DE QUELQUES EDIFICES CIRCULAIRES OU POLYGONES
Rome païenne possédait plusieurs édifices circulaires ou polygones. Les uns étaient des temples, les autres des tombeaux, quelques-uns avaient d’autres destinations. On peut ranger dans la première classe deux bâtiments ornés de colonnades extérieures , l’un dans la ville même , l’autre à Tivoli , qu’on appelle les temples de Vesta; peut-être aussi la rotonde nommée aujourd’hui le Panthéon , et l’édifice décagone qu’on a intitulé le temple de Minerve llygiée. Cependant le beau lavoir en porphire trouvé dans la rotonde, sur l’emplacement même où étaient, dit-on, les thermes d’Agrippa, et la statue de Minerve llygiée découverte dans le décagone, indiquent plutôt que ces édifices faisaient partie de ces bains publics, qui étaientles vrais temples de la santé. Dans la seconde classe se distinguaient les mausolées de Cécilia Meteila, d’Auguste et d’Adrien.
ANocera, sur la route entre Naples et Salerne, il y avait un temple circulaire , converti depuis en église ; et parmi les ruines du palais de Dioclétien à Spalatro, nous en trouvons un de forme octogone consacré, diton, à Jupiter.
Comme dans le christianisme primitif le baptême
se pratiquait toujours par immersion et hors de l’église, l’édifice destiné à administrer ce sacrement, n’était pas moins nécessaire aux fidèles, que celui où ils célébraient les autres cérémonies du culte. Aussi, ù peine Constantin eut-il fait don au pape Sylvestre de la basilique de Latran, qu'il érigea derrière elle un baptistère, et pour que les assistants pussent apercevoir de tous les côtés la piscine qui servait de fonts baptismaux , il lui donna la forme octogone , déjà adoptée pour les salles des bains publics, et imitée ensuite dans la plupart des baptistères élevés en Italie. Ce bâtiment dont le toit est supporté par les huit plus grandes colonnes de porphire que l’on connaisse , fut consacré à St. -Jean-Baptiste, comme l’ont été depuis tous les édifices semblables , et donna peu à peu son nom à la basilique de Latran , dont il dépendait.
Plus tard, l’empereur Constantin bâtit encore à l’autre extrémité de Rome, près de la basilique de Ste. -Agnès , un autre baptistère, mais cette fois il lui donna la forme circulaire. A la mort de Ste. -Constance sa fille , il en changea la destination primitive et en fit une chapelle funéraire où il plaça le magnifique sarcophage de la princesse, fait en porphire, et maintenant conservé au Vatican, comme objet de curiosité. Les scènes de vendanges, représentées en mosaïque sur les voûtes de l’édifice et en relief sur les faces du sarcophage, ont fait conjecturer depuis que l’un et l’autre avaient quelques rapports avec le culte de Bacchus. C’est une erreur, puisque ces symboles appartenaient aux premiers chrétiens. On s’est trompé de même à l’égard d’une autre église circulaire de Rome, consacrée en 470 à saint Etienne par le pape Simpli-
cius. On a dit d’abord que c’était un temple de Faune, puis un temple de Claude ; mais les colonnes sont de grandeur différente , elles appartiennent à divers ordres, et leurs matériaux ne sont pas les mêmes; les unes sont de granit, les autres de marbre; celles-ci lisses, celles-là cannelées; il y en a d’ioniques et de corinthiennes, d’inachevées et de complètement terminées; quelques-unes n’ont pas de base, d’autres en ont deux l’une sur l’autre ; tout cela prouve que cet édifice est, comme St. -Paul et les autres basiliques primitives, un amas de matériaux enlevés par les chrétiens à d’anciennes constructions païennes. En réalité, le seul édifice circulaire de Rome qui ait été converti en église sans subir d’altération , est cette magnifique rotonde que le pape Boniface IV consacra à la Vierge en l’an 607 ; et sa nouvelle destination aussi bien que sa conservation parfaite , peuvent nous faire conclure qu’elle n’a jamais été un temple. L’impératrice Hélène avait adopté la forme circulaire des églises romaines que je viens de nommer, pour celle qu’elle fit bâtir sur le saint sépulcre à Jérusalem , peut-être dans l’intention de lui donner plus de ressemblance avec un mausolée; aussi, tandis qu’on imitait ordinairement dans les baptistères la forme polygone de celui de Constantin, on adopta en général la forme circulaire pour les églises dont on voulait faire des chapelles funéraires, ou que l’on bâtissait en mémoire du saint sépulcre de Jérusalem.
C’est ainsi que nous voyons à Ravenne un vieux baptistère octogone ; quoiqu’il soit séparé du dôme bâti en 540, par saint Orso, il date probablement de la même époque ; il est formé de deux cercles chacun de
huit arcades; le moins élevé s’appuie sur des colonnes dont les chapiteaux ne sont qu’une grossière imitation du chapiteau corinthien , et supporte un dôme formé de tubes ou cylindres creux en briques. A Bologne au milieu de ce groupe d’églises , de cloîtres et de cryptes que l’on a réunis sous le nom de basilique de St. -Étienne, on remarque un bâtiment polygone qui parait avoir été le baptistère primitif de la ville, construit par les rois lombards, Luitprand et Elprand , aussi bien que les fonts baptismaux qui lui appartiennent. À Canosa, l’ancienne Canusium, il y a un bâtiment dodécagone , style grec du bas empire ; et à Parme (pi. 7), le fameux baptistère, octogone extérieurement, à seize faces intérieures, commencé en 1 196, par Benoit Àntclami, et terminé vers 1260. Au-dessus de quatre portiques richement sculptés, est une espèce de ceinture formée de plusieurs rangs de petites colonnes à entablements étroits , et d’un dernier rang plus élevé, supportant des arcades plein cintre; l’intérieur, distribué à peu près de meme, se termine par une ceinture d’arcs en ogive ; les seize côtés et les nervures qui les séparent convergent au faite en un centre commun. A Vérone, l’église de San Giovani in Fonte, qui n’est autre qu’un baptistère, est octogone ; à Crémone , â Volterra , à Pistoie et à Florence, nous voyons également des baptistères isolés et octogones , dont la plupart furent ensuite revêtus de feuilles de marbre noir et blanc; à Padoue(pl.8), on remarque un très-ancien bâtiment dont la première partie à la forme carrée, et la dernière, la forme ronde; et à Pise, le fameux bâtiment circulaire entrepris en 1 1 7 1 . On peut citer en deçà des Alpes, à Paris, l’ancien
baptistère connu sous le nom de St.-Jean-le-Rond; un autre à Worms abattu pendant la révolution ; celui de St. -Martin à Bonn, qu’on suppose avoir été bâti par sainte Hélène; il était du même style que Ste.-Constance à Rome; il tomba de vétusté en 1813.
Quoique l’on rencontre rarement la forme octogone dans les églises , on la trouve cependant parmi les ruines d’Hiérapolis; on cite encore l’église de St.-Siméon-Stylite qui renferme au centre une colonne en mémoire de celle sur laquelle le saint passa sa vie. A Ravenne, on peut voir la chapelle que Amalasonthe éleva à son père Théodoric ; elle est de forme circulaire appuyée sur une base décagone, maintenant ensevelie sous les eaux; elle a perdu aussi la colonnade dont elle parait avoir été décorée comme le mausolée d’Adrien à Rome; mais elle conserve encore tout entier son dôme formé d’un seul morceau de marbre d’Istrie, de 34 pieds de diamètre et de trois pieds et demi d’épaisseur; sous ce dôme était le sarcophage du roi , en porphire.
Là aussi nous trouvons l’église de St.-Vitalis, circulaire à l’extérieur, octogone en dedans, consacrée par saint Maximien, archevêque de Ravenne , vers le milieu du vie siècle. Pise possède une église ronde près de la porte de Rome ; Brescia (pl. 9), une ancienne cathédraleronde attribuée au roi lombard Grimoald. Charlemagne lui-même se servit des colonnes de granit et de porphire qu’il avait enlevées du palais de l’exarque à Ravenne, pour bâtir en 796, à Aix-la-Chapelle, une église qui devait être son monument funéraire. Cette église, détruite depuis, fut rétablie par l’empereur Othon III, sur le modèle du St. -Sépulcre à Jérusa-
lem; et le St. -Sépulcre lui-même avait été rebâti en 813 sur son ancien plan, par Charlemagne, avec la permission du calife Haroun Alraschild.
Au v* siècle, saint Grégoire fonda à Dijon la singulière église de St. -Bénigne, abattue pendant la révolution. Autour d’un centre commun, s’élevaient successivement trois galeries circulaires supportées par 104 colonnes de marbre. St.-Grégoirc en avait fondé une semblable à Trêves. La révolution française a également détruit à Bonn les deux églises rondes de St. -André et de St.-Kemi, bâties, dit-on, par sainte Hélène , et qui datent certainement des premiers âges du christianisme. En Angleterre, à Cambridge et à Northampton, il existait des églises circulaires consacrées au saint sépulcre , avant même que l’ordre des templiers institué en 1118 pour la défense du temple de Jérusalem, eut bâti l’église du Temple à Londres; celle-ci est de l’année 1 183.