‹ Histoire de l'art (volume 2)Chapitre 51 sur 79 · STI · texte numérisé non relu

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chacun de ses tableaux repose sur des et udes, sur des observations solides et vérifiées. Ses investigations de deux ans dans les Alpes sont un fait tout nouveau dans l'histoire de l’art; à celle conscience, il joignait un tempérament passionné, une fougue émouvante. Elle s’exprime par une vigueurdecontrast.es, par des rugosités, par des empâtements. Le paysage cesse d’être une fantaisie, un jeu, prend une sourde et mâle éloquence. Dans sa longue retraite à Utrecht, le maître joua en Hollande un rôle essentiel. Oue ne lui doivent pas Segers, Ruysdaël? Rembrandt même recherche et consulte ses œuvres.

Le paysage en Italie: les frères Brill. — Toutes ces acquisitions allaient être consacrées à Rome dans une œuvre célèbre, celle des frères Brill.

Mathieu, l'aîné de ce couple illustre, naquit à Anvers en 1550 et mourut à Rome en 1584, âgé de moins de trente-cinq ans. Son frère Paul, né en 1554, continua son œuvre près de quarante ans encore et mourut à son tour, plein de jours et de gloire, en octobre 1626.

Comme peintre, Mathieu Brill ne nous est plus connu que par une di/aine de fresques qui représentent au Vatican, dans la galerie de géographie, la Translation des restes de saint Grégoire de Nazi a nie. Une vingtaine de paysages sont conservés par la gravure. Les premières œuvres de Paul, comme ses fresques du Latran (1590) ou Y Histoire de Jouas à la Scala Santa, ne sortent guère encore, soit pour les idées, soit pour le style, des habitudes moyennes et du répertoire de l'école. Et l’on ne voit pas du tout que l'influence des Italiens, celle de Titien ou des ('.arrache, ait jamais eu, comme on l a dit, d’action sur sa façon de faire.

A partir de 1000, la vision change. Un très beau petit tableau de Rotterdam, Saint Jérome en prière , nous montre celle transformation : les formes sont plus soignées et plus près de la nature, la lumière mieux observée, le sentiment plus pénétrant. On reconnaît en tout ceci la poétique d Elsheimer et les exemples de ce profond et délicat génie. L’art un peu extérieur et inanimé de Paul Brill s’en trouve vivifié. On en a l’impression quand on compare ses premières œuvres à celles de cette époque, aux grandes fresques des Anachorètes et des Hères du Désert , peintes dans une galerie de Sainte-Cécile au Transtévère 1599), à l’immense peinture de la salle Clémentine, au Vatican (v. 1602), à celles de Sainte-Marie-Majeure, du Casino et de la villa Rospigliosi i 1605-1610). Ces ouvrages frappèrent vivement 1 imagination contemporaine. Les beaux thèmes offerts par la campagne romaine, les paysages de Tivoli ou de Porto d’Anzio, y sont traités avec une grandeur toute nouvelle, avec un sentiment de la ligne et du rythme, où passe un écho assourdi de l’ordre même des choses. Les ligures comptent à peine comme prétextes dans ces ensembles. La vie des

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éléments en lait seule les Irais. La Renaissance n’avait voulu voir dans le monde que l'homme; elle le dressait, divinisé, sur un piédestal héroïque ; elle résumait en lui les forces de l'univers. L invasion du paysage témoigne, à l’heure où nous sommes, de la fatigue du « moi »; la personne humaine se repose de son effort, sè défend moins contre les choses; la nature prend sa revanche et recouvre de ses végétations paisibles el inconscientes le colosse abattu.

Les tableaux de chevalet que 1 artiste a extraits de son œuvre valent, en général, beaucoup moins que ses fresques; on y seul trop souvent le

Phot . Braun et C1®.

Fig. 540. — Paul Brill : Les Pécheurs.

(Musée du Louvre.)

manque de conscience, 1 article de commerce; Paul était, en effet, le peintre le plus « cher » de son temps. Pourtant, vers la lin de sa vie, son talent éprouva une heureuse renaissance. Les œuvres de sa vieillesse, entre 1621) et 1624, sont les plus belles qu'il ait faites. Les quatre tableaux du Louvre, qui sont de cette époque, demeurent ses chefs-d'œuvre. On y voit que Paul Brill, sous l’influence d’Elsheimer, a beaucoup perfectionné les méthodes de son art. Le paysage classique, avec son système bien connu de repoussoirs el de coulisses, est sa création personnelle. Il a forgé une rhétorique, constitué la « phrase » ou la période où d’autres, après lui, exprimeront leur Ame. I n de ses élèves, Tassi, fut le maître de Claude. D’autres, comme Willem van Xieuwlandt (Anvers, 1584? - Amsterdam, 1655?), dont on connaît le beau Campo vaccino , à Vienne, rapportèrent ses idées en Hollande, contribuèrent à former 1rs Jan Bolh,

les Berchem. Enfin, peut-être les Brill ne furent-ils pas, comme on l'a cru, des peintres de génie; mais ils furent des maîtres, les premiers de leur école qui, par leur situation à Rome, jouirent d’une influence et d'une gloire européenne.

Marinistes, peintres d’architecture. — La Hollande est peut-être le premier pays du monde où on ait eu l’idée de représenter la mer.

La marine, toutefois, 11e se spécialise comme genre qu’avec Hendrick Yroom, de Haarlem (1566-1640). C’étail un peintre de faïences, un déterminé voyageur, qui avait vu Séville, Rome, Dantzig, fait naufrage sur les côtes de Portugal, et qui, sauvé de ce péril, se mit à peindre, comme le marin échappé aux orages, l’élément où il avait subi lanl d'infortunes. Et la Hollande étant un pays maritime, le public, écrit Van Mander, « prenait à ses ouvrages un extrême plaisir ».

A la vérité, ses tableaux, devenus assez rares en dehors d’Amsterdam, — le Combat de Gibraltar (1607), les Deux escadres (1617), la Flotte de C. Uoutman à son premier retour des Indes , — ont principalement un intérêt historique : la mer y est exprimée par une pluie de virgules et d'accents circonflexes. Yroom est le primitif d'un genre. Il ne vous fait pas grâce d'un clou ni d’un sabord. C'est l estliél ique d'un capitaine au long cours. Telle quelle, elle charma longtemps des âmes de marchands candides. Deux contemporains de Yroom, Aart van Antuni (qui travailla entre 1604 et 1618) et Cornelis van Wieringen (Haarlem, 1580? f 1635) — un marin retraité, qui se distrayait en peignant — - ajoutent peu de chose à son « art ». Adam Willaerts d’Anvers 1577, j- 4 avril 1664), qui passa les dernières années de sa vie à Utrecht, a laissé d’agréables vues de côtes et de dunes souvent arrangées en scènes de « genre », d’une tonalité claire, débile, et distinguée.

Enfin, un dernier genre, — à peine moins nouveau que les marines, — le tableau d’architecture, achève de se constituer, parallèlement au paysage. L’ancêtre paraît être ici Hans Yredeman de Yries (1527, f après 1604). C'était un décorateur qui ornait des salles ou des façades avec de faux pilastres et des balustrades en trompe-l’œil, reproduisant les« ordres » de Yitruve. Sa seule œuvre conservée en ce genre se trouve au Ratliaus de Dantzig. Il faisait aussi, en petit, des vues de monuments célèbres, des intérieurs en perspective, tels que ses deux tableaux du musée de Hambourg, la Nef de Notre-Dame F Anvers et la Nef de Saint-Pierre de Rome. 11 y ajoutait dans un coin une petite scène de l Evangile, telle que Jésus au milieu des docteurs ou les Vendeurs chassés du Temple.

Ce genre singulier eut après lui ses spécialistes: les deux Steenwijck, père (1550? f 1603) el lils (1580-1649?), qui travaillèrent surtout à Francfort et à Londres, et les deux Peter Neefs, — Peter le \ ieux (1578,

LA PEINTURE DANS LES PAYS-BAS A LA FIN DU XVI SIÈCLE

T aI)res 1656) cl Peter le .Jeune ( 1620, j a [très 1675 — deux maîtres qui passèrent leur vie à surprendre les jeux du jour el de la nuit sous les voûtes de la cathédrale d Anvers. Leurs œuvres, qui ne dépassent pas en général le format d un couvercle de tabatière, jouirent d’une faveur qui nous surprend : le Louvre a neuf tableaux du vieux Neefs, Madrid sept, Cassel cinq. Pourtant I industrie de ces maîtres ne lut pas dépensée en pure perte. Par leurs études assidues, par leur scrupuleuse analyse de 1 atmosphère en vase clos, ds préparaient le « milieu » de la peinture hollandaise, ces intérieurs à la fois miraculeux et familiers où Pieter de Ilooghe el \ ermeer allaient placer la scène de leurs « intimités».

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