SI I
Les groupes des Entierros reales son! dignes d’un pareil souvenir. Chacun d'eux semble ciselé dans un rocher d'or. Le seul monument funéraire qui puisse être comparé à cette assemblée de portraits est le tombeau d'un autre Habsbourg, Maximilien, entouré de ses ancêtres historiques et légendaires, dans sa chapelle d’Insprück, que Poinpeo Leoni avait visitée dans sa jeunesse, sur le chemin d'Augsbourg.
Leone lui-même s'était visiblement souvenu d’une des statues de
Fig. 502. — Juan de Arfe el Lesmes del Moral : Statue funéraire de D. Cristobal de Rojas, archevêque de Séville. Église collégiale de Lerma (Vieille-Castille).
bronze noir qui sont rangées debout autour du tombeau de l’aïeul de Charles-Ouint : il a pris la statue de Marguerite d’Autriche pour modèle, lorsqu’il a exécuté la statue de l’impératrice Isabelle. Les effigies des tombeaux de l'Eseorial ressemblent aux œuvres des sculpteurs flamands et allemands des statues d'Insprück plus qu'à aucune œuvre de la Renaissance italienne, même vénitienne. Pompeo a poussé la précision à l’extrême dans le modelé des visages, comme dans la ciselure des ornements. Chacun de ces morts ressuscités a son type de race, la reine Elisabeth de Valois, (pii mourut d’ennui près de Philippe II, comme Don Carlos, le pauvre fou condamné par son père el a (pii sa belle-mère, la princesse française, fut seule à sourire. Les vêtements, les armures, les
lourdes robes d'apparat soul encore des portraits. Les manteaux dus souverains peuvent se détacher des statues, comme l’armure que Leoni avait ajustée au torse nu de Charles-Quint. Ces manteaux, qui ont. aussi bien que les visages, l’éclat de l’or pur, sont couverts d’armoiries dont les couleurs ajoutent à la richesse du métal une polychromie espagnole. Les émaux héraldiques qui représentent les royaumes de Philippe II, l’aigle colossale qui couvre tout le dos de la chape impériale de Charles- Quint sont des incrustations de marbres et de jaspes polis. Les souverains agenouillés semblent porter a jamais devant los hommes le fardeau de la puissance dont ils ont rendu compte à Dieu.
Pompeo Leoni resta au service de Philippe 111. Quand le roi eut établi sa résidence à \ alladolid, le duc de Lerma, le tout-puissant favori, voulut élever dans le sanctuaire de l'église San Pablo, dont il venait d’acquérir le patronal, des tombeaux copiés de ceux de l’Escorial. pour lui et les siens. Pompeo fit, avec l'aide d'un praticien italien, les modèles en plâtre des statues agenouillées du duc et delà duchesse, en 1601; lorsqu’on en vint au devis d’exécution, un des artistes qui avaient travaillé à la retouche des statues funéraires tle l’Escorial, Juan de Arfe, le « sculpteur d’argent et d'or » ( escultor de oro g de plata ), demanda 6700 ducats de moins que Pompeo. (Test lui qui reçut la commande par un contrat de juillet 1602; il exécuta à Madrid, d'après lus maquettes de Pompeo, tout le travail : cire, fonte, ciselure et dorure.
Les statues du duc et de la duchesse de Lerma, qui ont été recueillies au Musée de \ alladolid, sont dignes de Pompeo par leur minutieuse perfection. En face de ces deux statues devaient être placées, — comme Charles-Quint à l’Escorial, en face de Philippe 11, — les statues de deux oncles du duc, tous deux archevêques, l'un de Tolède, l’autre de Séville. Juan de Arfe s’engagea en décembre 1602 à faire ces deux statues tout entières, modèles et bronzes, « de ces mains pécheresses, sans besoin ni d Italien, ni d’Espagnol ». Il mourut quelques mois plus lard.
Le travail fut continué par son gendre, Lesmes Fernandez del Moral, qui n'acheva qu'une seule des statues, celle de 1). Cristobal de Rojas, l'un des plus graves et plus tiers portraits de prélats qui restent de la vieille Espagne; la mitre, la crosse, la chape même, avec son dos brodé d'une Transfiguration, sont des chefs-d’œuvre d’orfèvrerie en bronze.
Pompeo Leoni mourut à Madrid le 10 octobre 1608. Gardien des bronzes de son père, qu i 1 avait accompagnés en Espagne et qui ne furent retirés de la maison du sculpteur, à Madrid, que pour être enfouis dans les caves du palais royal, il n'exécuta lui-même, après la mort de Philippe II, aucun ouvrage de bronze. Le dernier tombeau dont il donna le modèle, celui qu’une cousine du duc de Lerma, la marquise de Poza, éleva, en 1604, dans l’église des Dominicains de Palencia, à la mémoire de
LA FIN DE LA RENAISSANCE EN ESPAGNE