MONUMENTS ET ECRIVAINS
jamais existé. Eu revauclie, des notices historicjiies s'étendaient juscjue difiis re|)()(|iie [irécédant Menés. A cette catégorie ap[)arhemieiit ces tableaux gravés sur palettes à fard (|ui sont les [)reniiers stades de l'écriture (^JJ 200), ensuite les tables-aunales d'ivoire et d'éhène de |)lus en ])lus nombreuses à partir de AI(Mies ; ou y cousigue les noms de rois et les évéuements importants de l'anuée. Oucounaissait les noms et lasuite des rois jusque bien avant Menés, niais il nous est impossible de déterminer àpartirtb> (juel nnuiient la liste en est fidèle. Ces matériaux ont servi de fort bonne lieure à la compibitioii (raiinales officielles : la pierre de l^derme (v. s^ 200 nous a conservé uu fragment (rune chroui(|ue de ce genre [)roveuaut de la deuxième moitic' de la V'' dynastie ^sous le règue de Neweserrè'; et (jui était gravée sur une grande pierre, probablement dans un temple peutêtre celui (riléliopolis). Les indications cpi on y trouve sont conformes au caractère du loyanme j)liai*aoni(pie, et concernent principalement les fêtes des rois et des dieux, les constructions de temples et donations faites à ces derniers, etc. ; mais les mentions ne mnn([uent |)as non y)lus sur l'administration, les guerres et les exjx'dilions maritimes. Toute la |)éi'iode à parti i* de Menés est ici consignée, année par année ; elle était [)i*é('e(lee (Tune liste des rois appaiMenaiit aux dynasties antérieures, sans diN isions par années, et, au-dessus de cette liste, on avait très probabb^nent gravé, comme cela se rencontre dans tontes les traditions postérieures, un l'ésumé de I histoire légendaire commençant au rèofue des dieux sur la terre, à partir de lie' ou de Ptah. On a continué à rédiger de j)areilles annabis ignirl ni zrijiv, « annales des ancêtres » |)endant des millieis (Tannées à la cour du roi; (dies se trouvent assez souvent mentionnées dans les inscriptions royales ; elles remo!itaient juscju'aux temps des « adoratcMirs (rilorns » \\. par exenipl(\ Ll), lit, 5a,15 = SETni:, Lrkundendei' XVI II' Dynastie, [).80i, ou « au temps de He' », (LO 11, 118 d =r GoMiMsr.nEFF, flammanuii.
8 1.6; LI), 111, 103,27). Sur les expéditions militaires de rhoutmosis 111, des annales étaient rédigées par undeses scribes; il en existe encore un court abrégé gravé sur un mur du temple île Karnak cf. HnEASTEn, Ancient Records, II, 'S\)\ s(j.\ et dès la V'" dynastie, dans le temple de Sahourê' (voir v^ 25.T), nous voyons qu'on a représenté la déesse de riiistoire enregistrant les faits d'armes du roi. C'est encore à ces annales royales qu'est puisé le tableau résumé du règne de Kamses 111, (ju'on a mis dans sa tombe avec la liste détaillée de ses fondations en rhonneur des dieux ; ce rouleau de papyrus (le grand papyrus flarris conservé \\\s- (|u*à nous, devait servir aii roi de pièce de légitimation pour entrer dans le monde des dieux. De même, les affaires de chaque jour, les décisions administratives et judiciaires du roi, furent rédigées régulièrement et conservées dans les archives d état. Tous les bureaux, cours de justice, temples, possédaient aussi leurs archives que l'on [)ouvait consulter alln de connaître lajurisprmienceou les précédents historiques; nous avons encore des liasses de ces actes [)rovenant du Moyen et du Nouvel Ihnpire. Naturellement, on enregistrait aussi les règleuMMils, les instructions administratives, etc. ; ainsi la tombe de Uechmerê', sous le règne de rhoutmosis 111, nous a conservé l'instiiiction donnée au vizir. Pointant tous ces documents, si nombreux soient-ils, ne furent jamais coordonnés en vue d'écrire» une histoire; dans lapraticjue, il suffisait de consulter ces annales continues des pharaons pour s'orienter soit en chronologie, soit dans la connaissance des faits [)assés. Il semble bien (|ue les temples aient eu aussi leurs annales propies ; les inscriptions des temples de basse époque nous ont conservé les récits de 'leur fondation, (ju'on faisait l'emontcM- jusc(u'à la plus haute antiquité — (({uo cette origine soit vraie ou non, c'est une autre (juestion). Pas davantage ne savons-nous si ces annales des règnes ont été tenues au courant pendant les périodes de décadence ou d'anarchie; si nous les possédions en leur
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SOURCES POUR l'histoire DE L*ÉGYPTE
entier, nous (liscernerioiis certainement beaucoup de différences dans l'art de les rédiger aux diverses époques. Il suffisait, pour les besoins ordinaires des bureaux, d'avoir un bref résuiiié, une siuiple liste des rois portant Tindicatiou exacte de la durée de chaque règne, ce (jui était indispensable pour se reconnaître daus les dates consignées dans les sources. Une de ces listes nous est parvenue, fragmentaire, il est vrai, et avec des lacunes, par linlermédiaire d'un bureau administratif, vers la fin de la XIX«dvnastie. Elle commence au règne des Dieux et énumère à partir de Menés les noms et chiffres de règne de tous les rois, classés par dynasties : c'est le papyrus royal de Turin (;^ I(i2i, (|ui fut rédigé dans la Hasse-Kgypte, au dos d'un juanuscrit de comptabilité, où le scribe calcule les revenus de l'oasis sous le règne de llanisesll. Sans doute ((uelques erreurs ont pu se glisser dans cette liste, mais elle parait tout à fait exacte dans l'ensemble, autant qu'il nous est possible de la contrôler, et elle j)eut par consécjuent servir de modèle pour dessiner le squelette de l'histoire égyptienne. Toutes les autres listes de rois (jui nous sojit parvenues sont probablement d'origine analogue, même celle de Manéthon, où la tradition des noms et des chifïres est en maints endroits fort altérée.
Hérodote nous raconte ai, 100; cf. 142) que les prêtres (peut-être ceux de Memphis?) lui ont lu dans un livre les noms de 330 rois, cf. Diodore, I, il, i; 4(), 7). La remarque suivante sur les rois étlùoi)iens et les reines existant parmi eux (dont mention est faite par Diodore un peu différemment, I, 44, 2 sq.i, rappelle la notice du même genre que semble avoir re|)roduite le papyrus de Turin, ool. 2,8 sur les rois précédant Menés [Clironologie, p. 120, trad. p. 165).
157. Il y a contraste marcjué entre ces documents officiels et la littérature populaire des Égyj)tiens. Elle s'est complu à conterdes histoires au sujet des anciens rois, et nous a légué maints de ces récits : l'histoire de Cheops et des commencements de la V^ dynastie, (jui provient du Moyen Empire ;
"f.i"Bi|
MONUMENTS ET ÉCRIVAINS — si 1^>7
l'histoire d'un roi llyksos, Apophis, et d'un prince thébain, Seqenjenré' ; l'histoire de la conquête deJaffa par un officier de rhoulmosis Ul ; riiistoire eu démotique; de Petoubastis. Appartiennent à cette même littérature populaire les récits de Manéthon sur l'invasion des llyksos, sur Osarseph et les lépreux, qui pourraient être écrits avec les mêmes termes dans un papyrus; et de même caractère sont ces brèves notices qui accompagnent les noms des très anciens rois dans TEpitomé déjà cité. A travers ces récits, on démêle encore les faits historiques, mais transformés en légendes, associés avec des thèmes populaires, des contes merveilleux, qui les entraînent dans le domaine du mvthe. Les histoiriîs d'Hérodote sur le trésor de Kham|)sinit, sur la reine Nitokris, sur les con(|uêtes de Sesostris, et d'autres de ce genre, relèvent également des fiibles [)opulair(*s. A côté de celles-ci, nous avons des textes poétiques ins[)irés par des événements réels ou des circonstances historiques ; citons dans la littérature classique du Moyen Empire: les aventures de Sinouhet, et dans la littérature populaire: les aventures du marin et du roiserpent. Lorsque ces récits glorifient un dieu, il arrive qu'on les grave sur pierre ainsi la prétendue stèle de Rentres sous lîamses 11, ou cette inscription des temps j)tolémaïques sur la grande disette et les lond;itions du roi /oser, en l'honneur de Chnoum cri^léphantine (^ 230; : enfin un papyrus nous a conservé en grec l'histoire du rêve de Nektanebos. Il y a, enfin, un genre spécial de littérature, appartenant à toutes les é|)0(jues égyptiennes : ce sont les [)rophéties, écrites en hiératique, démotique ou grec, qui contiennent beaucoup d'allusions à des événements historiques (^ 297 . Cette littérature a [)Our nous une très grande valeur, d'a])ord parce qu'elle nous présente sur le vif la pensée des Egyptiens, leur façon de saisir les événements, et aussi parce que, sous un aspect fabuleux, elle décèle des faits historiques que la critique peut et doit utiliser comme sources. En même temps, elle nous piouve qu'à part les annales officielles, TEgypte, non
SOLHCES POIH F. mSTOlHi: DE L FX.YPTK
plus que l'Inde, n'a connu la vérilahle Iiistoire : toute tradition s'orientait aussitôt dans le domaine du merveilleux et servait aux récréations de l'esprit, comme les sujets tirés des légendes divines ou de la fable. Les Egyptiens n'ont pas eu d'autre ambition liistori(|ue ; en revanche, ils cherchaient devant les étrangers à faire valoir le plus |)ossible ranti((uité et la véracité de leurs sources histoii(|ues. Oci nous explique que les Grecs, malgré le vit intérêt que pendani des siècles ils témoignèrent à l'Egypte, n'arrivèrent jamais à saisir son histoire sous son aspect réel, ni même dans ses contours les plus vagues. En t^fï'et, une oMivre comme celle de Manéthon ne pouvait leur ollrir aucuu enseignement histori(|ue; cpiant aux légendes égyptiennes, elles servaient seulement à illustrer la pensée et les m(eur-s de ce merveilleux i>ays, ou iw faisaient que satisfaire la curiosité, sans qu'il fût nécessaire d'y dc'couvrir un enchaînement
des faits.
La plu|>ai't des légeiult^s citées {)lus liaul ont été rerueillitîs par Maspkuo, dans Ic^ (lonles innnihùrcs de Vlùiyitlc. (uiciennc, i« édit., \i)\l. Pour la stèle de lieiitres, voir Lunun : \<7/v/>. /(nUclirifl, 'il, I88;i I.'histoire de Tliuutinosis IV et du sphinx olTre un caractère bien romanesque (KuM AN, /.V/7. W... 19()i, iJS sq. ; cl". lOG.r mais d'après Spiegklbkiu; {Orient. lAI. /cil., \'II, HHIi, -JSS sq., .Vk}), elle serait peut être un monument authenfi«|ue du roi, restauré par Sethos l^"*. — Pour l^etouhastis, \ . Simi.chlhkuc;, Drr Saj/cnkrcis des Konif/s Peluhttslis, 1910. — Sur le rêve tie Nektanebos, voii- Wiickkn, dans les MrhuK/rx Nicole, 1906. — t.es légendes sur Cambyse (fra^nnenls d'une rédaction copte, ap. : Son vi:n:i<, /.'/•/•. lierl. lA. 1<S!IÎI, 7i>7)et le roman ^'récoégyptien d'Alexandre, ressemblent ;i tous ces récits et sont d'inspiration analogue.
158. Les premiers travaux sur l'histoire d'Egypte (jui furent faits après la découverte des hiéroglyj)hes fpar Ghampollion-Figeac, le frère du grand savant ; par Iîosel- LiNi, par Bunsen qui écrivit un livre fantaisiste JKgijplens Stellnmj in der Weliffcschichle', n'olVrent plus qu'un intérêt
MONUMENTS ET ÉCRIVAINS — i^ 1 58
de bil)Iiogra|)hie. Lei>sujs a jeté les premières bases d'une histoire |)ar sa classilicatiou des monuments et plusieurs monoo;ia|)hies sur la Xlb' dvnastii' Abh. Berl. Ak.. 1852 ; sur la XXII- dynastie, /U/z./ye/-/. .4A-. 1850; Kdnifjshiirh der alten Ae(jijpiei\ 1858, cf. ,^ IGl n.\ A cote de lui, il faut citer avant tout E. DE RoiGÉ, Recherches sur les monuments quon peut (dlribuer aux six premières di/nusties de Muncihon. Mémoires de l'Acad. des luscr. 25, 18G(). Je renvoie au ;< 149 pour le développement ultéiieur de l'égyptologie et Taccroissement des publications. BfUJGscn, dans son Ilisloire dlujijpie. 1877, et le su[)plement paru en 1878, adonné une traduction des inscri[)tions les |)lus im[)ortantes, où son es[)rit génial a souvent deviné juste. A. Wiedemann, dans /Egijptische de- ^c/z/cA/t', 188^(su|)plément 1888) nous a donné un riche répertoire de toutes les inscriptions contenant des noms de rois. 1>ETH1E, dans A Hidorij of Kf/ypt. 3 vol. 181)4-1905, a fourni un répertoire analogue [)our b^s monumiMits. loutre temps, G. Maspkro, dans son Histoire uncienne des peuples de l'Orient il"- éd., 1875 J^ 147 , a dressé pour la première fois un tableau vivant du dévelop|)ement de l'Egypte, b)ndé sur sa connaissance étendue des monuments, et plus tard élargie et complétée par d'autres ti'avaux ; sa grande Histoire uncienne des peuples de l'Orient classif/ne {'^ vol. 1895 sq. présente un résumé de ses investigations, 5:; 147. Les travaux d'A. Er- MAN ont puissamment stimulé cette marche en avant, surtout son livre /lùji/plen und aegijptisches Leben im Altertum, 2 vol., 1885 s(j., oii |)our la première fois 1 histoire de l'administration et de la civilisation égyptiennes a été tracée en fermes contours. J'ai cherché moi-même à atteindre ce résultat dans mon ouvrage : Geschichte des alten /Egyptens (1885-87 , paru dans la collection Oncken, où j ai [)u dé[)asser l(»s conclusions de la [)remière édition du [)résent volumes (1884). Depuis lors,cha(iue année a vu [)araitre de nombreuses publications sur les diverses fouilles entreprises, ou les inscrij)tions (mentionnons ici surtout Letiue et (iiuirrrn et
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SOURCES POUH L HISTOIRE DE L'ÉliYPTE
leurs rapports annuels donl nous avons parle J;; I5^i n. , ainsi que des articles de revues. Parmi les travaux plus étendus, citons le 1res suo-oc^^i if livre de \\\ M. Mi;lm:h, Asien and Eiiropa tidcli alidCf/i/pL Denkmalcrn, 1893, (|ui aurait besoin actuellement de subir une revision et un remauieu)enl et les (ntersuchunfjen ziir (lescliiclile und Mleriumskunde ^lùjijplens, 181)() s(j., de Setue ; niais surtout ceux de lîiiKASTEi) : Ancient /iecords of /uji/pl, 7) vol., IIKM), élabores au cours de longues années de préparation et qui nous donnent la tiaduction et le commentaire de toutes les inscri|)tions historiques. L'ouvrage a été complète par son Uislonj of /ujijjd. parue en M)()5.
Ajoutons à cette l)il»li()^i*apliie : Wii.kinson. Maitiicrs <unl i-nslinna nf Ihr finrirnf Hf/vitUans, \H'M s<| ; t>'^ édition pur Hiucii IST3, M vol.: li\\M.i\s<)\, Jlistory of \/irirt,l Hi/ypl est sans valeur et Hi im.i:, llislory oj %.V/>/, D vol. n'ea a ^'uère (lavantaKc. — l,e Koiiiirshncl, de Lkpsus, excellent pour son temps et «pii est nn recueil de tons les noms de rois appaiaissant sur les monuments, est en voie d'être {'omjdété par Galtru-k : Ir Livre des n,h (rÉiiyiilc, Mém. des mendires de Tinstitut français d arch. X\ 11, XYIII, très documenté, mais malhenrensemcnt sans une claire vue; d'ensemble. Un livre indispensable et i-iclie eu intuitions brillantes et cond)inaisons hardies est le lUrfionnnirc (H'o>iraphujiK' de BuKJscH, 1878 sq. (c'est nn remaniement de ses (M'o(jraj)hisilien Insrhriflen, 1857 s(j.). Un ouvrage inachevé de Dummiiiln GesckichU' Aeiiyplens, 1878 (coll. Oiirla'n), contieid un résumé de la géographie d'Kgy[)te qu'il ne faut enq)loyer qu'avec prudence; de Biu (;seii, citons encore Die {('(lyploloyic qui nous donne une vue d'ensendde d'a|)rès les recherches exposées dans son rhrsnunis. — H. Scm.\ku)kii dans hullur nnd Denkrn dcr nllcn U'ijyidcr (l'^ntwickelungsgeschichte der Menschheil, 1907), a entrepris de nous présenter dans son ensemble le développement de TKgypte et de sa culture ; c'est une œuvre pleine de réllexion et de mérite, mais «pii s'égare trop souvent dans les spéeulations théoriques ; on ne doit par consécpient la consulter qu'avec prudence.
Clironolotjic.
131). Dans le calcul de temps iji 130 scj. , les l'^gyptiens ont abandonné de très bonne heure (s; 195 s(|. le mois lunaire et l'année intercalaire (jui en dérivait ; ils ont cherché à créer une année solaire nouvelle, indépendante du cours de la lune, et com|)Osée de trois saisons Tinondation, le temps des semailles ou hiver, le temps des récoltes;, chacune comprenant ^i mois de M) jours ; il y avait, en plus, .") jours complémentaires {épa(/omènes . Kn réalité, c'est une année vague ; elle est en relaid tous les 4 ans d'un jour par rapport à l'année julienne de 'M}b joui's 1 4, et d'environ 3 4 d'heun» par rapport à la vérital)h; année solaire (grégorienne . Malgré cela, 4es Égyptiens s'en sont tenus à l'année de 3()5 jours; c'est Auguste qui le [)remiei', après un essai infructueux de Ptolemée lll l'.vergète en Tan 238 av. J.-C. (décret de Canopei, a introduit en Egypte l'année julienne année alexandrine, commençant le 29 août 25 av. J.-C). Naturellement, les Egyptiens se rendaient parfaitement compte du déplacement de leur année [lar rapport au soleil et à la position des saisons, l^our eux, le comnumcement de la véritable année solaire le « commencement de l'année ») se distinguait du [)reinier de l'an de l'année civile et coïncidait avec le lever de Sothis, la planète Sirius ; celle-ci entre sous le parallèle de Memphis le 19 juillet julien (qui correspond, en l'an 4241 av. .l.-C, au 15 juin grégorien, vers le solstice d'été . Au 5'' et au 4^' millénaire, ce l.ever coïncida avec le commencement de la crue du Nil ; c'est pourcjuoi Sothis fut considérée comme annonçant l'inondation. Par suite de son mouvement indépentlant et de la précession des équinoxes, le lever de Sirius. pendant (b^s milliers d'années, a marché d'accord avec l'année julienne, de sorte que
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SOURCES POUR l'histoire DE l'ÉGYPTE
CHRONOLOGIE — Jl^ 1 Tii)
c'est celle-ci, et non la véritable année solaire, (|iii lui lézardée conmie l'amiée normale.
Celles, on i'ernar(|na an cours des siècles, \r relard de l'écli|)li(|ue, des solstices et des é(juiuoxes et celui du coinuieucenieni de rinondalion [)ar rapport à Tannée de Sirius : mais on n'en tirait aucune conséfjuence ; on se conlenta, à partir de la XX\ 1' dyuasiie, de déplacer la iète «de la naissance du dieu solaire », Mesou-Uè' (jui se rallachail dans l'année normale au solslice d'été), et de la reculer du premier mois de l'année vague au dernier mois de l'année précédente. Au cours d'une période Solhiacpie, c'est-à-dire au cours de l 'iljl années civiles (-— I \{){) années de Sirius), le jour de l'an et les mois du calendriiM* civil parcourent [)ar consé(juent le cercle complet des saisons ; cetle période terminée, le jour de Tan civil tombe de nouveau, pendant 4 ans, au jour du lever de Sirius, le 11) juillet julien. Lors- (ju'on créa le calendrier égyptien, son jour de l'an (plus tju'd ap[)elé le b' lliout) tomba naUirellenienl le lî) juillet, et parmi les années où cette coïncidence a |)u se produire :
4211 0 4238 7 ; 2781 0 — 2778 7 : 1321 0 — 1318 7 av.
J.-C. et 140 1 — 143 4 np. J.-C, — c'est la première seule, l'année 4241 0 av. J.-C, <|ui peul èlre celle où Ton a inlroduil le calendrier, puis((ue celui-ci était déjà (^n usage depuis longtemps sous l'Ancien T]m[)ire.
Pour une tHinic d'enseinhlo, v. mon Uv/. ^///'(>/n>/o///V coinplélée par les matériaux réceuuneiit apftortrs [)îu' ri\m)iM;n, V / i:^, I9U7, 130 sq. et cf. mes \<u-lilnhit' :iir \r^i. Clironohniir, Abh. Ik'rl. AU., !ÎH)7. Ces suppléments ont été fondus dans le corps du livre dans la traduction françjaise par A. Moui i, Clirmiohufir Éyyitlicniu' (Annales du mnsét* (fuimet, liibliolhèqne d'études, t. XXIV, 2). A la base dos travaux sur le calendi-iei" sont les ouvrages de* Bior: Siw l^ninirr rn<inc ilc>> Hiiyplicus, Mém. de TAead. des Se. XIll, l8;{-i, <«t ceux de Li:i'su s, r.hronnlmii^- dcr Aci/ypter, 184ÎI, continué par son Kuntiishtirli. Cunmie (Iuami'oi.i.ion, ils {)renaient pai* erreur la saison somou pour celle de rinondalion, et en déduisirent des conclusions fausses sur l'époque d'introduction du calendrier. La vraie traduction fut étal)lie |)ar iJui «.s( ii en l8:iH. Les
mois égyptiens ont reç:u plus tard des noms appartenant n des fêles, et (pie nous enqdoyons sous leur forme grecque et eopte. Leur succession lia été fixée détinitivement qu'à une époque tardive (auparavant, les fêtes étaient toutes célébrées un mois plus lot et portaient en partie d'autres noms); on les a classées dans l'ordre suivant : Saison de rinondalion {('rhcl^: Tliout, Paoplù, Atliyr, (^boiak. Saison des semailles ou \ù\ev {j)rnjrl -. Tybi. Mecbir, Pbamenolli, Pbarmoullù. Saison des récoltes ou été {hnnnn) : Pacbon, Payai, Epiiibi, Mesori ; il faut ajouter les 5 èpmiomrnes. Ces données égyplienn(»s sont compbHées ])ar le décret de Canope et par les écrivains grecs (Hérodote, 11, I, (pu sv connaît si mal en asti'ouomic et cbronologie, qu'il prend l'année de 305 jours poui* une année fixe ; Geminos, /.s//(/. in phneiKm. c. H, p. loi), éd. MvNiTiis ; Censorin, 18, Kl). Les astronomes grecs (Plolémée par ex.) calcnlent toujours d'apivs l'année vague égyptienne, de sorte que leur position par rapport à l'année julienne reste conslanle. Les essais toujours l'cnouvelés de prouver l'existence d'une année égy[)tienne lixe (le plus ingénieux est celui de Hiu sec n dans son Thcstiiirns et ailbnirs) sont tous insontenables, de même (juc* l'byj)otbèse d'une interruption dans le cours régulier de l'année vague. Toutes les indications qui concernent le lever de Sirius et la période sothiîique sont calculées par cycles, c'est-à-dire selon ré(|uation : U(»l années civiles = liOO années de Sirius, sans préoccupation des ditïérences entre localités ((|ui s'élèvent, pour un degré de latitude, à un jour environ I et sans tenir compte du lent déplacement, par suite duquel le lever de Sirius à Mempbis, dans le premier siècle av. .l-C. n'eut lieu réellement que le ^O juillet julien. C'est à toi*t qu'Orroi./.KU et Mmii.cu, et d'autres, ont pris ces dates empiri(pies pour bases de leurs calculs. Les obscurités et les surprises (jue nous offrent encore si souvent les textes égyptiens proviennent principalement de ce fait que leurs données sont théoriques et se fondent sur l'année normale, commenç-ant au jour du lever de Sirius, [)ar exempb» : les tableaux horaires des culminalions d'étoiles, dans les tombeaux de Hamses VI et de Hamses IX ; le plafond du Hamesseum ; le calendrier d'offrandes de P»amses 11 et de ïîamses III à Médinel-llabou, et encore les représentations des saisons dans l'Ancien Knipire) : au moment (»ii ces documents furent tour à tour rédigés, r;\nn(''e civile commenc'ait en réalil('' dans une saison tonte dilîérente. iM\MM;n a encore méconnu ceci A. /. iS, 8{)). Ouani aux épagomènes, il n'en est tenu aucun compte dans ces données purement théoriques et scliémati(pies, et ils n'apparaissent ni dans les tables horaires thébaines, ni dans le calendrier du papyrus Kbers ide mi'nie, les Babyloniens et les Grecs ont toujours
SOURCES POUR L HISTOIRK DE L EGYPTE
employé'^ dans leurs ralciils le mois de 30 jours, quoiffue leurs mois lunaires fussent alternativement de ^2sl o\ '10 jours; leur année théorique était de 300 jours, quoicjuils n'aient jamais eu dans la pratique une année de 'M'A) jours). — (hnzii,, dans son Ifandhiirlt dernialli. inul Irrh. Chron(t!o(/ir, l, l!)()(i( cf. s:; ! iO n.), narrive pas à résoudre toutes les difficultés que présente la chronologie égyptienne. Li;u- M\^^ FUupT (/v//o, VIII, ^225) a avancé une affirmation hizarre, à savoir (pie le jour du lever héliaque ne peut sed(Herminer rigoiuM'usemeid par la simple ohservation ((iiNZKi., p. 2<), 182); or les astronomes grecs donnent souvent des dates exactes de levers d'étoiles; ainsi est démentie cette affirmation, qui d'ailleurs ne s'applique pas à un climat comme celui de rKgypte et à une étoile aussi brillante que Sirius; de plus, on connaissait parfaitemerd à qui'Ile place de l'horizon elle devait se lever.
IGO. Pour radiniiiistratioii de Fl'^lat, ce ii'ost |)as raniiée civile du calendrier (jui est adoptée comme unité, c'est Tannée de règne du roi, commençant an jour de rinlronisation ; le début de cette année change |)ar consé(|uent avec cliaque règne. A l'origine, ces années royales, comme à Hahylone, reçoivent une désignation (d'ficielle, empiuntée à des noms de fêtes, édifices, recensements en vue d'impôt (îj 223). Puis, peu à peu, on désigne les années de règne par leur cliifîre, et, à partir de la lin de PAncien Empire, ce comput supplante complètement les anciens dans les dates officielles. Cette méthode a un inconvénient : le premier jour de l'année de l'ègne est variable et, lors(|u'il s'agit d'évaluer une longue période, il faut connaitre et additionner exactement non seulement le nombre des années, mais aussi celui des mois et des jours; dans les temps troublés, ou dans le cas de co-régence, cela cause des erreurs (|ui sont pres(|ue inévitables. De bonne heuie les Egyptiens ont cherché à concilier ces systèmes : Tannt'e civile, dans la(|uelle un roi montait sur le trône, devenait la première année de son règne (on lui attribuait par conséquent l'excédent de mois et de jours vécus par son prédécesseur) et, au jour de Pan de l'année suivante, commençait sa deuxième année de rè<^ne. Cette
méthode de calcul, nous la trouvons déjà en vigueur dès la II' dynastie ; elle i-éapparaît sous la XI 1 et la XX \P' ; on l'emploie encore* poui- compter les années des eujpereurs romains. Mais, à toutes les autres épo([ues, autant que nous en pouvons juger, on calcule par viaies années de règne. Il n'arrive (ju'une seule fois, dans une inscription do Tanis, sous Ramses 11, (ju'une autre ère soit mentionnée : elle se rattache à Tintroduction |)ar les Hyksos du culte de Seth à ranis (^ 305) ; encore est-ce une ère de temple, qui ne paraît pas avoir eu grande signification, même si le |)assage des IVomhi'es (12, 22 sV rapporte, comme il semble.
Surles dénominations d'années aux lem|)s anciens, Sktiik, Heilr. znr i'illealen Gesrh. {(uj. (Unters. zur (iesch. Aeg. lU); ma67tro/«o/o.'//c,p. 185 sq., IniiL, p. ^ôX sq. Pue ()reuve que dans l'esprit des Égyptiens l'année de lègue commençait théoriquement au j)remier jour de Tan, le P' Thout, même lorsque dans la réalité ravènemeut au trône avait lieu un autre jour, nous est donnée i)ar l'inscription bien connue de fletsepsout, publiée par NAvn.Li:,Dc//-c/-/M/<r///, llI,r)3jliiu:vsTi:ij:/^vo/v/N, ll,28:>sq.; \>/r/<//v/j/c C///'o/<o/of//c,9 n. 1 ; Innl. [).:^09 i\A). Il s'agit là d'une fiction analogue à celle des calendriers de l'année civile, (pii commencent au jour de l'an de Sirius. i;? 159 n.). D'ailleurs, Amasis, sous la XXVl' dynastie. (/?cc. '21,3 sq. 1. 1, 11) calcule d'après les vi'aies années de règne et non d'après les années civiles ; il ne me semble pas impossible (pie dans bien des cas on ait employé à la fois l'un et l'autre comput d'années, de même (ju'on se servait soit de la coudée ordinaire soit de la coudée royale; d'après le caractère du document, on savait de quelle année il était «piestion. Dans les tenq)s féodaux, à la fin de l'Ancien et au commencement du Moyen Kmpire. on date, dans les nomes, d'après les années du nomarque, v. ^^'219. Pour lère d(î Tanis à partir de l'an 4(10, v. Cltnmoloyic, 6() sq., //vn/., p. 95.
161. Pour établir la chronologie égyptienne et ramener à notre ère moderne les dates des règnes, il nous faudrait posséder la liste complète et authentique des rois égvptiens avec la durée de leurs règnes. Quand on s'est servi pour la dresser des fragments de Manéthon, on s'appuyait sur de fausses hypothèses {^ 152) ; Manéthon |)eut citer çà et là une
SOURCES POUR l/llISTOIRK DE l/ÉCYPTE
date correcte fpar exemple |)()ur Hamses 1 et H mais la plupart
sont absolument erroïK'es, par exemple ï)ourla IV'' et la V''
dynasties) ; même dans les |)ériodes (rapoo^ée comme la \l I' et
la XVIII' dvnîislies, la tradition v est très |)réeaire, les noms
et la suite des rois sont souvent fort altérés. Les chilVres
sont souvent tout à fait inacceptables : ainsi, pour le total
des 17 rois des dynasties l" et 11% il compte r)(i5 ans; pour
Tintervalle entre l'Ancien et le Moyen l':mpire, entre la VI II'
et la XI' dynasties, 7S:î ans; enire 1(^ Moyen el le Nouvel
r:mpii-e de la Xlll à la XVll'' dyn., l'Africain dans siui l^pi-