‹ Histoire de l'architecture de Th. Hope Texte. 1Chapitre 68 sur 126 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

EXAMEN RAPIDE DE DIVERSES CONJECTURES TOUCHANT LA PATRIE PREMIÈRE DE l’ ARCHITECTURE OGIVALE.

Après avoir ainsi cherché à déterminer l’origine, les modifications, les matériaux du style ogival, il nousresteàexaminerpremièrementchez quel peupleil naquit; en second lieu, dans quel pays domina d’abord exclusivement ce système, qui, en si peu de temps, c’est-à-dire dans la seconde moitié du XII* siècle, se répandit dans l’Europe entière; enfin, si le sol et le climat où il prévalutoriginairementsetrouvaientdans des conditions en rapport avec les modifications exposées plus haut. A la première question nous devons répondre que le style ogival ne peut être né qu'au sein de quelqu’ordre religieux, ou d’une corporation de francsmaçons, le clergé et la franc-maçonnerie étant les seuls corps qui, au moyen âge, possédassent les connaissances nécessaires au plan et à l’exécution des édifices sacrés , soit pour les communautés monastiques , soit pour l’église latine en général. Mais comme les couvents et surtout les loges de francs-maçons se composaient de citoyens de tous les pays qui reconnaissaient la suprématie de l’église romaine, et qu’en conséquence on ne pourrait déterminer positivement les inventeurs de ce style, lors même qu’on aurait dé-

couvert le lieu précis de son berceau ; comme partout où apparaissent ses premiers échantillons, ils ne sont point l’œuvre d’individus nés en tel ou tel lieu, mais bien d’une congrégation renfermant dans son sein des hommes de diverses nations, cette question, comme bien d’autres, est un point de simple curiosité plutôt encore que d’orgueil national.

Quant à la seconde question : Où commença le style ogival? plusieurs ont cru pouvoir y répondre en déterminant la place où en parurent les plus anciens spécimens ; ils ont eru que la découverte du pays où l’on trouve les premiers modèles de chaque innovation doit nécessairement trancher toutes discussions sur leur pays natal ; de là grand embarras pour fixer l’antériorité relative des divers édifices dans les différents pays, partialité manifeste dans la détermination des dates réciproques, acrimonie extrême dans les controverses à l’égard de l’exactitude de ces dates.

Ainsi le chevalier Wiebeking de Munich place avant la fin du X' siècle, le commencement de la cathédrale de ÜNaumberg, style ogival; en 1009, celui de la cathédrale de Minden; de 1022 à 1024, trois églises de Hildesheim; en 1040, la cathédrale de Goslar; celle de Hildesheim, en 1054; celle d’Osnabruck,en 1101; l’église de St. -Michel à Bamberg, en 1171; et en 1 170, les cathédrales de Schwerin, de Brandebourg et de Dobberau ; mais on ne peut admettre toutes ces dates sans des preuves positives.

Les historiens français affirment que la cathédrale de Coutance, en France, qui appartient au style ogival le plus parfait, a été commencée dans ce style sous l’épiscopat de Robert élu en 1025, et qu'elle était

complètement achevée en 1050. D’une autre part, ils prétendent que les arcs ogives de St. -Germain des Prés étaient élevés avant l’année de la mort de l’abbé Morand, et ils font remonter ceux de la crypte de St. -Denis au temps de Charlemagne.

On dit qu'en Espagne le style ogival fut introduit dans les cathédrales de Léon et de Lugo, par San domingo délia Calsada , pendant le premier quart du XIIe siècle.

Nous avons déjà parlé de l’assertion de Milner , à propos de l’église de Ste. -Croix près de Winchester; il regarde certaines intersections d’arcs plein cintre , dont quelques-uns ont été ouverts pour laisser passage au jour, comme appartenant à la construction originelle, et comme type du style ogival. Mais d’autres soutiennent qu’évidemment ces ouvertures n’entraient pas dans le plan du premier architecte , ni dans les règles de ces sortes d’ornements; que ce n’était qu’un expédient de date plus récente, pour éclairer l’édifice. D’autres enfin prétendent que ce détail, qu’il fût compris ou non dans le dessin primitif, n’a rien de commun avec les principes fondamentaux du gothique.

On a cité comme premiers essais de ce style en Italie quelques parties du baptistère de Dise, construit en 1 152, par Dioti Salvi; Milner et Englefield ont prétendu ensuite qu’on ne pouvait rien conclure de cet exemple, parce que ces parties étaient plus modernes que le reste ; mais enfin, un examen minutieux des travaux, et surtout le dessin original trouvé dans les archives de Pise, démontrèrent qu'elles appartenaient au plan primitif. Pour prouver l’antiquité du style gothique, on a présenté à la Société des Antiquaires les des-

sins d’une église de Messine attribuée à Roger, comte de Sicile au XIe siècle, et qui a toute l’élégance du plus beau système ogival ; on a dit que les arcs aigus du St. -Sépulcre à Jérusalem datent des réparations faites en 1049, après les ravages des Sarrasins. Mais, au milieu de toutes ces contradictions , où chaque écrivain s’établit le champion de son pays , on trouve peu de documents qui satisfassent complètement.

Mais eut-on déterminé d’une manière irrécusable la date de l’érection non-seulement d’un édifice en général, mais même des parties spéciales dont on veut conclure en faveur du style gothique, cette date ne prouverait pas que le système ait été découvert et conçu dans cet endroit, elle prouverait uniquement l’antériorité d’exécution de certains spécimens individuels. C’est ce qui arrive pour le cloître de St.-Zeno, à Vérone, où les arcs gothiques et plein cintre sont tellement enchaînés l’un à l’autre et présentent une telle identité dans le style et les matériaux, qu’il n’y a pas moyen de nier leur synchronisme, etoù d’ailleurs on lit, dans la partie qui forme la salle dés bains, une inscription originale constatant que ce cloître a été restauré par l'abbé Gaudeo en 1 123 (Maffei). Premièrement, en effet, d’après l’union étroite et les rapports continuels des loges succursales et des individus mêmes de la corporation des francs-maçons qui possédait le privilège exclusif d’élever des églises , il a pu arriver que le premier exemple de réalisation d’une théorie nouvelle se rencontre dans un pays fort éloigné de celui où le système a été conçu ; secondement , il est trèsdifficile de déterminer l’antériorité respective de certains édifices dans un style qui se répandit si rapide-

ment, qu’en moins d’un quart de siècle, il avait déjà couvert presque toute l’Europe d’une multitude de productions. En résumé , il ne résulte rien de positif de la fondation des principaux édifices ; d’abord, parce que ceux mêmes dont la date de fondation primitive est incontestable s’élevèrent si lentement, qu’il s’écoula souvent plusieurs siècles entre la pose de la première pierre et la construction des parties où se présente évidemment le style ogival; ensuite, parce que, dans beaucoup d’édifices non-seulement commencés, mais même terminés en style lombard , plusieurs parties ont été plus tard si bien modifiées d’après les principes gothiques , qu’elles paraissent appartenir au dessin originel, et qu’elles nous jettent dans une incertitude complète sur la date de leur exécution.

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