PAR SON INTRODUCTION
Il paraît que les anciens ont fabriqué des vases et d’autres ustensiles en verre , longtemps avant d’avoir appliqué cette substance à la fois impénétrable et diaphane à son emploi le plus utile et le plus agréable, qui est de préserver les appartements du froid et de l’humidité , tout en y laissant entrer la chaleur et la lumière du soleil. Ne connaissant pas ces légères feuilles de verre, dont nous nous servons aujourd’hui, ils ne pouvaient^éclairer vivement une pièce, sans l’exposer en même temps à toute l’inclémence des saisons; voulaient-ils au contraire la protéger efficacement contre le vent et l’humidité ? ils devaient interdire tout accès à la lumière du jour, et se contenter du pâle éclat des lampes. En général, tous leurs efforts tendirent à trouver un milieu entre les deux extrêmes; ou ils laissaient pénétrer quelques rayons de lumière , rares et obliques, entre les extrémités des solives qui formaient le toit; ou ils pratiquaient sous l’abri immédiat des larmiers , une espèce de fenêtre large et basse , dont l’ouverture perpendiculaire s’arrêtait assez loin du sol pour
ne pas exposer l’intérieur à la pluie, mais d’une autre part , ne descendait pas assez pour permettre d’appercevoir les objets extérieurs. L’influence de cet état de choses s’étendit, comme nous l’avons déjà observé, à tout le système architectonique. De là vint que les petits temples ne pouvaient recevoir la lumière voulue, que par une immense porte d’entrée toujours ouverte ; et que les grands, n’ayant d’autre toit que le ciel, n’offraient guère un meilleur abri que les cours mêmes dont ils étaient environnés. Tel était, non-seulement le magnifique temple de Minerve à Athènes, mais même le Panthéon à Rome, dont la vaste ouverture centrale ne permettait d’en voir toutes les beautés, qu’à condition de laisser souvent inonder parles pluies le superbe pavé de l’édifice. De là vint que les bâtiments construits dans un but de réclusion ou de sécurité , ne présentaient à l’extérieur aucune fenêtre ; tous les dégagements s’ouvraient à l'intérieur sur une vaste cour ou impletorium, et, au lieu des fenêtres multipliées de nos habitations modernes, la rue n’offrait aux yeux qu’un mur nu et complètement impénétrable. De là vint enfin, que dans un si grand nombre d’appartements de toute espèce , on ne pouvait se procurer la chaleur et le confortable, qu’en se privant absolument de fenêtres ou d’ouvertures, de quelque genre que ce fût. Cela est si vrai que, dans les bains de Titus, on trouva le beau groupe du Laocoon dans une pièce ornée des marbres les plus précieux , mais où l’on ne pouvait rien voir qu’à l’aide d'une lumière artificielle. 11 est certain cependant que dans les derniers temps les carreaux de Yitre ont été employés, du moins dans les maisons les plus élégantes, puisque Pline , en décri-
vant sa villa d’hiver de Laurentiurn , parle d’une porte vitrée qui séparait et en même temps réunissait deux pièces. Il y a plus, l’absence de la vitre semble avoir influé sur toute la vie domestique des anciens; elle les détermina à prendre la place publique ou le forum pour le lieu habituel de leurs transactions journalières, et à consacrer la nuit à toutes les occupations qui réclament le foyer domestique, à l’étude, aux repas, aux réunions intimes ; pour eux l’intérieur des maisons était la nuit , l’extérieur le jour ; elle peut avoir aussi contribué à rendre le séjour des catacombes et des souterrains beaucoup plus supportable aux premiers chrétiens , qu’il ne le serait pour nous.
Il serait difficile de déterminer l’époque où le verre commença à être habituellement employé pour les fenêtres ; ce doit être vers le ivc siècle , et avant l’érection des grandes basiliques chrétiennes, car nous voyons, dans les nefs et les ailes de ces édifices, des fenêtres trop nombreuses et trop larges pour supposer qu’elles aient été entièrement privées de vitraux ; et Bède nous apprend qu’en 680, l’abbé Biscopius avait envoyé en Gaule, avec les missionnaires, des fabricants de verre pour les fenêtres.
Si , même après Théodose , on trouve dans quelques chapelles funéraires des fenêtres si étroites, qu’elles ressemblent à de vraies meurtrières par exemple, dans la chapelle que Placidie fit bâtir ùRavenne pour ses parents, et dans celle que Constantia éleva à son père, c’est que probablement on eut l’intention expresse d’augmenter l’obscurité de ces lieux. C’est ainsi que plus tard, dans les églises des couvents, la règle générale fut de resserrer les fenêtres ou de les couper par des pi-
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liers, de sorte qu’elles admettaient rarement la lumière en ligne directe. Dans l’église de St.-Zeno (pi. 6) à Vérone, lesfenètres formant un cercle autour dufaite delà muraille, sousla corniche, présentent, en quelque sorte, une bande de balustrades; mais ceci avait pour but de favoriser par un jour plus sombre les saintes méditations des moines, et peut-être les miracles des ministres delà religion.
Les anciennes basiliques n’étaient pas, comme les églises modernes , tournées vers quelque point particulier de la boussole. Ste. -Marie Majeure bâtie par le pape Libère, qui mourut en 366, regarde l’orient; mais la direction des autres églises de Rome se croise en tout sens. L’habitude de s’exposer à toute sorte d’inconvénients , plutôt que de ne pas tourner vers l’orient le sanctuaire des églises, date d’une époque plus récente.
Assurément les anciennes basiliques avaient, dans leur construction, des défauts plus essentiels que celui-là; généralement elles n’étaient guère qu’une macédoine de fragments incohérents ; matériaux , couleurs, formes, proportions, main-d’œuvre, rien n’était en harmonie; la rudesse s’alliait partout à l’élégance ; et cependant, grâce à la simplicité de l’ensemble et à l’accord qui règne dans la distribution générale, les basiliques déploient une grandeur qu’on ne trouve ni dans l’architecture de Rome païenne, après qu’elle eut renoncé au système si rationnel des Grecs, ni surtout dans ce qu’on a nommé la renaissance de cet art , dans cette architecture que l’Italie moderne a surchargée de tant d’extravagances. La longue nef et les ailes séparées par des rangs réguliers de colonnes isolées; l'escalier qui souvent descendait de chacune des
ailes, dans la crypte mystérieuse où se trouvait le tombeau du saint patron environné d’une forêt de pilastres ; les degrés plus larges et plus magnifiques qui conduisaient au sanctuaire élevé au-dessus de cette crypte ; au centre du chœur, l’autel du Seigneur placé directement sur le tombeau, visible à tous les regards dès l’entrée de l’église, noblement couronné par un dais, et s’appuyant sur la grande abside, dont l’arcade correspondait avec l’arc de triomphe du chœur; l’hémicycle contenant le trône de l’évêque et les sièges du clergé, disposés en amphithéâtre; tout cela donnait à quelques-unes de ces basiliques , à St. -Paul , par exemple, et au vieux St. -Pierre de Rome, une apparence imposante et majestueuse, que n’égale pas le nouveau St. -Pierre lui-même, bâti aux frais de toute la chrétienté , et auquel son merveilleux dôme ajoute tant de splendeur.