‹ Histoire de l'armée et de tous les régimentsChapitre 2 sur 35 · III · texte numérisé non relu

III

Il résulte de ce précepte que les colonnes ne doivent jamais être séparées que dans le cas où l'ennemi serait encore éloigné. Mais vient-il à paraître, elles doivent se concentrer avec rapidité sur un point désigné, sans qu'il puisse y avoir ni indécision ni malentendu dans les ordres donnés. L'expédition d'Égypte révèle l'efficacité des carrés, apprend aux soldats la nécessité de se servir habilement de ses armes, à économiser ses munitions, et à conserver son sang-froid et son aplomb. Elle sert aussi à donner des idées plus sérieuses sur l'emploi de la cavalerie. On y reconnaît l'importance de tout ce qu'un cheval dressé avec soin peut parvenir à faire et à porter. «Enfin, dit le colonel Carrion-Nisas, cette expédition instruit les troupes à se priver de boissons fermentées, qui paraissent en Europe nécessaires pour leur faire supporter les fatigues de la guerre, à préparer leurs subsistances, à s'accoutumer à toutes sortes de nourritures, à porter des vivres pour plusieurs jours, et à résister à l'influence des climats brûlauts. »

Quant à l'artillerie, nul ne porta plus loin les secrets et l'emploi de cette arme, ainsi que nous le verrons sur les champs de bataille de l'empire, où l'on vit paraître à la fois plusieurs centaines de bouches à feu dans une action, et un personnel de plus de 60,000 hommes.

Spectacle non moins honorable que les victoires ! les armées françaises, partout triomphantes, sont partout disciplinées ; partout elles respectent l'ordre, la propriété, le malheur. Plus de pillages; les exactions sont punies; les contributions militaires sont imposées avec modération, reçues avec ordre et décence, dépensées pour le soldat avec fidélité et enfin soumises à une exacte comptabilité.

Des consolations, des dédommagements sont assurés aux soldats mutilés par la guerre. L'hôtel des vétérans est embelli; le temple de Mars est décoré de leurs noms. Les grenadiers de l'armée reçoivent une récompense commune et une illustration d'un genre nouveau par l'élévation d'un héros descendant de Turenne au titre, jusqu'alors inconnu, de premier grenadier de t armée. Un nouvel hommage est consacré à la valeur et au talent militaires, joints avec la vertu et la modestie civiques, par l'inhumation solennelle de Turenne luimême, par le monument élevé à sa mémoire, dans le temple de Mars, au mépris des préjugés nouveaux qui avaient proscrit le mérite uni à une haute extraction, comme les anciens préjugés avaient repoussé le talent privé des recommandations de la naissance. L'émulation est excitée dans l'âme de tous les braves par les médailles, par les colonnes qui consacrent à la postérité le dévouement de Desaix, de Kléber et de tant d'autres guerriers morts au champ d'honneur, et enfin par ces mots sortis de l'Âme du premier consul lorsque la mort frappa Desaix : « Que ne m'est-il permis de pleurer ! »

Mais, avant d'entrer danscette grande période de l'empire, nous croyons nécessaire de faire connaître sommairement les divers corps qui ont existé pendant la période républicaine et qui ont disparu successivement, ou qui ont été fondus dans les régiments créés au camp de Boulogne, cette haute école

de manœuvres où se formèrent les chefs et les soldats, cette armée que l'histoire a baptisée du nom de Grande-Armée.

Légions. — La loi du 19 avril 179i avait créé six légions composées chacune de deux bataillons d'infanterie légère, d'un régiment de chasseurs à cbeval ou de dragons et d'une division d'ouvriers. On en forma successivement plusieurs autres; mais les lois du tl février 1793 et du» pluviôse an u ordonnèrent leur incorporation : l'infanterie forma de nouveaux bataillons de chasseurs à pied, et la cavalerie servit de noyau à huit u ou veaux régiments de chasseurs a cheval. Voici le nom de ces légions :

Légion de Kellermaun ou de la Moselle. — De Luckner ou du centre. — Dos Antennes ou de Mvazinsky. — Des Alpes. — Du Midi ou des Américains composée d'hommes de couleur satisfait, d'habiter la terre de la liberté, dit lo décret de création, et commandée par le célèbre chevalier de Saint-George. — Nationale du Midi ou de Monlesquiou. — Nationale des Pyrénées. Castel verd, chef.— Delà Montagne, fille des sociétés populaires, levée à Marseille par BarrasetServières. — Nationale des montagnes des Pyréuéesou de Miquelets. — De Rosenlhal, levée parle citoyen d'Uingue. - Nantaise, organisée en Vendée par le représentant Dubois-Crancé. - Des Francs, levée à Mayence en mai 1793.

En l'an iv, le général Hoche forma dans l'ouest la premier* légion des Francs ou légion Rouge, et la deuxième légion des Francs, qui furent toutes deux incorporées dans la ligne l'année suivante.

L'arrêté du 17 ventôse an vm, qui ordonnait la formation d'une armée de réserve, prescrivit I organisation à Dijon d'une légion vol ontaire de la réserve du premier consul, commandée par le chef de brigade Labarbée, et composée de jeunes gens de riches familles échappés à la conscription. L'infanterie port.il l'uniforme des troupes de ligne, et la cavalerie, équipée à la hussarde, avait une pelisse couleur jaune clair qui lit donner aux soldats qui la portaient le surnom de Canaris. Cette légion lut licenciée et incorporée en l'an ix, après avoir fait une seule campagne à l'armée des Grisons.

Les légions de réserve de l'intérieur, créée» au nombre de cinq par décret du su mars 1807, pour la défense des frontières, s'organisèrent à Lille, Metz, Rennes, Versailles et Grenoble. Elles avaient, dans l'origine, pour chers les généraux Colaud, Sainte-Suzanne, Dcmont, Laboissiëre et Valence.

Contrairement au principe de leur institution, les trois premiers bataillons de ces légions entrèrent en Espagne à la fin de 1807 avec le corps du général Dupont, et trouvèrent la mort ou la captivité snr le champ de bataille de Baylen, à Cabrera et sur les pontons de Cadix. Les quatrièmes bataillons de chaque légion les remplacèrent à l'armée d'Espagne. Ou réorganisa les cadres des trois premiers bataillons, qui furent complétés, et on eu forma, le i'r janvier 1809, deux régiments qui prirent dans la ligne les numéros 1x1 et 181. Tbocpes couses. — La Corse a toujours été une pépinière fertile pour l'armée. De l'an y à l'an vu, elle avait fourni plusieurs compagnies franches et des corps d'éclaireurs pour le maintien de la trauquillité publique.

Le 8 prairial an ti, le général Bona|*rie, étant à bord du vaisseau l'Orient, avait créé deux compagnies franches dites du Golo et du LiauTone, qui subsistèrent jusqu'en l'an xii, époque de leur fusion dans le bataillon de chasseurs corses au camp de Saint-Omer.

Durant la période impériale 11 fut levé eu Corse une grande quantité de corps de dont il sera parlé en temps et lien.

Les Miquelets ou chasseurs basques étaient connus dans les armées siècles, d'abord sous le nom de Vascons, puis sous celui de Canlabres.

Dés 1793 ou forma, sous le nom de Miquelets, à l'armée des Pyrénées-Orientales, une demibrigade basque, dont les débris furent réunis en bataillons de chasseurs basques, qui existaient a la Un de l'an vu.

En l'an vin, le premier consul en reconstitua deux bataillons, qu'il envoya en Italie avec l'armée de réserve, en leur conservant leur ancien drapeau, afin, écrirait-il . que l'on distinguât les brave* habitants des Pyrénées et que le peuple connût mieux tous les services qu'ils avaient rendus à la patrie. Ces bataillons, affaiblis par la guerre, furent incorporés dans la ligne, a Berne, en prairial an ix.

Les Miquelets reparurent plus nombreux et plus aguerris que jamais, eu 1808, avec les guerres de la Péninsule. Nous en parlerons à cette époque.

Dépôts coloniaux.— Il en existait un, dès l'an vi, a Rochefort; il fut supprimé sous le litre de Dépôt des Antilles, le 97 floréal an ix.

A la même époque, on voit créer des dépôts coloniaux au Havre, à l'Ile de Ré et à Morlaix.

L'organisation régulière et complète des dépôts coloniaux dale du 80 frimaire an xi. On les destina dès lors à recevoir les soldats dont la présence étiit nuisible dans les corps.

Ces dépôts furent établis à Duukerque, au Havre, Nantes, Rocbefort et l'Ile de Ré, Bordeaux, Blaye et Marseille.

On embarqua les hommes pour les colonies par escouades de 80 hommes.

Le 98 thermidor an xi, ces dépôts furent organisés en quatre bataillons, qui, réorgauisés en septembre 1810, subsistèrent jusqu'en septembre 181 i.

En 1811, l'accroissement de l'armée augmentant naturellement le nombre des soldats indisciplinés, un décret du 3aont créa quatre bataillons de pionniers coloniaux, qui furent organisés a l'Ile de Walchcren, en Corse, à l'Ile de Ré et à Belle-Ule : ces bataillons étaient modestement babilles de tricot et de drap gris de fer. Au mois de septembre 1814, les quatre bataillons coloniaux et les quatre bataillons de pionniers coloniaux furent amalgamés en quatre nouveaux bataillons coloniaux.

Hussards a pied.— Créés à deux balai lions par l'arrêté du 13 floréal an vin, ils avaient pour uniforme le pantalon et le dolman gils-de-loup mélangé, avec le collet et les parements garance, le gilet bleu de riel, les souliers et les guêtres eu cuir, le sac de peau, le ceinturon, la giberne, le briquet et le fusil avec baïonnette. Employés à l'armée de réserve pendant la campagne de Maretigo, ils furent incorporés, dans le courant de l'an ix, dans les 18«, 19», 45«, 80* et 87* demibrigades de bataille.

AÉBogTiKKS- — Le 18 germinal an h, on créa une compagnie d'aèrostiers, qui devint lra compagnie et servit à l'armée de Sambre-et-Meuse jusqu'à la lin de l'an v; passée en Egypte, elle rentra en France avec l'armée d'Orient, en l'an x, et fut supprimée conformément à un arrêté du Directoire du 99 pluviôse an ni, resté jusque-là sans exécution.

L'uniforme des aérosliers consistait en babil-veste et culotte blancs, passe-poil rouge au collet, parements noirs, boutons d'infant rie; pantalon et veste de coutil pour le travail. Le citoyen Coutelle, capitaine du génie, commandait cette compagnie.

Une 9»* compagnie d'aèrostiers fut créée le S mes>idor an h, par suite du dédoublement du la 1" compagnie, organisée à Meudon cl sur le même pied que la 1", et envoyée à l'armée du Nord. Le capitaine L'Ilomond en eut le commandement.

Elle servit successivement aux armées du Nord et du Rhin, et fut supprimée en conséquence d'un arrête du 99 pluviôse an th.

Indépendamment des deux compagnies d'aèrostiers, employées aux armées de Sambre-el- Mcose et du Nord, il existait dans le château de Meudon, sous la direction du citoyen Conté, depuis membre de l'Institut, une éede aérostatique organisée définitivement le 10 brumaire an m. Cet établissement servait de dépôt aux deux compagnies, on y préparait tout l'attirail destiué aux armées, on y faisait des expériences. Cette école, passée au département de l'intérieur en l'an vu, fut définitivement supprimée en l'an ix.

Dbobadaixbs.— C'est à l'époque de l'expédition de Syrie que Bonaparlecréa le corps des dromadaires. Ce corps, composéd'alwrdd'unecompagnic, fut ensuite porté à plusieurs. Ilavail été institué pour lutlerdevitesseavec les Arabesnoinadcs du désert et pour servir d'éclat reur à l'armée dans ces mers de sable. Le dromadaire, par la rapidité de sa marche, permettait aux éclaireurs de faire jusqu'à vingt-cinq lieues par jour sans s'arrêter.

Quelquefois deux hommes placés dos à dos menaient le même dromadui ■ quV.i chargeait

en outre de munitions et de vivres pour plusieurs Jour*. Une fois :iu milieu des ennemis qu'il poursuivait, le cavalier disait fléchir le genou à sa monture, attaquait les Arabes et enlevait tout à la fois hommes, femmes, enfants et bestiaux.

(Test principalement aux environs du Caire que le régiment rendit des services; il força les Bédouins à porter plus loin leurs ravages. Desaix, dans la haute Égypte, s'en servit contre Mourad-Bey; il réunit MO dromadaires sous l'adjudant-général Boyer(P.). Apres une poursuite longue et pénible , celle colonne revint à Syouth et augmenta plus tard le régiment créé au Caire, qu'on porta successivement de 100 à 700 dromadaires. Les soldats étaient tin s de l'infanterie, en avaient l'organisation et se battaient en fantassins. En mettant pied à terre pour cotnhaiire, ils entravaient leurs dromadaires en un seul peloton en laissant un grand espace vide, espèce de redoute au centre de laquelle restait une garde.

Uniforme lors de la première organisation : veste grise avec le turban et le manteau arabe. C'est ainsi qu'il fit la campagne de Syrie. Ensuite on francisa le costume de la manière suivante : dolman bleu clair, collet et parements écartale, gilet et pantalon bleu clair, agréments blancs, shako en feutre avec visière; en grand uniforme, par -dessus le dolman, un caftan écarlate descendant au genou, galonné à la housarde, faux collet, manches courtes fourrées. On joignait à cet habillement un long burnous blanc. Giberne d'infanterie, sabre de hussard, sabretache en cuir noir, fusil de dragon, équipement et harnachement du pays.

Un arrêté de Bonaparte, du 18 thermidor an vi, accorde un dromadaire à chaque courrier da général en chef; ce premier essai donue l'idée (10 nivôse an vu) de former un régiment do dromadaires, qui, mis sur le pied de la gendarmerie, fait la |M>lice, |>orlc les dépèches, escorte les convois, etc. Ou y incorpore (nivôse an vu) des Mallais. Il y avait un palefrenier turc par six

En messidor an tu, une compagnie, sous le général Deslaiog, chasse les Arabes des environs de Bahireh.

Un escadron assiste a la deuxième bataille d'Ai>oukir (3 thermidor an vu).

Le régiment de dromadaires, commandé par le chef de brigade Cavalier, renlr.» en France au commencement de l'an x avec l'armée d'Orient, et, comme il se trouvait démonté, on l'incorpora dans la gendarmerie nationale.

I.a garde municipale de Paris, créée le 18 vendémiaire an xi pour le service de la ville, formail deux régiments d'infanterie réparti- dans les postes des ports et des grandes barrières : la cavalerie formait un escadron de dragons. Le premier régiment portail l'habit vert doublé de blanc, veste et culotte blanches, guêtres noires, parements, collet et revers rouges. Le second régiment portait l'habit rouge, veste et culotte blanches, parements, collet et revers verts, guêtres noires, boutons jaunes pour les deux régiments. — L'escadron de dragons avait l'habit gris de fer, parements, collet et revers rouges, veste et pantalon jaune chamois, boulons blancs.

Des deiachements tirés de ces régiments allèrent en Hollande pendant la campagne del'anxiv, touchèrent aux frontières de Prusse et rentrèrent en février 1800, sans avoir pris une part active à la campagne.

Un nouveau bataillon de guerre, commandé par le colonel Rabhe, entra dans la Hesse en novembre 1800, et y désarma les rebelles. Kn 1807, il entra en Poméranie, assista au siège de Dautzig sous les ordres du maréchal Lefebvre et s'y distingua principalement dans la nnil du • au 7 mai, à la prise de l'Ile deHolm, ainsi que le H, eu enlevant à l'abordage, sur la Vistule, une corvette anglaise chargée de munitions pour la place.— Attaché à la division Dupas, du 8* corps, i' était à la lialaitledeFriedland le Il juinets'y battit en li^nedepuis&heuresdu malin jusqu'à minuit.

A Ij On de 1807, un i« bataillon de guerreenlra eu Espagne, et futdéciinéaBaylenen juillet 1808.

Un nouveau bataillon de guerre lui succe-la et resta en Espagne jusqu'en 1818.

Après la conspiration du général Mallet, daus laquelle la garde de Paris se trouva fatalement compromise (deux officiers furent condamnés à mort et fusillés; on sursit à l'exécution du colonel Rablm et du sergent Râteau , ce corp* fut complètement réorganisé. — Un décret du • janvier 1813, suivi d'un ordre du 18, en fo. ma délinitiveuient le 134' régiment de ligne

L'escadron de dragons, qui était resté fidèle i son devoir, fut incorporé dans le 8« régiment dechevau-légers de Ij garde impériale.

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