LA PLUS ANCIENNE CIVILISATION
moment-là par les hautes classes. Puis, à mesure que la culture progresse, l'esprit conservateur qui est inhérent à toute cullure, se développe de plus en plus; on garde avec ténacité les formes une fois acquises et les idées qui les ont produites, [^'incohérence des formes et du style décoratif pendant la période (|ui précède Menés et ses premiers successeurs, prouve les tâtonnements d'une civilisation en voie de devenir; mais ensuite les forjnes se fixent ; il nait un sens du style qui se précise et ne laisse plus place à l'hésitalion ; désoiinais on ne fera |)lus (|ue modifier les résultats acquis, sans changer les princi|)es adoptés une fois pour toutes pour l'avenir. De mémo, la perfection du style à l'Age de pierre, et la lenteur avec laquelle rem|)loi du cuivre et la lechniqiie du métal ont gagné du terrain, sont des particularités neltement (égyptiennes. Souvent celle ténacité, comme une armure magique, a protégé la cullure égy|)tienne, l'a empêchée à plusieurs reprises de retomber dans la l)arbarie ; mais nous lui devons aussi la lourdeur et l'uniformité et cette prépondérance de l'élément traditionnel, (|ui dominent l'art égyi)tien. (]e n'est qu'en s'adaptani aux bu'ines établies (jue les idées nouvelles pourront faire leur chemin, transformer lentement les conceptions anciennes et ouvrir au progrès de nouvelles voies.
174. lOndehoîsde l'aspect extérieur de la viciions a])prenons par les fouilles le développement de l'industrie. Mais la masse du |)euple vivait des travaux agricoles, du labourage, de I élevage. Outre les immenses troupeaux de chèvres et de l)r(d)is, (|ue j)ossède également le nomade — ils étaient beaucoup ])lus jiombreux qu'à présent et pouvaient j»aitre dans des régions aiijouid'hui lecouvertes par le désert - les b]gyptiens élevaient des oies et autres oiseaux aquatiques, des ânes (|ui serxaienl de monture et de bêles de somme le cheval étant encore inconnu i; mais le principal élevage était celui du bieul, le fadeur par ex-
COMMENCKMEN TS I)K F.V CIVILISATION
cellence de la civilisation cl ({iii a l'ait des l']n^yplicns un peuj)le de paysans, l/agiicnllnie se [)résent(^ déjà à nous sous la fornne qu'elh» a revêtue dans la vallée du Nil cl ([u'elle y a gardée, dans ses traits essentiels, jïis([u'au dixneuvième siècle après J.-( ].( )n travaille le sol aviîc la pioche ou bien une charrue rudiincntairc, qui est j)lutol un hoyau de bois sans roues, avec un timon tiré par deux bo'ufs, et (|ue le laboureur dirige pai- les poignées. On cultive le froment, en particulier l'espèce aj) pelée triticam amf/li'um, l'orge, Tépeautie, le dourah; c'est tout de suite après l'inondation que l'on jette la semence dans le sol ramolli; on Ty enfonce, en la faisant piétiner par des Ixdiers ou des porcs; le grain est battu dans Taire sous les |)ieds des bœufs et ensuite conserve' dans des grenieis coni<jues, construits en argile, ou bien dans de grands vases en terre. On brasse Forge pour en faire de la bière, on fait aussi du vin ; lui cultive encore le dattier et maints légumes. De bonne heure, on a su cultiver et travailler le lin pour en faire de la toile et tresser des cord<'s et des nattes avec les tiges de papyrus. On se livre avec ardeur à la pêche, on sait attraper les oiseaux, faire la chasse au gibier, fort abondant sur la lisière (\y\ désert, et aux fauves, dont on utilise la peau pour des couveiMures et des vêtements.
Sur l'agriculture, d". Mkma.n, Aeijypii'u, i^bG sq.etll. Sciiaiiku, MUuuj. l*Jluge, Jochc u. nndre iaiHliinrluchaftlichc Geràtr, Armais of tha' liritish School at Atlwns, X, 190i (tonibL'aux des prêtres dans le temple l'unéraire de Neuserre, p. 165 scj. : ihid., j). 15:2 sq., Scuwkim i irm, pîu'le des plantes (jui nous sont parvenues). Pour la bière et le Triticuui amyleuiu, v. ^ :200 n.
175. Il est à peu près hors de doute que, dès les temps les plus reculés, les Egyptiens étaient en majorité des paysans qui n'étaient ni libres, ni propriétaires du sol. l.a j)lupart étaient des domestiques au service des grands stMgneurs et en particulier des chefs ies rois), et c'était pour h^ui-s inai-
I,A PLUS ANCIENNK CIVILISATION
très qu'ils cultivaient les champs et faisaient paître les troupeaux. l/industri(^ même était souvent aux mains des serfs, quoiqu'il y ait toujours eu dans les villes une population libre exerçant les divers métiers et le commerce. — Tn trafic animé relie les localités séparées ; il se pratique le long des digues ;^ J^^). <^"^* ^ C)n se sert d'un traîneau pour le transport des matières lourdes, telb^s que briques et pierres, mais surtout sur le (leuve et les innombrables bras et canaux qui en dérivent. Le modèle de barque le plus ancien, que l'on trouve reproduit en argile [)armi les accessoires des tombeaux j^ 170), consiste en tiges de papyrus liées entre elles et se manceuvre à l'aide de rames ou de perches ; on i etrouve le même type de nos jours en Abyssinie, aux bords du lac Tsana. De bonne heure, on sut construire également des l)ateaux plus grands, en bois, à fond complètement plat et k poupe relevée verticalement, qu'on tirait à terre et lançait à l'eau avec facilité. Os barques sont mancruvrées à l'aide de rames nombieuses et courtes et de deux rames plus longues qui servent de gouvernail; au centre, s'élèvent dinix hautes cabines. Tune |)OUi- les passagers, l'autre pour les marchandises. Elles sont surmontées d'une longue perche, qui peut servir aussi de mat à voile et qui porte une enseigne héraldique ; nousy distinguons tantôt un éléphant ou un laucon, le plus souvent un morceau de bois taillé d'une série d'encoches, analogues a nos marcjues de maisons, ou aux marques de propriétaire en usage chez les Bédouins; cet insigne est consolidé au moven de bandes qui pendent comme des banderoles. Les peintures sui* vases et celles de la tfunbe d'HierakonpoIis (^ 172) reproduisent souvent des bartpies de ce genre; elles servent au propriétaire du sol poui- transporter au marché les produits de ses champs et de l'industrie locale, et ce sont ses domestiques (jui forment l'équipage. Le trafic par eau s'étendait ti-ès probablement au delà de la mer MéditerraiHM» i^cf s^ 172, et il se pralicpia de tout temps avec la
COMMENCEMENTS DE LA CIVILISATION
LES NOMES, ÉTATS INDEPENDANTS, ET LEURS DIEUX — g ITG 75
basse Nubie, où les fouilles dans les tombeaux nous ont révélé une civilisation analogue, (|uoi(jue moins développée. On exploitait les mines de cuivre et de turcjuoise de la péninsule du Sinaï ^ 171), et le commerce avec les pays de Syrie se faisait par Tintermédiaire des caravanes de liedouins.
Barques et pavillons : Nfiqada and iJullas, pi. liti-ti? ; />/o>po//.s imrva, pi. ^t. Hienihtiijjolis, pi. 7"> sq. ot nillonrs; C\pm«t, p. 109. I M>, 204. lîiH'qiH'S i\ voiles: (iralTitis de Safl cr lîiirj"»!, i»i Moiu;\n, Unh., 1, Mii.
Les Ao//?rs, i'idh indêpcnilnnh.cl les /Jlcn.r des Nof)}es.
170. La premièi'e manifestation liistoricjue du peuj)le égy|)lien, la plus duiable aussi, c'est-à-dire la mise en culluredi* la vallée du Nil, est antérieure aux plus anciennes traditions de l'histoire; elle l'ut Id'uvre de ces générations dont nous avons appris l'existence parleurs tombeaux. ( '/est àcetle époque que s'ébauchent les fondements dv l'étal égyptien. Nous avons déjà montré combien la vallée du Nil était im- ])ropreà la colonisation isolée et à la vie par tribns séparées, mais posait au contraire des [)rol)lèmes (pii ont suscité de nouvelles formes d'organisation sociale. C'est j)oui'<pioi nous ne trouvons en l'gypte aucune trace de c(^s grou])em(Mils humains que nous rencontrons partout ailleurs au début des sociétés et qui sont restés en usage chez b^s autres ])euples hamitiques : nous n'y voyons ni tribus .S7///y///?e , ni même des noms de ti'ibus — d'ailleurs les égyptiens n'ont même pas un iu)m pour désigner l'ensemble de leur j)euj)le J^ 104) — nous ne trouvons ni alliances de familles : 1 , ni vengeance du sang(2), ni culte de clan (3K La vieille organisation ma-
( 1 ) (Jeschlerhlsoerljdnde.
(2) Bhilraohe.
(o) (iearhlechtaliuUe.
triarcale (§ I67j continue, il est vrai, à subsister dans l'usage très fréquent du mariage entre frère et sœur, et aussi flans l'usage d'indiquer la filiati(jn du côté de la mère; la femme mariée occupe en tant que « maîtresse d'une maison » une situation très indépendante et, au point de vue jui*idi(|ue, son droit de piopriété est égal à celui de son époux ; mais le mariage (excej)tion faite pour le souverain) est toujours monogame et la majeure partie de la fortune, du moins aux tein|)s historiques, appartient, dans les grandes familles, aux hommes; ceux-ci la transmettent a leurs fils, qui héritent en même temps de leur [)osition sociale. Si anti(|ue que soit la civilisation égy[)tienne et si primitive que nous la sentions parfois, surtout dans le domaine de la religion, elle est déjà loin de ses origines, même lorsqu'elle a encore son aspect le plus ancieji : comme les civilisations de Chine, de Babylone et même du Mexique, nous l'apercevons à un stade qui a dépassé de beaucoup les toutes premières formes des groujwMnents humains. L'I^^gypte nous offre d'une part un état puissant, fortement ordonné et fondé sur la religion ; d'autre part, ni gr()U|)ements ni clans, mais des individus divisés en classes pai* leur profession (4 leur position sociale. O's classes elles-mêmes ne ressemblent pas à des corporations iiubqxMidantes ayant des privilèges spéciaux, et les familles non plus n'ont pas ce caractère, quoiqu'on les voie conserver pendant des siècles leurs richesses et leur rang. Les noms de famille manquent totalement, les ancêtres ne sont jamais nommés dans les inscriptions (sauf pour les familles féodales depuis la fin de l'Ancien Empire); même le nom du père n'est cité que rarement. La profession est, en général, héréditaire, et, vu le caractère >:table de la société, il s'oflVe peu ddccasions d'en changer; mais l'homme (|ui, |)ar son propre mérite, par chance, ou par la faveur du souverain, arrive à s'élever au-dessus de la condition où il est né, celui-là peut gravir jusqu'aux plus hautes foncticms de Péchelle sociale. L'unique division (jue connaisse létal égyp-
COMMENCEMENTS DE LA CIVILISATION
LES NOMES, ÉTATS INDÉPENDANTS, ET LEURS DIEUX — i; 177 77
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tien est purement territoriale; ce n'est pas le |)eu[>le qui est divisé par gioupes, c'est le pays ([ui est sectionné eu districts iioines) ; par la naissance, ri]gyj)tien se rattache à « sa ville )),à son nome d'origine, et |)ar là aussi à la région d'influence du dieu de son pays.
On ne saurait assez insister et inetti-e les gens «mi garde eonti-e le (langer qu'il y a à transporter en Kgyple les conceptions snrlesgi'oupeinents, clans, etc. (facteurs constaruiiient mis en avant [lar exemple par RiarzKNSTEiN, Z/ec/ /v'/iï/io/tsj/c.s'6'/it(7t/. h^rayeii (^ l(i7 n.; ; on confond le fait de la profession héréditaire avec le groupement par familles. Cehu-ci, dans l'Egypte la plus ancienne, y est aussi inconiui (pril l'est chez les Juifs de la hasse époque, où ce{)en(lant le sacerdoce a continué d'être une i)rofession héréditaire. Kn Kgypte, la noblesse? héréditaire (pie nous voyons aux temps féodaux n'est pas une institution primitive, mais elle est sortie vers la fin de l'Ancien Kmpire, de la classe des IVmclionnaii*es ((ue ci*éa la monarchie absolue. (.Cf. ^ 'iî'» et i:^ ::>« n.)
177. A répocpie liistoii([ue, les nomes t égyptien /?.v/>, grec voad;) Jie sont [)oint des organismes [)oliti(pies indépendants, mais des districts administratifs. En réalite, ils ont une signification beaucoup |)lus large : ce sont des unités locales; chacune s'est séparée des unités voisines par la religion, les mœurs, un développement historique particulier, et a conservé ce caractère d'une fa(;ou accuse(* et durable. Elles se sont gardées vivantes à travers toutes les transfoiiuatious de l'histoire égyptienne, et chacpie fois (|ue le pouvoir central de l'état s'affaiblit, le royaume retombe à sa division par districts. Cluujue nome a son dieu j)articjilier cpii réside dans la capitale, et les groupemeuls aulour des sanctuaiies ont formé les villes; le nom du nome s'écrit avec (Tautiepies signes symboliques dont la signification est eu partie ludigieuse, et, supporte par des enseignes, il sert d'armoiries au nome. G(dui-ci se subdivise à sou tour en sections : |)ar exemple, s'il s'étend sur les deux rives du fleuve, il comprend une [)artie orientale et une partie occidentale; ou bien, il y
a une partie sud et une partie nord, (|ui sont séparées par un canal. Ces subdivisions, à leur tour, possèdent leurs étendards, autour des(juels se lassemblent — comme nous le vovons dans les scènes gravées sur les anciennes palettes et les monuments royaux — les hommes ciui partent pour la «••uerre, uni vont chasser le lion ou les bêles fauves, ou (|ui se rendent à la fête du dieu (alors a[)paiaisseut aussi les enseignes de certains dieux, en particulier du dieu guerrier ()upouaont,v^ 107^. Les couce[>l ions religieuses fonda mentales sont les mêmes dans toute rEgy[)le, mais les divinités (l) et leurs emblèmes, leurs noms el leurs attributs, les animaux sacrés, les tètes et les interdiclions alimentaires, varient avec chaque muue ; il y a autant de religions (|u il y a de nomes et de villesdansle nome; ces ndigions eutretieunenl souvent des rapports d'amitié (à cause de fêtes (|ui sont communes et des visites récipro([ues qu'écliangent les dieux), mais parfois aussi elles se trouvent en état d'hostilité aiguë : même à l'épocjue de hi domination romaine, il y avait de véritables guerres d(î religion entre nomes voisins. Ces nomes d'Egypte étaient en r(dation si étroite avec la religion populaire ([ue la chute de celle-ci a entraîné la chute de ceux-là; fit la victoire du christianisme redisparait la division du pays en nomes. Le dieu principal du nome s'annexe souvent plusieurs dieux parèdres, en particulier, une femme et un enfant ; souvent il absorbe aussi d'autres sanctuaires et divinités situés dans les vilb^s moins importantes de la ré<>ion. Ainsi les nomes ont (Ué les cellules primitives d'où sont sortis les états plus grands ; ils correspondent aux cilés de l'ancienne Babylonie, (jui formaient à elles seules des étals distincts, et aux agglomérations des tribus, chez des j)euples (lui sont encore au d(d)ut de la civilisation. 11 faut admettre l'hypothèse (jue dans des temps très anciens plu-
(1) Dans le cas où le même dieu est adoré en plusieurs nomes, le peuple de chaque nome reconnaît en lui un dieu spécial « Soigneur de sa ville et ,e son nome»; la même «diosc se passe pour les saints catlioii(|ues.
COMMENCEMENTS DE LA CIVILISATION
sieurs tribus proches pareilles pénétrèrent dans la vallée du Nil el s'installèrent dans les diverses régions du [)ays, soit sous la protection de leurs divinités anceslrales, soit en adoptant les nouvelles divinités de leur lieu d'élection. Mais il fallut en outre rintervention d'autres facteurs liistori([ues : guerres el luigralions, c(»n([uèles el dissolution d'étals plus importants, pour donner naissance aux nomes parliculiers.
Celui «lui a fondé la j-cograi»lur dv l'li:gypl(' t-st Hiu(;s( ii, (ieoijmpliiscfw lii.<rhrifh'n nlhmi. Ih'nknuilrr. 'A \o\., ISoT, remaniées dans son IHclionimire (lénriniph'uiue de l'nnr. ihjyph', 1879 (voir encore .1. de Uo»:«:i':, Hcr. nrrht'of., 2 sér., X t s<I » el, sur les momiaies des iioiiies à répo(|nc rotnaine, //^-r. iuifni.'<iwtli<iii(\ XIV ; Dumicui n, Cenffrnvhhrhe ht^rhriffcn, 2 vol. et VHisiuire <rh:<jypte de la collection de Onckf.n). Vue d'ensemble ap. Tîiu<;s(..i, Die \c(iyploh»jir, 440 sq. Le guide Haedekcr pour ri':gypte, i)arSTi;iM)«not, contient aussi de précieuses indications.
A partir de Thoulmosis III, les inscriptions des temples nous ont conservé en ^vnnd nombre des listes de nomes, au\<(uelles il faut ajouter les indications fournies ailleurs par d autres inscriptions, ainsi que par Strabon el Ptolémée. (Avant Thonlmosis lll, quel«iues noms de la liste des nomes sont conserv(''s dans le sanctuaire de lié' de Newcserrè' et nous voyous quati-e dieux personniliaid (piatre nomes dans les bas-reliefs du tenq)le funrraire de Mykerinos;. Au cours des temps les divisions particulicivsdcs nomes se soid modifiées. Tous ceux de l«a Haute-Kgypte sont aujourd'hui reconnus (certains détails, i)ar exemple, où était situé le douzit^me nome, celui du monl-serpent, lliérakonpolis,prèsde Der el-(iebra\vi, oui été fixés après Rrugsch) ; pour les nomes du Delta, beaucoup de détails restent malbeureusement encore problémalicpies. Une carbî lustoriqu<' de ri:gyi)te dressée avec précision nous fait encore complètementdéfaut ; celle (ju'a donnée Huuc.scri dans son IfUloire n'est plus suffisante ; on trouvera les cartes de ({uelques nomes dans Dumichkn, (ieschichie, et dans M vspkro, Hiat.finr.); les plus instructives sont encore les cartes de Iî\i.i>kkkh. Stkimxhoivient d'augmeider considérablement nos iid'ormations en i>ubliant : bic n'tjyiAisi'hr Gaiir iiiid ilire itolili^chc lùdunrheltuuj , Mdt. sachs. (x'x. idiil. f:/.,27, 1909, 868 sq. Il remarque avec raison que les signes desnomes ne sont pas des armoiries, ce ([ui était mon avis, mais leurs noms mêmes écrits ; ils étaient souventdérivés du nom local primitif comme plus tard les noms grecs des nomes (toutefois, je conserve la déno-
LES NOMES, ÉTATS INUÉl^ENUANTS, ET LKUF^S OlEUX — s< 17H 7î»
inination traditionnelle des nomes d'après leurs end)lèmes, i)arce (pi'elle est pratijjue pour l'usage courant). C^esl à tort cependant que Steindorfî regarde les nomes comme étaid exclusivement des districts administratifs ; en dépit des changements ((u'ils ont subis, ils (mt gardé, ceux du moins qui étaient les plus importants, une existence indépendante, qui se concentre autour de leur dieu el de leur capitale. C'est pourquoi je n'ai rien changé dans le développement des paragra[)hes qui vont suivre. — Sur la rivalité des nomes et des cultes, voir : IIkkod, 11, G9, 7 I :Uu)i».J, 89. Plut., /V /s., 71 : guerres religieuses à l'époque romaine, aj). Pllt., De As., 8:i ; cf. Ai.i.ivn, ///s/. <tn-. XI, '2') ; .h viNAi,, Sinl. 15 ^cf. î:i 181 n.). - Les enseignes (jue nous voyons sur les [)aleltes portées par les guerriers partant pour la chasse, celles qui sont gravées sur la palette du taureau, et sur la palette et le sceptre de Narnier, etc., sont nettement des enseignes de nomes, tout au moins en partie : il en est de même sur la palette représentant la destruction de quelques villes (J:; t>01); les enseignes de l'est el de l'ouest, qui apparaissent aussi à celle occasion, répondent bien à la division en uomes qui nous est fournie par Thoulholep (Rerse); voir i^ ^282. Plusieurs uomes de la IV'' dynastie sout mentionnés ap. Si.rur., Urk. d. \. n., p. 17 (L r).,ll. 15 a); d'autres sont cités dans la tombe de Metenel ailleurs \v. .^ 248 u.) el enlin dans le décret de Neferkeouhor (î:^ 267 n.').
L7S. Il est certainement impossible d admettre (|ue les nomes cités ordinairement dans les listes, 22 |)0ur la Haute- Kgypte et 20 pour la Basse-Egypte, aient forme autrefois autant d'états autonomes ; plusieurs, au contraire, furent crées uni(|uement pour des besoins administratifs. C'est ainsi par exemple, que le nome du Sycomore, en llaute-Hgypte, fut divisé eu deux parties : une antérieure, une postérieure (13= Siout, Ti ^ Kousae) ; de même, \v, nome du Palmier comprend deux régions 20 r ^ llerakléopolis, 21 =rNilopolis), et il en est souvent ainsi dans le Delta. Four établir avec clarté ce qu étaient les limites anciennes des nomes et les chevauchements ([u'ils ont subis, il faudrait tout (fabord pi-océder à des investigations sérieuses sur les commenc-ements de la religion égyptienne, sur le lieu d'origine des dieux principaux et sur leur diffusion; les documents se présentent en abondance sur ce sujet, excepté pour le Delta où
COMMENCKMK.NTS DE L\ CIVILISATION
LES NOMES. KtATS iS^bEPËI^TIUNTS, fel LEimS DIEUX — § 178 SI
la pénurie des lenseigiienicnls se fait (loulonreuseiiicnl sent il'. Kn l'élal aclud des recherches, nous devons nous contenter (le J)rèves indications. A l'ouest du Delta, dans les nomes 4 et T), on adore partout la grande déesse <j^u«Mrière Neit de Sais (îi M)7/, dont le culte s'est (Mcndu à toute TKgvpte dès le teni[)sdela premièredynastie. Plus au nord, dans lenoniedu Harpon, (pii englobe le lac iiourlous et sa population <l(* péclieuis,<'t dont la capitale est Houto 1 ep;, réside le serpent venimeux, Turaus (nia/it Boutoj (^5i 108). Vers Test, nous arrivons àTetet Mendès , (lui est le domaine (rundieu bouc, et, au sud de cette région, s(^ ()lace Tetou Uusiris», le lieu d oiigine du grand dieu de la végétation Osiris, preuii(M-ué du dieu de la terre (léb: il habite dans les profondeurs du sol et en lait jaillir les pbintes, et les arbres, par lescjuels son àme se manifeste à la lumière. Son fétiche est ici, comm<' dans les cultes analogues de rAsie-mineure 0^484 un tronc d'arbre braiichu, comme un mat u, ou les théologiens voient l'épine dorsale du dieu : cha([ue année b^ fétiche est érige» en grande pomp<% car c'est le oarant de la stabiliti» éleriudle de Tunivers. tjoistjue les flots dt? rinondalion recouvrent le pays, c'est ([ue le dieu se noie; mais ses femmes, fsis et Nephihys, sauvent son cadavie, (pii s'éveille à une vi(î nouvidle j)ar rellél tle la magie et parce (pie son [)ère, le dieu de la terre, en a ordonné ainsi ; désormais, il stimulera du fond de ^a tombe la croissance et la fertilité des plantes. Ces péri|)éties sont reproduites dans les cérémonies du culte, aux fêtes d'Osiris, en parliculier lors de la procession funèbre (jui commémore son tré[)as. D'après le mythe osirieii, on raconte (ju'Osiris régna autrefois sur la terre et y repandit ses bienfaits ; mais il fut assassine'' par son frère, le méchant Sel h Setech et, depuis lors sa demeure est la tombe ; toutefois, ce dieu Jiiorl t< dont le cu'ur ne bat [)lus », peut être ranimé |)ar la magie et doué de [)uissance gému'atrice. Il a engendré avec la déesse du ciel Isis un lils, Horus; pour le dérober aux [)ersccutions de son oncle, la mère s'est enfuie avec l'enfant dans les ma-
récages (|ui sont à l'otlest dti delta, vehs Houtô. Parveiiu à 1 îlge (rhomine, llorus vc^ngea son |)ère et reconquit son royaume, grâce à la protection de son grand-père Gèb, qui Tinstitua son héritier. Cet llorus a sa patrie dans plusieurs localités du delta. A Houto, on adore surtout riiorus enfant ' Harpocrate': au sud de la fourche du Ml, à Sechem Letopolis),il estplu!()t connusous sa forme adulte, a llorus l'ainé » (Harouéris , frère d'Osiris et de Sel h. A la frontière orientale, dans le district de Phak(»usa aujourd'hui Saft-el-Henne, 20' nojue, Arabie — (rOsen,à l'entrée de Wadi TuniilâO,oha identifié à la basse époque le dieu-faucon de la localité, Sopioti, le seigneur des peuples étrangers de l'est, avec Horus.
Notre connaissance de In leligion éii\plienne et de son histoire a fait de notabliîs progrès irràce à M\si»i;iu), Élmh's dr lUYlh. ci tVorrhéol t'Uy., Il, I8î)3, et plus tard, Hisl.mir.)', les reclierclies nouvelles ont toujours confirinéque lesdieux principaux des systèmospostërieurs étaient pour la plupart ori^rinaires du delta ; cela est vrai surtout pour Osiris et son cycle. On trouvera dans le Ij-xinm der {infrinuchcii iind ndnisrlu'ii MylholiKjir d<' 1^)s<;uki< des articles «létaillés et iusiruclil's de RoKi)i:n sur les dieux, à partir de la lellie S, el, eu particulier, sur Set, Schow et Sohk. .1» \m:i« dans son nn'iuoire Drr \ns:inf drr linthov- Tefnut (lus Xnhicn, \hli.lirrl \A, 1911, i\ tiré des textes ptoléniaupies el rasseml>lé les léarendes se rappculanl à r('\])éditi<ui poui- ramener la t^rande déesse, qui est identifiée à INcil du soleil ; Si;Tiu;a fait la <'riti(pie des textes analo^^ues dans : /nr ulhu'u. Saijr v(,ni S(,unriinu(it\ dus in drr Frenïdc ivor, l'nters. :iir Gesrii. Icf/., Y, 1<H2. — Hihlinirrapliie continuée au î;^ i82 n.). Sur le caractère d'Osiris, voir H. S( uaiikh, a. /., 41, 107 let aussi, par (exemple, le texte |)ul)lié par i:rman ï./.,:{8, HOsq.i; on sait que le mythe d'Osiris, sous sa l'oiine développée, nous est connu siu*tout par Plular(pie,/>c Isidr.— Tics inslructixc est l'édition critique, par liuMA.N, d'un texte th.îologiquc sur Ptali (î^ ^ll^-l) Ein Denhtnnl menijthitii^chev TheoUufie, paru ap. i>Vr. Berl. Ak. 1911, i)16 sq., qiii contient la version la plus anciene du mythe d'Osiris et raconte qu'Osiris périt dans l'eau. De là se loi'ina plus tard la léj^^ende que le cercueil ou le cadavre d'Osiris se perdirent en mer et fiu'ent rejetés à liyblos (g 357). Osiris, à l'origine, n'est pas davantage un dieu solaire qu'un Dieu du Nil, mais il est, comme le Plulon grec, un dieu qui préside à la germination mystérieuse de la terre et dont les fonctions se ra[)prochent 11. 6
COMMENCEMENTS DE LA CIVILISATION
de celles de son père Gêb. A lorigine, il n'a rien à voir non plus avec (1 l'Occident » ; il n'est devenu le « souverain de l'Occident » que lorsqu'on l'a comparé, vers la fin de la 1V« dynastie, avec le dieu chien Chonti amontiou d'Abydos : voir mon étude dans A. /., 41, 1901,97 sq- Mentionnons aussi Fua/i:h qui, dans \^/o/t/.s Mli< (hiris, ±' édition 1907, s'occupe surtout de la toiMue la plus réciMile du culte d'Osiris cl en donne une inlerprélaliou tout à l'ail jusic.
I7U. U(.'aucoup d'autres divinités qui jouent uu lole dans la religion ôon piienne out eu l(Mir berceau dans le délia. Ainsi: le dieu il)is Tbout Zhoiiii. plus lard Tlwiili, grec Hermès • il v a deux llernio|)olis, Tune au nord-ouest, Taulre au nord-est du delta ; nous rencoulrerous encore ce dieu dans la liaute-Kgypte ; tel encore le dieu crocodile Sohek Sùcbos , (jui est adoré notainnient dans les marécages de l'ouesl et ((ui, à cause de cela, est appelé pai- les plus anciens théologieus, (ils de N(Mt Ouruts, l, (>27). Très répandus sont les dieux lions ; apparennnent il dut y avoir aux tempsaucicMis beaucoup de lions dans les jungles i\\\ delta ; citons Sow Sosis qui conuuaude au royaume de Taii-, el sou (i[)Ouse Telènet, probablement originaire de Leoulopolis ; puis, la sanguinaire Secbmet, (jui est adorée dans la région de Mempbiset aussi ailleurs. C'est, au contrair(% une déesse bienfaisante que la deesse-cbatte Haslet à Hubaslis au sudouesl deBusiris dont les fêles sont de joyeuses orgies. On adore égalementdans le delta des vacbesel deslaureaux (|ui semblent avoir été souvenl les (mu blêmes don uoiikîs. Mais c'est Aloumou, le dieu local de la ville dOnou, lleliopolis a l'entrée du delta et à la lisière du désert oriental (pii semble avoir conquis plus (rim|)ortance (|ue tous les autres. Xous ne savons rieii sur son caractère à l'origine, car les prêtres l'ontassimilé de très bonne beure au dieu du soleil lié, le
souverain du monde.
180. En amoutdu delta, dans la région (pii devint plustard Mempbis, nous trouvons instalb'^s cole a c<')le j)lusieurs