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d’eux, par faveur insigne, l'autorisation de lui commander pour leur chapelle, à Gènes, une série de bas-reliefs qui, quelques années plus tard, en 1589, étaient, avec des variantes insignifiantes, repris pour la chapelle Salviati ou de Saini-Antonin, à Saint-Marc de Florence : ce sont des épisodes de la Passion du Christ, qui, non seulement par la clarté de la composition, mais par leur valeur expressive, peuvent être placés au premier rang des sculptures religieuses de ce temps. 11 semble qu’iei Jean de Boulogne ail retrouvé quelque chose de ses origines septentrionales et ajouté au fond courant de la rhétorique à la mode plus de
Phot. Alinari.
Fig. 425. — Mise au tombeau, par Jean de Boulogne. (Université de Gènes.)
sérieux, de sobriété et même d’émotion. Le Christ devant Pilate, Pilate se lavant les mains, b; Christ montré au peuple, le Chris I couronné d'épines, Sainte Véronique , la Flagellation, la Mise au tombeau, tels sont les sujets des bas-reliefs, auxquels il faut ajouter six Vertus et deux anges en bronze qui sont aujourd’hui tous déposés à I I niversité de Gênes. En 1579, pour l’autel de la cathédrale de Lacques, Jean de Boulogne sculptait un Christ ressuscité, entre saint Pierre et saint Paulin, d’un caractère plus doucereux et plus fade; et dans plusieurs églises italiennes, à Saint- Laurent et à l’Annunziata de Florence, à la cathédrale de Pise et à Hmpruneta, on montre des crucifix de bronze dont on peut dire qu’ils ont servi de modèles à la plupart de ceux qui se multiplièrent au xvu'' siècle.
Enfin, en lfitFJ, il était appelé à taire, pour une niche encore vacante sur la façade d’( >r San Michèle, à Florence, une statue de saint Luc. Prise en soi, et placée dans le milieu contemporain, c’est assurément l’œuvre
LA SCULPTURE EN ITALIE
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d’un sculpteur habile ; mais dans l'assemblée des statues de Donatello. de Ghiberti et de Verrocbio, le saint Luc perd tout à coup le bénéfice de cette habileté courante et banale qui ne saurait tenir lieu de ce que les maîtres du quattrocento avaient déposé d’éternellement vivant en leurs chefs-d’œuvre.
Les statues équestre el pédestre de Cosme Lr, l'une dans l'intérieur du palais de la Seigneurie, l’autre sur la place même, lui furent commandées par le duc Ferdinand, successeur de François II. et par les chevaliers de l’Ordre de Saint-Etienne, dont Cosme F1' avait été le premier grand-maître. La statue équestre est, pour le cavalier surtout, de fort belle allure, et les basreliefs qui décorent la base sont, dans leur composition mouvementée, d’un style où l'on retrouve comme un dernier écho de ceux de Ghiberti.
C’est sans doute sur la foi de ses œuvres que l’on a pendant longtemps attribué à Jean de Boulogne (d à son atelier la paternité des trois portes de bronze qui, après l'incendie de 1575, furent ajoutées au dôme de Bise. On sail aujourd’hui, et nous verrons tout à l'heure, qu’il n’y eut aucune part, sinon par l’intervention de ses meilleurs élèves.
11 était arrivé ainsi à l’extrême vieillesse. Le LJ mars 1604, il écrivait à la grande-duchesse Christine, dans un de ces moments de gêne que lui valurent son désintéressement et son extrême libéralité :« Je supplie Votre Altesse d’avoir égard à mon extrême vieillesse. J’ai toujours travaillé pour fille, avec une provision de 25 écus par mois, et même au début beaucoup moindre. Je me trouve dans un état de gène ( molto strelto <h facolta) quoique le monde pense tout le contraire, envoyant mes nombreux travaux et la faveur dont je jouis auprès de leurs Altesses. Je n'ai jamais pensé qu’à faire de bon ouvrage. »
En dépit de son grand âge, on faisait encore appel à son talent.
Phot. Brogi.
Fig. 42 i. — Crucifix, par Jean de Boulogne.
(Église de l'Anminziata, Florence).
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Marie de Médicis, le 29 avril 1604, écrivait de Fontainebleau à son oncle, pour demander que « le dit Boulongne » exécute la statue du roi Henri IV, « pour mettre en une place (pie l'on fait accommoder exprès sur le Pont-Neuf de Paris. »
De cette statue de Henri IV et de la collaboration de Pietro Tacca, élève de Jean de Boulogne, nous parlerons plus loin, dans le chapitre
concernant la sculpt ure en France au début du xvne siècle.
Le 15 août 1608, à 8 heures du matin, Jean de Boulogne s'éteignit doucement dans sa maison du Borgo.
Le lendemain, il était inhumé dans la chapelle del Soccorso qu'il avait fait aménager à grands frais dans l’église de I Annunziata, et une inscription apprend encore aujourd’hui au passant que « Jean Boulongne, belge, noble, protégé des princes de Médicis, chevalier de la Milice du Christ , cél èbre comme architecte el comme sculpteur, recommandable par ses vertus, ses mœurs et sa piété, a élevé cette chapelle à Dieu et cette sépulture pour lui-même et pour les Belges qui cultivent les mêmes ai ls. »
Les élèves de Jean de Boulogne. — Parmi les élèves groupés autour de Jean de Boulogne et que, dans les dernières années de sa vie, il associa de plus en plus à ses travaux, deux Flamands el un Italien occupent la première place : Adrien de \ ries, originaire de la Haye, avait, comme tant d autres à cette époque, franchi de bonne heure les Alpes, et sans doute il eut, comme Jean de Boulogne, passé sa vie entière en Italie, si 1 empereur Rodolphe II ne I avait appelé à Prague. C’est dans celte ville,
Fig. 425. — L’une des portes de bronze de la cathédrale de Pise, faites après l’incendie de 1575.
LA SCULPTURE EN ITALIE
et aussi à Augsbourg, que se trouve la plus grande partie de son œuvre, el si le groupe de Mercure enlevant Psyché est aujourd’hui au Louvre, alors qu’il fut, vers 1590, fait sur I ordre de l’empereur Rodolphe pour la cour du palais de Hradschin, à Prague, c’est que, transporté à Stockholm en 1048, à la suite du sac* de Prague par les Suédois, il fut amené en France par la reine Christine après son abdication, donné par elle au ministre des affaires étrangères, Abel Servien, marquis de Sablé, dont les descendants le vendirent avec le château de Meudon à Louvois. Louvois le céda à Colbert, dont le (ils, M. de Seignelay, en lit hommage à Louis XI \ .
Pierre de Franqueville, né à Cambrai en 1548, mort vers 1618, était venu de bonne heure à Paris, où il avait commencé ses études. Il les continua à Inspruck, d’où, après un séjour de quelques années, il se dirigea sur Rome, pour devenir, en 1574, à Florence, l'élève et bientôt le collaborateur assidu de Jean de Boulogne. Florence, Gênes,
Pise ont conservé plusieurs de ses travaux.
A Gênes, il lil pour le palais Griinaldi un Jupiter et une Junon ; pour la chapelle Alatteo Senarego, dans la cathédrale, les statues des quatre Evangélistes, Je saint Ambroise et de saint Etienne , dans ce style alambiqué et (igé dont 1 Orphée, aujourd'hui au Louvre, est la plus caractéristique expression. Cet Orphée menait jadis, dans les jardins de Jérôme de Gondi, tout un troupeau de bêtes et de monstres que Romolo Ferruzzi y avait sculptées, et c’est après avoir vu ce jardin alors célèbre que le roi Henri IV demanda à Jérôme de Gondi de faire tout ce qui dépendrait de lui pour engager Pierre de Franqueville à son service, ce qui se lit promptement, avec le consentement du grand-duc, vers 1601.
Phot. Alinari.
Fig. 420. — Fontaine de la place de l’Annunziata à Florence, par Pietro Tacca.
Sur le baudrier que porte Orphée, ou lil : « Opus Pétri Francavillae belnici eameracensis Florent ini academici pisanique civis a. < I . ni . 1598, Belge d’origine, académicien florentin, citoyen de Bise. »
C’est à la grande part qu’il prit à la confection des portes de bronze du dôme de Bise qu’il dut ce dernier tilre. Nous le retrouverons en
France, sous Henri IV.
O liant à Pietro Tacca, qui vécut jusqu’en 1650, il était né à Carrare en 1577, s’établit de bonne heure à Florence où il lit pour la place de l’Annunziata une jolie fontaine ; déjà, en 1598, Jean de Boulogne l’employait aux basreliefs de la statue équestre de Cosine Ier. Son maître le désigna pour remplacer Franqueville, quand celui-ci, en 1601, fut appelé en France.
Il eut à terminer la statue du duc Ferdinand Ier, la statue équestre d’Henri IV envoyée en France en 1612, et celle de Philippe 111 envoyée à Madrid en 1616. Son chefd’œuvre est la statue équestre du roi d’Espagne Philippe IV, dans laquelle il donna, le premier peut-être, le modèle du cheval cabré, battant l'air de ses pattes de devant, qui devait par la suite être si souvent reproduit.
Pour le monument élevé à la gloire de Ferdinand Ier par la ville de Livourne, et dont la statue fut l’œuvre de Giovanni de 1 1 Opéra, Tacca exécuta les quatre esclaves enchaînés placés aux angles du piédestal 1615-1625). C’était une idée que Jean de Boulogne avait déjà eue pour le monument d’Henri IV, mais les esclaves de Tacca (pour lesquels il avait fait poser comme modèles de vrais esclaves Maures faits prisonniers par Ferdinand Ier) sont d’un réalisme autrement puissant et I ragique.
C’est lui enfin qui fit, comme l’a démontré Courajod, le buste de son maître, aujourd’hui au Louvre. Nous le retrouverons dans l’atelier du Bernin. 11 n’entre pas, en effet, dans le plan de ce volume, de pous-
Phot. Lint.
ig. 427. - La Nativité el l’Adoration des Bergers, par Ansi Tedesco.
(Porte île la cathédrale de Pise.)
LA SCULPTURE EX ITALIE ü!>7
ser l’histoire de la sculpture italienne au delà du pontificat de Paul V (KP2I).
Les portes de bronze du dôme de Pise. — On a vu que les deux
l'iG. 428. Tombeau de Paul V, à Sainte-Marie-Majeure (les bas-reliefs par Gilles Rivière).
principaux collaborateurs des portes de bronze pour la cathédrale de Pise furent Pierre de Franqueville ou Francheville et Giovanni Battista Caccini (1562-1 6 P2). M. Supino a démontré, en effet, que Jean de Boulogne, a <pii on les avait attribuées, n’y eut aucune part.
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Le dessin général lui fourni par l'architecte Hafaello Panni, et les bas-reliefs distribués à différents sculpteurs. Franqueville, pour sa part, eut le Baptême du Christ , le Baiser de Judas et le Calvaire ; Pietro Tacca V Adoration des Mages ; Gregorio Pagani, h1 Jardin des Oliviers , le Christ couronné d épines, le Christ à la colonne ; Francesco délia Bella, la Bésurrection de Lazare ; Ansi Tedeseo, la Nativité ; Giovanni Catesi, la Tentation
du Christ et Y Entrée à Jérusalem ; Caccini, enlin, la Nativité de la Vierge, la Présentation au Temple , le Mariage et V Annonciation. I)e tous ces bas-reliefs, où se retrouve, avec des exagérations et des lourdeurs de style, comme un dernier écho des modèles de Ghiberti, ce sont encore ceux de Caccini qui auraient b1 moins à souffrir de ce redoutable rapprochement.
Et dans la décoration des cadres de ces basreliefs, <pii reste une des parties les plus intéressantes de 1 œuvre commune, la part de Caccini fut aussi prépondérant#, Les églises de Florence ont conservé un grand nombre de ses œuvres, et le pont de la I rinité est encore orné de Y Automne et de Y Eté qu'il sculpta pour en décorer 1 entrée. Enlin, le grand baldaquin surmontant le maître-autel de 1 église Santo Spirito, avec ses marbres polychromes, ses statues mouvementées d’anges et de saints, est comme la première idée de ces décorations magnifiques et grandiloquentes dont Bernin allait bientôt donner a Saint-Pierre le modèle h* plus majestueux.
Phot. Moscioni.
Fig. 429,. — Fontaine de l’Acqua Feliee, érigée par Sixte V. (La statue de Moïse par Prosper de Brescia.)
Les tombeaux des papes de la contre-réforme. — Nous avons indiqué déjà l’importance des tombeaux de Pie V, de Sixte \ , de Clé-
LA SCULPTURE EN ITALIE
ment VIII voir fig. 416) et de Paul Y groupés à Saintâ-Marie-Majeure dans un décor somptueux de marbres polychromes. Autour de la statue du pape, des bas-reliefs historiques célèbrent les victoires de la papauté sur les infidèles et les hérétiques. C’est, au tombeau de Pie V, la bataille de Lépante et les victoires du duc de Santa-Fiore contre les protestants; au tombeau de Sixte V, la destruction des brigands de la campagne romaine, la canonisation de san Diego d’Alcala, la fin de la guerre entre b Autriche et la Pologne; sur celui de Clément VIII, la conclusion de la paix entre la France et l’Espagne,, la prise de Ferrare et celle de Strigonie; sur celui de Paul Y, enfin, que le Pontife fit élever de son vivant ( vivent sibi posait ), la réception des envoyés du Congo et du Japon, la construction de la citadelle de Ferrare, l’envoi de troupes en Hongrie au secours de Hodolphe 11.
la canonisation de sainte Françoise Domaine et de saint Charles Borromée.
Il est remarquable que presque tous les artistes qui travaillent alors à Borne sont venus du Nord; les uns, du nord de la péninsule, comme Prosper de Brescia, qui sculptait pour la Fontana Felice le Moïse colossal et déclamatoire encadré entre les bas-reliefs de G. B. délia Porta; Mariani, deVicence (1065-161 1), qui travaillait aux stucs de Saint- Jean-de-Latran et qui exécutait quelques-uns des bas-reliefs du tombeau de Clément VIII; Maderna, Milanais, dont nous nous occuperons parla suite; les autres, du nord de la France et des Flandres, comme Nicolas Cordieri surnommé le Franciosino, né en Lorraine vers 1567, mort à Borne le 27 novembre 1612, que nous voyons tour à tour employé dans la chapelle des Aldobrandini, à Santa Maria sopra Minerva, dans la chapelle
Fig. 430. — Statue de Henri IV à Saint-Jean-de-Latran, par Nicolas Cordier de Lorraine (il Franciosino).
Pauline à Sainte-Marie-Majeure, à l'église desTrois-Fonlaines et à Sainl- Sébastien-hors-les-Murs, où il fait les statues de saint Pierre et de saint Paul; à Sainte- Agnès-hors-les-M urs, où il sculpte la statue de la sainte; à Saint-Jean-de-Latran, enfin, où, en souvenir des bénéfices accordés aux chanoines après la conversion du roi, il exécute la statue colossale de Henri (Y, en bronze. Au tombeau de Pie V, Nicolas d’Arras, mort en 1598, et Gilles le Flamand furent aussi employés, el nous avons vu que, à Santa Maria dell’Anima, ils collaborent au tombeau de Charles-Frédéric, duc de Glèves.
De toute cette matière académique, un sculpteur de génie allait faire jaillir, au moment même où l’on pouvait croire qu elle était à jamais inerte, une forme nouvelle de la beauté et de la vie, et ce sera le rôle du chevalier Bernin, dont nous étudierons l’œuvre dans la suite de cette histoire.
BIBLIOGRAPHIE
Voir la Bibliographie, tome IV, p. 242-2H, — et, pour les ouvrages généraux concernant plus spécialement la période traitée dans ce chapitre, Ridolfî Tomazzo, Baglione, Baldinucci, Bellori, Milizia, etc., la bibliographie du chapitre précédent (p. 659), et, en outre : Steinmann, Nice. Tribolo in Mus. naz. zu Florenz, Zeitschr. fiir bild. Kunst, XVIII. — Di un anne, dolo del Montorsoli nel suo soggiorno in Messina, Archivio slorico siciliano, nuova sérié.
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