‹ Histoire de l'antiquité [microform]Chapitre 99 sur 172 · ÉVOLUTION DE LA CIVILISATION — J · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION DE LA CIVILISATION — J

Evolution de la civilisation pendant l époque de transition, f.es commencements du monothéisme solaire.

2GU. La décadence du pouvoir central a eu pour consé- (juence une régression notabh» daus les signes extérieurs de la civilisation. L'architecture, la décoration des tom- IxMux s'a[)pauvrit de génération en généralion. ( )n lAcIn^ bien encore de reproduire les scènes d'autrefois, mais bientôt on ne peul plus les copier faute d(^ ressources ou de talent, et Tequipement des tombeaux devient de plus en [)lus indigent et médiocre. On ne possède plus les ressources que l'Ancien Em|)ire avait à sadis[)osition ; aussi les arlish^s disparaissent, et il ne reste (pieles artisans. Néanmoins cette époque de décadence a une grande imj)ortance pour Thisloire iiltérieure de l'Egypte. Le développement de la noblesse des nomes a eu pour contre-partie celui de la classe moyenne qui se fortifie et ari'ive au jour. Nous avons déjà vu combien les princes <le nomes font valoir bnir s(dlicitude envers leurs administrés ; en effet, sans le soutien cju'ils trouvaient dans leurs subordonnés ils n'auraient |)u se maintenir. Si les tombeaux se font plus sim|)les, les principes essentiels du lulte des morts et les croyances, qui jusque-là étaient réservées à l'élite, deviennent maintenant le bien commun de tout le peuple. Dans les tombeaux des nomarques, on retrouve encore le style ancien, la distribution int(''rieure en plusieui's chambres, dont les murs reproduisent les riches domaines du seigneur de la tombe,

mais les autres personnes se contentent d'un petit tombeau, qui a la forme d'une pyramide de briques: la fausse-porte se transforme en une stèle funéraire sur laquelle on grave les prières des morts et le nom du défunt qui est représenté, entouré de sa famille, et prenant part au repas funéraire. On dépose en outre, à coté du défunt, des reproductions en argile de sa maison et de ses greniers à blé, ainsi que des figurines d'argile représentant ses serviteurs portantdes sacs ou pétrissant des briques avec du limon, des domestiques et des servantes qui brassent la l)ière, broient le blé, cuisent le pain et préparent les repas; on lui donne aussi des barques pour naviguer sur le Nil, etc., ou bien on fait peindre ces scènes sur le cercueil de bois: toutes représentations qui sont pour nous d'une valeur inestimable, parce qu'elles nous font pénétrer dans l'existence journalière des classes laborieuses. Enfin, en guise d'offrande, on se contentera de mets imités en pierre, puisque tout de même le défunt ne peut y goûter, et on y ajoutera une formule souhaitant (|ue le défunt trouve comme a offrande rovale » aliments, vêtement s et parures en abondance et à foison, par l'intermédiaire d'Osiris, d'Anubis, et des u dieux de sa ville ». Déjà, depuis la fin de la V' dynastie, c'est devenu une formule usuelle que d'inviter les passants à réciter ce souhait : <( aussi vrai que vous aimez la vie et haïssez la mort, que vous désirez (|ue les dieux de votre ville vous aiment et vous récompensent, et que vous désirez léguer votre rang à vos enfants ». (]ette prière s'inscrit aussi fréquemment dans d'autres saints lieux, par exemple sur des rochers àAssouan (ît El Kab ; quant aux gens d'une situation plus aisée, ils ordonnent (jue leur cadavre soit transporté à Abydos, ou bien ils s'v font élever une stèle commémorative « près de l'escalier du dieu grand ».

J'ai condensé dans ce cliapitre tout le développement de l'époque de transition entre la VIll' cl la XL dynastie, quoique dans la réalité cette évolution se soit elTectnée avec lenteur. Mais déjà les formes nonvolles

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FIN DE l'ancien EMHIRK, ÉPOQUE DE TRANSITION

font leur a[)j)aiiN(>ii dans les toniheaiix des particnliers sons la XI^ dynastie (exemplaires du Musée de Herlin, ap. Stkimxuo r, (irah/iindc des MilUcrcn lirirlics ; puis Gaksivnc;, liurûil riLshnns of. anc. hV/y/>/. : Schakku, Privnlijrahev ^tui> drm Tciiiprl <}('.< Wvr^'^v'/'/v") el aussi dans les lombes royales, Ir^s simpU's, de Drah ahoul neigera à Thèbes. De niTune le rliapitre 17 du Lirrc des \/(>/*/.s nous olIVe déjà sous la XII' dynastie un double commetdaii'e ; il est doue beaucoup plus am'i«Mi que cette dynastie; d'ailleurs, lout le lond du Lirrr des Wor/s apparlient bien H l'époque préthébaine (autrement b' rùle d'Amon n'y serait pas oublié) et, quelques nombreuses (pi'aienl été les interpolations postérieures, se trouve être très ancien.

270. La conception do lu vie future n'est pas moins réaliste qu'aupai-avant. Le défunt entre dans le royaume d\)siris, dieu qui s'est transformé complètement en un souveiain de rOccident : il cultive les cliamps de Jarou, ou bien il rame dans la bai*que solaire en com[)a^nie de lîè'; et en même temps il continue, sous une forme magique, à résider sur terre; on croit, aussi fortement (|u'avant, qu'il est indispensable de recevoir une ])onne sépulture, de graver et de. réciter les fornudcs magi([U(^s, d'équiper le cadavre avec les amulettes |)rescrites. Néanmoins, Télément spirituel (jue lenferme le culte des morts se fait joui* avec une force beaucoup plus gr.nide que dans les sobres formules funéraires de rAncien Ihnpire v:i239i. Ce (pion espèrtNivant tout, c'est une vie heureuse dans Tau-dela, dont la représentation détaillée est toujours identicjue à elle-même. On espère contempler les dieux eux-mêmes dans leur s[)lendeur; mais la condition nécessaire pour arriver à cette vie heureuse est d'avoir mené sur teire une vie conforme à la justice et à la morale. Désormais, on prend l'habitude d'ajouter au nom du mort hi formule: « celui dont la parole est juste». lAie ne fut lout d'abord ({u'une réminiscence du |)r<)cès d'Osiris ou d'Horus, que j)lai(la \\\o\ devant les grands dieux de l'Ennéade et cpril gagna sur Sêth, mais elle ra[)p(dait aussi aux Egyptiens le jugement que le défunt sera obligé de subir à son tour dans la granch* salle de TOccident J; 2iî9),

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lorsque son coMir, placé dans la balance afin de témoigner pour ou contre lui, décidera de sa destinée future. Le défunt devra affirme!' (|u'il ne s'est rendu coupable d'aucune faute, d'aucun péché, confession (jui sera plus tard incor|)orée au Livre des Morts (chaj). I2.'> et présentée en une liste schémati(|ue de ^i2 péchés.

271. A ces conceptions élevées ne répondent plus suffisamment les formules magicjues des vieux temps (jue le Ghriheb continue de réciter sur la tombe, et (ju'on grave, depuis le roi Ounas, sur les murs des chambres funéraires dans les j)yramides. Certes, elles redeviendront en vogue sous le Nouvel Empire, mais, pour l'instant, elles se laissent complètemenl supplanter |)ar les textes nouveaux qu'on inscrit sur les murs des tombeaux, sur les cercueils, et (|ui ont contribué à former ce vaste recueil, intitulé : <( Livre de sortirai! jour », (jue nous apj)elons « Livre des Morts »>. Sans doute, rEgy])tien, malgré les nouvelles croyances, n'arrive-t-il pas à se détacher de la magie: la t(M'reur s'empare de lui à l'idéedesmonstresetdes spectres qui menacent le repos de l'esprit, qui pourraient le tourmenter, l'anéantir et lui fair(» souffrir une mort nouvelle, épouvantable: le seul moyen de bannir toute crainte c'est ([ue le mort soit u instruit» des dangers, ([u'ilconnaisse ces êtres maléfiques, leurs noms, et les incantations qui les rendent inoffensifs. Ici s'ouvre à l'imagination une carrière sans limites: dès qu'elle a créé une superstition, elle forge aussitôt comme remède, la formule magique salvatrice; de ces ^j2 juges, (jui connaissent chacun dundes péchés mortels, elle a fait des monstres. Or, pour réduire les monstres, les livres magiques enseio-nent un procédé essentiel, qui sert à tous les besoins de la vie terrestre: il consiste à s'identifier à un dieu quelcon(|ue (surtout les grands dieux de la lumière), qui s'est trouvé autrefois dans le même danger et qui a terrassé le démon ennemi en prononçant une formule magique. En outre, les cultes et les mythes locaux ont aussi leurs exi-

FIN DK l'ancien EMPIRE, ÉPOQUE DE TRANSITION

gences, car le défunt ne place pas seulement son espoir dans le dieu du soleil et les dieux de l'Occident, mais il se confie aussi à son dieu local et même à tout être dont il a constaté ^ à un moment donné, le pouvoir miraculeux. De toutes ces idées qui se mêlent et se croisent, naît un fatras de formules embrouillées qui, tout en laissant surgir certaines pensées au sens profond, ne sont pas moins déconcertantes en leurbi/aireric i\y\e les vieilles formules des pyramides. Malgré qu'on nous parle constamment de l'àme humaine, identiliée au dieu solaire Atoumou-Hê\et à tous les autres dieux, il n'en résulta pas vraiment de spéculation théosophiciue sur l'idenlitt^ de Tàme et de la divinité ; cette assimilation n'est et ne resie qu'un procédé magique. Le même phénomène se renouvelle dans toute l'histoire spirituelle de l'Egypte : les idées nouvelles, qui de temps à autre percent la couche des traditions, n'ont pas la force de vaincre^ les formules ou les idées reçues et de les faire rejeter complètement ; au contraire, elles se placent, souvent sans nulle liaison, à leur côté ; aussi arrive-t-il assez fréquemment que les forces tenaces de la tradition les recouvrent de leur végétation persistante et finalement les étouffent.

272. Pourtant, c'est par rinlluence de ces formules que s'est opérée dans la religion égyptienne une Iransforination continue et profonde. Les spéculations d' Héliopolis sur l'unité de la puissance divine, manifestée dans la force créatrice du soleil, et (jui avaient trouvé leur première expression religieuse dans le culte solaire de la \' dynastie, deviennent à ce moment les croyances de tout le peuple (5^252). Il n'y a e^ vérité qu\in dieu unique, le Soleil, issu de l'eau primitive Nounou ; mais le dieu qui vit en lui, [>eut s'appeler Atoumou, Hê' ou Cheperi, le o créateur », ou de tout autre nom. Il s'est créé lui-même, il s'est engendré et enfanté et il renouvelle chaque jour au ciel ce phénomène mystérieux: toujours à nouveau, le soleil-enfant nait à l'horizon, puis grandit jusqu'à devenir un mule vigou-

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