‹ Histoire de l'art (volume 2)Chapitre 27 sur 79 · PALAIS DU LOUVRE PAVILLON DE L'HORLOGE · texte numérisé non relu

PALAIS DU LOUVRE PAVILLON DE L'HORLOGE

Histoire de l'Art , V- PI X

Librairie Armand ColmPans

L’ARCHITECTURE EN FRANCE SOUS HENRI IV

quadrangulaire. L'agencement des trois frontons inscrits les uns dans les autres, qui servent de couronnement, a toujours été blâmé par les théoriciens, le comble est de forme lourde (son ornementation modifiée sous Napoléon III). Aux extérieurs, Lemercier continuait les murailles nues de Lescot, à peine mouvementées par quelques refends, d’un aspect sévère.

Henri IV, comme François Ier, aima Fontainebleau et se plut à l'embellir. Par les agrandissements considérables qu'il ordonna, les

Fig. 435. — Fontainebleau. Vue du jardin de Diane, d’après Israël Silvestre.

décorations somptueuses qu’il commanda, le roi augmenta la renommée du château célèbre, qui reçut de son règne un nouveau lustre. En avant de la Cour Ovale, centre du château, et isolés d’elle par un fossé, s’élevèrent trois corps de bâtiment enfermant une large cour que l’on désigna sous le nom de Cour des Cuisines, puis des Offices. Ce sont des constructions utilitaires, traitées modestement, en matériaux vulgaires, — comme presque partout en ce lieu. — des lignes de briques marquant l’encadrement des fenêtres et les angles. Seule, la porte principale est d’aspect monumental, ornée de pilastres à bossages d’ordre toscan, supportant une voûte en cul-de-four surmontée d’un fronton. Ces constructions furent édifiées par les soins de 1 entrepreneur parisien Remi Colin, qui fournit le devis en 1597; la date de 1009, gravée dans une inscription de la porte, marque vraisemblablement 1 achèvement de

l’œuvre. D’autres bâtiments d habitation assez insignifiants formèrent la cour de la Conciergerie, et le jardin de la Reine fut entouré des galeries de Diane, des Chevreuils, au fond d une volière, devenue plus tard l’Orangerie; sobres constructions de brique et de pierre. La Galerie de Diane subsiste seule, mais complètement refaite au début du xixe siècle. Tout l’ensemble s’achevait vers l’année 1600. Un petit édifice, justement célèbre, date encore du même règne : le couronnement en forme de dôme, reposant sur quatre arcades, de la porte Dauphine, appelée depuis porte du Baptistère. Le morceau est d’une rare élégance.

Les jardins se constituèrent alors; des artistes italiens eurent une grande part dans leurs embellissements : le peintre Roger de Rogerie en loba; plus tard Thomas Francini et son fils Alexandre, qui firent élever les fontaines ornées de beaux bronzes fondus d’après l’antique et leurs inventions hydrauliques dans des encadrements de rocailles. Le grand canal fut creusé vers 1609; il étonna par son étendue. Ainsi agrandi de bâtiments qui prolongeaient sur 1 horizon le profil dentelé de leurs toits semblables à ceux d’une ville, embelli d œuvres brillantes, les appartements remplis de richesses, le château de Fontainebleau, où les créations de François 1er et d’IIenri II étaient rajeunies, formait un ensemble artistique vraiment extraordinaire, et l’on comprend l’admiration qu’il excita alors par toute l’Europe.

E ARCHITECTURE EN FRANCE SOUS HENRI IV

En avant du grand édifice élevé à Saint-Germain-en-Laye par Pierre Chambiges sous le règne de François I", sur la terrasse dominant la Seine, Henri 11 avait fait construire, par Philibert de l'Orme, à partir de 1556, une maison de plaisance, appelée alors « la maison du théâtre ». Dans un tel lieu, le grand constructeur avait espéré donner libre cours à la hardiesse de son génie ; sa chute soudaine brisa ses desseins. Le bâtiment, continué sous la surintendance du Prima tice, se composait d’un simple rez-de-chaussée enfermant une cour de forme circulaire, la face tournée vers la Seine prolongée par des terrasses couvertes, propices à la promenade. En 1594, les travaux reprirent au « Château Neuf »,

(tel sera désormais son nom), sous la direction de 1 entrepreneur Guillaume Marchant, el les constructions nouvelles vont donner au petit logis 1 apparence d’un édifice grandiose; les terrasses, surmontées d un étage et reliées, forment une façade imposante; deux longues ailes enveloppent le château primitif. La création la plus originale de la nouvelle maison royale fut la construction des rampes et des escaliers ingénieusement disposés, qui permettaient de descendre de la terrasse supérieure aux parterres inclinés en pente douce jusqu’au bord de la Seine. Les murailles de pierre de taille soutenant les terres, les routes supportées par des arcades à robustes pilastres rustiques formant au-dessous des colonnades, composaient un soubassement majestueux. \ ue des rives de la Seine, cette succession cl e terrasses, de portiques en amphithéâtre devait oflrir un magnifique aspect. En même temps que s achevait la construction des escaliers, vers 1598-1599, dans les deux longues galeries creusées sous les terrasses on aménageait une suite de grottes. Le Florentin Thomas F ranci ni (1572-1651), « ingénieur en artifices d’eau », accordé au roi de France par le grand-duc de loscane, bientôt nommé « intendant des fontaines », fut l’ordonnateur de toute la machinerie compliquée du jeu bizarre des eaux. Ces fantaisies ravirent d aise les contempo-

Fig. 437. — Grotte d’Orphée au Château Neuf de Saint-Germain-en-Laye, d’après Abraham Bosse.

rains, et leur succès devait se prolonger jusqu'au milieu du xvnp siècle. Sous des voûtes de rocailles, de coquillages, de pierres découpées en stalactites, en congélation, en mousses, apparaissaient dans dos niches des sculptures représentant des divinités, des animaux ou des plantes. Autour des statues s’élançaient mille jets d’eau qui semblaient donner la vie aux pierres ou formaient par eux-mêmes des figures imaginaires. Ces coûteux travaux ne s'achevaient que vers la fin du règne. Le jardinier Jacques Molet, et peut-être l’architecte Dupérac, avaient donné les des-

Fig. 438. — Château de Montceaux, d’après Israël Silvestre.

sins des parterres de broderie disposés sur les terre-pleins des terrasses et dans les jardins.

Salomon i>e Brosse et le Luxembourg. — Né probablement à Montlavillo, village proche Verneuil-sur-Oise, vers 1571, Salomon de Brosse appartenait à une famille d’artistes protestante. Son père, Jean Brosse, maître architecte, avait épousé une tille de Jacques Androuet Du Cerceau. Le futur architecte du roi lit son apprentissage dans l’atelier paternel et s’instruisit sur les chantiers de ce fameux château de Verneuil dont Jacques Androuet et son lils Baptiste avaient fait leur œuvre de prédilection; ainsi se marque le lien qui rattache Salomon de Brosse à l’école des Du Cerceau, et s’expliquent quelques-unes des sources de son inspiration. Puisant sa science dans les t raités des grands réformateurs, ayant pénétré

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l’esprit de la construction antique, curieux des problèmes théoriques de son art, empruntant des éléments de son style aux modèles répandus par le burin de Jacques Androuet, mais épurant et asservissant cette ornementation surabondante à des règles sévères, Salomon de Brosse sera le dernier grand représentant de la Renaissance française classique. Les débuts de sa carrière nous restent voilés. On ne sait s’il accomplit le pèlerinage d Italie. Jeune, il travaille en des demeures parisiennes, aux bôtels de Soissons, de Bullion ; à Montceaux, vers 1610; à Blérancourt en Picardie, où il aurait élevé un château ; mais son nom n’apparaît en pleine lumière qu’à partir de 1613. Bientôt il prend la succession de son

Fig. 439. — Château de Coulommiers, d’après J. Marot.

oncle Jacques Androuet I)u Cerceau, puis de Louis Métezeau; dès lors, il deviendra le premier personnage de l'administration royale. Vers 1624, il semble en défaveur, peut-être à cause de sa fidélité à la religion réformée; il garde néanmoins son titre officiel jusqu’à sa mort, survenue le 9 décembre 1626.

Le château de Coulommiers en Brie, entamé en 1613 pour Catherine de Gonzague, duchesse de Longueville, et auquel Charles Du By, élève de De Brosse, travailla, ne fut jamais achevé, comme tant d’entreprises trop grandioses, et disparut en 1736-1738. Il était de plan régulier, trois corps de logis limitant la cour qui s’ouvrait par un portail monumental surmonté d’une coupole. Les murailles se dressaient, à l'extérieur, audessus de douves, ornées seulement de pilastres; sur la cour intérieure se déployait une grande richesse ornementale : statues dans des niches et sur la balustrade du comble. Avec plus d’exubérance et d'ostentation,

c’est le style du Luxembourg. De Brosse s’était inspiré, pour le plan, des grands châteaux de la Renaissance: Anet ou Ecouen, et, plus près encore, de Verneuil ou de Montceaux. L imitation de ce dernier château (en achèvement vers 1560, acquis par Henri IV en 1596, et qui devait être la demeure préférée de Marie de Médicis), se marque clairement.

Le Luxembourg est l'une des cuivres célèbres de l'architecture française du commencement du xvi L siècle, et des mieux connues. Marie de Médicis voulut posséder un palais qui égalât en splendeur les Tuileries de Catherine de Médicis et qui put rappeler à ses yeux le palais de sa famille à Florence. En octobre 1611. la reine écrivait à la grande-duchesse de

Toscane pour demander les plans et dessins du Palais Pitti dont elle désirait s’inspirer et envoyait un architecte pour prendre des relevés du palais florentin. I ne sorte de concours fut ouvert pour la construction de la nouvelle maison royale, Salomon de Brosse 1 emporta. Dès la fin de 1612 ou 1615, il est à l’œuvre; en 1621, la maçonnerie est très avancée; en 1625-1624, des difficultés mettent en conflit l’architecte ordonnateur et les agents de la Reine, Salomon de Brosse cède la place à un nouvel entrepreneur, Marin de La \ allée, mais ses plans sont poursuivis, il est donc bien le seul auteur de l’édifice. L'obligation d’imiter le Pitti, imposée parles désirs de Marie de Médicis, explique en partie le dessin général du Luxembourg. La cour seule du palais florentin servit de modèle à 1 artiste français. En les comparant, on voit la part de I imitation dans l’ordonnance des trois étages avec 1 emploi du pilastre et la variation des ordres, et surtout dans l’utilisation du bossage qui est presque I unique ornement. Mais il existe une différence technique dans l’emploi de ce motil, le bos-

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sage est franchement rustique au Pitti, formé de blocs de pierre à peine équarris, tandis qu'au Luxembourg ce sont de simples refends qui offrent un aspect plus léger et plus élégant. Là s’arrêtent les ressemblances; par le plan, les pavillons d’angle, la pente des toits, la forme des ouvertures, le portail d’entrée à coupole, Salomon de Brosse se rapproche du type traditionnel de la Renaissance. Cette demeure royale, située comme aux portes de la ville, au milieu des jardins, fut considérée au xviU siècle comme l’un des plus parfaits modèles de l’architecture française. On louait son aspect plein de majesté, la grâce et le charme de ses façades riantes. Les additions du xixe siècle ont alourdi la conception première, que l’on ne peut juger avec équité. Dans les parterres qui encadraient le

Fig. 441. — Paris. Palais du Luxembourg, d’après J. Marot.

palais de la reine, l’architecte avait dessiné des « fabriques » à l’italienne; une grotte, remaniée et déplacée, reste comme un vestige de ce décor: la célèbre « fontaine », bel exemple de nymphées élevées à l'imitation de celles des villas d’Itàlie. I ne entrée de grotte, du même style, dans les jardins du château de Wideville, est attribuée au même créateur1.

Edifices publics. — L'impulsion qui avait été donnée aux constructions royales se propagea aux édifices publics : hôtels de ville, palais de Parlements, constructions urbaines.

Plusieurs corps de villes se signalèrent par leur activité. A Paris, la façade de l’Hôtel de Aille est achevée, la cour refaite 1618) et le

I. Dans son ouvrage sur Salomon de Brosse, M. .1. Pannier, reprenant une hypothèse de M. de Xolliac, a voulu attribuer à l’architecte la construction du château primitif de Versailles, mais des documents récemment retrouvés prouvent que l'édifice dont il subsiste des murailles ne fui élevé qu’à partir de 1631. 11 en sera parlé dans le prochain volume.

in;

grand perron orné de la statue équestre du roi. Le principal corps de logis de l’Hôtel de \ ille de La Rochelle, raccordant des bâtiments datant de Henri II, est bâti de 1595 à 1606 dans un style lourd, mouvementé,

riche en sculptures (datant pour la plupart aujourd hui du XIXe siècle). Au Capitole de Toulouse, une cour bordée d’arcades surmontées de galeries est édifiée entre 1602 et 1606, la brique employée par assises horizontales. Le plus beau type d’hôtel de ville nous est offert par celui de la cité de Reims, d'une ordonnance régulière, dont la première pierre fut posée le 18 juin 1627, la conduite de l’entreprise étant confiée au maître rémois Jean Bonhomme.

Salomon de Rrosse devait attacher son nom aux reconstructions des Palais de justice de Rennes et de Paris. Envoyé par le roi auprès des membres du Parlement de Bretagne, De Brosse leur lit approuver ses plans en 1618. La première pierre du nouveau Palais était posée au mois de septembre; l architecte ne surveilla pas lui-même

Phot. delà Comm. des M. H. ^

Fig. 442. - La Rochelle. Hôtel de Ville. les travaux, qui furent t rès

lents, plusieurs fois interrompus, et qui ne s’achevèrent qu’en 1655; néanmoins, dans son extérieur, l’édifice de Bennes appartient bien à Salomon de Brosse, si la décoration intérieure esl d’un autre âge.

La célèbre « grande salle » du Palais, à Paris, détruite par l'incendie le 7 mars 1618, lut reconstruite aussitôt, sous la direction de S. de Brosse, de 1619 à 1624. Deux fois, la salle des Pas Perdus devait

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subir les atteintes du feu, eu 1076 et en 1871 ; mais 1 idée de Salomon de Brosse demeure vivante. Se servant des fondations anciennes, l’architecte conserva la disposition de la salle gothique, mais il transforma son style, substituant l’arcade à plein cintre à l’arc brisé, la voûte en berceau de pierre à la charpenterie, les pilastres doriques aux faisceaux de colonnettes. Cette nouvelle salle a gardé l’ampleur des proportions primitives, son aspect simple et grandiose.

Plusieurs fondations urbaines nous montrent la conception idéale que l’on avait alors des villes; on cherchait la régularité du plan. Dans

Phot. Neurdein.

Fig. 443. — Rennes. Palais de Justice.

la création de Vitry-le-François, en 1545, les rues lurent tracées avec symétrie, les maisons enfermées dans un carré flanqué d une enceinte bastionnée. Quand Charles III de Lorraine constitue une cite nouvelle au sud de la vieille ville tle Nancy, à partir de 1588, les alignements sont pris au cordeau; des fortifications, dont quelques portes sont encore debout ; Saint-Nicolas (1605-1608), Saint-Georges (1606), défendaient la ville neuve. A Charleville, fondée en 1605 par Charles de Gonzague, duc de Nevers, les rues viennent aboutir à une grande place centrale d'où l’on voyait les quatre portes delà ville ; de même à Henrichemont, que Sully avait établi en 1608 dans sa principauté du Berry, les voies forment une sorte d étoile partant du milieu du boni g.

Dans les transformations des villes anciennes se manifestent les mêmes principes qui dirigent les fondations nouvelles. Des ordonnances

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