I. Par M. Jean de Foville
rude franchise, vaut précisément, et avant tout, par son élégante richesse, sa perfection savante, sa pompeuse beauté.
Sans doute, ces qualités sont apparues avant le temps de Guillaume Dupré, quoique chez les contemporains d’Étienne de Laulne et de Germain Pilon elles fussent manifestement moins fréquentes; et, sans doute aussi, les successeurs de Dupré et de Warin ne manqueront pas davantage de virtuosité et d’élégance. Mais Louis XI V les entraînera dans son cortège officiel: la médaille deviendra une manifestation régulière delà politique; pour mieux multiplier des œuvres célébrant ses actes, le pouvoir royal développera la Monnaie des médailles, instaurée par Henri 111, et favorisera ainsi l'extension de la médaille frappée, qui remplacera presque partout alors la médaille fondue. Guillaume Dupré, Jean Warin et leurs contemporains sont donc les derniers artistes qui, dans la France classique, aient cultivé avec autant de régularité, de fécondité, de succès, cet art séduisant de la médaille coulée, et il est utile de le rappeler avant d’étudier leurs chefs-d’œuvre.
Ces chefs-d’œuvre, du reste, ne se ressemblent pas seulement par la technique: le même goût s’y manifeste, opulent, chargé, ami à la fois de la nuance, dans le détail, et de la grandiloquence, dans l’ensemble. Pendant plus d’un demi-siècle, cet art reste à peu près le même, et il serait vain de vouloir y distinguer des écoles ou d’y noter une évolution sensible: aussi n’y marquerons-nous point de ces grandes divisions qui donnent plus de netteté à l 'histoire. Passant en revue d’abord les graveurs attachés aux ateliers monétaires de Paris et héritiers des traditions créées sous Henri II, puis Guillaume Dupré, Jean Warin et leur entourage, entin les médailleurs provinciaux, talents inégaux mais parfois pleins de caractère, nous ne devrons pas oublier «pie d'un groupe à l’autre de ces artistes, il n’y a point de différences profondes, et < j n ils obéissent tous, consciemment ou non, au même idéal décoratif et raffiné.
Médailleurs et graveurs monétaires du temps de Henri IV. — Dans un précédent chapitre (voy. 1. IV, seconde partie, p. 690-70(1), nous avons vu quelle organisation minutieuse et précise Henri 11 et ses lils avaient donnée aux ateliers monétaires de Paris, comment les balanciers d’Augsbourg avaient été introduits en France et installés, dans la Cité, à la Monnaie du Moulin, et nous avons suivi les premiers développements de cette école d’artistes monétaires créée, selon un dessein très net, parle pouvoir royal. Nous nous sommes arrêtés dans cet historique à la mort de Germain Pilon, en 1590. Mais, en disparaissant, le grand artiste laissait des modèles féconds et un groupe de graveurs habiles et actifs, prêts à profiter de ses exemples, même si les nombreuses rivalités qui divisaient âprement les justiciables de la Cour des Monnaies les avaient
LA MEDAILLE FRANÇAISE
entraînés dans une coterie hostile à la sienne. Parmi ces graveurs, nous devons citer d’abord les Danfrie, intrigants que Germain Pilon ne se serait point choisis pour successeurs, mais qui, à nos yeux, appartiennent bien à la même école et qui ont laissé des médailles de Henri IV gravées avec une rare adresse, quoique sans originalité profonde.
Le Breton Philippe Danfrie, né vers 1551 et mort en 1606, nommé en 1582 tailleur général des monnaies par la faveur royale et malgré les véhémentes protestations de Germain Pilon, fut un de ces ouvriers d’art de la tin de la Renaissance, si ingénieux et si habiles, qui ont touché aux métiers les plus divers : il a construit des horloges, inventé des instruments astronomiques, ciselé des fers à reliure, et intaillé des sceaux, aussi bien que gravé des coins de monnaies, de jetons et de médailles et modelé de petits médaillons destinés à la fonte. Son lils, également nommé Philippe, et qui mourut avant lui, en 1604, mais qui, en 1591, âgé de dix-huit ans à peine, avait été nommé contrôleur général des effigies, collabora si étroitement avec lui, qu’il est bien difficile de distinguer leurs œuvres. La médaille du sacre de Henri IV, œuvre certaine du père, et d’ailleurs d’un style lourd et médiocre, a permis de lui attribuer plusieurs autres pièces du même prince, où les revers, de composition pauvre, valent moins (pie les portraits, froids mais corrects. Une médaille de Henri IV pl,,lll£pe Dn'"e
en Hercule, datée de 1602, et signée
P. DAF , tranche sur les précédentes par la tière allure du buste royal, modelé avec une souple et puissante maîtrise; le revers, d'un goût médiocre, est cependant traité avec adresse : sans doute faut-il voir dans celte œuvre, si supérieure aux précédentes, la main de Philippe Danfrie le lils, et préférer nettement son talent à celui de son père.
Nicolas Briot, Pierre Régnier et Guillaume Dupré restent, du groupe d’artistes monétaires qui succéda aux Danfrie, les trois seuls noms dignes de mémoire. Nicolas Briot fut nommé en 1606 « tailleur général des monnaies », Pierre Régnier, en 1607, « conducteur général de la Monnaie du Moulin », et Guillaume Dupré, en 1604 et 1606, « contrôleur général
des effigies ». Dupré, dont nous parlerons plus à loisir tout à l’heure, déploya fort peu d’activité dans ce poste, et le grand médailleur demeure négligeable comme artiste monétaire. Nicolas Briot et Pierre Régnier au contraire, secondaires comme créateurs, ont montré, comme graveurs de coins, une adresse consommée et un talent à la fois affiné et somptueux : jusqu’à nos jours, les œuvres de l’un ont souvent été confondues avec celles de l’autre; preuve nouvelle que leur habileté de main surpassait leur originalité. Mais tous deux, comme gravîmes de médailles, de monnaies
et de jetons, font honneur à l’art français, et parmi ces innombrables ouvriers d’art restés anonymes et qui ont fait preuve de tant de souplesse, de conscience et de goût, ils méritent spécialement la destinée qui a sauvé leurs noms de l’oubli.
Nicolas Briot montra dans ses fonctions une personnalité vive, ambitieuse, pittoresque, qui lui a valu des biographes attentifs et même passionnés. Au seul point de vue de l’histoire de l’art, ce maître ouvrier, au talent inégal, doit rester au second plan. Lorrain, il a travaillé pour le duc de Lorraine en même temps que pour Henri IV et Louis XIII ; puis, en 1625, ayant échoué dans quelques-unes de ses trop nombreuses entreprises, il s’enfuit en Angleterre pour échapper à ses créanciers et entra au service de Charles Ier1. Ses portraits de ce roi, d’une correction froide, mais distinguée, élégante même dans le détail du costume,
sont supérieurs à ses œuvres de jeunesse, qui pèchent par une grande sécheresse, notamment dans le modelé des visages: ainsi un jeton à l’cltigic de Henri IV, la médaille de Louis XIII, datée de 1(310, et les piéforts de la monnaie de 1618. Les motifs décoratifs y sont toujours traités, d’ailleurs, avec une sobriété de bon goût.
Fig. 46tt. — Nicolas Briot : Monnaie de Charles I" d Angleterre.
I. Nicolas Briot forma en Angleterre un élève, Thomas Simon, dont le talent de portrai-
LA MEDAILLE FRANÇAISE
Pierre Régnier, qui a gravé ses meilleurs coins d'après des modèles dont il n'étail point l’auteur, el que nous devons tenir, par conséquent, pour graveur plus que pour médailleur, a cependant laissé des œuvres superbes d’exécution et de tenue décorative: il faut en effet lui faire honneur de médailles de Louis XIII l(il(l et 1013) et du connétable de
Luynes (1621), qui, plusieurs fois, ont été données à tort à Nicolas Briot, et où le modelé des figures, aux revers, comme certains partis pris dans l’ornementation et dans la disposition des légendes, rappellent, d’une façon trop frappante pour être fortuite, une pièce de plaisir de Louis Turgot ! 1627), qu’un document lui attribue, sans contestation possible.
Comme il est légitime d’ajouter à son œuvre les célèbres piéforts de la Monnaie du Moulin, fabriqués en 1607 par son beau-frère Gilbert Olivier et par lui, véritables chefs-d'œuvre de précision et d’élégance, où l’effigie de Henri 1Y ne manque ni de caractère ni de vie, on voit que cet officier monétaire se haussa au mérite d'un artiste. Sans doute, son Louis XI 11 de 1613 est manifestement copié d'un modèle fourni par Guillaume Dupré :
mais il en a su rendre le modelé avec justesse et vigueur, et, en outre, dans l’ornementation de la cuirasse, il a déployé une fantaisie décorative d'un goût viril et d'une brillante richesse.
Fig. 470. — Pierre Régnier :
Médaille du connétable de Luynes.
Pierre Régnier avait épousé la tille d’Alexandre Olivier et de Marguerite de Iléry, dont les (ils, Gilbert, mort en 1608, et René, qui vécut vingt années de plus, travaillèrent avec lui à la Monnaie du Moulin, fief de leur famille. Mais, dans cette collaboration, il semble prouvé que toute ou presque toute la part artistique doive être réservée à Pierre Régnier.
Guillaume Dupré. — Bien qu'il ait occupé, de 1606 à 1639, la charge
liste, déiicat et savant, rappelle le talent des médailleurs français les plus classiques du même temps.
de contrôleur général des effigies, poste considérable, et d'où Germain Pilon avait exercé son autorité sur les graveurs de monnaies et de médailles, avec tant d’actif souci, Guillaume Dupré n'a pas joué un rôle important dans l'art monétaire. Ge grand artiste avait reçu une éducation de sculpteur et de fondeur : ce sont ses belles médailles fondues et ses larges médaillons, parfois reciselés, qui ont fait sa gloire. Par cette expérience de sculpteur s’appliquant à la médaille, par son goût dominant de la grande médaille coulée, Guillaume Dupré se rapproche des médailleurs italiens; en outre, il leur ressemble par son style et par son emphase tempérée dedistinction.Son œuvre se place d’elle-mème, comme un superbe finale , à la suite de l’œuvre des Leoni et de leurs successeurs ou à la suite de celle des romanistes du Nord, comme Jonghelinck et Etienne de Hollande), plus qu’elle ne paraît succéder à l'œuvre de nos graveurs monétaires du xvT‘ siècle. A l'époque où ! italianisme a achevé de conquérir l ai t européen, Dupré en vient donner, sous une forme spéciale, l’expression la plus achevée, la plus complète : et si Jean Warin ne l avait pas imité avec une fidélité si brillante, on pourrait dire qu'il a éclipsé scs précurseurs et qu'il n’a pas eu de successeur. En sorte que, dans révolution de l’art français, Guillaume Dupré représente une diversion italianisante d'un magnifique caractère, bien plutôt qu'une étape naturelle de notre génie national. Des médailleurs beaucoup moins célèbres, comme Guillaume Martin et Pierre Régnier, avant lui, ou comme Boutemie et Chéron, après lui, reflètent -plus exactement les qualités essentielles de l’esprit français.
Du reste, cet italianisme de Guillaume Dupré n’eut rien de spontané : mais, doué d’une adresse prodigieuse plus que d’un tempérament très marqué, Dupré obéit à la mode de son temps. Il vit les œuvres d’Antonio Abondio le jeune, puis, plus tard, celles de Gasparo Mola : en les imitanl, il les surpassa. N oublions point, d ailleurs, qu'il sut, malgré tout, rester français par la délicatesse intelligente de son réalisme et la précision élégante de son goût.
Huguenot de naissance, originaire de Sissonne en Laonnais, ayant reçu, nous ignorons où et comment, une éducation de sculpteur et de bronzier, Guillaume Dupré montra un talenl précoce : il n’avait guère plus de vingt et un ans lorsque, vers 1597, Henri IV l'attacha à son service, le logea au Louvre et lui attribua « cent escus d’appointemcns pour chascun an », au vu d’ouvrages dont « la gentillesse et la grâce », dit le document, promettaient « quelque chose de grand et de hardy ». De 1597 datela première médaille de l’artiste : elle représente, d’un côté, Henri 1\ en Hercule, et, de l’autre, Gabrielle d’Estrées. Moins habile que les suivantes, cette pièce est cependant la plus personnelle et peut-être la plus française de l'œuvre du maître : quoique se détachant assez dure-
LA MEDAILLE FRANÇAISE
ment, et par méplats mal dissimulés, sur le champ de la médaille, l’effigie de la « belle Gabrielle » y est traitée avec une fraîcheur et une vivacité spirituelle d’une Irès savoureuse originalité.
Vers 1600, Guillaume Dupré épousait la fille de Barthélemy Prieur, sensiblement plus âgée que lui. Le statuaire exerça sans doute quelque influence sur son gendre, mais rien ne prouve qu'il ait été son maître. En 1600, et très jeune encore, Dupré signait une médaille de Henri IV, avec, au revers, la figure d’Hercule nu, debout, la massue sur l’épaule; il n’a pas exécuté de portrait plus habile, plus souple, plus parfait, et nous le voyons donc, vers l’âge de vingt-cinq ans, en pleine possession d’un talent prodigieux de sûreté et d’adresse. Si l’Hercule du revers, aux muscles épais, est fort banal, le buste du roi, légèrement embelli, mais d'une tenue superbe, est modelé avec une justesse et une richesse sans excès, qu’aucun médailleur n'a dépassées. Certes, une œuvre semblable fait penser aux Leoni, à Jacopo da Trezzo et à leurs imitateurs : mais elle reste française encore par une sobriété d’accent et une nervosité discrète qu’on sent sous les dehors à V italienne. Toutefois, dès cette époque, certainement, Dupré connut des médailles d’Abondio et s’amusa à les imiter : son magnifique Lesdiguières (1600), d’un dessin et d’un modelé si solides et
ji • , .. || . F ig. 471 . — Guillaume Dupré :
<1 11116 SI 11616 alluie, I(lj)p6il6 C6I IR1116- Médaille de Henri IVet de Gabrielle d’Estrées.
ment les nobles portraits d’archiducs
modelés et fondus par le maître milanais. Comparez encore le Balthazar de Villars (1600) de Dupré au Jean-Frédéric de Saxe d’Abondio; si la médaille italienne respire plus de grandeur, la pièce française est refouillée avec plus d’intelligente pénétration, mais pour le dessin général, le relief, le modelé, le costume, l’aspect d’ensemble, les deux œuvres ne s’affirment-elles point comme de la même école?
Néanmoins Guillaume Dupré dépasse vite le maître milanais par sa souveraine habileté et son extrême élégance. En 1001 , il exécute la médaille de Jérôme de Villars, frère de Balthazar et archevêque de Vienne, et l’effigie, en plus haut relief, rehaussée par le camail et le col sobrement
HISTOIRE I >H L’A HT
7li ’t
drapés, esl traitée avec une précision, une distinction vivante et nerveuse, dont on ne trouverait point l'équivalent chez Abondio, ni chez tout autre médailleur contemporain. La médaille de Guiot de Carmeau (1002) vaut
par de semblables mérites, et le vêtement y est encore plus savamment drapé. Notez que, dans le même temps, Dupré oppose à ces portraits, d’allure assez sobre, d’autres portraits de Henri 1\ et de Marie de Médicis, où il s’amuse à répandre les trésors de son style le plus orné, le plus opulent : dans l'une de ces pièces, les bustes du roi et de la reine, affrontés, eii brillant costume, la tète haute, soid modelés en très bas relief avec une adresse presque surprenante. La médaille exécutée en 1603, pour commémorer la naissance du dauphin, n'est pas moins luxuriante de style, ni moins belle, et mérite de nous retenir davantage, à cause de la beauté du revers. Ce revers ligure, sous les traits des deux souverains, Mars et Minerve, debout l'un en face de l’autre et se donnant la main, tandis qu'un enfant nu debout entre eux. le pied sur un dauphin, essaye, d'un geste volontaire, le casque de Mars; un aigle arrive à tire d’ailes, au même moment, portant une couronne à l'enfant royal. Cette allégorie mythologique pourrait être de la dernière froideur, mais la superbe et le rythme des attitudes, autant que la rare perfection du métier, rajeunissent, réchauffent le tableau; on y sent même un soufflé de fantaisie héroïque, qui était tout à fait dans le goût du temps et qui donne une légèreté et une grâce nouvelle à l’allégorie. Les traditions du Primat ice
Fk.. r,->.
Guillaume Dupré : Médaille de Henri IV et de Marie de Médicis ommémorant la naissance du dauphin.
LA MK DA IL LE FRANÇAISE
se retrouvent ici, épurées et animées d’esprit français; l’élégance même des attitudes et des gestes est dépouillée de tout maniérisme.
Or, nous savonsque cette composition recueillit en son temps le plus vif succès. Henri I \ , «pii allait bientôt le nommer contrôleui général des effigies (1606), accorda à Dupré, le 28 juillet 1603, une autorisation expresse de fondre lui-même sa médaille, en telles matières qu’il lui plairait, interdisant, par les mêmes lettres patentes, « tant à tous orfèvres, molleurs en sable que autres personnes de quelque qualité qu’ilz soient » de les surmouler ou imiter. Cette reconnaissance d’un droit exprès de propriété, qui nous semble si naturel, allait à l'encontre de certains privilèges de la corporation des orfèvres; ils s’opposèrent à ce décret roval, et il fallut une longue procédure pour que, fort du bon plaisir du roi, Guillaume Dupré obtint gain de cause. Quand son privilège fut bien et dûment reconnu, il coula de nombreux exemplaires de sa médaille, et même en exécuta, en 1605, sous forme de grand médaillon, de 192 millimètres de module, une variante nouvelle, où les bustes royaux sont traités avec une richesse plus exubérante encore(le visage de Henri l\ tourné de trois quarts, et moins parlait d’ailleurs que dans la pièce de 1605), mais où, surtout, le revers est modelé et fondu avec un souci et un bonheur extraordinaires.
D’après les exemplaires anciens de cet admirable médaillon, on juge de la science de fondeur et du talent de sculpteur de Dupré, et on se rend compte de l’extrême dextérité de sa main, qui charge d intentions décoratives le moindre pli de vêtement, le moindre détail d’armure, la moindre mèche de cheveux, et qui — malgré cette minutie ornementale — modèle les figures, et les nus spécialement, avec une si belle puissance et avec autant de justesse que d’esprit. Il n'y a guère dans les revers do Dupré de plus noble composition, et il faut l'avoir présente à l’esprit lorsqu'on cherche à lui attribuer quelque médaille ou quelque sculpture anonyme : c’est faute de les avoir comparées à ce chef-d'œuvre célèbre qu’on a si souvent attribué à tort à Dupré, comme nous le verrons, des médailles de Jean \\ arin.
Nous n’avons point la place de citer toutes les médailles de Dupré. Signalons seulement quelques autres portraits de Henri IV, celui du duc d’Epernon, avec un revers amusant, celui de Sully, d une si brillante facture, et arrêtons-nous un moment aux médailles de Louis XIII à son avènement. L'une, ovale, figure le buste du jeune prince lauré, avec une riche armure (d la fraise, et cette eftigie rayonne de grâce et de naturelle
Fig. 175. — Guillaume Dupré :
Médaille de Sully.
76ti
fierté : au revers, Louis XIII, sous l’apparence d'un dieu enfant, s'élance, nu, à la voix de sa mère, Pallas à longue jupe, qui brandit à la fois le foudre de la guerre et le laurier de la paix; et, sans doute, cette mythologie de cour manque de toute ingéniosité, — et pourtant la scène est charmante de rythme et de mouvement : c’est que la saveur du modelé y relève, comme une nouveauté piquante, la fadeur de l’invention. Au revers de l'autre médaille, ronde et non plus ovale, Marie de Médicis, toujours en Pallas, est assise près de son fils, toujours en jeune dieu ; simple variante du premier revers, qui vaut par les mêmes qualités. A l’avers, le buste du roi enfant, portant l’armure, l’écharpe et la collerette, est conjugué au buste de la reine, et ces deux portraits assemblés sont modelés avec une si jolie souplesse, avec une sûreté de touche si souveraine, qu'il semble <pie ce soit le comble de 1 art :
et ce le serait, si une sponta- I néité plus naïve ou plus brûlante ne devait pas nous conquérir davantage encore.
En I6D2 et 1613, Guillaume Dupré a exécuté les médailles d’une série de personnages italiens: nous y trouvons la preuve qu il a séjourné à Venise, Manloue, Bologne et Florence; c’est Marie de Médicis, sans doute, qui I avait envoyé auprès de son cousin, le grand-duc de Toscane. De ce voyage datent les magnifiques portraits du doge Marc-Antoine Memmo, du duc de Mantoue François IV, de Maffeo Barberini (le futur Urbain VIII), du grand-duc de Toscane Cosme 11 et de la grande-duchesse Marie-Madeleine d’Autriche, de Christine de Lorraine, grande-duchesse douairière, et de François de Médicis, son second fils. De ces médailles et médaillons, aucun n’a de revers original. Dupré y a déployé toute sa science, et des portraits comme ceux de Maffeo Barberini, de Christine de Lorraine et de Marie-Madeleine d’Autriche, sont d'une perfection de facture qu'on ne saurait dépasser. Toutefois, ces chefs-d’œuvre soulèvent un problème, et c’est celui des relations artistiques du grand médailleur français avec son contemporain, Gasparo Mola. Né près deCôme, Gasparo Mola a I ravaillé comme sculpteur, orfèvre, médailleur et graveurmonétaire pour le duc de Savoie, les Médicis, b' duc de Mantoue et Urbain VIII ; sieurs de ses médailles sont très voisines, par le style, de celles de
Fig. i7i. — Guillaume Dupré :
Médaille de Maffeo Barberini plus tard Urbain VIII).
LA MEDAILLE FRANÇAISE
Dupré; cette ressemblance provient-elle de ce qu'ils ont été tous deux influencés par le style d’Antonio Abondio, ou l'un des deux a-t-il imité l'autre? 11 paraît vraisemblable qu'il y a eu à la fois influence simultanée d’Abondio <d influence réciproque de Mola et de Dupré. Gasparo Mola avait plus de simplicité naturelle que Dupré, et Dupré a recueilli de son séjour à Florence le goût d'une certaine simplicité savante qu’il ne manifestait guère auparavant. En outre, dans son portrait du grand-duc de Toscane, il s'est inspiré — au moins dans la chevelure et le costume — d'une petite médaille ovale gravée par Mola à l'avènement du prince. Quant à 1 influence de Dupré sur le maître italien, elle est certaine, puisqu’en ItilîS celui-ci grava les coins d'une médaille de Cosme II et de Marie-Madeleine , où il a copié fidèlement, et avec une subtile délicatesse, le médaillon de la grandeduchesse exécuté en 1613 par Dupré. Du reste, la médaille de Mola reste nettement inférieure aux beaux portraits de son rival; le profil de Cosme II surtout est gravé avec sécheresse, et la physionomie manque de cette fierté et de cette secrète nuance d’esprit dont l’artiste français l’avait empreinte.
Guillaume Dupré rentra en France en 1615 ; sa tendance à un style plus sobre s'affirme, dès celte même année, dans la médaille du chancelier Nicolas Brulart de Sillery, un de ses plus fermes chefs-d’œuvre; quoique si clair et si solide, son style ne s’y montre ni moins délié, ni moins pénétrant ; la fonte en est d'ailleurs un prodige de métier; et le revers, figurant le char du Soleil, est traité avec une élégance très équilibrée.
La carrière de Dupré, à compter de cette date, a la belle monotonie du succès régulier: jusqu’en 1636, il multiplie les médailles et médaillons sans se départir de sa parfaite conscience, et sans qu’aucune défaillance ne se manifeste en sa souveraine habileté. Nous ne citerons ici que quelques-unes de ces œuvres, toutes remarquables : de 1615 date une médaille de Marie de Médicis où le profil est tracé avec une précision sobre, et où le vêtement est détaillé au contraire avec un raffinement extrême; au revers, sur une nef battue des Ilots, et gouvernée par la reine, d’élégantes
Fit;. 475. — Guillaume Dupré : Médaille de Brulart de Sillery
ligures sont couchées, dessinées et modelées avec une jolie nuance de maniérisme qui rappelle l'art florentin du milieu du xvie siècle. De 1018 est explicitement daté le grand médaillon du surintendant Jeannin, portrait magnifique qui fait penser aux médaillons de Germain Pilon, et qui, s il n'a pas la nerveuse originalité du portrait de Birague, l’égale au moins par la perfection de la fonte, et est d’ailleurs traité avec une puissance où Dupré n'a pas souvent atteint. Le superbe médaillon d'Héroard, figuré de trois-quarts, avec une belle physionomie intelligente et hautaine, doit dater de la même période, ainsi que l’a démontré M. Adrien Blanchet. Les portraits de Louis XIII, presque tous à grand effet, mériteraient tous d’être cités et commentés; on en trouve de fidèles copies dans les plus belles monnaies du temps. Les deux médailles de Richelieu ( 1627), avec le buste long, étroit, sec et nerveux, sont des modèles d’art sincère, intelligent, à la fois sévère et pénétré d'esprit, d’ailleurs plein de concise élégance. Le grand médaillon de Duret de Cbevrv 1650), quoique moins beau que le Jeannin , vaut encore par l’allègre brio du style, si net et si vivant. Enfin, parmi les meilleures médailles de la fin de sa carrière, nous citerons celle de Henri de Maleyssic (1635), gouverneur de Pignerol, pour la beauté décorative du revers : on y voit une porte de ville d’une pompeuse architecture, ornée de figures d’enfants et de captifs nus, où l'artiste a dépensé autant de goût que d’adresse. Si l’on rapproche cette représentation très équilibrée des autres revers de Guillaume Dupré déjà mentionnés, on se fera une idée juste de son imagination et du style de ses figures allégoriques et l’on verra sans peine qu'il est impossible de confondre dans son œuvre, ainsi qu’on l'a trop souvent fait, des médailles non signées comme celles du marquis d’Effiat et de Michel de Beauclerc, dont les revers aux allégories follement gesticulantes sont certainement des œuvres de jeunesse de Jean \\ arin.
Nous n’avons pas à parler de l’œuvre de statuaire de Guillaume Dupré. Mais son œuvre comme graveur en pierres fines mériterait ici une étude, s’il était possible de la saisir. On a voulu voir sa main dans les plus beaux camées français du temps de Henri IV et de Louis XIII; toutefois, s’il les avait véritablement gravés, les documents seraient-ils à cet égard aussi muets qu ils le sont? Une seule de ces attributions reste vraisemblable: c’est celle de la petite intaille figurant le buste de face de Maurice de Nassau, el signée G. I). F. Comme Dupré a exécuté, dans un si vie superbe el redondant, une médaille de Philippe-Guillaume de Nassau 1605), frère aîné de Maurice, il est très possible qu’on lui ait commandé ce minuscule joyau où est gravée 1 ’effigie hautaine du sta- I bouder de Hollande. Mais l’œuvre, d’un style sec quoique correct, prouverait plutôt ([ue le grand médailleur est demeuré peu familiarisé avec cet art difficile el ingrat .
LA MÉDAILLE FRANÇAISE
Nous possédons quelques bonnes médailles d’un des (ils du maître, Abraham Dupré, qui lui succéda de son vivant, en 1659, comme contrôleur général des effigies et commissaire général des fontes de l’artillerie, el <1 u i d’ailleurs ne lui survécut que quatre années 1604-1647). Ces pièces, parmi lesquelles il faut au moins citer la médaille de Jacques Boiceau de la Barrauderie 1624) el le médaillon de Victor- Am édée ï‘r, duc de Savoie (1656), sont des pastiches alourdis, mais consciencieux el habilement fondus, des œuvres de Guillaume Dupré: il y manque cependant une certaine vivacité lière et cette indéfinissable Heur de talent que les imitateurs du maître n’ont jamais retrouvées.
Jean Warin. — Le vrai successeur de Guillaume Dupré fut Jean Warin (1604-1672). Warin succéda même à Dupré à tilre de fonctionnaire, puisque, après avoir été « conducteur des engins de la Monnaie du Moulin » (1029) et graveur général des monnaies 1640), il racheta au tils d Abraham Dupré la charge de contrôleur général des effigies (1648). Mais — quoique son activité comme officier monétaire ail été beaucoup plus grande que celle de Guillaume Dupré — , dans la hiérarchie de l’art, il n’esl pas l’égal de ce maître si savant. Il Lest d’autant moins qu'il lient ses principales qualités d’une imitation fidèle de Dupré. D’ailleurs, quoique fort habile, quoique digne d’une particulière estime pour avoir su épurer peu à peu son talent, assez contaminé de mauvais goût an début, quoique surtout admirable par sa science de graveur de coins, il manqua à la fois de cette originalité profonde et de cet esprit vivifiant, qui, à défaut du pouvoir d’émotion, font encore les très grands artistes. Toutefois, ses rares qualités de métier, la fécondité de sa carrière, et les belles traditions dont son art est nourri contribuent adonner à son Oeuvre une importance considérable, et légitiment la gloire dont il a joui.
Né à Liège, et probablement en 1004, mais d’origine française, Jean Warin aurait d'abord été page du prince de Rochefort, puis le goût du dessin l’aurait porté à I étude de la gravure et de la sculpture. « De plus , étant fort industrieux, il imagina plusieurs machines très ingénieuses pour monnoyer les médailles qu’il avait gravées. » Les informations assez vagues, (j ue nous devons à Charles Perrault, sont-elles dignes de foi? Ou faut-il croire les ennemis de l’artiste qui l’accusaient d’avoir été faux monnayeur dans sa première jeunesse? Peu importe, en somme, pour l’histoire de son talent. Ce qui est certain, c’est qu’il vint d’assez bonne heure en France. Dès 1629, il était établi à Paris et employé à la Monnaie du Moulin. Mais vraisemblablement son arrivée dans la capitale remontait à une date plus lointaine, et sa médaille dTIéroard (exécutée probablement en 1628, puisque la légende en fait allusion à la mort du fameux médecin de Louis XIII nous incite à croire qu'il vint travailler sous la
direction de Dupré, car cette petite pièce n’est qu’une copie, d’ailleurs assez médiocre, du médaillon attribué au maître par M. Blanchet.
Si nous devons considérer Warin comme un disciple de Guillaume Dupré, n’oublions pas non plus que l’art des Pays-Bas avait laissé en lui une empreinte profonde. 11 apportait même à Paris le mauvais goût des
romanistes : il est bien du pays el de l’époque où Rubens vint animer d’un souffle de passion ces mythologies menteuses vainement rehaussées de faste espagnol el d’exubérance italienne. Si nous cherchions quels ont pu être ses modèles parmi les maîtres qui l’ont précédé, nous devrions penser à ces Flamands italianisés qui ont si savamment travaillé le bronze, Jean de Boulogne et Pierre Francheville, Peter Candid et Adrien de Yries.
Dès 1629, il exécutait à Paris des médailles où s’étale cette affectation d’italianisme sans mesure: d’abord une médaille frappée de Louis XI 11, commémorant la prise de la Rochelle, et au revers de laquelle il a figuré le roi en Hercule, dans une attitude fâcheusement gesticulante, que ne corrige point le modelé très savant. A l’avers, il a surtout détaillé avec amour la cuirasse de Louis XIII. Dans la médaille du marquis d’Effîat, datant de la même année, figure exactement la même cuirasse ; le portrait est d'un style brillant mais boursouflé, et le revers représente Hercule el Atlas dans l’attitude la plus désordonnée : on s’étonne que celte œuvre de romaniste, dont l’enflure est si peu française, ait été parfois attribuée à Dupré. Deux médaillons ovales, qui nous ont conservé les effigies de Michel de Beauclerc et de Marguerite d’Estampes, sa femme, et exécutés évidemment en 1029, à l’occasion de leur mariage, sont exactement dans le même style que la médaille du marquis d'Effiat. Le revers du médaillon de Beauclerc figure Dédale, Icare et la Fortune, et c’est peut-être la plus mauvaise de ces mythologies d’opéra : l’adroilc exécution n'en corrige qu’à demi le maniérisme débordant.
Pourtant, quoique trop recherchés, les portraits, dans ces premières œuvres, respirent une assez belle magnificence, qu’on retrouvera de
Fig. 47t>. — Jean Warin : Médaillon de Michel de Beauclerc.
LA MEDAILLE FRANÇAISE
Fig. 477. — Jean Warin Médaille de Richelieu
temps ;i mitre dans les médailles qui suivront, notamment dans celle de Bassompierre ( 1655), identique de style à celles de Ruzé d’Effiat et de Michel de Beauclerc. Mais l'influence de Dupré et de l'art français en général modéra vite cette surcharge d’expression. Les portraits de Richelieu 1630 et 1651), l'effigie tine et distinguée d’Antoine de Loménie (1650), celle de Pierre Séguier 1655), un peu lourde mais d'une belle tenue, nous montrent le talent de Warin très francisé, enrichi d intelligence, et soucieux de mesure. Sans doute le char triomphal, au revers de la belle médaille de Richelieu, est figuré avec une pompe
presque indiscrète, mais celle composition équilibrée demeure très décorative; sans doute aussi, la Piété et la Justice qui occupent le revers du Pierre Séijuier sont des Vertus bien maniérées, mais elles ne pèchent que par afféterie, et non plus par des attitudes follement tapageuses. Les médailles et les monnaies de Louis XIII que Warin exécuta entre 1650 et 164(1 suffiraient du reste à lui mériter une large part de gloire: un style hautain et riche, qui s'y justifie pleinement, n'y exclut point la plus rigoureuse et la plus savante précision. Jean Warin a bien été l’un des meilleurs graveurs monétaires de l’art français.
A-t-il été, en outre, capable d'un style plus libre et plus réaliste ? Le curieux portrait de face de l’histrion Tabarin, — médaillon fondu, signé W, que Rondot attribuait à tort à Claude Warin, dont nous parlerons tout à l’heure — tendrait à le faire croire. Mais, cette effigie grimaçante et vivante d’un magot à la Téniers n’est qu’une exception dans son œuvre, une inspiration de l’humour flamand que son talent officiel ne retrouva plus.
Sa carrière s’est poursuivie très avant sous le règne de Louis XIV, et nous ne songeons pas à énumérer toutes ses médailles. Notons seule-
Fig. 479. — Jean Warin Médaillon de Tabarin.
Fig. 47S. — Jean Warin :
Monnaie de Louis XU1.
ment qu’il manifesta la docilité el la souplesse de son talent, plus adroit (jue fortement original, en obéissant à la mode qui éliminait de [tins en plus le bavardage méridional ou la préciosité, et qui menait le génie français du gongorisme au classicisme. Les portraits d'Anne d’Autriche, de Louis XIV jeune et de Mazarin, par exemple, que Warin grava en assez grand nombre, valent par une élégance délicate et mesurée, et par une très belle tenue: toutefois, si les vêtements ou les chevelures y sont traités avec la virtuosité la plus sûre, les visages, quoique modelés avec justesse, ne sont animés d une expression ni très personnelle ni très vivante.
En 1665, Louis XIV commanda à Warin une grande médaille pour commémorer la venue du Bernin en France; à l’avers, le buste du roi est drapé avec une heureuse magnificence, et, au revers, est figuré le projet du maître romain pour la colonnade du Louvre. Cette pièce, de proportions inusitées, donna à Warin l'occasion de retrouver un peu de la verve héroïque de sa jeunesse, et il y a su mettre de la superbe et de la couleur, sans emphase de mauvais goût.
Du temps de Jean Warin, un de ses proches parents, nommé Claude Warin f-j- 1654), a pratiqué le même art en Angleterre, puis à Lyon. O11 lui doit de nombreux médaillons, d'un style généralement rond el mou ; quelques-uns, cependant, respirent un réalisme bourgeois qui 11e laisse pas d’être amusant. Pour plusieurs d’entre eux, même, il y a encore incertitude d'attribution, aux yeux de plusieurs critiques, entre les deux Warin. D’ailleurs Jean Warin a eu d’autres parents encore qui ont exercé le même art, notamment Guillaume Warin, « sculpteur en cire », el Jean fils de Guillaume, qui devint un des aides de son illustre cousin. 11 est probable que ces artistes secondaires ne se sont guère élevés. au-dessus du rang d’ouvriers d’art. Il n’est cependant pas prouvé que quelques-uns des médaillons donnés à Claude Warin 11e soient point d’un autre de ses parents. Quant à François Warin, Mis de Jean, le contrôleur général des effigies, son talent, qui ne fut pas indigne du nom qu’il portait, appartient au déclin du xvue siècle.
Médailleurs contemporains de Dupré et de Warin, ayant travaillé a Paris. — N. -G. Jacquet, Claude Frémy, Lorfelin, Daniel Boutemie, etc. — Le renom de Dupré et de Warin 11e doit point faire oublier le mérite de maîtres moins connus el moins féconds, qui ont travaillé dans le même temps, et dont les médailles sont parfois d’une extrême distinction. La plupart ont d’ailleurs laissé peu de traces dans l'histoire el ne sont connus que par leurs œuvres, elles-mêmes rares «J éparses : aussi 11e nous sera-t-il guère possible que de les énumérer, sans prétendre à les coordonner en groupes ou en écoles.
LA MEDAILLE FRANÇAISE
On doit à Nicolas-Gabriel Jacquet, artiste resté jusqu'ici 1res obscur, mais dont les œuvres sont ou signées ou facilement reconnaissables, une trentaine de médailles, d'inégale valeur, qui s'échelonnent entre 1 G 0 1 et 1050. De 1001 dale un médaillon ovale de Henri IV, avec un buste du roi casqué et empanaché, du style le plus baroque, et, au revers, une allégorie mythologique à grand fracas, d'un modelé superficiel, ('.('pendant, la médaille de Pomponne de Bellièvre, datée de la même année et portant la même signature, nous montre un portrait plus sobre et non sans finesse, imité d’ailleurs d'une médaille de Conrad Bloc. Le portrait d’Etienne Pasquier ( 1605). très voisin de style, s’impose davantage encore à l’attention par la délicatesse expressive du réalisme.
Mais les médailles qui suivent, — Orner Talon 1609), Antoine de Loménie 1610), Brularl de Sillery ( 1612), Eustacbe Cossarl 1614), Claude d’Expilly 1619), Jacques Talon ( 1625), Suzanne Cboart de Bu zen val 1626). Antoine de Nicolay (1650), entre autres,
— ne valent point les premières, et, si les portraits n'en manquent point toujours d’agrément, les revers en sont incorrects, maladroits et affectés. Une médaille de Louis XIII 1627 1, célébrant la défaite des Anglais dans 1 ' île de Bé, loin de se distinguer des autres, pèche par plus de lourdeur encore.
D'un mérite supérieur et moins inégal, Claude Frémy, « excellent ouvrier et esbaucheur en cire », selon Jacques de Bie, n’est pas mieux connu que Jacquet. Il a imité Guillaume Dupré avec bonheur, dans ses belles médailles d’Etienne de Witl, de Louis XIII. de Guillaume du \ air 1621) et de Méry de Vie (1621); ces portraits, étudiés avec conscience, et d’une exécution nuancée, respirent la plus délicate distinction : il n’y manque guère qu’une certaine ampleur de style, ou une originalité robuste. Le grand médaillon de Méry de Vie, d’une facture savante et d’une expression très fine, serait digne, si l’on y sentait un peu plus de puissance, de la main de Guillaume Dupré. On retrouvera, sans doute,
Il ISTÔ1BK DE L'AIE!
dans 1rs médailles anonymes de ce temps, d’autres œuvres de (daude Frémy : ces quelques portraits qu'il a signés suffisent déjà à nous faire aimer cet artiste discret et subtil.
Fig. 481. — Lorfelin :
Médaille d’Anne d'Autriche.
Papillon, graveur parisien, n a signé qu une médaille, assez médiocre du prince de Condé 1052). Beaucoup plus connu est Jean d’Armand, dit Lorfelin. <pii. de 1650 à 1646, exerça l’office 1res important de « tailleur général des monnaies de France », et qui, en outre, vécut et travailla jusqu’en 1669. On lui doit des médailles où fait défaut sans doute une forte originalité, mais dessinées, modelées et fondues, ou parfois gravées, avec une délicatesse très séduisante et une prodigieuse habileté.
Celle d’Anne d’Autriche (1642), où le souriant profil de la reine ne laisse pas d’être agréable, vaut surtout par le fini et la spirituelle élégance des boucles de la chevelure, des dentelles du corsage, et, au revers, des fleurs s’épanouissant aux rayons d'un soleil symbolique. En 1644, Lorfelin signait une médaille de Marie de Médicis
f 1642), où l’effigie est modelée avec un charme insinuant, et, vers 1650, une autre de César, duc (h* Vendôme, où la perruque, la cuirasse et l'écharpe sont figurées dans un beau style décoratif. On doit encore à cet aimable artiste une fine médaille de Louis XI\ 1667), œuvre de vieillesse où cependant subsiste la fraîcheur délicate et un peu féminine de son goût.
Très près des médailles de Lorfelin se placent celles de Daniel Boutemie, orfèvre et graveur parisien, qui a répandu dans ses estampes décoratives la fantaisie la plus librement baroque , mais qui s’est révélé portraitiste d’une grâce nuancée dans ses médailles de Simon Vouet (d de sa famille (1640), comme dans celle d’Habert de Montmorl, où, au revers, sont groupées les effigies de sa femme et de ses enfants. Ses groupes d’enfants affrontés sont modelés avec dextérité et justesse,
Fig. 482. — Daniel Boutemie Médaille de Simon Vouet.
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quoique dans un relief extrêmement fin, et, dans ses bustes d'hommes, il n y a pas moins de scienee, mais il y a plus d’expression : son portrait de Simon Youet est l'un des meilleurs de eefte époque.
Médailleurs provinciaux au temps de Henri IV et de Louis XIII.
- S'il n’y a guère eu, en France, au xvne siècle, de véritable école de médailleurs hors Paris, toutefois des orfèvres ou graveurs monétaires de province ont créé quelques œuvres isolées, fort inégales, mais dont quelques-unes nous frappent par une verdeur d’expression dont les imitateurs de Dupré et de Warin nous avaient déshabitués.
.Dans la région du Rhône, notamment, les graveurs de monnaies et de jetons ont rencontré une clientèle accueillante. Sans doute, le graveur monétaire d’Avignon, Jean Gentilis, auteur d’amusantes estampes, et à qui l’on doit une médaille frappée de Henri IV, ou (Hier, qui travaillait à Grenoble en 1623, sont négligeables. Mais Philippe Lalyame, qui a signé une médaille fondue de Pierre de Monconys, officier judiciaire à Lyon, y a mis île la vérité et de l'accent. Plus célèbre est l'agréable médaillon, signé I. R. F., et daté de 1615, qui nous a conservé les traits de Marie Vignon, marquise de Treffort, maîtresse de Lesdiguières : Rondot a montré qu'il fallait y voir une œuvre de Jacob Richier, descendant de Ligier Richier et connu par les sculptures dont il a décoré Vizille. Si Rondot a exagéré le mérite de ce portrait d'un modelé superficiel, il faut néanmoins en louer le dessin élégant. 11 existe au Cabinet des médailles de Berlin quatre médaillons coulés, figurant les parents et beaux-parents de Jean Richier (frère de Jacob, selon toutes vraisemblances). Ces portraits d’un art plus familier, et plus négligé aussi, que celui de Marie Vignon, portent la même signature I. R. Rondot lésa attribués à Jean Richier et non plus à Jacob. Il est difficile d émettre à ce sujet une affirmation précise : ces œuvres, où
manquent la maîtrise et l'esprit, mais sympathiques, sont, en somme, assez voisines les unes des autres.
Les Ricliier étaient lorrains : l'art monétaire, actif dans le duché, y aurait pu produire d'autres médailleurs. Nous n'avons pourtant à citer dans la région «pie le graveur messin .1. Iluttin, qui a fondu, en 1028, une médaille de F. -J. de Montagu, et, en 16Ü0, une autre du duc d'Epernon où un réalisme allègre, un peu caricatural, s’affirme sans réserve. Les mêmes qualités, avec plus de pénétrante intelligence et de maîtrise, se retrouvent dans une œuvre isolée mais remarquable, h? médaillon du peintre normand Marin Le Bourgeovs 1655), signé Pli. Piquot. Le meilleur naturalisme français se révèle dans ce portrait vivant et pittoresque, d'un style large, précis, sincère, œuvre d’un artiste ignoré qui mériterait cependant sa part de gloire. On retrouve un peu du même accent véridique dans les curieux et lourds médaillons de Marin Le Pigny 1021 et de Claude Robinet, œuvres d'un amateur rouennais, le médecin P. Robinet. De tels portraits font regretter la rareté de ces œuvres provinciales, d'une sincérité si directe. Il est vrai qu’à la même époque, les médailleurs de la cour ont porté assez haut leurs qualités de souveraine adresse et d’élégance, pour compenser la disparition progressive de ces artistes obscurs, qui, loin de la capitale, cultivaient les traditions archaïques avec une savoureuse simplicité.
BIRL10GRAPIIIE
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