LE ROYAUME LE PLUS ANCIEN DE LA BASSE-ÉGYPTE
par lunaisons, alleinativcment de 29 el de 30 jours; cet usage a laissé des traces dans les cérémonies des fêles de la lune et dans le nom . mois » iebot) ([ui marque la subdivision de Tannée. Mais, pour un peuple d agriculteurs, le cours du soleil et l'alternance régulière des saisons s(uit bien plus importants a observer ; la lune a beau fasciner l'imagination, exciter la superstition par ses aspects changeants, elle n'exerce aucune influence sur la vie praticiue. Toutefois, il iTest pas possible, en parlant du mois lunaire, d'arriver à établir une année solaire fixe et, par conséquent, d'assigner une date par le calendrier aux travaux agricoles; on n'arrive qu'à obtenir une année mobile, avec tantôt dou/e, tantôt trei/e mois (de 354 à 384 jours) et qu'il faut sans cesse compléter par des jours intercalaires. Les Kgyptiens ont probablement essayé d'abord cette méthode; mais celle-ci entraine tant de confusions et d'irrégularités prescjne inévitables qu'un tel calendrier finit par ne repondre ni aux positions de la lune ni à celles du soleiUS i^^')- Aussi les Égyptiens furent-ils amenés à une initiative hardie : ils renoncèrent, pour établir leur calendrier, à tenir aucun compte de la lune et adoptèrent l'année purement solaire; on devrait peut-être dire plus correctement : une année rurale (jui serait d'une durée invariable. Ils avaient un point de repère fixe dans l'inondation du Nil, ([ui est le grand régulateur de la vie égyptienne et dont dépend le cours de tous les travaux des^ champs. Par l'inondation, l'année est divisée en trois saisons d'égale longueur : le temps de la crue, cchcl, de lami-juinà la mi-octobre du calendriergrégorien (c'est-à-dire,
d'après la position actuelle de nos mois par rapport au soleil) ; les semailles ou hiver, projet, de la mi-octobre au commencement de février; la moisson ou été, ^omon, de la mi-fëvrier à juin. Le début de la crue du Nil, après que le fleuve a atteint en mai son niveau le plus bas, a, pendant neuf mille ans, coïncidé avec la première apparition de Sinus égyptien Soptet, Sothis), au crépuscule du malin; c'est ce
qu'on appelle le premier lever de Sirius, qui, pendant tout le cours de l'histoire nationale d'Egypte, jusqu'assez tard dans le premier millénaireavant Jésus-Christ, eut lieu, sous la hitilude de Memphis et de Héliopolis, le lU juillet (julien), et, par consé(iuent, au ([uarante-troisième siècle avant Jésus- Christ, le 15 juin grégorien). Ce jour fut dcmc considéré comnie le premier de la saison de l'inondation et avec lui coiiunenca le nouveau calendrier. A partir de ce moment, on attribue à chacune des trois saisons quatre mois égaux de 30 jours, abandonnant ainsi toute idée de rapport entre le mois et hi lune. Or l'année solaire comprend environ 365 jours, et on avait (h'i le remarquer depuis longtemps; on intercala donc régulièrement, entre chaque année de douze mois et la suivante, cincf jours supplémentaires epai>oniènes) qui restent officiellement en dehors des mois et j)ar conséquent en dehors de Tannée (^ 159).
196. L'année de 365 jours ainsi obtenue n'est pas identi(iue avec la vérilable année solaire. Au contraire, au bout de quatre ans, le preinier lever de Sirius tombaitdéjà en retard, au deuxième jour de l'année, et, à partir de ce moment, continua tous les ([uatre ans à retarder d'un jour. Néanmoins, on ne modifia plus le calendrier; on ne voulait pas s'exposer une fois encore à l'embrouiller par de nouvelles intercalations. D'ailleurs, ce déplacement s'efTectue d'une façon si lenle et si régulière que l'inconvénient qui en résulte est à peine perceptible dans la vie de l'individu et dans celle d'une génération. Au cours des siècles, cependant, le début de l'année et les « saisons » des calendriers se dé[)lacèrent, par rapport au lever de Sirius, à l'inondation du Nil et à la véritable position des saisons, le long de toute l'année solaire; de même, les saisons du calendrier cfrivèrent à se détacher complètement de leur base naturelle et ne furent plus, comme les mois, que des subdivisions arbitraires de l'année calendériqu(\ Ce n'est qu'au bout de 1.461 années
LES ÉTATS l»RlMITirS DE L EGYPTE
LES ADOHATEURS d'hOBUS ET LES DEUX ROYAUMES — § 107 117
civiles qiir la l'étr de Siiius, la fête sari'éedu picinier de Tau, eoïneida do nouveau, pendant (piatie années, avec le premier (IrTan i\r Tannée eivile; e'est ainsi que se forma récjuation l/»()i années vagues civiles de :U)5 jours =- 1.460 années de Sirins,on juliennes de m:> jours \'\. A vrai dire. Tannée solaire véritable grégorienne) ne s^iccorde pas exactemcMit avec ces chiffres; elle est, comme on sait, un |)eu plus courte. Mais, S(Mt [)ar la précession des écpiinoxes, soit parle iniUivemc'ut proi)re de Sirius, le lever de celui-ci a également snhi pendant ce temps, el par rapport à l'année solaire absolue, 1(^ même déplacement (jne Tannée jnlitnne; c'est p.»nr cela (juc pendant des milliers d'années, le lever de Sirius esl t(unl)é à la même date jnlienue, à M«'m|)his. le H) jnillet (1), et (pTil a continué à avancer dans Tannée sidaii-e abscdue (2). Ceci expli(ine comment les Kgy|)tiens purent croir.' qu'ils avaient trouve Tannée solaire absolue avec cette année dr Sirius de 36.^ jinirs 1/4; mais celle-ci n'existait tonlefois qu'en théorie et ut)n dans la praticpie, et ne se réalisait (jnc^ tons les quatre ans, grâce au déplacement de la fête a du premier de Tan » ou fêle de Sirins.
TJ7. Il santé anxyenx<|n\m na [)n inlrodnire le calendrier égyi)tien (pie dans une année où le premier de Tan civil (appelé plus tard le |)remier Ihout) est lombe le jour du lever de Sirius, le T.) juillet julien. Ce cas se produisit dans les années : ^241 0 a ^238 7 ; 27SI O à 2778/7 ; ]32l/() à 1318/7 avant Jésus-Christ et 14()/J à 1434 après Jesus-Christ. Or, sousla IVdynastie, qui arriva autrone vers 2840 avant Jésus- Cluist, nous conslatcuis déjà que le calendrier égyptien et les 5 épagomènes qni le caractérisent scuit entrés dans Tusage courant; dans les tombeaux, les formules d'offrandes
(1) Depuis le l" millén.iire avant .lésus-Clirist, l'année de Sicius devienl peu n peu plus longue que l'année julieruie : le lever de Sirius se déplace donc vers le 20 juillet et continue à avancer,
(2) En l'an 4241, le l\) juillet julien correspond au i:> juin grégorien; en 27sl, au 26 juin ; en 1321, au i\ juillet grégorien.
citent régnlièremenl les deux fêtes dn ntmvel an, celle de Tannée civile et de Tannée de Sirins. Les textes des Pvrajuides mentionnent également cette année, ainsi (lue le mythe (jui rattache l(»s épag(Mnènes à la naissance des dieux: preuve ceitaine (jue Tannée de Sirius renu:>nte bien plus haut qne la belle épo(|ue de TAncien Empir(\ Tar conséquent, elle n'a pu être intiodtiite (pTen Tan 4241 avant Jésns-Christ ; et ceci est confirme par l<^ fait (pTà ce moment les saisons du calendrier s'accordaient parfaitement, dans Tannée normale, avec les saisons natiircdles, et (pie le lever de Sirins, le ly juillet julien, coïncida véritablement avec le débtit de l'inondation flT) juin gic'gorien). Nous devons tenir compte aussi du fait (jne le jour du lever de Sirius se déplace en moyenne d'un jour par degi-é de latitiide ; il n'a pu tomber le 10 jnilbît jnlien ({ue sons le 30*^ degré de latitude: il en résulte ((lU' le caleiidriera ele crée dans le sud du ro\anme de Hasse-Kgypte, dans la région de Memphis et de Helio- |)olis. D'ailleurs, il se rattache étroitement par les mythes aux divinités du cycle osirien : Sirins. dont le premier lever amène l'inondation, passe pour être l'étoile disis, la grande déesse de la nature ([ni, ei? versant une larme tombée dans le fleuve, détermine l'inondation ; le jonr de Tan est en mèjne teiiips le jour de naissaïuc de Uê', le sohul: il coïncidait presque avec* le solstice d'été. On expli(pu^ l'origine des T) ('pagonuMies en disant que Nont, enceinte des (cuvres de son frêie (iêl), avait ete maudite par \\è' et ne [)onvait plus enfanl(M* en ancnn mois, ni en aucune année: abus. Thont, (pii Taimait, joua au Irictrac a\ec la lune et Ini gagna nu soixante-dixième de tout le temps où elle brillait ; il en forma cin(j jours qu'il ajouta aux 3()0 jours de Tannée ; c'est pendant CCS jours-là {[ne Nont mit au monde tour à tour ses cin(( enfants, Osiris et ses frères et scenrs, aux([nels on est obligé d'ajouter, [xuir conserv(^r ce nombre indispensable de cinq, Hoimis <( Tainé », qui est [)r(d3ablement originairt^ de Leto|)olis (c'est-à-dire (|ui esl le frère de Séth et non le
LES ÉTATS PRIMITIFS DE l'ÉGYPTE
filsd'lsis, s l-^S)- G(^ récit très ancien (que IMulariiue nous a transmis. De h., 12, et donl il est (|ueslion déjà dans la Pyramide de Xeferkeré\ l. 754) n'est nas un mvlhe inventé par l'imagination populaire ni sorli des croyances relio-ieuses ; c'est une ficlion destinée à (wplitpier an peuple l'aspect bizarre d(^ Tannée, à lui faire accej)t<'r la réi'orme liardie par la(|uelle on inirodnisait ciiu| jours supplémentaires restant en'dehors des mois et de Tannée, et à donner à cette nouv<'aut('' une consécration rcdigieuse. On a fait de ces cinq jours (surtout du piemier et du dernier) des j(Uirs de fêtes solennelles, (/est ainsi qu'ils ont pu s introduire dans Tusa^e et s'v maintenir. Le calendrier nous confirme^ donc tant la tradition d'un ancien empire de Hasse-llgN pte, ([U(^ les hypothèses qu'on peut tirer de la religion pour les appliquer à celui-ci, et donne en même temps une date fixe comnu' [)oint de départ.
Le 19 juillet julien -- 15 juin grégorien de Tannée 4241 avant Jésus-Christ, jour où le calendrier de :U>5 jours fut introduit en Basse-Egypte, est la plus ancienne^ date certaine de Thistoir(î du monde ; c'estaussi, ])Our un(> huigu*» piMiode de temps, la seide (|ui soit certaine.
Les adorateurs friloriis el les deux l'oijaiimes,
198. La dernière dynastie avant Mènes est appelée parla tradition celle des « adorateurs d'Morus ». On désigne sous ce nom les souverains des deux royaumes dont la réunion sous un seul roi constitua l'empire pharaonique. Il nous est facile dès cette épcxpie de saisir la physionomie de ces deux royaumes, celui du « Sud ^res), ou « pays du Sud » {to senu/') et le « pays au Nord » {fo mehi), car, après la réunion des deux états, leurs institutions respectives se sont
LES AnORATEURS d'hORUS ET LKS DEUX ROYAUMES — g lOS 119
mninlenues encore pendant des siècles dans la pratique, et n'ont jamais cessé d'exister en théorie. Ils offrent dans leur conliguralion une similitude très frappante. Leur frontière passait par Dahshour Akanthos à la frontière sud du nome de Memphis, environ à cincj lieues en amont dn delta. Les deux capitales, au contraire, sont voisines des frontières extérieures de chaque empire ; chacune d'elles est coupée par le fleuve en deux villes, donl Tune adore la déesse protectiice du royaume, Tautre le dieu Horus. La capitale du Sud était dans le troisième nome, là où la vallée supérieure du Nil se rétrécit, et un peu en aval d'Edfou, sanctuaire j)rincipal d'Hoiiis en Maute-Egypte : c'est Nechab (Elkab , dont le grandmur d'enceinte, bâti en briques crues, remonte peut-être jusqu'à cette époque. Sur la rive orientale était la résidence de la déesse-vautour, Nechbet ^C\
^grec : Eileithya) ; en face, à Touest,sur une colline de sable, soutenue par un mur elliptique (d'où le signe czso ou © c[ni désigne la ville) s'élevait Nechen Tlierakon[)olis), la ville d'TTorus, adoré ici sous la forme d'un faucon accroupi ^^\^ Quant aux rois du Nord, ils i-esidaient au nord-ouest du delta, dans le pays marécageux situé au sud du lac de Burins ; leur capitale était Tep (Bouto), le siège de la déesse-serpent LL Ouazit (aux temps antérieurs ^^ ), et la cité voisine
Pe, ville (THoius. L'importance ancienne de ces deux capitales du Noid et du Sud se survit dans ce fait que le « comte de Nechen et prêtre de Nechbet », le « juge de Nechen », ainsi que le « seigneur de Pe », sont au nombre des plus hauts fonctionnaires de l'Ancien Empire (§222). Le Sud a
pour blason une plante liliacée 3^, T, \î ; son -roi porte le titre de soutenir?) et il a comme couronne un haut casque blanc ^peut-être de cuir) /). Les armes du Nord sont le papyrus V fi ; le souverain, biti y^. porte une calotte rouge et plate, redressée à l'arrière, et munie d'un bizarre fil métalli(|ue V. On peut faire remont(M* à cette époque une
'!,M)ffy!»|'W|piHim|i».-.iMlJ .1 wpWW"iiiiil"aCT!!'.'!iii^l.iJJi»
LES ÉTATS l'HlMiriFS DK L fc:(;YPTK
LES ADOUATElinS u'iIOlUS KT LES DEUX HOYAUMKS ij \\)\) 121
irrando parlic de Tiipparcil adiiiinislralil' cir r(Mii[)ire phaia<>ni(|ue, avec sa cour, ses fonctionnaires, ses magasins et Irésoreiies, cl aussi les nonibi'cux atlribi»:^ du roi, la houlerte, le lleau, les dil'léiculs sceptres, ses litres |>rotocolaifcs, etc.
I>ouilesSemsou Hoi-, v. i^ lîl-i n. Si nii; a niontiv «jnc sons la forme (le inAn('sf)ionluMurii\ où ils cuntiiui.'nt à se siuvivre, on les invcxiiic encore à Hicrakonpolis et ;i Pxniln. Sin- la fornio de l'iloins <lo llierakonpolis, V. llirrnk, pi. 41, t->, iG, W. Los textes Mes Pyranndos font constanuTUMit allnsion aux villes royales Xeclien et Pe et à lenr importance dans les deux royaumes. — Dans la pyramid»- de l*epi, nu lexh: ^l. 684) mentionne les (( bitiou de Pe »> (rois de la Basse-Ki,^yple) ; cf. Skthk, "\.Z.,38,()4. — Snrles noms des deux loyanmes.v. Si.rnr. \.Z.,44. Le royanme du Sud s'appelle |)lns lard, avec Lartirle, puloris: assyr, paturisi, hébreu C^HE : le nom du pays du Nord, avec Tari irle, pdlowrh, semble eonlemi dans les CMPiSa, ;ui tabl("au des [)enples de la (ienèse, 10, 13, à moins <[nil ne faille cliendier plntotdansce und, avec Si'n:<.i:LliKHG, ifr'wnlnl /.//^'/vf/ar:/;/, 19(Mi, n'^ -'i, le sens de (( ceux du d.dia » (ég. nntjiou; assyr. naU>ù, Ilérod., 11, 165, vaOo>). Les propositions de Sethe concernant la pron<uicialion dn lilre du loi en llanti'-tliryple, \./., 49, 15 sq., pour lequel il préconise la lechu'e nj-sirl, mi' paraissent très j)robb'*matiqnes.
\\)\). ('e [)aralbdisnie (|ni se poursnil (Mitre b's (b'iix clats cvcillc l'idée (jue c\*st une rac(^ dcteriniuee (jui a concpiis la vallée tout cidiéredu Nil et a fondé les deux (Uats, et celle race doit a\()ir adoré IIojus connue patron, ce ({lie conlirine le nom donne à ces souveiains par la liadilion. l'n fait, ce culte (rilorns(»sl la caiacleristi(|ne pro|)re des deux royaumes : c'est par eux ([n'Ilorns est passe au ran«» déplus ancien dieu national de ri]o*v|)te. Il a cojiserve la même importance sous les Tbiniles et on lui dédiait, tous les d('u\ ans, une o-ramle fête, C(débree j)ar le i-oi. Dans la llaute-L^vpte, nous Lavons (b'jà \u 5^ ISl , il ressoit clairement (ju'il n'est S(mvent(priin inirus et (|u'il y a peul-ètre supplanté un patron plus ancien, Sétb peut-être a[)rès batailles livrées près de lierakleo[)olis cl d'Oxyryncbos, cf. ^ P.l^i : peut-être aussi le
dieu local (IKdfou n'est-il devenu rilorus scolaire, dudis(|ue aib', que depuis Linstallation des adorateurs d'Horus. Il est donc possil)l(M(ue les royaumes des ad(U*ateurs d'Hoiuis soient issus du d(dta occidental. Dans les doubles capitales, ce sont les ci lés (Lllorus (|ui sont évidemment les villes où rc'side le roi et oii il est couronn*' ; elles ont une origine p(diti(jue, elles sont des sanctuaires du dieu royal, fondées à côte de la capitale du nouu^ beaucoup plus anciennes et plus importantes. Dans le royaume du Sud, sur leciuel nous sommes un |)eu mituix informés |)ar les monuments de r(q)oque, le souverain est un dieu véritable sims forme bumaine, une imarnaticm d'Ilorus, et, comme tcd, il |)orte un m)m parliculier, pi*<'C('Mlé {\\i faucon Horus, dresse sur le |>lan (\i\ palais royal, cpii sert de cadre aux biéroglypbes du nom du roi. M n"eu ;illait pas auti'ement sans doute dans le royaume du .Nord. Sur son b;intleau royal ou sur la pièce (Li'toffe (|ui retient sa cbe\elure,le roi poi'le, comme le dieu du s(^)leil, une agrafe en forme de serpent uraeus (J^ P,M ; sur les ((Uironnes, Luiaens n'ap|)arait (|ue beaucoup plus tard»; c/esl ce nuMne serpent (|ue nous voyons suspendu au dis([ue solaire ailé, ([ui repr(''seute Horus dKdf<ui. De façon générale, llorus est le dieu type de cette époque, et le faucon sert pai*conse(juentà (b'signei- dans l'écriture, non seub^nent le roi, mais toul autie dieu (/fo/tfr/'j en général, toutefois, cet lloi'us n'est pas le fils d'Isis et d'Osiiis, mais le grand dieu de la lumière, ([ui lutte (éternellement avec Sétb sans arriver jauiais à le réduire. Ainsi la plénitude de la puissance sur la terre n'est réalisée (jue par ces deux dieux reunis, dette rcMinion s'opère dans la personne du roi (jui, de son j)alais, dirig(î les destinées des peuples, et répand sur eiix les faveurs on les cbûtiments, la bénédiction ou la ruine. Il siège donc dans son palais comme l'incarnation de « Ilorus- Sèth .), désignation qui s'est conservée dans un titre très ancien de la reine : « celle qui voit l Ilorus-Sétb ». Cette divinité du roi, dont les premiers traits se sont esquissés proba-
LES ETATS PHI.MiTIFS DE L EGYPTE
LES ADORATEURS d'hORUS ET LES DEUX ROYAUMES — § 200 128
blement à une époque l)eaucou|) plus ancienne, jonc* un rôle capital dans la civilisation qui se l'orme à cette époque. La pensée de l'Htat, concentrée dans une volonté uni(jue, devient toute-[)uissante et trouve dans celte divinité du roi une expression tangible : cette personnalité, dont dé[)endent la vie et la prospérité de tous les autres hommes, n'est pas humaine comme ceux-ci, mais, au contraire, elle est d'essence surhumaine et douée de force magi(|ue comme h's dieux. Il y a un dieu de l'empire, éternel, dont l'esprit est venu résider dans le roi, comme il réside ailleurs dans son animal sacré ou son fétiche ; (juand Tanimal ineuil, cet espril se transporte dans un autre ; de même, après la mort du souverain, il passe dans h^ successeur de celui-ci, (ju'il a luimême engendré et (|Ue les déesses ont nourri de leur lait. A côté d'Horus et de Séth, les cultes qui se sont les plus ré|)audus sont ceux de Neit et de Plathôr, la |)remière provenant du Nord-Ouest, Tautii^ du Sud. (Vest pourquoi ces deux déesses, de caraclèi-e si diO'érent à l'origine, ont été assimilées Tune à Tautie : toutes deux sont devenues les (( maîtresses du sycomore », et, sous l'Ancien Empire, les femmes distinguées leur rendent un culte commun, « dans tous leurs sanctuaires ».
I/lloriis, qui Hosicfiu' le nom du i*oi, so i)lnr(' m l'origirK» sur lui morceau de hois recourhé (mi forme de croissant ; il perclic ainsi dans le (( Scorpion », IIiera/ion/)olis,\)\. lî),<'t aussi dans les onscitcnos r('|»r<''senlées sur le sceptre de ce roi, pi. ^6 c, 5; de nirnic pi. H4 (cf. l'article de Nkwbkhhv, PSHA, 34, '295 sq.), mais je ne puis tcnii* pour jusle son opinion d'après laquelle l'épervier dans le litre du roi serait à l'orii^^ine le signe d'ime trilm (totem), puis le signe ihi nome, et désii2:nerait le roi connue étant le « chef » du district d'Horus (oi)inion soiiteiuie aussi par Louf/i, Vlù/i/ple au Irinftsdii tolrini^mr, lîHHi. Ni winiun veut expliqner de la nu^'ine façon le signe de Neit dans Neilliolep ji 209 n. - Sous les rois Narmer et Menés, ce morceau de bois est placé sur la porte du palais, mais, chez leurs successeurs, le croissant est remplacé par une ligne droite. — Sur Turacus dans la parure royale des temps anciens, v. S(:n/i:n:u, A./., 41, irl sq. — Sur le l'oiconsidéiv connue
« Ilorns-Sèth » (cf. F^yr. d'Oiinna. l. 214 et 08 sq. } v. ma Chronologie, p. 133, //Y/^/., p. 182; Sèth est employé comme titre [)Our Perjebsen : le double nom des deux dieux n'apparaît que pour Cha'sechemoui de la II® dynastie (§§ 213, 215); partout ailleurs le litre du roi est Reniement llorus. C'est une opinion très répandue que dans ce titre l'un et l'autre dieu représentent l'un et l'autre royaume (qu'il y a par conséquent en opposition, un royaume d'Horns et un l'oyaume de Seth); cette o[)inion est eri'onée. H est vrai qu'elle s'est formée déjà ("liez les Egyptiens de la basse époque ; mais ce qui prouve qu'elle n'avait qu'une importance secondaire, c'est qu'ils assignaient tantôt le Sud à Horus, tantôt le Nord à Sèth. ou inversement. — Sur l'expansion du culte d'Hathôr, cf. aussi la palette de Narmer, Hirntlionpolis, pi. 29 et Royal Tombs, l., 11, 13 = 27,71 ; il existe à Berlin une pièce d'ornement dans le même geiu'e.
200. he royaume du Sud nous a laisse» plusieurs monuments datant de sa dernière époque et cjui ne servent pas seulement à illustrer l'état de civilisation de ce temps, mais doivent être considérés comme des monuments historiques, au sens |)récis du mot. Ce sont pour la plupart des palettes à fard, en schiste, ayant appartenu de toute évid(mce aux rois eux-nu^mes, et richement décorées de représentations lîgurées. Ces monuments montrent d'abord maintes ressemblances extérieures avec les plus anciens monuments de Babylone, par exemple, la manière de rendre les scènes de combats, le dessin des animaux, etc. Cette ressemblance s'explique parcelle de la culture, [)ai* la gauchcuMC inhérente aux premiers effoits pour i*eproduire des scènes vivantes ; il en est d'ailleurs de même pour les nombreuses analogies entre Tecrituie hiéroglyphique d'I^gypte et celle de Babylone. Mais entre ces monuments il y a d'autres points de contact : parmi les animaux apparaissent des monstres hybrides et fantastiques, giiiVons ailes, lions allongeant des cous de serpent, etc. ; oi-, ces animaux, et d'autres encore, s'opposent ])0ur la plupart l'un à l'autre avec symétrie par ex. ce sont des chiens qu'on plac<» aux deux bords de la palette , ou bien on les fait s'enlacei l'un à l'autre; or ces formes passent, à bon droit, pour caractériser Habylone. On a donc admis sur
lit
LES ÉTATS PRIMITIFS DE L liGYPTE
ce point une iiilluericc de Babyloiie surTEgypte etsoupçonné que ce sont des concjiiérants asiaticjues qui pénéti-èrent tians la vallée du Nil, a[)[)ortant avec eux les i(l«'es et les ff>rnies (Part de leur pairie. Mais, s'il estuusuj(3t cpiise pr»Me le moins à [)arler (Torlgine étrangère, c'est hien celui des adorateurs d'ilorus, de leui* culte, de leiir VAM ; il n'y a |)as de dieu qui soit [)lus authentiquernent égyptien (pTlforus, ([uoi(|u'il n'ait péinUré cprasse/ tard dans plusieuis parties de rr^gyple. En revanche, il est hors de dout(^ (pi'il ait existé des relations de culture entre ri']gypte et la lîahylonie depuis l'origine do la civilisation. Il ne faut pas écarter non plus l'inlroduction d'éléments étrangers, pai- exemple de mercenaires, aux tem|)S les plus anciens comme j)lus tard; l'histoire de la Uahylonie montre à (juelle antiquité remontent parfois ces nudanges de peu[)les. Toutefois, on ne [)eut relever en Egypte aucune trace d'nn [)areil mélange, et si l'on examine d'un |)(Mi |)1us près les monuments, ils ne conlirment point l'hypothèse d'une importation étrangère. En elîet, rordounance symétrique des ligures {i\uo l'on retrouve d'iiilleurs en EgyptcMi tout»^ les épo(jues)s'ex[)li(]ue plus simplement [)ar l'obligation où était l'artiste de décorer nne palette ovale (|ui comportait, en son milieu, une dépi'ession circulaire ; on renq)loi(^ pour le fard, c(^ (|ui <'st typi- ([ueinent égyptien et en usage dans la \ alh^e du Nil depuis la plushauteanliquite. (hiant aux monstres fantasli(|ues, la mythologie en use couramment et il est tout naturel ([u'on s'en serve pour dépeindre le monde sui'uaturcd. Mais lorscpie ces monuments r(q)roduisent des plantes et des animaux réels, ceux-ci sont tout à fait égyptiens et représentés (lcj)uis longtemps par l'art égy[)tien ; le style même, en d(''[)it de (pi(d(jues analogies extérieures, a un caractère toiit autre (jue dans l'art babylonien. Ajoutons, eoujine argument tout à fait décisif, ([ue la culture l)al)yloui(Mine est beaucoup moins ancienne que celle d'Egy[)te, de sorte que, s'il fallait admettre une iniluence de l'une sur l'autre, on devi'ait au contraire la faire*
LES ADORATEURS d'hORUS ET LES DEUX ROYAUMES — ïï 20(1 12.5
venir d'l^]gy[)te. Keste à savoir si la culture de la Habylonie dans ses commencemetds, fut dépendante de l'Egypte : la réponse ne sera possible ([ue loisque 1 on aura tout d'aboi'd déterminé les formes les [)lus anciennes de l'écriture babylonienne, et cela avec une priîcision su I lisante pour établir une comparaison des signes minutieuse (;t approfondie (cf. § 229).
Lesi)alettes(U' scliisir dont il est question ■ cf. s^ IGi» n.)sonl, ap. //zV/v/konpoUs pi. -2S l.i.(;(;i:, PSH\, '2^2, [A. '^ ; (-vpvui, p. ti24 sep, la pâlotte des girafes, Li;(aa:, pi. 7 : le recto de la palette de Xarmcr (^ 208\, planche }>ul»liéo par Bi'M'Dni:, Moiuiin. tir /' Ir. iirs //<.sr/-., X, et en outre d'autres j)etits objets, dans Li;(;<.i., \)\. 8 ; le manche de coulean ap. de Mniu;vN, Hcchrrrhrs, II, pi. 5 ; Pinuu:, DittspoUs, "20, 50 ; (Im'aht, pp. (18, 90. Siu" la palette des soldats aussi (.^5 l()7), il y a deux taureaux, dont les parties antérieures se combinent en nne ti^'ure ianlasticpie «[ue Ton lelronve sur un morceau d'ivH)ire du Moyen lOmpire et sous forme de hiéro<^l\ plie iNwh.m;, /?rr., 22, 109). Ouehpies-inis des cylindres les pins anciens poi'tent de ces monstres h}brides(.\K\vBi:uiiY, Sait'dhs, p. 41) ; sur ce point encoi-e, Kvv\s, ./. Ilrll. Siiid.^ 17, 1807, admel rintlnence babylonienne) et on les voit souvent sni- les sceaux en forme de boutons à partir de la VI' dynastie (?^ 291); connue ces figures de • fantaisie se prêtaient très bien en elîet à faire des marques de propriété, ouïes a toujours gardées dans l'art de (h'ète, d'Asie .Mineure et dt; Habvlone. En Ki,'-vple an contraire, on les a vite abandonnées, sauf le griffon et le s[)hin.\. Sur le t^n-ilîon ailé de Tt^gypte, (pii a un corps de lion, une tète d'oiseau et des ailes, et «pii diffère absolument du griffon-lion de Habylone (dont la tète est d un lion et la partie postérieure d'un oiseau) et du grilTon-serpent, v. 1*1! i\/., art. (//t/>.n dans Pu i.^-Wis.so\vA, \'ll ; après répo([ue de Menés, on ne trouve plus que li'ès rarement des ligures fantastiques de ce geJU'e, pai' e\enq)le isolément à Henihassan ; nous exceptons luitnrellement les textes magiques et funéraires. — Les assimilations qu'on a tentées autrefois entre les hiéroglyphes de l'Egypte et ceux de liabylone, entre les pyramides et les touis des tenq)les à l^abylone (et nous |)assons sous silence les essais de llonunel pour identilier les mythes et les dieux) iu)us nujutrent avec quelle prudence on doit poser la ({uesliou des dépendances historicjues. Il serait aussi aventureux, par exeirq:)Ie, de comparer l'éléphant représenté à Jlierakonpolis, pi. 6, 6 = pi. 16, franchissant les cimes des montagnes, et à Koptos gravé au revers des statues de .Min