‹ Histoire de l'art (volume 2)Chapitre 47 sur 79 · ST · texte numérisé non relu

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Réforme fait la guerre aux images. A défaut de l'Église ou de princes éclairés, il ne reste donc plus <[uc des particuliers pour s’intéresser au grand art. De là un art de serre chaude, plus artificiel encore qu’il n’est en Flandre, n’ayant plus pour appui un public populaire, et ayant en revanche tous les défauts d un art de cabinet ou (h* musée.

Le prince de cet art singulier est le fameux Cornelis Cornelisz, de Haarlem ( 1562-1638). Chose curieuse! Ce romaniste, cet « ultra », n’avait même pas vu 1 Italie : c est dans le pays même, à Anvers, puis à Rouen, qu’il put s’intoxiquer des formules classiques. Il avait peu de talent :

son Banquet tV arquebusiers de llaarlcm, daté de 1583, est un des morceaux les plus faibles d’une série nationale dont nous aurons à reparler. Toutefois, ce début ne laissait guère prévoir la suite, cet (donnant Massacre des Innocent s.

tant admiré <h; Van Mander, (d (pii demeure l’abrégé des pires pratiques académiques ( 1590).

Quoique un peu plus âgé que Cornelis, Goltzius 1558-1616) débuta plus tard et ne doit être nommé qu’après lui. On connaît l’histoire de ce graveur, à qui le voyage d'Italie rendit la santé, la vie morale. Ses premiers tableaux, le Déluge d'Üldenburg (1590) et l 'Age d'Or d’Arras (1598) sont encore conçus à la manière de Cornelis. C’est ensuite seulement, passé la quarantaine, que l’artiste dégagea sa manière personnelle, et 1 Adonis mourant d’Amsterdam (1605) en est le type. Au fait, cet Adonis n’est guère qu’une étude de cadavre en raccourci, exactement de même sens, sinon de même prix, (pie le fameux Christ mort de Mantegna à Milan. II s'agit de résoudre un problème de forme particulièrement difficile, dé dessiner surtout et de bien définir. L’œuvre est désagréable, mais singulièrement substantielle et précise. On sent le sérieux, la sécheresse, la grimace de l’effort. Ce pénible exercice a une immense valeur d’école, H la portée d'une leçon catégorique. 11 y a là, comme dans le Mercure, la Minerve de La Haye (161 1), dans Y Hercule et Cacus 1615), une horreur de l à peu près, une austérité imposantes. El Goltzius était sur le point d’acquérir la couleur, une précieuse couleur émaillée, qui est charmante à voir dans son dernier tableau, Y Argus de Rotterdam 1615). C’est alors

Fig. 531. — H. Goltzius : Adonis mouranl.

(M u sée d’A msterdam . )

Soi

<|iie la mort l'enleva, trop jeune pour sa gloire, et ne laissant après lui «pie des morceaux et des exemples.

A l trechl, autre centre également remarquable. Joachim Wilewaal (1560-1658), qui en est le maître principal, est mal représenté au musée par ses deux grandes toiles à la manière de Cornelis. Son invention particulière est au contraire d’avoir créé pour les sujets mythologiques un tableau de petit format, qui fera fortune dans le cercle de Jean Pynas et de Lastman. Dans son Parnasse de Dresde 1596), son Festin des dieux de Brunswick 1602), son Mars et Vénus de La Haye (1604), il a adapté habilement la « matière romaine » à un cadre nouveau, le seul supportable en Hollande, celui du tableau de genre et du morceau d’anthologie.

Abraham Blœmaert, de Gorcum (1564-1651), s’est formé à Paris et lixé à Utrecht. Comme il est mort très vieux, à 87 ans, on le prend pour un peintre de la période classique; il est, en réalité, le dernier survivant de la génération antérieure. Toutes ses œuvres importantes, la Niobé de Copenhague 1591), le Lazare de Munich 1667), appartiennent à cette époque. C’est un talent varié, très souple et très robuste, aussi à l’aise dans le portrait que dans le « genre » ou l'histoire, avec des côtés de réaliste vraiment intéressants. Son tableau de 1612, au Louvre, un morceau à la Ga ravagé, esl une grande toile un peu fuligineuse qui, rien que par sa date, mériterait l’attention. L italianisme y sort de la convention académique, et le clair-obscur ajoute à la force des types un nouvel effet de vérité. C’est un art qui devait recevoir dans la suite d immenses perfectionnements ; mais il faut savoir gré au maître (pii acclimata en Hollande ce qui allait être l’élément de la peinture nationale et l’atmosphère de son génie.

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