sq. ; histoire économique, 408. Kcriture, histoire générale, 421 sq.

Egypte, mariage, 10, n. ; religion, 52, 55; culte des morts, 00, 02, n. ; alphabet, 423.

Elam, droit maternel dans la famille souveraine, 40, n.

Ensevelissement, cf. Morts (Culte des); 9, 42 et n., 01 ; chez les Aryens, 12, n.

Épiclères, 9, n.

Ères, 440.

Esclaves, 48, 20, 22.

Esprit, 40 et n., 40 sq. ; — et dieux, 50 sq., 51, n.; dans les créations de la fantaisie et de l'art, 97; esprits des morts, v. Morts.

Etat, origines, 2 sq.,5 et n.; son antériorité sur les autres collectivités, 13; institutions politiques, 20 sq. ; fonction de l'État, 23 ; organisation, 25 sq.; éternité idéale de

l'État, 35; État et religion, 74 sq.

Ethiopiens, droit maternel et reines,

Ethique (Postulat), 70 sq.

Etrusques, mariage, 40, n.

Ezéchiel, 84, n.

Famille, 8 sq., cf. Mariage; situation des membres de la famille, 20.

Fantaisie, 95 ; dans la pensée mythique, 47, 97.

Femme, v. Mariage.

Fétiches, 50.

Garamantes, mariage, 40, n.

Gèles des bords de la mer Caspienne, 40, n.

Générations, leur enchaînement, 9, 40, 59.

Gindanes libyens, mariage, 40, n.

GiNZEL, 130, n. ; 442, n.

Goi:the, sa parole sur l'esprit des temps, 445.

Grande-Bretagne, population primitive; vie sexuelle, 44, n.

Grèce, création de la littérature historique, 134 sq.

Guerriers (Classe des), 23.

IIansen, g., 31, n.

Hasard, essence et rôle, 104,443; —

dans l'état des sources historiques,

Hécatée, 432.

Hegel, 402, n.

Heeren, 440.

Héritage (Droit d'), 48 ; transmission

héréditaire du statut juridique, 22.

Hérodote, 429, 433. Hernies, mise à mort des vieillards,

INDEX

INDEX

Hésiode, son rôle religieux, 8*2, 83 ; élaboration de la légende, iM.

Hindous, absence de littérature liistorique, 107, n.; 134.

Hispaniens, v. Ibères.

Homme, évolution pbysiqueel intellectuelle, 3.

HoMMEL. Fr., 147, n.

Hospitalité, 31.

Hyrcaniens, traitement réservé aux morts, 12, n.

Ibères, (léorgiens, organisation politique et sociale, 32; Ibères d'Espagne, mariage et cou vade, 10, n.

liiN Khaldoln, bistorien maure, i2.

Idées, leur rôle dans l'bistoire, comment elles deviennent le contraire d'elles-mêmes, 103, 87.

Idei.ki?, L., 13(i, n.

Imagination, son rôle dans l'œuvre hist()ri(iue, 118; cf. Fantaisie.

Immortalité (Croyance à 1'), 59, 77.

Incinération, v. Ensevelissement.

Inde, V. Hindous.

Indiens, coutumes, 10, n., Il, 12, n.

Individn et espèce, 4; individualité et bomogénéité, 41 sq. ; dans la propriété, 19; dans l'évolution religieuse, 80 sq., 85 sq., 87 sq.; dans la science, 91 : dans les arts, 98 ; essence de la personnalité. 101 ; individualité et tratlilion, 73. — Facteurs individuels et généraux, 99 sq. ; dans les événements histoririques, 101, 104, 100; dans l'bis toin^ delà civilisation, 108 sq. ; aux différentes époques bisloriques, 100, 102; dans l'œuvre bislorique,

Indo-Européens, religion, caractère universel des divinités, 85.

Iran, traitement réservé aux cada-

vres, 12, n., 17, n.; mariage entre parents, 12, n. ; absence de littérature bistorique, 107, n., 131.

Ires, Irlande, mariage, 11, n., 12, n.; mise à mort des vieillards, 12, n.

Islam, 88.

Israélites, mariage, situation des enfants (Gen., 2, 24), 12 et n.; situation des prêtres, 49, n., G4; « antisémitisme », 37, n.; leur œuvre bistorique, 131 sq.

Italiotes, nation créée par Rome, 09.

.Térémie, sa situation de prêtre, 81, n. Jeu, 95, 97.

.luridiction, 15.

IVANT, 113, n.

Kouscbites (Nubiens , droit maternel, 10, n.

Kn.vusE, A., 02, n.

Langage et linguisti(iue, 1 et n., 3. — Famille linguisliqne, 37.

Liburnes, régime matrimonial, 10, n.

Libyens, mariage et droit maternel, 10, n. ; amazones, 20, n.

Linguistique, v. Langage.

Litige, 16.

LiTTMANN, E., 9, n.

Livres religieux, v. Religion.

Lune ^Cultede la), 09.

Llschan (Von), 14-1, n.

Lusitaniens, absence de droit maternel, 10, n.

Lyciens, droit maternel, 10, n.

Ma at, divinité égyptienne du droit,

Madelaine (La), civilisation paléolithique, 143, n.

Magie, 47 sq. ; évolution, 67, sq. ; magiciens, 32, 48, 94.

Maïates, v. Pietés.

Mariage, essence, 8, 9; différentes formes, 10 sq. ; théories modernes, 7; situation des femmes dans le mariage, 20 ; rapt de femmes, 33.

Maspeho, g., 147.

Massagètes, coutumes, 10, n., 11, 12 et n.

Maternel (Droit), 10 et n., 20; son existence prétendue chez les Sémites, 10, n.

Matriarcat, v. Maternel (Droit).

Méroé, mariage et droit d'héritage des femmes, 10, n.

Métèques, 34.

Mexicains, 49 et n., 68.

Mois, 137.

Morale, essence et origine, li, 15; rapport avec la religion, 71, 72, 74 sq., 76 sq.

Morts (Culte des), 9, 58 sq.; cf. Ensevelissement et Ancêtres (Culte des).

Mossynèques, mariage, 10, n.

MuLLEFi, Max, 1, n.

MULLEH, SOPHIJS, 143, n.

Mythe; pensée mythique, 47 sq. ; dans les arts techniques, 94; influence de la fantaisie, 97 ; mythologie comparée, 57; mythes des dieux, 57, 70; leur transformation, 74, 76; mythes de la création du monde, v. Création.

Xasamons, mariage, 10, n. ; culte des

ancêtres, 59, n.

Nationalité, 38 sq.

NiEBUHR, B. G., 146.

Nietzsche, Fr., 102.

Noblesse, origine, 22, 31 , 32 ; aristocratie, 25 sq.

NOldeke, 11, n.

Nom des esprits et des dieux, 51, 53; d'hommes et de tribus, 55 ; dation de nom, 97.

Nombres sacrés, 47 ; cf. Sept.

Orientale (Cosmologie), v. Babylonie.

Padéens de l'Inde, mariage, 10, n. ; mise à mort des vieillards, 12, n.

Paléolithique (Civilisation), 143, n.

Patriarcal (Régime) du mariage et de la famille, 10, 12, 20.

Pédérastie, 48, n.

« Pères », esprits des morts, 59.

Phéniciens, invention de l'alphabet,

Philosophie, 90, 91 ; philosophie de l'histoire, 102, n.

Phratries, 5, 9.

P h II lai, 6.

Pietés, communauté des femmes, 11 et n.

Pierre, siège des dieux, 54 ; âge de pierre, v. Paléolitique (Civilisation).

Pisidiens, culte des ancêtres, 59, n.

Platon, 77, 113, n.

Polyandrie, 8 ; à Sparte, il, n. ; chez les Sabéens, 1 1 , n.

Possédés et fous dans la religion, 48,

Préhistoire, 1, 23, 143 et n.

Prêtres, 32, 64, 79 sq. ; décisions judiciaires, 16.

Progrès indéfini (Idée de), 102.

Prophètes, 80 sq.

Propriété, évolution, 18 sq., 22; pro^ priété foncière collective, 31, n.

INDEX

Prostitution sacrée chez les Sémites,

Psychologie et histoire, 104, 106,114.

il8.

Race, 36.

Ranke, L., 104 et n.; Ilisîoire universelle, 146.

Ratzel, sa conception de TKlat, 5, n.

Rauii, s., 1:2, n.

Rawlinson, Cf., 147, n.

Réforme, v. Christianisme.

Reiniiardt, 143, n.

Religion, essence, 47 et n.; définition, 47, n., 50 sq.; — , tradition et État, 71 sq., 100; transformation interne, 74, 75 sq. ; Tabsurde dans la religion, 88 ; histoire des religions, 05 sq.; séparation d'avec l'État et la nationalité, 85 sq. ; religions universelles, 85 sq. ; livres religieux, 88.

Repas, signification religieuse, 48, n., 55.

Romains, mariage, 11, n. ; palria poleslas, 12, 13, 20; situation des vieillards, 2 1 ; conceptions sur l'origine de l'État, 13.

RooN, opinion sur l'objet de la recherche historique, Il H, n.

Royauté, 26 sq.; divinité des rois,

Sabéens, polyandrie, 11, n.; mariage du fils et de la mère, 12, n.; reines, 10, n.

Sacrifice, 52; disparition du sacrifice, 74, 103.

Sang; parenté par le sang, 7 sq. ; droit du sang, vengeance du sang, 16, 33; magie sanglante, 52.

Saracènes, mariage, 11, n.

Sardes, mise à mort des vieillards, 12, n.

Sarmates (Sauromates), amazones,

ScHLEiEKMACHER, définition de la

religion, 47, n.

SCHAFEII, D., 100.

ScHLEICHEIt, A, 1, n.

ScHURTz, IL, 8, n.

Science, 90, 91, 92, 93.

Sémites, sacrifice, 52 ; représentations relatives aux morts, 57; mariage, Il et n.; prostitution, 11; situation des enfants, 12; des vieillards, 21 ; constitution politique, 28.

Sept (Nombre , 47.

Sexuelle (Vie), 7, 8; conception magique, 48, n., 52.

Sigynnes, peuple iranien d'Europe, 20, n.

Smith, Rob., 10, n., H, n.

Soleil, divinité, 69.

Sparte, mariage et éducation des enfants, 11 et n.; situation des vieillards, 21.

Stauk, h, 62, n.

Stammler, R., 15, n.

Steinthal, 47.

Tapyres des bords de la mer Caspienne, mariage, 11, n.

Th races, mariage, 10, n.

Thucydide, 134.

Tibarènes, couvade, 10, n.; mise à mort des vieillards, 12, n.

Tlinkits, peuple de l'Amérique du Nord occidentale, croyances relatives aux âmes des morts, 62, n.

Tombes, attitude accroupie, 61.

ToppFER, 10, n; 20, n.

Totémisme, 54, 55, 62, n., 97.

Tradition et individualité, 41 sq., 99 sq. ; dans la religion, 71 sq., 78, 87 sq. ; dans l'évolution de la pensée, 91 ; des arts, 98; tradition historique, 125 sq.

INDEX

Tribu et État, 6 sq. ; dieux tribaux,

ol sq.

Troglodytes, droit maternel, 10, n. ;

mise à mort des vieillards, 12;

traitement réservé aux cadavres,

USENER, 51, n.

Vaccéens d'Espagne, partage de la

propriété foncière, 31, n.

Végétation (Dieux de la), 51, 57, 69

sq.

Vieillards ; traitement réservé aux

vieillards, 12 et n. ; situation poli-

li(jue, 21; conseil des anciens, 21,

Wellhausen, 10, n., 11, n.

WiLKEN, G. A., 11, n.

WisLiCEMTs, 136, n.

Wolfram d'Eschenbach, 100, n.

Yahwiste (Lo\ 132, n.

Waciismuth, 147, n.

Zauèques, tribu libyenne, amazones, 20, n.

Zecii, .t.. 142, n.

Zénobie, reine de Palmyre, 10, n.

ZlMMER, 1 1, n.

Zoroastre, sa situation dans l'histoire des religions, 82; traitement réservé aux cadavres, 12, n., 17, n.; mariage entre parents consanguins,

TABLE DES MATIÈRES

Pages Avant-propos de la troisième édition m

Avant-propos de la deuxième édition v

INTRODUCTION A L'ÉTUDE DES SOCIÉTÉS ANCIENNES I. L'évolution politique et sociale 1

L'histoire de révolution liumaine, 1 1, p. 1 . — Les groupements sociaux et les commencements de rÉlal, || 2-5, p. 4. — L'État et les groupements familiaux, || 6-13, p. 11. — Morale, coutume et droit, || U-17, p. 37. — Propriété et droit d'héritage, 1^ 18-19, p. 48. — Les femmes et les enfants. Le conseil des anciens. Hiérarchie sociale, |^ 20-22, p. 52. — Institutions militaires, S^ 23-24, p. GO. — Éléments de l'organisation politique, Il 25-28, p. (52. — Stades de la vie économique et du développement de la civilisation, || 29-32, p. 68. — Rapports entre les tribus. Commerce, hosi>itnlilé, habitants étrangers, || 33-34, p. 76. — Race, famille linguistique, groupe ethnique, || 35-39, p. 79. — Aires de civilisation. Traits principaux de l'évolution historique. Individualité et homogénéité, || 40-44, p. 87.

IL L'évolution intellectuelle 94

Pensée primitive ou mythique. Ames et esprits, || 45-47, p. 94. — La magie, || 48-49, p. 101. — Les dieux et la religion, §| 50-57, p, 107. — L';^me humaine et le monde des morts, U 58-62, p. 125. — Le sacerdoce et le rituel, ,^| 63-64, p. 133. — Les premiers stades de l'évolution religieuse, || 65-08, \). 136. — Les dieux et la régularité de la nature, |^ 69-70, p. 142. — Religion, civilisation et tradition. Rapports de la religion avec le pouvoir politique et la morale, || 71-74, p. 144. — Transformation interne de la notion de dieu. Le postulat éthique, || 75-77, p^ 152. — Religion et individualité. Théologie. Prêtres et fondateurs de religions, || 78-83, p. 158. — Séparation de la religion et de la nationalité. Religions universelles. Genèse et évo-

TABLE DES MATIERES

lulion des églises, i^j^ 84-86, p. 1«)6. — Tradition ol individualité dans l'évolution nlléncure des relii^ions, %% 87-81), p. 171. — PhilosoiJhie et science, ^^ 90-91, p. 17(;. — Arts techniques et sciences, |^ l>2-î)4, p. 17s. — Le monde de la fantaisie. Le Jeu et l'art, |^ 95-98, p. 181. — Coup d'o'il rétrospectif, l'acteurs individuels et généraux comme forces essentiell(^s du devenir historique. Les idées, ^| 99-IOH, p. 188.

Pages

m. L'histoire et la science historique.

3060. — Tours, imprimerie E. Arrault et C"

Lssence interne de Ihisloire, ^§ lOMll, p. 2ik). — La méthode historique, |§ 112-11(>, p. 217. — L'exposition histori(|ue, ^^ 117- 118, p. 225. — Les matériaux histori(pies. Histoire universelle de l'écriture. Monuments et sources, ^§ 119-125, p. 229. — La tradition historique, |§ 12(;-129, p. 239. — lormalion et développement de la littérature hislori([ue, ^^ 130-135, p. 244. — La chronologie, ^§ 130-142, p. 253. — L'histoire de ranticjuité, §1 143-147, 1). 2(;(;.

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