‹ Histoire de l'architecture de Th. Hope Texte. 1Chapitre 10 sur 126 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

EFFET DE 1.' ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME SUR l’arCIII- TECTURE , OCCUPATION DES BASILIQUES , EMPLOI DES ANCIENS MATÉRIAUX.

En l’année 323, arriva un événement qui, au milieu d’autres changements d’une bien plus grande importance dans l’ordre civil, politique et moral, produisit, pardegrès, une révolution complète dans l’architecture. L’empereur Constantin, soit par une conviction réelle, soit dans des vues plus mondaines, embrassa la foi chrétienne, et, bientôt après, donna au pape Sylvestre son palais de Latran à Rome , comme un lieu destiné dorénavant à la demeure du pontife et à la célébration du culte. Dans ce palais était probablement une de ces vastes salles connues sous le nom de basiliques, parce que souvent on y plaidait des causes devant le souverain lui-même. Derrière le palais, il fit élever pour l’administration du sacrement de baptême qui, dans la primitive église, avait toujours lieu par immersion, un baptistère de forme octogone , afin que l’on pût de tous côtés voir la cérémonie exécutée dans un grand bassin placé au centre. Ce bâtiment consacré à saint Jean-Baptiste , comme le furent dans la suite tous les édifices semblables, donna insensiblementson pom à l’église voisine. Cette église a bien changé de-

puis, mais c’est encore là que le pape prend possession de son siège et s’intitule, tolius urbis et orbis priiiceps. L’année suivante, 324, Constantin détruisit le cirque, fondé longtemps avant Néron , mais auquel ce tyran avait eu la vanité de donner son nom, parce qu’il l’avait terminé. Constantin bâtit à la place, sur la tombe de saint Pierre, l’église consacrée au prince des apôtres. Ensuite, il éleva celle de St. -Paul, maintenant hors des murs; puis celle de St. -Laurent, et enfin celle de Ste.-Agnès dans un quartier aussi éloigné des premières que celles-ci l’étaient déjà l’une de l’autre. Près de Ste.-Agnès, il édifia un second baptistère, cette fois de forme ronde. Le pavé est une mosaïque qui représente tous les détails des vendanges ; ce qui l’a fait prendre pour un ancien temple de Bacchus, dont Constantin aurait changé la destination; mais c’est une erreur ; l’architecture, en effet, dénote une époque moderne, et nous savons aujourd'hui que l’ornement qui le distingue est un de ceux que les chrétiens avaient adopté comme emblèmes de leur foi. L’église de Ste.-Agnès fut ensuite convertie en chapelle funéraire ; le corps de sainte Constance, fille de l’empereur, y fut déposé dans une urne magnifique en porphyre , ornée également d’allégories bachiques, et qui se trouve aujourd’hui au Vatican.

Hélène , mère de Constantin, était aussi une sainte. Au retour d’un pèlerinage en Palestine, elle y fonda ou engagea son fils à y fonder plusieurs églises, l’une à Bethléem dans le lieu où est né notre Sauveur, l’autre à Jérusalem sur le sépulcre où son corps avait été déposé, et une troisième sur le mont des Olives, à l’endroit même de son ascension au ciel. La découverte

que fit Hélène de la sainte Croixdétermina encore Constantin à convertir en église , sous l'invocation de la pieuse relique, une autre basilique romaine, appelée la Sessorienne.

Constantin, qui semble avoir transféré le siège de l’empire de Rome à Byzance, uniquement pour étendre davantage la foi qu’il venait d’embrasser, ne se montra pas moins zélé à élever des églises dans sa nouvelle capitale que dans l’ancienne. Parmi celles qu’il bâtit à Constantinople , les principales étaient l’église en l’honneur de la sagesse divine, Ste. -Sophie, celles des Sts.-A pôtres, de Ste. -Dynamie et de St. -Irène. Selon Grégoire de Tours, Constantin fonda aussi une église magnifique en Auvergne et une autre en Palestine.

Nous avons dit que l’arc de triomphe élevé par Constantin après la défaite de Licinius, avait été décoré de bas-reliefs dérobés à celui de Trajan. On a généralement attribué cette circonstance à une décadence de l’art tellement prononcée qu’on ne pouvait plus trouver de sculpteurs ; il en existait cependant plus tard à la cour de Théodose ; et, dans un monument consacré à rappeler des exploits militaires , tout capitaine préférera généralement une représentation même défectueuse de ses propres victoires à une image plus parfaite des victoires d’un autre. Aussi je serais porté à croire que la seule cause de ce fait extraordinaire fut la nécessité de hâter l’érection d’un monument dans un lieu qu’on devait bientôt quitter. La même précipitation se trahit dans tous les édifices sacrés bâtis par Constantin; les baptistères de St. -Jean et de Ste. -Constance semblent avoir échappé seuls à une ruine prématurée; quant à tous les autres monuments de cette

espèce , il fallut les rebâtir peu de siècles après la mort de Constantin.

Que Constantin , comme on Ta supposé , ait longtemps conservé au fond de l’âme de l’attachement au polythéisme, ou qu’il se soit fait chrétien complètement et de bonne foi , ce qui est certain , c’est que sa conversion fut un fait absolument individuel. Comme souverain , il n’osa jamais imposer sa croyance à la généralité de ses sujets. Pendant son règne, le paganisme continua à dominer si exclusivement au cœur de Rome, que toutes ses églises furent bâties dans les faubourgs ou ù une certaine distance des murailles. Après lui, l’empereur Julien rétablit, en cette qualité, les rites du paganisme; et Valentinien, que l’on range pourtant parmi les princes chrétiens, éleva dans le Capitole des autels à la Victoire. Les victimes brûlèrent sur les autels des dieux païens jusqu'au règne de Théodose. Ce prince fut le premier qui, en 389, ordonna que le christianisme serait la religion de l’État. Il chassa les dieux de leurs autels , abolit leurs rites et renversa leurs temples.

Alors naquit un genre tout nouveau d’architecture sacrée. Les difficultés contre lesquelles l’art de bâtir avait eu à lutter, avant l’invention de la voûte , avaient singulièrement resserré l’enceinte des temples du paganisme. Aussi les rites sacrés étaient accomplis, en quelque sorte, par le prêtre seul; les laïcs n’étaient admis que pour déposer les olfrandes d’usage. A Rome même, ce vaste foyer où s’amoncelaient les étrangers de toutes les parties de l’empire, apportant chacun leur culte national, et certains d’être tolérés pourvu qu’ils ne fussent pas chrétiens, le développement exa-

géré de la ville avait accru le nombre des temples plutôt que leurs dimensions; jusqu'aux derniers temps, ils furent souvent gigantesques dans leurs proportions, mais l’espace qu'ils occupaient en réalité ne fut jamais fort étendu.

Aussi , lorsque Théodose proclama une religion nouvelle qui exigeait impérieusement à certaines époques la réunion de toute la communauté des fidèles dans le temple d’un Dieu unique , aucun des édifices du Polythéisme, pas même le temple de Jupiter Capitolin, no se trouva convenir, dans ses formes originelles , au but proposé. Parmi les anciennes constructions converties depuis en églises , l’une était la grande salle des bains de Dioclétien, l’autre parait avoir appartenu à ceux d’Agrippa.

Mais il y avait à Rome une autre espèce de bâtiment dont la forme semblait mieux calculée pour les besoins du christianisme, et dont, en même temps , la destination primitive était moins hostile à la sainteté de ses mystères.

C était la salle qui formait d’abord, si l’on en juge d’après Yitruve, une partie du palais des souverains; de là lui venait son nom de basilique; le prince ou ses délégués y administraient la justice. Pline nous apprend (liv. vi, c. 33), qu’il y eut à Rome jusqu’à dixhuit basiliques. Quoiqu’elles ne fussent dans l'origine que des cours de justice, plusieurs étaient devenues des espèces de bourses , dans lesquelles les négociants et d’autres citoyens se réunissaient pour traiter d’affaires; les cabinets attenants étaient occupés par des clercs et des gens de justice qui se trouvaient à portée, pour concilier les différends et résoudre les questions

de droit que soulevaient les intérêts du commerce.

Les fouilles faites à Otricoli, en 1775, ont mis au jour un échantillon original de ces salles ou basiliques. Celle d’Otricoli devait avoir de moindres dimensions que les basiliques de Rome; car les recherches faites récemment dans cette dernière ville sur remplacement du forum de Trajan, ont fait découvrir des ruines magnifiques en ce genre.

Tandis que le temple offrait à la vue des colonnades plus ou moins nombreuses , qui précédaient ou environnaient la Cella proprement dite, la basilique semble n'avoir rien présenté au dehors qu'un simple mur d’enceinte. Le porche , quelqu’il fût, y était renfermé, et n’avait aucun développement extérieur; le corps principal de l’édifice , de forme oblongue , se divisait en trois parties : une allée centrale formée par un double rang de colonnes, et deux ailes latérales, l'une pour les hommes, l’autre pour les femmes, qui attendaient le moment de se présenter devant les juges. Ces trois lignes longitudinales aboutissaient également ù une construction transversale élevée de quelques degrés, et destinée aux avocats, aux notaires et autres gens de loi. Précisément en face de l’allée centrale, cette travée 1 s’arrondissait en hémicycle surmonté d’un plafond cintré et saillant, comme la tête d'une niche. Ces sortes de construction fréquentes dans les derniers temps de l’architecture romaine , s’appelaient en grec absis, et en latin tribuna. Là siégeaient le magistrat et ses assesseurs, et c’est de là que les cours de justice

ont reçu dans la suite le nom de tribunaux. D’autres

1 JYnirnd* par ce mot toute nef ou construction transversale . que l'auteur anglais exprime par le mot transept.

pièces quarrées ou demi-circulaircs sc dégageaient sur les allées latérales, et avaient diverses destinations.

On voit donc que la basilique répondait aux exigences du culte chrétien , non-seulement par ses dimensions plus grandes, mais aussi par sa distribution particulière. En supposant même que les ailes aient été percées et l’allée centrale découverte, un mur pouvait fermer les unes et un toit de bois abriter l’autre. Les constitutions apostoliques voulaient que l’église représentât le vaisseau de St. -Pierre; or, l’avenue centrale offrait l’image de ce vaisseau ou nef, dont elle garde même encore le nom, et les avenues latérales maintenaient entre les sexes cette séparation considérée , dans les temps primitifs, comme nécessaire à l’église aussi bien que dans les cours de justice. Une partie de la nef, divisée du reste par une cloison , pouvait être réservée aux chantres qui psalmodiaient les louanges du Sauveur, et garnie d’ambons ou pupitres, à l’usage des diacres qui lisaient les écritures. L’autel, sur lequel on célébrait le saint sacrifice, se plaçait naturellement à l’extrémité de la nef, au centre de cette travée qui, par sa disposition à l’égard de la nef, semblait déjà, au sein même du paganisme, présager le triomphe futur de la croix. Dans l'abside centrale, il était facile d’élever un siège dominant également l’autel et l’assemblée ; là, au lieu du magistrat, pouvait siéger Yepiscopua, l’évêque, dont le nom, comme la charge, impliquait le devoir de surveiller tout ce qui l’entourait; tandis que le clergé, rangé à droite et à gauche, représentait les assesseurs du magistrat. Quant aux absides latérales, elles pouvaient servir de sacristies et de lieux de purification.

Aussi Constantin ayant converti en églises deux véritables basiliques, la Sessoriennc et celle du palais de Latrau , bâtit les autres sur le même modèle. Ste. -Sophie et Ste.-Dynamie à Constantinople avaient la forme d'une basilique. (Voy. Ciampini,r/e sac. œdif., 27, 165; 29,161; 31, 170). Tant que le christianisme lutta contre le paganisme, ce fut probablement le désir d’éviter une dénomination offensante pour des oreilles païennes, qui engagea les premiers chrétiens â laisser à leurs églises le nom originel des bâtiments qu’ils s’étaient appropriés ; ils le conservèrent plus tard par un effet de l'habitude, ou d’une vénération particulière pour les premiers lieux ouvertement consacrés au christianisme , ou peutêtre d’un souvenir flatteur pour Constantin et ses présents. En effet, quand Théodose, après avoir proclamé sa religion la seule religion légale de l’empire , eut abattu non-seulement les églises de Constantin , qui déjà tombaient en ruines, mais tous les temples païens qui lui parurent trop petits pour pouvoir être adaptés au nouveau culte; quand il eut employé les matériaux de la plupart d’entre eux à orner, quelquefois maladroitement, les églises qu'il édifia lui-même, il retint encore la forme et le nom de basilique.

Si la cabane primitive des Grecs avait été déjà dédaignée dans les temples de Rome païenne, à plus forte raison le fut-elle dans les églises des chrétiens. Sa forme était tout à fait incompatible avec les dimensions exigées pour les églises ; et puis, on bâtissait ces dernières à la hâte, de matériaux incohérents qu’on cherchait seulement à harmoniser le plus tôt et le plus aisément possible ; enfin on évitait toute imitation trop manifeste des édifices destinés à l’idolâtrie.

aisTome de l’ahciitectore.

Aussi ne resta-t-il plus le moindre vestige de la cabane grecque. Puisqu'on utilisait les colonnes de differents temples, on aurait pu, lorsqu'elles étaient inégales en hauteur, les porter au même niveau, en raccourcissant les plus longues , et en exhaussant les plus courtes sur une seconde base , mais alors les divers entablements n'eussent pu être convenablement ajustés sur les chapiteaux. On préféra y renoncer ; on supprima donc cette dernière image de la traverse qui reliait ensemble les poteaux perpendiculaires, et des soliveaux qui à leur tour reposaient sur l’architrave, en direction inverse. Les Romains , il est vrai , l’avaient souvent appliquée d'une manière peu rationnelle , mais ils en avaient du moins conservé quelques traces; les chrétiens l’abandonnèrent tout à fait, et l’on réunit toutes les colonnes d’un même rang par de petites arcades dont les impostes posaient immédiatement sur les chapiteaux de ces colonnes \

Sous presque tous les autres rapports, l’église de St. -Pierre, celle de St.-Paul, toutes celles qui furent bâties sous T héodose et dans les premiers siècles suivants, à Rome et partout où prévalurent les rites de l’Eglise latine, conservèrent et le nom et les traits essentiels de la basilique, modifiés seulement d’après les exigences du culte chrétien.

Ces églises, comme les principales basiliques païennes, étaient précédées d’un portique de colonnes isolées, qui s’est conservé jusqu’à présenté Rome, avec sa forme primitive, dans les églises de St. -Laurent, de

• On a parlai d'une forme de construction semblable , dans le palais de Dioclétien à S|>alatro ; mais bien que ces arcades y existent, le lecteur ne doit pas oublier que l'arcbitrase y est toujours représentée , seulement elle suit la ligne circulaire de l’arcade.

St.-Paul, de St. -Georges in Velabro, de Stc. -Marie Transtéverine; avec quelques modifications, dans celles de St. -Jean de Latran et de Ste.-Marie Majeure; et, d’après le goût moderne, dans celle de St.-Pierre, et dans d’autres encore. Ce portique connu sous le nom de narthé, renfermait les catéchumènes et les pénitents qui n’osaient pénétrer plus loin; et il parait, d’après une mosaïque conservée à Ravenne dans l’église de St.-Apollinaire didentro , qu’il n’était garanti de l'air extérieur que par des rideaux suspendus à des tringles.

Le besoin de retraite, si favorable aux sentiments religieux, avait déjà introduit l’usage de placer des cours devant quelques-uns des temples païens ; on en voyait devant le grand temple du Soleil à Balbeck, et devant la chapelle d’isis à Pompéi. Avec le temps, le porche de la basilique chrétienne parait s’être développé de la même manière en un portique quadrilatéral. Tels furent à Rome les portiques de St.-Pierre, de St.-Paul, de St.-Laurent; et, à Ravenne, celui de St.-Apollinaire in Classi. On voit encore aujourd’hui à Rome ceux de St. -Clément, et des Quatre-Saints couronnés ; à Ravenne, celui de St. -Jean délia Sagra ; à Milan , celui de St. -Ambroise ; et à Parenzo en Istrie, celui de la cathédrale.

Le narthé menait à la nef, formée de deux rangs de colonnes. Ces colonnes étaient ordinairement dérobées à quelque temple païen, et quand un seul ne fournissait pas le nombre suffisant , on en empruntait à un ou deux autres; dès lors elles offraient toutes les variétés possibles, dans la dimension, dans les matériaux, dans la main-d’œuvre; ici, on leur donnait la

hauteur voulue, en y ajoutant quelque partie bâtarde, comme on le voit à St. -Laurent; là, on les diminuait, en en retranchant une partie essentielle , comme on a fait à St.-Paul.

Sur les colonnes de la nef, s’élevait une haute muraille, qui soutenait les poutres et les solives du toit central. Elle était percée de fenêtres rondes dans sa partie supérieure.

Du pied de cette muraille partait un toit incliné qui couvrait, dans les petites églises, un simple rang de colonnes et une aile unique, et dans les plus grandes, deux ailes et une double colonnade; tel était St. -Jean de Latran, avant d’avoir été défiguré par Borromini, et St. -Pierre, dans son état primitif; tel est encore St.-Paul. Le tout était entouré d’une muraille extérieure percée de fenêtres plein cintre. Ainsi, les premières basiliques chrétiennes n’offraient, dans toute leur étendue, si l'on excepte leurs colonnes antiques, aucune moulure, aucune partie qui ressortit et se détachât de leur surface plane et perpendiculaire; elles ne présentaient, au-dessus de leurs murailles nues, que la charpente transversale de leur plafond et de leur toit; elles ressemblaient, en un mot, à dévastés granges que l’on aurait bâties de somptueux matériaux; mais la simplicité, la pureté, la magnificence, l’harmonie de toutes leurs parties constitutives, donnaient à ces granges un air de grandeur que nous cherchons en vain dans l’architecture plus compliquée des églises modernes.

Milner dit que , dans les anciennes églises , il y avait d'abord le porche qui formait une partie des exèdres, et dans lequel, d’après le concile de Nantes tenu en 683,

il parait qu’il était permis d’enterrer les morts. Dans l’intérieur de l’édifice était, premièrement, le narthè , où l’on admettait les pénitents et les catéchumènes; secondement, le naos ou nef ; troisièmement, le berne ou sanctuaire, séparé de la nef par une balustrade ou cancella, et même par un rideau que l’on ne tirait que durant une petite partie du service. Là était Y abside ou la niche. La partie supérieure de la nef formait une plate-forme élevée de quelques degrés , et fermée par une grille; elle était exclusivement destinée aux ordres mineurs du clergé et aux chantres ; on l’appelait en grec choros, et en latin, cancellum. Elle a conservé complètement son ancienne forme dans l’église de St. -Clément à Rome, et dans l’ancien dôme de Torcello à Venise; mais ù St. -Laurent et à Ste. -Marie in Cosmedin, à Rome, on ne voit que la plate-forme sans la grille. Le peuple était séparé du cancellum ou chœur, non-seulement par une solide barrière, mais souvent aussi par des rideaux. Dans l’enceinte fermée par cette barrière étaient deux pupitres de marbre, placés en face l’un de l’autre dans les églises primitives, comme St. -Laurent et Ste. -Marie in Cosmedin, et sur la même ligne, dans les églises plus modernes , comme Ste. -Marie in Araceli , St.-Césaire, et les SSts-Nérée et Achillée. De ces pupitres, nommés ambons, celui de droite était destiné à la lecture des évangiles, et celui de gauche à celle des épîtres ; près du premier s’élevait un petit pilier de marbre, sur lequel on plaçait le cierge pascal. Ciampini nous apprend que ces lutrins tombèrent en désuétude à Rome , à l’époque de la translation du saint siège à Avignon en 1309, et qu’on les enleva de la plupart des églises.

Pendant le service, les laïcs remplissaient les ailes latérales du chœur, les hommes à droite et les femmes à gauche. Cependant, dans quelques églises , comme à St. -Laurent, à S te.- Agnes et aux Quatre-Saints couronnés , on sut , dès le principe , ménager sous le toit des ailes, une galerie donnant sur la nef, où les femmes pouvaient assister à l’office, encore plus entièrement séparées des hommes. Cet usage fut ensuite universellement adopté en Orient où, dans tous les siècles et sous Tinfluence de toutes les religions, la séparation entre les deux sexes fut soigneusement maintenue. Il passa de là dans plusieurs églises de l’Occident , d’abord dans les pays qui avaient les plus fréquents rapports avec Constantinople , et plus tard même dans les régions Cisalpines. On cite comme exemple de cette distribution intérieure, les églises de St.-Marc à Venise, de St. -Ambroise à Milan , de St.-Michcl à Padoue, le Dôme de Modène, et les cathédrales de Zurich, d’Andernach, de Boppart et de Bonn.

La nef et les ailes de ces basiliques aboutissaient à un mur transversal, qui donnait entrée dans le sanctuaire par trois arcades, la plus grande au centre, en face de la nef, et les deux autres plus petites, en face de chacune des ailes ; c’est ainsi que sont construites à Rome, St.-Paul, St. -Laurent, Ste. -Marie Majeure, Ste. -Agnès, et toutes les églises de la même époque. Par l’arcade centrale, on voyait le sanctuaire, la tombe du martyr auquel l’église était consacrée , l’autel élevé sur cette tombe, le crucifix et les trophées du christianisme : aussi cette arcade était-elle appelée l’arc de triomphe, par opposition à ceux que les païens élevaient en l’honneur de leurs anciennes victoires. Le

sanctuaire était le lieu destiné à la célébration des olfices divins; le plancher en était élevé de quelques degrés au-dessus du niveau de la nef, des ailes et même du chœur.

Nous avons eu occasion de remarquer que les premières assemblées des chrétiens étaient tenues dans les catacombes, et que les autels sur lesquels on avait d’abord célébré le saint sacrifice n’étaient autres que les tombes des saints et des martyrs , morts ou déposés dans ces cavernes. Lorsqu’on attribua à leurs corps et à leurs reliques des prérogatives de sainteté toute spéciale, l’usage s’établit par degrés d’élever des églises sur leurs tombeaux; et quand il fallait en ériger une ailleurs, on y transportait ces reliques qu'on allait chercher dans les endroits où il n’y avait point encore d’édifice religieux. Enfin, la règle générale fut de ne jamais consacrer un autel avant d’avoir placé dans ses fondements les restes de quelque saint. L’impératrice Constance, femme de Maurice, désirant acquérir un des membres de l’apôtre St.-Paul pour une église qu’elle faisait bâtir ù Constantinople, s’adressa au pape Grégoire qui possédait le corps du saint. Sa demande était probablement indiscrète, car le pape la lui refusa avec hauteur.

Lorsque les saintes reliques avaient quelque importance particulière et attiraient des pays les plus éloignés un grand nombre de pèlerins , on les mettait plus en évidence, et on laissait autour d’elles un espace plus considérable pour que les fidèles pussent y faire leurs dévotions; on les plaçait alors au centre d’une crypte ou caveau spacieux et élevé, dont une partie était placée au-dessus du niveau du sol, et l’autre au-des-

sous. On descendait de la nef dans ce caveau par un certain nombre de degrés, mais les reliques qu’il contenait pouvaient être aperçues de l’intérieur de l’église, au travers d’une grille dont elles étaient entourées. D’autres degrés en face des premiers montaient vers la partie du sanctuaire élevée au-dessus de la crypte. L’autel était placé exactement sur la tombe du saint. Dans les églises primitives il n’y avait jamais qu'un autel , et cet usage subsiste encore dans les temples non-seulement du rite grec , mais du rite latin de St. -Ambroise ; l’autel ainsi exhaussé était mieux en vue de tous les points de la nef; et comme le lieu où le martyr avait confessé sa foi , et le tombeau où il reposait, avaient été primitivement appelés confession, ces cryptes retinrent le même nom.

Les catacombes qui avaient servi de retraites , d’églises et de cimetières aux premiers chrétiens, aux saints et aux martyrs, furent par la suite visités comme des lieux de dévotion, et servirent de modèles à ces cryptes construites plus tard dans les églises pour recevoir le corps et les membres des saints auxquels elles étaient spécialement consacrées. La chapelle funéraire ou église des SSts.-Nazaire et Celsus, bâtie par Placidie à Ravenne , pour contenir son tombeau et celui de ses plus proches parents, avait exactement la forme d'une catacombe. A Rome , le pape Symmaque, en l’an 500, éleva l’église de St.-iVIartin au-dessus d’une chapelle souterraine encore existante , dans laquelle repose le corps du pape St. -Sylvestre , dont le nom fut ajouté à celui de St.-Martin, dans la dédicace de l’église. L’église Ste.-Praxide était bâtie sur la confession ou tombe de cette sainte, déjà placée dans une

crypte ou église souterraine ; celle de St. -Pierre l’était également sur le tombeau du prince des apôtres et sur celui des martyrs mis à mort dans le cirque de Néron.

Des cryptes de cette espèce, moins vastes et moins développées, existent encore à Rome, dans les églises de St. -Laurent, de Ste. -Cécile, de St.-Césaire et surtout de St. -Martin; celle de St. -Pierre est moins grande, mais d’une forme plus moderne. On en trouve d’autres plus élevées, dont la plate-forme est plus haute, et l’autel mieux en vue, à Ancône, dans l’église de St.-Ciriaque ; à Ravenne, dans celle de St. -Apollinaire extra muros ; à l’ile de Torccllo, autrefois un des quartiers les plus populeux de Venise, dans l’ancien dôme qui date du xe siècle; à Vérone, dans St.-Zeno, et dans St.-Fermo qu’on suppose avoir été bâtie, vers 775, par le roi lombard Didier; à Vicence, dans le Dôme et dans la Madone du Rosaire ; à Parme , à Plaisance et à Modène, dans la cathédrale de chacune de ces villes ; à Florence , dans le San Miniato ; à Milan, dans l’église St.-Ambroise; et môme, en deçà des Alpes, à Poitiers, dans Ste.-Radegonde; à Spire, dans la cathédrale si magnifique, mais qui maintenant menace ruine; et à Bonn , dans le Dôme encore plus ancien dont on attribue la fondation à sainte Hélène.

Destiné , non plus à être inondé du sang des victimes , mais à porter l’olTrande symbolique qui en tenait lieu , c’est-à-dire le pain et le vin consacrés, emblème du corps et du sang de notre Sauveur, l’autel des églises était à la fois une table et un tombeau ; il reçut une forme. qui tenait de l’une et de l’autre; il était d’abord découvert ; peu à peu on ajouta à sa ma-

jesté extérieure , en le couronnant d’un dais soutenu sur quatre pilastres. Ce dais eut dans les temps anciens la forme d’un petit temple ou tabernacle; on en voit encore de cette espèce à St. -Clément, à St.-Césaire, à Ste. -Agnès, et dans d’autres églises. Comme ce tabernacle renfermait les aliments consacrés, on l'appela ciboire, nom que l’on donnait aussi au vase qui contenait les saintes hosties.

J’ai déjà fait observer que la basilique païenne se terminait par un hémicycle placé en face de la nef, appelé abside ou tribune, arrondi au sommet, en forme de demi-coupole , comme la tète d’une niche , et où siégeait le magistrat assisté, à droite et à gauche, de ses assesseurs. Cette abside fut scrupuleusement conservée dans les basiliques chrétiennes, et devint le presbytère ou salle de retraite du haut clergé. Au centre était la chaire de marbre, ou trône de l’évêque, assez élevée pour que tous pussent le voir, et pour qu’il pût lui-inémc, quoique placé derrière l’autel, surveiller les fidèles assemblés. Les sièges du haut clergé remplissaient le reste de l’hémicycle , et formaient ce qu’on appelait en grec, synthronos, et en latin, consessus. On voit encore les absides ainsi distribuées, à Rome dans St. -Paul , dans Ste.- Agnès, dans St. -Clément ■, dans Ste.-Marie in Cosmedin, dans Ste. -Marie Transtéverine, et dans St.-Césaire ; à Ravenne, dans St.-Apollinaire extrà-muros. A Torccllo, l’abside parait dans son ancienne forme théâtrale; on monte au trône par une longue suite de degrés; autour du trône, les sièges du clergé sont disposés en plusieurs rangs demi-circu-

1 Planche 36.

laires. On trouve à Rome dans l’église des SSts.-Nérée et Achillée, près de la porte Capène, une belle mosaïque qui représente une abside; à droite et à gauche du trône central de l’évêque, sont assis, sur deux rangs, de graves personnages à longues barbes; ceux du rang supérieur ont la mitre en tête , les autres sont de simples diacres.

Plus tard , quand les autels ne furent plus isolés , les évêques et le clergé quittèrent l’abside , et prirent leur place au haut du chœur.

Les salles carrées ou rondes placées dans les basiliques païennes en face des ailes, furent également conservées dans celles des chrétiens ; elles servirent de sacristies et de lieux de purification jusqu’à ce qu’on les changeât en chapelles latérales, comme nous le voyons à Rome dans les églises de St. -Marc, deSt.-Clément, de Ste. -Marie Transtéverinc , et dans plusieurs autres.

Si l’église de la Nativité, qui subsiste encore à Bethléem en Palestine, est réellement celle que Constantin fit bâtir à la demande d’Hélène sa mère ( et rien ne prouve le contraire), on ne doit pas être surpris qu’elle ressemble encore plus qu’aucune autre à la vraie basilique païenne , en ceci du moins , que les colonnes qui séparent les ailes de la nef supportent, au-dessous du mur extérieur sur lequel s’appuie le toit central, un entablement continu au lieu d’un rang d’arcs plein cintre.

Quoi qu’il en soit, les premières basiliques romaines, converties en églises par Constantin, ont été si promptement détruites, et celles que Théodose et ses successeurs rebâtirent sur une plus large échelle , ont éprouvé

tant d’altérations, que l’on en peut citer bien peu, même dans la capitale de la chrétienté, qui remontent à une date fort éloignée, et qui aient conservé les caractères de la basilique tels que je viens de les décrire.

La magnifique colonnade qui formait les ailes de St. -Jean de Latran , restaurée en 967 par le pape Serge III , après un tremblement de terre qui l’avait renversée , fut changée par Fontana en une suite de lourds piliers et d’arcades massives. La basilique de St. -Pierre, qui, depuis Constantin jusqu’à Jules II, avait conservé à l’extérieur son portique quadrilatéral, et à l’intérieur, ses quatre rangs de vingt-cinq superbes colonnes , fut abattue par ce pape , et réédifiée sur un plan tout à fait différent. L’ancienne nef de l’église de St. -Laurent devint un chœur sous la main du pape Adrien; et au commencement du xmc siècle, llonorius III ajouta une nouvelle nef à celle qui auparavant formait le chœur; de cette manière, le triforium ou galerie des femmes , introduit dans l’ancienne nef, est maintenant une partie du sanctuaire ; l’arc de triomphe fait face , non pas à l’entrée actuelle, mais à l’autel; et comme on a élevé le plancher de la vieille nef et du chœur moderne, pour pratiquer une crypte au-dessous , la colonnade qui l’environne semble s’enfoncer daus le sol. Nous pouvons dire que, parmi les plus anciennes et les plus importantes basiliques de la chrétienté , St. -Paul est la seule qui ait conservé la forme antique, sans altération essentielle, quoique dans le ixe siècle on ait divisé sa travée en deux parties, pour la consolider davantage, et que depuis on ait placé sur l’autel un ciboire en style gothique. Les restes de la forme primitive subsistent

encore à Ste.-Agnès, restaurée par le pape Symmaque; â St. -Laurent, où l’on voit le triforium ou galerie des femmes; ù Ste. -Croix en Jérusalem, ù Ste. -Marie in Cosmedin et à Ste. -Sabine, quoique ces dernières aient des traits plus modernes; à Ste. -Marie Majeure; dans les SSts.-Martin et Sylvestre, dont les ornements dans le goût nouveau sont magnifiques, à l'intérieur aussi bien qu'au dehors; à Ste. -Cécile, construite en 820, par Pascal 1er; à St.-Marc, bâtie en 836 par Grégoire IV ; et surtout à St. -Clément. Cette église, que l’on n’a jamais honorée du nom de basilique, présente cependant , sur une échelle plus petite , tous les traits essentiels des basiliques primitives, le vestibule, le chœur, les ambons, la travée, la confession, l'autel, les absides , tout offre l'image des édifices que nous décrivons ici. Ste.-Praxide présente encore bien des restes de la basilique ; mais au lieu d’être séparée du sanctuaire par un seul arc de triomphe, la nef est elle-même partagée et soutenue par plusieurs arcs semblables , placés à égale distance.

A Ravenne , considérée comme la capitale de l’Italie depuis le temps qu’Honorius en fît le siège de l’empire d’Occident jusqu'au milieu du huitième siècle, l’ancienne cathédrale, avec ses deux ailes, son chœur dans le centre de la nef, dont il était séparé par de petites colonnes , et son abside demi-circulaire, resplendissante de mosaïques, était un des plus magnifiques monuments du style des basiliques. Malheureusement elle fut démolie en 1734, pour être rebâtie sur les dessins de Buonamici de Rimini. Mais nous pouvons voir encore, dans la même ville, la forme primitive de la basilique complètement conservée dans la fameuse

église, située maintenant hors des murs, et élevée sur le tombeau de saint Apollinaire, qu’on suppose avoir été disciple de saint Pierre lui-même. Cette église, bâtie en briques fort minces ou tuiles , comme les anciens édifices romains, fut terminée en 549; elle était autrefois précédée d’un portique quadrilatéral ; des colonnades de marbre d’Hymette , où le chapiteau corinthien est assez grossièrement imité , séparent la nef des ailes , et supportent des arcades plein cintre , sur lesquelles pose un mur percé de doubles fenêtres également plein cintre; l’ensemble est d’un effet grandiose et imposant. Douze degrés conduisent au sanctuaire placé au-dessus d’une crypte environnée d’une galerie, et en même temps à l’autel et à l’abside , qui servait de presbytère. Cette abside, circulaire à l'intérieur, est polygone au dehors, comme celle de St. -Jean do Latran à Rome. Ravenne présente aussi plusieurs traits du modèle primitif dans les autres basiliques qu’elle renferme, par exemple, dans celle de St. -Martin, dont la fondation est attribuée à Théodorie, et qui prit le nom de St. -Apollinaire di denlro, depuis que l’on y a transporté le corps de ce saint; dans celle de Sic. -Agathe Majeure, bâtie par saint Exuperantius à la fin du iv* siècle ; et enfin dans l’église du St. -Esprit, qui est d’une construction encore plus moderne ‘.

Dans les lagunes de Venise, à l’île de Torcello, on retrouve la forme de la basilique parfaitement conservée dans l’église de Ste. -Marie ou du Dôme, dont on a déjà parlé, bâtie en 1008, par Orso Orseolo, évêque du diocèse. Derrière un porche ou portique d’un tra-

• Voyez d’Agincouil.

vail assez grossier, est la nef, séparée des ailes par des colonnes dont les chapiteaux, imités de l’ordre corinthien, supportent, au-dessus de petites arcades en plein cintre, des murs percés de fenêtres et surmontés d’un plafond en bois; à l’extrémité de la nef, s’élève le chœur environné d’une balustrade de petites colonnes alternant avec des planches de marbre richement sculptées; derrière ce chœur, comme dans St. -Apollinaire à Ravenne, est une crypte dont le contenu se voit à travers la galerie qui l’entoure ; au-dessus de cette crypte, l’autel, et plus loin, l’abside demi-circulaire ; là, au haut d’un escalier de douze degrés, paraît le trône de marbre de l’évêque , qui domine les sièges du clergé disposés en amphithéâtre dans la courbe de l’abside; c’est le plus magnifique presbytère que je connaisse.

A Parenzo en Tstrie , nous trouvons une basilique bâtie en 540, par l’évêque Eufrasius ; elle est précédée de son portique quadrilatéral; les ailes sont séparées de la nef par des colonnes qui supportent des arcades plein cintre, et l’abside demi-circulaire renferme le trône de l’évêque et les sièges des prêtres , le tout enrichi de mosaïques. Je puis indiquer aussi à Vérone, l’ancienne église de St.-Zeno , attribuée par les uns aux rois Lombards, et par les autres, à Pépin , fils de Charlemagne. Elle nous présente une nef séparée des ailes par des colonnes dont les chapiteaux, formés d’animaux monstrueux, supportent de petites arcades plein cintre, et au-dessus un mur percé de petites fenêtres et surmonté du plafond. Mais ici, comme dans Ste.-Praxide à Rome, au lieu d’un seul grand arc de triomphe séparant la nef du sanctuaire, ce sont

plusieurs arcades posant sur des colonnes détachées de celles de la nef et plus élevées qu’elles ; cette colonnade touche aux deux murs latéraux, et coupe ainsi l’église dans toute sa largeur. Le corps de saint Zeno est renfermé daus une crypte aussi vaste que l’église elle-même , et dans laquelle on descend par de nombreux degrés qui partent des ailes. Autour de cette crypte , sont de petites colonnes disposées en quinconce , à chapiteaux lombards , à arcades plein cintre, et supportant le plancher d’un splendide sanctuaire; celui-ci s’unit à la nef par douze marches aussi larges qu’elle , et renferme , par delà la dernière arcade, un grand autel élevé sur la tombe du saint et parfaitement en vue de toutes parts. Près de Bergame , sont les ruines d’une basilique consacrée à sainte Julie, avec trois absides à l’extrémité de la nef et des ailes; et Bergame même possède une église de St.-Thomas, avec deux rangs d’arcades rondes dans l’intérieur.

L’église de St. -Ambroise à Milan présente d’abord une cour carrée, bâtie probablement plus tard que le reste de l’édifice , par l’archevêque Auspert , qui mourut en 882; au-dessus des ailes sont des galeries pour les femmes; le toit est cintré; une crypte renferme le corps du saint entouré d’une forêt de petites colonnes qui supportent le sanctuaire et l’autel, derrière lequel se trouvent l'abside et le presbytère. Quoiqu'on lui donne le nom de basilique, elle en a moins conservé la forme que deux autres églises dont je vais parler : l'une est San Miniato près de Florence, bâtie en 1013, sous l’empereur Henri Ier, par l’évêque Hildebrand ou Alibrando, comme l’appelle Vasari. La nef, fortifiée par des arcs transversaux , supporte un simple toit en

bois de charpente; on descend par un long escalier central, dans une crypte vaste et élevée, de laquelle partent de chaque côté d’autres escaliers qui montent vers le chœur; celui-ci, placé au-dessus de l’église souterraine , est soutenu par une foule de colonnes, et derrière l’autel se trouve , comme d’ordinaire, l’abside ou tribune demi-circulaire. L’autre est la cathédrale dePise, fondée en 1094 par Boschetto de Dulichium; elle présente, jusqu’à un certain point, les memes caractères, quoiqu’elle s’éloigne des formes de la basilique dans le dessin de sa travée.

Dans l’Europe Cisalpine , on peut citer bien peu de monuments d’architecture religieuse assez anciens, ou assez exactement modelés sur les édifices de Home, pour nous présenter complètement la forme de la basilique, à moins qu’on n’y rattache en France la célèbre abbaye de Cluny, commencée environ en 910, par Berno, abbé de Ste. -Baume, terminée seulement en 1069 par l’abbé Hugues, et détruite pendant la révolution. Car quant à l’église de Milbourne, dans le Derbyshire en Angleterre, quoiqu’on en fasse remonter la construction au vu' siècle , quoiqu’on prétende qu’elle se terminait à l’est par trois absides, et qu’enfin sa partie occidentale soit encore précédée du vestibule ou narthé, elle ne présente dans son ensemble que le dernier style lombard.

HISTOIRE DE l’aIICHIT ECTURE.

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