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un peintre magnifique. Son Homme au faucon de Brunswick (1558) est une page splendide, un chef-d’œuvre écarlate qui ferait honneur aux plus grands. Les théories ne pouvaient pas égarer tout à fait un homme qui avait un lel sentiment de la vie.
La deuxième génération. Martin de \ os, Ambroise Francken. — Dans la suite innombrable des élèves de Floris (plus de 120, dit-on), le premier personnage est certainement Martin de Vos 1532-1605), le « grand Martin de Vos », comme l’appelle Lomazzo, et qui, dit Van Mander, égala presque Y «autre Martin», c’est-à-dire Martin Heemskerk. il avait séjourné dix ans en Italie. Après le retour des Espagnols, il fut le plus occupé des peintres du pays. Entrepreneur des pompes officielles,
c’est lui qui organisa 1 « Entrée » de l'archiduc Ernest et du duc d’Alençon. Mais son meilleur lilre à nos yeux est d’avoir sauvé des vandales le chef-d'œuvre de Quentin Metzys :
ce « romanisant » savait encore comprendre les vieux maîtres de chez lui.
I )e \ os nous apparaît comme une personnalité trouble, un chercheur, en qui se combattent des tendances contraires. Ses tableaux, ses énormes triptyques, son Triomphe du Christ ( 1590 , peut-être son plus vaste effort, sont des compositions ampoulées et confuses, où l’art flamand s’essaie assez péniblement au grand style oratoire. On distingue çà et là dans cet encombrement quelques tètes charmantes. Martin de Vos n’a vraiment fait de bon que quelques portraits, à mi-corps, de ménages bourgeois, tels que la Famille Hoffmann (Amsterdam, 1570), ou la grave et robuste Famille Ansehno, à Bruxelles, son chef-d’œuvre (1577).
Mais les œuvres tourmentées et mal venues du peintre d « histoire » oui un vif intérêt, qui leur vient de la couleur. Cette couleur est désordonnée, criarde, mais elle existe, et c’était un progrès sur la pratique sèche et incolore de Floris. De Vos est déjà moins linéaire, moins florentin ou moins romain. Il avait travaillé à Venise sous Tintoret. Il lui emprunte deux ou trois tons, ses jaunes et ses verts, et surtout sa manière de les analyser, de les renforcer dans les ombres, de les blan-
Phot Lévy fils et C10
Fig. 527. — Martin de Vos : La famille Anselme. (Musée de Bruxelles.)
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ohir à chaque saillie, et de donner à toute la toile, par ces irisations et ces facettes multiples, une vibration nouvelle. Il va sans dire que cet excès de chatoiements et de diaprures respire une certaine dépravation du o-o ùt ; Martin de Vos peut prendre à Venise tous les instruments de son
l’hot, Herman*.
Fig. 528. — Ambroise Francken : Le Martyre des saints Crépin et Crépinien.
(Musée d'Anvers.)
orchestre, il est bien incapable de lui ravir sa musique. Mais il a ranimé la couleur dans les Flandres. 11 lui a injecté une profusion de tons rares, de roses, de mauves, de lilas, où les maîtres qui viendront n auront plus qu’à choisir.
G’esl de batelier de Floris que sortent encore les trois Francken, Jérôme, Frans el Ambroise, dont le second est le père d’une deuxième
génération de peintres du même nom, qui furent celte fois les contemporains de Rubens.
François Francken le V ieux (1548-1616) n'est plus guère pour nous • pie l’auteur d’un seul tableau, médiocre mais curieux, ce Jésus au milieu des docteurs de la cathédrale d’Anvers 158(5), où les Pharisiens et les Scribes sont représentés ingénieusement par des portraits de réformateurs.
Le cadet de François, Ambroise 1544-1618), est un autre homme que son frère. Toute son œuvre connue, une vingtaine de morceaux, figure aujourd’hui au musée et dans les églises d’Anvers. Il n’est pas assuré qu’il ail fait le voyage d’Italie ; il l’a remplacé à moins de frais par celui de Fontainebleau. Ce n’est pas un bien grand artiste : mais c’était mieux encore, une grande force artistique. Pour se faire entendre d’un public de confréries, d’artisans, il a le genre d’éloquence, le style et les accents roturiers qui conviennent. Il n’a pas son pareil pour leur raconter ce qu’ils préfèrent, les drames et les miracles de la Légende dorée. Son œuvre principale, le Martyre des saints Crépine t Crépinien , éclate brusquement au milieu du musée d’Anvers par un subit accenl de verve populaire. Ce joli « Mystère », cette farce de cordonniers esl rendue par une pantomime excessive, caricaturale, mais d’une clarté lumineuse. La peinture est malheureusement huileuse et sent le rance. Mais, avec ses défauts et sa manière un peu foraine, il y a déjà plus que des promesses dans cette œuvre imprévue et si indépendante: nous touchons, en tout cas, à l’heure qui précède immédiatement 1 aurore. Les maîtres dont je vais parler sont les maîtres de Rubens.
Les maîtres de Rubens : Otto Veenius, Adam V an Noort. — Otto V an Veen, ou Veenius, pour donner à son nom la forme latine qu’il adopta de préférence, était de Leyde, où il naît en 1556. Elève de Floris et de l’Italie, ami de Lampsonius, peintre des archiducs, organisateur de leurs « Triomphes », architecte, directeur de la Monnaie de Bruxelles, cel homme de vastes aptitudes est le type d'un esprit en qui tout est culture, excellence morale, politesse parfaite. Les dons premiers, si l’on en juge par son tableau du Louvre 1584), paraissent en lui assez médiocres. Cinq ans plus tard (1589), V eenius signait le Mariage mystique de sainte Catherine , du musée de Bruxelles, et c’est presque un chefd’œuvre. Le souvenir de Corrège est ici évident, mais Veenius esl le premier qui ait découvert Corrège, et amolli le contour romain de tendresse parmesane. Les types féminins, la Vierge, la petite sainte à genoux, sont charmants. La line nuque penchée de la jeune tille est adorable. Tout respire déjà une harmonie nouvelle, une sensibilité discrète et apaisée, une souplesse, une grâce inconnues.
Les tableaux de l’ancienne chapelle des merciers, au musée d An-
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vers, ont à peu près les mêmes mérites, les mêmes qualités correctes et distinguées. C esl la première fois, depuis Memlinget Metzys, que l’école retrouve une lueur d’expression morale. L’atmosphère, surtout, semble préoccuper 1 artiste, et ce soupçon de clair-obscur paraît être l’acquisition la plus formelle que la peinture flamande doive aux leçons de Veenius. 1 ou I un pittoresque inédit, des raffinements de langage, 1 es ressources les plus favorables à l’expression du sentiment, viennent s’ajouter de ce fait à la grammaire des peintres; on entrevoit peut-être ce «pie le jeune Rubens doit à l'homme accompli qui fut le second de ses maîtres.
Adam Van Noort (ou Yan Oortj, qui fut le premier, passe pour être en tout la contrepari ie de Veenius. A en croire sa légende, c était un Flamand flamboyant, rude, mal léché, bourru, auprès de qui personne ne parvenait à durer.
Rien de tout cela n'est impossible, mais encore rien n’est-il prouvé A an Noort a dirigé un atelier célèbre; Jordaens a épousé la fille de la maison. Et la splendide eau-forte île Van Dyck, qui suffirait à immortaliser Van Noort, ne donne que l’impression d’une belle humeur éclatante, d’une rondeur joviale, puissante et « bon enfant ».
Né en 1562, par conséquent un peu plus jeune que Veenius, moins homme du monde que lui, plus « peuple » ou plus bourgeois, il n’en avait pas moins vu l'Italie comme les autres, était membre de la fameuse Académie « la Violette » et eut, comme doyen de la guilde de Saint-Luc, un décanat très agité. Ses œuvres, devenues Irès rares, et dont aucune n’est datée, soulèvent de pelils problèmes fort délicats. Si la Pietà de Valenciennes est encore d’un « primitif», le Denier de saint Pierre de l’église Saint-Jacques, à Anvers, a pu passer pour un Jordaens. Peut-
Phot. Ilanfstaengl.
Fig. 529. — Otto Veenius :
Mariage mystique de sainte Catherine.
(Musée de Bruxelles.)
être, comme il arrive plus souvent qu’on ne croit, Van Noort, en vieillissant, a-t-il subi l'influence de ses propres élèves; on le prend pour une lumière, et il u’esl qu’un reflet. Le beau tableau de Lille, au contraire, le Christ dans la maison de Marthe , présente 1 auteur dans son vrai jour. C’est un tableau de cinq figures, de taches puissantes, de types vulgaires, de peinture rugueuse. Le ton, principalement un grand vermillon pur, a côté d’un beau blanc grisâtre, est employé sans réticences, avec une franchise audacieuse et un instinct de coloriste qu’on ne connaissait plus depuis longtemps dans 1 école. Le décor est celui d un intérieur de la
Pliot. Giraùdon.
Fig. 550. — A. Van Noort : Le Christ dans la maison de Marthe.
(Musée de Lille.)
Renaissance ; les personnages sont des modèles: voici Marie, endimanchée, en belle robe de damas blanc à ramages d’or; et celle luronne rousse en tablier de servante, qui entr’ouvre la porte, c’est la fille du maître, la belle Catherine Jordaens. Par l’unité du travail et la sonorité du ton, par le traitement familier d’une scène d’histoire, cette belle œuvre est déjà une œuvre de la Flandre classique; elle annonce de liubens tout ce qui sent en lui sa race, — moins le génie.
Veenius devait mourir en 1629, Van Noort en 1641. Tous deux survivaient à leur tâche. En 1609, Rubens revenant d’Italie ouvrait par un double chef-d’œuvre sa carrière triomphale.
Ecole de Haarlem. Cornelis, Goltzius, Bi.oemaert. — Au Nord de la Meuse, le spectacle est à peu près le même. Une seule différence, et elle a une cause religieuse. Le Nord est calviniste, el l’on sait que la
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