‹ Histoire de l'architecture de Th. Hope Texte. 1Chapitre 24 sur 126 · CARACTÈRES DISTINCTIFS DU STYLE LOMBARD · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DISTINCTIFS DU STYLE LOMBARD

De toutes les parties architectoniques de ce style , celle qui s’éloigne le moins de l'antique, c’est la colonne; elle est seulement plus grossière et plus lourde. La base est souvent un simple bloc de pierre, rond au sommet, carré sur les flancs; le fut est quelquefois conique , comme dans les petites colonnes du palais de Frédéric Barberousse, à Gclnhausen, en Allemagne; en général, le diamètre est le même du haut en bas, mais il n’y a aucun rapport déterminé entre la hauteur et le diamètre. Quand les matériaux sont légers, comme il arrivait souvent dans le Nord , et que la solidité dépend de l’étendue de la circonférence, les colonnes semblent n’être rien qu’un tronçon court et épais, comme ù Carcassonne, à Norwich, à Glocester, à Durham. Et en effet, on a découvert qu’elles se com-

posaient alors de pierres carrées creuses, dont le vide intérieur était comblé par des décombres ou des cailloux liés avec du mortier. Quand les matériaux sont plussolides , ouqueles colonnes serventsimplement d’ornement à un mur, elles offrent souvent l’apparence d’un jonc grêle et menu qui monte vers la corniche ou d’une corde qui en descend , comme aux portails de St. -Michel à Pavie (pl. 32), ou du Dôme à Plaisance (pl. 29). Quelquefois le fût est lisse et continu de la base au chapiteau; quelquefois il est disposé par tambours, et chaque intersection, revêtue d’une bande ornée de moulures; tantôt cette bande entoure simplement la circonférence de la colonne, tantôt elle court en cordon d’un fût à l’autre; ainsi: l’abside de St.-Jean-de-Latran à Home , l’église de Gallerata sur la route de Milan , celle de St. -Saturnin à Toulouse , le Dôme à Carcassonne, et l’église de Boppart (pl. 38) sur le Rhin. Parfois, d’un tambour inférieur, dont la circonférence est plus vaste, il s’en élève un autre plus haut, mais d’un moindre diamètre , comme autour de l’abside de St.-Saturnin et dans la nef de l’église de Carcassonne. 11 arrive que, lorsque les colonnes supportent des arcs sous une corniche en talus ou sous un fronton, elles suivent l'obliquité de ces dernières parties, et sont de plus en plus hautes , à mesure quelles approchent du centre; témoin le portail de St. -Michel à Pavie (pl. 32) , St. -Ambroise à Milan , et l’église de Castle- Rising dans l’Yorkshire. Les colonnes de grande dimension et qui ont à supporter un poids considérable, comme celles de la nef, sont ordinairement isolées. Les colonnes adossées ou engagées sont souvent doublées antérieurement ou latéralement par de moindres

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fûts. Quand les colonnes sont petites et soutiennent des arcs légers, comme dans les galeries intérieures des bas côtés, ou sous le toit extérieur des églises, ou encore autour des cloîtres, elles sont tantôt solitaires, tantôt doublées. Dans ce dernier cas, elles sont ou adossées à l’imposte, ou nichées dans son épaisseur, ou l'un et l’autre alternativement, comme dans l’église de Boppart (pl. 38), et dans les cloîtres de St. -Laurent et de Ste. -Sabine à Rome; là les colonnes solitaires alternent avec les doublées , mais les premières portent des modillons pour donner aux impostes des arcs une base aussi profonde que l'architrave des colonnes doublées. L’église de Boppart et beaucoup de cloîtres ont aussi des colonnes quadruplées. Dans les portes et fenêtres à jambages biais, nous voyons souvent un certain nombre de colonnes grêles, égales en hauteur et en diamètre, placées en perspective et supportant chacune son arc particulier parallèle à ceux des autres colonnes; mais on ne trouve nulle part dans ce style un large pilier isolé, présentant l’apparence d’un faisceau de fûts grêles qui forment, par leur prolongement au-dessus du chapiteau, autant de nervures partant d’un point commun. Souvent pour fortifier ou orner un édifice, au lieu d’adosser simplement des colonnes au mur, on y encastrait des demi-colonnes ou pilastres , en général si menus relativement à leur hauteur, qu’ils ressemblent à des tuyaux de gouttière ; on en voit de cette espèce dans les parties latérales de Gallerata, dans les absides de St. -Michel à Pavie, du Dôme à Vérone (pl. 39), de la cathédrale de Spire, et dans la nef de St. -Saturnin àToulouse. Le vieux style lombard a bien, il est vrai , des colonnes en faisceau , mais alors

elles sont simplement adossées au mur, comme dans le portail de St.-Michel à Pavie, du Dôme à Plaisance, etc. Quelquefois, particulièrement dans les porches et les tombeaux, on voit des colonnes de petite dimension qui, au lieu de s’élever immédiatement du sol, posent sur le dos d’animaux debout ou couchés à terre ; par exemple, dans les portails des Do mes deV érone, F errare, Parme, Mantoue, Modène, Plaisance, Bergame, et dans beaucoup d’autres ; dans la chaire de Sienne ; dans le dais qui couronne le tombeau de St.-Eustorge à Milan ; toute la colonnade du portail et de l’abside du Dôme de Worms (pl. 40, 41) s'appuie sur des corps d’animaux monstrueux. Parfois les colonnes ne trouvent sur le sol aucun support immédiat, elles en sont séparées par des modillons sur lesquels elles s’élèvent; on en voit de cette espèce dans le portail de l’édifice appelé le Palais de Théodoric à Ravenne; autour du clocher de la petite église qui sert de chapelle au palais de Milan; contre celui de Ste.-Croix en Jérusalem à Rome (pl. 42); dans la coupole de Certosa près de Pavie ; dans le portail du Dôme de Lodi ; dans la nef de St. -Saturnin à Toulouse; à l’extrémité orientale de la cathédrale de Poitiers; au-dessus du portique latéral de la cathédrale de Worms; et dans le palais de Frédéric Barberousse (pl. 43) à Gelnhausen. Les grandes colonnes nécessaires au corps de l’édifice sont généralement rondes et lisses; les plus petites, qui ne servent que d’ornement, sont souvent polygones , ou cannelées, ou rubanées, ou en treillis, ou formées de moindres colonnes, unies l’une à l’autre en faisceau, en spirale, en zigzag, ou de toute autre manière plus ou moins fantastique; voyez, entre autres, les cloîtres de

St.-Jean-de-Latran (pi. 25) et de St.-Paul à Rome ; celui de St, Sauveur à Aix ; et la grande porte occidentale de la cathédrale d’Àutun. On trouve parfois de petites colonnes que l’on dirait brisées , témoin, la galerie nord de la cathédrale de Vienne en Dauphiné, et le portail sud de celle de Worms. Parfois enfin, des fûts grêles doublés ou quadruplés sont entortillés ensemble de manière à former un véritable nœud, comme dans l’hôtel de ville de Côme, et dans le portail de San-Quirico.

Les chapiteaux des colonnes et des pilastres , dans les édifices lombards , n’étaient d’abord qu'une grossière imitation du dorique, du corinthien et du composite. Dans la vieille église lombarde de St. -Gravier près d’Aix , les pilastres, chapiteaux et corniches sont lourdement empruntés au style romain; dans la nef et le portail nord d’Autun , la main-d’œuvre est supérieure. Les chapiteaux de l’intérieur de St. -Apollinaire à Valence se rapprochent beaucoup de l’ordre corinthien, tandis que les pilastres de l’église lombarde d’Autun, cannelés et dans les proportions du composite, ont pour chapiteaux des animaux monstrueux. Plus tard , on les orna de fers de lance , de rinceaux , de rouleaux diversement disposés; on peut en voir de cette espèce dans une foule d’églises et de monastères en Italie, en France, en Suisse, en Allemagne, en Angleterre ; particulièrement à Rome , dans les cloîtres de St.-Jean-de-Latran et de St.-Paul ; à Vérone, dans celui de St.-Zeno (pl. 6) ; à Zurich, dans le porche de la cathédrale (pl. 44, 45 , 46) ; à Aix , dans celui de St. -Sauveur ; à Gelnhausen , dans celui du palais de Barberousse (pl. 47). Dans quelques endroits, les chapiteaux sont formés de cônes renversés dont les

quatre côtés sont aplatis, par exemple, dans les cloîtres de Zurich et de Schaffouse, dans la cathédrale de Spire, dans les clochers de Worms, dans plusieurs églises de Cologne, et dans la tour de St.-Ethelbert, à Canterbury. Un grand nombre de chapiteaux présentent l'image d’êtres animés de toute espèce , réels ou fantastiques. Les plus beaux échantillons de cette manière existent à Bologne, dans la galerie supérieure du cloître St.-Étienne ; à Modène et à Parme, autour des cathédrales; dans les églises de St.-Saturnin à Toulouse, de St.-Trophime à Aix, de St.-Germain-des-Prés à Paris ; et dans la cathédrale de Canterbury. Souvent, avons-nous dit, les colonnes ne sont supportées que par un modillon , souvent aussi elles ne supportent aucune partie de l’édifice, si ce n’est un simple couronnement. Telles sont celles des angles de la basilique de Parme, du portail du Dôme à Plaisance (pl. 29), des extrémités orientales des cathédrales de Valence et de Poitiers , et du portail de l’église de Notre-Dame-la- Grande dans cette dernière ville. En général cependant , le chapiteau porte un morceau d’architrave lourde et grossière, sur laquelle s’appuient les impostes d’un arc, excepté lorsque, immédiatement placé sous la corniche de l’édifice , il doit soutenir la saillie des dernières assises du mur, comme à St. -Michel de Pavie, ou la corniche elle-même, comme dans les absides du Dôme de Vérone. Barement, dans l’architecture lombarde , les colonnes portent, comme autour du baptistère de Parme (pl. 7), une architrave continue, et plus rarement encore, comme dans le portail de Ste. -Marie délia Piazza (pl. 10), des archivoltes d’arcs, et en même temps d’autres colonnes posant

immédiatement sur leurs chapiteaux, sans aucune architrave intermédiaire.

Les murs dépourvus de colonnes, et quelquefois même , mais plus rarement, ceux qui en sont ornés , présentent une surface divisée en panneaux renfoncés; leurs angles sont fortifiés par une espèce de contreforts ou d'arcs-bultants à saillie légère, qui se réunissent par le haut à l’un des cordons destinés, dans presque tous les édifices lombards, excepté dans les absides du Dôme de Vérone , à marquer chacun des étages dans lesquels se divise la hauteur du bâtiment; témoin, à Ancône, St.-Ciriaque; à Rimini, St. -Augustin; à Vérone, St.-Zeno; à Padoue , le vieux baptistère (pl. 8), carré dans sa partie inférieure et rond dans la partie supérieure; à Brescia, l’ancienne cathédrale circulaire (pl. 9); à Milan, Ste.-Marie-des-Grâces (pl. 49); à Côme, St.-Abondio; à Pavie, l'église des Augustins (pl. 50); à Worms, le Dôme (pl. 16); à Cologne, l’église de St.-Cunibert (pl. 48); en Angleterre, l’Asile de Norwich , les tourelles d’Ély, l’église de West-Dereham; et presque tous les clochers lombards le long du Rhin , du Rhône , du Pô et du Tibre. Souvent aussi des piliers ronds, sans bases ni chapiteaux, mais accolés l’un derrière l’autre, s’élèvent le long des jambages et circulent autour des arcs des portes et des fenêtres, ou forment eux-mêmes des arcs adossés à un mur solide , comme on le voit dans un grand nombre d’édifices, sur le continent et en Angleterre.

Dans les constructions lombardes, toute la force d'appui et de résistance provient de l’épaisseur du mur, ou de ses parties légèrement saillantes, ou des colonnes qui y sont adossées; on y trouve rarement

des arcs-buttants fort solides, et je ne crois pas que l’on en rencontre jamais de complètement détachés. Les contre-forts lombards sont légers , larges , diminuant de saillie par un talus régulier; ils n'ont aucun ornement , si ce n’est quelque listel ou autre moulure qui part des panneaux intermédiaires, et dont ils n’interrompent pas la continuité; leur légèreté prouve qu’ils sont destinés plutôt à décorer le mur qu’à le soutenir ou à le fortifier.

L’arc est en général plein-cintre; quelquefois, cependant, nous voyons, dans des édifices que leur style autorise à ranger parmi les monuments lombards, l’arc surbaissé mêlé à l’arc plein-cintre ; tous deux sont évidemment de la même époque, mais le premier ne peut être considéré que comme une variété de l’autre. Tels sont les arcs extérieurs du Dôme de Modène, ceux des autels latéraux de St. -Apollinaire in Classe à Ravenne, de la chapelle du palais de Barberousse à Gelnhausen, et de l’église de Barfreston dans le duché de Kent. Quelquefois les arcs sont formes par deux lignes obliques réunies à angle aigu : on en voit de cette espèce à Rome, dans la partie sud de Ste. -Marie Transtéverine; à Ancône, dans Ste. -Marie in Piazza (pl. 10); à Milan, dans une petite église près de la porte qui mène à Monza; à Côme, dans le portique de San-Fidale ; à Zurich , dans l’un des pilastres angulaires du cloître de la cathédrale ; à Valence, dans la partie sud de la cathédrale, où l’angle aigu alterne avec le pleincintre; à Poitiers, dans la vieille église de St. -Jean; à Auxerre, dans la tour de l’église de St.-Eusèbe; à Toulouse et aux environs , dans une foule d’églises bâties en briques; à Canterbury, dans la tour de St.-Ëthel-

bert ; à Lorsch , dans le couvent élevé en 774 sur le Bergstrasse. On trouve des arcs en fer à cheval dans le portail de l’hôtel de ville de Plaisance (pl. 24); dans la tour de St. -Julien à Tours; dans la nef de St.-Gerinain-des-Prés à Paris ; dans le clocher de St.-Eusèbe à Auxerre ; dans le chœur de Canterbury, rebâti en 1174, par Guillaume de Sens. On remarque des arcs composés de trois lignes courbes formant un trèfle, la ligne centrale plus élevée que les deux autres,

dans les tours de St. -Apollinaire à Valence, dans St. -Pierre à Vienne ; dans la partie orientale du clocher d’Andernaeh (pl. 51); dans la cathédrale d’Ingelheim; dans Ste. -Croix à Liège (pl. 52); dans les tours occidentales de la cathédrale de Worms; dans le palais de Barberoussc à Gelnhausen (pl. 43); autour de l’abside de l’église de St. -Castor â Coblentx 1 (pl. 53), et dans diverses -parties de la cathédrale de Mayence. Dans la partie ouest de la cathédrale de Boppart (pl. 38) , les pilastres, au lieu d’être surmontés par un arc, le sont par trois côtés d’un carré, se coupant à angles droits; dans l’ancien clocher d’Ingelheim (pl. 55), au contraire, un carré s’élève pour se terminer en demi-cercle. Enfin , il existe des arcs formés de deux courbes se rencontrant angulairement au sommet , ce que nous

■ Dans les Évangiles du pape Grégoire, copiés au 10>ne siècle par un moine do Salisbnry, et conservés dans la bibliothèque de la cathédrale de la même ville, on voit Parc en Irène alternant avec des arcs en forme de fronton, ainsi :

considérons comme le caractère distinctif du style appelé ogival ; on les trouve , mais mêlés avec des arcs plein-cintre, dans lePalazzo Pubblico, à Plaisance (pl. 24), à Milan (pl. 53), à Côme (pl. 57), et à Padoue.

Dans le portail de St.-Ciriaque à Ancône (pl. 12), on voit un arc intérieur ogival, renfermé dans d’autres arcs, dont l’angle s’efface graduellement jusqu’à ce que le dernier, qui enveloppe tous les autres, devienne tout à fait circulaire. Il en existe de semblables à Vérone, dans le portique de San-Fermo, et dans le cloître de St.-Zeno; dans la coupole de Certosa , à Pavie; dans le portail de Notre-Dame, à Poitiers; dans les deux tours orientales du dôme de Worms, et dans l’abside de la cathédrale de Boppart, sur le Rhin. Quelquefois, les impostes d’un arc sont considérablement prolongés au-dessous de la courbe, comme dans le style byzantin, avant d’atteindre la colonne, relativement trop courte , sur laquelle ils s’appuient. Ailleurs, ils descendent jusqu’au sol avec les lignes ou moulures qui les encadrent, sans être séparés du plancher par aucune colonne intermédiaire. Dans quelques arcs en anse de panier, la largeur est tellement disproportionnée à la hauteur des impostes ou des colonnes, qu’on dirait des nains arrêtés dans leur croissance; tels sont ceux du cloître de St. -Etienne à Bologne. D’autres sont si longs et si étroits, qu'on les prendrait pour de vraies meurtrières ; ainsi, les fenêtres du portail de St.-Zeno à Vérone, de St. -Michel à Padoue, et de beaucoup d’autres édifices lombards. Parfois, sous un toit oblique ou pignon, au lieu de colonnes qui suivent graduellement l’inclinaison du toit, ce sont les arcs eux-mêmes qui aug-

mentent de hauteur en approchant du sommet, comme dans le Dôme à Modène ; dans l’église de Ste.-Marie et St.-Donat (pi. 58)àMurano; dans les cathédrales d’Andernach (pl 51) et de Bonn; dans l’église des Apôtres à Cologne, etc... Souvent un rang de deux ou trois arcades est renfermé dans un seul arc plus vaste, comme dans les hôtels de ville de Fano , de Plaisance (pl. 24), de Côme (pl. 57), de Milan, et d’autres villes ; dans le portail et les côtés du Dôme de Modène; dans la tour de St.-Éthelbert à Canterbury, etc. Les arcs sont quelquefois tout unis , quelquefois couverts d’une innombrable quantité de moulures; les murs mêmes des édifices plus modernes sont fréquemment ornés de moulures semblables, de bandes, de patenôtres, qui forment comme un réseau d'arceaux fictifs en bas-relief, tantôt supportés sur des colonnes, tantôt descendant sans interruption jusqu'au sol, et se terminant angulairement, comme à Gallerata dans le Milanais; sur les côtés de la chapelle de Notre-Dame dans la cathédrale d’IIertford ; et dans un grand nombre d’églises lombardes en France , et surtout en Normandie.

On en voit des exemples multipliés sur toutes les parties saillantes des murailles à Parme, à. Plaisance, à Vérone, à Rimini, à Winchester et ailleurs. Dans la basilique latine et même dans l'église grecque, la destination de l’arc était toujours essentielle, c'était sur lui que reposait la construction, tandis qu’un des signes caractéristiques du style lombard, c’est que l'arc, réel ou fictif, ne sert souvent que d’ornement; il ofTre d’ailleurs une prodigieuse variété dans ses dimensions , depuis ceux qui embrassent toute la hau-

teur de l’édifice, jusqu’à ceux de la plus petite espèce, qui s’amoncellent l’un sur l’autre ou s’enchaînent en horizontales infinies. Le Dôme de Pise terminé en 1 180, la tour penchée de la môme 'ville, les églises de St. -Martin et St. -Michel à Lucques, celle de Ste. -Marie délia Piazza (pl. 10) à Ancône; le Dôme de Parme, celui de Modène , la Certosa et l’église des Augustins à Pavie, celle de St. -André à Vercelli; la cathédrale d’Angoulême ; à Poitiers, la cathédrale et Notre-Dame la Grande ; les cathédrales d’Andernach et de Bonn; les églises des Apôtres (pl. 21, 22) et de St.-Géréon à Cologne (pl. 18 et 19); tous ces édifices ne sont en quelque sorte que des monceaux d’arcades multipliées.

Généralement en Italie, en France, en Angleterre, et partout où nous trouvons le style lombard , tous les cordons horizontaux ou obliques, qui supposent à l’intérieur un nouvel étage, présentent au-dessous d’eux une partie saillante formée de petits arceaux ordinairement plein-cintre, quelquefois gothiques ou composés, dont les impostes tantôt restent suspendus sur la muraille , tantôt se terminent par des modillons formés de moulures, de têtes d’animaux monstrueux , ou de faux chapiteaux , et tantôt enfin, lorsqu’ils rencontrent les angles du mur ou certains intervalles le long de sa surface, descendent en pilastres plats ou bandes lombardes. Cette frange festonnée, répétée à chaque étage, donne à ces édifices une physionomie toute particulière. Ces membres architectoniques offrent en général peu d’ornements, excepté dans leurs modillons; cependant dans le Dôme de Modène, ils ont de riches bordures; dans l’église de

St.-Zéno de la même ville, ils sont couverts de somptueuses arabesques, et dans le Dôme de Parme, les tympans et les arcs eux-mêmes sont remplis d’animaux et d'autres objets sculptés. Ces arcs, formés d’abord d'un massif solide, ne furent dans la suite que de simples moulures, qui se coupaient de manière à présenter dans leurs intervalles des arcs ogives. Telle est la forme consacrée dans les édiGces lombards les plus récents , au pays même où ce style a pris naissance, à Milan, à Pavie, à Vérone, à Vicence, à Padoue, à Venise, à Ferrare, à Bologne, etc. Dans les églises lombardes, l’entrée principale, qui forme avec ses accessoires la partie la plus importante du portail , et les grandes entrées méridionales, offrent une ouverture couronnée par un large linteau horizontal souvent orné lui-même de riches médaillons, de bas-reliefs et d'autres sculptures, et renfermée dans un arc extérieur, entièrement revêtu, ainsi que ses impostes, de pilastres, de nervures et de moulures sans nombre. Souvent, au-dessus de cet arc, se projette un porche appuyé sur des pilastres et terminé par un pignon. Les sculptures et les embellissements de cette partie sont quelquefois, en Italie, et même en France, d’une richesse extraordinaire. On peut citer St.-Ciriaque et Ste. -Marie délia Piazza, à Ancône; le Dôme à Ferrare; l’entrée méridionale du Dôme de Modène; ceux de Mantoue et de Vérone; le baptistère à Parme; la porte principale et la porte sud de St. -Michel à Pavie; St. -Antoine à Brescia; St. -Ambroise à Milan ; les entrées est et sud de la magnifique cathédrale de Côme, seules parties lombardes de ce monument qui appartient d’ailleurs au style

gothique; ia cathédrale de St.-Trophimeà Aix ; l’entrée méridionale de la cathédrale deTarascon, et de l’église de St.-Saturnin à Toulouse ; le porche de Ste. -Croix, à Bordeaux; celui de l’Abbaye Royale, à Saintes, et meme, sur le Rhin, le portique méridional du dôme d’Andernach, et l’entrée principale de St.-Cunibert (pl. 48) à Cologne; ces deux dernières portes, quoique bien inférieures aux autres, sont cependant beaucoup plus riches que celles d’Angleterre, qui n'ont en général d’autre ornement que quelques cordons, quelques listels et d’autres moulures insignifiantes. St.-Trophime d’Aix est, autant que je puis me rappeler, la seule église de ce style dont la porte soit divisée par un pilier central ; on entrait d’un côté et l’on sortait de l’autre.

Dans les cathédrales lombardes d’Italie, le frontispice offre souvent une large porte centrale et deux portes latérales plus petites, comme à Parme, à Plaisance, à Ferrare et à Côme.

Les fenêtres, sans être très-hautes , sont , en général, fort étroites relativement à leur hauteur. Quelquefois, comme à St.-Zeno de Vérone et à St. -Michel dePavie, on les prendrait pour de simples fentes ou meurtrières. Elles sont tantôt isolées , tantôt jumelles , avec une colonne entre deux , chaque partie surmontée d’un arc plein-cintre. Dans l’église de St. -Germain des Prés, à Paris , une large ouverture carrée est divisée au centre par un pilier. Quelquefois on voit trois fenêtres ou même un plus grand nombre, séparées seulement par de petits pilastres , comme au Dôme de Modène et dans la plupart des hôtels de ville de Lombardie. Dans les pays plus septentrionaux , à Andernach , à Cologne , la fenêtre centrale est plus élevée

que les autres. L’arc et l’imposte des fenêtres sont tantôt dépourvus de tout ornement, tantôt enrichis de cordons, de filets ou d’autres moulures, tantôt encadrés dans des archivoltes ou des piliers. Les fenêtres de St.-Abondio , près de Côme, sont entourées de larges bordures en sculpture plate. Quant à l’emplacement des fenêtres, on les ouvre simplement dans la muraille même , ou on les renferme seule à seule ou plusieurs à la fois dans des arcades plus ou moins vastes.

Dans les églises lombardes les plus récentes, les portails occidentaux présentent souvent entre l’ouverture et le pignon l’ornement que l’on appelle une Rose ; c’est une espèce de roue composée de nervures rayonnant d’un centre commun, liées ensemble à leur extrémité par des arceaux et enfermées dans un cercle richement travaillé. Autour de ce cercle se trouvent parfois des figures qui représentent d’un côté des âmes montant vers le ciel, et de l’autre des damnés précipités dans l’enfer. CetteRose, quiétaitpeut-ètrel’image du soleil couchant, a été ajoutée postérieurement à d’anciennes églises lombardes. On voit des Roses magnifiques dans les Dômes de Modène et de Plaisance (pl. 29), et dans l’église de St.-Zeno à Vérone (pl. 0). Celles de Trono sur le lac de Cômc, de la vieille église deSt. -Etienne de Beauvais, bâtie au commencement du 1 lin,c siècle, et de Boppart sur le Rhin, sont agréables à l’œil. Nous pouvons citer aussi, sinon pour sa beauté, du moins pour l’effet qu’elle produit, celle de Barfreston, dans le comté de Kent.

Quelquefois les angles des églises lombardes sont surmontés par des cônes ou pyramides d’un style assez lourd , comme dans la partie postérieure de la

cathédrale de Poitiers ; mais elles n’offrentjamais cette forêt de petits pinacles nécessaires , dans le style gothique, pour contre-balancer par leur poids la pression des nervures, sur les contreforts.

Les églises lombardes ne présentent en général ni le simple carré long de la basilique, ni la croix à quatre bras égaux de l’église grecque ; c’est une alliance et en même temps un perfectionnement de l’une et de l’autre ; c’est une longue nef aboutissant à une travée plus petite , au delà de laquelle elle se termine vers l’Orient, en sorte que le plan de ces églises présente la forme de la croix réelle; et l’on doit remarquer que le centre des travées offre ordinairement un pilier au lieu d’une ouverture avec une porte ou une fenêtre des deux côtés; c’est ce que l’on voit même en Angleterre dans l’église de Winchester, dans celle d’Ely, et dans le chœur de Canterbury. Quelques églises ont des ailes très-étroites , comme St. -Apollinaire à Valence et Notre-Dame la Grande à Poitiers. D’autres, comme St. -Saturnin à Toulouse et St.-Abondio à Côme, ont leurs ailes doubles, et dans St.-Abondio l’aile extérieure est formée de colonnes plus grêles et plus basses que l’intérieure. Quelquefois les ailes manquent absolument , par exemple, à Ste.-Radegondede Poitiers et à St. -Pierre d’Angoulême. On rencontre parfois entre les ailes et le toit unegalerie pour les femmes, comme à St. -Ambroise de Milan, à St. -Michel de Pavie et dans les cathédrales d’Andernach, de Bonn et de Spire.

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