FORMES ORDINAIRES DE L ABSIDE
DE LA PORTE, DE LA COUPOLE, DU CLOCHER ET DE LA FLECHE DANS L’ARCHITECTURE LOMBARDE.
Généralement , le centre du sanctuaire se terminait par une abside demi-circulaire , comme dans l’église des Sts.-Jean et Paul à Rome ; à Montréal près de Païenne ; dans les Dômes de Parme, de Plaisance , de Modène, de Vérone, de Vercelli et de Torcello; dans les églises de St. -Michel à Pavie , de St.-Carpofcro à Corne, de Ste.-Marie Majeure à Bergame; de Ste.-Marie et St.-Donat à Murano; dans les cathédrales de Spire , de Bacharach , de Bonn et de Mayence ; dans St.-Castor (pl. 53) à Coblentz; dans les églises des Apôtres, de St.-Géréon et de Ste.-Marie du Capitole à Cologne; dans celles de Ste-Croix à Liège, de St.-Apollinaire à Valence et de St.-Gaudens dans les Pyrénées. Quelquefois l’abside était angulaire , comme dans St. -Paul à Côme , et dans les cathédrales de Worms , de Gelnhausen (pl. 59) , de Boppart et de Zinzig.
Parfois, les ailes se terminent aussi par des absides. Le Dôme de Torcello en a cinq derrière l’abside centrale. On en trouve même à l’extrémité des travées, comme dans l’église des Apôtres et dans Ste.-Marie du
Capitole à Cologne. Dans le Dôme de Vérone (pl. 33), dans St.-Eustorge à Milan, et dans quelques autres églises , les murs latéraux sont interrompus par des absides carrées ou demi-circulaires.
Quelques cathédrales d’Allemagne , comme celles de Mayence, de Worras, d’Oppenheim et d’autres, exigeaient un autel et un chœur pour la paroisse , et un autre pour le chapitre. Dans ces églises , il n’y a d'autre entrée que les portes latérales ; la partie orientale et la partie occidentale ont chacune leur chœur, leur autel et leur abside.
En Lombardie, le rond point est généralement couronné par une coupole octogone, comme dans les Dômes de Parme (pl. 14), de Plaisance (pi. 60) et de Modène ; à Milan , dans St. -Ambroise et dans Ste.-Maric des Grâces , que l’architecte Bramante répara dans le style de la renaissance; à Pavie, dans St. -Michel, dans une des chapelles de St.-Eustache, et dans l’église des Augustins; enfin, à Bologne dans St.-Étienne. Le dôme octogone se rencontre aussi en France dans la cathédrale d’Angoulême, où chaque subdivision de la nef est couronnée par une petite coupole; et en Allemagne, dans les cathédrales de Worms, de Spire , de Mayence, de Gelnhausen , et dans les églises des Apôtres et de St.-Géréon à Cologne. La coupole de Mayence est terminée par une construction pyramidale assez confuse, et celle de Gelnhausen, par une flèche élégante.
En Angleterre , l’cglise bâtie au VII'*e siècle par St. Wilfrid à Hexham, avait, d’après la description qu’en a faite le prieur Richard, une tour circulaire ou coupole avec quatre ailes ; l’église de West-Dereham,
dans le comté de Norfolk, possède encore une tour ou coupole octogone. La coupole de St.-François , à Brescia , a seize faces , le style gothique y domine ; celle de Ste. -Marie des Grâces est un bel échantillon du style de la renaissance.
Comme le système d’architecture dont il est ici question prit naissance dans un pays où la neige séjourne rarement sur les toits, ceux-ci sont en général bas et plats, et souvent au-dessous d’eux règne une galerie d’arcades et de pilastres de petite dimension. Cette galerie forme la frise des murs latéraux , la ceinture des absides et de la coupole, et présente au pignon du portail une ligne de degrés singulièrement élégante, et qui ajoute par la petitesse de ses parties à la gran deur apparente de l’ensemble. Voyez, par exemple, les Sts.-Jean et Paul à Rome; les Dômes de Parme, de Plaisance, de Modène, de Vercelli et d’Arezzo; l’église de St. -Michel à Pavie, et de Certosa près de cette ville ; celles de San Fidale à Côme et de Gravedone, sur le lac du même nom.
On trouve des exemples de ces galeries en deçà des Alpes, dans les cathédrales de Vienne en Dauphiné, de Spire, de Worms, de Mayence et d’Aix-la-Chapelle ; dans les églises des Apôtres et de St.-Géréon à Cologne, de St. -Castor à Coblentz, et de Ste.-Croixà Liège; mais elles sont toujours placées sous le toit et autour des absides. Quant à celles qui courent même sur le fronton , on ne les rencontre qu’au delà des Alpes , c’est un trait caractéristique de la Lombardie.
Dès que vous arrivez en Allemagne, vous reconnaissez les exigences d'un climat plus septentrional; les toits deviennent plus élancés, leur pente est plus roide;
les frontons ne sont plus autre chose que ces petits pignons dont je ne me rappelle qu’un seul exemple en Lombardie, à Vérone, dans l’église de St.-Fermo, mais que je trouve partout en Allemagne ; ils existent dans l’abside de l’église de Zinzig ; ils entourent la coupole du Dôme d’Aix-la-Chapelle; ils terminent toutes les tours carrées ou polygones. Pour les galeries tournant autour des absides demi-circulaires et des coupoles centrales, on en rencontre bien encore dans les vieilles églises le long du Rhin , mais on n’en voit aucune dans celles de France et d’Angleterre ; ces dernières sont privées par là d’une des plus grandes beautés du style lombard. Ces galeries étaient percées dans l’épaisseur des murs, et l’on y parvenait par des escaliers ménagés également dans la muraille même. De là on pouvait voir les processions et d’autres cérémonies publiques.
La religion chrétienne demandait que les fidèles fussent appelés, à heure fixe, dans un lieu convenu pour y assister aux prières et aux actes du culte. Rien ne parut mieux calculé pour porter au loin cet appel à la piété que le son clair et puissant des cloches ; mais pour que leur vibration pût se répandre plus aisément à de grandes distances on les plaça au sommet d’édifices légers et élevés que l’on appela clochers. Il est difficile de déterminer à quelle époque et dans quel lieu parurent d'abord les clochers; ce fut probablement à Constantinople. Anastase , le bibliothécaire , rapporte que le pape Etienne III fut le premier qui plaça sur l’église de St. -Pierre un clocher avec trois cloches. Celui de St.-Marc à Venise , commencé en 902, ne fut terminé qu’en 1131 ; celui de St.-Zeno à
Vérone fut entrepris en 1045 et achevé en 1178, et la grande tour de la Piazza dans la même ville date de 1172.
Nous avons vu que les baptistères n’étaient pas considérés comme partie essentielle de l’église et ne faisaient point corps avec elle ; il en fut de même des clochers. Le clocher était presque toujours placé à quelque distance du temple. C’est ainsi que nous le voyons à Parme, à Plaisance, à Mantoue, à Florence, àPise, à Torcello , à Ste. -Marie et St.-Donat , dans l’ile de Murano, à St.-Zeno de Vérone, à St.-André de Vercelli, dans les diverses églises de Ravenne, et dans toutes les provinces de l’Italie où l’on a conservé le style lombard , et où le baptistère est proche de la cathédrale. A Pise, à Florence, à Crémone et ailleurs, le clocher forme le troisième membre distinct du groupe des édifices consacrés au culte.
Il y a des villes en Italie où les tours semblent appartenir toutes à l’architecture lombarde et à la même époque , bien que les églises soient évidemment de divers siècles et de divers styles. Ces tours se distinguent même de celles de toutes les autres villes par des caractères tout ù fait spéciaux.
. A Ravenne , les clochers sont peut-être une imitation de ceux de Constantinople , car ils ont tous , comme les minarets de cette capitale, la forme ronde ou plutôt cylindrique ; ce sont des tubes de diamètre égal depuis le haut jusqu’en bas; ils sont à tambours, c'est-à-dire, que chaque étage intérieur est exprimé au dehors par un cercle en saillie ; quelques-uns de ces étages ont des fenêtres isolées en arc plein cintre, d'autres, des groupes de deux ou trois fenêtres réunies.
Des toits bas les recouvrent ; tels sont ceux de la cathédrale, de St. -Jean délia Sagra, de St. -Apollinaire
in Classe, etc.
A Venise, au contraire, tous les clochers sont carrés; au lieu d’être coupés par des lignes horizontales extérieures, ils sont divisés de chaque côté en deux ou trois panneaux perpendiculaires qui montent, sans interruption , de la base au sommet ; le tout est couronné par un petit beffroi carré ou octogone, avec une flèche basse; témoin, St. -Marc, Ste. -Marie Gloriosa, St. -Jacques dell’ Orto, St.-Simeon le Grand, etc.
A Rome , les tours sont toutes carrées , comme à Venise, mais les étages sont marqués extérieurement par des corniches de différente espèce. Chacune de ces divisions présente un certain nombre de petits arcs réunis, avec ou sans colonnes; quelquefois on voit au sommet un dais ou niche en saillie pour la Madone; des médaillons de porphyre , de serpentine ou d’autre marbre sont incrustés dans les faces construites en briques ; un toit plat couvre la tour. Tels sont les clochers de Ste. -Marie Majeure , de Ste-Marie in Cosmedin, des Sts.-Jean et Paul, de St.-Eusèbe, de Ste. -Françoise et de Ste-Croix en Jérusalem.
La forme romaine se retrouve encore aujourd'hui dans les plus anciens clochers de la Lombardie et du sud de la France. Ainsi, à Milan, St. -Ambroise; à Valence, St. -Apollinaire ; à Vienne en Dauphiné, St.-André le Bas et St. -Pierre ; à Bordeaux, Ste. -Croix ; à Angouléme, la cathédrale; à Poitiers, Ste.-Radegonde et Ste. -Marie la Grande. On peut en dire autant des vieux clochers de Lyon, de Tournus, de Vermanton, d’Auxerre, de Tours; de plusieurs petites
villes au nord même de Paris; de Sion , de St. -Maurice, de Martigny, etc., dans la Savoie et le Valais; de Schaffouse, en Suisse; de ceux de la plupart des églises lombardes sur les bords du Rhin ; tous ces clochers rappellent encore ceux de Rome dans leur ensemble et leur distribution. Il y a cependant une observation à faire : les clochers bâtis sous des latitudes où les tombées de neige sont plus abondantes et séjournent plus longtemps, ont des toits plus élevés et qui se rapprochent des formes de la flèche. Remarquons aussi que plusieurs clochers , en Suisse et en Allemagne, présentent sur chaque face un pignon ou fronton très-saillant. La plupart des plus vieux clochers de l’Angleterre, ceux des comtés de Kent, de Suffolk, de Norfolk, ceux même d’Ely et de Winchester, quoique d’une construction plus lourde et plus grossière, ressemblent à ceux du continent par leur forme carrée, leurs bandes ou faces ornées d’arcades, et leur sommet tronqué.
On se servit de tuiles à coins arrondis pour recouvrir les flèches basses de figure conique qui couronnent les plus anciens clochers lombards que l’on trouve en France et en Allemagne; par exemple, ceux de Worms ; la tour d’Évrard, à Fontcvrault ; ceux de Notre-Dame la Grande, de Ste.-Radegondc, et de la cathédrale à Poitiers. Quand le style ogival passa d’Allemagne en Lombardie, le vrai pays des briques, on employa pour élever les clochers de petits cylindres ronds. Nous en voyons à Milan , à Pavie , à Parme, à Plaisance, à Venise, ù Vérone, à Faenza, à Césène , à Forli , à Otricoli , à Bologne et même aux portes de Rome, dans Ste.-Marie du Peuple.
Parmi les clochers lombards d'Italie, que leur forme originale distingue de la foule , je citerai seulement la fameuse tour de Pise qui penche toujours sans tomber, et qui doit cette inclinaison extraordinaire à une maladresse dans les fondations; et aussi l’ancienne église de Milan, cet édifice si singulier et si compliqué, qui sert maintenant de chapelle au palais.
La rigueur du climat fut probablement la cause première qui détermina les architectes d’en deçà les Alpes à réunir le clocher à l’un des côtés de l’église, comme dans la cathédrale d’Angoulème. Le besoin de symétrie le fit ensuite placer au milieu du portail, comme dans St. -Apollinaire, à Valence; dans St.-Pierre, à Vienne; dans l’église des Apôtres, à Cologne; dans Stc.-Radegonde, à Poitiers. Enfin, le clocher s’élança du centre même de l’église ; le couronnement carré ou octogone qui s’élevait au-dessus du chœur, au lieu d’ètre surmonté par un dôme, comme en Lombardie, fut destiné, dans les contrées plus septentrionales, à supporter un énorme clocher; nous en avons déjà vu de cette espèce à Vercelli, près de Turin, à Mayence, à Bonn (pl. 61 ), et à Gelnhausen. La mode des clochers devint telle que, outre le clocher central, on en éleva deux autres pour flanquer l'église à l’occident, ainsi, à Vercelli, à Tours, à Ste.-Croix de Liège, aux Sts. -Apôtres de Cologne (pl. 21) et dans beaucoup d’autres endroits. On en plaça même deux à chaque extrémité , non-seulement dans les cathédrales d’Allemagne qui avaient deux autels et deux chœurs, comme celles de Mayence et de Worms ( pl. 16 ), mais aussi dans des églises où un semblable motif ne pouvait justifier cette profusion de clochers,
comme dans la cathédrale d’Andernach (pl. 51 et 62) et dans l’église de S. -Castor à Coblentz, bâtie par Louis le Débonnaire (pl. 53)'.
1 11 ne faut pas oublier que je ne cite point ici une foule d'exemples de la même espèce, que Ton trouve ensuite dans les édifices du style ogival ; je ne note que ceux qui existaient avant l'introduction de ce style , et qui distinguent le système lombard de ceux qui l'avaient précédé.
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