‹ Histoire de l'art (volume 2)Chapitre 25 sur 79 · I. Par M. G. B ri ère · texte numérisé non relu

I. Par M. G. B ri ère

lecture. La mémoire des artistes qui travaillèrent alors, aussi bien que leurs créations, n’a pas été garantie de 1 oubli. Les documents écrits deviennent rares et médiocres; les « comptes des bâtiments du roi », ce guide sec mais sûr pour l’histoire des maisons royales, manquent après 1571; nombre d’actes sont demeurés dans les archives notariales où des chercheurs heureux les découvrent seulement depuis peu d’années. Les monuments eux mêmes ont été pour une grande part anéantis ou ont subi des transformations altérant leur caractère primitif. La gravure, heureusement, nous garde l’image de maints édifices, et les estampes de Chastillon, les relevés de J. Marot ou de Blondel sont nécessaires pour connaître l'histoire de l'architecture française pendant la période qui termine la Renaissance et prépare le classicisme.

Maisons royales renouvelées et agrandies, bâtiments d’utilité publique, création < 1 e places, d’hôtels de ville : telle fut la part des gouvernements, des cités, des princes dans les travaux exécutés pendant cette période. Entraînés par l exemple du souverain, des particuliers feront bâtir des hôtels dans les villes ou des châteaux dans les campagnes. La renaissance catholique manifestera sa puissance par la création d’églises et de monastères. Depuis la pacification du royaume par Henri IV, vers 1595, jusqu'au moment où, entre 1620 et 1650, apparaissent les artistes formés par la pédagogie italienne : un Lemercier, un Youet, ou un Sarrazin, s’écoulent une trentaine d'années fécondes pour l'architecture française; nous assistons à une sorte de reconstruction de l’enveloppe matérielle de la société, comme par les mœurs, la morale, la religion, les principes de gouvernement l'on cherche à reconstruire l’âme des individus et l’esprit de la nation.

L influence de la royauté, importante pendant le règne de Henri IV, s’affaiblira sous la régence de Marie de Médicis ; de vastes desseins seront abandonnés. Cependant la reine voudra posséder son palais, et fera élever le Luxembourg. Florentine, fidèle à l art de sa patrie, Marie de Médicis inclinera plutôt les artistes vers Limitation italienne.

Les travaux royaux étaient dirigés par la « surintendance des bâtiments ». Les surintendants qui se succédèrent dans la charge sous le règne de Henri IV et la régence de Marie de Médicis, Albert de Gondi, comte de Retz, François d’O, Nicolas de llarlav de Sancy, Sully, hauts personnages, n’eurent qu'une influence restreinte; le vrai chef fut, à partir de 1594, I intendant Jean de Fourcy, qui, actif, entreprenant, secondera les desseins du roi avec zèle et deviendra surintendant de 1621 jusqu'à sa mort, en 1625. Si l’initiative et le contrôle sont exercés par les fonctionnaires qui passent les marchés et ordonnent les paiements, la conception appartient aux architectes du roi ; c’est pourquoi il importe

L’ARCHITECTURE EN FRANCE SOUS HENRI IV

de les désigner et de grouper quelques renseignements biographiques autour de leurs noms.

Baptiste Androuet Du Cerceau devient architecte du roi en 1578. succédant à J. Ballant et à Pierre Lescot; il était (ils du célèbre dessinateur et graveur ornemaniste, dont l’œuvre abondante et touffue servira encore aux artistes, qui puiseront dans ses recueils nombre de leurs formules. On a vu le rôle de Baptiste Du Cerceau dans la continuation de la chapelle des Valois (voir tome IV, 2e partie, p. 554); il ne put diriger de travaux au Louvre, mais dessina sans doute des projets; nous ne savons s’il prit part à la construction du château neuf de Saint- Germain; il mourut en 1590. Le duc de Mayenne avait nommé à sa place l'architecte et sculpteur Pierre Biard ; Henri l\ ne reconnut pas cet acte et désigna le frère cadet du défunt, Jacques II Androuet Du Cerceau. Ce dernier meurt en 1614, mais en réalité, bien qu’il ait conservé son- titre, à partir de 1594 sa charge est divisée, el un nouveau collègue prend la prééminence : Louis Métezeau, à qui les lettres patentes du 19 octobre 1594, contre lesquelles Jacques Du derceau protesta en vain, confient la conduite de tous les travaux dans les châteaux royaux. Cet architecte, qui sera ainsi, depuis 1594, le principal artisan des constructions royales, et dont la carrière correspond à la période active du règne, était d’une famille de maîtres-maçons, originaires de Dreux. Il meurt le 1<S août 1615. Son frère, Clément Métezeau 1581-1652), aura en 1615 le brevet d’architecte du roi, attaché au Louvre, mais il servira plutôt comme ingénieur. Nous voyons figurer encore dans les « états » le nom d’Etienne Dupérac, également peintre et graveur, qui vécut longtemps en Italie, publia à Borne, en 1575, des relevés de monuments antiques, dessina des plans de jardins, fut ainsi l’un des initiateurs du genre emprunté aux villas d'Italie, et le maître de Claude Mollet. Il disparait en 1604. Le successeur de Louis Métezeau et de Jacques Du Cerceau sera Salomon de Brosse, (pie nous trouvons attaché à l’administration royale en 1615, et (pii aura le titre « d’architecte général des bâtiments du roi et de la reine mère » de 1615 jusqu’à sa mort, en 1626. Pendant sa direction, Jacques Lemercier, François Mansart entrèrent au service du roi ; avec eux commence une nouvelle période de noire architecture.

Page 1