ARCHITECTURE RELIGIEUSE
L’importance du mouvement catholique pendant la première moitié du xvue siècle explique l’abondance des constructions religieuses. A la faveur dé la recrudescence de la foi, les créations d'ordres et les fondations pieuses se multiplièrent ; dans toutes les grandes villes, ce fut un « temps de fécondité monastique », comme l'écrit, en parlant de la cité parisienne, l’historien Michel Félibien.
Quand les principes de la Renaissance s’étaient introduits dans l’architecture religieuse au cours du xvie siècle, il s’était opéré comme un mélange entre les éléments empruntés à l'Italie et à l’antiquité et les traditions du Moyen Age. L ornementation nouvelle était une parure jetée sur la construction qui gardait les procédés anciens de sa structure. Dans les premières années du xvne siècle, malgré des survivances et des résistances, l'église sera complètement transformée par l’application complète des théories classiques. Ordres, pilastres, colonnes, chapiteaux, entablements, frontons seront employés seuls; la voûte ogivale remplacée par la voûte en plein cintre. Alors se constitue un art religieux
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qui se répand par toute la chrétienté. Ce son! des églises célèbres de Rome qui deviennent les modèles «le l’art catholique pour les façades et les intérieurs : le Gesù, plus tard les églises plus riches et plus mouvementées de Sant’ Andrea délia Va lie ou de Saint-Ignace.
L’église classique, ramenée à son type essentiel, aura les caractères suivants. Le plan traditionnel gothique est conservé, la forme de la croix latine habituellement suivie, la nef large, bien éclairée, les bas-côtés amoindris. Dans la construction, un changement d’importance capitale se produit dans la manière de voûter et, comme conséquence, dans la forme des appuis qui soutiennent la poussée des voûtes. La voûte sur nervures est proscrite, la couverture de la nef devient un plein cintre, reposant sur un entablement que supportent des pilastres encastrés dans une muraille s’ouvrant sur les bas-côtés. Les fenêtres de la nef forment des pénétrations appareillées dans le plein cintre. La substitution du plein cintre à la voûte gothique donna à l’éditice un aspect de lourdeur. Pour contre-huter la poussée de la voûte, l’arc-boutant nécessaire est dissimulé le plus possible ; il devient une sorte d’éperon massif, à l'aspect de console renversée, s’appuyant sur les doubleaux du collatéral. Ainsi la hauteur des nefs tend à s’abaisser; l’église classique ne peut faire naître les sensations de hardiesse, d’élévation aérienne qui frappent d’étonnement à la vue des grands vaisseaux gothiques. A la croisée du transept s’élève, dans l’église classique type, une coupole, transformation de l’idée du clocher. La coupole sera, dans certains édifices, d’un effet, heureux et donnera naissance à quelques-unes des plus belles conceptions architecturales du xvne siècle. Considérée dans sa masse, sa coupe (à part les lignes de la coupole), l'église classique demeure une église gothique, bâtie par des procédés plus coûteux, moins ingénieux et plus fragiles, dans laquelle tous les membres de la construction sont revêtus d’ornements à l’antique. La façade sera désormais ornée somptueusement, au détriment du reste de l’extérieur à l’aspect dénudé ; les ordres en constitueront le décor essentiel. Deux ou trois étages, marqués par une ordonnance à l’antique, se superposeront en se rétrécissant, reliés par des volutes, le faîte terminé par un fronton marquant le pignon de la toiture. La façade est souvent un placage qui ne se relie pas logiquement avec la masse de la nef et n’en accuse pas les formes. Les éléments que doit manier et assembler l’architecte étant en petit nombre, les règles de leur usage fixées rigoureusement, d est difficile d être original et de trouver des dispositions nouvelles. Seules les variations dans l’emploi des pdastres ou des colonnes, encastrés ou dégagés, des ordres et des frontons, permettront de distinguer l’ordonnance des portails dont le type paraît immuable. L ornementation, ressource féconde d originalité, est asservie à des formules. La grammaire ornementale des édifices
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religieux, dans la deuxième moitié du xviE siècle, est d'une rare pauvreté. Le sculpteur doit répéter les mêmes cannelures, les mêmes chapiteaux, les mêmes détails décoratifs avec une exactitude mécanique, et ses modèles sont fournis par des livres avec leurs formes et modules. De 1 à cette monotonie dans I aspect des églises catholiques de stvle classique pendant deux siècles; leurs ressemblances sont si frappantes,
qu’il est souvent malaisé de distinguer les époques ou
les régions.
Les ordres monastiques furent, en général, plus que le clergé séculier, les artisans de la transformation.
Dans la propagande en faveur de l’architecture classique, l’ordre des Jésuites joua un rôle prépondérant.
Il n'est pas exact de dire, comme on le répète volontiers, qu'il existe un « style jésuite » ; tout d’abord, parce que le style que l’on désigne communément sous ce nom n'appartient pas en propre aux Jésuites, et ensuite, parce que l'uniformité des églises de l’Ordre n’est pas aussi complète qu’on a coutume de le proclamer; il n'en est pas moins vrai que, par leur goût déclaré pour l’architecture classique italienne, le lien étroit qui rattachait les provinces au chef résidant à Rome, les Jésuites ont été les agents les plus efficaces de la romanisation de l’architecture catholique. Tous les plans, tous les dessins devaient être soumis au Général et n étaient exécutés qu’après son approbation. Des architectes confectionnaient des projets complets qu’ils expédiaient pour n’importe quelle ville ; de là ces répétitions, de là cette méconnaissance des traditions d’un pays. Grâce à d’abondants documents, nous pouvons connaître dans le détail le travail d’édification des premières maisons de l’Ordre en France et suivre la carrière de leur plus célèbre constructeur, jésuite lui-même, Etienne Martellange.
Fig. 448. — Paris. Église du Noviciat des Jésuites, d’après J. Marot.
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Fils d'un peintre, Étienne Martel lange naquit à Lyon, en 1568; il entra dans I Ordre, en 1590, en qualité de « coadjuteur temporel », litre qu’il conserva toute sa vie. Il séjourna à Rome jusque vers 1603-1604. baisant profession d architecte, il deviendra dès lors comme une sorte d’inspecteur de l’Ordre, fournissant des plans, rectifiant les travaux qui étaient soumis a son appréciation. Il parcourut la France, s occupant partout des maisons des Jésuites, de leurs collèges. Il cessa de travailler vers 1657, et mourut à Paris en 1641. Par un recueil de dessins, qui était comme un livre de raison , nous suivons ses voyages et ses entreprises. Collèges et chapelles de collèges se succèdent dans ses préoccupations. Des collèges, lourdes masses de pierre, il n’y a rien à dire; les chapelles seules offrent un intérêt architectural. En 1605, Martellange s’occupe du collège du Puy; en 1605 el 1606, il dresse les plans de celui de Vienne, la chapelle élevée plus tard, de 1625 à 1659 (église Saint- André - le - Haut ; de 1605 à 1608, il travaille à Sisteron; en 1610, il est à Dijon, surveille la chapelle des Godrans, qui est inaugurée en 1617; à Roanne, il donne les plans de la chapelle en 1617 (elle existe, mais remaniée); en 1612, il est à La Flèche, où les Jésuites avaient ouvert, en 1604, l’un de leurs plus célèbres collèges, puis à Ne vers ; en 1617, à Orléans, pour le collège, et en 1625, pour la reconstruction de la cathédrale. 11 est difficile de démêler les œuvres personnelles de Martellange dans toutes ces constructions, dont il ne lut souvent que le surveillant. Partout c'est le même type de portail formé d'ordres, généralement de pilastres, plaqué sur une église modeste d’extérieur, les intérieurs ornés de retables chargés de sculptures. Le maniement des ordres est souvent maladroit (comme à Saint-Pierre-de-Nevers); il fut, au contraire, d’une parfaite régularité dans l’église du Noviciat de Paris,
Phot. de la Comm. des M. LI
Fig. 449. — Paris. Église Saint-Gervais. Portail.
fondée en 1650, dont on vantait la pureté des lignes et qui devint un modèle ( imitations à la Visitation de Moulins, 1648-1655; à Quimper, vers
Le chef-d’œuvre de l’application des ordres à une façade d’église était achevé depuis plusieurs années quand Martellange élevail son meilleur ouvrage. Les dernières travées de la nef de l’église gothique de Saint- Gervais de Paris avaient été continuées dans le style du xvc siècle en 1610-1611; la façade fut construite de 1616 à 1621 sur le dessin de Salomon de Brosse. L’artiste ne s’est pas soucié de faire coïncider son
portail avec la nef qu’il terminait; il a fait un placage, superposant trois ordres selon les règles classiques : le toscan, l’ionique et le corinthien, le pignon masqué par un fronton. Ce monument fut célèbre ; on épuisa jadis pour le louer toutes les formules de l’admiration. Au xixe siècle, la réaction en faveur de l’art gothique a fait oublier sa valeur et il semblerait qu'il ne soit qu’un exemple, Lévy entre tant d'autres, de portail classique. Sa conception acceptée, il mérite d’être placé au premier rang parmi les œuvres du genre, par la justesse de ses proportions; peut-être sa parfaite correction donne-t-elle une impression de froideur.
La coupole, autre élément caractéristique de 1 église classique, s’introduit peu à peu. Le premier essai, fort modeste, fut tenté a Paris à la chapelle du couvent des Augustins déchaussés (plus tard Petits Augustins, actuellement l'École des Beaux-Arts), dont Marguerite de Valois posait la première pierre, le 21 mars 1608. Cette construction, en forme d hexagone, étonna par son goût tout nouveau. Quelques années après, une coupole plus apparente s’élevait au transept de la chapelle des Carmes déchaussés (rue de Vaugirard). Marie de Médicis avait posé la première pierre du bâtiment, le 20 juillet 1615; il était ouvert au culte en 1620. Cette coupole est d’une rare maladresse, l'intérieur de 1 église
Fig. 450. — Paris. Église des Carmes.
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plein de fautes grossières. Une véritable coupole, de structure régulière, rehaussa 1 église de la maison professe des Jésuites à Paris (devenue la paroisse Saint-Paul-Saint-Louis), 1 une des plus considérables de UOrdre et la plus complète imitation d une église romaine avant le Val-de- (iràce. La première pierre lut posée en 1627, le portail élevé à partir de 1634, grâce aux libéralités du cardinal de Richelieu, mais le culte ne fut célébré qu’en 1641. Les deux meilleurs architectes de la Société y travaillèrent :
Mar tel lange et le P.
rançois
Derand
( 1588 - 1644) , savant géomètre, sans que l’on distingue le véritable auteur du projet. La façade est pesante avec ses trois ordres de colonnes corinthiennes ou composites superposées; l'effort pour éviter la forme pyramidale de l'église romaine peu heureux.
D’autres églises de Paris s’étaient élevées, présentant aux yeux le même style romain.
Des églises modestes, récemment achevées, les M inimes (161 I ), les
Feuillants (1608), Sainte-Élisabeth (depuis 1628) s’ornaient de portails classiques : celui des Feuillants par François Mansart date de 1624; l’Oratoire est commencé en 1621, sous la conduite de Jacques Lemercier. L’architecture religieuse classique est désormais constituée.
Fig. 451.
Phot. Ncurdein.
Paris. Église Saint-Étienne-du-Mont.
N’étudier que ce seul type d’église pendant le début du xviU siècle, serait donner une fausse impression du mouvement général de l’architecture religieuse. Les hésitations, les compromissions qui marquèrent l’introduction des éléments classiques dans l'église au xvie siècle se
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coiitinuenl. Des maîtres-maçons peu familiarisés avec 1rs ordres el leurs proportions, des paroissiens voulant garder l’aspect ancien de leurs églises, mais craignant de ne pas être à la mode, contribuèrent à la création d’œuvres composites, qui s’écartent des règles et, par là, sont parfois séduisantes. A Paris, où bourgeois et artisans furent longtemps rebelles aux innovations, léglise Saint-Etienne-du-Mont offre un exemple significatif. Cette charmante église, qui avait commencé à s’élever en 1517, au début des transformations qui menacent Part français, reflète en tous ses détails les variations du goût. Le vaisseau est tout gothique ; le jubé de Pierre Biard, de 1601 à 1609, à la fois œuvre d’architecte et de sculpteur, mêlant les raffinements d’une coupe de pierre savante à l'utilisation des ornements classiques, ferme le chœur à la manière accoutumée ; la forme des fenêtres, des arcs-boutants fait seulement sentir l'affaiblissement progressif des traditions gothiques. Ouand il s’agit d’achever le monument par le portail, dont on pose la première pierre en 1610, tous les éléments ilalo-antiques sont mis à contribution : colonnes à tambour, chapiteaux, architraves, frontons, mais sans effacer les lignes de la construction sur laquelle ils s’appuient, le pignon aigu apparent, la distinction de la nef et des bas-côtés accusée. Dans ce sans-gêne et ce laisser-aller, cette gaucherie même, il y a du charme; toute fautive quelle soit, la façade de Saint-Etienne-du-Mont ne laisse pas d’avoir un attrait qui manque à tant d’œuvres plus savantes. On remarque cet emploi confus des ordres appliqués pour décorer les membres d’architecture, sans les dissimuler, en maintes églises provinciales; ainsi au transept septentrional de Saint-Florentin Yonne) ajouté depuis 1611, au portail de. Saint- Pierre d’Auxerre élevé à partir de 1631. Dans la célèbre église Sainl- Eustache de Paris, continuée vers 1620, et où l’on travaille jusque vers 1640, aucun détail 11e révèle les transformations récentes; le système de la voûte ogivale est toujours mis en pratique. De cette survivance des procédés gothiques, l’un des exemples les plus frappants est celui de la reconstruction de la cathédrale d’Orléans, qui avait été ruinée pendant les guerres religieuses, les chapelles du chevet seules restées debout, et dont Henri l\ vint poser solennellement la première pierre le 18 avril 1601. Le nouveau chœur, achevé vers 1622, est construit rigoureusement selon le système gothique. En certaines provinces, la persistance de formes architecturales déconcerte l’archéologue; il existe dans le Bordelais des églises de villages édifiées au début du xvnp siècle qui paraissent franchement romanes: à Tourtérac, une abside datée de 1(507; léglise de Francs, construite de '1605 à 1617. Il y eut là, non pastiche, mais continuation d’habitudes transmises par des générations de maçons.
L’ordre des Jésuites, cet actif propagateur des formes italiennes, n’eut pas une horreur invincible pour le gothique. Dans les pays attachés
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n leurs traditions, les religieux surent adapter leurs édilices aux désirs de leurs fidèles. Dans les Flandres, les Pays-Bas espagnols, en Franche- Comté, comme dans les provinces rhénanes, s’élevèrent, au début du xvue siècle, des monuments continuant les procédés de Part ogival : ainsi à Saint-Nicolas de Valenciennes (1601 à 1607), édifice à trois nefs couvertes de combles à pignons, aux fenêtres à remplages flamboyants, et où des colonnes supportent la charpente ; à la chapelle d’Arras, de pierre et de brique,
(tinie en 1 6120 ; à celle de Saint-Omer, entamée en 1 6 1 5, de structure moins franchement gothique, car elle ne se termina qu’en 1656. Dans les Pays- Bas (Tournai, église du Noviciat, 161 2; Courtrai, vers 1610; Garni,
1605-1621), les Jésuites ont conçu des édifices qui, par la simplicité de leurs matériaux (brique et bois), la logique de leur construction’ sont des exemples pleins de goût, qui prouvent que les principes féconds de l’art ogival pouvaient, en se modifiant, servir encore. Goura jod voyait dans ces survivances des « résistances de l’art national », y découvrant avec joie une protestation du tempérament « chrétien et septentrional à l’invasion de la pensée latine et italienne ». Il nous semble que fardent adversaire du classicisme s’illusionnait un peu sur la valeur de ces manifestations en leur prêtant des raisons profondes de sentiment ou d’esthétique. L’une des causes qui expliquent les constructions d’églises gothiques, à côté de la tradition, doit être cherchée dans les habitudes des gens de métier. Les corporations de maçons avaient peine à se plier aux nouvelles coupes de pierre, et des architectes pouvaient être incapables de les diriger en dressant des
Phot. Lecerf, Rouen.
Fig. 452. — Rouen. Chapelle du Lycée.
épures. Ce qui prolongea la vie des procédés gothiques, de la voûte française — car c'est par là surtout que se marque la « résistance », — ce fut la main d'œuvre ouvrière. La juxtaposition de la voûte gothique et du pilastre romain dans un grand nombre d'églises nous semble confirmer cette explication. Plusieurs chapelles des Jésuites présentent cette particularité qui contribue à leur donner une physionomie originale. Les chapelles de La Flèche i I0P2 à 1622), de Poitiers 1608 à 1610), de Chaumont (entamée en 1629 on 1630, achevée en 1658-1640), d'Avignon (en construction en 1617, achevée après 1652), d Eu (commencée en 1615), construction de pierre et de brique, de Rouen, l une des plus curieuses, (début vers 1610, en 1624 on pose la première pierre de la façade achevée seulement au début du xvm° siècle), offrent des voûtes à nervures reposant sur un entablement et des pilastres. Tous ces exemples prouvent la diversité des créations sous l’apparente uniformité des formules. L'historien doit noter ces divergences, pour montrer les hésitations qui se manifestaient, la force encore vive des traditions, et pour expliquer comment, dans les trente premières années environ du xvne siècle, se mêlaient des idées diverses, desinfluences contradictoires; cette confusion même est la manifestation de la vie ; seulement il ne faut pas exagérer l’importance des survivances du passé ; à ce moment, comme cinquante ans auparavant, lors de la propagande de la Renaissance, les résistances furent brisées, venant de milieux d’où la vie se retirait peu à peu, et le classicisme triompha.
Les protestants, au milieu des troubles et des persécutions, n’avaient pu songer à construire des lieux de culte; aucun édifice du xvie siècle ne révèle dans l’histoire de l'architecture française l existence d'une nouvelle religion. Au début du xvne seulement, un temple réformé s’élèvera, olfrant une disposition nouvelle, et sa création sera due au plus illustre architecte protestant d’alors : Salomon de Brosse. Le culte réformé, toléré à Charenton, se donnait, depuis 1666, dans une salle probablement construite par le même architecte, mais sans valeur artistique; elle fut détruite en 1621, pendant une émeute. Louis XIII l’ayant permis, un second temple est fondéà Charenton, le 25 juin 1623, et ouvert aux fidèles dès l'année suivante. De Brossé ne pouvait suivre de traditions antérieures : les catholiques n'auraient pas admis que l’on employât la forme ordinaire de l'église el les protestants n'avaient pas fixé encore les dispositions de leurs édifices religieux. Pour rassembler dans une même salle un grand nombre d’auditeurs, leur permettre d’entendre le prêche et de prendre part aux prières, De Rrosse s’inspira du plan de la basilique vitruvienne et sut en tirer un parti original. Sur un plan rectangulaire, un portique de colonnes enfermait un large espace vide, les colonnes for-
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niaient deux étages de galeries, quatre escaliers aux angles en permettaient l'accès; des fenêtres superposées versaient la lumière dans cette grande salle d'assemblée — - (quatre mille personnes, pense-t-on, pouvaient s'y réunir) — qui se signalait aux regards par le grand comble de la toiture. Le Temple de Charenton, qui devait être démoli en 1685, au moment de la Révocation, devint célèbre par son originalité et la simplicité judicieuse de ses aménagements, et plusieurs temples — dont certains existent encore — furent élevés en Allemagne d’après son modèle.
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