‹ Histoire de l'architecture de Th. Hope Texte. 1Chapitre 2 sur 126 · DE L’ARCHITECTURE · texte numérisé non relu

DE L’ARCHITECTURE

En tout pays , l’homme a senti la nécessité d’ajouter à ce moyen de protection contre l'influence de l’atmosphère, que l’on porte partout avec soi, et que l’on nomme le vêtement, une autre sorte d’abri, plus vaste , plus indépendant , plus immeuble , qui lui offrît plus de commodités, plus de sécurité, et qui pût renfermer avec sa personne , les biens qu’il possède.

Partout où la construction de ces abris a été une conséquence , non de l’imitation des procédés d’un autre peuple , mais des exigences spéciales du climat , des inconvénients à éviter, des avantages à atteindre, de la nature des matériaux qui se présentaient à l’ouvrier , l’architecture , comme une plante indigène modifiée par la nature du sol et de l’atmosphère qui la nourrissent , a un incontestable caractère d’originalité. Née directement de certains besoins , destinée à les satisfaire, et ayant mis à profit, pour arriver à ce but, toutes les facilités qui lui étaient offertes, elle présente , malgré sa simplicité native, des traits et des

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formes évidemment en rapport avec le milieu dans lequel elle s’est développée , et qui la distinguent de l’architecture des autres nations placées dans des circonstances différentes.

Le Sauvage des côtes de la Nouvelle-Zélande ne possède aucun bien, ne s’inquiète ni de sa femme, ni de ses enfants , concentre tout son intérêt sur sa hideuse individualité , encore ne demande-t-il pour soi qu’un abri , pendant les heures de repos , contre la rage des vents et des bêtes féroces. Que fait-il? Il creuse dans le sable, pour cacher son corps , un trou un peu plus grand qu’il ne le demanderait pour sa sépulture.

Le Caraïbe , errant dans les forêts vierges du Nouveau-Monde , au lieu d’une demeure enfouie dans le sable mouvant , se taille , dans le tronc d’un arbre déjà creusé par le temps, une habitation qui n’est pas fort étendue, sans doute, mais dont les fondements sont enracinés dans le sol, et dont le toit se balance dans le vide des airs.

Sur le plateau élevé de l’Asie centrale, leTartare n’a d’autre richesse que ses troupeaux ; dès qu’un pâturage est épuisé, il doit transporter dans un autre sa famille et son bétail; il aura donc une demeure qui puisse le suivre partout, aussi légère, aussi facile à déplacer que l’exige sa vie errante, et qui s’accorde avec ses besoins et ses ressources. Aussi la construit-il avec les peaux des animaux dont la chair le nourrit. En route , il les déploie pour en couvrir le chariot qui transporte sa famille; veut-il s’arrêter un instant? il les étend sur des pieux de bois , les attache avec des épingles de bois, et ne s’occupe jamais d’affermir dans le sol les fondements sur lesquels elles reposent.

A une époque très-reculée, quelques hordes de ces tribus tartares s’avancèrent vers l’Orient, et arrivèrent dans un pays fertile ; là , ils furent arrêtés par de larges rivières, et, au delà de ces rivières, par un immense océan dans lequel les fleuves allaient se perdre; mais la terre, par sa fertilité, les consolait des obstacles qu’opposaient à leur vie errante ces eaux mêmes auxquelles elle devait son abondance ; elle les porta à changer leur existence toute pastorale en une vie agricole; ils aimèrent mieux se fixer dans ces lieux, que de revenir sur leurs pas; mais dès lors ils ne pouvaient plus conserver leurs immenses troupeaux , il leur était impossible, en conséquence, de ne se servir que de peaux pour leurs maisons ; ils durent donc se construire des habitations plus durables en employant les matériaux qu’ils trouvaient à leur portée ; n’ayant plus besoin de transférer leurs demeures d’un lieu à un autre , ils se trouvèrent heureux de pouvoir la fixer dans le sol. Au lieu de tentes de peaux de bêtes, ils se bâtirent des maisons solides en bois, en pierre, en terre plus ou moins cuite , en brique , en faïence même , et en porcelaine.

D’autres tribus asiatiques descendirent des hautes et froides montagnes du Thibet dans les plaines brûlantes del’lndostan. Là, ils trouvèrent, sans doute, un pays excellent pour la culture , mais en même temps ils sentirent l’ardeur dévorante des plus chauds rayons du soleil. Il s’en suivit que leur mode de construction offrit dès le principe des formes complètement opposées à celles des tentes de la Tartarie. Renonçant à toute pensée d’émigration ultérieure, jaloux seulement de trouver un abri réellement efficace

contre la chaleur, ils creusèrent, dans les rocs stériles qui environnaient leurs vastes plaines , des habitations aussi inébranlables que la terre elle-même , et qui formaient un seul corps avec les montagnes au sein desquelles elles plongeaient. Ces demeures si commodes pour eux pendant la vie semblaient devoir l’être davantage encore après la mort. Ainsi s’élevèrent les miraculeuses excavations du Bahar; ainsi furent formées le long des rives du Gange et de l’Indus, ces cités souterraines , dont les unes servaient de retraite aux vivants, et les autres de tombeaux aux morts.

Mais , dans un pays où l’inépuisable fertilité du sol fournissait une nourriture facile et abondante, la population se multiplia rapidement; bientôt elle fut forcée de s’avancer dans la plaine , loin des collines environnantes, et peu à peu elle se vit obligée d’élever ù la surface du sol , le long du rivage des fleuves , ces mêmes demeures qu’elle pouvait creuser dans les entrailles de la terre , tant qu’elle était restée dans le voisinage des rochers. Les habitants bâtirent leurs maisons, au lieu de les enfouir; au lieu de pratiquer des excavations dans une masse solide, ils coupèrent le vide de l’air par des murailles impénétrables; et ces portions de roc qu’ils rejetaient auparavant, comme un encombrement inutile, ils les recherchèrent dès lors, comme les matériaux les plus nécessaires à leurs besoins.

Cependant , plus on s’éloignait des montagnes , plus les difficultés du transport des pierres augmentaient, plus on répugnait à en courir les risques pour les édifices de peu d'importance ; partout où les rivières, dans des débordements annuels et de fréquentes inonda-

lions, déposaient du limon et produisaient une abondante moisson de joncs et de roseaux, ces plantes offraient des matériaux en si grand nombre et si aisés à déplacer, que, tout légers et fragiles qu’ils fussent, on les préférait à des matières plus solides. Les difficultés de transport et de construction eussent fait payer trop cher ce dernier avantage.

Les murailles des maisons privées de l’Inde furent dès lors formées du limon trouvé dans le lit des rivières, des canaux et des étangs ; les toits, des roseaux qui croissaient sur leurs rives. Ainsi l’on passa d’un extrême à l’autre, d'une indestructible solidité à une fragilité excessive. Les temples et les tombeaux, œuvres de la religion ou de la superstition des peuples , furent les seuls édifices qui parurent exiger une plus grande stabilité; pour eux, on continua d’arracher aux carrières et aux catacombes d’immenses blocs de pierre, de les transporter, avec des travaux infinis, dans les plaines éloignées, et là, de les entasser de nouveau en édifices capables de résister même aux plus puissants efforts du temps.

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