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son époux, ne comporte que deux statues de marbre, dans une architecture d ordre toscan, solennelle et glacée. Les autres monuments funéraires, qui répètent pendant la première moitié du xvue siècle le thème espagnol des « priants », en l’adaptant à la sévérité du style de Herrera, multiplient dans les églises de Castille des statues de marbre ou de pierre, les mains jointes et le cou raidi dans le tuyautage empesé de la golilla.

L atelier de fondeur qui avait allumé sa fournaise à Madrid, à côté de la maison de Jacopo da Trezzo, fut abandonné après la mort de Juan de Arfe,qui l'avait mis à profit, et de Pompeo Leoni,

(pii lavait organisé. La statuaire de bronze n’est plus en Espagne, pendant le « siècle d'or », comme au temps de Charles-Quint, qu'un art d'importation, dont l'Italie a repris le monopole. C’est à Florence que Jean de Boulogne exécuta, sur un dessin de Pantoja, la statue équestre de Philippe 111, qui décore depuis 1616 la Plaza Mayor de Madrid, et «pie, vingt ans plus tard, Pietro Tacca jeta en bronze le cheval cabré de la statue de Philippe IV (aujourd’hui Plaza de Oriente), qu'il avait modelée d’après un buste de Montanes et d’après un tableau de Velâzquez.

Les peintres de l'Escorial. — La richesse du Musée du Prado est faite, pour la plus grande part, des tableaux que l'Escorial a possédés jusqu’au règne de Joseph Bonaparte. Le monastère devint un musée de peinture longtemps avant l'achèvement des travaux d'architecture. En 1564, un an après la pose de la première pierre, qui se trouvait sous le siège du prieur, dans le réfectoire, Philippe 11 commanda pour ce réfectoire une Cène à Titien. D’autres tableaux du grand vieillard furent placés dans la salle qui servit d’église provisoire et qui reçut pour retable la Descente de croix de Roger Van der Weyden. A peine les œuvres des maîtres flamands et italiens commençaient-elles à s’emmagasiner dans les bâtiments de l'Escorial qu’elles donnèrent leurs enseignements à un

peintre espagnol. C’était un moine, natif de Logrono, Juan Fernandez Navarretc, que les lettres du roi nomment simplement El Mndo , « le Muet », et qui l’était en effet depuis l’enfance. Philippe 11 prit le moine à son service, en 1568, sur la vue d'un Baptême du Christ , qui se trouve au Musée du Prado : c’est une œuvre sérieuse et froide, selon la manière des disciples florentins de Michel-Ange, (pie Berrnguete avait fait connaître en Castille. A partir de 1571, le Muet fut attaché à l’Escorial, à la fois comme restaurateur de tableaux et comme peintre. Le Martyre de saint Jacques, daté de 1571, pourrait encore être signé d’un « maniériste » italien ou espagnol. Dans le Saint Jérôme de 1575, le paysage est imité de Palmier. Les bourreaux qui entourent le Christ à la colonne ont des trognes imitées de Bosch, dont le tableau des Sept Péchés Capitaux était placé dès lors dans la cellule de Philippe 11; mais le Christ appartient à un autre monde; il est de la race héroïque de Titien. Le maître vénitien n’eut pas de disciple plus fidèle que celui qu'il trouva, après sa mort, dans la personne du moine de la Bioja (pii n'avait pas vu l’ Italie. Les recherches les plus audacieuses de la vieillesse de Titien, ses oppositions violentes de rayons et d’ombres, se retrouvent dans la Nativité du Mudo. Un peu de la force épique du patriarche de la peinture semble revivre dans les couples de saints que le moine peignit pour huit des trente-deux autels secondaires de l’Escorial et (pii poursuivent leur conversation solennelle devant des paysages aux ciels menaçants. Le Muet s’était engagé en 1576 à exécuter tous ces retables; il mourut à Tolède en 1579, emportant dans la tombe les grands espoirs «pie Philippe II avait fondés sur son « Titien espagnol ». Une partie des tableaux destinés aux autels de l’Escorial fut distribuée entre les étrangers qui formèrent, à l’Escorial, peu de temps après la mort du Muet, toute une escouade de peintres.

Le ro.i voulut décorer l'immense monastère non seulement de tableaux, mais de peintures murales. La fresque était en Espagne, depuis le temps de Dello di Nicola, un art tout italien : Juan de Borgona, qui peignit pour les archevêques de Tolède, au temps des Rois Catholiques, des fresques (pii font penser à Ghirlandajo, avait certainement passé par Florence. En 1565, Philippe II prit à son service, comme peintre, un Andalou de Baeza, Gaspar Becerra, (pii avait fai l son apprentissage à Borne. 11 avait travaillé avec Daniel de Volterre à la Trinità dei Monti cl avec Yasari dans le palais de la Chancellerie, en même temps qu’un autre Espagnol, Rubiales, qui ne revint pas d'Italie. Pour le roi d’Espagne, Becerra peignit à fresque, dans une tour du château de chasse du Pardo, des scènes du Mythe de Persée », dont la première montre Danaé et la pluie d’or d’où naquit b; héros. C’est une lourde et froide mythologie, vainement gonflée de la force de Michel-Ange et qui ignore la divine volupté de Titien. Des repeints grossiers ont

LA FIN DE LA RENAISSANCE EN ESPAGNE

achevé de donner à ces peintures de la Renaissance un style « Empire ».

Becerra ne travailla pas à l’Escorial; il avait peint dans l’Alcazar de Madrid des scènes mythologiques, qui disparurent avec le palais, dans 1 incendie de liai. Il eut pour collaborateur, dans cette décoration, un Italien qui, dit-on, l'avait accompagné en Espagne, Giambattista Castello de Bergame, le peintre qui, après la mort de Juan-Bautista de Tolède, devait construire à I Escorial le grand escalier. Castello mourut en 1569, sans avoir fait œuvre de peintre dans le monastère. Ses (ils, Nicola et Fabrizio, décorèrent la voûte de la sacristie de la grande église et, avec la collaboration de Giovanni da Urbino, celle des salles capitulaires : ils déployèrent sur ces voûtes surbaissées les arabesques animées des « grotteschi », qui imitaient librement les peintures antiques retrouvées à Rome. En 1587, les deux tils du Bergamasque furent occupés à décorer, dans le palais royal attenant à l'église, une salle de 54 mètres de long; ils la couvrirent de tableaux de batailles monotones et archaïques, parmi lesquels la bataille même de Saint-Quentin se distingue à peine par les costumes de la bataille de Higueruela (1451), copiée d’une fresque du Florentin Dello, qui se voyait jadis à l’Alcazar de Ségovie. En vérité il n'y avait rien de particulier à l’Escorial, ni même de nouveau pour l’Espagne, dans ce genre de peintures. Dès 1557, l'Italien Giulio de Aquiles et le Flamand Mayner, qui venaient de Rome, avaient décoré d’arabesques imitées des Loges de Raphaël une construction ajoutée par Charles-Quint au palais des sultans, sur l’Alhambra. Grotesques et batailles avaient composé, avec des vues de villes et des portraits d’hommes illustres, la décoration du château del Yiso, que Giambattista Castello était allé bâtir en 1564 au milieu des campagnes de la Manche et dont il avait couvert les salles de fresques, avec l’aide de trois peintres de Crema. Nicola et Fabrizio Castello, quand ils quittèrent l’Escorial, se rendirent à Alba de Tonnes, pour mettre en fresques, dans le palais ducal, les victoires du bourreau des Flandres.

La série des peintures décoratives ou historiques de l’Escorial avait été commencée au milieu des travaux (h* construction. Quand l’église fut achevée, le roi forma un autre projet, qui demandait d’autres hommes. Il voulait enrichir l’église et le monastère même d’un vaste ensemble de peintures religieuses, dont les œuvres du Muet n avaient été que le commencement : tableaux qui devaient accompagner les statues de bronze dans l’architecture du retable monumental; fresques sur les voûtes de l’église et sur les parois du cloître du monastère, le tout peint par les premiers maîtres d'Italie. Le programme était digne d’un Vatican : mais Raphaël n’était plus, ni Michel-Ange; le \ éronèse tut sollicité en vain. Les peintres auxquels le roi lit appel successivement étaient les plus dignes de succéder aux Rosso et aux Primatice dans l’œuvre de la Renais-

sauce à l'étranger. L'effort obstiné de Philippe 11 pour établir à l’Escorial une « Ecole de Fontainebleau » n’aboutit qu’à un échec mémorable; au moins le souvenir de ces déboires est-il un témoignage en faveur du goût du souverain, qui, formé par la vue des œuvres de la patience flamande et par le commerce spirituel de Titien, ne fut pas dupe de la rhétorique des improvisateurs. Le Martyre de saint Laurent qui est placé au milieu du grand retable a succédé à deux tableaux commandés par Philippe 11 et bientôt condamnés.

C'est en 1583 (pie Philippe II (il venir à l’Escorial le Génois Luca Cambiaso. Luchetto, connu en Italie pour l'un des plus extraordinaires fa presto , couvrit la voûte qui lui était donnée en quinze mois, avec 1 aide de son fils Orazio et d un élève, Lazaro Tavarone; il suivit docilement le plan du P. Villacastin, qui donnait à la Gloire des (dus l’ordonnance militaire d’une revue, en réservant une place dans une des files pour lui-même et pour le peintre. Puis le vieux peintre passa à l’extrémité opposée de l’église, dans la Capilla Mayor, où il peignit sur la voûte un Couronnement de la Vierge, complément de la première assemblée céleste, avec les mêmes géants vus en raccourci el les mêmes couleurs criardes. C’était de la peinture solide, « a buon fresco », qui a gardé le fâcheux éclat de son neuf. Les voûtes de l'église proprement dite (sur le plan carré où est inscrite la croix grecque) furent laissées nues par Philippe 11 et ne reçurent qu'un siècle après la mort du fondateur les peintures de Luca Giordano, qui donnent quelque idée du magnifique contre-sens qu’eût représenté dans le granit de l'Escorial la fête du Véronèse.

Luca Cambiaso mourut en 1585, après avoir couvert quelques toiles, en plus de ses deux voûtes. Il laissait des cartons pour quatre grandes compositions tirées de la vie de saint Laurent et de saint Etienne, qui devaient être placées sur les murs du chœur, entre les stalles et la voûte. Ces compositions furent peintes sur toile par Roinolo Cincinnati, un élève de Salviati, qui avait déjà travaillé avec Castello à l’AIcazar de Madrid1. Il ne joua qu’un rôle d’intérim. Le successeur de Cambiaso au service de Philippe II fut Federico Zuccaro, dont le père Taddeo avait été enseveli au Panthéon, à côté de Raphaël, et qui était traité lui-même en prince par les grands-ducs de Toscane et les papes : le prieur de l’Escorial le reçut en 158(i avec des honneurs royaux. Au bout de trois ans cet important personnage fut renvoyé à Rome, aussi comblé d’argent et de joyaux (pie le Berniu devait l’être, quand il fut congédié par Louis XIV; des tableaux peints par Zuccaro, le roi ne conserva que cinq, qui font partie du grand retable; il lit effacer les premières fresques (pie le peintre de la coupole de la cathédrale de Florence avait laissées dans

1. La date de ces peintures est fixée par un document de Simancas daté du 1er novembre IÔ85, et que nous a obligeamment communiqué M. .lean Babelon.

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le cloître de 1 Escorial. Pour continuer la série de ces fresques, le roi. qui avait essayé des peintres de Gênes, de Florence cl de Rome, chercha à Bologne, où achevait de se former l’éclectisme académique. Pellegrino libaldi, le peintre qui esl dans l’école bolonaise lintermédiaire entre le Priinatice et les Carrache, arriva à l’Escorial en 1588, avec son jeune compatriote Bartolommeo Carducci. Son premier soin fut de se faire envoyer des couleurs de Milan, en plus de celles que Zuccaro avait fait apporter de \ (mise.

Il donna pour les fresques du cloître quarante cartons , tous aussi vides de sentiment religieux, el dont quelques-uns sont de remarquables modèles de perspective et demi.

Il s’attaqua dès son arrivée à une œuvre considérable. la décoration de la Bibliothèque, pour laquelle Herrera donna un dessin d ensemble, imité de la Chapelle Sixtine, avec les groupes d iynudi, el le P. Sigüenza un programme érudit, presque aussi espagnol que celui de la Stanza délia Segnalura était italien :

l’un des princes de l’Astronomie est, à côté de Ptolémée, le roi de Castille Alphonse le Savant. L'art même du peintre, sérieux et savant, reste aussi étranger à l'Espagne de Philippe II et de sainte Thérèse que l'insolente faconde d'un Zuccaro.

Le départ de Tibaldi, qui alla mourir à Milan en 15ÎF2, interrompit la décoration italienne des murs et des voûtes de l Escorial, qui ne devait être reprise que sous le règne du dernier des Habsbourg; mais quinze ans plus tard, lorsque Philippe III fixe la Cour à Madrid, un atelier italien se

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Phot. Laurent et C‘°.

Fig. 50i. — Pellegrino Tibaldi : La Visitation. Fresque, dans le grand cloître du monastère de l’Escorial.

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